Le crépuscule des pleureuses : sortir du « handicap » permanent

Mis en avant

Message de Marine Toro, handicapée, au Président Macron, publié sur Facebook le 2 juillet 2017.

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Je comprends cette femme et compatis à ses difficultés.

Mais pleurnicher sur son sort et « quémander » comme elle dit en cherchant à apitoyer les foules et culpabiliser les gouvernants ne sert à rien.

Qui plus est, c’est une façon narcissique de se conforter dans un statut de victime éternellement dépendante des autres, en rejetant la responsabilité de ses problèmes sur des politiques boucs émissaires, forcément insensibles et ignorants des difficultés rencontrées par les plus fragiles.

Il y a de multiples « causes », justes et souvent oubliées, qui mériteraient d’être portées à la connaissance du plus grand nombre et justifieraient qu’on fasse appel à la solidarité citoyenne ou à la responsabilité des pouvoirs publics. Et pas uniquement ces causes entendues que la République a héritées de siècles de charité chrétienne : la Trinité compassionnelle pour « les pauvres », « les étrangers » et « les infirmes ».

Ce genre de méthodes qui consistent à publier des jérémiades et des doléances sur les réseaux sociaux est non seulement obscène, inefficace mais aussi franchement has been.

Plus que jamais nous devons rester vigilants à l’action concrète du Président et du gouvernement en faveur des plus démunis. Et ne pas nous contenter de belles promesses et de beaux discours.

Mais à toujours vouloir jeter la suspicion et le discrédit sur nos responsables politiques, on creuse un fossé toujours plus profond entre ceux-ci et nous.

Et on fait le jeu des aigris, des défaitistes et des extrêmes.

Sans comprendre que la « solidarité » n’est ni un droit acquis ni une dépendance exclusive à l’Etat-Providence.

Elle se construit dans l’action au quotidien par le souci de l’intérêt général au-delà des intérêts particuliers, et l’engagement constant de tous pour tous.

Or pour s’impliquer avec sincérité et efficacité dans cette démarche et ne pas se contenter de bons sentiments ou de harangues mélodramatiques, de même que pour défendre et faire vivre réellement notre démocratie, il faut aussi se retrousser les manches.

Multiplier les initiatives locales, participer à des actions concertées et solidaires pour aider concrètement ceux qui nous côtoient, et que nous ignorons trop souvent malgré nos belles déclarations sur les Droits de l’homme.

Et ne pas tout attendre du politique. Comme des enfants gâtés jouant sans cesse les victimes pour réclamer toujours plus de considération, de droits, du pain et du cirque.

Certes les personnes handicapées rencontrent des difficultés objectives, matérielles et financières, dans leur vie personnelle, sociale ou professionnelle.

Mais la France n’est sans doute pas le pire des pays au monde, loin de là, en matière d’aide aux personnes handicapées.

Bien au contraire, beaucoup est fait ici, même si c’est sans doute insuffisant et que ça ne doit pas nous exonérer d’une attention à l’autre. Notamment dans nos grandes villes, pour aménager l’espace public, faciliter les démarches, octroyer des aides et rendre la vie quotidienne plus facile aux handicapés.

Je me faisais cette réflexion il y quelques jours en constatant que les nouveaux bus électriques parisiens de la RATP étaient tous équipés de plateformes pour faciliter la montée et la descente des fauteuils roulants. Et que des espaces de plus d’un mètre-carré leur étaient réservés, avec des boutons à hauteur de fauteuil pour signaler le prochain arrêt.

Sans compter les nombreuses places de stationnement réservées à personnes handicapées sous peine d’amende sévère pour les contrevenants. Et qui souvent restent vides toute la journée dans des rues surchargées, où trouver une place pour se garer relève du parcours du combattant.

Plutôt que de nous venger de frustrations que nous avons en partie nourries par nos lâchetés, et assécher nos rancœurs en pratiquant une dégagisme forcené, il serait peut-être temps de prendre conscience que ce qui tue notre démocratie bien plus sûrement que la corruption des élites, ce qui stérilise notre capacité à « vivre ensemble » bien plus sûrement que le communautarisme ou le fondamentalisme, c’est cet esprit individualiste, égoïste et corporatiste dont nous crevons à petit feu.

Ce souci permanent du quant-à-soi, du « Moi je ! », du « Tout pour moi et rien pour les autres ».

Et cette incapacité à concevoir la solidarité autrement qu’au travers de nos petits bobos et de nos petits malheurs. En nous crispant sur nos chers « pauvres », qu’on plaint et qu’on cajole dans les talk-shows pour se donner bonne conscience, mais jamais sans leur tendre la pièce au carrefour.

Et surtout sans voir que d’autres beaucoup plus malheureux qu’eux viennent frapper à nos portes par millions.

Cette commisération convenue traduit une attitude proprement puérile, irresponsable, stupide et contre-productive.

Il faut en finir avec cette forme d’autisme égocentrique. Sans quoi nous nous condamnerions toujours à n’être que des victimes impuissantes et aigries. A pleurnicher et culpabiliser l’autre, surtout nos dirigeants, pour des malheurs et des injustices dont on les rend injustement responsables.

Jamais en nous comportant ainsi nous ne nous réconcilierons avec nos politiques. Et encore moins avec les autres, c’est-à-dire avec nous-mêmes.

Notre génération, celles des « bobos » nés au lendemain de la guerre, a grandi dans ces Trente glorieuses d’expansion euphorique, d’idéalisme romantique et de quête du bonheur matérialiste avec en toile de fond cette libéralisation des mœurs qui a déchaîné tous les caprices.

Elle a porté en en tirant les dividendes le triomphe d’une société matérialiste tout entière tournée vers la consommation effrénée et la satisfaction immédiate, compulsive et illimitée de tous les désirs et de toutes les revendications. Et elle n’a découvert « la crise » qu’une fois bien installée dans la vie professionnelle.

Cette génération vieillissante, et à juste titre souvent critiquée, n’a pas pris acte qu’une nouvelle génération venait d’accéder au pouvoir.

Celles des « momos » (mobiles moraux)*. Ces jeunes quadras qui ont grandi dans les années 1990, ont dû apprendre très tôt à s’adapter à un marché du travail précaire y compris pour les plus diplômés, à être en permanence réactifs, mobiles, attentifs aux changements. A se former toute leur vie pour continuer à évoluer. Et à changer souvent de métier sinon de pays.

Cette génération ne conçoit pas l’accès au bonheur autrement qu’au terme d’efforts, de travail, et selon une vision pragmatique des choses, quoique souvent hyper normative.

L’appel d’air créé par le dégagisme et La République en Marche a également aspiré vers les hautes sphères du pouvoir la génération suivante : celle des « yoyos » (young yobbos ou jeunes loubards).

Ces jeunes trentenaires nés au seuil des années 1980. Une génération totalement désabusée. Les yoyos sont revenus de tout. Ils sont hyper lucides et opportunistes, individualistes et jouisseurs. Ils ne croient plus en rien, surtout pas dans les gimmicks politiquement corrects. Mais ils croient à l’engagement concret, à la détermination et à l’initiative individuelle. Ils jonglent avec zèle avec les paradoxes de l’époque et surfent sur les opportunités qu’offre la société. Leur but est de profiter au maximum du moment présent, et d’assurer leur propre survie sinon leur bonheur en se moquant des règles, des convenances et de l’ordre établi. Non par esprit de révolte comme leurs parent bobos qu’ils trouvent trop rêveurs, mais par opportunisme.

A leur yeux cette société mensongère aux mains de manipulateurs cyniques, qui ressemble plus à une jungle impitoyable qu’à un paradis pour tous, n’a plus rien à leur offrir. Alors autant se démerder tout seul, naviguer en tribus mobiles, en se moquant des modèles qu’elle nous vend pour mieux nous asservir. Puisque le monde est violent, implacable, sans idéaux, sans perspective d’avenir et sans morale, alors c’est chacun pour soi et Dieu pour personne.

Une génération qui a pigé très vite que pour survivre il faut se lever tôt, saisir toutes les opportunités offertes par une société hyper marketée, hyper mondialisée et hyper technologique, faire du lobbying propre et du networking malin, s’aider soi-même en bousculant les normes et en ignorant les scrupules des moutons.

Mais aussi aider ses proches, sans attendre que les autres ou l’Etat volent à leur secours et résolvent leurs problèmes. Qu’il s’agisse de trouver du taf, un logement, un moyen de contourner les règles et les blocages kafkaïens de l’administration.

Pour ces ados mûris trop vite et malins comme des singes, les « pauvres » et tous ceux qui font profession de leur misère, les chômeurs qui se plaignent de ne pas trouver de travail et pointent à Pôle Emploi en réclamant plus de droits sans jamais rien foutre, ces Roms incapables de s’intégrer et de bosser sinon en faisant la manche, les poches ou la pute, et tous ces « handicapés de la vie » à qui des pleureuses bobasses viennent servir la soupe et tendre le crachoir, ne sont que des parasites méprisables qui jouent de la mandoline en apitoyant des bonnes âmes naïves sans jamais se bouger le cul, et qu’on ferait mieux de dégager fissa.

Ce n’est pas qu’il n’ont ni cœur, ni foi ni loi. Mais on ne la leur fait plus.

C’est cette « Génération Macron » bien en marche qui vient d’arriver au pouvoir. En invitant des quadras et des trentenaires de la « société civile » à devenir ministres pour conduire les transformations en profondeur voulues par le plus jeune dirigeant politique au monde. Et à grossir les rangs de cette nouvelle Assemblée constituée de novices en politique formés dans des « séminaires d’intégration ». Et qui ont remplacé des vieux carriéristes plan-plan et corrompus, clientélistes et népotiques, exclusivement préoccupés par leurs intérêts et ceux de leur petite cour.

Macron est un « momo » pur jus.

Élève brillant, enfant de la méritocratie, dynamique et volontaire. Mais aussi très marqué par ce trait générationnel qui veut que tout en restant tendu vers l’efficacité, en se voulant lucide et pragmatique, sans concession avec les aspects les plus sombres du réel ,mais sans esquiver pour autant les difficultés, on doit rester toujours par ailleurs sensible aux causes justes. Et attentif à tous ceux que la société a laissés de côté. Ceux qui n’ont pas eu la chance d’avoir des parents derrière eux pour les aider ou leur payer des études dans les écoles privées à 50.000€ l’année. Ou que leur sexe, leur âge, leur origine ou leur handicap rend plus vulnérables aux violences de l’époque.

Je n’ai aucun souci sur la capacité du nouveau Président à prendre à bras le corps les défis, et à tout faire pour trouver des réponses durables aux dysfonctionnements de notre vieille démocratie.

Comme je n’ai plus aujourd’hui aucun doute sur sa volonté sincère de construire une société « efficace et juste » qui temporise les chocs et rende les changements plus supportables pour les plus fragiles.

C’était d’ailleurs l’un des thèmes chers à son ami le philosophe Paul Ricœur. Un protestant et un socialiste, pour qui toute action politique et tout engagement collectif ne pouvaient se construire de façon efficace sans une volonté de compenser les violences de la société libérale. Un défi qu’aucune utopie ne saurait relever. Pas plus qu’elle ne saurait nous soustraire à ce monde injuste et violent. Sinon au risque de générer plus de malheurs en dénonçant la responsabilité des élites. Et plus de violences en prétendant la combattre par des révolutions plutôt que des réformes.

C’est pourtant ce à quoi conduiraient très exactement le projet de repli nationaliste du Front National. Comme le caillassage des institutions vendues au capitalisme voulu par les Insoumis.

Plus généralement, ce genre de comportements qui consistent à se justifier de sa passivité inconsciente ou volontaire en se réfugiant derrière une incapacité objective ou surjouée, est symptomatique de la difficulté qu’ont certains à entériner le changement de paradigme actuel.

Nous sortons d’une société marquée par une organisation verticale du pouvoir et des liens hiérarchiques, une société où tous les liens étaient fondés sur des rapports de forces, de dépendance et de vassalité. Et nous entrons dans une société radicalement nouvelle, où les citoyens seront vraiment libres, égaux et frères. Totalement interdépendants et interconnectés.

Une société vraiment « démocratique », une humanité unifiée au plan global, une civilisation du partage, de l’échange et de la solidarité. Où le sens de l’action ne s’appuiera plus sur la libre entreprise, la volonté d’accaparer pouvoirs et richesses au bénéfice d’une élite minuscule, mais sur la nécessité d’oeuvrer pour le bien de tous, chacun à son niveau.

Une société sans « rois » ni monarques élus dont le peuple « souverain » attendrait tout. Et qui se bercerait d’illusion en se prétendant le berceau de la démocratie et des Droits de l’Homme. Sans s’apercevoir que ses excès libertaires, égalitaristes, et son obsession du « social » et de la « solidarité » ne sont qu’un paravent pour dissimuler son incapacité à vivre concrètement ces valeurs inscrites aux frontons des mairies que sont la Liberté, l’Egalité et la Fraternité.

Cette société n’est pas encore advenue mais elle est bien en marche, même si les médias n’en font pas leurs choux gras.

La France depuis ces dernières élections vient enfin de prendre acte qu’un siècle nouveau s’était ouvert et qu’une nouvelle ère avait commencé. Que les choses ne pouvaient plus rester en l’état comme dans « le monde d’avant« . Qu’il était encore plus illusoire de chercher à revenir en arrière pour restaurer une « France éternelle » qui n’a jamais existé.

Qu’on ne pouvait non plus ni se satisfaire des purges ultralibérales facteur d’injustices, d’insatisfaction, de grogne, de délitement du corps social et de réactions violentes en retour. Ni des illusions socialisantes auxquelles mêmes les intéressés ne croyaient plus. Mais qu’à force de refuser d’ouvrir les yeux sur les bouleversements du monde et de s’enfoncer dans un déclinisme mortifère, on risquait fort de disparaître en tant que nation.

Si Macron a autant la cotte auprès des Français et séduit autant nos partenaires, c’est parce qu’il est en phase avec l’époque et symbolise un modèle d’exercice du pouvoir qui ne se contente pas d’être new look mais saisit en profondeur les enjeux et les défis du temps.Et entend y répondre de façon efficace et pertinente en n’oubliant personne sur le bas-côté.

Mais il ne faudrait surtout pas voir dans sa volonté de tout maîtriser en ne laissant rien au hasard ni aux polémiques une quelconque « dérive monarchique ».

Au contraire, Emmanuel Macron n’est pas un monarque absolu. Même si c’est un homme conscient de sa valeur et de ses capacités à offrir une alternative audacieuse au bourbier dans lequel se dépatouillaient ses prédécesseurs.

Une erreur serait de voir en lui un messie ou un homme providentiel. Disons que son élection marque une meilleure adéquation entre l’offre politique et les aspirations profondes des Français, leur désir de renouvellement et leur volonté de sortir du marasme décliniste.

Comme le dit le dicton : « Aide-toi et le ciel t’aidera ! »

Ou plutôt : « Lève-toi et marche ! »

Quand le Sauveur relevait les infirmes, les malades et les impurs de leurs infirmités, de leur maladies et de leur indignité, ce n’était pas pour les rendre dépendants. Au contraire, toute rédemption réelle est une libération. Un pied de nez à tous les déterminismes politiques, économiques, sociaux, culturels ou religieux. A toutes les assignations et à toutes les formes d’oppression.

Attendre un Rédempteur c’est se condamner à rater sa vie. Abdiquer son pouvoir de créer et changer les choses. Ne serait-ce qu’en changeant son regard sur une situation qu’on n’a pas nécessairement choisie.

« En marche les pauvres en esprit, les doux, les affligés, les affamés et assoiffés de justice, les miséricordieux, les cœurs purs, les artisans de paix, les persécutés pour la justice, les calomniés… »

« En marche » (vraie traduction du terme « bienheureux« ), ce n’est pas « Prends l’oseille et tire-toi ! »

« Soyez dans la joie et l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux. »

Ceux qui se lèvent quand la Vie appelle à se redresser, à recouvrer ses forces, à se mettre debout pour marcher, ceux-là sont déjà dans la joie.

Les autres, ceux qui se plaignent toujours, s’apitoient sur leur sort et demandent des comptes à la terre entière, aux autres ou à Dieu, ceux-là ont déjà leur salaire de malheur. Et il ne leur sera rien donné de plus. Au contraire, le peu qu’ils ont leur sera retranché.

A cette vérité spirituelle faisons correspondre des choix conscients et des comportements à même de nous servir vraiment.

Cessons de cultiver cette faiblesse, cette compassion feinte pour les délaissés. Une façon de nous conforter dans notre statut de privilégiés. Et de nous enorgueillir de la considération que nous cultivons à leur égard.

L’heure n’est plus à ces mensonges et à ces enfantillages.

L’heure est à la vérité.

Dont acte.

Exit les pleureuses. Et ceux qui se montrent en exemple en défendant leur cause, plus souvent en paroles qu’en actes.

Exit le business de la misère et les distributeurs de bonne conscience.

Place à la vraie solidarité, à la vraie charité, à la vraie fraternité.

Celle qui ne calcule pas et ne fait pas de différence entre un prince ou un SDF.

Celle qui considère que tout homme est digne et qu’aucune infirmité, aucun handicap ne saurait justifier ni une stigmatisation ni un statut d’exception.


Cf. Ne dites plus Génération X, Y, Z mais zozos, momos, bobos, cocos, yoyos...
Jean-Luc Excousseau présente la génération Zozos (les zoom zombies)

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