La chute de l’Empire – Les gays… suiveurs de tendances

6a00d8341c90b153ef01a3fa7c4fba970b

Une question me taraude : pourquoi les gays, autrefois précurseurs de modes et toujours à la pointe de l’avant-gardisme, sont-ils devenus aujourd’hui une tribu archi ringarde ?

Un seul exemple : la musique.

Il y a 30 ou 40 ans, les gays ont lancé toutes les modes musicales après que les punks ont enterré le rock.

Le Disco.

Studio 54

Studio 54

Son beat minimaliste (boum boum boum), ses violons, ses tenues fluo, paillettes et pattes d’eph. Les râles orgasmiques de Donna Summer sur 18 minutes de version maxi. Le mélange érotico-œcuménique des castes et des classes, 20 ans avant la France « black-blanc-beur ». Et l’ambiance torride des dancefloors du Paradise Garage, du Studio 54 ou du Palace.

Le Funk.

Prince

Prince

Ses cuivres clinquants, ses grosses basses gavées d’adrénaline et ses synthés obsédants. Michael Jackson en alien décoloré et asexué, King of Pop aux déhanchements extra-terrestres, entre Joséphine Baker, Charlie Chaplin et Mime Marceau. Et son versant techno-funk, Prince : le surdoué. Icône d’éphèbe androgyne, dégoulinant de stupre et noyé sous des kilos de dentelle et de fanfreluches baroques.

La New Wave.

Boy George

Boy George

Son esthétique décadente, sexy et sa fausse normalité rebelle. Entre rockeurs modasses (Simple Minds), kikounets électro-constipés (Depeche Mode), néoromantiques empoudrés (Tears for Fears), golden boys métrosexués (Duran Duran), pop starlettes affectées (The Smith), drags queens néo-hippies (Culture Club) et grosses tarentules maniaco-dépressives (The Cure).

acidEt puis, à la fin des années 80, ce déferlement de sons inouïs venus de Chicago, Detroit, New York, Londres ou Bruxelles : (Acid) House, Techno, New Beat. En 1988, en pleine apothéose du clubbing sélect et VIP version Elysées-Matignon, descendre dans le sous-sol du Boy (boîte gay du faubourg  Caumartin) c’était franchir le seuil du 3e millénaire, en mode Apocalypse Now. Stroboscopes hachant une foule ecstasiée, torses nus et bras en l’air, hurlant « Aciiiiiiiiiiiiiiiiiiied ! » sur des rythmes minimalistes et hallucinogènes tout droit sortis de Matrix. Une claque magistrale !

On pourrait aussi évoquer les looks.

Mais depuis que les jeunes hétéros à peine pubère arborent une barbe réglementaire pour affirmer leur virilité tout en surlignant leurs yeux de khôl, on ne sait plus très bien à qui se fier.

Car avant le mâle hétéro était forcément un gros bourrin beauf et ringard. Forcément.

Il suivait péniblement et balourdement des modes lancées par les gays avec 10 ans de retard. I will survive reconverti en hymne fouteux repris par des milliers de cacochymes sous Despé, il fallait le faire !

Ceux qui ont cassé les règles, ce sont les cailleras des banlieues.

Refoulés à l’entrée des clubs branchés (et donc gays pour la plupart) comme le Queen à une époque (1998) où la première « pekno-tarade » se terminait en affrontements sanglants entre techno-kids (forcément pédés) et foncedés du pera (forcément homophobes), les cailleras ont compris qu’il fallait troquer le look gangsta rap, trop stigmatisant, pour le look fashion victim métrosexuée, plus segmentant.

r&b kidExit la capuche et les skets Requin, bonjour la casquette Kangol négligemment posée de travers sur un crâne aux motifs capillaires savamment dessinés. Et raccord avec les tatouages. Baise-en-ville Vuitton hyper follasse en bandoulière, ceinture Dolce & Gabbana sur un baggy très couture taille XXL laissant dépasser un boule bien épilé et serré dans son écrin Calvin Klein. Chez le jeune mâle du 9.3, il n’y a aucune place à l’impro : tout est hyper étudié. Et abondamment copié des icônes du R&B US, pour une large part bis soit dit en passant. Lesquels ne tarderont pas à importer le son électro version eurodance 90s peaufinés par des DJs blockbusters de la French Touch pour booster une carrière un peu flageolante : les Guetta, Martin Solveig et autres Daft Punk.

Et les gays dans tout ça ? A l’heure où la tendance est au brassage des tribus et des identités, les rares qui se cantonnent encore aux soirées 100% gays comme Scream, Pulp ou La Démence sont devenus des dinosaures qui ne se reproduisent que par clonage. Look réglo : bear diffusion. A savoir : pilosité, musculature et look mec-mec de rigueur. Mais tellement surjoué qu’on est plus proche de Conchita Wurst que des icônes pornos de Titan.

Quant à la musique, depuis 10 ans c’est la même soupe totalement abjecte que des DJs exsangues resservent à une foule atone : house totalement régressive à force d’être progressive. Ou house tribale totalement décérébrée. Quand ce n’est pas de l’électro commerciale pour coiffeuses style énième remix de Rihanna.

A croire qu’en troquant l’ecstasy pour le GBH les teuffeurs gays ont perdu leur dignité et leur audition.

Car tout de même ! On est aux antipodes de la sensualité d’un Larry Levan ou d’un Frankie Knuckles. A l’opposé de l’avant-gardisme de Giorgio Moroder (I feel love, 1977), de Kraftwerk ou de Depeche Mode (version Speak & Spell, 1981).

Le 1er novembre 2014, la soirée phare des 25 ans de La Démence à Bruxelles, méga orgie techno gay européenne initiée en 1989, fut une cérémonie plus proche de L’Enfer de Dante que du Paradise Garage.

5 à 6000 matrones hautaines, arrogantes et stupides, stéroïdées et cocaïnées condensées en une marée de torses. Musique abrutissante (la même note et le même rythme minimal tribal pendant 3 heures), backroom plus proche d’un plateau technique de film hard que des Mille et Une Nuits. Et pour clore une panne de clim à 3 heures du mat qui transforma cet immense théâtre reconverti en bordel sodomite en fournaise surbondée.

Un comble : La Démence, hier fête underground, inclusive et conviviale, a aujourd’hui accouché d’un produit dérivé très bankable… une croisière pour happy fiouzes !…

Pour prolonger l’ambiance des fêtes mensuelles entre bogoss body-buildés, on peut désormais s’embarquer pour quelques 400€ sur un paquebot et naviguer gay entre soi pendant 5 jours.

La Démence Cruise

La Démence Cruise

Les raisons de ce déclin de la culture gay ?

Une normalisation à marche forcée des éléments qui firent longtemps la spécificité et le sel d’une culture de la marge et de la dissidence. De la limite, de l’exceptionnel, de l’éphémère et de l’extrême.

PACS puis Mariage pour tous. Petits fours et voituriers à l’entrée du Pavillon Dauphine. Les gays se sont tellement assimilés aux canons de la bourgeoisie bobasse qu’ils en sont devenus hyper chiants et infréquentables.

Aujourd’hui les « extrêmes » de la culture gay transgressive, autrefois destinés à choquer le bourgeois et dynamiter la société patriarcale – abattage sexuel, bondage, SM, drags queens… – sont devenus tellement formatés, conventionnels et merchandisés qu’ils ne choquent ni n’amusent plus personne.

Ce sont des produits comme des autres, qu’on consomme comme un soda édulcoré.

Aujourd’hui plus personne ne songe à se différencier de la masse. A se singulariser. Tout juste à se customiser (mais pas trop) pour descendre boire un verre le vendredi soir en sortant du bureau avec les copines dans le Marais.

On est passé du droit à la différence au droit à l’indifférence. Et, avec la pression du lobby LGBT, de ses mécènes et de ses bienfaiteurs politiques, du droit à l’indifférence au droit à la déférence.

Les gays sont tellement sûrs d’eux et arrogants, veulent tellement être adulés, qu’ils en sont devenus des précieuses ridicules. Ridicules surtout.

Et les profils des chatrooms voient se multiplier les appels à l’air frais stipulant de façon drastique, sélective et proscriptive : « hors milieu ». Comme si en être étant le comble de la ringardise. Il est vrai que la culture du Marais ne doit pas être représentative que d’à peine 10% des individus concernés par l’homosexualité en France… Des gays prudes aux gays prides on a glissé vers une dissidence revendiquée des artefacts du gaytho. Un anticonformiste centrifuge des modèles gays ringardisés par l’excès de conformisme communautaire et gagnés par l’ère du vide.

Et la créativité dans tout ça, où est-elle passée?

Difficile de le savoir à une époque où la surenchère de provocation a anesthésié tout sens critique.

En revanche, si l’on prend la peine de fureter en dehors des sentiers battus, on peut encore déceler des enclaves d’authenticité.

fr-djoon-logoPar exemple pour ceux qui aiment la vraie musique soulful, il existe à Paris un club résolument hors des codes obligés de la branchitude parisienne : le Djoon.

Sa programmation alterne des soirées régulières destinées à une jeunesse de zazous à peine sortis du lycée et qui se défient dans des battles de danse bon enfant sur des tubes de James Brown ou des Jackson 5. Et des soirées plus pointues pour clubbers exigeants où se succède la crème de la crème de la house mondiale : Todd Terry, Glenn Underground, Boo Williams…

On y croise des danseurs amateurs et professionnels qui expriment leurs talents sur de la deep house, qu’il faut bien reconnaître comme étant l’aboutissement de la musique noire américaine, de Duke Ellington à Pharell Williams en passant par Aretha Franklin, Herbie Hancock, Nile Rogers ou George Clinton.

Il y a bien quelques gays rescapés de l’hécatombe progressive, mais ce sont surtout des hétéros trentenaires ou à peine quadra qui font le gros de ces soirées, où l’on vient avant tout par amour de la musique et volonté de communier entre gens de goût, loin des pâmoisons convenues et désabusées d’un parisianisme mortifère.

Il faut le dire : en 2014 le gay est devenu un standard terriblement triste.

Un consommateur-suiveur. Même plus une tête de gondole. Ou alors sous sa forme pastichée et très normalisée, façon Conchita Wurst. Le temps d’une grand-messe de l’Eurovision très politiquement correcte pour célébrer dans un uniformisme consensuel « l’égalité pour tous ».

Au final, faut-il être stigmatisé pour être inventif ? Persécuté pour être créatif ? Rejeté pour être subversif ?

Le beau est toujours bizarre. Et il n’y a pas de vraie création sans transgression. Pas comme parti pris idéologique, mais comme volonté de dépasser les habitudes et les codes. Pour révéler ce qu’il y a derrière le piège des apparences.

images (1)

Il devient urgent et salutaire de braver la chape de plomb du politiquement correct pour montrer à quel point les gays sont devenus has been, conformistes, stériles et ennuyeux.

Publicités

Un dieu peut en cacher un autre – Zemmour et la « culture chrétienne »

Nouveau chapitre de mon livre à paraître n 2015 : « Après la France – Ce monde qui vient »
__________________________________________________

jésusÉric Zemmour passe son temps à défendre la nation française et la culture chrétienne. C’est très noble !

Il défend la nation française, mais ce qui l’intéresse dans la « nation française » c’est la nation, pas la France.

Il défend la culture chrétienne, mais ce qui l’intéresse dans la « culture chrétienne » c’est la culture, pas le Christ.

Au fond Zemmour n’est pas un mauvais bougre. Juste un velléitaire qui s’arrête en chemin.

Il sent bien que pour sortir la France de l’ornière c’est bien du côté de ses racines chrétiennes qu’il faudrait aller gratter. Mais il n’est pas chrétien. Et n’osant aller au bout de son raisonnement, il en vient à prôner l’exact contraire de ce que d’authentiques valeurs chrétiennes et évangéliques conduiraient à choisir.

Car faut-il être sourd, aveugle, ignorant ou hypocrite pour ne pas reconnaitre ce que le Christ a réellement enseigné ? Et qui n’est certes pas tout à fait ce que la morale catholique nous a légué.

Le Christ a-t-il enseigné que seuls les bons Juifs seraient sauvés ? Ou bien que « les premiers seront les derniers »[i] ?

Qu’il fallait chasser Hérode et les Romains pour rétablir la royauté d’Israël ? Ou bien : « Mon royaume n’est pas de ce monde »[ii]. Et encore : « Ceux qui prendront l’épée périront pas l’épée »[iii] ?

A-t-il enseigné que seul le pouvoir des « pères » devait être maintenu coûte que coûte contre la féminisation de la société et des esprits ? Ou bien s’est-il entouré de femmes (un scandale pour un rabbin de son siècle) ? Na-t-il pas soupé avec des prostituées ? N’a-t-il pas choisi pour plus proches disciples des femmes comme Marie-Madeleine, auxquelles selon la tradition ésotérique il aurait transmis la fine fleur de son enseignement ?

A-t-il enseigné qu’il n’y avait pas de salut en dehors de la « nation » juive ? Ou qu’au contraire pour le suivre il fallait abandonner père, mère, épouse, champ, richesses et patrie[iv] ?

Et Paul à sa suite a-t-il appelé tous les Gentils à se faire circoncire et à se convertir au judaïsme ? Ou bien a-t-il au contraire affirmé : « Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus-Christ.»[v] ?

Le choix de suivre le Christ est âpre et radical. Sans compromission avec les « mondanités » et les attachements à quelque « famille » ou « idéal » séculier. Pour revêtir l’homme nouveau il faut accepter de mourir totalement à l’homme ancien.

Et porter sa croix. Pas élever des drapeaux.

C’est l’exact contraire auquel nous invite Zemmour. Ce dont il rêve c’est de ressusciter l’homme ancien, de lui redonner son pouvoir, sa superbe, sa gloire perdue. Sa haine contre ceux qui l’en ont dépossédé lui empêche de voir que la seule issue n’est pas en arrière mais droit devant. Que l’homme auquel il croit n’est qu’un cadavre puant. Mais que celui qui vient est d’une autre nature. Plus élevée, plus lumineuse, plus libre, plus glorieuse.

Zemmour veut restaurer la gloire des pères mais il oublie que chaque homme est né d’une mère. Et que Dieu est à la fois Père et Mère. Qu’Il tient « dans sa main droite la Justice et dans sa main gauche la Miséricorde ».

Il en veut à la droite d’avoir abdiquer la Justice sur l’autel du libéralisme. Et à la gauche d’avoir dénaturé la Miséricorde en compromis droit-de-l’hommiste.

Zemmour n’est pas chrétien. Et il refuse également toute compromission avec le « pourvoir juif » aujourd’hui en place : ces arrogants dirigeants israéliens. Le CRIF. La rhétorique victimaire et l’instrumentalisation de la Shoah. Ce en quoi il n’a pas tort.

Mais il se trompe de cible.

En vérité, Zemmour est un zélote. Il veut décapiter ces présidents illégitimes comme Hollande ou Sarkozy. Qui ont vendu la France à l’Amérique. Comme les Zélotes voulaient virer Hérode, un roi illégitime parce que non juif, corrompu et allié de l’occupant romain.

Zemmour en veut aussi à tous les « grands prêtres » de la morale contemporaine, davantage épris de pouvoir que de vérité. Il prône une restauration fantasmatique de la royauté de la France dans sa pureté originelle, dévoyée par les libertaires parricides et les socialo-capitalistes.

Toutefois, Zemmour aime trop les sunlights pour se retirer au désert et y mener une vie d’ermite, comme ces Esséniens qui refusaient toute compromission avec la mondanité et vivaient à l’écart de la ville et de ses tourments.

La mondanité, il en est le pur produit : comment pourrait-il s’en défaire ?

Alors il reste suffisamment proche du pouvoir pour continuer à briller. Et suffisamment dissident pour faire mine d’appeler à la révolte.

La révolte contre qui, on aura compris. Mais la révolte pour quoi, au fait ? Et pour quel avenir ?

Aucun !

Pour le Néant.

Zemmour est l’apôtre du Néant. De la Destruction.

Comme ces Zélotes qui dans leur entêtement à résister finirent suicidés en masse en haut de la forteresse de Massada, quelques années après que Jérusalem fut rasée par Titus, le Temple détruit et les Juifs exilés.

Le titre de son livre « Le Suicide français » porte en lui tout le non-projet qu’embrasse la pensée zémourrienne. Tout ne se résume qu’à un suicide.

Les erreurs de ceux qui l’ont précédé depuis Mai 68 annoncent cette  fin macabre. Mais le seul artisan de sa propre condamnation à mort c’est Zemmour lui-même.

Ce faisant il veut nous entraîner sans vraiment le dire sur la seule voie qui conduirait la France à un véritable suicide collectif : le Front National.

Car le FN n’est nullement pour notre pauvre France le restaurateur de sa gloire perdue. Il en est au contraire le fossoyeur absolu. La Grande faucheuse.

Le seul dieu auquel croit encore Zemmour, c’est Zorn, le dieu de la fureur.

Ou son versant dans la mythologie germanique : Odin le Destructeur.

Odin le Destructeur

Odin le Destructeur

D’où cette fascination qu’il ne peut s’avouer pour l’Allemagne nazie et ses mythes.
_____________________________

[i] Matthieu 20:16
[ii] Jean 18:36
[iii] Matthieu 26:52
[iv] Marc 10:29-30
[v] Galates 3:28

JÉSUS POUR LES NULS (et les mécréants)

jésus

A l’approche de Noël , voici un petit exposé historique sur le thème :
« Qui était ce fameux Yeshoua de Nazret ?« …

Ce Jésus dont on parle encore aujourd’hui. Mais dont beaucoup, même parmi les chrétiens, ignorent beaucoup de la vie…

Cet article s’adresse avant tout aux non-chrétiens : Juifs, Musulmans, croyants d’autres religions, athées et agnostiques.

Mais aussi aux Chrétiens qui veulent tester leurs connaissances…

_____________________

BIO ET FAMILLE

Né à BethLéem, « La Maison du pain » (1) en Judée entre -3 et -9…  avant Jésus-Christ. Le calendrier établi par le pape Grégoire XIII en 1582 dans les états catholiques et qui est encore le nôtre aujourd’hui comporte en effet une erreur de datation. Laquelle remonte aux calculs du moine Denys le petit (VIe siècle).

Mort aux alentours de l’an 30 à Jérusalem (2) après une prédication courte (3 ans) mais qui lui valut une grande célébrité et beaucoup de détracteurs parmi les courants « officiels » du judaïsme et les autorités juives de l’époque.

j460 Yeshoua ben Yossef ben Myriam (fils de Joseph, fils de Marie) était un jeune rabbin originaire de la petite bourgade de Nazareth (Nazret) en Galilée. Aujourd’hui une grande ville arabe, majoritairement musulmane en dépit de la présence de nombreux lieux saints chrétiens et de nombreux pèlerins, et 4e ville d’Israël.

Ses parents étaient assez modestes : son père était charpentier et sa mère encore jeune fille quand elle lui donna naissance.

Contrairement au mythe (qui est un dogme de foi chez les Orthodoxes) de la « Virginité perpétuelle de Marie » sa mère (4), il eut plusieurs frères et sœurs, conçus après sa naissance et mentionnés dans le Nouveau Testament : Jacques, Joseph, Jude et Simon (5).

Notamment Ya’akov haTsadik (Jacques le Juste), qui fut l’un des piliers de l’église de Jérusalem et le premier évêque de la ville auprès de Shimon (Simon-Pierre) institué chef de l’église par Yeshoua.

____________________

ENTOURAGE

Lors de son ministère public, Yeshoua a suscité de très nombreux disciples, tous Galiléens ou Judéens. Même si sa notoriété s’étendait en Samarie, parmi certains Grecs, Romains ou d’autres goyim vivant dans la région.

Selon les Évangiles, il avait choisi et formé 12 « apôtres » : proches disciples qui l’assistaient au quotidien et avec lesquels il partageait sa vie. Ce chiffre est symbolique : il fait référence aux 12 tribus d’Israël, dont il est une reprise symbolique.

12apostolesdejesus1

En réalité il y en avait beaucoup d’autres, notaparedresmment des femmes. Ce qui à l’époque était très audacieux voire scandaleux. Comme Myriam de Magdala : Marie-Madeleine, que certains considèrent comme la compagne de « l’Enseigneur » (6). Et qu’on confond souvent avec une autre Marie : la « putain repentie ». Marie-Madeleine était en réalité une riche aristocrate lettrée de Jérusalem.

resurrection-lazare-Parmi les autres femmes de l’entourage de Yeshoua on connaît d’autres « Marie », notamment Myriam « la petite », sœur de Martha de Bethania (un village près de Jérusalem). Toutes deux sœurs de Lazare, ami proche de Yeshoua qu’il ressuscita à la demande de ses proches et à la stupéfaction de tous quelques jours après son ensevelissement (7).

Ses apôtres le suivaient, enseignaient et guérissaient des malades un peu partout, faisant grossir les foules à sa poursuite.

Après sa mort, il les envoya en mission pour annoncer la venue du « Royaume de Dieu » et proclamer sa résurrection (8), épisode annonciateur d’une nouvelle ère spirituelle de paix, de fraternité et de justice pour l’humanité.

______________________

ENSEIGNEMENT

Yeshoua enseignait dans les synagogues de toute la Galilée. Mais aussi en plein air où il rassemblait des foules.

0-FrontJesusTemple

Il a aussi prêché dans le Grand Temple de Jérusalem, notamment lors de certaines fêtes juives. Et fait scandale en chassant à coup de fouet les « changeurs » qui aux abords du Temple changeaient toutes les monnaies de l’Empire en monnaie du Temple, afin d’acheter les animaux sacrificiels (et sans doute babioles et souvenirs comme dans tous les bazars de bondieuseries qu’on trouve près des lieux saints…) (9)

Il parlait l’araméen, langue usuelle en Galilée. Dont le syriaque actuel, parlé encore par une petite minorité au Liban et en Syrie, est très proche. Et bien évidemment l’hébreu, la langue officielle en Judée (après le latin) et langue liturgique. Sans doute maîtrisait-il aussi le grec et le latin même si rien ne l’indique avec certitude.

Son enseignement insistait sur la prière « authentique » et non seulement rituelle ou formelle (10). Les plus dévots étaient violemment accusés d’hypocrisie et d’orgueil, méprisant le peuple et les « impurs », cherchant les premières places dans les synagogues et s’affichant par des jeûnes et rites ostentatoires.

Yeshoua prône aussi une relation très intime (révoltante pour certains) avec Dieu, qu’il appelait Abba : « Papa » !… Il enseigne à ses disciples à prier Dieu en l’appelant « Père », dans la prière-modèle connue du « Notre Père » (11).

Ainsi que l’exercice de l’Amour en actes, thème central de sa prédication, jugé supérieur à la lettre de la Loi.

Il inaugure le pardon des péchés sous une forme nouvelle, non plus méritante, au terme de prières, de purifications rituelles, d’expiations codifiées, mais librement accordé par Dieu.

Conséquence de ce don gratuit : le commandent symétrique de pratiquer la « charité » (ou l’amour) envers tout prochain. Surtout les plus rejetés de la société et les pécheurs les plus méprisés : femmes adultères, prostituées, malades, lépreux, infirmes, collecteurs d’impôts… Tous déclarés « impurs » selon la Loi, mais réintégrés dans le plan de salut divin par la « Grâce ».

La Grâce est l’antidote à la fermeture du Salut dans laquelle une lecture radicale de la Torah enferme les pécheurs. C’est au contraire un don souverain et gratuit de Dieu qui va au-delà des prescriptions de la Halakha (la loi juive), efface tout péché et réintègre le pécheur au sein du peuple comme dans le sein de Dieu (mais qui n’empêche pas pour autant la pratique des rites de purification prescrits par la Torah). Elle ne se « mérite » pas par des bonnes actions, ne s’obtient pas des suppliques ; mais pour être opérative, elle doit être accueillie avec sincérité et humilité par un cœur repenti.

Yeshoua n’a jamais contesté un seul article de la Torah mais l’a interprétée, en citant les Prophètes et le Talmud, d’une façon radicalement nouvelle et inouïe. Scandaleuse pour certains « réacs » de son époque. Il avait beaucoup d’opposants. Notamment parmi les Pharisiens (Perushim), proches du petit peuple, très pieux et « orthodoxes » et dont Yeshoua était proche, quoique souvent en dispute avec eux sur la façon d’interpréter la Loi.

Et surtout les grands prêtres de Jérusalem, jaloux de leur pourvoir, proches de l’aristocratie hérodienne et donc de l’occupant romain, qui méprisaient les Pharisiens. Ils en voulaient à mort à Yeshoua pour sa liberté, son autorité et son aura auprès du peuple qui mettaient en danger leur propre autorité. Ils ont donc intrigué auprès de Pilate, procurateur de la Judée, pour le faire arrêter, juger et condamner.

_____________________

RABBIN, PROPHÈTE, MESSIE, ROI D’ISRAËL ?…

Certains de ses disciples voyaient en Yeshoua un « prophète ». Quelques-uns l’identifiaient même à Elyahu (Elie) ou Yohanan le Baptiste qui avait été tué et décapité par Hérode…

Et bon nombre l’ont reconnu comme le « Messie » annoncé par les prophètes. Lui ne s’est jamais proclamé comme tel, enjoignait même à ses disciples de ne jamais révéler ni son identité ni ses miracles les plus spectaculaires afin de ne pas provoquer de scandale qui l’aurait empêché de mener son ministère à son terme. Mais il bénissait ceux qui avaient reçu la grâce spirituelle de l’identifier comme « messie d’Israël » ou « fils de Dieu ».

Lui-même, annonçant son retour après sa mort, se désignait comme « Ben Adam » : le « Fils de l’homme ». Alors que les Evangiles parlent de lui comme « Ben Elohim » : « Fils de Dieu ». Terme attribué dans le Tanakh (livres de la Genèse et de Daniel) au peuple d’Israël tout entier : « les fils de Dieu ».

Resurrection

Il faut préciser qu’au début du 1er siècle, Israël vivait depuis 3 ou 4 siècles dans une effervescence messianique et apocalyptique : on annonçait la fin des temps comme imminente. Des messies, des faux prophètes et des magiciens en tout genre fleurissaient à chaque coin de rue, subjuguant les foules par leurs prêches enflammés, leurs guérisons miraculeuses et leurs tours de magie.

_____________________

LIENS AVEC LES COURANTS DU JUDAÏSME

Le judaïsme « officiel » était représenté par le Sanhédrin et la caste des grands prêtres. Autorité sacerdotale et juridique qui officiait au Temple, ils en gardaient jalousement l’accès et les prescriptions rituelles. Proches du roi Hérode, riches et puissants, sortes de « théocrates », ils étaient détestés du peuple et vivement critiqués par les Pharisiens, dont Yeshoua était proche.

sanhedrin-021Alertés par la célébrité et les provocations de Yeshoua à leur égard, ils cherchaient par tous les moyens à le prendre en flagrant délit de « blasphème » ou de transgression des préceptes de la Torah. Et n’hésitaient à l’interroger publiquement avec ruse pour tenter de le piéger. Mais ce dernier les renvoyaient constamment à leur orgueil, leur fausseté et leur étroitesse d’esprit, élevant la lecture de la Loi à un niveau spirituel jamais atteint, bien au-delà des conventions théologiques et religieuses.

Lassés de cette agitation et de la corruption de la caste des grands prêtres, les Esséniens s’étaient réfugié loin de l’agitation mondaine dans le désert de Judée autour de Qumrân sur les bords de la Mer Morte. Ils y vivaient un ascétisme radical, sans femme ni famille ni vie sexuelle, jeûnaient souvent, mangeaient frugalement, multipliaient les purifications rituelles, priaient, méditaient, lisaient et écrivaient beaucoup, rassemblant des ouvrages dans d’imposantes bibliothèques. Ce sont leurs rouleaux qu’un berger bédouin a retrouvé par hasard dans une grotte à Qumrân en 1947. Ils sont exposés dans le Sanctuaire du Livre au Musée d’Israël à Jérusalem.

manuscritos_qumran

Yeshoua étaient très certainement proche des Esséniens mais ne faisait pas partie de leur secte.

Idem pour les adeptes de Jean le Bapjohn-the-baptist-jesustiste, que les évangiles désignent comme son cousin. A l’image de leur maître, ceux-ci baptisaient des foules dans le Jourdain et appelaient à une vie de repentance loin des compromissions mondaines, dans l’attente imminente du Royaume de Dieu qu’ils annonçaient. Ils prêchaient ardemment et étaient considérés par les notables comme des fanatiques agitateurs. C’est pourquoi Hérode fit arrêter et décapiter Yohanan, après le célèbre épisode de la « danse de Salomé », une courtisane de la cour qui lui aurait demandé en cadeau la tête du Baptiste, idée soufflée par sa femme Hérodiade.

rabbi-hillel[1]Certains commentateurs juifs contemporains ont rapproché Yeshoua de Hillel le Babylonien (-70, +10), l’autre grand maître juif de Jérusalem au 1er siècle, très célèbre et souvent cité à l’époque. Il est vrai qu’il y a quelques similitudes dans leurs enseignements. Mais rien n’indique qu’ils se soient rencontrés.

Mais Yeshoua, en tant que rabbin commentateur de la Torah, des Prophètes et du talmud, était  avant tout proche des Pharisiens.

En réalité Yeshoua côtoyait, fréquentait ou était interpellé par des membres de toute la mosaïque qui constituait le judaïsme très hétéroclite et centrifuge de l’époque.

Y compris des Zélotes, cette secte armée (« intégriste » ou « terroriste » dirait-on aujourd’hui), qui prônait un combat par les armes pour chasser l’occupant romain et le roi Hérode considéré comme un imposteur (car non Juif) et un « collabo ».

Ils voulaient précipiter la venue des temps messianiques et restaurer par les armes la royauté d’Israël dans sa pureté bafouée par la dynastie hérodienne et rendue sacrilège par l’Occupation impie et idolâtre de César sur la Judée.

Un peu comme les messianistes juifs qui aujourd’hui veulent prendre le pouvoir en Israël, dynamiter le Dôme du Rocher et Al Aqsa pour poser les fondations du 3e temple sur l’Esplanade des Mosquées…

judasYehuda (Judas) « le traître » vendit pour quelques deniers Yeshoua au Grand Prêtre qui cherchait à le confondre, avant d’aller se pendre. Il était l’un des 12 apôtres. Et selon beaucoup de commentateurs un Zélote.

Ceux-ci étaient séduits par l’autorité qu’exerçait Yeshoua sur un peuple éreinté par le joug romain, haïssant Hérode et les grands prêtres et ne sachant à quel prophète se vouer.

Mais Yeshoua s’était clairement démarqué d’eux, refusant toute prise d’armes contre l’occupant, ne s’opposant même pas à ce qu’on payât l’impôt à César et annonçant clairement un Royaume spirituel et non temporel, pacifique et non guerrier.

Déçus, les Zélotes le lâchèrent (et le trahirent sans doute). Avant de déclencher la guerre de résistance contre Rome, laquelle finit par l’invasion de Jérusalem par les légions de Titus, la destruction du Temple, puis un bain de sang à la forteresse de Massada où s’étaient retranchés les derniers résistants.

_______________________

PREMIERS « CHRÉTIENS »

Le Poisson, premier symbole chrétien (ses premiers disciples étaient des pêcheurs de Galilée et la multiplication des pains et des poissons et l'un des miracles inauguraux de Yeshoua)

Le Poisson, premier symbole chrétien
(ses premiers disciples étaient des pêcheurs de Galilée et la multiplication des pains et des poissons et l’un des miracles inauguraux de Yeshoua)

Quant aux premières communautés « chrétiennes » (le mot n’existait pas à l’époque), la première est évidemment celle de Jérusalem. Tous étaient Juifs. Ils se réunissaient sur la colline de Sion (près de la Porte du même nom dans la vieille ville actuelle). Notamment la veille de l’arrestation de Jésus, lors d’un Seder (repas) rituel : la « Cène »), qui inaugura « l’eucharistie ». Sacrement institué par Yeshoua pour commémorer sa mort et sa résurrection par le partage rituel du pain et du vin, assimilés à son corps et son sang versé pour le rachat des péchés du peuple (et de l’humanité).

pain-vin

Après sa mort, ses disciples prirent l’habitude de se rassembler près du Cénacle, lieu de ce seder, où l’on trouve aujourd’hui également le Tombeau de David.

A noter que les « Judéochrétiens » ou « Juifs messianiques » (à ne pas confondre avec les juifs messianistes ultraorthodoxes qui veulent prendre le pouvoir et précipiter la venue du Messie) n’ont nullement disparu.

Ils sont même une minorité assez significative et active en Israël, et rassemblent des « croyants en Jésus » (« convertis ») de plus en plus nombreux parmi des Juifs pieux ou des Arabes musulmans. Certains voient dans ces conversions multiples et souvent spectaculaires un signe de l’imminence de la Seconde venue de Jésus, « en gloire », pour inaugurer les temps messianiques.

Les plus anciennes communautés chrétiennes hors de la Judée sont les Syriaques (et non « Syriens »), les Coptes (égyptiens), les Grecs (Corinthiens, Thessaloniciens, Ephésiens…) et les Ethiopiens. Et bien entendu les Romains.

PaulShaül de Tarse – l’apôtre Paul –  était un juif pharisien hellénophone, fin lettré et persécuteur de chrétiens. Il se convertit brutalement sur la route de Damas : Yeshoua lui serait apparu dans une vision et l’aurait envoyé en mission pour annoncer son message dans tout le Bassin méditerranéen.

Evangéliste, commentateur zélé de la Torah et des évangiles et voyageur infatigable, il entreprit de nombreux voyages et mourut persécuté à Rome en 67-68.

Au cours de ses voyages, il entretint une abondante correspondance avec les premières communautés éparpillées dans tout le Bassin méditerranéen, rassemblée dans les « Epîtres » et qui fait autorité doctrinale pour l’Eglise.

Paul a considérablement œuvré pour poser les fondements de la nouvelle « religion ». Organiser l’église  naissante, régler de multiples questions de dogme, de pratique cultuelle ou d’autorité ecclésiastique. Alors que l’église intégrait énormément de non Juifs de cultures différentes se séparait peu à peu de la synagogue et de sa matrice Jérusalem. Il a gagné contre Pierre et ceux qui à Jérusalem refusaient d’ouvrir aux goyim la nouvelle foi, à l’issue de débats très animés lors du 1er Concile de Jérusalem.

Selon certains historiens et biographes, notamment juifs, il serait le vrai fondateur du « christianisme » comme religion nouvelle, distincte du judaïsme ancien. Alors qu’auparavant les disciples de Yeshoua n’était qu’une secte juive parmi d’autres.

Il est vrai que le « paulinisme », fondement de l’orthodoxie chrétienne (parfois même préférée par certains puritains protestants aux enseignements de Yeshoua lui-même), est une doctrine qui se distingue et parfois prend quelques distances avec l’esprit évangélique initial pour s’adapter aux coutume set enjeux de l’église primitive.

Notamment du fait de sa radicalité : Paul était par exemple opposé au mariage et partisan du célibat. Le mariage n’étant selon lui qu’une concession à « la chair ». Jugé inutile puisque Paul était persuadé que le Christ allait revenir de façon imminente et que la résurrection allait suivre immédiatement : il n’y avait donc pas lieu de prendre femme.

Paul est même considéré comme franchement misogyne, alors que Yeshoua comptait de nombreuses femmes parmi ses proches disciples. Ainsi il avait prescrit que les femmes devaient rester voilées dans les assemblées et ne jamais y prendre la parole. Très à cheval sur la question des mœurs et épris de pureté, certains exégètes voient en lui un homosexuel refoulé…

______________________

SCISSION AVEC LA SYNAGOGUE : VRAIMENT ?…

Pierre et Paul

Pierre et Paul

La destruction du Temple par les armées de Titus lors du Siège de Jérusalem en l’an 70 allait séparer définitivement les adeptes de la nouvelle foi en Yeshoua et les partisans de la synagogue réfractaires à son message.

Cataclysme pour le judaïsme de l’époque, elle obligea les Sages de Yabné réunis après la destruction du Temple à refonder entièrement la religion mosaïque et les pratiques cultuelles, au terme d’âpres discussions. Celle-ci, autrefois rassemblée autour du Temple et du Sanhédrin, devait être repensée de fond en combles. Une nouvelle forme de religion juive de la Diaspora naquit alors sur les ruines de l’ancienne, héritée majoritairement du courant pharisien. Elle donna naissance au judaïsme tel qu’on le connaît encore aujourd’hui. Même si bien évidemment un continuum existe entre les deux.

Contrairement à une idée reçue, si le message de Yeshoua s’enracine sans aucune ambiguïté dans le judaïsme ancien sans lequel il n’a aucun sens, le christianisme et le judaïsme actuels en tant que « religions » sont des sœurs jumelles, opposées dès l’origine et longtemps ennemies, mais nées à quelques années d’intervalle !

_______________________

ET L’ISLAM ?

Quant à l’Islam, il serait selon bon nombre de chercheurs et d’islamologues occidentaux une tentative syncrétique de réconcilier les deux, en fondant une nouvelle religion qui emprunte à la fois à la Torah, aux Evangiles et à certains écrits apocryphes.

Et, d’un point de vue rituel et légal, aux règles de certaines communautés monastiques (condamnées comme « hérétiques ») comme les Nestoriens, vivant dans l’Arabie du 7e siècle, proches à la fois des communautés juives et chrétiennes, et réfugiées dans la région après la chasse aux hérésies menée par l’Eglise byzantine.

Des recherches scientifiques conduites par certains exégètes du Coran à partir d’une rigoureuse analyse linguistique avancent même l’idée que, contrairement au récit légendaire de la vie prophète, Muhammad, premier rédacteur du Coran, aurait été un moine nestorien qui aurait voulu concilier la Torah et l’Evangile.

Ces recherches s’appuient sur une méthode linguistique qui consiste à ôter du texte coranique actuel les voyelles ajoutées par les premiers rédacteurs au texte arabe originel, écrit sans voyelles (et offrant donc une pluralité de sens comme la Bible). Délivré de cette traduction « dénaturée » et figée, le texte révèle alors que beaucoup de fragments du Coran sont pour une large part des « copier/coller » de versets de la Bible juive ou de certains évangiles, écrits à l’origine écrits en hébreu et en araméen, et dont des versions perdues aujourd’hui devaient circuler en Arabie.

L’arabe coranique est d’ailleurs proche de l’araméen. Ainsi Allah serait la contraction de Al ‘Lah, pour Al Eloha : « Le Dieu » (Eloha étant l’équivalent araméen de Elohim en hébreu).

jesus-is-a-muslimIl faut préciser que pour les Musulmans, Iça (Jésus), le fils de Marie, est considéré comme « l’Elu« , le « Messager » de Dieu, le plus grand et dernier des prophètes avant la venue de Muhammad.

Pour une majorité d’entre eux, à l’exception des chiites qui identifient le messie à « l’imam caché », il est le messie attendu qui viendra à la fin des temps pour défaire les armées de Saytan (Satan) et rétablir la Paix.

Les sages du soufisme, branche mystique de l’Islam, sont sans doute les plus proches de Yeshoua. Les confréries soufies étaient en effet très proches et en dialogue constant avec des sages du judaïsme, du christianisme et d’autres religions asiatiques (hindouisme, bouddhisme…)

_____________________________

Voilà pour un rapide panorama sur la vie de Jésus, les premières communautés chrétiennes et le contexte d’élaboration du christianisme primitif.

______________________________

Notes et références :

(1) Naissance de Jésus : cf. Evangile selon Luc 2:1-20
(2) Mort de Jésus : cf. notamment Evangile selon Matthieu, ch. 27
(3) Enfance de Jésus à Nazareth : Evangile selon Luc 2:39-40
(4) Virginité de Marie : selon l’évangile de Luc, Maire serait resté vierge jusqu’à la naissance de Jésus. Et laisse supposé que son mari Joseph l’aurait « connue » ensuite (cf. Matthieu 1:25).
(5) Frères de Jésus : cf. Evangile selon Marc 6:3. Epître aux Galates 1:19. Et Première épître aux Corinthiens 9:4-5.
Sur le sujet il y a débat : la plupart des catholiques et des orthodoxes ne considèrent ces « frères » que comme des demi-frères ou des cousins de Jésus. Les protestants les considèrent comme des frères à part entière.
(6) Marie-Madeleine, « compagne du Seigneur » : cf. les évangiles apocryphes de Philippe et Thomas
(7) Résurrection de Lazare : cf. Jean 11:1-46
(8) Envoi des apôtres en mission : cf. Luc 9:1-16
(9) Jésus chasse les marchands du Temple : cf. Jean 2:13-25
(10) Sur la prière : cf Matthieu 6:1-8
(11) Le Notre Père : cf. Matthieu 6:9-14

« La France est morte. Vive la France ! » (premier chapitre de mon prochain livre « Après la France – Manuel d’antidéclinisme »

french-flag

La France.

Cette France dont ils rêvent et qui n’a jamais existé.

Sinon dans les manuels d’Histoire, les oraisons patriotiques et l’orgueil nationaliste.

Avant de devenir le fond de sauce du Front National.

Un mythe. Des mythes.

Utiles et fondateurs, mais des mythes quand même.

De Vercingétorix à De Gaulle en passant par Charlemagne, Louis XIV et Napoléon, « la France » c’est d’abord une Mythologie. Nos historiens en ont tissé les contours officiels. Variables selon les époques, les régimes et les gouvernants en place.

Roland Barthes avait catalogué l’inventaire de ses avatars symboliques et modernistes en 1970. La DS présidentielle, symbole du prestige républicain, avait remplacé le carrosse royal. Et le Tour de France, la Campagne de Russie.

Las.

Mais comme l’a si bien montré René Girard, le mythe est le meilleur paravent idéologique à la violence mimétique. Une constante historique et anthropologique.

L’implacable mécanique sacrificielle en est le ressort universel.

Pour ne pas s’avouer son ressentiment, dissimuler sa colère, sa violence ou sa haine de l’autre, pour maquiller son crime et se draper d’une vertu collective qu’il n’a pas acquise par lui-même, l’homme échafaude des mythes.

Le mythe devient discours officiel. Mémoire collective. Histoire. Culture…

Et finalement on désigne toujours des boucs émissaires pour rétablir en temps de crise la cohésion du groupe. Exonérer les vrais fautifs. Préserver l’ordre établi. Et maintenir les pouvoirs en place sur le dos d’un coupable commis d’office.

Les puissants templiers anéantis par Philippe Le Bel au nom de la raison d’Etat. Louis XVI assassiné par les révolutionnaires au nom de la Patrie trahie. L’Empereur remplacé par un roi-bourgeois. De Gaulle viré par une jeunesse ivre d’esprit libertaire et de changement…

Du meurtre d’Abel au 11 Septembre, tout commence et tout finit par un drame réécrit selon la doxa majoritaire. Un parricide. Un régicide. Un génocide. Un meurtre fondateur. Le sacrifice de la victime émissaire.

Mythologie collective et violence sacrée sont les indissociables ciments de la tribu et de la nation.

Le bouc émissaire du « peuple opprimé », selon la rhétorique marxiste et soixante-huitarde, c’était « le Bourgeois ». La société patriciale et capitaliste. Son discours, ses usages, ses clercs. Sa morale oppressive et sa police répressive. On connaît la chanson même si le disque est rayé.

Pour les déclinistes devenus aujourd’hui à la mode par un effet d’aspiration né du vide sidéral de la pensée française contemporaine – celle des politiques et des intellectuels de salon du moins – le bouc émissaire c’est justement cette génération hirsute et frondeuse qui avait osé lancer le pavé contre la statue du Général. Mettre à bas les fondements de la société traditionnelle et semé les germes du chaos, dont on pleure aujourd’hui les conséquences.

Et ses alliés : la gauche bienpensante et les apparatchiks d’un système corrompu : politiques, financiers et dirigeants de grandes entreprises, eurocrates, journalistes, lobbies communautaristes.

Quand ce n’est pas une communauté toute entière. Avant-hier le Juif, hier l’immigré, aujourd’hui le Musulman.

Jalouse de son orgueil, amnésique de ses propres erreurs et ignorante des bouleversements du monde qui l’entoure, la France aime se regarder le nombril. Se croire encore le centre du monde qui n’attendrait que son divin oracle. La matrice et le Saint-Siège de l’Esprit, de la Culture, du Bon goût, des Bonnes manières et de la Gastronomie. De l’Avant-garde et de l’Innovation.

Elle agonise à force de se cramponner à ce mirage, quand tout lui rappelle sa petitesse, son déclin, sa décrépitude.

Et des pseudos intellectuels aux egos enflés et à la vision myope, valets de spectres fascistes, vrais fossoyeurs d’une décadence annoncée, lui servent de thuriféraires ou de Saint-Just.

Ne restent que quelques touristes américains et chinois pour faire encore vivre le mythe. Qu’une pluie de devises maintient sous assistance respiratoire.

Midnight in Paris, le délicieux film-carte postale de Woody Allen – un « Américain à Paris » plus nostalgique du Paris d’antan que le Parisien lui-même – en est l’exemple parfait.

En réalité, Paris est une métropole à peu près viable si l’on n’est pas parisien. Ou qu’on y vit comme un touriste. Sinon c’est l’enfer absolu. Moins hypocritement policée que New York mais tout aussi violente, arrogante, insolente. La vulgarité du parigot et la goujaterie des élites en plus.

Quand le rêve se fendille, quand le mirage se dissipe, quand les fumées narcotiques laissent place au réveil nauséeux, ne restent que les chiens pour aboyer après les loups.

Les Nouveaux chiens de garde de la pensée dominante de l’époque ne sont pas ceux que dénonçait le lamentable documentaire éponyme concocté en 2012 par des pseudo-journaleux d’extrême gauche, qui fustigeaient les gardiens du « système » politico-économico-médiatique.

Ce sont les Eric Zemmour, les Alain Soral, les Renaud Camus, les Thierry Meyssan. Et quelques anguilles de seconde zone comme Paul-Marie Couteaux. Serviles toutous d’un Front National qui pulvérise ses propres scores sondage après sondage, élection après élection.

Une pensée réactive. Populiste, passéiste et xénophobe. Antisystème, antimondialiste.

Et surtout anti-France. Car elle en dénature et en pervertit les mythes fondateurs sur lesquels elle prétend asseoir sa respectabilité patriote.

France-Drapeau-Dechire-Musculaires

Née de la culture de la haine, du ressentiment. D’une mauvaise conscience inversée. Retournée en arrogante fierté nationaliste.

Eric Zemmour dans son dernier opus Le Suicide Français a raison dans son constat amer. La France n’est plus. Plus que l’ombre d’elle-même. Un squelette hagard. Un souvenir funeste. Une oraison funèbre.

Mais il se trompe dans son analyse. Parce qu’il croit à un fantasme. Une illusion. Un doux rêve. Un élixir ensorcelé.

En voulant ressusciter un fantôme il en fait revivre les pires démons qu’on croyait enterrés.

Zemmour défend la France. Se réclame de Bonaparte et de De Gaulle, dont il livre un portrait biaisé. Car il en fait l’héritier de Maurras. Et relève Pétain d’une disgrâce qu’on croyait entendue, réhabilitant par le détour un régime que la mémoire collective avait entériné comme le péché du siècle moderne.

A l’en croire, cette France, sa grandeur, son génie, ses valeurs, auraient été « ironisées, déconstruites puis détruites » par une génération hédoniste et insouciante héritière de Mai 68.

Des intellectuels coupables auraient sciemment empoissonné ses racines intellectuelles et morales.

Le capitalisme consumériste allié du gauchisme triomphant et de la bobasserie parisienne auraient noyé sous un lent tsunami nihiliste cette pauvre France, qui n’a pourtant jamais existé sinon dans l’imaginaire collectif.

Mais Le Suicide français est une vaste imposture, plus pernicieuse que l’obstination zélée des déconstructivistes à saper les colonnes du Temple.

En prétendant démonter une mécanique idéologique, un modèle dominant qui s’est imposé dans la liesse révolutionnaire et qui a prévalu depuis près de 50 ans, il lui substitue un poison morphinique d’une efficacité plus sournoise.

Car Zemmour ne propose rien. Ne défend aucune vision, aucun projet, aucun avenir. Sinon la propagande FN.

Zemmour n’élabore pas une pensée ; tout juste ne fait-il que produire une poussée.

Zemmour n’est nullement un gaulliste mais un punk en mocassins ! Un nihiliste conservateur. No Future : voilà son seul slogan. Pas à charge. Pas contre l’ordre établi. Mais comme constat irrité d’une ruine dont il se délecte à disséquer la genèse.

Zemmour est l’héritier des romantiques empêtrés dans un décadentisme fin de siècle. Le pur sous-produit d’une chienlit qu’il conspue à longueur de pages. Un romantique façon national-socialisme.

Nostalgique des mythes français comme les nazis l’étaient des mythes germaniques. Fasciné par une virilité qui lui échappe. Défenseur des pères que les amazones du féminisme auraient émasculés.

Aussi misogyne et homophobe qu’un Himmler mais trop complexé et pas assez couillu pour oser préférer les garçons.

Un surgeon d’orgueil trépignant, aussi puéril et ridicule que prétendument viril. Le lointain héritier d’un Gabriele d’Annunzio, homosexuel décadent et icône littéraire du fascisme mussolinien.

La France, Zemmour ne l’a jamais aimée. Il n’a fait que la rêver. En arrêtant sa chronologie au Grand Siècle. Car il hait autant les Lumières que les gauchistes.

Complexe du petit juif séfarade, dont les parents rapatriés d’Algérie ont dû ravaler la honte d’être déchus de leur confortable statut de petits colons racistes.

Dans son admiration sans borne pour le Général, on sent poindre un éternel regret. Un reproche à peine voilé, vite refoulé. Celui d’avoir trahi les pieds noirs en livrant l’Algérie française entre les mains des bourreaux nationalistes algériens. Une sympathie pour l’OAS qui affleure comme un honteux tabou.

Zemmour n’est pas le dernier défenseur d’une France bafouée, mais l’entomologiste des bousiers qui pullulent sur un cadavre imaginaire.