La chute de l’Empire – Les gays… suiveurs de tendances

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Une question me taraude : pourquoi les gays, autrefois précurseurs de modes et toujours à la pointe de l’avant-gardisme, sont-ils devenus aujourd’hui une tribu archi ringarde ?

Un seul exemple : la musique.

Il y a 30 ou 40 ans, les gays ont lancé toutes les modes musicales après que les punks ont enterré le rock.

Le Disco.

Studio 54

Studio 54

Son beat minimaliste (boum boum boum), ses violons, ses tenues fluo, paillettes et pattes d’eph. Les râles orgasmiques de Donna Summer sur 18 minutes de version maxi. Le mélange érotico-œcuménique des castes et des classes, 20 ans avant la France « black-blanc-beur ». Et l’ambiance torride des dancefloors du Paradise Garage, du Studio 54 ou du Palace.

Le Funk.

Prince

Prince

Ses cuivres clinquants, ses grosses basses gavées d’adrénaline et ses synthés obsédants. Michael Jackson en alien décoloré et asexué, King of Pop aux déhanchements extra-terrestres, entre Joséphine Baker, Charlie Chaplin et Mime Marceau. Et son versant techno-funk, Prince : le surdoué. Icône d’éphèbe androgyne, dégoulinant de stupre et noyé sous des kilos de dentelle et de fanfreluches baroques.

La New Wave.

Boy George

Boy George

Son esthétique décadente, sexy et sa fausse normalité rebelle. Entre rockeurs modasses (Simple Minds), kikounets électro-constipés (Depeche Mode), néoromantiques empoudrés (Tears for Fears), golden boys métrosexués (Duran Duran), pop starlettes affectées (The Smith), drags queens néo-hippies (Culture Club) et grosses tarentules maniaco-dépressives (The Cure).

acidEt puis, à la fin des années 80, ce déferlement de sons inouïs venus de Chicago, Detroit, New York, Londres ou Bruxelles : (Acid) House, Techno, New Beat. En 1988, en pleine apothéose du clubbing sélect et VIP version Elysées-Matignon, descendre dans le sous-sol du Boy (boîte gay du faubourg  Caumartin) c’était franchir le seuil du 3e millénaire, en mode Apocalypse Now. Stroboscopes hachant une foule ecstasiée, torses nus et bras en l’air, hurlant « Aciiiiiiiiiiiiiiiiiiied ! » sur des rythmes minimalistes et hallucinogènes tout droit sortis de Matrix. Une claque magistrale !

On pourrait aussi évoquer les looks.

Mais depuis que les jeunes hétéros à peine pubère arborent une barbe réglementaire pour affirmer leur virilité tout en surlignant leurs yeux de khôl, on ne sait plus très bien à qui se fier.

Car avant le mâle hétéro était forcément un gros bourrin beauf et ringard. Forcément.

Il suivait péniblement et balourdement des modes lancées par les gays avec 10 ans de retard. I will survive reconverti en hymne fouteux repris par des milliers de cacochymes sous Despé, il fallait le faire !

Ceux qui ont cassé les règles, ce sont les cailleras des banlieues.

Refoulés à l’entrée des clubs branchés (et donc gays pour la plupart) comme le Queen à une époque (1998) où la première « pekno-tarade » se terminait en affrontements sanglants entre techno-kids (forcément pédés) et foncedés du pera (forcément homophobes), les cailleras ont compris qu’il fallait troquer le look gangsta rap, trop stigmatisant, pour le look fashion victim métrosexuée, plus segmentant.

r&b kidExit la capuche et les skets Requin, bonjour la casquette Kangol négligemment posée de travers sur un crâne aux motifs capillaires savamment dessinés. Et raccord avec les tatouages. Baise-en-ville Vuitton hyper follasse en bandoulière, ceinture Dolce & Gabbana sur un baggy très couture taille XXL laissant dépasser un boule bien épilé et serré dans son écrin Calvin Klein. Chez le jeune mâle du 9.3, il n’y a aucune place à l’impro : tout est hyper étudié. Et abondamment copié des icônes du R&B US, pour une large part bis soit dit en passant. Lesquels ne tarderont pas à importer le son électro version eurodance 90s peaufinés par des DJs blockbusters de la French Touch pour booster une carrière un peu flageolante : les Guetta, Martin Solveig et autres Daft Punk.

Et les gays dans tout ça ? A l’heure où la tendance est au brassage des tribus et des identités, les rares qui se cantonnent encore aux soirées 100% gays comme Scream, Pulp ou La Démence sont devenus des dinosaures qui ne se reproduisent que par clonage. Look réglo : bear diffusion. A savoir : pilosité, musculature et look mec-mec de rigueur. Mais tellement surjoué qu’on est plus proche de Conchita Wurst que des icônes pornos de Titan.

Quant à la musique, depuis 10 ans c’est la même soupe totalement abjecte que des DJs exsangues resservent à une foule atone : house totalement régressive à force d’être progressive. Ou house tribale totalement décérébrée. Quand ce n’est pas de l’électro commerciale pour coiffeuses style énième remix de Rihanna.

A croire qu’en troquant l’ecstasy pour le GBH les teuffeurs gays ont perdu leur dignité et leur audition.

Car tout de même ! On est aux antipodes de la sensualité d’un Larry Levan ou d’un Frankie Knuckles. A l’opposé de l’avant-gardisme de Giorgio Moroder (I feel love, 1977), de Kraftwerk ou de Depeche Mode (version Speak & Spell, 1981).

Le 1er novembre 2014, la soirée phare des 25 ans de La Démence à Bruxelles, méga orgie techno gay européenne initiée en 1989, fut une cérémonie plus proche de L’Enfer de Dante que du Paradise Garage.

5 à 6000 matrones hautaines, arrogantes et stupides, stéroïdées et cocaïnées condensées en une marée de torses. Musique abrutissante (la même note et le même rythme minimal tribal pendant 3 heures), backroom plus proche d’un plateau technique de film hard que des Mille et Une Nuits. Et pour clore une panne de clim à 3 heures du mat qui transforma cet immense théâtre reconverti en bordel sodomite en fournaise surbondée.

Un comble : La Démence, hier fête underground, inclusive et conviviale, a aujourd’hui accouché d’un produit dérivé très bankable… une croisière pour happy fiouzes !…

Pour prolonger l’ambiance des fêtes mensuelles entre bogoss body-buildés, on peut désormais s’embarquer pour quelques 400€ sur un paquebot et naviguer gay entre soi pendant 5 jours.

La Démence Cruise

La Démence Cruise

Les raisons de ce déclin de la culture gay ?

Une normalisation à marche forcée des éléments qui firent longtemps la spécificité et le sel d’une culture de la marge et de la dissidence. De la limite, de l’exceptionnel, de l’éphémère et de l’extrême.

PACS puis Mariage pour tous. Petits fours et voituriers à l’entrée du Pavillon Dauphine. Les gays se sont tellement assimilés aux canons de la bourgeoisie bobasse qu’ils en sont devenus hyper chiants et infréquentables.

Aujourd’hui les « extrêmes » de la culture gay transgressive, autrefois destinés à choquer le bourgeois et dynamiter la société patriarcale – abattage sexuel, bondage, SM, drags queens… – sont devenus tellement formatés, conventionnels et merchandisés qu’ils ne choquent ni n’amusent plus personne.

Ce sont des produits comme des autres, qu’on consomme comme un soda édulcoré.

Aujourd’hui plus personne ne songe à se différencier de la masse. A se singulariser. Tout juste à se customiser (mais pas trop) pour descendre boire un verre le vendredi soir en sortant du bureau avec les copines dans le Marais.

On est passé du droit à la différence au droit à l’indifférence. Et, avec la pression du lobby LGBT, de ses mécènes et de ses bienfaiteurs politiques, du droit à l’indifférence au droit à la déférence.

Les gays sont tellement sûrs d’eux et arrogants, veulent tellement être adulés, qu’ils en sont devenus des précieuses ridicules. Ridicules surtout.

Et les profils des chatrooms voient se multiplier les appels à l’air frais stipulant de façon drastique, sélective et proscriptive : « hors milieu ». Comme si en être étant le comble de la ringardise. Il est vrai que la culture du Marais ne doit pas être représentative que d’à peine 10% des individus concernés par l’homosexualité en France… Des gays prudes aux gays prides on a glissé vers une dissidence revendiquée des artefacts du gaytho. Un anticonformiste centrifuge des modèles gays ringardisés par l’excès de conformisme communautaire et gagnés par l’ère du vide.

Et la créativité dans tout ça, où est-elle passée?

Difficile de le savoir à une époque où la surenchère de provocation a anesthésié tout sens critique.

En revanche, si l’on prend la peine de fureter en dehors des sentiers battus, on peut encore déceler des enclaves d’authenticité.

fr-djoon-logoPar exemple pour ceux qui aiment la vraie musique soulful, il existe à Paris un club résolument hors des codes obligés de la branchitude parisienne : le Djoon.

Sa programmation alterne des soirées régulières destinées à une jeunesse de zazous à peine sortis du lycée et qui se défient dans des battles de danse bon enfant sur des tubes de James Brown ou des Jackson 5. Et des soirées plus pointues pour clubbers exigeants où se succède la crème de la crème de la house mondiale : Todd Terry, Glenn Underground, Boo Williams…

On y croise des danseurs amateurs et professionnels qui expriment leurs talents sur de la deep house, qu’il faut bien reconnaître comme étant l’aboutissement de la musique noire américaine, de Duke Ellington à Pharell Williams en passant par Aretha Franklin, Herbie Hancock, Nile Rogers ou George Clinton.

Il y a bien quelques gays rescapés de l’hécatombe progressive, mais ce sont surtout des hétéros trentenaires ou à peine quadra qui font le gros de ces soirées, où l’on vient avant tout par amour de la musique et volonté de communier entre gens de goût, loin des pâmoisons convenues et désabusées d’un parisianisme mortifère.

Il faut le dire : en 2014 le gay est devenu un standard terriblement triste.

Un consommateur-suiveur. Même plus une tête de gondole. Ou alors sous sa forme pastichée et très normalisée, façon Conchita Wurst. Le temps d’une grand-messe de l’Eurovision très politiquement correcte pour célébrer dans un uniformisme consensuel « l’égalité pour tous ».

Au final, faut-il être stigmatisé pour être inventif ? Persécuté pour être créatif ? Rejeté pour être subversif ?

Le beau est toujours bizarre. Et il n’y a pas de vraie création sans transgression. Pas comme parti pris idéologique, mais comme volonté de dépasser les habitudes et les codes. Pour révéler ce qu’il y a derrière le piège des apparences.

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Il devient urgent et salutaire de braver la chape de plomb du politiquement correct pour montrer à quel point les gays sont devenus has been, conformistes, stériles et ennuyeux.

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7 réflexions au sujet de « La chute de l’Empire – Les gays… suiveurs de tendances »

  1. La Démence et Matinée ce sont des exemple de soirées pour les gaga gays qui, abrutis par toute sorte de drogue, n’ont plus aucune exigence (à part celle de montrer de manière agressive des corps gonflés en salle de sport). L’esprit de communauté gay « à l’américaine » a produit un groupe de retardés mentaux incapables de regarder la vie en face. C’est triste maismalgré tout il y a de l’espoir : il suffit de dire non à ces steréotipes…

    • La Démence et ce genre de soirées pouvaient être considérées comme des défouloirs acceptables tant qu’il fallait des soupapes à une société corsetée.
      Maintenant que tout est licite surtout le pire, ce sont devenues des institutions pour une faune de caricatures abruties de drogues et surtout de leur propre bêtise, effectivement.
      Mais si cet article (satirique on l’aura compris) souligne la vacuité d’une certaine communauté gay nourrie de stéréotypes ennuyeux et jalouse de ses droits, ce n’est pas pour oublier que la grande majorité des homosexuels ne vivent pas entre la rue des Archives et la rue Vieille-du-Temple. Et que la plupart, surtout les plus jeunes, se moquent éperdument de ces modes et de ces codes.

  2. Pas faux. mais la dernière phrase est trop « généraliste » pas mal de choses vrais mais il s’exprime sur un seul « type » de gay, dommage de généraliser et mettre les gens dans des cases ( case Hetero, case Gay, case Bi etc ) Je pense qu’au XXIe siècle c’est has been de penser que nos attirances amoureuses et sexuels font notre différence.
    1 min · Like

    • Tout à fait d’accord Marius !
      Bien évidemment cet article est satirique et n’a rien de vraiment sérieux.
      Pour mieux cerner mon point de vue sur ce sujet et comprendre à quel point je vous rejoins, je vous suggère d’aller jeter un œil sur mon blog « Le Saut de l’Ange » consacré à l’homosexualité et la spiritualité :
      http://sautdelange.wordpress.com/

  3. Bof… un peu facile de prendre comme référence « LaDémence » le samedi soir du weekend du 25ème anniversaire, LA soirée à éviter absolument pour quiconque est un habitué… la vraie « Démence », c’est et ça restera toujours au Fuse, et si on peut effectivement regretter la programmation musicale débilitante de la grande salle du rez-de-chaussée et ses arrogantes gym-queens stéroïdées, il serait vraiment dommage d’oublier que, pour les « autres » (et ils sont plus nombreux qu’on ne pourrait croire) la salle du premier étage propose une programmation nettement plus qualitative avec des DJ’s comme Dikky Vendetta et Elias qui diffusent house, deep house, soulful house dans une ambiance nettement plus bon-enfant et pour un public pas forcément à poils. Un public d’habitués qui s’y retrouvent tous les mois depuis des années comme une grande famille (parce que pour les habitués, La Démence, c’est surtout ça…), mais qui n’hésitera pas à fréquenter AUSSI d’autres fêtes, nombreuses à Bruxelles, plus pointues ou plus alternatives, pour le plaisir de varier. Tiens c’est bizarre, vous n’en parlez pas, de ces soirées là… OK, ce n’était pas l’objet de cet article, mais « oublier » ces fêtes-là, c’est oublier le public qui les vénère, un public gay, bi ou straight qui a l’avenir devant lui, et beaucoup à offrir en terme de créativité, de soif de découverte, et autant de parcours de vie « loin des sentiers battus ». Peut-être qu’avant de stigmatiser l' »abrutissement » et l' »embourgeoisement » du gay lambda, il faudrait faire un article sur l’apauvrissement manifeste de la vie nocturne PARISIENNE (si j’en crois les nombreux compte-rendus glanés ici et là auprès de Parisiens désabusés… pour ma part je n’y descend jamais, nous sommes bien trop comblés ici à Bruxelles.) Amicalement, un pédé Bruxellois pas si conventionnel -et ses nombreux amis.

    • Entièrement d’accord François !
      Bien évidemment cet article est satirique et nullement « sérieux ». Ceux qui l’auront lu au premier degré seront tombés bêtement dans le panneau…
      Personnellement j’aime beaucoup Bruxelles, une ville où je pourrais aller vivre (dès l’an prochain…) si ce n’était une autre…
      La vie, les Belges, la bouffe, la vieille ville, le bon goût et la simplicité dans beaucoup de domaines, la musique évidemment…
      Paris est d’un ennui et d’un orgueil effrayants en effet : le parisianisme… :(… En tout cas pour la vie nocturne. Sauf quelques enclaves comme le Djoon que j’ai cité, club centré avant tout sur l’amour de la musique et très « inclusif ».
      Et bien évidemment le Fuse n’a rien à voir avec cette célébration grandiloquente et finalement très « barbante » des 25 ans…
      A bientôt sur Facebook… 😉
      Et belle journée !

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