le « cas » Zemmour

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Éric Zemmour est exécré par beaucoup, ici et ailleurs.

A raison : il cherche sans cesse et délibérément à provoquer, à prendre le contre-pied de la pensée dominante, de l’esprit bobo et racoleur des médias et des maitres à penser de l’époque. Et se singularise par une complaisance coupable et outrancière à l’égard des idées les plus populistes voire extrémistes du paysage politique français.

Sur le principe, se démarquer du discours dominant et chercher des vérités alternatives est plutôt une qualité intellectuelle. Pour un journaliste c’est même a priori un exercice salutaire et une exigence qui témoignent d’une lucidité sans complaisance à l’égard du Zeitgeist.

Mais sur le fond il s’égare, perd toute crédibilité intellectuelle, tout sens critique et éthique. Il tord la réalité pour l’amener à ses propres fantasmes et fixations obsessionnelles : sur l’immigration, sur l’Islam, sur la gauche, sur Mai 68, sur la culture, la jeunesse, le rap ou les banlieues.

Il s’en prend à tous et n’épargne personne, surtout pas ceux qu’on célèbre, qu’il doit sans doute envier, encore moins les vrais penseurs et les vrais écrivains, dont il jalouse vraisemblablement la hauteur et la notoriété.

Au lieu de faire du journalisme avec un souci d’objectivité et de rigueur, de croiser et de citer ses sources et de tenter d’élaborer une vision « positive » de la société et des enjeux contemporains, il se contente de renvoyer l’image d’un monde chaotique, d’un pays en déclin, d’un avenir bouché et apocalyptique, d’une classe politique coupable de précipiter la nation droit dans le mur.

Et de désigner avec hargne tous les coupables. Notamment ces « idéologues » de la gauche, des idéaux libertaires, et leur idéologie « déconstructiviste » héritière de Foucault et chère aux bobos, dans leur jeunesse si prompts à contester la société bourgeoise et capitaliste. Ces enfants gâtés et hédonistes embarqués dans la grande récré révolutionnaire de Mai 68.

9782226254757gAinsi Deleuze et Guattari, qu’il stigmatise dans son dernier livre Le Suicide français comme les promoteurs d’une idéologie qui aurait inspiré toute une génération pressée de virer à coup de pavés le vieux Général, et dont l’inconscience devenue doxa majoritaire une fois ces agités boboifiés et arrivés au pouvoir aurait ruiné le pays, détruit ses valeurs et sonné le glas définitif de la « civilisation » française.

Dans cette entreprise de critique radicale et souvent violente des erreurs des siècles passé et présent, dans cette volonté de déverser une haine nostalgique envers un 21e siècle qu’il dit détester, il en vient à livrer un pastiche désenchanté du réel, angoissé, ultrapessimiste et très subjectif, voire consciemment malhonnête.

Et flirte délibérément avec des idées nauséabondes qu’on voit hélas faire florès aujourd’hui en ces temps de « crise systémique », de confusion, de dépression, de cynisme, d’individualisme et de plongée sombre de nos esprits égarés et de l’âme française dans les abysses les plus glauques de l’Histoire. « Climat de guerre civile » assène-t-il ? Sur ce point comment lui donner tort, hélas, hélas, hélas ?…

Car entre le constat, en partie fondé et les conclusions, Zemmour choisit le parti du pire. Quant aux remèdes il n’en propose absolument aucun. Et se défend qu’on on le lui reproche en arguant qu’il n’est qu’un « essayiste » et non un politicien. Simple prophète de l’apocalypse et ayatollah de l’anticommunautarisme qui emprunte aux extrémistes de droite leur rhétorique « antisystème ».

Ce faisant il suscite révolte, indignation, ulcération, nausée.

Un juif séfarade qui drague pour le Rassemblement bleu Marine et défend Vichy, c’est non seulement absurde mais aussi totalement odieux. Et pitoyable.

Depuis qu’il occupe le devant de la scène médiatique il n’a cessé de pousser l’outrance toujours plus loin jusqu’à devenir abject. Ex-membre du tandem Zemmour-Naulleau dans l’émission On N’est Pas Couché sur France 2, il en a été viré en 2011 à la demande de Catherine Barma, productrice de l’émission, suite à des affrontements violents avec des invités qui lui ont valu de multiples plaintes d’auditeurs indignés, et ce malgré l’amitié indéfectible que lui vouent Laurent Ruquier et son partenaire Eric Naulleau en dépit de leurs désaccords politiques.

Ses livres sont en général moins caricaturaux et outranciers que le personnage de polémiste audiovisuel ou ses chroniques. Car il prétend réfléchir. En tout cas il  sait écrire.

Mais Zemmour s’arrête au surgeon. Pour mieux dissimuler la propagande qu’il relaie sous un fatras d’écrivassier et une pseudo analyse historique vite bâclée.

Zemmour n’est pas historien, lui-même ne le revendique pas. Mais un vulgaire chroniqueur télé et un polémiste agacé.

Zemmour n’élabore pas une pensée ; tout juste ne fait-il que produire une poussée.

Ses touches d’escrimeur verbeux ne sont en général pas dépourvues de pertinence. Même si les préjugés à l’emporte-pièce et le parti pris idéologique brouillent sa vision du réel et l’emportent toujours sur l’objectivité et la rigueur de l’analyse.

On peut et on doit ne pas être d’accord avec lui, combattre cette idéologie décliniste, passéiste et qui sent le soufre. Même si force est de reconnaître que même s’il n’est ni l’étoffe d’un vrai philosophe comme Finkielkraut ni d’un historien comme Paxton – qu’il torpille dans son dernier livre – ou même d’un essayiste qui ferait sens et qu’il prétend être comme Jacques Attali, Zemmour est un polémiste qui a un certain talent intellectuel indépendamment de ses positions indéfendables.

Zemmour restait encore relativement fréquentable il y a quelques années. Mais aujourd’hui son personnage de trublion des plateaux télé qu’il s’est taillé pour exister, son outrance verbale, ses provocations systématiques, sa surenchère permanente, sa sympathie à peine voilée pour les idées extrémistes et antisémites du FN, sa façon d’en relayer la propagande et de réhabiliter par le détour le régime de Vichy sur fond de préférence nationale le rendent infréquentable et abject.

Sera-t-il demain le teckel de l’immonde Dieudonné ? Qui sait, on peut désormais s’attendre à tout…

Car comment peut-il désormais continuer à pousser le bouchon trop loin ? Inviter le Mémorial de la Shoah de Yad Vashem à Jérusalem à nommer Pétain « Juste parmi les Nations » comme ironise Charles Enderlin sur sa page Facebook ? Devenir le biographe thuriféraire de Jean-Marie Le Pen ? Et pourquoi pas réhabiliter Hitler comme un prophète visionnaire qui aurait voulu sauver l’Occident de l’apocalypse bolchevique ? Et dont son idole Vladimir Poutine serait aujourd’hui l’avatar hybride du Führer et du Petit père des peuples ?

Nous assistons en tout cas en direct à l’autopsie d’un naufrage intellectuel et moral.

Quel gâchis et quelle honte !

Car on ne peut le nier, Zemmour est un homme intelligent, même s’il est gouverné par ses affects et hanté par ses propres démons. La mauvaise conscience. Le ressentiment. La frustration existentielle. L’abdication morale et politique devant les sirènes de la rancœur et les succubes de l’apocalypse.

Zemmour déploie sa fascination grossière pour Bonaparte et le Général. Même si l’on sent poindre entre les lignes un grief cuisant, un reproche inavouable, une ire contenue contre le héros de la France libre qui aurait trahi les Français et sacrifié rapatriés et harkis en livrant l’Algérie française aux mains de ses bourreaux indépendantistes.

Zemmour n’est nullement gaulliste. D’ailleurs il travestit et dénature la statue du héros de la France. En fait un héritier de Maurras. Se réapproprie le mythe pour l’asseoir au beau milieu du panthéon lepéniste. Quelle magistrale imposture !

Une sympathie vite refoulée pour l’OAS?… Qui se conjugue à des prévenances et des excuses manipulatrices pour l’extrême droite française. Accusée à tort par la gauche d’avoir fomenté les attentats antisémites de la rue Copernic, de la rue des Rosiers, la profanation du cimetière de Carpentras ou l’assassinat des écoliers juifs de Toulouse.

Car si l’on met en perspective son discours trompeur, on démasque l’illusionniste et on révèle le propagandiste.

Zemmour maquille derrière un paravent d’outrances calculées l’idée que l’ennemi de la France c’est le Musulman. Allié indéfectible au nom de la solidarité de l’Oumma des terroristes du Fatah, des mollahs iraniens, des barbares du Hamas, des stratèges d’Al Qaeda, des djihadistes de Daech et de leurs financiers qataris, saoudiens ou turcs.

Le Rubicon qui sépare Zemmour de Dieudonné, Faurisson, Soral ou Meyssan, c’est le soutien aux terroristes. S’il a des mots durs pour l’arrogance des dirigeants sionistes, Zemmour reste un Juif. Et ne peut donc sacrifier sa judéité sur l’autel de la haine du Musulman. Vendre la terre de Sion et l’héritage de la Haskala (Les Lumières du Judaïsme), dont il n’est pourtant pas l’héritier contrairement à l’Ashkénaze Finkielkraut, à une poignée de barbares qui ont juré de décapiter tous les sionistes et leurs alliés croisés.

N’empêche. La ligne rouge est franchie. Celle qui sépare l’honnêteté morale et le vrai patriotisme du pacte avec le diable.

Pour continuer exister dans le landerneau médiatique franchouille, Zemmour a choisi de céder à la tentation faustienne. Sauf que Faust après avoir consacré sa vie à la Connaissance, s’était épris de la jeunesse et de la beauté. Et voulait vivre pour en jouir enfin, au soir de sa vie. Zemmour lui se noie dans la laideur et l’ignominie. Conchie les jeunes. Et ignore le Beau, qui élève et exalte au lieu d’abaisser l’âme dans les plus sombres chakras.

Son dieu n’est pas la Vérité, la Connaissance, la Justice, le Bien ou le Beau. Mais la Célébrité. Pour fasciner la populace, il se pare des habits d’un bouffon de farce sinistre, d’un spectre d’Halloween, D’une banshee dévorant l’âme des égarés dans les landes brumeuses et froides.

Délicieux dans le privé aux dires de ceux qui le connaissent sans pour autant partager ses opinions, Zemmour est abject en public. Et l’assume avec orgueil.

C’est un écrivain moyen et un réac aigri, qui ne comprend rien à l’époque dans laquelle il vit, la déteste lui préfère le Grand siècle.

Son erreur coupable est d’avoir fait le choix de vendre son âme au diable pour exister médiatiquement, construire sa propre notoriété et assurer sa propre gloire. Au risque de prendre le parti masochiste d’être détesté de tous.

Car comment croire que Zemmour ne serait habité que du seul désir d’être un apôtre désintéressé de la Vérité, contre vents et marées et selon un esprit de sacrifice ?

Quand on est un écrivain médiocre et qu’on le sait, quand on se contente de faire du journalisme polémique et racoleur, de chauffer l’audimat au lieu d’écrire de vrais livres (mais qui en écrit aujourd’hui alors qu’on n’a jamais autant publié ?…), on est sujet à toute les compromissions, intellectuelles ou morales.

Et si Zemmour fustige avec acharnement l’avachissement coupable de ses contemporains dans les caniveaux intellectuels de la pensée unique, de l’esprit du temps et de la bobasserie triomphante, c’est finalement pour mieux se vautrer dans les égouts les plus repoussants d’une idéologie qui renonce à toute pensée, à toute liberté, à toute crédibilité, à faire réellement autorité et à révéler le Sens.

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Une réflexion au sujet de « le « cas » Zemmour »

  1. Excellente analyse ;  » Il tord la réalité pour l’amener à ses propres fantasmes et fixations obsessionnelles : sur l’immigration, sur l’Islam, sur la gauche, sur Mai 68, sur la culture, la jeunesse, le rap ou les banlieues. » Il faut ajouter à cette liste de la haine de Zemmour le féminin. Macadam de Stalle

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