Macron ou le triomphe de l’Ere du vide

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L’avance de Benoît Hamon au premier tour sur son concurrent Manuel Valls et son succès possible à l’issue des primaires socialistes ouvrirait selon beaucoup d’analystes politiques un boulevard à Emmanuel Macron, candidat plus centriste au profil proche de Manuel Valls.

Etoile montante de la politique et des médias, Macron suscite enthousiasmes, jalousies et exaspérations. Démissionnaire du gouvernement 2 ans à peine après y avoir été nommé, il a été l’un des premiers candidats à se déclarer pour la présidentielle alors même que son mentor François Hollande n’avait pas annoncé son intention de se représenter ou non à l’issue de son mandat.

Son mouvement En Marche, créé en 2016, rassemblerait déjà plus de 100.000 adhérents.

Mais qui est vraiment celui qui se présente comme le renouveau de la classe politique et qu’incarne-t-il au juste ?

Macron n’a pas d’expérience politique. Parachuté Ministre de l’économie, il n’a jamais été élu d’une circonscription et n’a aucun parcours militant. A part un court passage à l’Inspection des Finances, il n’a non plus aucune expérience de l’appareil d’Etat. En revanche il jouit d’une expérience professionnelle dans le privé en tant que banquier d’affaires et associé de la banque Rothschild.

Macron n’a pas d’appartenance politique. Il l’a lui-même avoué : « Je ne suis pas socialiste. » Et son mouvement En marche n’est ni de droite, ni de gauche. C’est un électron libre qui entend bien se démarquer des appareils et des courants politiques. Signe d’une authentique volonté de renouvèlement ou simple stratégie visant à rallier les déçus du hollandisme et les angoissés du sarkozysme ?

Macron n’a pas d’idée, pas d’idéal, pas de projet, pas de vision. Il ne se réfère pas à une philosophie politique, ne se singularise pas par une analyse pertinente de la situation de la France et n’incarne pas non plus un projet de société. C’est juste un candidat de rupture. Après tout d’autres ont réussi dans cet exercice. Mais Macron n’a pas non plus de vision pour l’avenir.

A-t-il réfléchi à des solutions nouvelles ? Propose-t-il aux Français un programme précis ? Non.  Macron n’a pas de vrai programme. Et il s’en est vanté : « Les programmes ça ne sert à rien, ils ne sont jamais appliqués. »

Qu’un homme n’ayant ni expérience, ni le soutien d’un parti, ni projet, ni programme, et qui était totalement inconnu du public il y a 2 ans suscite autant d’enthousiasmes dans l’opinion et soit placé si haut dans les sondages laisse de quoi s’interroger.

Alors quoi ?…

Macron, c’est juste une image !

Macron est jeune. Un trentenaire président, ce serait assurément le signe du renouveau de la vie politique. « Nouveau », l’argument-clé des marketeurs.

Macron est présenté comme un homme brillant. Ah bon ? Mais en quoi au juste ? Macron n’a jamais rien fait. Comme Ministre de l’économie il ne s’est pas illustré pas des réformes audacieuses ou des résultats spectaculaires. Juste la « loi Macron », qui autorise les salariés à travailler le dimanche. Ou plutôt les entreprises à maximiser leurs bénéfices en misant sur une journée de travail hebdomadaire supplémentaire. Mais cela n’a aucune importance. L’essentiel c’est qu’il ait l’image d’un homme brillant. Un chapelet de diplômes (Khâgnes, Sciences Po, ENA). Et un visage. Celui d’un jeune-homme souriant et ambitieux. Macron c’est juste une affiche, un emballage.

En marche ? Juste un slogan. En marche vers quoi ? On ne sait pas. Juste l’illusion du mouvement. Après celle du changement. D’ailleurs pour adhérer nul besoin de cotiser, il suffit d’un clic sur le site internet. Macron, un achat d’impulsion en somme.

Macron capitalise donc sur son image, une image en creux, sur laquelle chacun peut projeter ses espoirs et ses frustrations.

Au final, Macron c’est l’aboutissement de la politique-arnaque, le triomphe de l’ère du vide. Une bulle. Un président pschitt.

Alors que les politiques ne pensent plus aujourd’hui exclusivement qu’à leur plan de carrière, au moins font-ils encore semblant de s’intéresser aux électeurs et de leur proposer du rêve. Macron, lui, c’est la politique résumée à la seule ambition personnelle la plus cynique.

Macron président c’est aussi le chant du cygne de la démocratie et le triomphe du système. L’accession aux plus hautes fonctions de l’Etat d’un mirage, d’un homme-écran, où seules les banques seraient au pouvoir. Un symbole : le président de l’association de financement de son mouvement n’est autre que Christian Dargnat, un ancien dirigeant de BNP-Paribas. Macron c’est l’assujettissement total du pouvoir politique aux diktats de la finance, des multinationales et de l’ultralibéralisme.

L’élection présidentielle est la rencontre d’un homme et du peuple, tissée au terme d’une longue histoire. Macron c’est l’adhésion éclair d’un concept préfabriqué et d’une vaste déshérence. Qu’un grand nombre de Français soient prêts à confier les rênes du pouvoir à un inconnu instrument du système, sans étiquette, sans expérience, sans idée et sans programme, c’est non seulement affligeant, c’est aussi terriblement dangereux.

Le pire c’est que personne ne semble s’en inquiéter.

Face au désastre du quinquennat Hollande qui risque d’obérer les chances de voir un socialiste au second tour, face à la forte bipolarité entre la candidature ancrée à gauche de Benoît Hamon et celle ultraconservatrice de Fillon, l’absence d’un autre candidat centriste susceptible de rassembler ceux qui refusent « l’utopiste » Hamon, l’ultraconservateur Fillon et les extrêmes (Le Pen, Mélenchon) laisse toutes les chances à Macron d’apparaître comme le rassembleur providentiel, ce qu’on sussure déjà.

Il serait temps de cesser de rêver et d’ouvrir les yeux. Au risque de se retrouver face à un choix entre un Front National chantre de l’antisystème et du repli nationaliste et une marionnette prête à asseoir la domination totale du système mondialisé. Dans les 2 cas, la mort assurée de la France.

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