Climat : Thunberg 1–Macron 0

Mis en avant

emmanuel-macron-veut-aller-plus-vite-plus-fort-dans-la-lutte-contre-le-changement-climatique Greta.jpg

 

 

 

 

Ainsi Macron n’a pas apprécié le discours de Greta Thunberg à l’ONU. Ni son initiative de porter plainte contre 5 pays dont la France, qu’il juge injuste et trop « radicale ».

Tout comme il ne semble pas apprécier ces grandes marches de jeunes pour le climat qui grossissent chaque vendredi partout dans le monde. Selon lui, c’est « sympathique » mais « ce n’est pas le problème ».

Le tout nouveau « Champion de la Terre » est sans doute vexé d’être désavoué par sa jeunesse alors qu’on vient de lui décerner un prix à l’ONU pour son coup de comm sur l’Amazonie.

Jupiter est trop habitué au rôle de premier de la classe. Persuadé d’être plus intelligent que tout le monde et d’avoir raison sur tout, il est aussi le pur produit du dégagisme. Lui qui a envoyé tous les vieux barbons du sérail au musée de la politique se croit sans doute irremplaçable.

Il est également conscient qu’il ne doit pas son succès à la pertinence de sa vision du monde, mais à son habileté politique et à ses bienfaiteurs, qui en quelques années l’ont catapulté au sommet de l’Etat.

Sans doute goûte-t-il aujourd’hui avec amertume le fait qu’une gamine de 16 ans dénonce avec force l’hypocrisie des dirigeants du monde qui multiplient promesses et déclarations sans agir.

« Il ne faut pas créer une génération de déprimés. » Cette phrase de Jean-Michel Blanquer en écho à l’ire jupitérienne traduit bien plus qu’une volonté d’afficher un déterminisme confiant.

En affirmant qu’« on ne mobilise pas avec du désespoir, presque de la haine », le gouvernement laisse deviner une angoisse sur fond de crise des gilets jaunes. En vérité, Macron sait pertinemment que le désespoir est bien plus mobilisateur que les promesses et les coups de comm.

Et que le désespoir d’une jeunesse sacrifiée pourrait être un jour bien plus cuisant que celui de gilets jaunes réclamant plus de pouvoir d’achat. Quand on a fait l’ENA le « pouvoir d’achat » on sait bidouiller. S’agissant du climat c’est une autre affaire…

Si Macron fait mine de botter en touche, de crier à l’injustice en rappelant que la France est leader en matière de lutte contre le réchauffement, c’est parce que l’enfant chéri du libéralisme et de la finance, le soldat zélé du système et des lobbies, sait que cette génération demande bien plus que quelques déclarations ou mesures pour rassurer.

Si les générations précédentes mesurent aujourd’hui la réalité du changement climatique, l’ampleur des menaces et l’urgence d’y répondre, elles ne sont pas prêtes à engager un changement radical pour sauver la planète. Les jeunes eux savent que c’est la survie de l’espèce humaine, la leur en premier lieu, qui est en jeu. Et qu’on ne pourra éviter le pire sans un changement complet de modèle de société.

Alors que personne ne croit à son virage social ni à sa conversion à l’écologie, Macron craint d’être démasqué pour ce qu’il est : un illusionniste de plus soucieux de servir le système en veillant à éviter les remous. Incapable d’être plus qu’un simple gestionnaire et d’apporter une vision, des solutions et de l’audace face aux enjeux les plus cruciaux auxquels l’humanité est confrontée durant ce siècle.

Il faudra encore beaucoup de Greta Thunberg pour que les nations du monde et leurs dirigeants décident de se mobiliser pour autre chose que se donner bonne conscience avec quelques points de bilan carbone en moins.

Quand on voit la complaisance du gouvernement à propos des pesticides on se dit qu’il n’y a pas grand-chose à attendre sur le réchauffement climatique. Macron a eu beau jeu de pavoiser au G7 de Biarritz en s’en prenant au cynique Bolsonaro à propos de la déforestation.

Aucun pays ne peut s’ériger en modèle ou en juge ni agir seul pour le climat. Le problème ne peut être résolu que d’un point de vue global. Les économies, les infrastructures et les systèmes sont interdépendants. Et la pression des lobbies pèse trop sur les politiques et les institutions mondiales pour dégager une marge de manœuvre suffisamment efficace.

Pour parvenir à mobiliser toute l’humanité et toutes les nations du monde, il faut un changement radical de la conscience collective, de notre identité et de nos valeurs communes, de nos priorités et des moyens que nous voulons mettre en œuvre.

C’est tout le système sur lequel est fondée notre civilisation mondialisée qu’il faut revoir.

On ne réussira pas en tentant d’abattre la forteresse du système actuel, fondé sur la course à la productivité, à la consommation, aux richesses et à l’argent. Car les résistances qu’opposent ce système aux assauts qu’il pourrait subir sont trop puissantes pour ne pas entraîner l’humanité dans un chaos supplémentaire.

Rien d’efficace ne se produira non plus en cherchant à réformer ce système de l’intérieur. Car les mécanismes qui lui permettent de se préserver empêchent d’atteindre un niveau de transformation suffisant pour en modifier les grandes orientations.

Des initiatives comme celle Greta Thunberg qui vont dans le sens d’une plus grande prise de conscience, d’une dénonciation de l’inaction et de l’hypocrisie des dirigeants, et d’une mobilisation des jeunes générations sont sans doute porteuses d’espoir.

Plus cette tension va devenir critique, plus la perspective d’une issue pourra se dégager. L’étymologie du mot crise traduit un double sens : celui de la « manifestation d’une maladie grave », mais aussi celui de « jugement ».

Il ne suffit pas de répéter de façon anxiogène qu’il faut agir vite. Encore faut-il voir les leviers d’action. Et que les efforts consentis pour les mettre en œuvre s’inscrivent dans une nouvelle perspective de sens.

La crise du climat ne se résoudra pas en accumulant les mesures sans changer les fondements de notre civilisation. Elle ne se résoudra pas non plus par une utopie.

Elle ne se résoudra – et d’autres crises avec elle – que quand l’humanité aura acquis la pleine conscience du prix et du sens de la vie, de sa place dans l’univers, de ses immenses capacités, de son destin commun et de ses facultés infinies à collaborer pour le meilleur avec les autres espèces et tout ce qui l’entoure.

Paris, la fête est finie ! Hidalgo, les poubelles et les bobos

Mis en avant

anne-hidalgo-grand-paris-bobos

Les touristes qui visitent Paris sont souvent surpris de découvrir à quel point la Ville Lumière est une ville sale.

Elle l’est en effet. Et pour ses habitants c’est devenu insupportable.

Anne Hidalgo a-t-elle pour autant raison de réagir de façon aussi désinvolte, en incitant les Parisiens à se prendre « en charge », alors qu’un article dans la presse étrangère parle de « Paris poubelle » ?

« On ne vas pas mettre un éboueur derrière chaque Parisien. » Selon elle, « tout est question d’éducation et de respect. » Réaction éloquente…

830x532_anne-hidalgo-laveuse-electrique

En stigmatisant ainsi le manque d’éducation des Parisiens, la maire de Paris montre son vrai visage. Derrière la femme de gauche, engagée dans toutes les causes sociales et chantre du Paris écolo, se cache une bobo issue de la gauche caviar qui méprise le populo.

Hidalgo oublie qu’elle a milité pour la retraite à 60 ans, puisqu’elle est aujourd’hui en campagne pour sa réélection. Les Parisiens vont-ils lui offrir une veste en guise de cadeau d’anniversaire ?

L’élue se cabre dès qu’on critique son bilan. Et reste sourde au mécontentement des Parisiens, pour qui la propreté demeure la préoccupation numéro 1, devant la pollution.

Car si la saleté de Paris écorne son standing de grande capitale, elle le doit en partie à la négligence de ses élus.

Car si l’espace public pâtit de nombreuses incivilités, ce n’est pas tant dû aux déficiences du nettoyage et du ramassage d’ordures qu’à des erreurs de taille dans les messages adressés aux Parisiens lancés par la municipalité quant au bon usage de l’espace public.

Ces erreurs concernent la politique sociale, d’urbanisme et de transports de la Ville de Paris.

Ainsi la politique de « mixité sociale » systématique mise en œuvre en matière de logement n’est pas sans conséquences sur les négligences et dégradations causées à l’environnement. Cette politique initiée par Bertrand Delanoë pour contrer le risque de gentrification a été intensifiée par Anne Hidalgo. Et érigé en credo pour les critères attribution de logement sociaux.

Il est délicat de le souligner mais certains habitants du parc de logement social appartenant à des populations d’immigration récente ont tendance à être moins soucieuses de l’espace public que d’autres. Dans les quartiers à forte population immigrée les employés municipaux remarquent par exemple que les dégradations, les dépôts de déchets et autres incivilités se sont multipliées.

Si Paris doit conserver sa diversité et éviter de devenir un ghetto pour riches, si chacun doit pouvoir y habiter sans que s’instaure une sélection par l’argent, l’entêtement de certains élus à privilégier des populations immigrées par simple parti-pris idéologique pose plusieurs problèmes. Comme celui de l’équité face à l’accès au logement. Ou celui de la responsabilité des élus quand certains ne respectent pas l’environnement où ils vivent.

Ce rêve pluraliste d’une ville où toutes les communautés communieraient en célébrant béatement le vivre ensemble se heurte parfois au réel. Vouloir isoler les populations est une autre erreur. Les mélanger artificiellement pourrait sembler naïf s’il n’y avait pas derrière ce choix d’évidentes arrière-pensées électoralistes.

Et la volonté de masquer sous un vernis idéologique une réalité : Paris devient une ville inaccessible – la plus chère du monde selon certaines statistiques – où bientôt seuls les très riches pourront accéder à la propriété. Et où les logements locatifs seront attribués en priorité sinon aux plus défavorisées, du moins à des communautés chouchoutées.

Ceux qui font les frais de ce choix politique sont les classes moyennes, contraintes de plus en plus de déserter la capitale.

Gare ! Car ce sont eux qui jusqu’à présent votaient le plus socialiste aux échéances municipales. Par conviction et non par intérêt.

Ces classes moyennes constituent les plus gros bataillons de bobos parisiens. Attachés à leur confort de vie, à la mobilité, à l’innovation, à un Paris social, écolo, rigolo mais pas crado.

Si Paris veut continuer à offrir le visage d’une capitale vivante, ouverte sur le monde et multiculturelle, qui favorise rencontres, brassages et métissages et donne sa chance à tous, ses élus se trompent en pendant qu’on combat l’uniformité par une cohabitation forcée, en secouant les disparités sociales dans un shaker.

D’autant plus contestable est ce principe de mixité pétri de bons sentiments quand il obéit à une volonté sournoise et très « gauchiste » d’emmerder le bourgeois. En le obligeant à partager son territoire avec des gueux. Un peu comme ces révolutionnaires qui invitait la plèbe à Versailles pour chahuter Marie-Antoinette.

Ian Brossat, élu communiste au passé trotskiste, illustre bien cette ardeur militante qui se plaît à multiplier les provocations. Adjoint au logement d’Anne Hidalgo, le jeune élu avait ainsi tenté en 2013 d’imposer l’idée saugrenue d’implanter un village de Roms dans le 16e arrondissement. Une façon de clouer le bec à ceux qui osent stigmatiser injustement cette minorité opprimée et l’accusant de nuisances parfaitement chimériques.

-

Tout aussi condamnable est l’attitude complaisante et irresponsable des élus vis-à-vis des migrants et des associations qui les soutiennent, qui consiste à laisser se développer de véritables bidonvilles sur le périphérique dans le Nord-Est de Paris. Avec l’intention louable de les rendre plus « visibles » pour alerter l’opinion sur leur situation.

migrants-touristes-Paris-poubelle-coupe-gorge-Hidalgo-e1499800964401

Le résultat est contraire à l’objectif affiché : à l’indifférence face au sort des migrants succède l’exaspération de voir ces squats dégrader l’espace public et l’irresponsabilité des pouvoirs publics cautionner la politique du fait accompli. Les abords du périphérique de la Porte de la Villette à la Porte de Clignancourt sont ainsi devenus un gigantesque dépotoir. Sans compter d’autres effets pervers : près de la Porte de la Chapelle s’est développée la « colline du crack », le plus grand spot de deal à ciel ouvert de l’hexagone. Les habitués parmi lesquels beaucoup de migrants ont établi leur campement juste à côté.

Le spectacle de la misère et de la déchéance dans les rues de Paris, autant que l’indifférence qui l’entoure sont choquants. A quoi bon en rajouter en exhibant ces chapelets de tentes et de cabanes où les migrants s’entassent ? Si la France accepte d’accueillir des migrants, ce n’est pas pour les laisser vivre dans ces conditions insalubres. En laissant à quelques ONG le soin de s’en charger.

Aux politiques d’abord de prendre leurs responsabilités pour mettre fin à cette exhibition complaisante de la misère. De s’occuper vraiment des personnes SDF comme des migrants sans les laisser envahir les rues en comptant sur la charité privée.

Quant aux populations plus sédentarisées, si certains se singularisent par des comportements inciviques, il faut agir pour promouvoir un meilleur esprit civique. En faisant valoir que c’est l’intérêt de tous de prendre soin du cadre de vie.

Il ne s’agit pas de trouver des excuses – ignorance, différences culturelles, impuissance des parents à éduquer leurs enfants – pour éveiller les esprits à plus de conscience de l’espace public, de respect d’autrui et de responsabilité civique.

Prenons l’exemple de la Porte Dorée et du Lac Daumesnil. Lieu de promenade et d’agrément créé sous Napoléon III au bord du Bois de Vincennes, c’est aussi l’un des plus beaux paysages de nature artificielle emblématique de l’esthétique romantique. Chaque été durant la Foire du Trône, il n’est pas rare de voir des groupes s’installer sur les pelouses autour du lac pour pique-niquer, faire bronzette et s’adonner à des jeux. Certains n’hésitent pas à faire des barbecues. Le soir venu, les pelouses sont laissées dans un état de dégradation affligeant, jonchées de détritus divers en dépit de la présence de poubelles à proximité.

On ne peut pas imaginer que tous ces parents et ces jeunes adultes qui se comportent ainsi n’ont pas conscience de salir et que d’autres devront passer derrière eux pour ramasser. De tels comportements ne sont pas admissibles. Ils témoignent d’une attitude frondeuse et d’un mépris évident pour le lieu qu’ils utilisent, pour le bien commun, pour les autres et pour les services chargés de la surveillance ou de la propreté. En un mot, pour l’autorité.

Il ne s’agit pas seulement d’un manque d’éducation, de savoir vivre, de respect de l’environnement ou de la communauté. Mais aussi d’une inconscience totale du lieu où ils se trouvent. Et que la puissance publique entend maintenir ouvert à la jouissance de tous.

Paris regorge de semblables lieux, jardins, places, esplanades, avenues, promenades, qui font la fierté de son patrimoine, aménagés pour permettre au plus grand nombre d’en bénéficier. Certains ont conscience du « prix » de tels lieux. De leur valeur foncière, artistique, du coût de leur entretien. Mais aussi parce qu’ils font partie de l’histoire et de l’âme de Paris. Et méritent plus d’attention qu’une simple pelouse flanquée sur une aire d’autoroute.

L’erreur d’Anne Hidalgo ce n’est pas d’avoir voulu venir en aide à des populations défavorisées, de prôner plus d’égalité sociale ou d’éviter que l’homo parisianus ne se renferme dans un entre-soi. L’erreur c’est de croire qu’il suffit de distribuer des privilèges et des prébendes sous forme de logements, de places en crèche ou d’aides sociales pour que l’intégration de nouvelles populations se réalise par magie.

Toute aide, toute chance accordée au nom de légalité ou de la mixité suppose une réciprocité. Au moins sous forme de gratitude manifestée dans des actes quotidiens.

Ce que la « Reine de Paris » oublie, c’est que le choix d’accorder un logement ou d’ouvrir au public des espaces de liberté dans une ville surpeuplée comme Paris, où bien peu ont la chance de pouvoir vivre, ce n’est pas comme faire des cadeaux pour se faire aimer du bon peuple.

Cela suppose pour les bénéficiaires des devoirs et des responsabilité

Une autre erreur coupable d’Anne Hidalgo et qui ne va pas manquer de lui revenir bientôt à la figure c’est d’avoir voulu vendre du rêve, et une image de Paris totalement utopique.

Des expressions comme « promouvoir la mixité sociale« , « rendre la ville aux Parisiens« , l’incitation à « se réapproprier la ville » avaient marqué la politique de la précédente mandature. Mais ces ruptures et audacieux voulus par Bertrand Delanoë s’enracinaient dans un constant souci d’équilibre, de réalisme, de rigueur budgétaire.

Avec Anne Hidalgo on est passé au stade du rêve éveillé et du blabla. Ces expressions ne sont plus que des slogans démagogiques justifiant une obsession à poursuivre les mêmes schémas, sans véritable projet ni capacité d’innover.

On surfe sur les mythes de Paris Plage. Celui d’une ville tournée vers l’hédonisme, où chacun est invité à célébrer selon ses goûts et ses lubies sa manière de vivre, sa fierté d’être soi et sa quête d’un bonheur permanent et sans entraves.

Le Paris d’Hidalgo est un peu à l’image de Tel Aviv : « The Bubble » – la Bulle. Une ville ignorante des soubresauts du monde, une utopie vivante vouée à l’édification d’une cité douce, radieuse et aseptisée, où le soleil brille toujours sur les visages souriants d’heureux privilégiés.

Une ville à la pointe de l’innovation en matière d’urbanisme ou d’écologie. Où la qualité de l’air, de l’eau et des tomates bios qui poussent sur les toits est toujours sous contrôle. Où chaque citoyen est invité à planter des petites fleurs aux pieds des arbres et à cultiver ses légumes sur son balcon.

paris plage.jpg

Une ville où chacun peut se déplacer librement en utilisant des « circulations douces », fluides, simples, ludiques, de préférence décalées ou partagées. Où l’abondance du réseau de transports publics rend obsolète le recours à la voiture, un vestige du passé.

Une ville où l’on peut à toute heure du jour ou de la nuit se promener en famille ou entre amis au beau milieu de places arborées, aérées et apaisées, tapissées de larges pelouses et enrichies d’espaces ludiques et connectés.

Une ville dans la lumière ne faiblit jamais, attirant le monde à découvrir son lot de fêtes et de créations originales si merveilleusement intégré à son patrimoine unique.

Pour édifier la capitale dont elle rêve, la maire s’est ainsi entêtée à entreprendre des grands chantiers d’une envergure quasi-mitterrandienne. Mais avec un style plus light, plus soft, plus fun. En se voulant plus proche des gens, à l’écoute des « attentes des Parisiennes et des Parisiens« .

Beaucoup d’enfumage et de baratin. Comme cette prétention à faire participer les Parisiens aux choix relatifs à l’aménagement des 5 grandes places qu’elle s’est entichée de révolutionner, promettant des « débats citoyens » et des « ateliers » pour définir les arbitrages, avant même de savoir si initiative de bouleverser ces places constituait une priorité en terme d’urbanisme ou répondait à une attente des usagers.

Grisée par l’attribution à Paris des JO 2024, Anne Hidalgo s’est ainsi prise pour la Reine Soleil en engageant une frénésie de travaux éreintants, iniques et somptuaires. Quitte à rendre la vie impossible aux Parisiens et courir le risque de se faire dégager aux prochaines municipales.

Blocage des grands axes, saleté, niveaux record de pollution, cette volonté obsessionnelle d’imprimer sa marque dans le paysage urbain, sans réel souci d’esthétique, de cohérence ou de rigueur budgétaire, a fini d’exaspérer les Parisiens après que leur maire s’est obstinée à vouloir leur rendre la vie impossible pour filer son grand rêve. Résultat : en 2019 plus personne ne veut entendre parler d’elle et tous espèrent bientôt tourner la page.

nation travaux

Un autre grief qui rend cette politique du n’importe quoi quasiment obscène qui excèdent les Parisiens, c’est le mauvais goût des équipes chargées du mobilier urbain.

Que dire tant de ridicule quand on voit la laideur des fontaines installée sur le Rond-Point des Champs-Elysées ?

Comment justifier l’idée de supprimer tous les kiosques à journaux de la capitale pour les remplacer par des boîtes en platique maronnasse ? Avant de voir les plus beaux kiosques historiques de la capitale transformés en kiosques de fleuristes. Les petites fleurs plutôt que la culture : tout un symbole !…

Et que dire de ce Cœur de Paris inauguré en mars 2019 Porte de Clignancourt ? Comme s’il suffisait de planter une énorme « machin » d’art moderne à 650.000€, avec un coeur de parisgros cœur tournant sur un poteau comme un lollipop incongru au beau milieu de la place pour faire entrer tout le quartier dans la post-modernité ! Il eût été plus inspiré de commencer par déblayer autour.

Mais non. « Paris sera toujours Paris »… Ce Paris auquel les édiles s’identifient, jaloux de son prestige, se perd tel un mirage dans la contemplation de lui-même.

Et pour revenir au réaménagement des grandes places parisiennes, la bêtise et l’arbitraire avec lesquels ces espaces ont été dénaturés et remodelés est consternante.

Ainsi les élégants bosquets de la Place de la Nation, ses platanes plusieurs fois centenaires, son esthétique concentrique et ses dénivelés rythmant l’espace ont cédé la place à une pelouse hideuse traversée de diagonales sans cohérence, tout juste plantée de quelques arbustes et équipée de bancs rustiques pour venir s’y vautrer. Hormis les travaux d’étanchéité nécessaires au-dessus du métro, il s’agissait évidement de réduire au maximum l’espace de circulation pour créer un « espace de vie » apaisé, ludique, convivial… Mais le résultat aux proportions disproportionnées et sans aucune ambition montre que les architectes n’ont rien compris à l’esthétique XVIIIe de la place, aux proportions conçues pour mettre en valeur l’enfilade de façades haussmanniennes et le plan d’avenues en étoile autour de la magnifique statue Le Triomphe de la République de Dalou.

Qu’en est-il de la politique de transports ?

Concilier les choix urbanistiques, les choix d’infrastructures, les choix écologiques dans une ville aussi dense que Paris n’est certes pas une mince affaire. Vouloir réduire la pollution, inciter les gens à ne pas utiliser leur voiture et limiter les véhicules à moteur en centre-ville, tout le monde s’y accorde. Mais la grave erreur de l’équipe Hidalgo et de ses khmers verts est d’avoir voulu imposer à tout prix son idéologie anti-bagnoles. En dépit de lucidité toute lucidité et du plus élémentaire bon sens.

Libérer les voies sur berge pour les rendre aux piétons et aux vélos est une décision sympathique. Mais si c’est pour laisser vides ces axes de circulation plusieurs heures par jour, à quoi bon ? Et si cela génère davantage d’embouteillages en surface, le remède s’avère pire que le mal.

Il suffit d’observer l’état d’engorgement et de suffocation des quais de Seine tous les jours de semaine à partir de 16 heures entre le Louvre et Hôtel de Ville pour comprendre que le choix de piétonniser les voies sur berge toute l’année 24h/24 crée des désordres et des nuisances bien supérieurs à la situation précédente.

des-vehicules-coinces-le-13-octobre-2016-dans-des-bouchons-sur-le-quai-des-tuileries-rive-droite-a-paris-ou-le-tunnel-menant-aux-voies-sur-berges-a-ete-ferme_5725887 (1)

Il faudrait faire preuve de réalisme. On n’éliminera jamais totalement les véhicules à moteur dans les grandes villes. Même s’ils fonctionnent dans quelques années à l’électricité ou à l’hydrogène. Les centres-villes ne deviendront jamais ces espaces de liberté fantasmatiques où chacun glisse en apesanteur au-dessus de la chaussée, sans effort, sans pollution, sans bruit et sans risque, comme Aladdin sur son tapis volant.

Que davantage de verdure contribue à plus d’oxygène et plus de fraîcheur l’été, tout le monde s’en réjouit. Mais le bonheur collectif dépend-il du nombre d’arbustes plantés un peu partout ?

Ce rêve bucolique digne de La Petite maison dans la prairie, qui voudrait inciter chaque Parisien à célébrer le retour à la terre en foulant des « espaces apaisés » ou en communiant dans l’arrosage de tomates bios, comme Marie-Antoinette qui jouait à la fermière dans son Hameau avec ses dames de compagnie, a quelque chose de franchement burlesque.

Vouloir développer une agriculture locale sur le toit des immeuble est un projet intéressant et ambitieux. Mais quand on connaît la toxicité des particules qui saturent le couvercle de pollution stagnant au-dessus de Paris et que les pluies ne manqueront pas de déverser sur les salades, on est plus perplexe.

Quant aux projets de végétaliser les espaces verticaux, encore faut-il que ce ne soit pas qu’une coûteuse coquetterie. Et que dire de ces barges sur la Seine laissées à l’état sauge pour inviter le Parisien à contempler le biotope naturel ? Le plus symptomatique du ridicule de ces projets déconnectés du réel est sans doute ces plantations d’arbustes prévues dans certaines projets d’aménagement de places comme celles de l’Hôtel de Ville ou de l’Opéra baptisées pompeusement « nouvelles forêts urbaines« .

On voit bien qu’il s’agit d’un délire ou d’un vernis. D’un gadget, un trompe-l’œil, une façon de se faire plaisir.

Cette obsession du pointillisme vert est sans doute façon de faire oublier que Paris est très en retard sur les critères de la COP 21.

Si Hidalgo vante autant ses projets pour verdir quelques places parisiennes, elle est beaucoup moins loquace quant aux plans d’urbanisme qui visent à multiplier les immeubles de grande hauteur à la périphérie de Paris…

L’erreur de cette utopie parisienne est résumée dans ce projet d’aménagement d’un parc de 64 ha au pied de la Tour Eiffel, symbole de Paris, pour l’ouverture des JO.

Le leurre est d’inciter les Parisiens à concevoir la ville comme un gigantesque terrain de jeu tapissé de verdure et ouvert à toutes les fantaisies individuelles.

Cette façon de « rendre la ville aux Parisiens », d’inviter chacun à « se réapproprier l’espace public », à se comporter comme si l’on vivait à l’abri des nuisances et des menaces qui pèsent sur les habitants de la cité (pollution, bruit, stress) de se préserver artificiellement de la dureté du monde, des risques économiques, climatiques, sociaux,  de toutes les formes de désordre ou violence, est vraiment une illusion et un piège. Un scénario digne d’Alice au pays des merveilles.

Rappelons le traumatisme qu’ont constitué pour les Parisiens les attentats de 2015. Comme un retour forcé à une réalité dont on se croyait préservé par cette la culture très parisienne de l’insouciance symbolisée par les terrasses de café.

Au lieu d’encourager les Parisiens à plus de réalisme, de solidarité réelle et de responsabilité, l’utopie parisienne a encouragé les comportements individualistes, l’attitude superficielle, la tentation de s’alléger des contraintes, de faire fi des obstacles et des règles établies. Une manière d’affirmer sa soif de liberté, son originalité, sa volonté de s’émanciper des codes et des limites.

Un exemple symbolise cette attitude. Ce qui autrefois constituait une contravention, à savoir le fait pour un vélo de remonter à contresens une rue à sens unique, est vite devenue une habitude à mesure que le nombre de vélos s’est développé. Puis c’est devenu une tolérance réglementaire accordée par la Mairie, matérialisée par la présence d’une étroite file pour les vélos sur les axes concernés. Dans l’esprit de beaucoup de cyclistes c’est devenu aujourd’hui un droit de foncer tout droit qui ne souffre aucune limite.

La politique d’Hidalgo a ainsi transformé le Parisien moyen en éternel adolescent, gâté, capricieux et immature, à qui la municipalité est pressée d’ouvrir de nouveaux espaces pour s’ébattre en exprimer sa créativité, sa singularité et son narcissisme sans limite.

Le symbole le plus éloquent qui restera de l’ère Hidalgo, même si celle-ci n’en est pas l’instigatrice, c’est la trottinette électrique. Un jouet détourné en hochet pour grands imbéciles décidés à se jouer des vicissitudes de la vie urbaine, ignorer les règles, les obstacles comme les autres usagers, et filer à bonne allure n’importe où n’importe comment au gré de leur humeur.

Un symbole qui illustre à merveille la connerie bobo.

lime-paris-trottinette-electrique_210618

Pour le coup cette grande régression infantile collective orchestrée par Hidalgo ignore tous les clivages d’âges ou d’origines. De l’étudiant en informatique à la bourgeoise quinquagénaire, c’est tous les Parisiens qui communient dans ce culte de la stupidité hédoniste.

Quoi d’étonnant qu’abîmés dans un tel mirage, beaucoup aient à ce point oublié le sens du « respect de l’autre » que la maire appelle de ses vœux aujourd’hui ?

De l’aménagement de l’espace urbain à la culture, la Mairie n’a eu de cesse que d’inviter tous les Parisiens à célébrer ce rêve d’une cité idéale entièrement vouée au bonheur de ses habitants, vivante, inventive, attractive, écoresponsable, sécurisée et avant-gardiste. En surfant sur les modes tout en cultivant le non-conformisme, quitte à flirter avec le n’importe quoi.

En un mot, ce que la Mairie a encouragé chez les Parisiens, ce n’est pas le respect de l’autre, c’est au contraire l’égoïsme contenté.

La saleté que tout le monde déplore aujourd’hui est à l’image de ce laisser-aller, de ce je-m’en-foutisme irresponsable et généralisé.

« Maman », comme certains la surnomment, a choisi pour se rendre populaire de flatter l’esprit d’anticonformisme frondeur du Parisien, plutôt que de faire appel à son exigence et son sens des réalités.

Un piètre bilan en terme d’éducation.

Le sujet de la propreté est comme l’écume qui remonte à la surface. Les sujets de grogne sont multiples. Et aujourd’hui les Parisiens en ont vraiment marre de leur maire (mère), de sa gestion irresponsable et de son incapacité.

Mais l’absence d’alternatives crédibles à gauche comme à droite laisse craindre que la plaisanterie puisse durer encore cinq années.

Pour ceux qui ont voulu croire que Paris était éternellement une fête, l’heure du dégrisement est arrivée.

Et de consentir à se baisser pour ramasser les amas de bouteilles vides, les flyers tachés de vomi et les confettis.

paris

Zemmour, l’Islam et la République

zemmour.jpg

Éric Zemmour a été condamné le 17 septembre 2019 à 3000€ d’amende pour provocation à la haine religieuse, après des propos tenus en 2016 dans l’émission « C à vous ».

On connaît le goût de l’intéressé pour la polémique.

Mais à y regarder de plus près, si ces propos relèvent de la provocation politique et s’apparentent à la rhétorique classique de l’extrême droite, ils ne constituent pas à proprement parler une « provocation à la haine » ni une exhortation dirigée contre les musulmans.

S’ils paraissent offensants aux yeux de certains, c’est parce qu’ils pourfendent le petit confort intellectuel commun, qui par souci d’être politiquement correct s’affranchit de dénoncer les dangers de l’islamisme, et au nom de la « tolérance » préfère s’abîmer dans la complaisance.

Les propos d’Éric Zemmour torpillent les réflexes de peur et les non-dits dictés par la mauvaise conscience. Ces réflexes qui poussent souvent les bonnes âmes à éviter les sujets qui dérangent pour ne pas heurter la sensibilité des minorités.

Dire qu’il faut donner aux musulmans « le choix entre l’islam et la France », cela peut sembler abrupt.

En vérité la provocation vise à dénoncer une ambiguïté, coupablement entretenue par les politiques soucieux d’électoralisme d’un côté, et par les religieux et certains intellectuels soucieux de défendre les minorités stigmatisées de l’autre.

Il y a un moment où les choses doivent être pour de bon clarifiées, et un choix doit être posé : entre l’appartenance à la République et le fait que dans un pays laïc toute religion doit se soumettre à ses lois, et la volonté de voir certains préceptes religieux primer sur les lois civiles.

Et il y a un moment où il faut avoir le courage de trancher. Au risque de nourrir des tensions, des réflexes victimaires, et la violence en retour.

Et c’est aux musulmans eux-mêmes de faire acte de clarification.

Quand Zemmour affirme qu’il y a en France une « lutte pour islamiser un territoire », « un djihad », il exagère sans doute. Mais il serait malhonnête d’affirmer que c’est totalement faux.

Il existe en effet une stratégie propre à certains islamistes, parfois clairement revendiquée, qui consiste à vouloir faire reculer les lois de la République et leur substituer peu à peu celles de la charia. Le but ultime étant que la France devienne un pays musulman. C’est la définition même du djihad.

Il serait faux d’affirmer que tous les musulmans s’inscrivent dans cette perspective. Et mènent un combat visant à saborder les lois de la République.

Il faut aussi reconnaître que toutes les religions ne se ressemblent pas, et n’ont pas la même vision du monde, la même histoire ni le même dessein universaliste.

Or que ça plaise ou non, le désir de conquête – spirituelle autant que territoriale – et l’absence de notion d’Etat de Droit comme en Occident, au bénéficie d’une conception théocratique de l’Etat, font partie de l’ADN de l’Islam depuis ses origines.

Certains musulmans parmi les plus pratiquants peuvent donc, à un degré ou à un autre, ressentir d’objectifs tiraillements sinon contradictions entre leur foi, leur obéissance à Dieu et aux préceptes du Coran, et leur sentiment d’appartenance à la nation française en tant que citoyens à part entière.

Les désigner du doigt ne peut qu’exacerber leur inconfort. En appeler à leur sens civique, à leur responsabilité, et à un devoir collectif de clarification, est en revanche une attitude saine et salutaire.

Il ne s’agit pas de défendre Éric Zemmour. Mais plutôt de s’interroger sur cette propension maladive de notre société à ériger des repoussoirs pour s’exonérer de penser.

Repoussoir de l’Islam radical et du djihadisme d’un côté, lesquels n’auraient aucun rapport avec l’Islam authentique. Repoussoir du racisme et de l’islamophobie de l’autre, qui renvoient dans les ténèbres de la « peur de l’autre » et de la « haine » tout discours qui prétend s’opposer à l’aspiration juste d’une minorité à voir ses particularismes s’exprimer.

Dans un cas on s’affranchit de toute tentation de déroger au sacro-saint principe de laïcité. De l’autre on échappe à l’accusation de faire le jeu d’un ethnocentrisme pétri de colonialisme, d’une tendance à vouloir tout niveler contraire au beau mythe d’une France inclusive, plurielle et égalitaire, ou de désigner une minorité comme bouc émissaire.

Notre société est malade de ses contradictions. De sa culpabilité. Et de sa tendance à préférer ses illusions au face-à-face avec la réalité.

Cette culpabilité et la mauvaise conscience qui la nourrit rongent son libre arbitre. Au point de lui interdire toute capacité de jugement. Et de fermer tout espace de parole qui lui permettrait de poser des limites claires à l’exercice de son cher « vivre ensemble ».

Pour sortir de cet écueil et éviter de multiplier les repoussoirs type Zemmour, il faut déconnecter toute réflexion sur l’Islam de tout amalgame avec la suspicion de racisme.

Et pour cela traiter le problème du racisme et toute forme de rejet de l’autre avec l’attirail juridique nécessaire. Et aborder la question de l’Islam non sous l’angle de la religion opposée à la République selon le principe de laïcité (laquelle n’existe pas au sein de l’Islam), mais sous l’angle des valeurs qui font socle commun.

Il faut surtout veiller à ne pas se laisser prendre dans les pièges tendus par les islamistes. Ceux-là utilisent nos propres contradictions et le manque de foi en nos propres valeurs pour semer le doute, nourrir la culpabilité et la mauvaise conscience dans les esprits. En entretenant l’idée fausse que tout attachement aux principes républicains et à la loi française qui se heurterait à leur volonté d’imposer leurs propres lois constituerait une forme de stigmatisation, d’islamophobie, de racisme, de rejet des particularismes culturels ou religieux. Et donc de l’Islam et des musulmans eux-mêmes.

Les musulmans sont les premiers pris en otages dans cette rhétorique mensongère qui vise à opposer et diviser. Et empêcher tout libre arbitre et tout libre choix.

Le premier mensonge est celui de l’existence d’une « communauté musulmane » en France. Il ne s’agit pas seulement de lutter contre une supposée revendication communautariste. Laquelle serait contraire avec notre conception de la nation républicaine.

Car on ne peut parler de « communauté musulmane » sans faire référence à la notion d’Oumma. La communauté des croyants, définie dans le Coran comme clairement distincte des « infidèles ». Distinction essentielle puisqu’elle confère aux premiers un statut supérieur, et impose aux autres vivant en terre d’Islam des règles strictes et des droits restreints.

Réalité totalement contraire à l’article premier de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, qui établit une liberté et une égalité parfaite des hommes face au Droit dès la naissance.

Cette notion de « communauté musulmane » est donc implicitement contraire aux valeurs de notre République. Elle est par ailleurs démentie par les faits : il n’y a pas en France de « communauté musulmane » monolithique. Pour la bonne et simple raison qu’il existe toute une panoplie de composantes hétérogènes, entre des Français musulmans pratiquants et d’autres originaire d’un pays musulman mais n’ayant aucune pratique religieuse. De même qu’il existe en France plusieurs islams issus de différentes obédiences souvent concurrents les uns aux autres. La difficulté à voir se constituer des institutions représentatives d’un « l’Islam de France », reconnues par tous et aptes à parler au nom de tous les musulmans, en est la preuve.

Le seul périmètre éthique et juridique légitime ne peut être que celui de la République.

On a donc toujours raison de rappeler avec fermeté quels discours, quelles pratiques ou comportements s’inscrivent dans les lois de la République, et ceux qui y dérogent ou les menacent.

Zemmour a raison de parler de « choix ». Si nous étions définis par nos seules appartenances ethniques, religieuses ou autre, il n’y aurait aucune liberté possible. Nous serions les esclaves d’un régime ou d’une pensée totalitaire. Ce que l’Islam radical est manifestement, quand il prétend tout soumettre au filtre de la religion.

L’erreur de Zemmour est de présenter ce choix comme un choix radical et binaire entre la République et l’Islam. Et implicitement entre deux communautés : la communauté des croyants et la communauté des citoyens.

En posant ainsi le débat, il fait évidemment le jeu des islamistes et de leur rhétorique de division. Laquelle voudrait laisser croire qu’on ne peut être un vrai musulman si l’on se conforme à certaines lois républicaines au détriment de la charia.

Il ne s’agit pas de choisir entre l’Islam et la France. Mais de reconnaître qu’il y a une hiérarchie de valeurs qui s’applique à tous les citoyens français. Laquelle interdit de subordonner les lois républicaines à quelque religion que ce soit.

Entre la nécessité de garantir la liberté de culte et celle de lutter contre des formes violentes de fondamentalisme, toute la difficulté est de gérer l’entre-deux.

Comment poser des arbitrages qui fasse consensus et soit compris par le plus grand nombre ? Encore un piège où les islamistes excellent à brouiller les pistes. D’autant que les sujets sur lesquels ils avancent leurs pions, comme la question du burkini, obligent à poser la question du symbolique.

Le port d’un vêtement qui fait signe ne constitue pas a priori une forme d’agression violente, d’offensive manifeste du religieux envers la sphère civile.

Tout réside dans l’interprétation et le sens qu’on donne à ce choix. Conformité à un précepte religieux ? Volonté de fronder les lois de la République ? De signifier son appartenance à un groupe en se démarquant du reste de la société ? Souci de préserver sa pudeur ? Ou simplement désir d’exprimer sa différence ?

Assurément ce genre d’initiative constitue une provocation. D’autant plus sournoise qu’elle surfe sur les ambiguïtés du Droit et des principes républicains en en pervertissant le sens. Entre la défense des libertés individuelles, du statut des femmes, des minorités, voire les revendications féministes, ces femmes qui exhibent fièrement leur burkini et les imams qui les y poussent prennent à contre-courant discours et repères en enfermant leurs détracteurs dans le discours victimaire.

Le but est toujours le même : enfoncer des coins, tester les résistances et diviser l’opinion pour masquer les vrais enjeux.

Le problème de la France, ce dont elle est malade et qui permet aux régressions religiocentriques de prospérer, c’est qu’elle a érigé le républicanisme laïciste en absolu. Et interdit toute référence possible à quelque forme de spiritualité ou de Transcendance que ce soit.

Ce que les commentateurs perçoivent moins, c’est que tous ces stratagèmes pour exhiber son appartenance religieuse dans l’espace public profitent justement du vide créé par l’exercice de la laïcité pur occuper l’espace là où la République a choisi de se retirer : l’espace du symbolique et du Sens.

En un siècle qui voit l’aspiration spirituelle refleurir sur fond de crise du rationalisme, il n’est pas étonnant que la tentation théocratique refasse surface. Notamment pour des populations davantage en quête de verticalité et de Sens du fait de leur statut minoritaire ou de leur sentiment d’hétérogénéité sinon de stigmatisation.

En rejetant systématiquement la religion dans la sphère privée comme on pousse la poussière sous le tapi, en refusant d’aborder dans le débat public la question du religieux autrement que sous l’angle de la laïcité, la République annihile toute capacité pour les valeurs qui la fondent d’exercer leur pouvoir fédérateur et unificateur. Sinon sous l’angle du mythe.

La laïcité à la française s’est imposée « contre » la religion catholique. Depuis les prêtres réfractaires guillotinés durant la Terreur jusqu’à la Loi de 1905, la République a certes ouvert un espace à la liberté de conscience et de culte, mais elle a aussi imposé la Raison comme ultime Transcendance.

La stratégie des islamistes s’inscrit justement dans ce fossé. Elle se nourrit de cette absence de « Dieu », réduit au mieux à une croyance privée, au pire à un archaïsme désuet.

Il y a au tréfonds des consciences une forme de tiraillement entre la foi émancipatrice dans les idéaux humanistes et, face aux béances existentielles et aux injustices creusées par l’arrogance du Progrès, le sentiment que la vérité est ailleurs.

Dans le cas d’une religion minoritaire comme l’Islam, a fortiori quand les populations concernées se sentent stigmatisées, plus les discours sur la laïcité se durcissent, plus le risque est grand de voir des formes religieuses radicales resurgir comme le retour du refoulé.

La seule façon de sortir de ce piège, c’est de redécouvrir qu’il y a au cœur de l’idéal humaniste et républicain plus qu’une promesse d’émancipation, de justice et de liberté.

Et que le progrès collectif peut être conçu non seulement comme un mouvement horizontal mais vertical. Non seulement sous l’angle de la conquête de nouveaux droits, de nouveaux territoires, de nouvelles capacités et connaissance, mais aussi comme une évolution de la conscience vers la Conscience.

Mais aussi que cet Idéal a sans doute aujourd’hui beaucoup à offrir pour permettre à la conscience de l’humanité de s’affranchir des limites et déterminismes de la pensée religieuse. Sans pour autant décrédibiliser les apports spirituels et éthiques des différentes religions. Que l’esprit est un territoire neuf à explorer, non une collection linéaire d’archives.