Papes en orbite : deux coups de canon !

J’avoue être assez partagé sur ce grand barnum catho de la canonisation médiatique de J23 et JP2.

Depuis hier je tente de calmer mes frères huguenots déchaînés sur Facebook contre ces inepties « césaro-papistes ».

Je ne parle pas des athées qui préfèrent emmener leurs gosses visiter le Panthéon et applaudir leurs idoles du ballon rond qui s’agitent sur l’écran plasma du salon.

Que Jean 23, Jean-Paul 2 ou Harry Potter 6 aient fait preuve de sagesse voire de sainteté, personne n’en doute.

Mais est-il bien nécessaire de fabriquer de nouvelles idoles pour répondre à la ferveur idolâtrique de ces foules confites en dévotion devant des grands hommes qui ont marqué leur siècle ?

Certes, il faut bien que le business des bondieuseries kitsch prospère : pour être passé récemment par l’aéroport de Rome, je sais de quoi je parle !

Qu’on se souvienne que la vie n’est pas une compétition pour le Prix d’Excellence, et que c’est Dieu et lui seul qui appelle à la sainteté TOUS les hommes.

Que la sainteté ne se décrète pas. Et qu’il ne s’agit pas d’une conformité à un modèle, de la sanction du mérite ou de l’héroïsme des soldats de la Foi, d’un machin people ou d’une affaire de chapelle. Mais d’un état d’être et de conscience, qui permet de vivre parfaitement connecté aux réalités supérieures (et inférieures), et d’incarner chaque instant dans la gratuité du partage avec tous les vivants, comme un hymne ininterrompu à l’amour parfait.

Quant à la canonisation, il serait bon aussi de rappeler qu’elle n’est qu’une métaphore : si Dieu a élevé au rang de roi celui qui s’était abaissé jusqu’à mourir sur une croix, c‘est pour que chacun soit invité à sa suite à goûter sa gloire.

Pas de quoi braquer des canons sur Saint-Pierre de Rome !

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Le Sexe de Dieu

Jésus a-t-il eu une sexualité ?

Et si tel est le cas, était-il homo, hétéro, bi ?

La question taraude les esprits contemporains, à l’heure où le mariage homosexuel se généralise dans bon nombre de pays occidentaux et pose la question de la sexualité sous un autre angle.

Au risque de chagriner les esprits prudes ou timorés, et sans vouloir faire aucun prosélytisme d’aucune sorte, il me semble que cette question est capitale.

Tout d’abord parce que le fait d’avoir occulté la sexualité de Jésus pendant presque deux millénaires est particulièrement préoccupant, et symptomatique d’une église qui a longtemps déployé des trésors d’argumentations théologiques pour nier ou suspecter le sexe, le corps, la femme, et finalement la vie pendant des siècles. Pervertissant ainsi jusqu’à l’absurde la notion-même d’incarnation.

En outre, travers très latin et en aucune façon moyen-oriental, cette théologie a accrédité l’idée d’un être scindé en deux parties opposées : l’une supposée vertueuse et promise à un avenir glorieux : l’esprit. Et l’autre supposée gouvernée par Satan, basse, fétide, délétère et méprisable : la chair.

Cette dichotomie, déjà présente chez Paul (mais il y aurait beaucoup à dire sur cette figure dont on a fait le pivot de la théologie chrétienne…), est cependant totalement étrangère à la culture dans laquelle ont baigné Jésus et ses disciples. Et que partagent encore aujourd’hui les esprits moyen-orientaux. Pour lesquels d’ailleurs ces concepts identitaires très occidentaux comme « gay », « hétéro » ou « bisexuel », sont des aliens culturels.

Ensuite parce que, comme l’affirme fort justement le théologien orthodoxe Jean-Yves Leloup : si Jésus n’a pas assumé la sexualité comme l’une des composantes essentielles de notre humanité, celle-ci ne peut être sauvée. Or si la sexualité n’est pas sauvée, l’homme ne l’est pas non plus dans son entier. Échec cuisant de l’œuvre de Salut !

A moins de nous fantasmer comme des êtres purement spirituels, auxquels un dieu pervers aurait adjoint quelques appendices obscènes le temps de leur présence sur terre…

En vérité, c’est une révolution copernicienne de nos représentations sur Jésus et son enseignement qu’il faut opérer.

Jésus n’était pas (exclusivement) un maître, un « enseigneur », un homme docte ou un sage qui aurait délivré un message destiné aux seuls esprits.

C’était avant tout un être de chair et de sang.

Et, aux dires de ses détracteurs qui fustigeaient sa conduite et ses fréquentations bien peu orthodoxes, un sacré bon vivant !

Jésus respirait, mangeait, dormait, buvait, pétait, rotait, baillait avec ses disciples… Il riait, pleurait, n’avait pas peur de faire des démonstrations publiques d’une sensibilité qu’on jugerait aujourd’hui déplacée.

Il embrassait ses proches sur la bouche : ses disciples masculins du moins, comme c’était l’usage dans les premières communautés chrétiennes. Et probablement Marie-Madeleine, sa « compagne » selon plusieurs évangiles apocryphes.

Ce n’était pas en tout cas le personnage austère, cérébral et asexué, qu’ont fabriqué les pères latins et l’iconographie chrétienne, en particulier celle des icônes.

Peut-être même a-t-il eu une (des) relations sexuelles avec… Marie Madeleine ?… Jean ?… D’autres disciplines comme Marie, sœur, de Marthe… voire Lazare ?

On n’en saura jamais rien avec certitude mais une chose est sûre : si « le Verbe s’est fait chair« ; ce n’est certainement pas pour enfiler des perles ou faire de la théologie !

Jésus était un être sensuel. Et si l’on veut vraiment le connaître et l’approcher, il faut non seulement l’écouter, mais aussi (et surtout) le toucher, le sentir, le caresser comme un être cher, le goûter… le manger !

« Ceci est mon corps« , « ceci est mon sang« .
« Quiconque mange ma chair et boit mon sang aura la vie éternelle« .

Ce n’est pas qu’un symbole ! L’eucharistie est au cœur de la foi chrétienne, comme la Résurrection, indissociables.

En ce temps de Pâque, méditons sur notre relation à Jésus !

Est-elle « intellectuelle », exclusivement « spirituelle » ? Mais alors qu’est-ce que la chair sans l’esprit ? Nous sommes des êtres incarnés. Et, notamment, sexués. Or si nous refusons cette incarnation, nous refusons la vie !

Jésus, quant à lui, ne désire qu’une chose : se laisser approcher, toucher, désirer ! Par ses proches, mais aussi les plus petits et les plus méprisés selon les canons « politiquement corrects » de son époque : les femmes, en particulier celles « de mauvaise vie », les enfants, les vieillards, les malades, les putes, les brigands, les collabos, les « impurs »…

Jésus se laisse approcher, toucher, embrasser, oindre de parfum précieux, accaparer par ceux qui le désirent avec fébrilité, veulent se laisser bercer par ses paroles, goûter sa lumière, son aura, son parfum, connaître sa vérité, partager sa vie, entrer dans son Amour, s’approcher d’un Divin tout aimant.

Les mystiques qui ont connu une union mystique avec le Christ n’ont que faire des précautions vertueuses et de la pruderie excessive des gens comme il faut… Les extases mystiques, hommes ou femmes confondus, sont d’un érotisme sans frein ni pudeur !

Jésus n’est-il pas « l’Époux » de l’Eglise et de l’humanité ?
Ce n’est pas qu’une métaphore !

Sinon qu’est-ce la Résurrection ? Un mirage ? Un décollement ?…

Allons bon ! La Résurrection est le plus grand orgasme qu’il nous soit donné d’expérimenter ! Un vertige sans commune mesure. La transfiguration ultime de notre être en corps de lumière… Pas rien !

Au lieu de nous draper dans d’inutiles et trompeuses précautions, cédons au désir du vertige ! Le divin nous appelle à vivre la plus belle aventure qu’il nous soit donné de vivre.

Et si notre société, en Occident du moins, est à ce point malade de son obsession envahissante du sexe, ce n’est peut-être pas uniquement pour exorciser ses profondes angoisses existentielles ou eschatologiques, ni pour endiguer le flot de déprime qui s’abat sur elle. Mais aussi et surtout parce que le temps de la Rencontre est imminent !

C’est un truisme d’affirmer comme le font les psys que les obsédés du sexe cherchent Dieu.

Eh oui ! : « Les prostituées vous précéderont dans le Royaume des Cieux. »

Si l’on occulte cette réalité, non seulement elle revient en force comme le retour du refoulé, souvent sous le masque de la perversité, de la violence ou du macabre, mais aussi on passe à côté de l’essentiel : ce que le Seigneur veut t’offrir et qui n’a pas de prix, sinon celui de son sang : pas une petite morale à deux balles, pas une théologie qui sent le rance, pas une sagesse ascétique. Mais la plus grande métamorphose de ton être, que même dans tes rêves les plus fous tu n’oserais concevoir !

« Pierre, m’aimes-tu ? »

Surprenant épisode à la fin de l’évangile de Jean, où par trois fois Jésus répète cette question à l’apôtre qui l’avait renié quelques jours plus tôt et auquel il confie la responsabilité de conduire son église : « Pais mes brebis ! »

Une interprétation théologique commune est de distinguer dans cette triple interpellation trois niveaux d’amour : Philia, Éros et Agape.

Et, toi qui lis ces lignes, aimes-tu Jésus seulement d’un amour amical, sentimental, « platonique » ?…

Ou es-tu prêt à l’épouser charnellement ? A vivre un transport érotique à son contact, qui te ravira à toute autre réalité présente ? A unir ton corps au sien, par-delà toute considération strictement sexuée et sexuelle ?…

Tabou bien inconvenant qu’il te faudra pourtant dépasser si tu veux vraiment ressusciter dans un corps de lumière.

Et enfin, tes sens comblés par cet amour inimaginable, consens-tu à l’aimer inconditionnellement, sublimement, spirituellement, à oublier jusqu’à la conscience d’être toi ? A rejoindre la multitude des êtres pour te fondre dans l’océan de l’Amour divin ?

Trois étapes sur le chemin mystique qui conduit aux épousailles humano-divines : le cœur, le corps, puis l’être tout entier, fondus dans le creuset de cet Amour sans limites…

Le cœur d’abord. Jésus n’est pas une « bombe sexuelle », une bimbo ou une icône gay ! C’est par le cœur qu’il nous attire, même si la dimension cordiale imprègne tout son être et ravit les sens.

Le corps ensuite. Car si ce corps n’est pas béni, aimé, épousé, transfiguré, alors tu ne peux renaître à la vraie Vie. Jésus reste une « idée », très élevée et très « humaniste » sans doute, mais une idée. Rien de plus.

L’être tout entier ensuite. Se perdre totalement en Dieu, voilà ce à quoi nous sommes appelés. Ce que les Soufis vivent dans la transe mystique, les Bouddhistes dans l’entrée dans le Nirvana, les Chrétiens aussi sont invités à expérimenter dans les ultimes épousailles divines.

Car Dieu commence par nous séparer de la masse indifférenciée. Il fait de nous des individus et nous érige à une conscience nouvelle. Mais ce n’est qu’une étape, nécessaire sans doute mais non ultime, de la transformation.

Individualisés, nous mesurons le prix de la vie et faisons l’expérience de la responsabilité. Ainsi, nous serons un jour tenus comptables des actes que nos posons en conscience. Et non plus noyés dans le Collectif, sujets à la confusion identitaire et couverts par cette indifférenciation au sein du groupe. Situation bien pratique mais qui nous maintient dans une confortable irresponsabilité infantile.

Toutefois, il nous faudra un jour renoncer non seulement à notre ego, cette prison illusoire qui nous fait croire être l’auteur de nos désirs et la justification de notre agir. Mais aussi à notre « soi », cette part de nous-même en tant que conscience différenciée à laquelle nous croyons ne pouvoir échapper.

Agape fait non seulement référence à l’amour inconditionnel, la Charité, le sommet de l’amour dans son sens existentiel. Mais c’est aussi l’ultime porte qui conduit à entrer en Dieu. « Je Suis, la porte » L’Être de toute éternité EST la porte, la « Voie » comme disent les Taoïstes, qui conduit aux réalités supérieures.

Ce qui nous est proposé, c’est de nous élever dans l’échelle sans limite du Réel toujours plus sublime et plus spirituel, qui est Dieu lui-même.

A toi donc de décider. Si tu veux vraiment « ÉPOUSER » Dieu, ou juste « bien aimer », selon ta propre mesure, et rester toi…

Pourquoi les « religions », autoroutes spirituelles supposées nous rapprocher de Dieu, constituent-elles par ailleurs un frein pour entrer totalement dans l’expérience du Divin ?

Parce que les religions, tout au moins les religions dogmatiques comme les religions monothéistes, sont aussi des usines à fabriquer de la représentation.

Or on ne peut expérimenter vraiment Dieu si l’on s’en tient aux représentations.

Comme un écran de cinéma où serait projeté le film en 3D de notre vie, celle-ci et celle à venir, les religions nous racontent de belles histoires. Et nous proposent des schémas, des recettes de cuisine, théologiques et comportementales, pour s’élever vers le Divin. Mais cela ne saurait suffire.

Il vient un jour où le petit enfant lâche la main de son père ou de sa mère et apprend à marcher seul. Il vient un jour où le bateau quitte le port, cesse de faire du cabotage en suivant le rivage et se lance vers la haute mer. Idem pour la vie spirituelle.

Vient un temps où il faut abandonner ses propres certitudes et schémas religieux. Affronter l’expérience du Grand Désert spirituel, de la Grande Nuit mystique. Et renaître dans à réalité nouvelle. Qui n’exclue ou ne nie en rien l’apport des religions, mais les dépasse largement. Et nous affranchit de toute idée de Dieu, de toute représentation de Dieu, de tout discours sur Dieu. Pour leur substituer la seule « expérience », pleine et entière, présente et éternelle, du Divin incarné en nous.

C’est ce que Jésus a vécu lui-même et nous a offert de partager en se donnant à l’humanité. Jusqu’au point ultime de la Croix, où il fut dépossédé de tout. De tout, sauf de Dieu.

« Dieu seul suffit, que rien ne t’épouvante » a écrit Sainte Thérèse d’Avila.

Mais qu’il est difficile et délicat de réviser ses propres certitudes ! Elles sont comme un exosquelette qui nous maintient debout quand le choc avec le Réel nous fait chanceler. Elles nous maintiennent dans une illusion de congruence quand ce même Réel, trop puissant pour notre capacité à l’appréhender, nous fait exploser en mille morceaux.

Le christianisme – catholicisme tout particulièrement – serait-il la seule grande religion au monde à ignorer la sexualité ? Quelle singulière exception !

Or, si l’on regarde les choses avec d’autres lunettes et un esprit ouvert, il n’y pas de différences fondamentales entre le Cantique des cantiques et le Tantra : l’union érotique, physique et mystique est une voie universelle d’accès au Divin.

Notre théologie de la « chair », mortifère s’il en est, a diabolisé le corps et le sexe et sublimé l’esprit d’une façon littéralement « hystérique ». Perversion hélas à l’origine  de bien des névroses individuelles et collectives.

Car enfin : faire de Marie, mère de Jésus et femme d’un caractère bien trempé, une icône de la virginité et de la frigidité ! Elle qui a eu de nombreux fils et filles après Jésus. Une femme juive du 1er siècle, mariée à un homme pieux, qui serait restée vierge toute sa vie ? Quelle absurdité !

Qu’on lise pour s’en convaincre et réinitialiser son disque (un peu trop) dur l’excellent livre d’Alejandro Jodorowsky : « Un Évangile pour guérir ». Au travers d’une lecture décomplexée de l’Evangile de Luc, l’auteur y déploie une compréhension saine, vivante et puissamment « thérapeutique », de la sexualité, de l’incarnation, de la féminité, de la conjugalité et de la maternité.

Qui plus est, faire de Jésus un sage ascétique, un être asexué sinon efféminé, un pieux rabbin suspicieux de la chair, quelle erreur magistrale ! Lui, le Prince de la Vie, Dieu fait homme, le Fils de Dieu !

Mais quel Dieu veut-on nous vendre ? Celui de Platon ? Des philosophes du Monde des Idées ? Ou bien le Dieu d’Israël ? Le Dieu de la Vérité ? La seule Réalité qui EST de toute éternité ?

Chers frères et sœurs épris de théologie, réfléchissez donc par vous-mêmes et osez revoir vos programmes mentaux bien ver(rouillés) avant de balayer d’un revers de manche méprisant toute considération sur le sexe à propos de Jésus.

A l’impossible nul n’est tenu. Mais ce qui est impossible aux hommes est possible pour Dieu.

Quel que fut son statut marital et la façon dont il vécu la dimension sexuelle, Jésus a-t-il été muet qu’on le dit sur la question du sexe ?

On prétend en effet souvent à tort que les Evangiles sont muets sur la question de Jésus et du sexe.

Mais c’est précédemment parce qu’on nous a trop habitués à les lire avec des lunettes déformantes et cache-sexe !

Si l’on prend la peine de comprendre le message de Jésus et de le resituer dans son contexte au lieu de plaquer nos propres angoisses sur les paroles du Christ, alors on découvre une toute autre réalité.

Quand Jésus dit à la femme adultère, « Va et ne pèche plus », il ne se pose nullement en censeur moral normatif. « Ne pèche plus » signifie bien évidement « ne trompe plus ton mari avec un autre homme », mais également bien plus essentiellement : « ne te trompe plus toi-même. » Ou, plus précisément selon l’étymologie hébraïque du verbe pécher : « ne te trompe plus de cible ».

Cela devient encore plus évident avec l’épisode de la rencontre avec la Samaritaine au bord du puits (Jean 4 :1-30). Celle qui a eu cinq maris et vit avec un homme qui n’est pas son mari, est présentée comme une étrangère appartenant à une minorité haïe des Judéens, une séductrice et une femme un brin orgueilleuse.

Une lecture psychanalytique du texte nous révèle qu’il fourmille d’allusions sexuelles, du moins à un certain niveau d’interprétation.

« Donne-moi à boire » (Jean 4:7) est à l’évidence de la part d’une Samaritaine à l’adresse d’un Juif une provocation totalement inconvenante dans ce lieu sacré.

« Tu n’as rien pour puiser et le puits est profond » (Jean 4 :11) évoque autant la profondeur du puits que l’intensité du désir de cette femme qui provoque Jésus sur ses capacités sexuelles.

La réponse de Jésus est à plusieurs niveaux.

« Quiconque boit de cette eau aura encore soif; mais celui qui boira de l’eau que je lui donnerai, n’aura plus jamais soif, car l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau qui jaillira pour la vie éternelle. » (Jean 4:13-14)

Jésus répond au désir purement sexuel, polymorphe, imparfait et insatisfait de la femme ; Il le dépasse en lui proposant de combler ce désir en l’élevant vers sa dimension spirituelle. Il ne condamne pas la femme à cause de son désir ou de l’inconvenance de la situation, il ne fait pas de discours moral et n’élude en rien la réalité du sexe. Il la transcende.

Jésus s’offre, non pas en substitut du désir sexuel, mais comme aboutissement et dépassement de celui-ci.

Les grandes mystiques (Thérèse d’Avila, Thérèse de Lisieux) ont vécu des transports en présence du Seigneur incroyablement stupéfiantes pour un esprit pudibond.

Finalement ce que propose Jésus à cette femme s’étend à son mari, qu’il lui propose d’appeler à rejoindre les épousailles mystiques au bord du puits. Mais aussi à son peuple tout entier. En touchant le cœur de cette femme samaritaine réputée pécheresse, Jésus comble et guérit le désir de tout un peuple. Le désir physique (l’eau, symbole de vie), sexuel (l’amour charnel, symbole de l’union des contraires et de l’amour humano-divin) et mystique (adorer Dieu : l’amour parfait).

Celle-ci ne s’y trompe pas : elle laisse aussitôt sa cruche sur-place et s’en va porter la nouvelle aux gens de son village. Au lieu d’enclore et de conserver l’eau périssable dans un récipient, l’eau vive de l’Amour divin déborde désormais de son cœur et elle s’empresse de la partager avec tous.

La sexualité n’est donc qu’une étape. Mais une étape essentielle et qu’on ne peut exclure, qui conduit à l’amour parfait.

Il nous faut aimer Dieu sous les traits d’un homme désirable assis au bord d’un puits si l’on veut connaître véritablement Dieu, se laisser connaître et transformé par lui.

Dieu ne triche pas avec nos désirs, c’est nous qui nous trompons nous-mêmes en prétendant désirer autre chose que ce que nos sens, notre cœur, notre être vibrant et désirant nous pousse à désirer.

Ce que Jésus condamne toujours quand on l’interroge sur de multiples sujets, en particulier ce qui relève du sexe et de l’union entre deux êtres, c’est l’hypocrisie !

Quand les Pharisiens tentent de le piéger à propos de la question du divorce (Matthieu 19), il les renvoie à leur hypocrisie et à leur méchanceté : « C’est à cause de la dureté de votre cœur que Dieu vous a permis de répudier vos femmes ».

Dans Marc 12,18-27, Jésus est interrogé sur les liens du mariage : si une femme a eu plusieurs maris décédés successivement, lesquels d’entre eux sera son mari lors de la résurrection ?

Jésus renverse la question en affirmant que « lorsqu’on ressuscite d’entre les morts, on ne se marie pas, mais on est comme les anges dans les cieux. »

Cela signifie-t-il, comme on l’a longtemps affirmé, que la vraie nature de l’humain est asexué, dépourvue de désir et ignore le sexe ?

Certainement pas ! En revanche cela signifie que cette apparente séparation des genres entre hommes et femmes ne dure qu’un temps. Et que le mariage n’est qu’une contingence liée à cette existence. Que lors de la résurrection, nous ne serons plus conduits à nous épouser les uns les autres.

Et pour cause : nous épouserons Dieu ! C’est-à-dire la Totalité de l’Etre. Notre profond sentiment d’incomplétude, qui nous pousse à désirer l’autre et à nous unir à lui, n’est qu’une expérience passagère. En nous unissant à Dieu, nous sommes totalement comblés.

Mais nullement séparés de nos congénères ni soustraits à notre nature désirante. Simplement notre désir, moteur de l’existence, se voit totalement rassasié, comblé. Il ne nous pousse plus vers des « objets» de satisfaction, par nature subjectifs, incomplets et caduques.

Si nous désirons, c’est parce que nous sommes vivants ! Et en mouvement. Quand on cesse de désirer, c’est qu’on est mort. La résurrection, l’union mystique, ce n’est pas la fin du désir, « l’extinction » de tout désir comme une mauvaise lecture du bouddhisme nous le laisse croire à propos du Nirvana, mais son total accomplissement. Le feu ne nous brûle plus, nous cessons de nous consumer en désirs multiples. Ce feu brille en flux continu d’énergie, intarissable et apaisé, comme le Buisson ardent de la Genèse.

Notre devenir est un devenir de Lumière, un devenir ardent mais non brûlant, un devenir transfiguré.

N’ayons pas peur du désir, du corps et de nos penchants naturels, du sexe et de notre insatiable monde imaginaire qui déploie tout un horizon de fantasmes sur l’écran de notre conscience.

Dieu nous a fait désirant et pétris de désir. Il nous a fait sexués et tendus vers la rencontre, y compris charnelle, avec l’autre. Acceptons ce don non comme une tare honteuse ou une contingence ordinaire à dépasser, mais comme une voie d’accomplissement.

Simplement, ne nous trompons pas de cible !

Il ne s’agit pas d’évacuer le sexe ou de nous extraire de la chair pour mieux se rapprocher de Dieu. Il nous faut au contraire traverser cette dimension de notre incarnation, sans la craindre, sans la surévaluer, et sans s’y fixer. car nous sommes appelés vers un ailleurs. Mais seulement au terme d’un voyage qui nous fait emprunter des « transports » bien charnels.

Sauter cette étape, c’est assurément se tromper de trajectoire et donc aussi manquer sa cible finale.

Cela ne veut pas dire qu’il faille se jeter dans le sexe a à corps perdu. Mais simplement accepter de le vivre pleinement, d’en jouir sans pudeur comme notre nature nous y pousse. Et selon nos propres désirs, selon notre nature propre, laquelle nous pousse plutôt vers les êtres du même sexe ou ceux du sexe opposé.

Le moteur central de toute guérison thérapeutique, qu’elle soit physique, psychologique ou spirituelle, c’est de réconcilier l’être avec lui-même, de sortir du mensonge et des assignations extérieures, de retrouver du désir et de renouer avec son propre désir. Afin d’être mu par son élan intérieur. Et non des priorités faussement dictées par l’extérieur.

Soyons donc vrais et entiers. Et laissons-nous ravir vers cet horizon lumineux qui nous est promis. Et pour lequel notre nature n’est pas un obstacle ni prison, mais un temple à redécouvrir, bénir et habiter.