Le meilleur moyen de faire échec au Système ce n’est pas la révolution, c’est l’esprit

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L’imagerie complotiste est souvent hantée par l’idée que la planète serait gouvernée par une organisation fantôme regroupée sous la bannière des Illuminattis.

Une secte qui remonterait aux Illuminattis de Bavière, un courant de la Franc-maçonnerie né au 18e siècle. Voire à l’Antiquité comme l’attesterait la symbolique maçonnique qui fait référence aux dieux égyptiens Isis et Osiris en tant qu’archétypes du masculin et du féminin.

Cette société secrète serait aussi puissante que secrète. On lui prête des pratiques et des pouvoirs occultes voire sataniques. Grâce à ces pouvoirs et à sa faculté d’infiltrer tous les rouages de la société, elle tirerait les ficelles de l’Histoire et en dessinerait la trame. Elle aurait ainsi placé depuis toujours sur le trône des grands empires des hommes et des femmes de pouvoir parmi de ses plus hauts gradés, ou des marionnettes à sa botte. Aujourd’hui elle constituerait une élite mondiale ploutocratique et placerait ses pions à la tête de tous les partis politiques, des institutions mondiales, de la haute finance et des grandes multinationales.

Elle déclencherait sournoisement des guerres et des soulèvements afin de déployer une stratégie occulte à même de servir les intérêts de l’élite et de mieux asservir les peuples. Elle manipulerait les consciences grâce aux différentes religions, aux idéologies, aux croyances ancestrales ou nouvelles dont elle détiendrait les clés. Mais aussi grâce aux médias et à l’industrie du divertissement qui seraient sous la férule de ses adeptes.

Symbole de la Conscience, « l’œil qui voit tout » est souvent associé dans l’imagerie complotiste à un symbole « illuminatti », notamment parce qu’il est représenté sur le dollar américain. En réalité c’est un symbole universel qui trouve son origine dans la glande pinéale ou épiphyse, une glande de la taille d’une amande située dans le cerveau et qui agit essentiellement au moment de la naissance et de la mort en libérant de puissants médiateurs chimiques comme la DMT, dont la fonction aurait à voir avec notre esprit et le passage de celui-ci vers d’autres dimensions de la Réalité.

Cette lecture paranoïaque du monde et du pouvoir est évidemment délirante.

Bien sûr il existe des élites qui se concertent pour décider du sort des peuples sans forcément leur demander leur avis. Bien sûr la concentration des pouvoirs et des richesses est une réalité. Bien sûr il existe une petite classe de ploutocrates toujours plus étroite qui entend maintenir ses privilèges. Bien sûr les stratèges des grandes puissances économiques et militaires, les agences de renseignement, les cabinets de consulting qui conseillent les directoires des grandes banques et des multinationales, et les éminences grises des grands courants politiques font tourner leurs ordinateurs et plancher leurs think tank pour élaborer des stratégies à même d’avancer leurs pions sur l’échiquier mondial au mieux de leurs intérêts. Quitte à prendre des libertés avec l’éthique et la loi, à communiquer de façon mensongère pour paraître exemplaire tout faisant le contraire des objectifs affichés, en recourant à l’occasion à des réseaux mafieux ou terroristes pour organiser les trafics ou déstabiliser une région, etc.

Même si ces arrangements avec la morale et la vérité sont le lot commun des officines du pouvoir, pour lesquelles la fin justifie souvent les moyens, même si la démocratie est plus souvent dans les faits un mythe qu’une réalité, cela ne fait pas pour autant des puissants de ce monde des adeptes de Satan ou des mangeurs d’enfants.

Croire cela revient à penser naïvement que le Bien est d’un côté – celui des faibles et des opprimés – et le Mal du côté des riches et des princes. Une vision héritée d’un christianisme dévoyé, teinté de marxisme, d’idéologie révolutionnaire, voire de millénarisme.

Ainsi la théorie du complot judéo-maçonnique née dans les années 1930 refait surface sous les traits d’un antisémitisme déguisé en croisade antisystème. De même les réseaux anarchistes ou d’extrême droite nationaliste inondent la toile de théories fumeuses et de vidéos choc dénonçant le Nouvel ordre mondial mis en place par les Illuminattis. Recyclant au passage des fantasmes malthusiens de diminution programmée de la population mondiale, d’une 3e guerre mondiale imminente et d’un fascisme ultrasécuritaire et planétaire imposé aux peuples comme seule issue possible au chaos programmé.

Les fanatiques religieux ne sont pas en reste, qui voient dans la montée de chocs identitaires, communautaires, idéologiques et religieux les signes de l’Apocalypse qui précèdera la venue du Messie et le triomphe des élus sur les forces du mal.

D’autres théories plus fumeuses encore annoncent l’arrivée prochaine des aliens pour sauver la race humaine de sa destruction amorcée par les adorateurs de Mammon.

Dans une version plus soft, l’échiquier politique se recompose partout autour de nouveaux thèmes, non plus droite contre gauche ou libéralisme contre lutte des classes, mais partisans du système contre « souverainistes » antisystèmes.

L’élection de Donald Trump à la tête de l’état le plus puissant du monde a démontré qu’à défaut d’un vrai candidat antisystème les électeurs pouvaient préférer un clown milliardaire anticonformiste, raciste, violent et vulgaire à la figure policée de l’élite politique, économique et médiatique.

Car si les Illuminattis sont une chimère, le Système lui existe bel et bien. Et fait tout pour se maintenir même s’il craque de partout.

Essayons de comprendre les vrais enjeux actuels non pas au plan mythique ou symbolique mais au plan spirituel.

D’un côté nous sommes face à un monde qui se fissure et s’achemine vers sa destruction, entraînant dans sa chute des crises, des souffrances et des malheurs. Rien n’y fera rien : malgré l’énergie déployé pour maintenir en vie cet ancien monde, chacun sait ou sent que celui-ci est irrémédiablement condamné.

Ceux qui fantasment sur une secte qui en détiendrait les rouages et préparerait l’avènement d’un gouvernement mondial de type totalitaire ne sont pas tout à fait dans l’illusion mais commettent l’erreur de séparer d’un côté les bons dont ils feraient partie et de l’autre les méchants. D’un côté les victimes surnuméraires, et de l’autre une clique de pourris cyniques avides de fric et de pouvoir.

Ceux qui voient les choses ainsi sont esclaves sans le savoir des représentations que le système alimente chaque jour. Et plus dans une volonté de le concurrencer en prenant la place de ceux qui les asservissent, plutôt que de l’anéantir. Même quand ils prétendent vouloir se révolter, fédérer les insoumis et mettre à bas le Moloch, en vérité ils veulent réclamer leur part du gâteau et remplacer une dictature par une autre : celle du peuple contre celle de l’élite. Et un totalitarisme par un autre : celui de la transparence égalitariste contre la transparence de Big Brother.

En vérité nous sommes tous reliés et tous complices à un titre ou un autre de ce système que nous rejetons et de ceux qui l’alimentent.

Tous nous consommons les mêmes joujoux technologiques qu’on nous vend pour nous distraire et nous surveiller. Tous nous consommons les mêmes divertissements abêtissants, les mêmes films qui mettent en scène de façon allégorique ou parodique notre décadence, notre oppression et notre fantasmatique espoir de libération grâce à des héros providentiels.

Tous nous rêvons d’un ailleurs, d’un monde meilleur, plus juste et plus fraternel, mais pour l’écrasante majorité nous restons englués dans l’individualisme consumériste ou au mieux privilégions nos proches ou notre communauté quand la compétition fait rage et que la peur de l’autre s’installe.

Quant aux marchands de soupe et aux apôtres du système, ils répondent aux mêmes aspirations : servir leurs intérêts et se préserver contre l’avidité du plus grand nombre.

Une seule et même émotion gouverne l’écrasante majorité du genre humain : la peur.

C’est elle qui nous pousse à ériger des murs, des barbelés, des frontières réelles ou imaginaires, à désigner des coupables ou des boucs émissaires, à se méfier de l’autre au lieu de chercher à partager et collaborer, à vouloir toujours plus nous protéger, toujours plus de surveillance, toujours plus de transparence. Et qui conduit finalement à nous retrouver toujours plus angoissés, crispés sur nos possessions et nos certitudes, incapables de lâcher prise et d’aller de l’avant. Et ne pouvant voir l’avenir que sous les traits les plus sombres que nous présente chaque jour une actualité faite de drames et de catastrophes.

La véritable clé pour sortir de cette impasse tragique est d’ordre spirituelle.

Chacun à notre échelle individuelle, nous ne pouvons changer le monde. Même le pouvoir sur nos propres vies nous paraît de plus en plus limité. Et mêmes nos dirigeants que nous élisons pour nous gouverner, nous représenter et défendre nos intérêts n’ont objectivement plus beaucoup de marge de manœuvre face aux institutions supranationales qui décident des moindres détails de notre vie quotidienne. Quand ils ne font pas alliance avec le système pour faire carrière et penser d’abord à eux.

Faut-il décapiter tous les corrompus, au risque de nous retourner seuls incapables d’assumer des responsabilités auxquelles nous ne serions pas préparés ?

Faut-il revenir au paradigme précédent ? Arrêter la course du temps et stopper la mondialisation ? Ou au moins en limiter les effets en se barricadant chez soi comme le voudraient les nationalistes ? Faut-il régresser et sanctifier de nouveau sa patrie, sa cellule familiale, sa communauté ou son petit quartier ? Nous limiter à ces petites identités fractionnées, alors que le monde post-moderne nous pousse à voyager, à rencontrer, à nous nourrir des différences au lieu de les rejeter, quitte à nous déraciner ?

Là encore l’angoisse resurgit sous les traits d’une peur de se voir noyé, dilué, oublié dans un grand Tout indistinct. Ou d’être happé, phagocyté, avalé par un « autre » qui nous envahirait et dont la natalité galopante finirait par avoir raison de notre culture qui serait un jour balayée. C’est la théorie du « grand remplacement », qui conduit les politiciens nationalistes à faire croire à tous les déclassés qu’ils pourront retrouver leur place et leur dignité à la seule condition de virer ces envahisseurs opportunistes, ces étrangers qui viennent leur voler leur pain et substituer leurs coutumes barbares à leurs traditions les plus authentiques.

La seule façon de conjurer définitivement ces peurs et d’envisager l’avenir collectif sous un jour radieux, c’est de considérer que l’autre n’est pas un ennemi et que nous aspirons tous au même bonheur.

Et que les élites ne sont pas une caste séparée du peuple mais des hommes et des femmes sans doute plus gâtés et souvent plus égoïstes mais somme toute obéissant aux mêmes critères et aux mêmes désirs profonds.

La seule vraie différence se situe dans la façon dont nous décidons d’agir : soit pour nous-même, soit pour le bien de tous.

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Chacun à notre niveau nous avons à chaque instant cette même capacité d’élire comme dieu soit notre petit moi recroquevillé et pétrifié de peur qui réclame toujours plus d’attention, soit de lui tourner le dos et de servir avec amour celui qui est à côté de nous, et de proche en proche l’humanité tout entière.

Si chacun agit de la sorte, toute velléité de possession, tout réflexe de violence né de la crainte de mourir, d’être anéanti ou agressé, disparaîtra aussitôt.

Changer d’attitude peut paraitre risqué sinon impossible.

Car comment être certains que tout le monde jouera le jeu ? Et que cette invitation à baisser la garde ne soit pas une ruse de plus du Système pour mieux nous manipuler ? Si tout le monde ne s’engage pas en même temps sur cette voie, on peut légitimement craindre de se faire bouffer en jouant les élèves modèles ou les bons samaritains.

Alors à quoi bon ?

Sauf que rien ne change sans quelques aventuriers qui tracent la voie. Les moins peureux se sont déjà engagés sur cette voie. Le monde dont certains rêvent sans y croire existe déjà. Même si les médias n’en parlent pas parce que c’est beaucoup moins vendeur que les catastrophes et la lie puante qu’on nous sert quotidiennement.

Il suffit juste de changer de lunettes. Et de regard. Sur le monde, mais d’abord sur soi.

La seule chose que nous puissions réellement changer, c’est nous-mêmes. Et la première chose que nous pouvons facilement changer en nous-mêmes, c’est notre regard.

Osons changer notre regard sur nous-mêmes. Osons croire que nous sommes capables de penser, d’énoncer les choses et d’agir différemment. Que nous pouvons modifier nos croyances et nos représentations.

Tout est question de tentative et de persévérance. Car on ne réussit pas du premier coup à modifier des croyances et ses habitudes ancrées depuis des années voire des siècles dans nos cerveaux.

Commençons par des petites choses. Puis essayons de modifier des choses de plus en plus essentielles.

Cela peut commencer par notre façon de consommer, de choisir nos loisirs, notre façon de communiquer, nos relations avec nos proches, notre façon de travailler, notre relation à ce que nous possédons, la façon dont nous échangeons, dont nous conservons ou nous détachons de l’inutile et du superflu.

Cela peut ensuite concerner nos engagements collectifs, notre vie familiale, affective et sexuelle, nos principes d’éducation, notre système de valeurs, nos croyances religieuses, voire notre identité.

Qui sommes-nous en vérité ? Sommes-nous limités à la personne que nous sommes aujourd’hui ? Ou sommes-nous bien plus ? Sommes-nous la somme de ce que nous avons été, ou juste celui que nous croyons être aujourd’hui ? Sommes-nous ce que notre personnage public ou les autres nous renvoient comme image pour satisfaire notre ego, ou cet être profond qui aspire à de bien plus grandes choses ?

Nos capacités se limitent-elles à ce que nous avons jusqu’à présent expérimenté, ou serions-nous détenteurs d’un potentiel infini ? Notre vie s’arrête-t-elle à notre mort ou sommes-nous des êtres éternels ? Sommes-nous juste des individus séparés les uns des autres ou chacun de nous vit-il dans le cœur de ceux qui l’aiment ?…

C’est à toutes ces questions qu’il faut chercher des réponses. En n’essayant pas de nous réformer pour devenir parfaits. En ne cherchant pas à nous dénaturer pour correspondre à un idéal. Mais en expérimentant d’autres manières d’être au monde. Et surtout en allant à la rencontre de l’autre. En agissant les uns pour les autres.

Alors les peurs et les rancœurs relatives à ce monde injuste et violent, au désordre, à l’avenir, à ce système inhumain qui nous écrase, disparaîtront d’elles-mêmes peu à peu. De même que les regrets, les remords, les ressentiments et tout ce qui nous rattache à un passé qui n’est plus.

Le changement ne dépend de rien d’extérieur : ni système de remplacement, ni sécurité illusoire, ni outils ni moyens à inventer, ni amour que nous n’aurions déjà reçu. Tout est déjà là. Tout est déjà donné, et en abondance ! Il suffit de puiser.

Longtemps demeurera cette sensation du manque. Mais la seule façon de la combler et d’obtenir ce qui paraît nous faire défaut, c’est de le donner à d’autres. Ce que tu veux avoir ou réaliser, fais-le d’abord pour les autres.

Ce principe altruiste est l’exact contraire des valeurs individualistes promues par le système qui veut des individus fermés, séparés, dépendants de lui et surtout pas solidaires les uns des autres.

Il n’est pas non plus l’équivalent d’une sorte de charité sacrificielle. Ni d’un système de redistribution équitable où chacun trouverait son compte.

Car puisque la séparation n’est qu’une illusion, ce que nous donnons à l’autre, en vérité nous le recevons au moment-même où nous en faisons cadeau.

Pour anéantir le pouvoir d’un système qui semble nous opprimer, nul besoin de le combattre ni de faire la révolution. Toute violence contre lui ne fait en réalité que le renforcer. Et justifier qu’il se défende en usant de violence légitime.

Pour sortir de ce système et lui ôter tout pouvoir sur nous, il faut s’en remettre au pouvoir de l’esprit.

Car l’esprit est libre tant qu’il ne devient pas complice de son aliénation. Et aucun pouvoir, aucun système malgré toutes ses ruses, ses séductions et ses tentatives pour nous fasciner et nous garder sous son emprise ne peut gouverner notre esprit.

Si nous avions conscience de notre infinie liberté et de notre infini pourvoir de création, les murs qui nous enferment s’écrouleraient sur le champ. Et plus aucune limite ne pourrait surgir sur l’horizon de notre pleine et entière capacité à réaliser nos désirs les plus élevés.

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