« La France est morte. Vive la France ! » (premier chapitre de mon prochain livre « Après la France – Manuel d’antidéclinisme »

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La France.

Cette France dont ils rêvent et qui n’a jamais existé.

Sinon dans les manuels d’Histoire, les oraisons patriotiques et l’orgueil nationaliste.

Avant de devenir le fond de sauce du Front National.

Un mythe. Des mythes.

Utiles et fondateurs, mais des mythes quand même.

De Vercingétorix à De Gaulle en passant par Charlemagne, Louis XIV et Napoléon, « la France » c’est d’abord une Mythologie. Nos historiens en ont tissé les contours officiels. Variables selon les époques, les régimes et les gouvernants en place.

Roland Barthes avait catalogué l’inventaire de ses avatars symboliques et modernistes en 1970. La DS présidentielle, symbole du prestige républicain, avait remplacé le carrosse royal. Et le Tour de France, la Campagne de Russie.

Las.

Mais comme l’a si bien montré René Girard, le mythe est le meilleur paravent idéologique à la violence mimétique. Une constante historique et anthropologique.

L’implacable mécanique sacrificielle en est le ressort universel.

Pour ne pas s’avouer son ressentiment, dissimuler sa colère, sa violence ou sa haine de l’autre, pour maquiller son crime et se draper d’une vertu collective qu’il n’a pas acquise par lui-même, l’homme échafaude des mythes.

Le mythe devient discours officiel. Mémoire collective. Histoire. Culture…

Et finalement on désigne toujours des boucs émissaires pour rétablir en temps de crise la cohésion du groupe. Exonérer les vrais fautifs. Préserver l’ordre établi. Et maintenir les pouvoirs en place sur le dos d’un coupable commis d’office.

Les puissants templiers anéantis par Philippe Le Bel au nom de la raison d’Etat. Louis XVI assassiné par les révolutionnaires au nom de la Patrie trahie. L’Empereur remplacé par un roi-bourgeois. De Gaulle viré par une jeunesse ivre d’esprit libertaire et de changement…

Du meurtre d’Abel au 11 Septembre, tout commence et tout finit par un drame réécrit selon la doxa majoritaire. Un parricide. Un régicide. Un génocide. Un meurtre fondateur. Le sacrifice de la victime émissaire.

Mythologie collective et violence sacrée sont les indissociables ciments de la tribu et de la nation.

Le bouc émissaire du « peuple opprimé », selon la rhétorique marxiste et soixante-huitarde, c’était « le Bourgeois ». La société patriciale et capitaliste. Son discours, ses usages, ses clercs. Sa morale oppressive et sa police répressive. On connaît la chanson même si le disque est rayé.

Pour les déclinistes devenus aujourd’hui à la mode par un effet d’aspiration né du vide sidéral de la pensée française contemporaine – celle des politiques et des intellectuels de salon du moins – le bouc émissaire c’est justement cette génération hirsute et frondeuse qui avait osé lancer le pavé contre la statue du Général. Mettre à bas les fondements de la société traditionnelle et semé les germes du chaos, dont on pleure aujourd’hui les conséquences.

Et ses alliés : la gauche bienpensante et les apparatchiks d’un système corrompu : politiques, financiers et dirigeants de grandes entreprises, eurocrates, journalistes, lobbies communautaristes.

Quand ce n’est pas une communauté toute entière. Avant-hier le Juif, hier l’immigré, aujourd’hui le Musulman.

Jalouse de son orgueil, amnésique de ses propres erreurs et ignorante des bouleversements du monde qui l’entoure, la France aime se regarder le nombril. Se croire encore le centre du monde qui n’attendrait que son divin oracle. La matrice et le Saint-Siège de l’Esprit, de la Culture, du Bon goût, des Bonnes manières et de la Gastronomie. De l’Avant-garde et de l’Innovation.

Elle agonise à force de se cramponner à ce mirage, quand tout lui rappelle sa petitesse, son déclin, sa décrépitude.

Et des pseudos intellectuels aux egos enflés et à la vision myope, valets de spectres fascistes, vrais fossoyeurs d’une décadence annoncée, lui servent de thuriféraires ou de Saint-Just.

Ne restent que quelques touristes américains et chinois pour faire encore vivre le mythe. Qu’une pluie de devises maintient sous assistance respiratoire.

Midnight in Paris, le délicieux film-carte postale de Woody Allen – un « Américain à Paris » plus nostalgique du Paris d’antan que le Parisien lui-même – en est l’exemple parfait.

En réalité, Paris est une métropole à peu près viable si l’on n’est pas parisien. Ou qu’on y vit comme un touriste. Sinon c’est l’enfer absolu. Moins hypocritement policée que New York mais tout aussi violente, arrogante, insolente. La vulgarité du parigot et la goujaterie des élites en plus.

Quand le rêve se fendille, quand le mirage se dissipe, quand les fumées narcotiques laissent place au réveil nauséeux, ne restent que les chiens pour aboyer après les loups.

Les Nouveaux chiens de garde de la pensée dominante de l’époque ne sont pas ceux que dénonçait le lamentable documentaire éponyme concocté en 2012 par des pseudo-journaleux d’extrême gauche, qui fustigeaient les gardiens du « système » politico-économico-médiatique.

Ce sont les Eric Zemmour, les Alain Soral, les Renaud Camus, les Thierry Meyssan. Et quelques anguilles de seconde zone comme Paul-Marie Couteaux. Serviles toutous d’un Front National qui pulvérise ses propres scores sondage après sondage, élection après élection.

Une pensée réactive. Populiste, passéiste et xénophobe. Antisystème, antimondialiste.

Et surtout anti-France. Car elle en dénature et en pervertit les mythes fondateurs sur lesquels elle prétend asseoir sa respectabilité patriote.

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Née de la culture de la haine, du ressentiment. D’une mauvaise conscience inversée. Retournée en arrogante fierté nationaliste.

Eric Zemmour dans son dernier opus Le Suicide Français a raison dans son constat amer. La France n’est plus. Plus que l’ombre d’elle-même. Un squelette hagard. Un souvenir funeste. Une oraison funèbre.

Mais il se trompe dans son analyse. Parce qu’il croit à un fantasme. Une illusion. Un doux rêve. Un élixir ensorcelé.

En voulant ressusciter un fantôme il en fait revivre les pires démons qu’on croyait enterrés.

Zemmour défend la France. Se réclame de Bonaparte et de De Gaulle, dont il livre un portrait biaisé. Car il en fait l’héritier de Maurras. Et relève Pétain d’une disgrâce qu’on croyait entendue, réhabilitant par le détour un régime que la mémoire collective avait entériné comme le péché du siècle moderne.

A l’en croire, cette France, sa grandeur, son génie, ses valeurs, auraient été « ironisées, déconstruites puis détruites » par une génération hédoniste et insouciante héritière de Mai 68.

Des intellectuels coupables auraient sciemment empoissonné ses racines intellectuelles et morales.

Le capitalisme consumériste allié du gauchisme triomphant et de la bobasserie parisienne auraient noyé sous un lent tsunami nihiliste cette pauvre France, qui n’a pourtant jamais existé sinon dans l’imaginaire collectif.

Mais Le Suicide français est une vaste imposture, plus pernicieuse que l’obstination zélée des déconstructivistes à saper les colonnes du Temple.

En prétendant démonter une mécanique idéologique, un modèle dominant qui s’est imposé dans la liesse révolutionnaire et qui a prévalu depuis près de 50 ans, il lui substitue un poison morphinique d’une efficacité plus sournoise.

Car Zemmour ne propose rien. Ne défend aucune vision, aucun projet, aucun avenir. Sinon la propagande FN.

Zemmour n’élabore pas une pensée ; tout juste ne fait-il que produire une poussée.

Zemmour n’est nullement un gaulliste mais un punk en mocassins ! Un nihiliste conservateur. No Future : voilà son seul slogan. Pas à charge. Pas contre l’ordre établi. Mais comme constat irrité d’une ruine dont il se délecte à disséquer la genèse.

Zemmour est l’héritier des romantiques empêtrés dans un décadentisme fin de siècle. Le pur sous-produit d’une chienlit qu’il conspue à longueur de pages. Un romantique façon national-socialisme.

Nostalgique des mythes français comme les nazis l’étaient des mythes germaniques. Fasciné par une virilité qui lui échappe. Défenseur des pères que les amazones du féminisme auraient émasculés.

Aussi misogyne et homophobe qu’un Himmler mais trop complexé et pas assez couillu pour oser préférer les garçons.

Un surgeon d’orgueil trépignant, aussi puéril et ridicule que prétendument viril. Le lointain héritier d’un Gabriele d’Annunzio, homosexuel décadent et icône littéraire du fascisme mussolinien.

La France, Zemmour ne l’a jamais aimée. Il n’a fait que la rêver. En arrêtant sa chronologie au Grand Siècle. Car il hait autant les Lumières que les gauchistes.

Complexe du petit juif séfarade, dont les parents rapatriés d’Algérie ont dû ravaler la honte d’être déchus de leur confortable statut de petits colons racistes.

Dans son admiration sans borne pour le Général, on sent poindre un éternel regret. Un reproche à peine voilé, vite refoulé. Celui d’avoir trahi les pieds noirs en livrant l’Algérie française entre les mains des bourreaux nationalistes algériens. Une sympathie pour l’OAS qui affleure comme un honteux tabou.

Zemmour n’est pas le dernier défenseur d’une France bafouée, mais l’entomologiste des bousiers qui pullulent sur un cadavre imaginaire.

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