Où va la France ?

politik

Une campagne inédite faite d’incroyables rebondissements : 2017 rompt avec les élections plan-plan de ce début de siècle. Mis à part le choc du 21 avril, 2002, 2007 et 2012 avait rejoué l’éternel sketch franchouillard d’un affrontement droite-gauche sans grande surprise, avec un favori désigné à l’avance par les sondages.

Cette fois-ci la politique fait concurrence à la téléréalité : chaque journée apporte son lot de scoops et de revirements.

On ne peut que s’en féliciter, car c’est la preuve d’une vitalité et d’un regain d’intérêt pour une politique qu’on disait désertée par les Français sinon pour ouvrir un boulevard tapi de ressentiments à un Front National bravache.

Pourtant la campagne de 2017 ressemble plus à un spectacle de catch qu’à un débat d’idées.

Le « renouveau » que certains prétendaient incarner de façon factice, les Bruno Lemaire et Emmanuel Macron, s’invite sous le mode de l’ultra-violence et des règlements de compte plus que du jeunisme béat.

Faut-il s’en inquiéter ? Ou faut-il y voir plutôt le signe que la France est enfin entrée dans le 21e siècle ? Les idéologies sont mortes, les ficelles de comm à la Séguéla ne dupent plus le gogo, les Français pensent (enfin, certains…), surfent sur les réseaux sociaux, comparent, twittent. Le voile tombe et les saltimbanques sont débarqués de scène les uns après les autres.

Mais où va la France ?

Le mythe de l’homme providentiel et du monarque président, hérité du fondateur de la Ve, a du plomb dans l’aile. Sarkozy fut l’ultime fossoyeur du gaullisme et Hollande celui du socialisme.

Reste la querelle des technocrates et des gérants de PME, qui veulent appliquer à une France moribonde des remèdes de médecins-bourreaux : qui la saignée libérale, qui l’assistance respiratoire.

Ou bien la fuite en avant vers un national-socialisme relooké, en réponse aux angoisses du terrorisme et à la fragmentation communautaire.

Que reste-t-il des candidats d’hier ?

La fin de règne exsangue et les primaires LR ont enfin congédié les deux rivaux les plus détestés : Hollande et Sarkozy. Symboles d’une façon égocentrique, cynique et carriériste de conquérir le pouvoir et de l’exercer, fondée sur l’imposture permanente et le mensonge assumé.

Juppé « « le vieux sage » qu’on donnait président depuis au moins 2 ans s’est fait coiffé par un autre ex-premier ministre d’une médiocrité abyssale, devenu en quelques jours le chantre de la morale conservatrice et de l’ultralibéralisme le plus passéiste. Le masque de la vertu n’a pas tenu 2 mois et Tartuffe se voit aujourd’hui contraint de fuir à Varennes pour échapper à la guillotine.

Défait aux primaires, Valls a payé pour la politique de Hollande rejetée par une écrasante majorité de Français, notamment à gauche. La fermeté face au terrorisme et les grandes harangues post-Charlie ont finalement peu joué face à la Loi El Khomri, à la déchéance de nationalité, à la capitulation face à l’Allemagne et au sentiment de trahison.

La victoire de Hamon aux primaires a confirmé la fracture entre un électorat de gauche et le mythe de la « social-démocratie à la française », abâtardie en libéralisme social de type blairiste qu’ont imposé Hollande et ses ministres en opposition à sa propre campagne.

Mais malgré son manque de sincérité perceptible dans ses discours, le procès fait à Valls est assez injuste. Car s’il a appliqué une politique qu’il soutenait, il n’en était pas le véritable inspirateur. L’éminence grise de Hollande, c’était Macron. Un conseiller parachuté par le système pour infléchir la politique économique de la France à son avantage. On connaît la suite…

C’est pourquoi la campagne de Macron ne résistera pas à la confrontation adverse : elle ne tient que parce qu’il s’est fabriqué une image de chevalier franc-tireur en marge des appareils enveloppé de flou artistique, de hashtags branchouilles et d’effets de tribune : un pur mythe pour bobos !

Ajouté aux affaires et à son curieux rapport à l’argent public qui ne manqueront pas de le rattraper, et malgré l’ardeur servile des médias à entretenir le mirage, la bulle Macron explosera tôt ou tard. Surtout face à Marine Le Pen, qui ne manquera pas de le dynamiter au premier face-à-face.

Le succès de Benoît Hamon en revanche est davantage dû à un effet d’aspiration qu’à une adhésion franche à son programme, innovant mais immature, sinon sur le mode de la rupture. Un programme orienté vers les jeunes et sans doute conçu comme un premier étage de fusée en vue des présidentielles de 2022.

Voilà donc pourquoi Hamon doit rapidement s’il veut gagner se tailler un costume de président. Rassembler. Mais aussi s’inventer un style. Se démarquer de l’image de jeune-homme frondeur, de rebelle centrifuge « à la gauche de la gauche » (ce qu’il n’est pourtant pas si l’on regarde son parcours…) et d’utopiste rêveur comme on le dit souvent.

Ses idées sont bonnes même si elles rompent radicalement avec une doxa imposée depuis 50 ans comme le seul choix possible. Mais ces idées sont en décalage avec les habitus thématiques et rhétoriques français. Elles séduisent les jeunes, les déclassés et ceux qui rêvent d’un autre monde possible, mais il leur manque un ancrage et une articulation plus nette avec les attentes du « pays profond ».

Quant à son image, à l’inverse des saillies baroques du bouillonnant tribun Mélenchon, elle pâtit à l’évidence d’un déficit de « visuel » et de maîtrise de la mise en scène. Contrairement à ses challengers Mélenchon et Macron. Ses premiers meetings devant un fond grisâtre laissent une impression fadasse, malgré un ton énergique et convainquant et l’aura d’outsider surprise dont il bénéficie.

Est-ce à craindre que Marine Le Pen pourrait briser le plafond de verre qui l’empêche aujourd’hui de rassembler plus de 50% des suffrages ?

Ou bien faut-il s‘attendre à une candidature Bayroux de dernière minute pour mettre tout le monde d’accord au centre et débusquer l’imposture du jeune banquier devenu Pinocchio ?…

presidentielle-2017

Tout est possible. Et on peut aisément parier que cette campagne nous tiendra en haleine jusqu’au bout.

Si l’on est vite sorti de la petite escrime des comptables opposant leurs programmes, on a perdu en profondeur et en débat d’idées.

Sauf que les « valeurs » chères aux candidats s’invitent par les commodités : face aux relents d’imposture, de tromperie, de mépris et d’injustice qui suintent derrière le camouflage des faisans déplumés, le peuple réclame des têtes et des comptes, plus de morale et plus de justice. C’est la grande lessive !

Espérons que ce lynchage finira par rehausser le débat au lieu de profiter au bain d’acide lepéniste.

Faute d’une grande vision et d’un grand dessein, celui ou celle qui l’emportera sera le candidat qui aurait su incarner cette aspiration du peuple à être entendu, à maintenir son rang dans le monde et dans l’Histoire et non seulement son orgueil illusoire de grande nation, à dialoguer avec force face à ses partenaires dans un monde chaotique mais interdépendant, et surtout à dégager du sens vraiment actuel, cohérent et pertinent, à porter un projet humain et serein pour l’Europe et pour le monde, et non seulement à œuvrer pour la croissance, les emplois ou une balance excédentaire.

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s