« Face au radicalisme religieux, l’éducation a-t-elle encore un sens ? »

Face au radicalisme religieux, l’éducation a-t-elle encore un sens ?
Les Mardis des Bernardins

Qu’une table ronde réunissant des intellectuels, relayée par France Culture, en soit conduite à se demander si l’éducation a « encore » un sens face au radicalisme religieux est en soi symptomatique et affligeant !

Symptomatique parce qu’on en serait tenter de croire qu’il est trop tard. Et que les dégâts sont si grands que l’éducation serait impuissante, que désormais seule la force pourrait faire rempart à la barbarie.

Il faut pourtant l’admettre : le combat contre l’obscurantisme, le rejet de la France et la confusion psychologique qui conduisent des jeunes à adhérer à l’idéologie terroriste est aussi la résultante d’une profonde ignorance, d’une profonde bêtise et, plus qu’un échec d’intégration, d’un échec éducatif.

Mais que faire ?

Rajouter des profs là où il n’y en a pas assez est une chose, les réformes successives des programmes d’enseignement en est une autre. S’ils ont échoués jusqu’à présent c’est qu’ils manquaient de volonté et de vision.

Transmettre des savoir-faire pour s’adapter au monde du travail c’est répondre par le petit bout de la lorgnette à la question – préoccupante – du chômage des jeunes.

A force de subordonner les stratégies éducatives à des logiques sociales et aux besoins économiques, on en oublie l’essentiel : transmettre une culture et des valeurs qui soient partagées. Transmettre non seulement des savoirs mais aussi et surtout des outils critiques pour être capable d’ordonner ces savoirs, de comprendre le monde d’aujourd’hui, de réfléchir par soi-même, de construire sa réflexion tout en se confrontant sereinement aux points de vue adverses. Et pour y parvenir apprendre à placer la raison au-dessus des affects, dans une société où les réflexes émotionnels, les passions et les approximations subjectives ont pris le pas sur la réflexion, l’attachement aux vérités objectives et à la quête du consensus.

Ce qu’il nous faut impérativement entreprendre si l’on entend sauver notre modèle de civilisation et faire reculer la barbarie, substituer la culture à la violence, c’est réfléchir au modèle d’un « honnête-homme » du 21e siècle qui puisse être façonné dès l’école. « Honnête », c’est-à-dire attaché à la vérité et respectueux des écarts et des différences, de l’identité et du point de vue d’autrui. Soucieux d’éthique, capable de privilégier des intérêts supérieurs et collectifs aux intérêts particuliers, capable de hiérarchiser selon une échelle de valeur.

On ne doit plus se poser la question de savoir s’il faut ou non enseigner l’histoire des religions à l’école. C’est une évidence ! Ces connaissances sur le fait religieux doivent être étayées à ce que la réflexion philosophique mais aussi les sciences humaines ont apporté depuis un siècle pour comprendre les mécanismes du religieux, les mythes, les idéologies, le rapport entre la violence et le sacré dans l’histoire des hommes.

Ces connaissances sont accessibles : il n’est pas plus compliqué d’enseigner ce qu’est l’humanisme musulman du temps d’Averroès ou la différence entre une lecture fondamentaliste et dogmatique d’un texte religieux et son analyse historico-critique par des méthodes scientifiques que ce qu’est une intégrale ou une dérivée.

Quant à l’Histoire, à l’heure de la mondialisation et alors que les réflexes identitaires n’ont jamais été aussi véhéments, on serait bien inspiré de refondre les programmes et de se donner pour objectif de transmettre un regard panoramique et universel sur l’Histoire des civilisations en les mettant en perspective et non en concurrence, plutôt que de rabâcher exclusivement l’Histoire de France. Avec le souci de montrer combien ce sont les apports et les échanges entre les peuples et les empires qui de tous temps ont enrichi les civilisations, façonné le monde et conduit à la civilisation globale que nous voyons émerger aujourd’hui.

Quant aux crispations et chantages communautaristes, il faut être d’une fermeté absolue ! Aucune ne doit dicter ses lois ou faire fléchir la détermination des enseignants à être fidèles à leur mission éducative en cédant à quelque particularisme ou intimidation que ce soit. Les programmes doivent être les mêmes partout et s’appliquer partout.

Plus de moyens certes. Mais surtout plus de volonté.

Quant à la culture d’un point de vue plus général, il serait temps de comprendre que la radicalisation est aussi la résultante de nos erreurs passées. Quand plus rien ne permet de hiérarchiser les discours et les modèles culturels noyés dans un relativisme affligeants. Quand la recherche systématique de la provocation et de l’outrance deviennent le seul but de l’art, il ne faut pas s’étonner de voir des effets boomerang.

Quand des bobos du microcosme médiatique se sont prosternés pendant des années devant des voyous dont le rap ne faisait que scander leur haine de la France, de ses valeurs, étaler leur vulgarité leur cynisme, leur apologie de la délinquance, de la violence, du machisme et du crime, il ne faut pas crier au loup ensuite.

Il ne s’agit d’accuser un genre musical en particulier. Mais de se garder en toute circonstance d’abdiquer tout regard critique et tout esprit de responsabilité dans le but d’amuser, de provoquer ou de céder à une mode et à la fascination trash pour la marge.

Plus que jamais, ce qu’il faut placer au pinacle de nos objectifs en matière d’éducation et de culture, c’est le souci éthique.

Notre société s’est tellement vautrée dans la facilité pendant des décennies et abîmée au jeu de la provocation gratuite et de l’adulation systématique d’une esthétique de la décadence qu’elle a oublié que ces gesticulations adolescentes ne pouvaient être tolérables sans ébranler leur propre stabilité et leur propre avenir sans garder présent à l’esprit l’impérieux souci d’une échelle des valeurs.

Il est donc urgent de se soucier aujourd’hui d’enseigner aux jeunes qu’indépendamment de ce qui est permis ou non par les lois de la République il y a en matière d’esthétique, de discours et de choix de valeurs une hiérarchie. Que tout ne se vaut pas. Que vouloir faire plier la majorité au nom de de « C’est mon choix » n’est pas acceptable. Que la liberté n’est pas sans limites et que les citoyens d’un même pays sont aussi comptables des leurs choix personnels les uns vis-à-vis des autres et coresponsables de leur avenir commun.

Et que la stabilité, la vitalité et l’harmonie d’une société ou d’un peuple dépendent aussi d’une vigilance partagée qui interdit tout écart frondeur et excessif au-delà du consensus commun.

C’est donc bien une éthique de la responsabilité qu’il faut enseigner. La seule capable de rompre avec les réflexes individualistes, les replis autistes, les discours identitaires ou victimaires justifiées par des lectures compatissantes, fondés sur des pseudo-éthiques de conviction qui ne s’appuient que sur des mythes pour justifier le rejet, et tous les postures de rupture avec la communauté nationale qui parfois lui deviennent hostiles au point de vouloir la détruire.

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