Qui est vraiment Nicolas Sarkozy ?

On connaît l’homme. Et son pédigrée. Goût du pouvoir. Ambition démesurée. Nourrie par  un complexe d’infériorité, des frustrations de jeunesse, une petite taille et un physique ingrat mal assumé. Volonté précoce d’en découdre et de se hisser au sommet. Carriérisme. Cynisme hors pair. Corruption record. Népotisme. Style très affectif, séducteur, frondeur, manipulateur, démagogique, populiste. Goût pour l’argent, les signes extérieurs de richesse, le bling bling. Vie affective chaotique très médiatisée. Propension à l’autoritarisme. Exercice autocratique du pouvoir. Accès de paranoïa. Violence verbale. Goût pour l’étalage médiatique. Culte de la personnalité…

Un mélange de Berlusconi, de Poutine, de Bush : des amis de l’intéressé.

On le dit fini, il renaît de ses cendres. Ses adversaires et ses rivaux annoncent qu’il ne pourra jamais revenir, le voici depuis novembre 2014 réélu à la tête de l’UMP. Parti exsangue, au bord de l’implosion, en proie aux affaires et déchiré par les rivalités, qu’il refonde et rebaptise pompeusement Les Républicains. Provoquant une pluie de réactions outrées et de pétitions en rafale de Français scandalisés de voir l’homme politique le plus corrompu et le plus poursuivi par la justice s’être honteusement attribué le monopole de la République pour se racheter un semblant de virginité politique.

Une ambition sans limites, sans morale, des amitiés douteuses

Un proche de ma famille ami de Nicolas Sarkozy me rapportait un jour que lors de vacances en Corse il avait été invité par le futur président à visiter quelques « amis » dans un village près d’Alésia.

Nicolas Sarkozy était alors fier d’afficher son amitié avec quelques grands parrains de la mafia corse. Et de la mise en scène qui accompagnait cette visite : rendez-vous secret, voyage sous escorte de gardes du corps patibulaires, étalage d’un véritable arsenal au domicile d’un des parrains, déclarations fanfaronnes sur le caractère illégal et les activités occultes de ses amis, etc…

Cela n’a pas empêché le Ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy de s’illustrer très opportunément tel un héros national lors de l’arrestation en 2003 d’Yvan Colonna, l’assassin du préfet Claude Erignac abattu froidement pas la mafia corse à Ajaccio en février 1998.

Cet exemple en dit long sur la personnalité de Nicolas Sarkozy, un homme pour qui la légalité, l’éthique et l’amitié n’ont que peu de poids face à l’ambition politique.

Cet homme n’a ni morale, ni valeurs et son goût du pouvoir ne connaît aucune limite. Rien ne peut l’arrêter. Surtout pas la loi.

… et aux méthodes peu orthodoxes

Mensonges, démagogie, manipulation de l’opinion sont des méthodes communes à Nicolas Sarkozy. Les exemples sont tellement nombreux de fausses déclarations, de chiffres pipeautés, sans aucun fondement avancés lors d’émissions ou de débats télévisés puis « debunkés » ensuite par des analystes scrupuleux, de sources bidonnées, de manipulations outrancières et d’opérations de séduction surfant sur l’émotion, le sentimentalisme, l’autovictimisation, qu’il faudrait un livre entier pour les recenser.

Mais Nicolas Sarkozy ne s’en tient pas là. Pour atteindre ses objectifs de conquête et se maintenir au pouvoir, éliminer ses adversaires et échapper aux juges, il n’hésite pas utiliser des méthodes parfaitement illégales voire criminelles. Inutile d’épiloguer sur ce sujet : les affaires dont il fait l’objet parlent d’elles-mêmes.

Mais le plus spectaculaire et le plus cynique de ses hauts faits pourrait rester encore longtemps dans l’ombre.

Qui a oublié le choc des tueries de Toulouse et Montauban perpétrées en mars 2012 par un jeune « délinquant paumé » et corrompu par l’idéologie djihadiste : Mohammed Merah ?

A peine 2 mois avant l’élection présentielle au terme de laquelle Nicolas Sarkozy espérait donner tort aux sondages qui le donnaient battus par son adversaire François Hollande et se faire réélire contre toute attente, au terme de plusieurs années de descente dans les sondages et d’un antisarkozysme virulent qui avait fédéré l’opposition, les médias et d’une part grandissante de l’opinion publique excédée par la méthode et le style Sarkozy.

Quelques semaines avant ces massacres, Christophe Barbier, ami personnel du couple Sarkozy et éditorialiste du magazine L’Express, avait confié dans l’un de ses articles sur la campagne présidentielle que le président sortant, alors très impopulaire, ne pouvait être réélu… A moins d’un « événement », du type 11 septembre, qui lui aurait permis d’apparaître comme une sorte d’homme providentiel, de président fort et rassembleur, face à une situation exceptionnelle qui aurait sidéré l’opinion.

Merah opportunément assassiné par le GIGN au terme d’un assaut de plusieurs jours à son domicile n’aura pas pu être jugé, livrer sa propre version des attentats qu’il avait commis, ni expliquer ses motivations. Et on ne saura jamais si le jeune homme était véritablement un électron libre ou s’il était manipulé.

Ce qu’on a en revanche appris récemment, c’est que Mohammed Merah avait été approché par les services secrets bien avant d’imaginer les attentats qui l’ont rendu célèbre…

Alors ? Instrumentalisation d’un horrible fait divers qui a bouleversé la France à quelques semaines des élections pour tenter d’en inverser le scrutin ? Ou inimaginable machination destinée à service l’ambition d’un homme prêt à tout pour garder le pouvoir ? Après tout la Ve République a connu tant d’autres affaires sombres, d’assassinats de ministres,de  morts ou suicides suspects qui n’ont jamais été totalement élucidés et conservent leurs zones d’ombre : Robert Moulin,  Pierre Bérégovoy, Roger Quillot, Jean-Marie Demange, et bien d’autres encore. Alors pourquoi pas un attentat commandité ou instrumentalisé pour servir la carrière d’un président impopulaire et prêt à tout pour se faire réélire ?

Un justiciable multirécidiviste, le président le plus corrompu de la Ve République

Faut-il détailler la litanie d’affaires dans lesquelles Nicolas Sarkozy a trempé et dans lesquelles il est encore mêlé ?

Un simple examen de l’actualité en dit long sur les liens particuliers que l’ancien président entretient avec la loi et les juges.

Le plus grand fossoyeur du gaullisme

Il y a quelques années, Nicolas Sarkozy était très fier de rappeler ses liens familiaux avec le gaullisme.

Durant la campagne de 2007, il avait répété afin d’asseoir son image d’authentique gaulliste convaincu combien il avait été impressionné quand, jeune enfant, son grand-père l’avait emmené en mai 1968 à la grande manifestation de soutien au Général qui avait réuni plus d’un million de Français sur les Champs-Elysées. C’était juste après le discours historique de De Gaulle à son retour de Baden Baden, alors que la rue réclamait depuis près d’un mois sa démission et que les observateurs le disaient totalement dépassé par les événements, son gouvernement au bord du gouffre.

Mais une fois élu, Sarkozy s’est davantage illustré comme le plus grand fossoyeur des idéaux gaullistes que la Ve République ait compté. Même François Mitterrand, l’adversaire de toujours, n’avait pas osé faire mieux !

Politique internationale alignée sur l’allié américain et les diktats européens, atlantistisme monolithique, réintégration de la France dans l’OTAN, désacralisation de la fonction présidentielle, durcissement de la politique ultralibérale, politique africaine hasardeuse, politique au Moyen-Orient largement favorable à Israël au détriment des alliés arabes, goût décomplexé pour l’argent et les richesses, surmédiatisation de la vie privée, faveurs déployées au grand patronat, politique sociale méprisante à l’égard des manifestations de mécontentement populaire (crise de 2008, retraites), mise au pas des partenaires sociaux…

De Gaulle doit se retourner dans sa tombe en voyant ce pseudo héritier trahir à ce point une vision de la France, un esprit et un style insufflés aux institutions de la République, une façon très française d’incarner le pouvoir, mélange de monarchie présidentielle, de proximité avec le peuple, de dignité, d’audace, de retenue et de grandeur.

Un authentique agent de la CIA au service de la droite néoconservatrice américaine

Nicolas Sarkozy a vécu aux Etats-Unis.

C’est aussi depuis très longtemps un ami intime des Bush. Ce que sa femme Carla Bruni ne semble pas vraiment goûter. On se souvient de « l’angine blanche » diplomatique invoquée en plein voyage officiel du couple présentiel pour justifier son absence très remarquée à l’invitation des Bush dans leur propriété familiale de Kennebunkport dans le Maine.

Le frère de Nicolas, Oliver Sarkozy, fut même CEO de Carlyle Group, la firme pétrolière texane des familles Bush et Ben Laden. Une firme et des familles dont certains reporters prétendent au terme d’enquêtes minutieuses menées aux Etats-Unis qu’elles auraient été directement impliquées dans la préparation des attentats du 11 Septembre 2001 visant les tours jumelles du World Trade Center, le Pentagone et la Maison Blanche, ainsi que d’autres néoconservateurs de l’administration Bush et membres des services secrets, qui en seraient les véritables commanditaires. Ceci dans le but de déclencher un climat d’insécurité maximale et de psychose dans l’opinion publique américaine (et internationale) afin de faire voter une loi martiale entérinant le fichage de la population et donnant des pouvoirs inédits aux officines de renseignement (Patriot Act), et de déclencher à des fins stratégiques des guerres préventives au Moyen-Orient contre des états (Afghanistan, Irak…) accusés de soutenir le terrorisme et de protéger des dirigeants d’Al Qaeda. Un concept (« guerre préventive ») élaboré quelques années auparavant par ces mêmes stratèges néoconservateurs.

Cette hypothèse est fort plausible et fait l’objet d’un débat public ouvert aux Etats-Unis depuis les attentats. Mais elle se voit systématiquement discréditée dans l’opinion et assimilée aux thèses conspirationnistes les plus douteuses alimentées par l’extrême droite américaine, les réseaux islamistes et antisionistes actifs sur internet.

Si L’Histoire donnait un jour raison à cette hypothèse, Nicolas Sarkozy serait le complice et le soutien personnel de criminels qui n’ont pas hésité à sacrifier 3000 de leurs compatriotes dans les attentats les plus meurtriers de l’Histoire américaine, à des fins stratégiques et d’enrichissement personnel.

Autre vérité troublante et méconnue : le beau-père par alliance de Nicolas Sarkozy n’est autre qu’un des hauts dirigeants de la CIA.

Connaissant les liens très étroits de Nicolas Sarkozy avec la droite néoconservatrice américaine, avec la famille Bush, des dirigeants de multinationales américaines et les services de renseignement américains, on comprend mieux ses positions atlantistes très marquées, son obstination à entériner les choix politiques et stratégiques de l’administration Bush, en dépit d’une frilosité de l’opinion publique française et de la position courageuse adoptée par Jacques Chirac lors de la guerre en Irak de 2003.

Comment ne pas comprendre autrement les positions personnelles très discutables de Nicolas Sarkozy en matière d’alliances stratégiques (réintégration de l’OTAN), en totale opposition avec la tradition gaulliste de non-alignement reprise peu ou prou par tous les présidents de la République depuis la Seconde guerre mondiale, de Pompidou à Chirac ?

Le champion absolu du favoritisme et du népotisme

Les passe-droits, les pressions, les cadeaux aux membres de sa famille et à ses amis patrons de multinationales, les orientations économiques largement favorables à certains secteurs d’activité, en disent longs sur la façon particulière de Nicolas Sarkozy d’exercer le pouvoir et de servir l’intérêt général, lui qui ne cesse de prétendre vouloir « offrir sa vie à cette France qui lui a tout donné ».

Qu’il s’agisse de son obstination à réformer le régime des retraites, sous prétexte de sauver le système public de retraite par répartition ; mais en réalité aussi pour favoriser le système de retraite privé par capitalisation dont son frère aîné Guillaume, Délégué Général du Groupe Malakoff Médéric, est un ardent partisan.

Népotisme inédit quand il veut parachuter son fils Jean, à peine titulaire d’un DEUG de Droit et âgé de 23 ans, PDG de l’EPAD, la société immobilière qui gère une grande partie des immeubles de bureaux du quartier La Défense.

Orientations politiques, économiques et fiscales ineptes quand, après le krach boursier de septembre 2008 et la crise mondiale sans précédent depuis 1929 qui s’en suit, il choisit en priorité de sauver les banques et l’industrie automobile françaises, refuse obstinément d’infléchir son programme et de réorienter sa politique vers plus de social afin de répondre à situation de chômage, de baisse du pouvoir d’achat et de précarisation accrue d’une large part des Français, notamment des classes moyennes touchées de plein fouet par la crise.

Le destructeur de la France et non son « sauveur »

Nicolas Sarkozy prétend vouloir « sauver la France ».

En vérité, durant son quinquennat il a tout bonnement vendu la France aux intérêts américains. Selon une logique ultralibérale, libre-échangiste, atlantiste et européiste, d’un radicalisme inédit sous la Ve République.

Réintégration dans l’OTAN, traités adoptés à la hussarde, accélération des accords de libre échange qui font de Paris (et de l’Europe) une simple banlieue de l’Amérique livrée à l’avidité des multinationales américaines.

Nicolas Sarkozy a aussi divisé les Français comme aucun autre président avant lui. Stigmatisant des minorités ethniques, religieuses et sexuelles. Radicalisant la politique d’immigration non sans arrière-pensées électoralistes pour récupérer les électeurs tentés par le vote FN. Encourageat un raidissement inqjuiet des musulmans de France avec son débat manqué sur l’identité nationale, la politique et les déclarations choquantes de son ami Claude Guéant, alors ministre de l’Intérieur.

Nicolas Sarkozy a laissé filer les comptes de la nation, soi-disant pour sauver notre économie après la crise de 2008, augmentant à un niveau record la dette publique et rendant la France esclave des banques et des agences de notation. Sans jamais remettre en cause cette logique de subordination du politique aux diktats de la finance et des critères de convergence européens. Faisant ainsi le lit des idées populistes du FN et de sa politique d’isolationnisme aussi irréaliste que suicidaire en matière économique et internationale.

Bisexuel caché, homophobe par opportunisme électoraliste

Les rebondissements et les scandales qui ont émaillé la vie privée de Nicolas Sarkozy ont longtemps fait les choux gras de la presse people. On se souvient de de la disparition de sa femme et partenaire politique Cécilia avec son amant en pleine campagne présidentielle de 2007. Et du larmoyant plaidoyer auquel le candidat s’était livré face aux caméras de France 2.

« Allez-y, faites votre beau métier ! », avait alors lancé l’homme meurtri au journaliste qui l’interrogeait sur cette embarrant affaire de tromperie et cette disparition qui alimentait la chronique.

On se souvient aussi du départ de l’ex première dame une fois son mari à peine élu à la fonction suprême, puis du divorce très médiatisé, des SMS dignes d’un roman-feuilleton « Si tu reviens, j’annule tout ». Et finalement de la mise en scène du spectaculaire mariage arrangé (dans l’intimité) avec une pin-up chanteuse de variété apte à booster l’image de l’hyperprésident bling bling.

Un homme à femmes assurément ce Nicolas Sarkozy !
Pas si sûr…

Alors qu’il n’était pas encore que Maire de Neuilly et brillant quadra du RPR auquel on promettait un brillant avenir, Nicolas Sarkozy fréquentait régulièrement les bonnes tables du boulevard Saint-Germain, comme beaucoup de ses confrères députés ou ministres en exercice. Certains habitués du sérail politique rapportent l’avoir souvent rencontré Chez René, un restaurant gastronomique du Quartier Latin (14 bd Saint-Germain), et le rendez-vous d’habitués amateurs d’os à moelle et de bœuf bourguignon. On l’y a même croisé parfois en compagnie de Jean Tiberi, alors Maire de Paris ou de Nicolas Bazire, directeur de cabinet du gouvernement Balladur… et de leur « minou » respectif.

Les amitiés de Nicolas Sarkozy avec des personnalités ouvertement homosexuelles sont connues.

Jean-Luc Romero, ex-élu UMP du Conseil Régional de Paris rallié depuis au PS, célèbre pour son coming out en tant qu’homosexuel et séropositif et ses engagements courageux en faveur des malades du sida ou du droit à mourir dans la dignité, fut longtemps un ami et un proche de Nicolas Sarkozy, avant de prendre ses distances et de rompre avec un président devenu peu fréquentable du fait de ses positions plutôt hostiles à la communauté LGBT et au mariage homosexuel.

Après avoir longtemps surfé sur une rhétorique ambiguë à l’égard du mariage homosexuel, Nicolas Sarkozy soutient aujourd’hui sans équivoque la Manif pour tous. Il tient même dans ses meetings des propos clairement homophobes à des fins électoralistes. Il est devenu l’un des hommes politiques de la droite conservatrice les plus hostiles à la loi sur le Mariage pour tous votée début 2013 au Parlement et soutenue depuis par une large majorité de Français. Il a déclaré début 2015 souhaiter clairement revenir sur cette loi s’il revenait au pouvoir.

Ses déclarations et ses positions à l’égard des droits des personnes et des familles homosexuels sont en contradiction avec ses amitiés personnelles et le fait qu’il soit lui-même bisexuel, ce que peu de Français savent. A la vérité Nicolas Sarkozy n’est nullement homophobe et se contrefiche éperdument des questions de mœurs. Mais son ambition politique et sa démagogie à l’égard de l’électorat le plus conservateur tenté par le vote FN l’incitent à se rallier aux idées les plus nauséabondes des thuriféraires de la Manif pour tous.

Publicités

Dallas Forth Worth Internatoinal Airport

I love to travel.
And I love airports.

Dallas05

On my way to and back from Argentina I had a long connection in Dallas International Airport. Not enough time to visit downtown. But enough to feel I was in America.

And even security controls to arrive by plane in the USA are a real drag, even if is Texas is not exactly my favorite state in the US, being in America for a few hours is such a great pleasure!

Dallas FW airport is a concentrate of today America. Everything is so big and clean. People are so cool and casual (well, not all of them: we are in Texas and there are also many Bob Ewings around…) The design and architecture are really audacious. Consumption and materialism are at their climax. George W Bush is a local hero. Emplyees at the Information desk are wearing cowboys’ costumes. Latinos are more numerous than Black Americans. And the beautiful shops are delicious clichés and stereotypes of Amercia: « America, America, God shed His grace on thee! »

Ce diaporama nécessite JavaScript.

De Gaulle réveille-toi, ils sont devenus mous !

 

Ce qui me révolte le plus chez les Français d’aujourd’hui, dans cette France post-Charlie et pré-Marine, c’est leur RÉSIGNATION !

Excédés par le vulgos sarkochère et désabusés par les hollandises cyniques, ils semblent se laisser glisser dans un sentiment captif de vaches sacrificielles.

Fini l’arrogance autiste et ignorante des réalités de ce monde.

Fini la torpeur sous Prozac.

Fini l’immobilisme coupable et la confiance aveugle en l’Etat-Providence.

Fini l’auto-satisfecit nombriliste et l’orgueil cocardier.

La France est à genoux. Que dis-je à genoux ? Elle est anéantie.

On devise toujours dans les talk-shows bobasses du dernier tweet à scandale de l’ultime coqueluche à franges de la téléréalité. Et des pseudos intellectuels, de la gauche caviar ou germanopratine encore et de l’extrême droite fécale hélas, y polissent leur ego en pleurnichant sur le mythe des Droits de l’homme saccagé par la barbarie islamiste et le cynisme du capitalisme atlantiste.

Ou bien pire et bien plus dangereux : en lançant des imprécations vengeresses à l’adresse du populo dégrisé, l’invitant à élever des guillotines et des bûchers où faire rôtir tous les coupables qui ont osé gruger le bon peuple. Les suppôts mahométans et leur bras armé djihadiste. Les hordes de barbares qui envahissent nos banlieues, volent notre pain, piétinent nos valeurs, piratent nos urnes et bafouent l’honneur de la France d’en bas expulsée des usines par la mondialisation et condamnée à l’exode rural par les quotas européens.

Mais aussi les chantres du système, coupables de complaisance idéologique et politique avec le capitalisme triomphant. Les politicards carriéristes et corrompus. Et les tricards de Maastricht assujettis aux grands argentiers du Roi Dollar…

Sans vouloir parodier l’immonde Zemmour, on est en devoir de se poser la question : comment en est-on arrivé là ?

Plusieurs facteurs culturels et psychologiques concourent à cette situation d’impasse éthique et d’acédie dans laquelle la France semble s’enfoncer inexorablement.

Un incurable orgueil

La France s’était habituée à pousser son cocorico. Voilà qu’elle n’a même plus la force de miauler.

La France semble enfin à admettre depuis quelques semaines qu’elle n’est décidemment plus le centre du monde, le dépositaire exclusif des canons esthétiques, le sommet des beaux-arts et des belles lettres, l’alpha et l’oméga du bon goût, de la pensée et des idéaux démocratiques, l’épicentre de la Raison et le Panthéon de l’éthique humaniste et républicaine, le terreau fertile de la créativité, de l’innovation scientifique, technique, du hi-tech, de l’économie participative et de l’écologie responsable.

Elle n’est qu’un pays secondaire sur l’échiquier mondial. Et elle n’a même plus les moyens de prétendre à diriger l’Europe. Elle se fait dicter ses leçons d’économie libérale et de rigueur budgétaire au sein du tandem franco-allemand par une Allemagne désormais décomplexée, soucieuse de préserver ses intérêts et sa balance commerciale. Un partenaire autrefois humilié et qui ne la ramenait pas devenu le meilleur élève de l’Europe du Plan Marshall, insolente par ses résultats et son obstination à être le garant de l’orthodoxie maastrichtienne.

Humiliée et isolée

La France s’est fait aussi damer le pion par son ennemi héréditaire, la Perfide Albion : tête de pont de l’impérialisme anglo-saxon et cheval de Troie de l’Amérique. Avec son isolationnisme monétaire à la santé insolente face à une zone euro exsangue, sa City triomphante qui donne des leçons de réussite et d’audace urbanistique à toute l’Europe, sa monarchie d’opérette mais qui semble tenir bon face à notre démocratie au bord du gouffre. Et sa créativité bien plus audacieuse et réelle que nos lubies post-modernes : FIAC, Nuit Blanche et autres provocations qui ont largement dépassé le stade du burlesque. Comme ce sapin de Noël-plug anal érigé Place Vendôme en guise d’ultime bras d’honneur goguenard lancé par des guignols qui se prétendent artistes et leurs mécènes cyniques et dépravés.

La France est à genoux. Et osons le dire : la France est morte. Et depuis longtemps !

Envolés patrie, peuple et nation !

La « patrie » si chère au Général de Gaulle et qui est une notion fort différente de celle de « nation », bien qu’on voudrait aujourd’hui les amalgamer, est un mythe d’une autre époque.

Aujourd’hui ce ne sont plus les pères qui gouvernent, mais la dictature de la couche ! On y reviendra…

Plus de pères, donc plus de patrie.

Ne soyons pas comme Zemmour nostalgique d’un temps où les mères restaient sagement aux fourneaux tandis que leurs maris refaisaient Gergovie, Austerlitz et la Libération en buvant des canons. Les temps ont changé, la femme s’est émancipée et partage à égalité avec son mec les mêmes aspirations et les mêmes droits, et c’est tant mieux.

Mais force est de le constater : sans pères pas de patrie.

Reste la nation.

Or pour faire une nation, il faut d’abord faire peuple.

A l’heure où le français part en vrille sous les coups de boutoir de l’anglosaxonisme, du melting pot linguistique, de l’affectation des élites à substituer Booba à Verlaine et de la génération texto, plus question de fédérer les Français, de souche ou d’ailleurs, autour d’une langue commune.

Le communautarisme linguistique est une réalité aussi difficilement amendable que le communautarisme tout court. Et la francophonie un doux rêve porté par quelques frères québécois frondeurs et quelques rares poètes africains.

Et puis une langue est plus un être vivant qu’un monument fossilisé. L’Académie française n’est qu’un repaire de perruches empaillées proches de l’Alzheimer et rangées au terme d’une retraite bien méritée après de bons et loyaux service rendus à la nation.

Quant au « peuple de France », le moins que l’on puisse dire c’est qu’hormis quelque lointaine victoire chèrement achetée il y a bientôt deux décennies en Coupe de Monde de football, la France est totalement incapable de s’inventer un avenir commun, de faire peuple et de se donner l’illusion d’être encore un ensemble, cohérent, soudé et dynamique.

Il faut aussi reconnaître que ce ne sont pas des concepts bobos aussi mous et flous que le « vivre ensemble » qui vont faire bander les foules à l’unisson. Dans les ateliers du Grand Orient ça passe peut-être, mais dans une cité du 9.3 beaucoup moins.

Et puis il faut hélas le reconnaître : depuis la Libération, les Français ne se sont jamais véritablement dotés d’un vrai projet commun ni d’une vision commune quant à leur avenir.

Hormis ceux que le Général leur avait taillés sur mesure en jouant habilement de son personnage et de la marque qu’il avait imprégnée dans l’Histoire au sortir de deux guerres mondiales. Et l’illusion de démocratie fondée sur la représentativité nationale et le suffrage majoritaire, sensés préserver les intérêts du peuple et entériner les options collectives issues du débat démocratique et supposées représenter le consensus majoritaire.

On a depuis ouvert les yeux, et sur le cynisme et le carriérisme des politiciens, de droite comme de gauche. Et sur le caractère très relatif de leur action en matière politique et économique, compte tenu de leurs réelles prérogatives et de leur marge de manœuvre dans une Europe gouvernée par les institutions européennes et soumis aux lois du libre-échange et des critères de gestion communautaire. Le Non au référendum de 2005 était avec le recul un réflexe des plus salutaires. Mais il a été vite balayé par le zèle des néolibéraux à retailler les traités sans tenir compte de l’avis des peuples.

Reste des symboles et quelques « progrès » arrachés dans le champ sociétal. Comme le Mariage pour tous. Qui demeure aujourd’hui la pierre d’achoppement entre deux visions de la France et de l’avenir : l’illusion démocratique contre l’illusion traditionnaliste et nationaliste. En gros la France a peu changé depuis les années 30 : d’un côté le chant internationaliste du « Progrès social » et son avartar communiste heureusement aujourd’hui enterré. De l’autre les Ligues et leur rejet massif du réel et de l’avenir. La crispation sur un rêve nostalgique d’une France et d’une société qui n’ont jamais existé : retour aux archaïsmes religieux, rejet de la laïcité et tentation théocratique pour les croisés de Civitas et les hystériques boutinistes de la Manif pour tous. Tentations néofasciste et ultranationaliste pour leurs alliés néonazis et FN. Chouanneries diverses liguées contre le roi Hollande déchu avant l’heure. Et le même refrain antisystème, i.e. antirépublicain et hostile à la mondialisation. Laquelle n’est pas d’abord une idéologie mais un fait.

A l’heure où le sentiment national n’est plus qu’un mythe incantatoire pour rallier les déçus de tout et réveiller des vieilles lunes surannées. A l’heure où l’ONU n’est plus qu’une chambre d’enregistrement ou un cirque internationaliste pour entériner des options stratégiques décidées de façon occulte en plus haut lieu par les ploutocrates qui dirigent vraiment le monde. A l’heure où la notion même de « nation » n’a plus aucune pertinence, eu égard au changement d’époque et de paradigme, et alors que l’Empire a balayé les états-nations et s’apprête à balayer les grands blocs et les grandes alliances héritées du 20e siècle.

L’état-nation est un mythe, une croyance et un « machin » agité par ceux qui l’instrumentalisent à dessein pour manipuler les masses. Un joujou tout juste bon à asseoir l’illusion de démocratie, dans un monde en apparence ouvert, transnational, transculturel et mondialisé. Mais en réalité plus proche de Big Brother, de Matrix ou de Minority Report que du Jour le plus long. Un monde verrouillé, fiché, surveillé et hypernormatif. Qui offre la liberté de jouir tant qu’on reste dans les clous. Mais condamne à une mort immédiate et certaine dès qu’on franchit le Rubicon du libre-arbitre et de la libre pensée. Un monde bien plus sournoisement totalitaire que ne l’étaient les régimes communistes ou fascistes du 20e siècle. Un monde entièrement régulé par les systèmes et totalement inféodé aux puissances de l’Argent. Dont le chaos apparent n’est qu’un cirque en 3D pour mieux asservir les esprits tétanisés.

Reste une obstination farouche, à l’aube de 3e millénaire, à ignorer les changements d’époque et de paradigme.

La faute aux irresponsables et aux cyniques !

A cela s’ajoutent des facteurs et des choix d’ordre politique, idéologique et culturel, en total décalage avec le réel.

La « République », totem universaliste et maçonnique

La mythologie républicaine – ou plutôt  la « religion » de la République, qui a remplacé de celle du « Dieu-Père »  judéo-chrétien depuis la Révolution française, avec ses nouveaux mythes, ses représentations, ses valeurs humanistes et universalistes, son credo collectif, sa sacralité et ses institutions mises en place sur les ruines de l’Ancien régime par les pères de la République épris d’idéal maçonnique, fait l’objet aujourd’hui d’un culte chancelant.

Ne reste plus qu’une rhétorique pseudo démocratique et droits-de-l’hommiste. A laquelle plus grand monde ne semble vraiment croire. Surtout pas les politiciens qui nous gouvernent, qui ne songent qu’à leur carrière et font semblant de s’y référer pour gagner des suffrages le temps d’une campagne électorale bien marketée.

Et encore moins les décideurs économiques, dont le cynisme assumé frise le crime contre l’humanité. Qu’on songe aux provocations du patron du MEDEF qui voudrait diminuer le SMIC alors que l’écart entre le pouvoir d’achat réel des Français et le coût réel des biens et services basiques (pas celui de l’indice INSEE totalement pipeauté) ne cessent de se creuser et que le prix du panier de la ménagère a été multiplié par 6 ou 10 depuis le passage à l’euro. Qui voudrait aussi supprimer les indemnités déjà symboliques des jeunes diplômés embauchés comme stagiaires ; jeunes qu’aucun patron ne veut embaucher dans leur entreprise au motif qu’ils n’ont pas d’expérience professionnelle ( !…) et bien qu’ils aient Bac + 12. MEDEF qui rêverait aussi d’augmenter la durée légale du temps de travail hebdomadaire sans aucune contrepartie salariale.

Quant au petit peuple, il n’a pas besoin de regarder les Guignols de l’Info pour comprendre qu’il s’est fait gruger. D’ailleurs Marine Le Pen enregistre des scores inédits parmi l’électorat populaire autrefois dévolu au vote communiste. De même parmi les jeunes électeurs issus des milieux ruraux et ouvriers. Quitte à tout perdre, il est prêt à se jeter dans les bras bleu marine prêts à l’étrangler, pour crier son désamour pour cette France qui l’a sacrifié au confort des bobos. Mais aussi parce que la Jeanne d’Arc prête à bouter le « système » hors de France sait manier le verbe, et en bonne illusionniste, chatouiller la fibre patriote, chauvine et xénophobe du petit peuple désœuvré.

Reste quelques bobos naïfs ou cyniques et quelques intellectuels qui n’ont pas réussi à renouveler leur fonds de commerce et semblent croire encore aux déesses République et Démocratie.

L’absence d’un vrai modèle commun

La France est victime d’une oscillation coupable durant plusieurs décennies entre deux modèles de société contradictoires : le communautarisme anglo-saxon, modèle dominant plus ou moins entériné par les élites, et un projet de société qui prend avec le recul des allures de fiasco ou de mythe : le fameux « modèle d’intégration à la française », et son corollaire, le  « modèle social français » que le monde paraît-il nous envie.

Ces deux modèles ont tenté de s’imposer mais ils ont failli. Leur succès idéologique s’appuie sur un sentimentalisme humaniste et un œcuménisme universaliste propres à la religion droits-de-l’hommiste. Il est à l’origine d’un vaste malentendu et d’une politique qui a favorisé l’utopie et l’amateurisme à la vision réaliste, au courage et à la persévérance quant aux choix adoptés en matière d’immigration et de prises en compte des minorités par les gouvernements successifs depuis les Trente glorieuses.

Le modèle d’intégration à la française et les politiques migratoires des décennies écoulées ont ruiné la crédibilité des idéaux humanistes supposés les sous-tendre. L’immigration de main d’œuvre des années 1960/70 pour soutenir un développement industriel et une expansion économique qu’on croyait éternels, puis la politique de regroupement familial, ont permis à des générations d’immigrés de s’installer sur le territoire français, d’obtenir la nationalité française, d’enrichir le pays par la force de leur bras mais aussi par leur culture, d’ouvrir la France sur ses anciennes provinces coloniales et d’opérer un travail de réconciliation inachevé avec des peuples autrefois colonisés puis livrés à des dictateurs ou des politiciens cyniques une fois obtenue leur indépendance.

Mais même si des élites universitaires, sociales ou économiques ont pu émerger de ces populations au terme trois ou quatre générations, force est de reconnaître qu’une très large frange peine encore à se définir et à se reconnaître dans une France qui continue de s’en méfier ou de les rejeter quand ils revendiquent leur droit à partager le travail,  la manne économique, et les dividendes d’une société prétendument égalitaire et multiculturelle. Mais aussi pour une bonne part qui s’enferme dans une attitude frondeuse envers un pays qui peine à les accepter et à leur faire une place.

Aucune lecture n’est suffisante à embrasser le problème de l’immigration et du communautarisme en France, pas plus qu’ailleurs. Ni la « tolérance » ou l’affectation à l’égard des minorités des idéologues humanistes. Ni la  commisération des élites sur fond d’analyse univoque à partir du « socio-logique », avec ce sentimentalisme envers les « pauvres chômeurs » victimes de la crise, les déracinés et les opprimés de tous poils mis au ban de la société. Ni la sanctification par les médias et les bobos du plus vulgaire et du plus délétère de la sous-culture issue des banlieues, à cause d’une fascination perverse des ex-gauchistes enrichis pour la violence réelle ou verbale de la rue et la prose subversive des parias : rap hardcore, culte de l’arrogance érigé en modèle comportemental, esthétisation érotique de la violence, de la marge et du nihilisme. Autant de fausses valeurs sanctifiées au nom d’une prétendue supériorité créative fantasmée par les bobos comme un idéal de puissance brute et primitive, apte à subvertir les canons traditionnels de la culture bourgeoise. Et d’une idéalisation d’une soit-disant vitalité de la rue préférable à l’aliénation à l’ordre établi.

Il faut y ajouter la mauvaise conscience post-coloniale qui justifie un relativisme culturel où tout se vaut, et où l’échelle des valeurs est aplatie. Avec comme impératif catégorique l’interdiction de comparer ou de prétendre défendre tel modèle ou choix de valeurs contre tel autre.

Pour un individu cela relève de la schizophrénie. Pour un pays cela relève de l’abdication de tout mécanisme immunitaire. Non que l’étranger soit par nature hostile. Mais pour se maintenir et se développer, tout groupe humain a besoin d’un minimum de cohérence, d’une plateforme éthique, d’un socle culturel et d’une mémoire commune. Pas juste d’une religion ou de discours totalement creux et fondés sur des mythes. Ni sur le présupposé coupable que tout se décide et tout se règle par le libre débat médiatique, le consensus ou la synthèse.

Politiques à courte vue et absence de vision

On ne peut pas offrir à un peuple en désarroi de véritable projet d’avenir mobilisateur si l’on ne songe qu’à sa carrière et si l’on construit son programme en suivant les conseils des officines de marketing.

Nos politiques ont péché par excès d’ambition personnelle, par cynisme assumé, et par incapacité à incarner ne serait-ce que l’illusion d’un destin commun, portés par de vrais conseillers et de vraies éminences grises qui ne soient pas justes des experts et des apparatchiks du système néolibéral (Attali) ou des écrivassiers crypto-gaullistes en mal de gloire oratoire (Guaino).

Incapacité accrue par un refus de gouverner selon une approche juste et pragmatique et, pour les moins cyniques, incapacité à se départir d’une éthique de conviction, personnelle ou faussement partagée au sein des appareils de partis, et d’une rhétorique romantique héritée des siècles précédents.

Ce que nos voisins anglo-saxons, allemands ou scandinaves ont réussi à faire, en d’adaptant au monde d’aujourd’hui et en comprenant avant nous les changements et les enjeux liés à la mondialisation, la France a mis deux décennies à l’entériner, aveuglée par sa prétention à donner des leçons de démocratie et de morale droits-de-l’hommiste à la terre entière, et empêtrée dans ses certitudes idéologiques et son orgueil de nation orgueilleuse qui s’est longtemps crue le phare de la philosophie planétaire.

Alors que le meilleur de l’esprit français souffle davantage à Berkeley, à Princeton ou à Yale que sous les lambris de la Sorbonne…

Moi je

« Chacun pour soi ; et le chaos pour tous ». Telle pourrait être notre vraie devise nationale en lieu et place du désormais trop burlesque « Liberté, Egalité, Fraternité »

Car l’idéal de liberté a été réduit à un libertarisme où tous les égoïsmes, tous les corporatismes et tous les particularismes viennent tour à tour exiger leur dû, avec force caprices sous forme de reconnaissance et des droits nouveaux. Face à un législateur qui ne peut qu’entériner les changements sociétaux et distribuer des gages et des garanties à ces enfants gâtés de la République. Et sans contrepartie en termes de droits réciproques. Et face à un politique qui légifère à tout va selon les fluctuations d’une opinion ultra-segmentée, l’œil rivé sur les sondages et le baromètre vissé sur la prochaine étape de son plan de carrière.

L’idéal d’égalité (de droit) a été travesti en égalitarisme sinon en « identitarisme » qui va jusqu’à nier le rée en laisant croire que tout est identique et équivalent à tout. Au nom d’une prétention à l’égalité, on en vient à nier toutes les différences objectives. Alors que la différence est le moteur de l’échange et de la relation à autrui, et non un frein quand on accepte de sortir de la confusion et de l’enfermement narcissique. Conséquence de cette indifférenciation égalitariste : l’angoisse d’être montré du doigt dès qu’on est suspecté de stigmatisation, de discrimination, de xénophobie… Et les réflexes identitaire en retour qui viennent ruiner l’effort pour privilégié le commun au différentiel. Donc mieux vaut croire et prétendre que tout se vaut et que tout est égal à tout. En continuant de rouler pour soi et de n’en faire qu’à sa tête.

C’est la dictature du « C’est mon choix ! ». Infantile, irresponsable et suicidaire !

Nos contemporains sont devenus des sales gosses, auxquels plus aucune autorité n’ose s’affronter. Puisque toutes les autorités ont été d’abord montrées du doigt comme aliénantes. Puis clouées au pilori parce que déclarées corrompues et inaptes à exercer le pouvoir, à conduire les rennes ou à  fixer des règles comportementales, juridiques et éthiques pour un avenir commun.

Quant à l’idéal de fraternité, l’Etat a fini par abdiquer de son rôle de redistribution équitable des richesses, de garantir l’égalité des chances et de venir en aide aux plus nécessiteux. L’impôt est un machin injuste, ingérable, que plus personne ne peut efficacement réformer. Surtout depuis que le service de la dette à remplacé toute autre priorité et plombé toute possibilité d’engager une vraie politique sociale grâce à l’outil fiscal et budgétaire.

L’égalité des chances est réduite à une revendication permanente des minorités et à une surenchère dans la concurrence victimaire, dressant les communautés les unes contre les autres.

Le vivre ensemble n’est plus qu’une juxtaposition d’intérêts qui se jalousent et se chevauchent.

Quand on est à peine un voisin et rarement un partenaire, comment pourrait-on être des concitoyens et a fortiori des « frères » ?

L’individualisme contemporain si cher aux Français, la customisation à outrance des modes de vie, de consommation et de pensée pour se démarquer des autres et faire croire qu’on existe, les réflexes communautaristes et le repli sur des identités ethniques ou religieuses, quand ce n’est pas sur le clan, ont anéanti toute possibilité de se reconnaître vraiment comme un peuple et de faire corps. Sinon dans la compétition avec un autre éon national désigné comme l’ennemi : les vieux mécanismes de la guerre qui soudent les peuples. Et sa transposition dans l’arène des stades.

Mais Zidane ou Zlatan et tous ces millionnaires en Nike qui ne pensent qu’à vendre leur image aux grandes marques et à lever des putes après leur défaite sur le gazon peuvent-ils suffire à redonner leur fierté à un peuple humilié ?

La jouissance et le mépris, jusqu’à plus soif

L’idéalisme hédoniste et l’égoïsme fat des bobos : voilà encore une constante des décennies passées qui nous a fourrés dans un sacré pétrin !

Pas besoin de souscrire aux fixettes zemmourienne pour s’apercevoir que nos élites issues de la génération du Baby-Boom et de Mai 68 ont conduit la France dans le mur.

Pas besoin de « déconstruire la déconstruction » engagée à coup de pavés et de provocations situationnistes par les intellectuels disciples de Sartre, de Bourdieu, de Foucault, de Deleuze et Guattari pour comprendre que la morale à papa ne saurait fonctionner de nouveau aujourd’hui, qu’aucun retour à la France d’avant 68 n’est possible trois ou quatre génération après les barricades, que le monde a radicalement changé d’époque et de paradigme, et que la France ou le monde de 2015 ne sont pas comparables à ceux de 1945.

Pourtant il faut reconnaître que la génération des bobos, par son cynisme et son attachement à des valeurs et à une rhétorique auxquelles elle ne croit plus depuis longtemps et qui est en contradiction avec son mode de vie, essentiellement bourgeois et accessoirement bohème, est en grande partie responsable du désenchantement présent et du boulevard ouvert au Front National.

Hypernormal !

Vient s’ajouter à ce cynisme des aînés, l’hyperconformisme de type protofasciste de la génération montante : les « momos ».

La génération des 35-45 ans a grandi dans les années 1980, marquées par le culte de l’entreprise, la glorification des golden-boys, de la frime et du fric, et par le triomphe de l’ultralibéralisme incarné par le couple Reagan-Thatcher.

Puis ils ont entamé leur vie professionnelle sur fond de crise, de chômage, de privatisations, de désindustrialisation et de désengagement massif de l’Etat de pans entiers de l’économie, livrés à l’appétit des investisseurs étrangers pressés de dépecer nos plus beaux fleurons industriels, de déréglementer à tout va afin d’ouvrir le marché à leurs produits et services. Jusqu’à l’éclatement de la bulle internet en 2000, qui a sonné le glas de la nouvelle utopie cybernétique un temps vendue comme le deus ex machina d’une hypercrise qui ne semblait pas vouloir s’arrêter de broyer des vies et des carrières.

Angoissés, polyglottes et multiculturels, très mobiles par nécessité, les momos sont aussi obsédés par le devoir de se conformer en tout à ce que la société leur demande. Bons professionnels, bons parents « modernes » qui élèvent leurs marmots avec un rigoureux souci de parité et d’équité dans la répartition des rôles au sein du couple, bons citoyens, soutenant toutes les nobles causes portées par les associations de défense de ceci ou de cela, et par des ONG même si elles ne sont pas toujours très en accord avec les idéaux qu’elles affichent, mais peu importe : l’important est de paraître OK sur toute la ligne, et raccord avec l’idéologie dominante.

On est donc antifasciste, antiraciste, pour la défense des minorités opprimées et pour le mariage gay. Pas tant par réelle conviction que parce que c’est dans l’air du temps et qu’on est tout sauf un bobo cynique comme papa, mais au contraire un bon petit soldat, branché mais hypernormal !

Ils « gèrent » tout avec un souci maniaque. Leur carrière, leur vie sexuelle, leur couple, leur mariage, leur famille, leur divorce, leurs vacances, leurs orgasmes… Mais pas leurs enfants parce qu’ils sont totalement dépassés. C’est la génération Dorothée, Un gars, une fille et Parents mode d’emploi.

Ces momos sont les plus ardents défenseurs du système, bien qu’ils cherchent à se singulariser sans paraître trop conformistes. Mais à l’inverse de leurs aînés, ils fuient les excès, les expériences borderline, l’idéalisme rêveur, la violence, la vulgarité. Ou alors juste un peu pour faire djeune et un peu rebelle, mais pas trop.

On ne saurait compter sur eux pour changer la donne : c’est une génération sacrifiée, qui a imposé la « dictature de la couche » en lieu et place du sens de l’intérêt commun cher aux anciens. La famille est un refuge pour laisser passer l’orage et se retrouver bien au chaud dans leur appartement propret meublé chez Ikea. Et leur progéniture le seul horizon où ils osent se projeter face à un avenir bouché. C’est le culte de l’enfant-roi, dans lequel ils se projettent faute de réussir à vraiment être devenir adultes. Ce que le philosophe Pascal Bruckner nomme la Tentation de l’innocence, avec pour horizon « le bébé, avenir de l’humanité ».

Dictature version consumériste avec Pampers et landeau designé par Pinifarina, ou version socialiste néofasciste sponsorisée par L’Oréal du style Ségolène Royal, la femme (évidemment…) politique préférée des momos.

Que reste-t-il de nos amours ?

Complaisance coupable à l’égard de la pensée unique des élites politiques, économiques et culturelles, du microcosme intellectuel et médiatique. Consensus faussement démocratique qui n’est autre qu’une imposture totalitaire imposée sournoisement aux esprits, aux discours, aux modes de vie et d’agir, au vivre ensemble et aux institutions.

C’est comme un glacis pernicieux qui s’est abattu sur notre pays et sur le monde, sans que nous puissions nous en rendre compte.

Un modèle politique unique bien qu’apparemment pluriforme. Avec son versant « dur » ultralibéral et libre-échangiste, et son versant « soft » social-libéral.

Pas de vraie alternative au plan politique. Au contraire. Renoncement à tout vrai projet collectif qui ne soit pas une nouvelle chimère idéologique (écologie politique). Resucée des vieilles lunes internationalistes et anticapitalistes à la sauce populiste antisystème (Front de gauche). Mensonge libéral-social instrumentalisant les gimmicks de gauche pour servir les intérêts de Francfort et Wall Street (hollandisme). Cynisme ultralibéral et néopopuliste (sarkozisme). Ou bondieuseries et bouillie chrétienne-démocrate (Bayrou)… L’offre politique n’est pas ragoutante.

Seule discours « fort » audible dans cette foire aux gogos, mais d’une perversité inouïe : la prétention frontiste à sortir la France du marasme et de la décadence en la faisant régresser à un stade mythique d’avant-guerre et d’avant la décadence libérale-socialiste, marqué par un chauvinisme sinon un racisme assumé et une méfiance radicale à l’égard des institutions, du monde tel qu’il existe, et de l’autre.

Tremplin idéologique à l’ambition présidentielle de Marine et d’un parti qui prétend avoir rompu avec son passé extrémiste : une poignée de pseudo intellectuels nauséabonds : Zemmour, Camus, Soral, Meyssan.

Et de clowns outranciers qui bravent la Loi et poussent le bouchon trop loin en vendant la propagande antisémite et pro-terroriste en capitalisant sur le ressentiment populaire, comme l’immonde Dieudonné.

Car quand on analyse les choses en profondeur, l’islamisme radical et Marine Le Pen sont les deux faces d’une même monnaie : le mal absolu d’un côté et le remède annoncé de l’autre.

La statue du Général encore et toujours profanée

Sauf que le mensonge est odieux et les amalgames outranciers.

Quand Zemmour ose faire du Général de de Gaulle un prolongement de l’extrême droite catholique traditionaliste, populiste et nationaliste, voire le fils spirituel de Maurras et de Barrès, et pourquoi pas le pendant du Maréchal Pétain que le chroniqueur zélé réhabilite dans son dernier livre,  il y a de quoi s’étouffer !

Force est de constater que le gaullisme a incarné un modèle politique et une vision de la France qui se refuse à devenir un satellite de l’Amérique ou de l’ogre soviétique et prétend imposer sa voix en Europe, contre tous les « machins » inventés par l’Oncle Sam pour s’ouvrir les marchés européens, et en résistance à la logique de la guerre froide.

Fût-ce au prix d’une gesticulation parfois outrancière sur tous les fronts de la « France éternelle » et de la francophonie, en se cherchant des alliés improbables pour échapper aux rivalités russo-américaines (Chine maoïste par exemple), et d’un lyrisme incantatoire assumé pas toujours en phase avec le réel.

Mais ce modèle courageux et cette vision profonde sinon prophétique du destin de la France ont dû céder face à la dictature de l’audimat et à la culture du mensonge, sur fond d’hédonisme matérialiste et consumériste.

Aujourd’hui la France se réveille groggy, orpheline de ses rêves et d’un glorieux passé dont elle est totalement amnésique, sinon au travers de clichés et de mythes qu’on lui tend pour l’achever.

Que reste-t-il de nos amours ?

Rien. Sinon l’amère déception d’avoir été maintes fois cocufiée, puis sauvagement retournée, violée et volée.

Aujourd’hui les Français ont peur.

Peur de l’avenir. Peur du monde dans lequel ils vivent qui les relègue à une place subalterne. peur de l’autre. Et peur d’eux-mêmes.

Ils voient leur beau pays réduit à un musée où l’on vient tout juste admirer la Tour Eiffel, Mona Lisa, les châteaux de la Loire et la France des terroirs transformée en Disneyland de la ruralité pour touristes américains, chinois, russes ou émiratis. La France des « plus jolies femmes du monde », toujours élégantes et toujours en Chanel, tantôt bourgeoises inaccessibles tantôt demi-demi-mondaines prêtes à se vendre pour quelques dollars de plus. Cette France où le temps paraît s’être arrêté (Il l’est !…), où l’on vient savourer des vins capiteux qui résistent encore à la concurrence californienne, latino-américaine ou australienne. Cette France de la gastronomie et des chefs étoilés, dont les plus malins ont déjà pris le large pour faire fortune à Manhattan, Los Angeles, Dubaï ou Shanghai. Cette France des 1000 fromages qui puent.

Mais aussi ce pays du savoir-vivre et du savoir-être, où l’on vient savourer ce que l’on monde semble encore nous envier et qui n’est plus qu’un mythe pour hipsters américains et producteur newyorkais francophile[i]: « l’esprit français » et « l’art de vivre à la française ». Lesquels ne sont plus que légendes sur papier glacé ou des cartes postales kitsch aux yeux de n’importe quel quidam qui doit  quotidiennement jouer des coudes dans la jungle du métro parisien et côtoyer l’arrogance vulgaire des zy-va, la goujaterie du Parigot moyen et de ceux qui ont porté au pinacle Joey Starr et les Deschiens.

Du chant du coq au chant du cygne

La France va-t-elle enfin se relever ? Et qui pourrait aujourd’hui incarner ce réveil ?

Certainement pas ses fossoyeurs de l’extrême droite qui, comme partout ailleurs où ils ont pris le pouvoir, parachèveront une fois élus sa chute en la ramenant aux pires heures de son histoire.

Les Français ont hélas besoin de s’enfoncer encore un peu plus profond dans le marasme avant d’être capables de faire preuve de résilience et de se réinventer un avenir.

Pour l’heure ils sont mi-cuits et pas loin de se faire avaler.

Espérons que les sombres heures à venir, dont on ne voit pas comment nous pourrions nous exonérer, n’auront pas raison totalement de l‘âme de la France, et que le réveil attendu ne sera pas juste une dissolution implacable et définitive dans l’océan de la mondialisation.

Qui vivra verra.

Mais le monde est vaste… Et le pire n’est jamais sûr.

A la veille du 8 mai et à quelques semaines des célébrations des 70 ans de la Libération, il est toujours permis d’espérer…

 

Christophe Claudel
7 mai 2015

 

 

[i] Cf. Woody Allen : Midnight in Paris

NOUS SOMMES EN GUERRE, OUI… MAIS CONTRE QUI AU JUSTE ?

TOUTES-LES-ARMÉES-DU-MONDE-EN-ISRAËL-POUR-LA-DERNIÈRE-BATAILLE« Apocalypse » en grec signifie « Révélation ».

Or donc les « temps derniers » que beaucoup prétendent que nous vivons aujourd’hui ne sont pas ceux de la « fin du monde », mais bien ceux où « tout sera révélé ».

Si tel est le cas, alors nous sommes bel et bien dans des temps « apocalyptiques », des temps où tout se révèle et où les brumes de l’obscurantisme se dissipent peu à peu.

Internet, les réseaux sociaux, l’accélération de la circulation des informations mondialisées, ne font que sous-tendre un phénomène avant tout spirituel : l’interconnexion des consciences humaines, l’expansion de conscience accélérée, et l’émergence d’une entité nouvelle qui demain prévaudra sur la somme des individus : la Conscience de l’Humanité.

En effet dans deux ou trois décennies à peine, nous serons tous interconnectés directement par notre cerveau au réseau mondial et à tous les ordinateurs de la planète, eux-mêmes hypercommunicants et interconnectés. Et compte tenu de l’évolution exponentielle du progrès technique fondée sur l’utilisation encore balbutiante de technologies nouvelles (implants de puces dans le cerveau, nanotechnologies, cognitique, informatique quantique), nos capacités cognitiques et conceptuelles serons boostées par la technique, à un degré que mêmes les futurologues les plus audacieux peinent à évaluer.

Comme dans le film Matrix, nous serons tous connectés à un méta-réseau composé de robots dotés d’une intelligence artificielle largement supérieure à la nôtre : dans 30 ou 40 ans, l’équivalent d’un simple PC d’aujourd’hui aura alors la capacité de traitement et l’intelligence de l’humanité toute entière… On appelle ça le transhumanisme. Ça fait rêver ou flipper : effectivement, c’est vertigineux !

Sans fantasmer sur de telles perspectives qui relèvent encore de la science-fiction, force est de reconnaître que désormais plus personne ne peut ignorer le moindre événement qui se déroule à l’autre bout de la planète et pourrait avoir des répercussions sur la vie quotidienne de milliards d’êtres humains. Et ce quasiment en temps réel. Qui plus est, l’information n’est jamais livrée à l’état brut mais assortie d’un bruissement permanent de commentaires, surcommentaires, en grande part fondés sur des réactions émotionnelles. Le « buzz » a remplacé l’analyse. Et l’émotion la réflexion.

Quand les consciences auront davantage mûri et qu’une pacification spirituelle urgemment attendue aura contrebalancé les effets nocifs de Twitter, on peut espérer que les humains auront une perception immédiate et vaste de la signification et de la chaîne des conséquences – logiques ou irrationnelles – que tout événement peut générer dans le champ des phénomènes physiques, psychiques et spirituels. Nous serons alors devenus des êtres éveillés, conscients et vraiment reliés.

Mais ce n’est pas encore pour demain. Pour l’heure nous nous débattons avec nos contradictions, nos angoisses, nos doutes et nos erreurs. Et abrutis que nous sommes par des médias qui entretiennent à dessein la psychose collective, nous avons le sentiment d’être en guerre permanente et qu’une épée de Damoclès menace à tout moment de s’abattre sur nos têtes.

Certains font du yoga, du spa, du qi gong ou de la méditation pour ne pas se laisser engloutir par le maelstrom de la vie postmoderne trépidante et s’extraire du flipper collectif. Mais ça reste le plus souvent une façon d’aménager son petit confort égoïste et bobo, pas un moyen de conspirer pour la paix du genre humain.

Et partout ce même sentiment lancinant qu’à tout moment au détour d’une rame de métro
un terroriste peut se faire sauter et anéantir des années passées à construire une vie à peu près équilibrée. Ou qu’un nouveau crash financier pourrait en quelques minutes ruiner les efforts pour tenter d’échapper à une crise qui avale les classes moyennes et les aspire vers une paupérisation annoncée. Ou que notre pays qui a vraiment perdu son âme et sa raison pourrait à tout moment basculer dans la guerre civile ou se jeter dans les bras d’un ogre fasciste en jupon que même nos alliés américains célèbrent désormais comme l’une des 100 personnalités les plus influentes de la planète.

Après les attentats contre Charlie Hebdo et le magasin Hypercasher en janvier dernier, l’élan inattendu et inédit engagé par le peuple français en réponse à l’absurde lors du grand rassemblement républicain du 11 janvier,  le mot d’ordre avait été lâché par les uns et repris plus ou moins opportunément par d’autres : « Nous sommes en guerre ! »

Jusqu’à présent seuls les cyniques néoconservateurs américains de l’administration Bush avaient réussi à convaincre leurs compatriotes naïfs que le monde occidental et très chrétien était « en guerre contre le terrorisme » et « l’Axe du Mal » incarné par de sataniques « états-voyous » ralliés au « faux prophète de l’Islam ». Ceci afin de les entraîner dans des guerres hasardeuses au Moyen-Orient, exclusivement motivées par l’appât du gain et des perceptives juteuses du vente d’armes et de spéculation sur le cours du baril.

Maintenant c’est nous, pauvres Français, qui nous découvrons en guerre contre un ennemi qui a juré notre perte et veut dégommer nos valeurs et nos institutions. Qui s’est immiscé sournoisement dans nos consciences endormies par le confort matérialiste, la bobasserie dominante et la bonne conscience œcuménique de gauche privée de réflexes immunitaires.

Un ennemi dont l’idéologie machiavélique se répand comme la peste noire dans nos banlieues, pervertit notre jeunesse et enrôle des esprits égarés pour les envoyer faire le Djihad aux quatre coins de la planète, détruire la civilisation judéo-chrétienne et occidentale vendue à l’impérialisme américain et sioniste et aliénée par un matérialisme hédoniste et décadent, et tenter de rallier tous les musulmans à un Armageddon d’une barbarie sans nom diffusé en temps réel sur nos écrans.

Décapitations arbitraires, meurtres d’enfants, de femmes, d’homosexuels, attentats en tout genre : pas de limite à l’horreur pour ces ninjas diaboliques de Daesh et leurs idéologues fanatiques.

Comment ne pas souscrire au constat qu’il s’agit bien d’une guerre ? Et que nous devons la mener coûte que coûte. Au risque de nous voir rapidement dépassés et nos démocraties balayées dans un scenario apocalyptique digne des pires jeux vidéo.

Des jeux vidéo ? Tiens c’est étrange… Justement les scénarios de ces assommoirs contemporains pour une jeunesse qu’on forme dès le biberon à l’Art de la guerre et aux noces barbares ressemblent étonnamment à ce qui s’étale désormais quotidiennement sur nos écrans de télé et qu’on nous présente comme la réalité d’aujourd’hui.

Ça, plus d’autres guerres tout aussi immondes. Et des catastrophes à foison : tremblements de terre, éruptions volcaniques, incendies ravageurs, tsunamis cataclysmiques, cyclones et tempêtes destructrices, inondations spectaculaires. Et comme si cela ne suffisait pas et que le dérèglement climatique annoncé ne détruisait pas assez vite des vies, des villes, des états et des économies entières : des explosions de centrales nucléaires, des pollutions en tout genre, de l’eau, de l’air, des sols, des denrées alimentaires, et même des médicaments supposer nous guérir ou nous vacciner des pestes en tout genre qui s’acharnent sur l’humanité en surnombre, se révèlent des bombes à retardement pour fabriquer des cancers ou des maladies encore plus sournoises…

Si nous sommes en guerre, celle-ci ressemble à s’y méprendre à Armageddon !

Cependant, si l’on prend la peine d’examiner les choses en profondeur, la véritable guerre que nous avons à mener n’est pas avant tout militaire, territoriale, économique, sociale, sanitaire, écologique, philosophique, religieuse ni même  éthique. Elle est avant tout SPIRITUELLE !

Car c’est d’abord dans nos esprits que l’Ennemi tente d’avancer ses pions.

En nous manipulant grâce aux multiples écrans auxquels nous sommes en permanence connectés : télévision (mais qui la regarde encore ?…), ordinateurs, tablettes, smartphones voire montres numériques. Et demain vêtements, réfrigérateurs, cuisinières et multiples robots domestiques interconnectés, qui nous informerons avec un beau sourire et quelques blagues pour nous émouvoir sur la météo du jour, les courses à faire, l’heure prévue de rentrée de l’école du petit dernier, et le menu du jour pour booster notre humeur et faire chuter ce taux de cholestérol diagnostiqué le matin-même par les nanorobots implantés dans nos artères comme vilainement en hausse depuis le bourguignon argentin aux haricots verts danois bio dégusté hier soir entre amis autour d’une table virtuelle en visio-cocktail dinatoire.

Quand on regarde à quoi ressemble notre vie aujourd’hui et ce qu’elle sera demain, on se dit que 1984 et Le Meilleur des Mondes sont des fables pour enfants à côté du monde dans lequel nous vivons et qu’on nous prépare !

Une guerre ? Oui ! Mais pour savoir de quelle guerre il s’agit il faut d’abord enlever tous ces pods et se débrancher de la Matrice. Revenir à soi et en soi, et rétablir des liens de solidarité réelle et désintéressés avec l’autre. Des liens authentiquement fondés sur la Vérité et l’Amour, et non une méta-équation d’intérêts et d’interdépendances réciproques assistées par ordinateur.

Alors on découvre que notre ennemi n’est pas « l’autre » : le Musulman que les idéologues frontistes nous désigne comme bouc émissaire de nos malheurs et de notre déliquescence nationale, sur fond de faillite des élites, du système et de corruption maastrichtienne. Encore qu’il y aurait beaucoup à dire sur les islams contemporains…

Ce ne sont pas non plus ces barbares de Daesh. Qu’on nous met en scène sur Fox News ou BFM TV comme le nouvel ennemi public n° 1. Mais dont bizarrement aucune coalition mondiale pour le Bien planétaire et la sauvegarde des idéaux démocratiques emmenée par la vertueuse Amérique n’est encore allé botter le cul.

Faut-it rappeler que Daesh était nommé pas plus tard qu’il y a deux ans sur ces mêmes médias mainstream appartenant à des multinationales du lobby militaro-industriel destinés à fabriquer l’opinion, « la Rébellion syrienne ». Et parés des vertus démocratiques et des meilleures intentions : dégager un dictateur sanguinaire qui opprimait son peuple et génocidait des minorités religieuses sur son propre sol. La stratégie et la rhétorique ont changé. Et les braves alliés d’hier sont devenus des barbares moyenâgeux menaçant l’existence et la survie de la démocratie partout en Occident, et de communautés chrétiennes entières, minoritaires en Afrique ou au Moyen-Orient. On ne nous vend décidément plus le même feuilleton.

Tout comme ce brave Ben Laden, autrefois compagnon d’armes du héros de la résistance afghane Massoud, embarqué avec les combattants pachtounes pour résister à l’ogre soviétique venu défendre avec ses chars ses prébendes impérialistes à Kaboul. Et devenu soudainement le prophète d’Al Qaeda et l’idéologue du terrorisme islamiste lancé contre l’Amérique et ses tours jumelles. En réalité un agent de la CIA. Et le fils turbulent d’une dynastie de milliardaires saoudiens amis intimes des Bush et actionnaires des mêmes compagnies pétrolières à Dallas.

Nous n’évoquerons pas la grande fumisterie du 11 Septembre, Pearl Harbor annoncé et imaginé 20 ans auparavant par les stratèges néoconservateurs yankees et les théoriciens inventeurs du concept de « guerre préventive ». Au risque de nous faire excommunier comme un vulgaire « conspirationniste » par les grands magistrats de l’Inquisition, ces moralistes aux vues courtes et ces pseudo-intellectuels moutonniers gardiens de la Pensée unique.

Guerre spirituelle donc. Et à mesure que le voile se lève sur nos esprits embrumés et intoxiqués par la Doxa majoritaire et les artefacts de la société postmoderne et consumériste, on se relève d’abord groggy, ensuite soulagé comme après un terrible cauchemar ou une cuite magistrale.

Pourtant il suffit de lire les Ecritures. Avec pour impératif de ne surtout pas céder à la panique ni à l’hystérie coutumière aux évangéliques qui la lisent avec des lunettes littéralistes et se sentent investis d’une mission prophétique et rédemptrice.

Il n’y a pas que le Livre de la Révélation (Apocalypse de Jean) qui puisse nous apporter des lumières sur les temps troublés que nous vivons et le type de guerre à mener. Il suffit de parcourir l’Evangile de Matthieu et d’écouter ce que le Christ nous dit sur la Fin des temps. Détaillant les signes avant-coureurs qui vont se succéder. Et nous invitant à suivre la bonne attitude à adopter.

Surtout ne pas céder à la panique ! Car la Révélation et le combat ultime se dérouleront par étapes. Avec des creux et des vagues. Des chocs en série et une intensification de la conscience du combat mené.

Et puis le pire n’est jamais sûr. Les prophéties ne sont pas des prédictions mais des appels à la vigilance et des mises en garde contre les malheurs qui risquent de nous tomber dessus si nous n’amendons pas nos esprits, nos cœurs et nos comportements collectifs. Tout espoir reste donc permis.

Donc ne croyons pas que tout est fini ni que tout va se précipiter dès que le Dow Jones s’effondre ou qu’un tremblement de terre raye Katmandou de la carte.

Patience, confiance et vigilance. Tenir envers et contre tout. Et s’enraciner dans l’Esprit qui nous tient ensemble et défait tous les pièges destinés à nous émouvoir et nous égarer.

Car ce combat, ce n’est pas à nous de le mener. D’autres puissances combattent en ce moment pour nous, dans d’autres dimensions spirituelles qui nous échappent. Ce que le vocabulaire judéo-chrétien nomme le combat des armées d’anges contre des légions de démons est une réalité spirituelle. Ces entités existent bel et bien, même si on ne saurait se les représenter aujourd’hui sous les traits de succubes armées de fourches et poursuivant les élus en tentant de leur faire perdre définitivement leur âme pour faire triompher le Prince cornu de ce monde.

« Anges et démons » sont des réalités. Leur prégnance traverse l’inconscient collectif. Et Nos mythes contemporains les mettent en scène dans des épisodes épiques et futuristes comme Star Wars, qui opposent les chevaliers Jedi aux sombres armées de l’Empire.

« L’Empire » existe lui aussi bel et bien. Car le monde d’aujourd’hui est plus que jamais gouverné par Moloch, le dieu de l’argent, des richesses et des possessions matérielles. Aujourd’hui le monde est totalement soumis aux puissances de la finance mondialisée, dirigée une petite élite de ploutocrates cyniques et machiavéliques qui tirent les ficelles.

Elle dicte ses lois aux banques centrales, aux banques nationales, maintient un joug étroit sur la politique et l’économie par le mécanisme de la dette. Faisant élire ou chuter à sa guise les gouvernements, soutenant sans aucune honte des dictatures, finançant des réseaux terroristes afin de déstabiliser des régimes pas assez à leur botte, ou des états démocratiques réfractaires à l’instauration de traités libre-échangistes et réticents à se voir transformer en vassaux soumis. Puis désavouent ces mêmes groupes terroristes une fois que ceux-ci se sentent pousser des ailes et s’enivrent de leur mission apocalyptique.

Ils dictent aussi leur loi aux multinationales qui font l’économie mondiale, fournissent du travail de plus en plus rare et précaire à des milliards de salariés-esclaves, et définissent les standards de consommation, de bonheur packagé, customisé et sans cesse renouvelé pour vendre et consommer davantage, définissent les codes et les habitus de consommation, et les modes de vie universellement admis et repris par la jeunesse et la bobasserie mondiales. Et asservissent les peuples, rendent les hommes esclaves de la machine à produire et consommer (consumer) toujours plus de biens, de services et de rêves factices et formatés.

Cette élite a réussi à élever le bonheur matérialiste et consumériste au sommet des valeurs. A un niveau jamais atteint auparavant. Elle maintient une illusion de légitimité à son pourvoir de domination grâce à une parodie de démocratie, en surveillant chaque faits et gestes individuels et en manipulant les esprits grâce à la publicité, au marketing, mais aussi à une puissante industrie du divertissement qui nous éloigne toujours davantage de nos préoccupations essentielles et de notre vraie nature, avant tout spirituelle. Par une industrie de l’information qui fabrique et canalise en temps réel nos émotions, nous livre des analyses prédigérées et reprend à l’envi le buzz entretenu sur les réseaux sociaux et les épiphénomènes montés en épingle sur Twitter. Elle manipule les opinions, définit la rhétorique et l’idéologie dominante, les discours licites ou illicites, les modèles culturels et sociétaux.

Et plus en amont, elle définie et justifie les grandes orientations politiques, juridiques et éthiques qui gouvernent notre quotidien, définissent notre avenir et calibrent notre vivre ensemble. Restreignant nos libertés au nom de l’impératif de sécurité. Et accordant tantôt de nouveaux droits toujours plus hardis à certains individus ou minorités qui se conforment aux valeurs et modèles du système. Ceci afin de mieux faire oublier l’absence de libertés et de droits dont nous devrions pouvoir jouir réellement, si nous n’étions pas soumis aux exigences de la Matrice.

Ils érigent des antivaleurs en lieu et place des valeurs déclarées caduques ou sur le point d’être renversées : hyperconsumérisme, course à la réussite, vaine gloire, matérialisme effréné, avec un déni total de responsabilité et un cynisme assumé quant aux écarts de richesses et à la surexploitation des ressources. Ils encouragent la survalorisation des formes de beauté convoitées et des valeurs bankable, les plus éphémères et les plus factices. Ils promeuvent et idéalisent les comportements arrogants pour asseoir son rang, son niveau social ou sa caste, valorisent jusqu’à la nausée la violence, la laideur, l’esclavagisme librement consenti du corps, l’asservissement à des formes de sexualité dégradantes, et l’assignation à jouir en permanence dans une ambiance de fête perpétuellement renouvelée. Sans aucune conscience, maîtrise ni respect de soi ou de l’autre.


 

 

 

 

Quant à l’idéologie vacillante héritée des Lumières, ces fameux « Droits de l’homme », idéal universaliste et romantique arraché à l’Ancien régime par les révolutionnaires du 18e et 19e siècle, c’est aujourd’hui un gimmick en passe d’être remplacé par une autre idéologie et d’autres valeurs : celle du néofascisme nationaliste et populiste, raciste et xénophobe, anticommunautariste et prétendument « antisystème ». Prémisse d’un hyperfascisme mondialisé qui ne va pas tarder à s’imposer avec une envergure et un arbitraire implacables dont on ne soupçonne même pas la violence.

Dire qu’on a encore la naïveté en France de croire au mythe des « Droits de l’homme » comme l’alpha et l’oméga du panthéon des valeurs humaines et philosophiques. Des Droits de l’homme réduits à une tarte à la crème pour intellectuels de gauche, qui étalent leur égo dans des émissions bobasses. A peine encore une justification juridique pour entériner des choix législatifs et politiques que des marionnettes politiciennes tout juste soucieuses de leur carrière s’empressent d’imposer au bon peuple, en se mettant en scène pour occuper les esprits avec le circenses de la politique-spectacle. Surtout quand le panem vient à manquer dans les assiettes malgré la surabondance de l’offre. Exemple pitoyable et très français : le Mariage pour tous versus la Manif pour tous.

Enfin, ces puissances de domination définissent à leur guise les options stratégiques, militaires, diplomatiques, politiques déployées aux quatre coins du monde pour entretenir volontairement et méthodiquement le chaos et faire semblant ici ou là de rétablir l’ordre en privant un peu plus les peuples et les individus de leurs libertés.

Avec un cynisme diabolique ils spéculent sur le changement climatique et les catastrophes dont ils sont pourtant en grande part responsables, sur la faim dans le monde, l’accès à l’eau, demain à l’air respirable dans nos grandes cités. Ils spéculent et élaborent leurs stratégies en usant de déstabilisation de régimes et de continents entiers, la soumission d’économies nationales et de vastes marché comme l’Europe aux diktats du toute puissante logique ultralibérale et libre-échangiste, afin de contrôler les flux de biens, de services et les flux financiers au bénéfice de leurs intérêts propres. Et de s’arroger le monopole des ressources plantaires, et le contrôle sur une main d’œuvre et des cols blancs partout réduits en esclavage.

Ils n’hésitent pas à élaborer des stratégies diaboliques pour déclencher des épidémies ici ou là et vendre ensuite des milliards de vaccins et de médicaments à l’efficacité douteuse et aux effets secondaires parfois dévastateurs. Ils entretiennent savamment des psychoses, aussi savamment préparées et orchestrées qu’éphémères : grippe aviaire, H1N1, Ebola… Alors que d’autres pandémies bien réelles comme le paludisme déciment chaque année des centaines de milliers de vie et que personne n’en parle ni s’en émeuve.

Ils menacent la survie de l’espèce humaine et des espèces vivantes en soumettant
l’agriculture aux expérimentations génétiques les plus hasardeuses, en noyant nos aliments sous un flot de pesticides nocifs et en réglementant à tout va pour dissuader les initiatives alternatives soucieuses de préserver la vie, les ressources et la santé publique.

Ils décident arbitrairement du sort de millions d’esclaves humains réduits à du bétail : enfants condamnés à travailler dès l’âge de 6 ou 7 ans dans des usines pour fabriquer les multiples objets, équipements ou drogues légales dont jouissent à l’autre bout du monde les riches happy fews que nous sommes, en dépit de toutes les lois et conventions internationales. Enfants soldats ou adolescents à peine pubères transformés en chair à canon ou en porteur de kalachnikovs pour mener les guerres sales qu’on les a préparé à faire. Jeunes-files kidnappés dans les campagnes ou vendues par leur famille miséreuse pour servir d’esclaves sexuelles aux touristes occidentaux. Quand elles ne sont pas envoyées dans des bordels ou des salons de massage chinois à Paris.

Mêmes nos jeunes cadres dynamiques et nos jeunes formés à devenir les élites intellectuelles dans nos grandes écoles doivent souvent s’expatrier pour trouver un premier job, et bosser comme des bêtes s’ils veulent réussir ou simplement s’en sortir ? Avec un premier burnout assuré à 30 ans. Quant à ceux qui arrivent à gravir l’échelle sociale et à faire carrière en France, soit ils deviennent très vite de bons petits soldats zélés, soumis aux plans de carrière et à « l’éthique managériale » que les multinationales s’emploient à leur tailler. Et avec un peu de chance ils peuvent espérer un jour entrer dans le sérail très fermé des décideurs. Soit ils finissent usés, dégagés par un plan social ou suicidés un dimanche après-midi après trop d’heures supplémentaires dans leur bureau en haut d’une tour de La Défense.

Et qu’on n’aille pas dire que ceci n’est pas la triste vérité ! Qu’on n’aille pas nous taxer de faire du conspirationniste ou d’affoler le gogo avec des chimères délirantes sur les Illuminattis qui gouvernent le monde ! Ces élites existent bel et bien et il ne s’agit pas d’une fiction ou d’une fixette parano. Même si la réalité est plus complexe que les raccourcis burlesques qu’on trouve sur YouTube.

Ces élites existent et elles gouvernent bien le monde. Les sectes crypto-sataniques dont beaucoup font partie (Skulls & Bones pour les Bush et beaucoup de brillants étudiants de Yale) sont aussi une réalité. Et sans céder aux délires simplistes des chrétiens évangéliques ni aux raccourcis idéologiques putrides de l’extrême droite américaine et de leur alliés tacites islamistes radicaux qui agitent la toile et crient haro sur le complot mondial judéo-maçonnique et sioniste, force est de reconnaître qu’il y des vérités pas bonnes à dire si l’on ne veut pas se faire lyncher ou se voir condamner à l’opprobre public.

Voilà le monde qu’on nous vend comme le meilleur possible. Et ça va continuer encore des années voire des décennies jusqu’à l’anéantissement final de l’espèce, noyée sous les catastrophes, les guerres, les pestes et les cataclysmes en tout genre, et remplacée par des robots au service d’une poignée d’élus. Ou jusque ce que le Réveil attendu ait enfin lieu.

Ce réveil a déjà commencé. Partout émerge une conscience alternative qui s’émancipe des esclavages où l’on voudrait nous enfermer.

Il ne s’agit plus du Grand Soir. De faire la « Révolution » : socialiste, internationale ou libertaire. Encore que ces mythes ont la vie dure et que leur recyclage est plutôt tendance et bankable parmi les vieux soixanthuitards encore au pouvoir, ou leurs petits-enfants séduits par l’ambiance bon enfant des manifs à papy.

Ni même du rêve frondeur et mélancolique des altermondialistes. Qui pour certains voudraient revenir à l’âge de pierre, angoissés par la mauvaise conscience écologique. Et pour d’autres tentent d’élaborer des alternatives parfois originales, créatives et audacieuses mais hélas souvent rêveuses aux modes de vie consuméristes dominants. De développer des solidarités et des modes de pensées nouveaux, mais hélas sporadiques et sans réelle vision globale pérenne et suffisamment catalysatrice pour déclencher un véritable bouleversement de conscience en profondeur pour inverser la mécanique nihiliste du Chaos.

Mais il s’agit d’une prise de conscience qui s’étend et se ramifie, se structure, en balbutiant.

Car tout part en vérité du spirituel. Ce n’est pas avec de nouvelles idéologies ou religions de substitution, humanistes, universalistes, new age, écoféministes ou altermondialistes pour remplacer les anciennes religions perverties par le fanatisme et les compromissions avec le système que nous nous en sortirons.

Mais en nous branchant vraiment et en profondeur sur la Réalité qui Est, et non sur la réalité factice qu’on nous vend pour nous asservir. Et en nous reliant aux puissances qui combattent pour notre Salut et celui de l’Univers tout entier. Car sans faire de nombrilisme anthoropo ou héliocentriste, ce qui se passe ici-bas sur notre petite planète bleue encore éclairée par le soleil résonne d’une signification et d’un écho qui traversent l’Univers tout entier.

Dit en langage chrétien, aussi petits, insignifiants et médiocres soyons-nous, Dieu nous aime d’un amour infini et veut à tout prix nous sauver de nos erreurs et des griffes de l’Ennemi qui se dresse entre lui et nous et remporter sa victoire.

Alors il nous faut d’abord faire retraire et méditer. Pas pour se calfeutrer dans un confort à l’abri des soubresauts du monde. Encore que. Mais avant tout pour laisser décanter les passions et émerger l’esprit qui demeure en nous. L’orienter vers son unique source lumineuse et recevoir la manne de l’énergie essentielle, cette « eau vive », la seule dont nous avons besoin pour vivre et éclairer nos consciences chahutées par le Moloch et ses armées de trompeurs et de diviseurs.

Et puis, une fois apaisés et éveillés, faire acte de discernement collectif pour dessiner des voies de combat par les seules armes qui vaillent : celle dictées par l’Amour.

Pas un amour béat et sentimentalo-affectif. Pas non plus pour nous bercer de la certitude d’être sauvés et oublier nos turpitudes présentes. Mais pour conspirer davantage et agir tous ensemble pour le Bien de l’Humanité et sous le regard de Dieu.

Pour aspirer cette humanité et la laisser guider dans ce vortex que nous ouvrons grâce à la puissance de l’Esprit qui gouverne, alimente et oriente nos esprits apaisés et bien dirigés.

Ces armes-là sont les seules, vraiment LES SEULES, contre lesquelles l’Ennemi ne peut lutter.

Cela demande un effort de vigilance permanent. Pour être conscient de ce que je ressens, de ce que je pense, de ce que je dis, de ce que je fais, de ce que j’interprète et du sens que je donne à ce que je vois, j’entends, de ce dont je suis témoin, acteur ou participant …

Mais c’est ainsi que l’humanité future est invitée à vivre. Connectée oui, mais pas par des nanopuces ou des béquilles technologiques, Connectée avant tout par les ressources spirituelles que notre être noétique à peine éclos de sa gangue physique et psycho-émotionnelle est à même d’activer. En réveillant les zones de notre cerveau encore en sommeil. Et en nous connectant à La Conscience qui nous irrigue et dont nous sommes une infime parcelle.

Les spécialistes de la physique quantique et les chercheurs qui commencent à peine à lever le voile sur les mystères de l’Univers et de la Vie, entrevoient sur le mode scientifique et avec un regard fondé sur la post-rationalité comment ces mécanismes spirituels peuvent fonctionner.

Mais même si l’on n’est pas scientifique, nous avons en chacun de nous un potentiel d’émergence spirituelle que nous pouvons réveiller et activer.

Il suffit de faire des choix, courageux mais nécessaires, et de commencer à se consacrer à l’essentiel, cesser de prostituer sa vie à des antivaleurs et à des idoles. Sans attendre d’être émancipés des exigences du travail ou du système au terme d’une vie de labeur méritant, après une retraite hypothétique plus ou moins choisie ou imposée, ou d’en avoir été dégagé par les exigences du productivisme.

Alors on peut enter en paix pour entrer en guerre. Mais sans y perdre ni sa vie ni son âme.

En marche !

En marche les cœurs purs, car ils verront Dieu.

VEUX-TU VIVRE VRAIMENT ?

Mis en avant

L’Esprit de Dieu est réellement un grand forgeron spirituel.

Il fait fondre le métal de notre ego, il en extrait les scories, il façonne notre être à sa guise et en fait un glaive ou un instrument selon les desseins du Créateur qui nous a fait et nous recrée selon son bon vouloir, pour parfaire notre être et accomplir sa volonté.

Il le fait en vérité. Mais il le fait seulement si nous le demandons et si nous l’acceptons.

La souffrance c’est le refus de mourir à celui ou celle que l’on est ou que l’on a été. De mourir à ce petit « moi » que l’on veut jalousement préserver, en refusant de devenir. Ce petit ego que l’on croit être et que l’on croit pouvoir préserver par ses seuls efforts, pour se satisfaire son désir égoïste, étriqué, enclos, obstiné, ignorant du Grand Tout qui nous aspire vers le haut, réfractaire au Divin et à l’appel du large.

Vanité des vanités !…

Pour accepter de mourir à soi, il faut avoir vécu l’expérience de ne plus être soi-même. De ne plus être rien du tout. De ne plus avoir de consistance, d’existence, de congruence. Et même d’identité.

De ressentir que l’on n’est qu’un agrégat de cellules temporairement agrégées et qui constitue notre corps physique. Un agrégat de croyances à propos de ce qui nous croyons être et qui constitue notre être psychique. Je suis un homme, une femme. Je suis Untel. J’ai un nom que je crois être. Un nom temporaire, celui que m’ont donné mes parents. Je suis né à ce monde un jour de mai ou de décembre… J’ai tant d’années au compteur. Je suis donc jeune ou vieux, ou tantôt l’un tantôt l’autre. J’habite ici ou là. Je suis « français », « auvergnat », homme du terroir ou déraciné. J’ai grandi comme ci ou comme ça. J’ai aimé ou refusé d’aimé. Je suis attiré par les hommes ou par les femmes, ou les deux : je suis donc « homo », « hétéro », ou « bi », ou rien du tout. Ou je m’en fous. J’ai fait ceci ou cela dans ma vie. Selon mes comportements ou mes sentiments, on me dit « gentil », « sympa », ou parfait « salaud ». J’appartiens à telle ou telle communauté. Et je me prétends « juif », « chrétien », « athée » ou « communiste ».  Ou encore « citoyen du monde », car très idéaliste et pas très en phase avec ma patrie d’origine. Et je dis souvent que je suis le métier que j’exerce : avocat, ingénieur, journaliste, artiste, plongeur ou chômeur : la société est si injuste avec moi…

Alors qu’en vérité, je ne suis rien de tout cela. Ou si peu.

En vérité notre être profond est un voyageur qui vient de beaucoup plus loin et va beaucoup plus loin que le terme apparent de notre existence ici bas.

Ainsi, notre nationalité n’est rien qu’une ligne sur notre état civil, tellement contingente et passagère. Nous le savons bien, nous qui sommes « frères en Christ », à qui on a tant répété qu’il n’y avait plus « ni grec, ni juif, ni… » Et surtout en cette période de confusion et de mondialisation où les nations ne sont plus que des coquilles vides et des identités réflexes pour ceux qui refusent d’entrer dans l’universalité promise ou imposée par le système.

Quand à ce corps que nous croyons « avoir » ou « être », ce corps dont nous aimerions pouvoir développer indéfiniment les capacités, dont nous aimerions pouvoir préserver indéfiniment la vitalité et les traits pour continuer à jouir, à faire, à séduire ou simplement à plaire. Jouir pour avoir la sensation d’exister dans l’instant. Faire pour avoir le sentiment d’exister par l’agir et d’imprimer sa marque dans le réel. Séduire ou plaire pour avoir l’illusion d’exister dans le regard des autres ou de l’être aimé… Car oui, on se l’avoue parfois : on ne s’aime pas toujours suffisamment soi-même. Alors on cherche à se faire aimer par d’autres pour compenser ce mésamour de soi-même.

Et ce visage que l’on ne peut jamais saisir dans le miroir, que notre angoisse narcissique voudrait figer ou retenir ou gommer, comme un selfie dont on voudrait gommer les aspérités et les ombres changeantes, ou comme un épouvantail qu’on tente de rafistoler ou que l’on voudrait enfin oublier comme un encombrant fantôme.

Et ce « caractère » qu’on s’est habitué à dire ou laisser dire « bien trempé », « entêté » ou au contraire « falot », « timide », « soumis ». Cette psyché que d’autres désignent comme névrosée, bipolaire, parano, obsessionnelle, autiste, hystérique ou que sais-je encore comme nom d’oiseaux… En référence à normalité psychique adaptée au monde bien ordonné, à la société, et qui n’est après tout qu’imaginaire à en croire la folie dont sont habités les prophètes et les marginaux ivres de Dieu.

Et ce corps encore, qui change et se refuse à obéir à nos injonctions de maigrir, d’aller vite, de se mouvoir ou de façonner ce que nous désirons créer. Ce corps que la médecine nous promet demain comme quasi immortel. Ce corps constitué de milliards de cellules, dont nous ne soupçonnons même pas l’ordonnancement, la complexité et la beauté.

Et ces cellules qui nous constituent. Qui chaque jour meurent et se renouvellent. Cet organisme qui sous-tend notre vie. Et qui n’est après tout qu’un agrégat temporaire de matière et de briques génétiques, d’atomes, de molécules, de cellules vivantes : celles que notre organisme fabrique et celles que nous hébergeons sans le savoir. Un système homéostatique, qui se maintient sans cesse dans un équilibre précaire et dynamique, entre vitalité et maladie… Quelques milliards de bactéries en plus ou en moins dans nos intestins, et nous mourons immanquablement, par déficit ou par excès d’hôtes invisibles, tantôt alliés tantôt hostiles. Cette flore intestinale que nous abritons à notre insu et qui garantit notre immunité, nous permet d’agréger la nourriture afin de restaurer et renouveler notre corps.

Et si notre ego se met à proliférer de façon incontrôlée, nous voici vaincu par le cancer : cette production anarchique d’aberrations cellulaires, qui sont autant d’excroissances de « non-soi » que l’organisme se met à produire comme poussé par une folie auto-reproductive et autodestructrice. Une vraie bombe atomique.

Qui sommes-nous en vérité ? Tout ? Ou rien ?…

Cette expérience du grand vide, ce grand corridor ténébreux de la Mort, les mystiques l’appellent la « Traversée du Désert », la « Grande Nuit » mystique.

Sainte Thérèse d’Avila, Saint Jean de la Croix, Saint Ignace, et bien sûr Jésus lui-même, l’ont bien connue et traversée, aux prémices de leur entrée dans la Lumière.

Nos scientifiques aveugles appellent souvent ce type d’expérience « schizophrénie ». Ou « dépression chronique » quand elle est vécue de façon douloureuse, dramatique et se prolonge indéfiniment.

Alors qu’elle n’a rien de plus étranger à une scission de la psyché ou à une dépression réactive.

Quand elle est vécue comme une impasse sans foi ni horizon de salut, elle peut toutefois prendre la forme de l’acédie, la plus grande des tentations spirituelles sur le chemin de l’Eveil : le refus de la vie et le dégoût de l’existence : de la sienne, et de la vie ou de l’existence en général.

Mais elle peut aussi prendre la forme d’une perte totale de contrôle, d’une perte totale de la conscience d’exister. De ne plus savoir « qui » ni « ce que » « JE » suis. De ne plus avoir de soi, ni de « je », et encore moins de personne ou de personnage. Plus d’identité du tout. Juste de la conscience noyée dans la conscience indifférenciée.

Ceux qui se livrent à des expériences psychédéliques et expérimentent certains états modifiés de conscience grâce à des drogues comme le LSD, la mescaline, le peyotl, la datura, l’ayahuesca ou la DMT, vivent aussi cela en accéléré. Certains peuvent même y laisser leur âme et leur santé mentale. Et n’arrivent plus à revenir sur la rive commune où nous passons souvent le plus clair de notre existence,dans l’ignorance des réalités supérieures qui nous traversent, tant ce type expérience peut être déroutant.

Mais cette expérience est universelle. Nous la vivons tous au moment de mourir. Quand nous quittons ce corps et que soudain nous nous trouvons plongés dans l’océan de la Conscience. Que nous ne sommes plus une petite conscience vacillante comme la flamme d’une bouge qui s’éteint, mais que nous rejoignons et devenons « La Conscience », celle qui embrasse et irrigue tout l’Univers, qui contient tout le Savoir, toute la Connaissance, et baigne la totalité du Réel dans une lumière indicible de parfait Amour.

Pour devenir, et devenir vraiment « autre », et non juste un prolongement narcissique de soi-même, une extension, une protubérance, il faut vraiment accepter la perte et l’oubli. La perte et l’oubli de celui qu’on a été et qu’on ne peut ou ne veut plus être.

Il ne faut évidemment pas refuser d’être soi-même au motif que la réalité à laquelle nous participons dépasse largement les limites de l’ego. Ni rejeter celui que nous sommes a priori tenus d’incarner par les contingences existentielles, sociales et matérielles, en prétendant pourvoir nous en affranchir ou nous en débarrasser totalement. Car comme on ne saurait changer de corps pour revêtir le corps d’un autre, y compris dans l’effusion charnelle, on ne saurait changer subitement de destinée ni d’incarnation par son propre vouloir. A moins de sombrer dans la folie.

Notre vie est un parcours, avec parfois ses ruptures et ses changements de cap plus ou moins brusques et douloureux. Mais nous ne pouvons en faire abstraction ou en changer radicalement par miracle, nous exonérer de notre vie. Nous ne pouvons qu’évoluer et changer.

Combattre le réel, expérimenter la vie comme une lutte sans fin et sans merci, et souffrir toute notre vie de ce combat. Ou au contraire nous adapter, accepter, rendre enfin les armes. Et suivre parmi nos multiples désirs contradictoires celui qui nous aspire vers une vie meilleure, plus libre, plus ouverte, plus féconde, plus respectueuse de soi-même et de l’autre, plus en relation et plus connectée au réel, plus ajustée et plus participante de la Grande Réalité. Avec un cœur plus large et plus palpitant, qui embrasse à chaque inspir une parcelle plus vaste encore de l’Infini béant qui nous appelle au loin.

Et si nous acceptons de nous en remettre en totalité à celui que nous nommons « Dieu », alors tout devient possible.

Un meurtrier ou une prostituée repentie peuvent devenir un prophète ou une sainte, et servir Dieu d’un cœur aimant. Non parce qu’il ou elle a décidé d’amender ou de réformer sa vie. Mais en se remettant totalement à la Miséricorde divine. Et parce que Dieu l’a lavé, purifié, oint, béni. Que toute trace de ses erreurs, manquements ou « péchés passés ont été vraiment effacés, jetés loin de son être. Qu’aucune puissance entropique ni aucune logique karmique ne peut plus générer, du fait de ses erreurs passées, un avenir mauvais, funeste ou limité.

Car Dieu détruit VRAIMENT le péché. Il ne s’agit pas de morale. D’une économie du bien et du mal. Il ne s’agit pas seulement d’éthique comportementale. Ni d’une simple sagesse qui nous conférerait un sens du juste et de l’injuste. Ni seulement d’une forme de pardon, sentimental ou puritain. Dieu anéantit vraiment et définitivement le pouvoir entropique généré par nos manquements, petits ou grands, nos trahisons, nos coupures et nos retranchements d’avec l’énergie de vie qui nous habite.

Car quand nous dévions volontairement ou involontairement de celle-ci, nous blessons et nous cassons des branches vivantes de l’arbre de vie que nous sommes. Et celles-ci repoussent ensuite difficilement. Nous les cassons pour nous-mêmes mais aussi pour notre descendance et pour tous ceux auxquels nous sommes reliés par des liens d’amours et des liens d’interdépendance spirituelle, ceux qui sont rattachés à nous et qui se nourrissent en partie de notre propre sève vitale.

Ce que nos fautes passées devraient « normalement » produire comme fruit mauvais, ou comme limitation du flux vital, Dieu le restaure en totalité et même au-delà. Il nous restitue dans notre intégrité de fils de lumière. Il nous ressuscite comme un premier né au premier jour de sa vie. Plein, rond et entier, sans une goutte de sang ni un atome d’énergie défaillant.

Mais il ne le fait pas pour que nous repartions du même point, là où nous étions arrêtés. Ni pour que nous reprenions notre vie là où nous l’avions interrompue. Ou que nous retournions benoîtement vaquer à nos occupations comme si rien ne s’était produit. Il nous déplace et nous transforme. Rien n’est plus désormais pareil et ne saurait désormais être autrement qu’autrement.

Dieu nous réinvestit de sa force et de son pouvoir. Mais il ne le fait pas pour que nous demeurions les mêmes. Le but de la vie n’est pas de simplement de vivre ou de survivre, mais de devenir. Et de devenir vraiment « autre ».

Une simple métaphore : à chaque instant nous « inspirons » puis nous « expirons ». Il y a dans chaque inspir un renouvellement de la vie en nous, dans nos poumons, nos cellules et notre être profond. Puis un expir : nous mourrons à ce que nous avons en partie été, nous abandonnons une parcelle caduque de notre être passé, mort, pour devenir autre. Nous devenons. Et si nous sommes mus par la vie et tendus vers Dieu, nous évoluons en bien, en bon et en meilleur. En plus reliés.

Vieillir, c’est renoncer à changer, à entrer dans la lumière et à abandonner les déterminismes de ce que nous appelons habituellement « la chair » : notre part animale, « bio-logique », périssable.

Cette part de nous-mêmes, il nous faut l’accepter, la bénir, la revêtir et l’incarner du mieux que nous pouvons. Avec amour mais aussi avec détachement et raison.  Car elle n’est qu’une part temporaire de notre existence. L’instrument et la matrice de notre Passage vers une vie tout autre.

Si l’on veut être authentiquement dans l’imitation de Jésus-Christ, il nous faut refuser la tentation ascétique de la fuite hors du corps et de la mortification.

Car si Jésus a embrassé en totalité l’existence humaine et a vécu en totalité l’incarnation, ce n’est pas pour que nous en exonérions par peur du corps et de la vie. Vivons donc en être pleinement incarnés, sans maudire notre nature mais au contraire en la bénissant. Sans chercher à nous extraire de la vie, mais en la vivant vraiment, et en en traversant toutes les dimensions, des plus triviales aux plus sublimes. Et laissant transformer ce corps en pure lumière, au terme d’épousailles et dans un embrasement d’amour totalement inédit :
« Je suis venu pour qu’ils aient la vie, et qu’il l’aient en abondance. » (Jean 10 :10)

Nous sommes issus de la Lumière et nous sommes appelés à revenir vers cette lumière au terme de l’expérience existentielle, après avoir accompli ou non notre « mission » terrestre.

Ce qui suppose de revêtir intégralement l’opacité de notre condition humaine et d’en vivre tout le processus transformatif, dans ce grand laboratoire spirituel qu’est la Vie incarnée.

Ce qui suppose d’accepter d’en visiter à plusieurs reprises au cours de l’existence les recoins les plus ténébreux. Avec à nos côtés nos proches qui nous assistent mais ne peuvent prendre la barque à notre place. Et aussi le « bon berger », le Fils de la Lumière, toujours à nos côtés, même et surtout dans les plus grands moments d’angoisse et de solitude apparente (Psaume 23).

C’est justement cette descente dans nos enfers intérieurs qu’il nous faut à plusieurs reprises accepter de de vivre et de renouveler. Non par une sorte de goût pervers et complaisant pour nos propres abysses ou pour la souffrance. Mais pour voir libérer en nous le potentiel de vie qui demeure enfoui. Comme un orfèvre qui accepte de revêtir l’habit sombre et crasseux du mineur pour descendre au fond de la veine y extraire les pépites d’or fin, qu’il transformera ensuite en diadème resplendissant.

Sauf que l’orfèvre, c’est Dieu et non nous-mêmes !

L’orgueil et la grande erreur des théoriciens existentialistes et constructivistes de l’identité, et le grand drame de ceux qui les suivent en prétendant se refaire ou se reconstruire, c’est de croire qu’on peut par sa seule volonté et selon sa propre fantaisie, modifier totalement sa propre identité.

Devenir vraiment une femme quand on est né avec un sexe mâle, grâce à un long travail de transformation hormonal puis en ayant recours à la chirurgie, comme le font les transsexuels. Ou devenir une personne toute autre que celle que les déterminismes biologiques, familiaux ou sociaux nous ont conduits à être.

Ce type de changement radical paraît en effet possible. Il y a des hommes nés mâles qui deviennent des femmes. Et même des transsexuels qui ont des enfants une fois opérés alors que la « nature » ne semblaient pas les y avoir prédisposés. Mais ce type de changement n’opère efficacement qu’à un certain niveau de réalité.

La nature humaine n’est pas binaire, en particulier la nature sexuée. Elle est beaucoup plus complexe et comporte beaucoup plus d’aberrations ou d’exceptions apparentes que notre esprit nous le laisse croire. Dieu n’est pas un ordinateur qui sépare le réel en fragments binaires. Dieu se manifeste à nous dans une réalité qui se structure autour de formes trinitaires.

C’est notre intellect qui sépare le Réel en réalités opposées selon une logique binaire. Et c’est le langage qui ordonne la réalité selon des schémas qui nous la font saisir et nous la représenter selon des modèles duels. Dieu est bien au-delà du duel. Et du non-duel, du non-dicible, du silence que nous nous imposions quand nous méditons et cessons de laisser pérorer notre raison ou notre pensée dualiste.

De la même manière, quand Dieu nous saisit pour nous transformer, nous ne pouvons savoir ni prévoir à l’avance là où il veut nous mener.

Si nous acceptons de nous en remettre à lui, ce n’est pas pour notre petit confort personnel. Avant de quitter totalement ce monde pour rejoindre le Père, Jésus a prophétisé à Pierre qu’il serait un jour conduit « là où il ne voulait pas aller ». Contrairement à l’autre disciple, le bien-aimé, qui lui demeurerait toujours auprès du Fils jusqu’à ce qu’il vienne (Jean 31 :15-23 : apparition de Jésus au bord du Lac de Tibériade).

Si nous donnons vraiment notre vie à Dieu, au lieu d’en faire une idole que nous sollicitons juste pour notre confort personnel et spirituel, tout devient en effet possible. Mais nous ne sommes plus le maître de notre vie. Elle appartient désormais à Dieu. Et lui seul décide de nous envoyer ici ou là. Lui seul décide « qui » et « ce que » nous serons appelés à devenir. Ce que nous serons appelés à réaliser « en son nom », et non plus en notre nom propre.

Si je m’en remets à Dieu, ce n’est pas pour m’approprier une puissance spirituelle nouvelle qui n’est pas la mienne et dont je ne suis que le dépositaire. Sinon je ne suis qu’un magicien. Et tôt ou tard je serai jeté dans l’abîme de feu avec les plus abjects des meurtriers.

Si je m’en remets vraiment à lui, c’est pour renoncer à mes propres projets, à ma propre volonté, à mon propre libre arbitre. Et accepter de devenir son instrument. Son serviteur. Et non seulement un « bon chrétien » qui sert encore en réalité son petit ego, dissimulé sous les oripeaux tartufes de la Vertu, juge les autres et donne des leçons de morale, de sagesse, ou s’érige en modèle de perfection spirituelle auprès de qui veut bien l’écouter, en singeant la sainteté pour mieux flatter son propre orgueil.

Ce n’est pas facile de renoncer. De renoncer vraiment. Et non juste de renoncer en surface ou en partie. De renoncer inconditionnellement, comme Jésus l’a fait en se livrant librement à la Croix. De renoncer à ce que nous cherchons à abandonner volontairement, parce que cela ne fonctionne plus, que cela nous embarrasse et nous fait souffrir : nos vieilles habitudes, nos vieux conditionnements, nos limites et nos esclavages intérieurs ou extérieurs. Mais aussi renoncer notre chère « liberté »…

Car l’obéissance à Dieu, ça existe aussi ! Et cela fait partie du New deal spirituel que nous passons avec notre Dieu d’Amour. Par un marchandage de marchands de tapis : je te donne ceci si tu me donnes cela. Mais un pari vertigineux : je te donne ma vie, sans savoir ce que tu désires pour moi ni où tu veux me mener, ce que tu veux faire de moi plus tard, une fois que j’aurais accepté que tu me transformes.

Je te donne ma vie avec la certitude que tu veux le meilleur pour moi : un bonheur bien plus vaste que ce que je n’aurais jamais osé concevoir, espérer ni revendiquer pour moi-même.

Je le fais librement et totalement, sans réserve aucune. Je consens à m’en remettre totalement à toi et à te suivre aveuglément. Avec la certitude et la confiance que là où tu me mèneras, je ne manquerai jamais de rien. Et serai glorifié bien au-delà des glorioles auxquelles mon ego pourrait prétendre. Je serai sanctifié bien au-delà de ce que mon orgueil pourrait me faire désirer comme modèle de sainteté.

Ce pari, ce saut dans le vide sans élastique, il nous faudra le renouveler plusieurs fois. Parce qu’assurément, une fois embarqué dans la grande aventure, nous serons tôt ou tard tentés de nous rendormir, de faire demi-tour, sans même nous en apercevoir…

Croyant avoir atteint un stade satisfaisant de notre évolution spirituelle, nous régresserons un jour immanquablement, et nous nous retrouverons confrontés aux mêmes écueils. Jusqu’à ce qu’à nouveau nous mettions un genou à terre et confessions notre stupidité et notre aveuglement afin de nous laisser pardonner, renouveler et saisir de nouveau.

Rares sont les grands saints qui ne connaissent jamais de rechute. Paul n’a cessé de lutter toute sa vie contre les doutes. Et contre une nature plus sensuelle qu’il n’aurait voulu et qui le tourmentait au point de vouloir s’en défaire. Pierre a renié trois fois avant de pleurer amèrement le maître qu’il avait trahi et laissé mourir sur une croix. Plus tard, même si l’Esprit l’aura investi de sa puissance, il a aura connu aussi les doutes, les affres de l’angoisse et la froide obscurité du cachot. Thérèse de Lisieux n’a cessé de confesser ses imperfections et ses doutes. Etc…

Et Jésus lui-même a entamé son ministère après avoir traversé toutes les formes de tentations au désert durant 40 jours de jeûne. Puis l’agonie et la tentation du renoncement à sa mission de Sauveur et à sa nature de Christ à Gethsémani. Puis l’abandon total et l’entrée dans la grande nuit de la Mort qui précède la Résurrection, sur la croix à Golgotha.

Tous nous devons accepter de laisser notre ego crucifier.

En nous désidentifiant de celui-ci, au risque de souffrir horriblement d’une interminable agonie.

Et de nous laisser revêtir d’un habit de lumière d’une facture, d’une taille et d’une couleur dominante que nous n’avons pas choisies.

Nous devons accepter de nous voir remettre un nouveau « Nom » que nous n’avons non plus ni connu à l’avance ni choisi nous-mêmes.

Et non de nous réinventer une identité pour hisser artificiellement notre ego plus haut, à une étagère bien en vue sur les rayonnages de l’autel où sont rangées nos propres idoles.

Christ veut des christs. C’est-à-dire des fils nus et obéissants mais oint de la puissance de l’Esprit. Et non des soldats casqués et armés de métal prêts à livrer orgueilleusement bataille contre l’Ennemi.

Comme le disent les sages taoïstes : « Imposer sa volonté aux autres, c’est force. Se l’imposer à soi-même, c’est force supérieure ». (Lao Tse)

Mais Dieu ne veut pas seulement des sages. Il ne veut pas seulement que nous sachions nous imposer à nous-mêmes notre propre volonté au lieu de prétendre combattre l’autre et remporter victoire. Il veut que nous acceptions de nous en remettre avec confiance et amour à Sa volonté.

Mais l’humilité, la vraie, est tout sauf son contraire : l’hypocrisie tartuffe qui nous fait souvent jouer les humbles, alors que nous bouillonnons d’orgueil et souhaitons en vérité nous hisser au-dessus des ignorants, des mécréants ou des brebis stupides que nous méprisons superbement.

L’humilité n’est pas fausse modestie. Ou négation des talents et des missions que Dieu nous a confiées et nous confie encore. Jésus est humble mais ne renonce pas à la puissance que le Père lui a confiée. Ni à dire la vérité pour défaire les orgueilleux et les hypocrites. Il en fait au contraire un bon usage, mais sans jamais s’arroger le bénéficie de la victoire, ni la gloire pour le résultat obtenu.

« A toi le règne, la puissance et la gloire ! » Il nous faut le dire et le répéter inlassablement quand Dieu nous investit d’une puissance nouvelle et nous équipe pour le combat qu’il veut nous voir mener en ce monde au nom de l’Amour.

Si nous cherchons la gloire, nous serons humiliés.
Si nous cherchons la victoire, nous serons vaincus.
Si nous cherchons à nous sauver par nous-mêmes, nous serons anéantis.

Mais si nous cherchons la Vérité, si nous cherchons à servir la Vie, si nous cherchons à laisser agir consciemment l’Esprit qui demeure en nous, mais qui peut tout aussi bien nous délaisser à tout moment, alors nous sommes réellement revêtus de la puissance de Dieu.

Mais que l’orgueil vienne nous saisir et que nous nous nous glorifions nous-même de cette puissance qui nous habite, ou que nous tentions d’en user nous servir nos intérêts propres ou jouir de l’ivresse que son usage nous procure, et elle nous quitte aussitôt. Et nous chutons plus bas et plus nus que nous ne l’avions jamais été auparavant.

C’est donc avec un effort constant de discernement et d’humilité qu’il nous faut tenir debout face à Dieu.

Nous ne saurions jamais y parvenir sans le secours de l’Esprit qui nous guide et nous éclaire.

La vie spirituelle n’est pas ni roman ni une épopée. C’est une relation d’amour bien réelle, à renouveler chaque matin.

Quand on célèbre un mariage, on ignore souvent qu’il nous faudra en renouveler chaque jour les vœux. Il en va des même pour la relation de compagnonnage avec Dieu.

Et nul ne peut prédire à l’avance quel nouvel épisode nous serons conduits à vivre. Quel fruit nous serons conduits à livrer, ni quelle rencontre inattendue nous ferons sur la route étonnante que Dieu nous invite à suivre.

Mais quelle autre vie pourrions-nous vivre quand nous avons goûté la saveur de la vraie Vie ?

Comment pourrions-nous nous rendormir dans une existence étriquée, morne et solitaire, quand nous avons goûté à la félicité de voyager sous le soleil, avec les multiples frères que Dieu nous donne à connaître pour partager et voyager ensemble ?

Vivre, c’est mourir pour revivre de nouveau. Plus loin, plus haut, plus vaste et plus éternellement encore.

Il n’y a pas d’autre vie de substitution que la Vie en Dieu.

Tout le reste n’est que cinéma hollywoodien, mensonge et piège.

Alors en marche, tous et toutes !