Ah ! Ces mythes errants !…

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Je suscite souvent réprobation et incompréhension parmi des amis chrétiens quand je tente d’expliquer que, si je ne suis plus aujourd’hui vraiment « chrétien », je ne m’en sens paradoxalement que plus proche de Jésus.

Il est vrai que je ne crois pas à 95% des dogmes qui fondent la foi chrétienne.

L’Incarnation, la conception virginale de Jésus, son caractère « divin » (qui mériterait une explication bien plus approfondie et nuancée qu’une simple adhésion ou réfutation), sa naissance à Bethléem, la virginité perpétuelle de Marie (à laquelle les protestants, fidèles à la littéralité des textes évangéliques, ne croient d’ailleurs pas), l’Ascension, la Pentecôte, la Trinité (une recette byzantine qui a du sens du point de vue théologique mais qui s’appuie sur une distorsion des notions juives de « fils de Dieu » ou de « Rouah » – Esprit).

Sans compter les mythes hébraïques, au sujet desquels il faudrait être bien obscurantiste ou ignorant pour nier aujourd’hui qu’ils en sont : la Création, Abraham, les Patriarches, les 12 tribus, Moïse, l’Exode…

Sans compter également les aménagements complaisants de la « gnose » johannique entre foi juive et philosophie grecque : « le Logos fait chair » entre autres…

Reconnaître objectivement que la majorité des récits bibliques sont des mythes n’a d’ailleurs absolument rien de méprisant ni de péjoratif.

A l’époque où ces textes furent rédigés, le monde, en particulier le monde moyen-oriental, baignait dans la pensée mythique. Ce n’est qu’avec le triomphe récent de la rationalité et l’apport de l’exégèse biblique moderne éclairée par l’analyse historico-critique, l’anthropologie, l’archéologie ou la linguistique qu’on a pu commencer à discerner sans passion ce qui relevait du mythe, du projet théologique et du récit historique.

La pensée a évolué, les repères ont changé, mais cela n’enlève rien à la valeur de la foi.

Comme le dit une phrase de Bouddha : « L’esprit contient toutes les possibilités ». Une vérité attestée aujourd’hui par la science quantique : toute réalité n’existe qu’à l’état de potentialités. Seul l’esprit fait exister ce que nous appréhendons comme « le Réel ».

Bien loin d’être un pari spéculatif un peu naïf sur l’inconnu, la foi est l’acte-même qui fait de nous des êtres créateurs de réalité. Jésus ne répétait-il pas à ceux qu’ils guérissaient : « Ta foi t’a sauvé. » ? « Ta foi », et non moi seul…

Tous ces mythes sont d’ailleurs des mythes « fondateurs ». Et puisque, comme le démontre également la physique quantique, le temps n’existe pas, même élaborés « après » les événements qu’ils sont sensés relater, les mythes ont autant de valeur qu’une chronique rigoureuse ou un procès-verbal de police.

Car contrairement à l’idée communément admise que le passé déterminerait le présent, c’est au contraire le « passé » (forcément mythique) qui est construit a posteriori et dépend donc du présent.

Toute « Histoire » est une construction et une reconstruction qui procède d’un choix de valeurs collectif.

Considérer un « fait » comme « mythique » ou « objectivement réel » n’est donc qu’affaire de point de vue et de choix subjectif, notamment en ce qui concerne ce que nous admettons comme « la vérité ».

En revanche, que des dogmes religieux soient ainsi bousculés, c’est plutôt salutaire et on doit s’en réjouir ! Car une conscience collective et a fortiori une religion qui refuserait d’évoluer serait condamner à mourir.

Or c’est précisément ce qui attend aujourd’hui toutes les grandes religions de l’humanité.

Non que la confrontation avec la rationalité ait eu raison de leur prétention hégémonique sur les esprits. La Raison toute puissante et l’arrogant scientisme connaissent eux aussi à l’heure actuelle leur propre déclin. La fine fleur de la recherche scientifique n’investit-elle pas aujourd’hui des domaines qui relèvent plus de l’irrationnel et de la métaphysique que des lois cartésiennes ?

Mais ce que bon nombre de nos contemporains semblent incapables de mesurer c’est que nous vivons actuellement un formidable dépassement, lequel s’accompagne d’un « dévoilement », une « révélation » en somme (Apocalypsis).

Le changement de paradigme actuel nous aspire vers un niveau de conscience plus élevé et plus vaste, que certains qualifient de « centaurique ». Et qui dépasse les clivages de la pensée duelle et verbale comme les limites de la rationalité.

Il serait temps de s’apercevoir que le débat sur le caractère mythique ou réel des récits bibliques qui fondent la foi dogmatique constitue un combat d’arrière-garde. La seule conquête à l’ordre du jour est celle des arcanes de l’Esprit, de la nature de la Vie, de ce que nous nommons « Conscience », « Réalité », « Univers » ou « Dieu ».

C’est toute la différence entre spiritualité et religion.

Pour que la lumière traverse un diamant et en révèle toute la beauté, il faut faire éclater la gangue qui l’enchâssait et le tailler sous une forme parfaite pour capter les rayons. Il en va de même pour l’esprit et la conscience collective.

Ce que nous subissons aujourd’hui, ce sont de formidables coups de pioche qui entaillent nos préjugés, nos paresseuses certitudes et nos confortables perspectives. La réalité prend soudain une tout autre dimension.

Pourtant, l’avenir n’est aucunement a-religieux. Ou du moins a-gnostique. Il est « au-delà ».

Au-delà de la pensée mythique et religieuse. A fortiori de la pensée magique ou archaïque. Au-delà de la pensée rationaliste. Au-delà de tout de ce que nous sommes aujourd’hui à même de concevoir, de comprendre ou d’imaginer.

En ce sens le message du Christ, dont la manifestation est venue combler le fossé artificiel entre Dieu et l’homme, est éminemment précurseur de ce que nous vivons.

Notre destin collectif n’est ni plus ni moins que de devenir des dieux. Ce qu’attestent d’ailleurs dès l’origine les Ecritures (cf. Ps. 82:6 et Jn 10:34). Il ne s’agit évidemment pas de vouloir égaler un « dieu » qui serait extérieur à nous, un dieu qui nous jugerait en soupesant chacune de nos actions. Mais de réaliser pleinement la part divine qui est en nous et qui notre seule vraie nature.

En ce sens le modèle de « l’homme-dieu » Jésus est d’une pertinente actualité. Et le seul évènement fondateur de la foi chrétienne qu’il faudrait retenir comme central non seulement de la « foi » mais comme urgent appel à une réalisation commune, c‘est bien entendu la Résurrection.

Laquelle abolit la trompeuse illusion, hélas créatrice de réalité douloureuse, qui sépare l’homme de Dieu, et la vie de cette autre illusion qu’est la mort.

Si le christianisme a vécu, Jésus lui, est hors de toute emprise du temps : « Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point. » (Mt 24:35).

Dépoussiéré de son contexte historique et anthropologique, le message évangélique est d’une éternelle vérité. Il est LA Vérité. Non que le christianisme détiendrait l’exclusivité de la vérité, bien au contraire. Mais parce qu’il exprime ce qui dépasse toute contingence temporelle, historique ou religieuse. Comme d’autres messages issus des plus grandes traditions spirituelles de l’humanité, il révèle qui nous sommes et ce qu’est l’Esprit.

Mais pour accéder à cette intimité, il est plus que nécessaire de nous débarrasser de cette idolâtrie primitive pour les mythes, les histoires, les légendes et le merveilleux. Tout ce qui constitue un savoureux folklore mais recouvre l’essentiel d’une littérature surannée. Et empêche la « Parole », acte créateur par excellence, d’agir dans toute sa puissance révélatrice et transformatrice.

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France : l’heure de vérité

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La France vit une page cruciale de son histoire.

Après un examen de conscience des plus âpres, marqué par le voyeurisme des affaires, le dégagisme des vieilles figures, la suspicion à l’égard d’élites corrompues, les peurs, les colères et les doutes, voici la France lancée sur de nouveaux rails.

Avec un Président assuré d’une marge de manœuvre des plus confortables pour mettre en œuvre sa politique.

J’ai beaucoup critiqué Emmanuel Macron avant qu’il ne soit élu. Je n’ai pas voté pour lui. Mais le jour de son investiture j’avais pourtant senti un profond changement dans l’âme du pays.

Depuis, comment ne pas être satisfait de notre nouveau Président ?

C’est un homme intelligent, compétent, conscient des enjeux et de l’état du monde actuel. Et qui semble à l’écoute des préoccupations des Français.

Il a su bien s’entourer, renouveler et rajeunir le personnel politique en fin tacticien habité par une vraie volonté de rupture avec des pratiques d’un autre siècle. Il continue de modifier en profondeur le paysage et les usages de la politique en France. Ce qui dans un pays comme le nôtre relève de l’exploit.

Certes, c’est un pur produit de la méritocratie et du système. Franchement européiste et libre-échangiste. Bon élève brillant. Mais c’est aussi un esprit fin, aigu et teinté de nuances. Visiblement plus complexe que son ascension téléguidée ne le laissait présager.

Sa culture humaniste et son amitié passée avec Paul Ricœur, qui s’était prononcé en faveur d’une humanisation du libéralisme, me laissent espérer que la coloration sociale et humaniste du candidat ne soit pas qu’un slogan de campagne destiné à faire passer une pilule amère.

Pour le moment le Président et son gouvernement font du bon travail.

La France va mieux, semble apaisée et en partie réconciliée avec elle-même.

L’abstention record aux dernières législatives masque un regain d’intérêt des Français pour la politique. Elle traduit davantage selon moi l’acquiescement majoritaire et la confiance des Français face au renouvellement incarné par La République en Marche qu’une défiance à l’égard des nouveaux élus.

La fonction présentielle a retrouvé du lustre et de la hauteur. Elle en avait bien besoin. Après cinq années d’agitation outrancière sous Sarkozy, puis cinq autres années de vide abyssal, de mollesse et de bassesses people sous Hollande, la France a enfin retrouvé une crédibilité et une dignité que les excès et les hésitations des deux précédents quinquennats lui avait ôtées.

L’Allemagne et la France parlent à nouveau d’une même voix. Ce qui peut agacer les eurosceptiques. Mais cette lune de miel entre les deux moteurs de la construction européenne est nettement préférable aux incompréhensions et ratés des deux précédents quinquennats.

Notamment dans le climat actuel de défiance des peuples à l’égard des institutions, de compétition et de tensions internationales, de crise migratoire, de menace terroriste, de montée des communautarismes et des populismes. Ajoutés à la menace toujours possible d’un nouveau choc sur les marchés financiers qui mettrait en péril nos économies, nos emplois et une monnaie commune déjà critiquée et fragilisée par la faillite des pays les plus endettés.

Reste à faire preuve de vigilance sinon d’optimisme. Et à conspirer pour que les appels à réformer cette Europe des marchés vers plus de social, de justice et d’humanisme afin de redonner davantage la parole aux peuples ne soient pas juste un vœu pieu ni une entourloupe de plus.

Sans quoi et la France et l’Europe signeraient leur déclin assuré. Et les pays qui la composent seraient totalement soumis aux lobbies, aux intérêts outre-atlantistes, à l’appétit des spéculateurs chinois ou qataris. Et livrés aux flambées nationalistes, aux affrontements communautaristes, aux tentations de repli protectionniste attisés par le doute, les frustrations, la colère et l’esprit de revanche des plus délaissés.

Le chaos ouvrirait alors le champ libre à la fronde sociale voire à la guerre civile, à l’éclatement de nos institutions, à la xénophobie, à la désignation de boucs émissaires, à la multiplication de violences envers des minorités, au rejet sans appel de ces populations qui viennent frapper à nos portes pour échapper à des violences encore plus grandes.

Passé l’état de grâce, Emmanuel Macron, son équipe et ceux qui le soutiennent sont condamnés à réussir. Et à marquer rapidement des points en se confrontant au réel et non juste au symbolique. Il est d’usage d’affirmer cela à chaque élection. Mais cette fois-ci, la France joue sa dernière carte.

C’est pourquoi nous devons tous tempérer nos doutes, nos exigences et nos critiques, fussent-ils légitimes. Et nous unir pour le meilleur et dans l’intérêt de tous. Non pour signer un blanc-seing à un nouveau monarque « jupitérien ». Mais pour prendre acte de ce tournant et l’accompagner en unissant nos énergies.

Il n’y a pas d’alternative. Le rêve d’un pied de nez au réel et à l’Europe incarné par un Jean-Luc Mélenchon aveuglé par son orgueil et enfermé dans une posture réactive, n’a aucun avenir.

Il n’y pas d’autre choix que de prendre à bras le corps le monde tel qu’il est. Nous pour l’étouffer mais pour orienter les changements cruciaux qui façonnent notre avenir dans le sens de l’intérêt collectif et d’une conscience plus élevée de nos interdépendances.

Sans abdiquer nos droits élémentaires. Sans combattre la marche du temps ni nous épuiser à naviguer à contre-courant. Sans non plus nous laisser imposer une direction contraire à nos intérêts, aux valeurs universelles, aux libertés fondamentales et à la vitalité des peuples qui le compose.

Tempérance, exigence, audace, persévérance, lucidité et loyauté : voilà les qualités qu’il faut attendre d’Emmanuel Macron. Et qui doivent désormais guider son action tant au plan intérieur qu’en lien étroit avec nos partenaires internationaux.

Bonne chance au nouveau Président ! Bonne chance au gouvernement ! Bonne chance à la nouvelle Assemblée !

Tous les atouts sont désormais réunis pour que le pays réussisse enfin son entrée dans le nouveau siècle. Qu’il retrouve tonus, jeunesse et imagination. Et redevienne ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être : une nation jeune, forte, dynamique, unie, heureuse, juste et fraternelle. Un tremplin pour l’avenir et pour tous ces peuples qui attendent d’elle davantage que des subventions en échange du pillage de leurs ressources. Une voix qui porte et un modèle envié. Et non plus une vieille dame alanguie sur sa splendeur passée.

Car comme le disait fort justement le Général De Gaulle : « La France ne peut être la France sans la grandeur. »

Macron ou le triomphe du vide

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Etoile montante de la politique et des médias, Emmanuel Macron suscite enthousiasmes, jalousies et exaspérations. Démissionnaire du gouvernement 2 ans à peine après y avoir été nommé, le voici candidat non déclaré à la présidentielle et à la tête d’un mouvement qui rassemblerait déjà plus de 100.000 adhérents.

Mais qui est vraiment Macron et qu’incarne-t-il au juste ?

Macron n’a pas d’expérience politique. Parachuté Ministre de l’économie, il n’a jamais été élu d’une circonscription et n’a aucun parcours militant. A part un court passage à l’Inspection des Finances, il n’a non plus aucune expérience de l’appareil d’Etat. En revanche il jouit d’une expérience professionnelle dans le privé en tant que banquier d’affaires et associé de la banque Rothschild.

Macron n’a pas d’appartenance politique. Il l’a lui-même avoué : « Je ne suis pas socialiste. » Et son mouvement En marche n’est ni de droite, ni de gauche. C’est un électron libre qui entend bien se démarquer des appareils et des courants politiques. Signe d’une authentique volonté de renouvèlement ou simple stratégie visant à rallier les déçus du hollandisme et les angoissés du sarkozysme ?

Macron n’a pas d’idée, pas d’idéal, pas de projet, pas de vision. Il ne se réfère pas à une philosophie politique, ne se singularise pas par une analyse pertinente de la situation de la France et n’incarne pas non plus un projet de société. C’est juste un candidat de rupture. Après tout d’autres ont réussi dans cet exercice. Mais Macron n’a pas non plus de vision pour l’avenir.

A-t-il réfléchi à des solutions nouvelles ? Propose-t-il aux Français un programme précis ? Non.  Macron n’a pas de programme. Et s’en vante : « Les programmes ça ne sert à rien, ils ne sont jamais appliqués. »

Qu’un homme n’ayant ni expérience, ni le soutien d’un parti, ni projet, ni programme, et totalement inconnu du public il y a 2 ans suscite autant de sympathie dans l’opinion, il y a de quoi s’interroger.

Alors quoi ?

Macron, c’est juste une image.

Macron est jeune. Un trentenaire président, ce serait assurément le signe du renouveau de la vie politique. « Nouveau », l’argument-clé des marketeurs.

Macron est présenté comme un homme brillant. Ah bon ? Mais en quoi au juste ? Macron n’a jamais rien fait. Comme Ministre de l’économie il ne s’est pas illustré pas des réformes audacieuses ou des résultats spectaculaires. Juste la « loi Macron », qui autorise les salariés à travailler le dimanche. Ou plutôt les entreprises à maximiser leurs bénéfices en misant sur une journée de travail hebdomadaire supplémentaire. Mais cela n’a aucune importance. L’essentiel c’est qu’il ait l’image d’un homme brillant. Un chapelet de diplômes (Khâgnes, Sciences Po, ENA). Et un visage. Celui d’un jeune-homme souriant et ambitieux. Macron c’est juste une affiche, un emballage.

En marche ? Juste un slogan. En marche vers quoi ? On ne sait pas. Juste l’illusion du mouvement. Après celle du changement. D’ailleurs pour adhérer nul besoin de cotiser, il suffit d’un clic sur le site internet. Macron, un achat d’impulsion en somme.

Macron capitalise donc sur son image, une image en creux, sur laquelle chacun peut projeter ses espoirs et ses frustrations.

Au final, Macron c’est l’aboutissement de la politique-arnaque, le triomphe de l’ère du vide. Une bulle. Un président pschitt.

Alors que les politiques ne pensent plus aujourd’hui exclusivement qu’à leur plan de carrière, au moins font-ils encore semblant de s’intéresser aux électeurs et de leur proposer du rêve. Macron, lui, c’est la politique résumée à la seule ambition personnelle la plus cynique.

Macron président c’est aussi le chant du cygne de la démocratie et le triomphe du système. L’accession aux plus hautes fonctions de l’Etat d’un mirage, d’un homme-écran, où seules les banques seraient au pouvoir. Un symbole : le président de l’association de financement de son mouvement n’est autre que Christian Dargnat, un ancien dirigeant de BNP-Paribas. Macron c’est l’assujettissement total du pouvoir politique aux diktats de la finance, des multinationales et de l’ultralibéralisme.

L’élection présidentielle est la rencontre d’un homme et du peuple, tissée au terme d’une longue histoire. Macron c’est l’adhésion éclair d’un concept préfabriqué et d’une vaste déshérence. Qu’un grand nombre de Français soient prêts à confier les rênes du pouvoir à un inconnu instrument du système, sans étiquette, sans expérience, sans idée et sans programme, c’est non seulement affligeant, c’est aussi terriblement dangereux.

Le pire c’est que personne ne semble s’en inquiéter. Face au désastre du quinquennat Hollande et à l’absence de candidat à gauche pour prendre la relève, la perspective d’une candidature Macron est hélas une hypothèse probable.

Juppé ? Trop vieux. Sarkozy ? Trop agité. Hollande ? Trop nul. Le Pen ? Trop dangereuse. Reste la tentation du saut dans le vide, du mirage absolu : Macron.

Il serait temps de réagir. Au risque de se retrouver face à un choix entre un Front National chantre de l’antisystème et du repli nationaliste et une marionnette prête à asseoir la domination totale du système mondialisé. Dans les 2 cas, la mort assurée de la France.

Faut-il croire au transhumanisme ?

Ce rêve que nous concoctent les Frankenstein de la Silicon Valley a de quoi fasciner et inquiéter.

Mais y regarder de plus près, c’est une utopie plus qu’une prédiction crédible.

Ce que l’on nomme « transhumanisme » est même l’utopie matérialiste par excellence : survivre à la mort grâce au silicium.

Totalement absurde !

Car l’esprit ne se réduit pas à un réseau de connections neuronales. La neurobiologie du cerveau n’est que le substrat matériel d’une dimension de l’être qui échappe totalement à ces apprentis sorciers aveuglés par leur vision de l’intelligence qui confond la modélisation des mécanismes cognitiques propres à l’intelligence humaine avec les modèles inventés pour développer l’intelligence artificielle qui n’est qu’une imitation de la première.

L’intelligence artificielle mise en réseau est sur le point de supplanter les capacités humaines de raisonnement et de traitement de l’information, voire d’imiter les comportements humains, y compris émotionnels d’ici quelques années à peine ?

Reste une vérité incontournable : l’intelligence artificielle la plus sophistiquée ne pourra jamais produire de la « conscience ». Et l’esprit humain ne pourra jamais survivre dans un avatar intelligent encrypté dans des mémoires d’ordinateurs. C’est la conclusion vers laquelle tendent aujourd’hui les recherches les plus pointues en physique quantique. Lesquelles rejoignent des vérités millénaires énoncées par la philosophie aristotélicienne, la métaphysique ou les grandes traditions spirituelles de l’humanité.

Il convient donc de garder une grande prudence vis-à-vis de ce miroir au alouettes transhumaniste qu’on nous vend comme le seul avenir possible pour une humanité au bord du gouffre.

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Le véritable saut de paradigme n’est pas technologique ni transhumaniste, il est spirituel. Et il est en marche.

Nous sommes au seuil d’une ère totalement inédite de notre histoire collective. La conscience humaine est en expansion accélérée. Bientôt elle sera unifiée. Et alors un nouvel « être », un nouvel « éon » émergera, dont ne seront les cellules : la Conscience de l’Humanité unifiée. Ce que la tradition chrétienne nomme « Christ » en tant que corps spirituel composé des êtres qui adhèrent à la personne du Christ, prototype de l’humanité future. Ou « l’Eglise » en tant qu’entité spirituelle en non institution, étendue à toute l’humanité.

transhumanisme-transhumaniste-biologiquement Alors une nouvelle spiritualité remplacera les anciennes religions : celle de l’Esprit. Ou, plus employer un terme chrétien, du Royaume.

Perspective beaucoup plus palpitante que ces délires de cyborgs branchés sur la Matrice.

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50 shades of hashashins

Réponse à Mohamed Sifaoui à propos de son article : « Oui, l’assassin du 7 janvier court toujours »

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Mohamed Sifaoui a raison de débusquer les imposteurs intellectuels qui critiquent Charlie Hebdo et sa une « blasphématoire » pour de sombres motifs.

Il a également raison dans ce constat sévère : le monde musulman n’a pas produit grand-chose de signifiant depuis deux siècles. Cela peut paraître scandaleux de le dire. Si l’on soutient cette idée et qu’on n’est pas musulman on est immédiatement accusé de racisme et d’islamophobie. Mais c’est hélas vrai. A condition de nuancer, de ne pas confondre le monde musulman et le monde arabe, et surtout de s’entendre sur ce qu’on entend par « signifiant ».

Ce constat admis (ou non), il faut aussi bien reconnaître que le monde occidental ne s’est pas non plus illustré depuis deux siècles par un mouvement crescendo vers davantage de civilisation. C’est même tout le contraire.

Victoire du productivisme de masse qui a conduit à un monde aujourd’hui gouverné par l’ultralibéralisme réduisant l’homme au mieux à un consommateur abruti, au pire à un esclave dont les moindres recoins de la vie privée sont appropriés et instrumentalisés par une clique de ploutocrates cyniques. Victoire de l’athéisme scientiste qui a évacué le spirituel de l’espace collectif et des discours et provoqué le retour du refoulé religieux. Au point que les uns crient leur soif de sens et s’abreuvent aux prêches du moindre gogo et que les autres se tournent vers les mercenaires nihilistes du Mensonge. Délitement des sociétés en d’infinis particularismes qui se jalousent et revendiquent la primauté. Triomphe de la pensée char d’assaut. D’abord les idéologies du 20e siècle qui ont conduit à deux guerres mondiales et plus de 100 millions de morts en 30 ans. Puis le règne plus soft du marketing consumériste qui assimile même le vote ou le choix de valeurs à un slogan de supermarché. Vie politique réduite à une compétition de plans de carrière. Nihilisme absolu de l’art contemporain qui à force de déconstruire et de provoquer a abouti à célébrer un teckel fluo, un plug anal ou une boîte de merde d’artiste. Imposture de la pensée droits-de-l’hommiste et du bazar humanitaire qui s’érigent en morale planétaire et en prêt-à-porter de la bonne conscience pour mieux voiler les intérêts stratégiques déployés ici sous forme de guerres et de ventes d’armes, là sous forme de marchés pharmaceutiques faramineux. Religion écologique qui cache une exploitation cynique des ressources, la création factice de marchés juteux liés à l’économie durable et l’ajournement perpétuel des mesures nécessaires pour infléchir le réchauffement climatique.

Les exemples sont accablants !

Sans vouloir donner raison aux Zemmour ou aux prêtres ascétiques de la mauvaise conscience, faut-il s’étonner qu’à force de pousser le vice aussi loin l’Occident se prenne des bombes dans la figure ?

Que toute cette violence qu’on n’arrive plus à endiguer serve des politiques sournois voire des intérêts stratégiques plus occultes et non les peuples opprimés sensés les défendre, peu importe. Il faut cesser de regarder le monde comme le théâtre d’affrontements interminables. Mais comme un réseau où tous les intérêts sont imbriqués dans une chaîne d’interdépendances toujours plus ténue.

Plutôt que de comparer qui « produit » le plus de signifiant, sans doute devrions-nous nous attacher à accoucher ensemble du Sens. D’abord en renonçant à toute forme de concurrence culturelle. La mondialisation conduit non pas à un nivellement des différences culturelles mais à une plus grande fécondité permise par le croisement des signes, des modèles et des valeurs. Embrassons le mouvement sans craindre d’y laisser notre âme. Les jeunes le font naturellement en partageant leurs idées et leurs idoles sur les réseaux sociaux. Et en voyageant les uns chez les autres grâce aux réseaux d’accueil gratuit de voyageurs comme couchsurfing.

Un autre monde, fluide, relié, courbe et mouvant, est en train de naître sous nos yeux ignorants et nous continuons de nous chicaner pour savoir qui a raison et qui a le plus gros cerveau en comparant nos mérites et nos productions respectives selon des critères orthogonaux obsolètes. Puéril !

Pour ne pas tomber dans le piège de la division, de la destruction et de la barbarie où les terroristes veulent nous entraîner, il ne suffit pas de les combattre, il ne suffit pas de vouloir éduquer, il ne suffit pas de démonter leur argumentaire et de débusquer ceux qui s’en font les supporters. Il faut regarder devant, remiser notre ego, nos angoisses et nos certitudes au vestiaire et réapprendre à aimer la vie et jouer, inventer comme des enfants.

Qu’on ne voit pas là une forme de béatitude lasse. La véritable sagesse n’est pas docte et gonflée de savoir. Elle n’est pas non plus gâtifiante. Mais sans retour vers son cœur d’enfant, on ne peut voir le monde qu’à travers les lunettes des drames, des souffrances, des choses graves, des vaines gloires et de l’orgueil.

Plutôt que de traquer l’assassin qui court toujours et d’accuser ceux qui l’excusent, mieux vaut tourner le dos à ces polémiques et chercher à donner du Sens à l’action, à l’échange, au partage.

A force de courir après des assassins et de se lancer des anathèmes, on ne fait qu’entretenir le cycle ininterrompu de la violence, désigner des boucs émissaires et faire le jeu des terroristes en leur offrant une victoire qu’ils n’espéraient pas.

Car de la guerre des mots à la guerre civile il n’y a qu’un pas. En s’enlisant dans une cacophonie dialectique, une surenchère de mots et d’arguments, et cette accumulation de célébrations aussi inutiles qu’indécentes qui ferment toute possibilité de faire son deuil, d’apaiser durablement les esprits et d’écrire ensemble notre avenir sur une page blanche, nous nous interdisons toute possibilité d’opposer le Sens au mensonge et un exemple de société civilisée à la barbarie.

Attention donc aux réflexes qui consistent à séparer le vrai du faux, dénoncer les menteurs et les fourbes, fût-ce pour servir la vérité et de nobles valeurs.

On ne sortira pas de ce piège où les terroristes nous ont attirés en nous chamaillant davantage. Le réveil passe certes par une prise de conscience et un exercice salutaire de détoxification intellectuelle. Trop de « tolérance », trop de relativisme, trop de complaisance, trop de volonté de plaire ou de ne pas froisser les uns et les autres nous ont conduit à anesthésier tout esprit critique et à nous endormir dans une liqueur aussi politiquement correcte qu’insipide.

Les intellectuels comme Mohamed Sifaoui ont du courage et du mérite d’oser dénoncer la pensée unique et braver leur propre communauté pour en accuser la paresse et la duplicité. Mais cela se saurait suffire, au risque d’attiser les réflexes défensifs.

Certes les musulmans doivent se réformer eux-mêmes et décider s’ils acceptent les règles du jeu démocratique ou demeurent complices d’ambiguïtés coupables. Certes la référence à l’Âge d’or de l’Islam est un paravent facile pour éluder les paradoxes et les carences de l’Islam d’aujourd’hui. Mais ce n’est que grâce au dialogue réciproque que l’Islam parviendra à faire sa mue.

Et plus généralement ce n’est qu’en acceptant qu’il y a un horizon de Sens et d’identité commune à construire au-delà des identités et des logiques religieuses que les citoyens de confession musulmane pourront vraiment entrer dans le siècle et se sentir à l’aise sans crainte d’être montrés du doigt.

Charlie vs. Dieu : 1 partout ?

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Un an après les attentats dans les locaux de Charlie Hebdo, la une du magazine suscite un vif émoi chez les croyants, notamment chrétiens. Le motif ? La caricature d’un Dieu armé d’une kalachnikov s’enfuyant l’air rageur et la robe tachée de sang, avec la mention « L’assassin court toujours« .

Ceux qui veulent boycotter les commémorations du 7 janvier ont-ils raison de s’émouvoir ? La hache de guerre entre les « Je suis Charlie » et les anti Charlie qu’on croyait réconciliés depuis le 13 novembre est-elle à nouveau déterrée ?

Les caricatures de Mahomet ne m’ont jamais ému. J’ai toujours considéré qu’elles étaient dirigées non contre l’Islam mais contre ceux qui le déforment et s’en servent à des fins politiques indéfendables pour poser des bombes et imposer leur idéologie. Qu’on plaisante sur la figure du Christ ne me choque pas non plus, cela me fait même beaucoup rire tant que c’est fait sans méchanceté.

En revanche ma première réaction en voyant cette caricature a été l’interrogation et la déception. Pourtant, mettre en scène Mahomet ou Dieu le Père et les assimiler au terrorisme pour dénoncer ceux qui instrumentalisent la religion n’est pas si différent.

Mais là où le message me paraissait clair avec les caricatures de Mahomet, celui-là me paraissait brouillé.

Si le but avoué des journalistes de Charlie Hebdo est bien de provoquer, la question est : provoquer oui mais pour quoi faire ? Pour dénoncer l’imposture du radicalisme religieux ? Pour se moquer de tous les « culs-bénis » ? Pour affirmer leur athéisme radical, quitte à mettre dans le même sac Dieu, croyants et terroristes ? Ou pour faire réfléchir ?

Cette dernière caricature à contre-courant de l’œcuménisme ambiant n’est-elle que la signature vengeresse de vieux anarchistes athées suite à l’agression impensable dont la rédaction a été victime et face à une inflation pléthorique des sujets religieux dans l’actualité ?

Force est de constater, il en va de Dieu comme des pulsions sexuelles : plus on le refoule, plus il resurgit sous des formes hideuses. Et parfois pète à la figure de façon violente. Mais le terrorisme est plus qu’une poussée d’acné ou une décompensation vicelarde. C’est le retour du refoulé religieux sous sa forme la plus violente et pervertie.

La rationalité triomphante, la prétention scientiste puis l’athéisme politique ont relégué les religions au musée des superstitions et banni le spirituel des discours et des valeurs admises dans la société. Au nom de la laïcité, devenue aujourd’hui synonyme de liberté de conscience et d’expression et célébrée d’autant plus unanimement qu’elle est combattue par des fanatiques qui veulent nous faire la peau, on a jeté le bébé avec l’eau des bénitiers.

Les journalistes de Charlie ont malgré les menaces persévéré dans leur volonté de dénoncer le mensonge terroriste. Ils l’ont payé de leur vie.  Mais à y regarder de plus près, Charlie et Daech sont deux caricatures opposées : l’une d’une religion dont elle ne retient que l’appel au Djihad et qui l’érige en instrument totalitaire ; l’autre d’une Raison qui prend la place de Dieu et finit au nom d’un combat libertaire contre les moralistes par se métamorphoser en athéisme radical et en aversion réflexe contre tous les croyants et l’ordre établi. Charlie n’est certes pas le goulag, mais Charlie est nihiliste, comme le sont les terroristes. Nihilisme du « jouir sans entraves » contre nihilisme du bannissement de toute joie.

On l’avait oublié sous le coup de l’émotion depuis le 7 janvier. On avait tous pris ces gamins insolents dans nos bras. On s’était identifié à eux, on avait brandi des crayons et des panneaux « Je suis Charlie » parce qu’ils étaient devenus les symboles de la liberté d’expression. Et surtout nous continuons de les aimer parce qu’ils nous font rire comme personne.

Mais aujourd’hui, un an après, il est temps de tourner la page et de passer à autre chose. Ces commémorations ont quelque chose d’indécent et d’obsessionnel. Comme si on ne voulait pas refermer la cicatrice et qu’on préférait la rouvrir pour bien sentir qu’on existe là où on a voulu nous abattre.

Sans doute les athées radicaux ont à faire leur aggiornamento face à un monde qui crie sa soif de spirituel et, quand on lui ferme les portes du ciel, se tourne vers des mercenaires du Mensonge.

Quant aux croyants qui s’offusquent de ces caricatures, ils doivent prendre conscience à l’aube du millénaire que ce que l’on nomme « Dieu » n’est au mieux qu’une représentation construite, au pire une idée, un principe, un Idéal détaché de l’Etre ; pour finir une idole. Et que ceux qui font tomber ces idoles ont raison.

En prétendant parler « de » Dieu ou « au nom de » Dieu, les religieux finissent par opacifier le regard des croyants et les éloigner de l’ultime Vérité qu’ils sont sensés servir.

Mieux encore, l’enjeu de ce siècle n’est pas de tuer Dieu ou de proclamer sa mort comme l’ont fait les philosophes de la Raison ou la science aux siècles précédents, mais de dépasser la religion pour entrer dans le « face-à-face ».

Cela suppose qu’on se débarrasse de « Dieu ». Non pour se libérer d’un mythe ou d’un mensonge, mais pour aller au-delà du masque fabriqué qui couvre son visage lumineux.

Tant que nous n’aurons pas réalisé ce saut, le refoulé du religieux condamné par la rationalité resurgira sous les formes hideuses du fondamentalisme et du fanatisme messianique.

D’une certaine façon les idéologues qui endoctrinent les terroristes partent d’une intuition juste : il faut en finir avec le règne du Mensonge qui se substitue à la seule vérité désirable. Et (se) préparer (à) l’avènement du monde qui vient.

Mais aveuglés par leur rage contre leurs ennemis ils en arrivent à l’opposé de l’attitude juste pour préparer la Venue du Messie : détruire, tuer, anéantir, dans une frénésie nihiliste de haine et de mort, au lieu de faire retour à soi, prendre de la distance par rapport à ce monde, abolir les écarts avec l’autre, pratiquer le bien et témoigner humblement de ce qui vient.

Alors oui : « L’assassin court toujours ! » Et c’est cette idée de Dieu qu’il faut vite jeter à la poubelle pour commencer à voir au-delà des apparences et des certitudes avec les yeux de l’Esprit, et non s’accrocher de vieilles icônes jaunies avec un cœur endurci.

« Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! Parce que vous fermez aux hommes le Royaume des cieux ; vous n’y entrez pas vous-mêmes, et vous n’y laissez pas entrer ceux qui veulent entrer. » (Mt 23:13)

Tout est dit. Les gardiens du temple sont justement ceux qui prétendent posséder la vérité et les clés du Salut, mais en ferment l’accès à ceux qui le cherchent.

Qu’ils érigent des stèles à Yahvé, Jésus, Mahomet, la déesse Raison ou la Liberté, ce que fanatiques théocratiques et fanatiques athées ne comprennent pas c’est qu’ils sont tous deux gardiens d’un temple vide, que le Divin et la Raison ont depuis longtemps déserté.

Lire aussi l’article du Figaro du 4/1/2016 : « Charlie Hebdo : Dieu est-il coupable ?« 

Islam : l’implosion. Un symptôme à l’aube du post-religieux

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Irak, Syrie, Arabie Saoudite, Iran… l’Islam est en train d’imploser là où il est né et d’où il s’est développé : empire arabe, empire abbasside, empire omeyyade, empires perse et ottoman.

Alors que certaines cassandres prophétisent une expansion planétaire de l’Islam au cours de ce siècle, c’est le scenario inverse qui pourrait se produire : un effondrement, suivi d’une disparition de l’Islam.

Mais que les islamophobes et autres imprécateurs prompts à désigner les musulmans comme les artisans du chaos n’aillent pas se réjouir trop vite. Car loin de signer la victoire d’un camp contre un autre, cet effondrement pourrait bien être le signe d’un effondrement de toutes les religions. Un effondrement beaucoup plus profond, général et définitif que les coups de boutoir assénés par le triomphe de la rationalité aux siècles précédents.

Faut-il s’en inquiéter ? Non.

Faut-il s’en féliciter ? Oui.

Inutile de s’en inquiéter, car si les religions ont fait leur temps ce n’est pas parce que les mythes qui les sous-tendent ont été déconstruits par le regard critique porté sur leurs fondements historiques. Ni parce que leurs dogmes ont été dévoyés en une morale qui exclue plus qu’elle n’élève. Ni parce que leurs prélats ont préféré conforter leur pouvoir plutôt que d’assumer leur mission de guider les âmes.

Si elles ont fait leur temps, c’est parce que le temps de l’Eveil est annoncé. Cet Eveil a débuté à l’échelle de la planète et de l’humanité. Nous le vivons aujourd’hui dans la jubilation ou les tourments, selon que nous acceptons de lâcher prise ou nous crispons sur nos acquis, nos convictions et nos prérogatives.

Mais nul ne peut s’y soustraire. Et là où le glaive de la Vérité passe surviennent les épreuves. Le Mensonge déploie toutes ses ruses pour tenter d’occulter cette Vérité qui se lève à l’horizon du monde d’une éclatante lumière. Il en égare beaucoup. Mais en vain.

Quant aux religions, elles ont été nécessaires pendant toute une longue époque de notre histoire où l’homme avait besoin d’étais pour parachever son érection spirituelle. Ce temps a passé. Désormais les consciences sont suffisamment arrivées à maturité pour affronter le grand saut. Et nous sommes appelés à voir « face à face » :

Aujourd’hui nous voyons au moyen d’un miroir, d’une manière obscure, mais alors nous verrons face à face (1 Corinthiens 13:12)

Et aussi :

Ce que nous serons n’a pas encore été manifesté ; mais nous savons que, lorsque cela sera manifesté, nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel qu’il est. (Jean 3:2)

Alors ce qui est à la fois commun à toutes les religions et voilé par le message qu’elles ont propagé apparaîtra dans toute sa clarté : la présence bien réelle, bien tangible et agissante du Divin lui-même au cœur de notre réalité.

Alors nous serons devenus « comme des dieux ».

Sommes-nous prêts ? Là est la question.

Que nous le soyons ou non nous devons nous réjouir de ce changement. Nous qui sommes tant épris de liberté nous allons enfin pouvoir goûter à la seule liberté digne de ce nom : celle de vivre au diapason de l’Esprit, sans voile, sans filtre, sans miroir opaque.

Et puis nous ne sommes pas seuls pour nous engouffrer dans le long tunnel au bout duquel jaillit la Lumière. Les forces spirituelles n’ont jamais été aussi puissantes et les « messagers » divins aussi présents pour nous guider dans cette ultime métamorphose.

Arrêtons donc de vouloir tenir le gouvernail. Cessons de nous culpabiliser à propos du climat, de la violence ou des injustices dans ce monde : ces symptômes ne sont pas entièrement dus à notre irresponsabilité ou notre ignorance. Renonçons à vouloir tout prévoir et panifier les grandes lignes de notre avenir. Car des surprises inouïes nous attendent au-delà du grand passage.

Et surtout ne nous crispons pas sur la religion. Celle-ci n’est qu’une peau morte, une chrysalide devenue inutile, qu’il nous faut abandonner pour déployer nos ailes et découvrir des horizons infinis.