JÉSUS POUR LES NULS (et les mécréants)

jésus

A l’approche de Noël , voici un petit exposé historique sur le thème :
« Qui était ce fameux Yeshoua de Nazret ?« …

Ce Jésus dont on parle encore aujourd’hui. Mais dont beaucoup, même parmi les chrétiens, ignorent beaucoup de la vie…

Cet article s’adresse avant tout aux non-chrétiens : Juifs, Musulmans, croyants d’autres religions, athées et agnostiques.

Mais aussi aux Chrétiens qui veulent tester leurs connaissances…

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BIO ET FAMILLE

Né à BethLéem, « La Maison du pain » (1) en Judée entre -3 et -9…  avant Jésus-Christ. Le calendrier établi par le pape Grégoire XIII en 1582 dans les états catholiques et qui est encore le nôtre aujourd’hui comporte en effet une erreur de datation. Laquelle remonte aux calculs du moine Denys le petit (VIe siècle).

Mort aux alentours de l’an 30 à Jérusalem (2) après une prédication courte (3 ans) mais qui lui valut une grande célébrité et beaucoup de détracteurs parmi les courants « officiels » du judaïsme et les autorités juives de l’époque.

j460 Yeshoua ben Yossef ben Myriam (fils de Joseph, fils de Marie) était un jeune rabbin originaire de la petite bourgade de Nazareth (Nazret) en Galilée. Aujourd’hui une grande ville arabe, majoritairement musulmane en dépit de la présence de nombreux lieux saints chrétiens et de nombreux pèlerins, et 4e ville d’Israël.

Ses parents étaient assez modestes : son père était charpentier et sa mère encore jeune fille quand elle lui donna naissance.

Contrairement au mythe (qui est un dogme de foi chez les Orthodoxes) de la « Virginité perpétuelle de Marie » sa mère (4), il eut plusieurs frères et sœurs, conçus après sa naissance et mentionnés dans le Nouveau Testament : Jacques, Joseph, Jude et Simon (5).

Notamment Ya’akov haTsadik (Jacques le Juste), qui fut l’un des piliers de l’église de Jérusalem et le premier évêque de la ville auprès de Shimon (Simon-Pierre) institué chef de l’église par Yeshoua.

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ENTOURAGE

Lors de son ministère public, Yeshoua a suscité de très nombreux disciples, tous Galiléens ou Judéens. Même si sa notoriété s’étendait en Samarie, parmi certains Grecs, Romains ou d’autres goyim vivant dans la région.

Selon les Évangiles, il avait choisi et formé 12 « apôtres » : proches disciples qui l’assistaient au quotidien et avec lesquels il partageait sa vie. Ce chiffre est symbolique : il fait référence aux 12 tribus d’Israël, dont il est une reprise symbolique.

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En réalité il y en avait beaucoup d’autres, notaparedresmment des femmes. Ce qui à l’époque était très audacieux voire scandaleux. Comme Myriam de Magdala : Marie-Madeleine, que certains considèrent comme la compagne de « l’Enseigneur » (6). Et qu’on confond souvent avec une autre Marie : la « putain repentie ». Marie-Madeleine était en réalité une riche aristocrate lettrée de Jérusalem.

resurrection-lazare-Parmi les autres femmes de l’entourage de Yeshoua on connaît d’autres « Marie », notamment Myriam « la petite », sœur de Martha de Bethania (un village près de Jérusalem). Toutes deux sœurs de Lazare, ami proche de Yeshoua qu’il ressuscita à la demande de ses proches et à la stupéfaction de tous quelques jours après son ensevelissement (7).

Ses apôtres le suivaient, enseignaient et guérissaient des malades un peu partout, faisant grossir les foules à sa poursuite.

Après sa mort, il les envoya en mission pour annoncer la venue du « Royaume de Dieu » et proclamer sa résurrection (8), épisode annonciateur d’une nouvelle ère spirituelle de paix, de fraternité et de justice pour l’humanité.

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ENSEIGNEMENT

Yeshoua enseignait dans les synagogues de toute la Galilée. Mais aussi en plein air où il rassemblait des foules.

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Il a aussi prêché dans le Grand Temple de Jérusalem, notamment lors de certaines fêtes juives. Et fait scandale en chassant à coup de fouet les « changeurs » qui aux abords du Temple changeaient toutes les monnaies de l’Empire en monnaie du Temple, afin d’acheter les animaux sacrificiels (et sans doute babioles et souvenirs comme dans tous les bazars de bondieuseries qu’on trouve près des lieux saints…) (9)

Il parlait l’araméen, langue usuelle en Galilée. Dont le syriaque actuel, parlé encore par une petite minorité au Liban et en Syrie, est très proche. Et bien évidemment l’hébreu, la langue officielle en Judée (après le latin) et langue liturgique. Sans doute maîtrisait-il aussi le grec et le latin même si rien ne l’indique avec certitude.

Son enseignement insistait sur la prière « authentique » et non seulement rituelle ou formelle (10). Les plus dévots étaient violemment accusés d’hypocrisie et d’orgueil, méprisant le peuple et les « impurs », cherchant les premières places dans les synagogues et s’affichant par des jeûnes et rites ostentatoires.

Yeshoua prône aussi une relation très intime (révoltante pour certains) avec Dieu, qu’il appelait Abba : « Papa » !… Il enseigne à ses disciples à prier Dieu en l’appelant « Père », dans la prière-modèle connue du « Notre Père » (11).

Ainsi que l’exercice de l’Amour en actes, thème central de sa prédication, jugé supérieur à la lettre de la Loi.

Il inaugure le pardon des péchés sous une forme nouvelle, non plus méritante, au terme de prières, de purifications rituelles, d’expiations codifiées, mais librement accordé par Dieu.

Conséquence de ce don gratuit : le commandent symétrique de pratiquer la « charité » (ou l’amour) envers tout prochain. Surtout les plus rejetés de la société et les pécheurs les plus méprisés : femmes adultères, prostituées, malades, lépreux, infirmes, collecteurs d’impôts… Tous déclarés « impurs » selon la Loi, mais réintégrés dans le plan de salut divin par la « Grâce ».

La Grâce est l’antidote à la fermeture du Salut dans laquelle une lecture radicale de la Torah enferme les pécheurs. C’est au contraire un don souverain et gratuit de Dieu qui va au-delà des prescriptions de la Halakha (la loi juive), efface tout péché et réintègre le pécheur au sein du peuple comme dans le sein de Dieu (mais qui n’empêche pas pour autant la pratique des rites de purification prescrits par la Torah). Elle ne se « mérite » pas par des bonnes actions, ne s’obtient pas des suppliques ; mais pour être opérative, elle doit être accueillie avec sincérité et humilité par un cœur repenti.

Yeshoua n’a jamais contesté un seul article de la Torah mais l’a interprétée, en citant les Prophètes et le Talmud, d’une façon radicalement nouvelle et inouïe. Scandaleuse pour certains « réacs » de son époque. Il avait beaucoup d’opposants. Notamment parmi les Pharisiens (Perushim), proches du petit peuple, très pieux et « orthodoxes » et dont Yeshoua était proche, quoique souvent en dispute avec eux sur la façon d’interpréter la Loi.

Et surtout les grands prêtres de Jérusalem, jaloux de leur pourvoir, proches de l’aristocratie hérodienne et donc de l’occupant romain, qui méprisaient les Pharisiens. Ils en voulaient à mort à Yeshoua pour sa liberté, son autorité et son aura auprès du peuple qui mettaient en danger leur propre autorité. Ils ont donc intrigué auprès de Pilate, procurateur de la Judée, pour le faire arrêter, juger et condamner.

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RABBIN, PROPHÈTE, MESSIE, ROI D’ISRAËL ?…

Certains de ses disciples voyaient en Yeshoua un « prophète ». Quelques-uns l’identifiaient même à Elyahu (Elie) ou Yohanan le Baptiste qui avait été tué et décapité par Hérode…

Et bon nombre l’ont reconnu comme le « Messie » annoncé par les prophètes. Lui ne s’est jamais proclamé comme tel, enjoignait même à ses disciples de ne jamais révéler ni son identité ni ses miracles les plus spectaculaires afin de ne pas provoquer de scandale qui l’aurait empêché de mener son ministère à son terme. Mais il bénissait ceux qui avaient reçu la grâce spirituelle de l’identifier comme « messie d’Israël » ou « fils de Dieu ».

Lui-même, annonçant son retour après sa mort, se désignait comme « Ben Adam » : le « Fils de l’homme ». Alors que les Evangiles parlent de lui comme « Ben Elohim » : « Fils de Dieu ». Terme attribué dans le Tanakh (livres de la Genèse et de Daniel) au peuple d’Israël tout entier : « les fils de Dieu ».

Resurrection

Il faut préciser qu’au début du 1er siècle, Israël vivait depuis 3 ou 4 siècles dans une effervescence messianique et apocalyptique : on annonçait la fin des temps comme imminente. Des messies, des faux prophètes et des magiciens en tout genre fleurissaient à chaque coin de rue, subjuguant les foules par leurs prêches enflammés, leurs guérisons miraculeuses et leurs tours de magie.

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LIENS AVEC LES COURANTS DU JUDAÏSME

Le judaïsme « officiel » était représenté par le Sanhédrin et la caste des grands prêtres. Autorité sacerdotale et juridique qui officiait au Temple, ils en gardaient jalousement l’accès et les prescriptions rituelles. Proches du roi Hérode, riches et puissants, sortes de « théocrates », ils étaient détestés du peuple et vivement critiqués par les Pharisiens, dont Yeshoua était proche.

sanhedrin-021Alertés par la célébrité et les provocations de Yeshoua à leur égard, ils cherchaient par tous les moyens à le prendre en flagrant délit de « blasphème » ou de transgression des préceptes de la Torah. Et n’hésitaient à l’interroger publiquement avec ruse pour tenter de le piéger. Mais ce dernier les renvoyaient constamment à leur orgueil, leur fausseté et leur étroitesse d’esprit, élevant la lecture de la Loi à un niveau spirituel jamais atteint, bien au-delà des conventions théologiques et religieuses.

Lassés de cette agitation et de la corruption de la caste des grands prêtres, les Esséniens s’étaient réfugié loin de l’agitation mondaine dans le désert de Judée autour de Qumrân sur les bords de la Mer Morte. Ils y vivaient un ascétisme radical, sans femme ni famille ni vie sexuelle, jeûnaient souvent, mangeaient frugalement, multipliaient les purifications rituelles, priaient, méditaient, lisaient et écrivaient beaucoup, rassemblant des ouvrages dans d’imposantes bibliothèques. Ce sont leurs rouleaux qu’un berger bédouin a retrouvé par hasard dans une grotte à Qumrân en 1947. Ils sont exposés dans le Sanctuaire du Livre au Musée d’Israël à Jérusalem.

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Yeshoua étaient très certainement proche des Esséniens mais ne faisait pas partie de leur secte.

Idem pour les adeptes de Jean le Bapjohn-the-baptist-jesustiste, que les évangiles désignent comme son cousin. A l’image de leur maître, ceux-ci baptisaient des foules dans le Jourdain et appelaient à une vie de repentance loin des compromissions mondaines, dans l’attente imminente du Royaume de Dieu qu’ils annonçaient. Ils prêchaient ardemment et étaient considérés par les notables comme des fanatiques agitateurs. C’est pourquoi Hérode fit arrêter et décapiter Yohanan, après le célèbre épisode de la « danse de Salomé », une courtisane de la cour qui lui aurait demandé en cadeau la tête du Baptiste, idée soufflée par sa femme Hérodiade.

rabbi-hillel[1]Certains commentateurs juifs contemporains ont rapproché Yeshoua de Hillel le Babylonien (-70, +10), l’autre grand maître juif de Jérusalem au 1er siècle, très célèbre et souvent cité à l’époque. Il est vrai qu’il y a quelques similitudes dans leurs enseignements. Mais rien n’indique qu’ils se soient rencontrés.

Mais Yeshoua, en tant que rabbin commentateur de la Torah, des Prophètes et du talmud, était  avant tout proche des Pharisiens.

En réalité Yeshoua côtoyait, fréquentait ou était interpellé par des membres de toute la mosaïque qui constituait le judaïsme très hétéroclite et centrifuge de l’époque.

Y compris des Zélotes, cette secte armée (« intégriste » ou « terroriste » dirait-on aujourd’hui), qui prônait un combat par les armes pour chasser l’occupant romain et le roi Hérode considéré comme un imposteur (car non Juif) et un « collabo ».

Ils voulaient précipiter la venue des temps messianiques et restaurer par les armes la royauté d’Israël dans sa pureté bafouée par la dynastie hérodienne et rendue sacrilège par l’Occupation impie et idolâtre de César sur la Judée.

Un peu comme les messianistes juifs qui aujourd’hui veulent prendre le pouvoir en Israël, dynamiter le Dôme du Rocher et Al Aqsa pour poser les fondations du 3e temple sur l’Esplanade des Mosquées…

judasYehuda (Judas) « le traître » vendit pour quelques deniers Yeshoua au Grand Prêtre qui cherchait à le confondre, avant d’aller se pendre. Il était l’un des 12 apôtres. Et selon beaucoup de commentateurs un Zélote.

Ceux-ci étaient séduits par l’autorité qu’exerçait Yeshoua sur un peuple éreinté par le joug romain, haïssant Hérode et les grands prêtres et ne sachant à quel prophète se vouer.

Mais Yeshoua s’était clairement démarqué d’eux, refusant toute prise d’armes contre l’occupant, ne s’opposant même pas à ce qu’on payât l’impôt à César et annonçant clairement un Royaume spirituel et non temporel, pacifique et non guerrier.

Déçus, les Zélotes le lâchèrent (et le trahirent sans doute). Avant de déclencher la guerre de résistance contre Rome, laquelle finit par l’invasion de Jérusalem par les légions de Titus, la destruction du Temple, puis un bain de sang à la forteresse de Massada où s’étaient retranchés les derniers résistants.

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PREMIERS « CHRÉTIENS »

Le Poisson, premier symbole chrétien (ses premiers disciples étaient des pêcheurs de Galilée et la multiplication des pains et des poissons et l'un des miracles inauguraux de Yeshoua)

Le Poisson, premier symbole chrétien
(ses premiers disciples étaient des pêcheurs de Galilée et la multiplication des pains et des poissons et l’un des miracles inauguraux de Yeshoua)

Quant aux premières communautés « chrétiennes » (le mot n’existait pas à l’époque), la première est évidemment celle de Jérusalem. Tous étaient Juifs. Ils se réunissaient sur la colline de Sion (près de la Porte du même nom dans la vieille ville actuelle). Notamment la veille de l’arrestation de Jésus, lors d’un Seder (repas) rituel : la « Cène »), qui inaugura « l’eucharistie ». Sacrement institué par Yeshoua pour commémorer sa mort et sa résurrection par le partage rituel du pain et du vin, assimilés à son corps et son sang versé pour le rachat des péchés du peuple (et de l’humanité).

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Après sa mort, ses disciples prirent l’habitude de se rassembler près du Cénacle, lieu de ce seder, où l’on trouve aujourd’hui également le Tombeau de David.

A noter que les « Judéochrétiens » ou « Juifs messianiques » (à ne pas confondre avec les juifs messianistes ultraorthodoxes qui veulent prendre le pouvoir et précipiter la venue du Messie) n’ont nullement disparu.

Ils sont même une minorité assez significative et active en Israël, et rassemblent des « croyants en Jésus » (« convertis ») de plus en plus nombreux parmi des Juifs pieux ou des Arabes musulmans. Certains voient dans ces conversions multiples et souvent spectaculaires un signe de l’imminence de la Seconde venue de Jésus, « en gloire », pour inaugurer les temps messianiques.

Les plus anciennes communautés chrétiennes hors de la Judée sont les Syriaques (et non « Syriens »), les Coptes (égyptiens), les Grecs (Corinthiens, Thessaloniciens, Ephésiens…) et les Ethiopiens. Et bien entendu les Romains.

PaulShaül de Tarse – l’apôtre Paul –  était un juif pharisien hellénophone, fin lettré et persécuteur de chrétiens. Il se convertit brutalement sur la route de Damas : Yeshoua lui serait apparu dans une vision et l’aurait envoyé en mission pour annoncer son message dans tout le Bassin méditerranéen.

Evangéliste, commentateur zélé de la Torah et des évangiles et voyageur infatigable, il entreprit de nombreux voyages et mourut persécuté à Rome en 67-68.

Au cours de ses voyages, il entretint une abondante correspondance avec les premières communautés éparpillées dans tout le Bassin méditerranéen, rassemblée dans les « Epîtres » et qui fait autorité doctrinale pour l’Eglise.

Paul a considérablement œuvré pour poser les fondements de la nouvelle « religion ». Organiser l’église  naissante, régler de multiples questions de dogme, de pratique cultuelle ou d’autorité ecclésiastique. Alors que l’église intégrait énormément de non Juifs de cultures différentes se séparait peu à peu de la synagogue et de sa matrice Jérusalem. Il a gagné contre Pierre et ceux qui à Jérusalem refusaient d’ouvrir aux goyim la nouvelle foi, à l’issue de débats très animés lors du 1er Concile de Jérusalem.

Selon certains historiens et biographes, notamment juifs, il serait le vrai fondateur du « christianisme » comme religion nouvelle, distincte du judaïsme ancien. Alors qu’auparavant les disciples de Yeshoua n’était qu’une secte juive parmi d’autres.

Il est vrai que le « paulinisme », fondement de l’orthodoxie chrétienne (parfois même préférée par certains puritains protestants aux enseignements de Yeshoua lui-même), est une doctrine qui se distingue et parfois prend quelques distances avec l’esprit évangélique initial pour s’adapter aux coutume set enjeux de l’église primitive.

Notamment du fait de sa radicalité : Paul était par exemple opposé au mariage et partisan du célibat. Le mariage n’étant selon lui qu’une concession à « la chair ». Jugé inutile puisque Paul était persuadé que le Christ allait revenir de façon imminente et que la résurrection allait suivre immédiatement : il n’y avait donc pas lieu de prendre femme.

Paul est même considéré comme franchement misogyne, alors que Yeshoua comptait de nombreuses femmes parmi ses proches disciples. Ainsi il avait prescrit que les femmes devaient rester voilées dans les assemblées et ne jamais y prendre la parole. Très à cheval sur la question des mœurs et épris de pureté, certains exégètes voient en lui un homosexuel refoulé…

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SCISSION AVEC LA SYNAGOGUE : VRAIMENT ?…

Pierre et Paul

Pierre et Paul

La destruction du Temple par les armées de Titus lors du Siège de Jérusalem en l’an 70 allait séparer définitivement les adeptes de la nouvelle foi en Yeshoua et les partisans de la synagogue réfractaires à son message.

Cataclysme pour le judaïsme de l’époque, elle obligea les Sages de Yabné réunis après la destruction du Temple à refonder entièrement la religion mosaïque et les pratiques cultuelles, au terme d’âpres discussions. Celle-ci, autrefois rassemblée autour du Temple et du Sanhédrin, devait être repensée de fond en combles. Une nouvelle forme de religion juive de la Diaspora naquit alors sur les ruines de l’ancienne, héritée majoritairement du courant pharisien. Elle donna naissance au judaïsme tel qu’on le connaît encore aujourd’hui. Même si bien évidemment un continuum existe entre les deux.

Contrairement à une idée reçue, si le message de Yeshoua s’enracine sans aucune ambiguïté dans le judaïsme ancien sans lequel il n’a aucun sens, le christianisme et le judaïsme actuels en tant que « religions » sont des sœurs jumelles, opposées dès l’origine et longtemps ennemies, mais nées à quelques années d’intervalle !

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ET L’ISLAM ?

Quant à l’Islam, il serait selon bon nombre de chercheurs et d’islamologues occidentaux une tentative syncrétique de réconcilier les deux, en fondant une nouvelle religion qui emprunte à la fois à la Torah, aux Evangiles et à certains écrits apocryphes.

Et, d’un point de vue rituel et légal, aux règles de certaines communautés monastiques (condamnées comme « hérétiques ») comme les Nestoriens, vivant dans l’Arabie du 7e siècle, proches à la fois des communautés juives et chrétiennes, et réfugiées dans la région après la chasse aux hérésies menée par l’Eglise byzantine.

Des recherches scientifiques conduites par certains exégètes du Coran à partir d’une rigoureuse analyse linguistique avancent même l’idée que, contrairement au récit légendaire de la vie prophète, Muhammad, premier rédacteur du Coran, aurait été un moine nestorien qui aurait voulu concilier la Torah et l’Evangile.

Ces recherches s’appuient sur une méthode linguistique qui consiste à ôter du texte coranique actuel les voyelles ajoutées par les premiers rédacteurs au texte arabe originel, écrit sans voyelles (et offrant donc une pluralité de sens comme la Bible). Délivré de cette traduction « dénaturée » et figée, le texte révèle alors que beaucoup de fragments du Coran sont pour une large part des « copier/coller » de versets de la Bible juive ou de certains évangiles, écrits à l’origine écrits en hébreu et en araméen, et dont des versions perdues aujourd’hui devaient circuler en Arabie.

L’arabe coranique est d’ailleurs proche de l’araméen. Ainsi Allah serait la contraction de Al ‘Lah, pour Al Eloha : « Le Dieu » (Eloha étant l’équivalent araméen de Elohim en hébreu).

jesus-is-a-muslimIl faut préciser que pour les Musulmans, Iça (Jésus), le fils de Marie, est considéré comme « l’Elu« , le « Messager » de Dieu, le plus grand et dernier des prophètes avant la venue de Muhammad.

Pour une majorité d’entre eux, à l’exception des chiites qui identifient le messie à « l’imam caché », il est le messie attendu qui viendra à la fin des temps pour défaire les armées de Saytan (Satan) et rétablir la Paix.

Les sages du soufisme, branche mystique de l’Islam, sont sans doute les plus proches de Yeshoua. Les confréries soufies étaient en effet très proches et en dialogue constant avec des sages du judaïsme, du christianisme et d’autres religions asiatiques (hindouisme, bouddhisme…)

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Voilà pour un rapide panorama sur la vie de Jésus, les premières communautés chrétiennes et le contexte d’élaboration du christianisme primitif.

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Notes et références :

(1) Naissance de Jésus : cf. Evangile selon Luc 2:1-20
(2) Mort de Jésus : cf. notamment Evangile selon Matthieu, ch. 27
(3) Enfance de Jésus à Nazareth : Evangile selon Luc 2:39-40
(4) Virginité de Marie : selon l’évangile de Luc, Maire serait resté vierge jusqu’à la naissance de Jésus. Et laisse supposé que son mari Joseph l’aurait « connue » ensuite (cf. Matthieu 1:25).
(5) Frères de Jésus : cf. Evangile selon Marc 6:3. Epître aux Galates 1:19. Et Première épître aux Corinthiens 9:4-5.
Sur le sujet il y a débat : la plupart des catholiques et des orthodoxes ne considèrent ces « frères » que comme des demi-frères ou des cousins de Jésus. Les protestants les considèrent comme des frères à part entière.
(6) Marie-Madeleine, « compagne du Seigneur » : cf. les évangiles apocryphes de Philippe et Thomas
(7) Résurrection de Lazare : cf. Jean 11:1-46
(8) Envoi des apôtres en mission : cf. Luc 9:1-16
(9) Jésus chasse les marchands du Temple : cf. Jean 2:13-25
(10) Sur la prière : cf Matthieu 6:1-8
(11) Le Notre Père : cf. Matthieu 6:9-14

2 réflexions au sujet de « JÉSUS POUR LES NULS (et les mécréants) »

    • Oui bien sûr… Sauf que Jésus est un personnage historique et Muhammad un personnage de légende.
      Simple détail, sans vouloir vous offenser… 🙂

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