L’ascète à la taverne

Desert-Goutte-eau

Après mûre réflexion, il y a un choix à faire.

Nul n’est prophète en son pays.
Toujours chassés, haïs, martyrisés ou bâillonnés.
Mais nul ne peut éteindre le Cri.
Dans le désert passent des caravanes qui cherchent la Voie.
Près du puit, parfois, s’arrêtent quelques nomades.
Qui entendra enfin la Voix ?

L’homme révolté ne peut porter le flambeau de la Paix.

S’il faut tenir ensemble
Les deux bouts pour avancer
Nul ne peut montrer à la fois le Ciel et la Boue.

Y a-t-il encore de vrais artistes ?
Ceux qui révèlent le Sens
Au lieu de faire commerce du Néant.

Prophétique et révolté
Si l’Art ne montre pas la Voie
Il n’est qu’Illusionnisme, Mensonge et Imposture.

L’artiste éveillé peint avec de la poussière d’étoiles et d’humus
Qu’il trempe ensemble dans un cœur où coule une eau limpide.
Un cœur sec et tourné vers soi ne peut qu’être aphone.

Chaque jour il faut nettoyer l’aire,
Chasser l’aigreur et la tristesse
Aller au dehors
Faire provision de beau et le donner en partage.

Puis rentrer près de l’âtre
Tirer le vin doux
S’enivrer nu sous un Ciel sans nuage
La nuit
Et le jour chanter à tue-tête
Danser en spirale
Avec la multitude des ailes
Qui tournent et tournent et tourneront à jamais

Jusqu’à ce qu’il n’y a plus que des ailes,
Des plumes blanches,
Des voiles diaphanes,
Un Souffle
L’Infini
Et puis plus rien.

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50 shades of hashashins

Réponse à Mohamed Sifaoui à propos de son article : « Oui, l’assassin du 7 janvier court toujours »

Assassins 4coul

Mohamed Sifaoui a raison de débusquer les imposteurs intellectuels qui critiquent Charlie Hebdo et sa une « blasphématoire » pour de sombres motifs.

Il a également raison dans ce constat sévère : le monde musulman n’a pas produit grand-chose de signifiant depuis deux siècles. Cela peut paraître scandaleux de le dire. Si l’on soutient cette idée et qu’on n’est pas musulman on est immédiatement accusé de racisme et d’islamophobie. Mais c’est hélas vrai. A condition de nuancer, de ne pas confondre le monde musulman et le monde arabe, et surtout de s’entendre sur ce qu’on entend par « signifiant ».

Ce constat admis (ou non), il faut aussi bien reconnaître que le monde occidental ne s’est pas non plus illustré depuis deux siècles par un mouvement crescendo vers davantage de civilisation. C’est même tout le contraire.

Victoire du productivisme de masse qui a conduit à un monde aujourd’hui gouverné par l’ultralibéralisme réduisant l’homme au mieux à un consommateur abruti, au pire à un esclave dont les moindres recoins de la vie privée sont appropriés et instrumentalisés par une clique de ploutocrates cyniques. Victoire de l’athéisme scientiste qui a évacué le spirituel de l’espace collectif et des discours et provoqué le retour du refoulé religieux. Au point que les uns crient leur soif de sens et s’abreuvent aux prêches du moindre gogo et que les autres se tournent vers les mercenaires nihilistes du Mensonge. Délitement des sociétés en d’infinis particularismes qui se jalousent et revendiquent la primauté. Triomphe de la pensée char d’assaut. D’abord les idéologies du 20e siècle qui ont conduit à deux guerres mondiales et plus de 100 millions de morts en 30 ans. Puis le règne plus soft du marketing consumériste qui assimile même le vote ou le choix de valeurs à un slogan de supermarché. Vie politique réduite à une compétition de plans de carrière. Nihilisme absolu de l’art contemporain qui à force de déconstruire et de provoquer a abouti à célébrer un teckel fluo, un plug anal ou une boîte de merde d’artiste. Imposture de la pensée droits-de-l’hommiste et du bazar humanitaire qui s’érigent en morale planétaire et en prêt-à-porter de la bonne conscience pour mieux voiler les intérêts stratégiques déployés ici sous forme de guerres et de ventes d’armes, là sous forme de marchés pharmaceutiques faramineux. Religion écologique qui cache une exploitation cynique des ressources, la création factice de marchés juteux liés à l’économie durable et l’ajournement perpétuel des mesures nécessaires pour infléchir le réchauffement climatique.

Les exemples sont accablants !

Sans vouloir donner raison aux Zemmour ou aux prêtres ascétiques de la mauvaise conscience, faut-il s’étonner qu’à force de pousser le vice aussi loin l’Occident se prenne des bombes dans la figure ?

Que toute cette violence qu’on n’arrive plus à endiguer serve des politiques sournois voire des intérêts stratégiques plus occultes et non les peuples opprimés sensés les défendre, peu importe. Il faut cesser de regarder le monde comme le théâtre d’affrontements interminables. Mais comme un réseau où tous les intérêts sont imbriqués dans une chaîne d’interdépendances toujours plus ténue.

Plutôt que de comparer qui « produit » le plus de signifiant, sans doute devrions-nous nous attacher à accoucher ensemble du Sens. D’abord en renonçant à toute forme de concurrence culturelle. La mondialisation conduit non pas à un nivellement des différences culturelles mais à une plus grande fécondité permise par le croisement des signes, des modèles et des valeurs. Embrassons le mouvement sans craindre d’y laisser notre âme. Les jeunes le font naturellement en partageant leurs idées et leurs idoles sur les réseaux sociaux. Et en voyageant les uns chez les autres grâce aux réseaux d’accueil gratuit de voyageurs comme couchsurfing.

Un autre monde, fluide, relié, courbe et mouvant, est en train de naître sous nos yeux ignorants et nous continuons de nous chicaner pour savoir qui a raison et qui a le plus gros cerveau en comparant nos mérites et nos productions respectives selon des critères orthogonaux obsolètes. Puéril !

Pour ne pas tomber dans le piège de la division, de la destruction et de la barbarie où les terroristes veulent nous entraîner, il ne suffit pas de les combattre, il ne suffit pas de vouloir éduquer, il ne suffit pas de démonter leur argumentaire et de débusquer ceux qui s’en font les supporters. Il faut regarder devant, remiser notre ego, nos angoisses et nos certitudes au vestiaire et réapprendre à aimer la vie et jouer, inventer comme des enfants.

Qu’on ne voit pas là une forme de béatitude lasse. La véritable sagesse n’est pas docte et gonflée de savoir. Elle n’est pas non plus gâtifiante. Mais sans retour vers son cœur d’enfant, on ne peut voir le monde qu’à travers les lunettes des drames, des souffrances, des choses graves, des vaines gloires et de l’orgueil.

Plutôt que de traquer l’assassin qui court toujours et d’accuser ceux qui l’excusent, mieux vaut tourner le dos à ces polémiques et chercher à donner du Sens à l’action, à l’échange, au partage.

A force de courir après des assassins et de se lancer des anathèmes, on ne fait qu’entretenir le cycle ininterrompu de la violence, désigner des boucs émissaires et faire le jeu des terroristes en leur offrant une victoire qu’ils n’espéraient pas.

Car de la guerre des mots à la guerre civile il n’y a qu’un pas. En s’enlisant dans une cacophonie dialectique, une surenchère de mots et d’arguments, et cette accumulation de célébrations aussi inutiles qu’indécentes qui ferment toute possibilité de faire son deuil, d’apaiser durablement les esprits et d’écrire ensemble notre avenir sur une page blanche, nous nous interdisons toute possibilité d’opposer le Sens au mensonge et un exemple de société civilisée à la barbarie.

Attention donc aux réflexes qui consistent à séparer le vrai du faux, dénoncer les menteurs et les fourbes, fût-ce pour servir la vérité et de nobles valeurs.

On ne sortira pas de ce piège où les terroristes nous ont attirés en nous chamaillant davantage. Le réveil passe certes par une prise de conscience et un exercice salutaire de détoxification intellectuelle. Trop de « tolérance », trop de relativisme, trop de complaisance, trop de volonté de plaire ou de ne pas froisser les uns et les autres nous ont conduit à anesthésier tout esprit critique et à nous endormir dans une liqueur aussi politiquement correcte qu’insipide.

Les intellectuels comme Mohamed Sifaoui ont du courage et du mérite d’oser dénoncer la pensée unique et braver leur propre communauté pour en accuser la paresse et la duplicité. Mais cela se saurait suffire, au risque d’attiser les réflexes défensifs.

Certes les musulmans doivent se réformer eux-mêmes et décider s’ils acceptent les règles du jeu démocratique ou demeurent complices d’ambiguïtés coupables. Certes la référence à l’Âge d’or de l’Islam est un paravent facile pour éluder les paradoxes et les carences de l’Islam d’aujourd’hui. Mais ce n’est que grâce au dialogue réciproque que l’Islam parviendra à faire sa mue.

Et plus généralement ce n’est qu’en acceptant qu’il y a un horizon de Sens et d’identité commune à construire au-delà des identités et des logiques religieuses que les citoyens de confession musulmane pourront vraiment entrer dans le siècle et se sentir à l’aise sans crainte d’être montrés du doigt.

Charlie vs. Dieu : 1 partout ?

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Un an après les attentats dans les locaux de Charlie Hebdo, la une du magazine suscite un vif émoi chez les croyants, notamment chrétiens. Le motif ? La caricature d’un Dieu armé d’une kalachnikov s’enfuyant l’air rageur et la robe tachée de sang, avec la mention « L’assassin court toujours« .

Ceux qui veulent boycotter les commémorations du 7 janvier ont-ils raison de s’émouvoir ? La hache de guerre entre les « Je suis Charlie » et les anti Charlie qu’on croyait réconciliés depuis le 13 novembre est-elle à nouveau déterrée ?

Les caricatures de Mahomet ne m’ont jamais ému. J’ai toujours considéré qu’elles étaient dirigées non contre l’Islam mais contre ceux qui le déforment et s’en servent à des fins politiques indéfendables pour poser des bombes et imposer leur idéologie. Qu’on plaisante sur la figure du Christ ne me choque pas non plus, cela me fait même beaucoup rire tant que c’est fait sans méchanceté.

En revanche ma première réaction en voyant cette caricature a été l’interrogation et la déception. Pourtant, mettre en scène Mahomet ou Dieu le Père et les assimiler au terrorisme pour dénoncer ceux qui instrumentalisent la religion n’est pas si différent.

Mais là où le message me paraissait clair avec les caricatures de Mahomet, celui-là me paraissait brouillé.

Si le but avoué des journalistes de Charlie Hebdo est bien de provoquer, la question est : provoquer oui mais pour quoi faire ? Pour dénoncer l’imposture du radicalisme religieux ? Pour se moquer de tous les « culs-bénis » ? Pour affirmer leur athéisme radical, quitte à mettre dans le même sac Dieu, croyants et terroristes ? Ou pour faire réfléchir ?

Cette dernière caricature à contre-courant de l’œcuménisme ambiant n’est-elle que la signature vengeresse de vieux anarchistes athées suite à l’agression impensable dont la rédaction a été victime et face à une inflation pléthorique des sujets religieux dans l’actualité ?

Force est de constater, il en va de Dieu comme des pulsions sexuelles : plus on le refoule, plus il resurgit sous des formes hideuses. Et parfois pète à la figure de façon violente. Mais le terrorisme est plus qu’une poussée d’acné ou une décompensation vicelarde. C’est le retour du refoulé religieux sous sa forme la plus violente et pervertie.

La rationalité triomphante, la prétention scientiste puis l’athéisme politique ont relégué les religions au musée des superstitions et banni le spirituel des discours et des valeurs admises dans la société. Au nom de la laïcité, devenue aujourd’hui synonyme de liberté de conscience et d’expression et célébrée d’autant plus unanimement qu’elle est combattue par des fanatiques qui veulent nous faire la peau, on a jeté le bébé avec l’eau des bénitiers.

Les journalistes de Charlie ont malgré les menaces persévéré dans leur volonté de dénoncer le mensonge terroriste. Ils l’ont payé de leur vie.  Mais à y regarder de plus près, Charlie et Daech sont deux caricatures opposées : l’une d’une religion dont elle ne retient que l’appel au Djihad et qui l’érige en instrument totalitaire ; l’autre d’une Raison qui prend la place de Dieu et finit au nom d’un combat libertaire contre les moralistes par se métamorphoser en athéisme radical et en aversion réflexe contre tous les croyants et l’ordre établi. Charlie n’est certes pas le goulag, mais Charlie est nihiliste, comme le sont les terroristes. Nihilisme du « jouir sans entraves » contre nihilisme du bannissement de toute joie.

On l’avait oublié sous le coup de l’émotion depuis le 7 janvier. On avait tous pris ces gamins insolents dans nos bras. On s’était identifié à eux, on avait brandi des crayons et des panneaux « Je suis Charlie » parce qu’ils étaient devenus les symboles de la liberté d’expression. Et surtout nous continuons de les aimer parce qu’ils nous font rire comme personne.

Mais aujourd’hui, un an après, il est temps de tourner la page et de passer à autre chose. Ces commémorations ont quelque chose d’indécent et d’obsessionnel. Comme si on ne voulait pas refermer la cicatrice et qu’on préférait la rouvrir pour bien sentir qu’on existe là où on a voulu nous abattre.

Sans doute les athées radicaux ont à faire leur aggiornamento face à un monde qui crie sa soif de spirituel et, quand on lui ferme les portes du ciel, se tourne vers des mercenaires du Mensonge.

Quant aux croyants qui s’offusquent de ces caricatures, ils doivent prendre conscience à l’aube du millénaire que ce que l’on nomme « Dieu » n’est au mieux qu’une représentation construite, au pire une idée, un principe, un Idéal détaché de l’Etre ; pour finir une idole. Et que ceux qui font tomber ces idoles ont raison.

En prétendant parler « de » Dieu ou « au nom de » Dieu, les religieux finissent par opacifier le regard des croyants et les éloigner de l’ultime Vérité qu’ils sont sensés servir.

Mieux encore, l’enjeu de ce siècle n’est pas de tuer Dieu ou de proclamer sa mort comme l’ont fait les philosophes de la Raison ou la science aux siècles précédents, mais de dépasser la religion pour entrer dans le « face-à-face ».

Cela suppose qu’on se débarrasse de « Dieu ». Non pour se libérer d’un mythe ou d’un mensonge, mais pour aller au-delà du masque fabriqué qui couvre son visage lumineux.

Tant que nous n’aurons pas réalisé ce saut, le refoulé du religieux condamné par la rationalité resurgira sous les formes hideuses du fondamentalisme et du fanatisme messianique.

D’une certaine façon les idéologues qui endoctrinent les terroristes partent d’une intuition juste : il faut en finir avec le règne du Mensonge qui se substitue à la seule vérité désirable. Et (se) préparer (à) l’avènement du monde qui vient.

Mais aveuglés par leur rage contre leurs ennemis ils en arrivent à l’opposé de l’attitude juste pour préparer la Venue du Messie : détruire, tuer, anéantir, dans une frénésie nihiliste de haine et de mort, au lieu de faire retour à soi, prendre de la distance par rapport à ce monde, abolir les écarts avec l’autre, pratiquer le bien et témoigner humblement de ce qui vient.

Alors oui : « L’assassin court toujours ! » Et c’est cette idée de Dieu qu’il faut vite jeter à la poubelle pour commencer à voir au-delà des apparences et des certitudes avec les yeux de l’Esprit, et non s’accrocher de vieilles icônes jaunies avec un cœur endurci.

« Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! Parce que vous fermez aux hommes le Royaume des cieux ; vous n’y entrez pas vous-mêmes, et vous n’y laissez pas entrer ceux qui veulent entrer. » (Mt 23:13)

Tout est dit. Les gardiens du temple sont justement ceux qui prétendent posséder la vérité et les clés du Salut, mais en ferment l’accès à ceux qui le cherchent.

Qu’ils érigent des stèles à Yahvé, Jésus, Mahomet, la déesse Raison ou la Liberté, ce que fanatiques théocratiques et fanatiques athées ne comprennent pas c’est qu’ils sont tous deux gardiens d’un temple vide, que le Divin et la Raison ont depuis longtemps déserté.

Lire aussi l’article du Figaro du 4/1/2016 : « Charlie Hebdo : Dieu est-il coupable ?« 

Islam : l’implosion. Un symptôme à l’aube du post-religieux

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Irak, Syrie, Arabie Saoudite, Iran… l’Islam est en train d’imploser là où il est né et d’où il s’est développé : empire arabe, empire abbasside, empire omeyyade, empires perse et ottoman.

Alors que certaines cassandres prophétisent une expansion planétaire de l’Islam au cours de ce siècle, c’est le scenario inverse qui pourrait se produire : un effondrement, suivi d’une disparition de l’Islam.

Mais que les islamophobes et autres imprécateurs prompts à désigner les musulmans comme les artisans du chaos n’aillent pas se réjouir trop vite. Car loin de signer la victoire d’un camp contre un autre, cet effondrement pourrait bien être le signe d’un effondrement de toutes les religions. Un effondrement beaucoup plus profond, général et définitif que les coups de boutoir assénés par le triomphe de la rationalité aux siècles précédents.

Faut-il s’en inquiéter ? Non.

Faut-il s’en féliciter ? Oui.

Inutile de s’en inquiéter, car si les religions ont fait leur temps ce n’est pas parce que les mythes qui les sous-tendent ont été déconstruits par le regard critique porté sur leurs fondements historiques. Ni parce que leurs dogmes ont été dévoyés en une morale qui exclue plus qu’elle n’élève. Ni parce que leurs prélats ont préféré conforter leur pouvoir plutôt que d’assumer leur mission de guider les âmes.

Si elles ont fait leur temps, c’est parce que le temps de l’Eveil est annoncé. Cet Eveil a débuté à l’échelle de la planète et de l’humanité. Nous le vivons aujourd’hui dans la jubilation ou les tourments, selon que nous acceptons de lâcher prise ou nous crispons sur nos acquis, nos convictions et nos prérogatives.

Mais nul ne peut s’y soustraire. Et là où le glaive de la Vérité passe surviennent les épreuves. Le Mensonge déploie toutes ses ruses pour tenter d’occulter cette Vérité qui se lève à l’horizon du monde d’une éclatante lumière. Il en égare beaucoup. Mais en vain.

Quant aux religions, elles ont été nécessaires pendant toute une longue époque de notre histoire où l’homme avait besoin d’étais pour parachever son érection spirituelle. Ce temps a passé. Désormais les consciences sont suffisamment arrivées à maturité pour affronter le grand saut. Et nous sommes appelés à voir « face à face » :

Aujourd’hui nous voyons au moyen d’un miroir, d’une manière obscure, mais alors nous verrons face à face (1 Corinthiens 13:12)

Et aussi :

Ce que nous serons n’a pas encore été manifesté ; mais nous savons que, lorsque cela sera manifesté, nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel qu’il est. (Jean 3:2)

Alors ce qui est à la fois commun à toutes les religions et voilé par le message qu’elles ont propagé apparaîtra dans toute sa clarté : la présence bien réelle, bien tangible et agissante du Divin lui-même au cœur de notre réalité.

Alors nous serons devenus « comme des dieux ».

Sommes-nous prêts ? Là est la question.

Que nous le soyons ou non nous devons nous réjouir de ce changement. Nous qui sommes tant épris de liberté nous allons enfin pouvoir goûter à la seule liberté digne de ce nom : celle de vivre au diapason de l’Esprit, sans voile, sans filtre, sans miroir opaque.

Et puis nous ne sommes pas seuls pour nous engouffrer dans le long tunnel au bout duquel jaillit la Lumière. Les forces spirituelles n’ont jamais été aussi puissantes et les « messagers » divins aussi présents pour nous guider dans cette ultime métamorphose.

Arrêtons donc de vouloir tenir le gouvernail. Cessons de nous culpabiliser à propos du climat, de la violence ou des injustices dans ce monde : ces symptômes ne sont pas entièrement dus à notre irresponsabilité ou notre ignorance. Renonçons à vouloir tout prévoir et panifier les grandes lignes de notre avenir. Car des surprises inouïes nous attendent au-delà du grand passage.

Et surtout ne nous crispons pas sur la religion. Celle-ci n’est qu’une peau morte, une chrysalide devenue inutile, qu’il nous faut abandonner pour déployer nos ailes et découvrir des horizons infinis.