Ah ! Ces mythes errants !…

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Je suscite souvent réprobation et incompréhension parmi des amis chrétiens quand je tente d’expliquer que, si je ne suis plus aujourd’hui vraiment « chrétien », je ne m’en sens paradoxalement que plus proche de Jésus.

Il est vrai que je ne crois pas à 95% des dogmes qui fondent la foi chrétienne.

L’Incarnation, la conception virginale de Jésus, son caractère « divin » (qui mériterait une explication bien plus approfondie et nuancée qu’une simple adhésion ou réfutation), sa naissance à Bethléem, la virginité perpétuelle de Marie (à laquelle les protestants, fidèles à la littéralité des textes évangéliques, ne croient d’ailleurs pas), l’Ascension, la Pentecôte, la Trinité (une recette byzantine qui a du sens du point de vue théologique mais qui s’appuie sur une distorsion des notions juives de « fils de Dieu » ou de « Rouah » – Esprit).

Sans compter les mythes hébraïques, au sujet desquels il faudrait être bien obscurantiste ou ignorant pour nier aujourd’hui qu’ils en sont : la Création, Abraham, les Patriarches, les 12 tribus, Moïse, l’Exode…

Sans compter également les aménagements complaisants de la « gnose » johannique entre foi juive et philosophie grecque : « le Logos fait chair » entre autres…

Reconnaître objectivement que la majorité des récits bibliques sont des mythes n’a d’ailleurs absolument rien de méprisant ni de péjoratif.

A l’époque où ces textes furent rédigés, le monde, en particulier le monde moyen-oriental, baignait dans la pensée mythique. Ce n’est qu’avec le triomphe récent de la rationalité et l’apport de l’exégèse biblique moderne éclairée par l’analyse historico-critique, l’anthropologie, l’archéologie ou la linguistique qu’on a pu commencer à discerner sans passion ce qui relevait du mythe, du projet théologique et du récit historique.

La pensée a évolué, les repères ont changé, mais cela n’enlève rien à la valeur de la foi.

Comme le dit une phrase de Bouddha : « L’esprit contient toutes les possibilités ». Une vérité attestée aujourd’hui par la science quantique : toute réalité n’existe qu’à l’état de potentialités. Seul l’esprit fait exister ce que nous appréhendons comme « le Réel ».

Bien loin d’être un pari spéculatif un peu naïf sur l’inconnu, la foi est l’acte-même qui fait de nous des êtres créateurs de réalité. Jésus ne répétait-il pas à ceux qu’ils guérissaient : « Ta foi t’a sauvé. » ? « Ta foi », et non moi seul…

Tous ces mythes sont d’ailleurs des mythes « fondateurs ». Et puisque, comme le démontre également la physique quantique, le temps n’existe pas, même élaborés « après » les événements qu’ils sont sensés relater, les mythes ont autant de valeur qu’une chronique rigoureuse ou un procès-verbal de police.

Car contrairement à l’idée communément admise que le passé déterminerait le présent, c’est au contraire le « passé » (forcément mythique) qui est construit a posteriori et dépend donc du présent.

Toute « Histoire » est une construction et une reconstruction qui procède d’un choix de valeurs collectif.

Considérer un « fait » comme « mythique » ou « objectivement réel » n’est donc qu’affaire de point de vue et de choix subjectif, notamment en ce qui concerne ce que nous admettons comme « la vérité ».

En revanche, que des dogmes religieux soient ainsi bousculés, c’est plutôt salutaire et on doit s’en réjouir ! Car une conscience collective et a fortiori une religion qui refuserait d’évoluer serait condamner à mourir.

Or c’est précisément ce qui attend aujourd’hui toutes les grandes religions de l’humanité.

Non que la confrontation avec la rationalité ait eu raison de leur prétention hégémonique sur les esprits. La Raison toute puissante et l’arrogant scientisme connaissent eux aussi à l’heure actuelle leur propre déclin. La fine fleur de la recherche scientifique n’investit-elle pas aujourd’hui des domaines qui relèvent plus de l’irrationnel et de la métaphysique que des lois cartésiennes ?

Mais ce que bon nombre de nos contemporains semblent incapables de mesurer c’est que nous vivons actuellement un formidable dépassement, lequel s’accompagne d’un « dévoilement », une « révélation » en somme (Apocalypsis).

Le changement de paradigme actuel nous aspire vers un niveau de conscience plus élevé et plus vaste, que certains qualifient de « centaurique ». Et qui dépasse les clivages de la pensée duelle et verbale comme les limites de la rationalité.

Il serait temps de s’apercevoir que le débat sur le caractère mythique ou réel des récits bibliques qui fondent la foi dogmatique constitue un combat d’arrière-garde. La seule conquête à l’ordre du jour est celle des arcanes de l’Esprit, de la nature de la Vie, de ce que nous nommons « Conscience », « Réalité », « Univers » ou « Dieu ».

C’est toute la différence entre spiritualité et religion.

Pour que la lumière traverse un diamant et en révèle toute la beauté, il faut faire éclater la gangue qui l’enchâssait et le tailler sous une forme parfaite pour capter les rayons. Il en va de même pour l’esprit et la conscience collective.

Ce que nous subissons aujourd’hui, ce sont de formidables coups de pioche qui entaillent nos préjugés, nos paresseuses certitudes et nos confortables perspectives. La réalité prend soudain une tout autre dimension.

Pourtant, l’avenir n’est aucunement a-religieux. Ou du moins a-gnostique. Il est « au-delà ».

Au-delà de la pensée mythique et religieuse. A fortiori de la pensée magique ou archaïque. Au-delà de la pensée rationaliste. Au-delà de tout de ce que nous sommes aujourd’hui à même de concevoir, de comprendre ou d’imaginer.

En ce sens le message du Christ, dont la manifestation est venue combler le fossé artificiel entre Dieu et l’homme, est éminemment précurseur de ce que nous vivons.

Notre destin collectif n’est ni plus ni moins que de devenir des dieux. Ce qu’attestent d’ailleurs dès l’origine les Ecritures (cf. Ps. 82:6 et Jn 10:34). Il ne s’agit évidemment pas de vouloir égaler un « dieu » qui serait extérieur à nous, un dieu qui nous jugerait en soupesant chacune de nos actions. Mais de réaliser pleinement la part divine qui est en nous et qui notre seule vraie nature.

En ce sens le modèle de « l’homme-dieu » Jésus est d’une pertinente actualité. Et le seul évènement fondateur de la foi chrétienne qu’il faudrait retenir comme central non seulement de la « foi » mais comme urgent appel à une réalisation commune, c‘est bien entendu la Résurrection.

Laquelle abolit la trompeuse illusion, hélas créatrice de réalité douloureuse, qui sépare l’homme de Dieu, et la vie de cette autre illusion qu’est la mort.

Si le christianisme a vécu, Jésus lui, est hors de toute emprise du temps : « Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point. » (Mt 24:35).

Dépoussiéré de son contexte historique et anthropologique, le message évangélique est d’une éternelle vérité. Il est LA Vérité. Non que le christianisme détiendrait l’exclusivité de la vérité, bien au contraire. Mais parce qu’il exprime ce qui dépasse toute contingence temporelle, historique ou religieuse. Comme d’autres messages issus des plus grandes traditions spirituelles de l’humanité, il révèle qui nous sommes et ce qu’est l’Esprit.

Mais pour accéder à cette intimité, il est plus que nécessaire de nous débarrasser de cette idolâtrie primitive pour les mythes, les histoires, les légendes et le merveilleux. Tout ce qui constitue un savoureux folklore mais recouvre l’essentiel d’une littérature surannée. Et empêche la « Parole », acte créateur par excellence, d’agir dans toute sa puissance révélatrice et transformatrice.

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Protégé : Avec Emmanuel Macron la politique se résume à une mystique

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Peut-on « voir » Jésus ?

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Voici le « vrai visage de Jésus » tel que se plaisent à nous le livrer des ethnologues prétendument éclairés par leurs recherches scientifiques (cf cet article « À quoi aurait vraiment ressemblé le visage de Jésus? »)

Ce portrait-robot a au moins le mérite de tailler en brèche l’image du blondinet évanescent à laquelle nous ont habituée les tableaux italiens de la Renaissance, qui n’a rien à voir avec le Jésus historique. Idem pour ces images piétistes où Jésus ressemble plus à Brad Pitt qu’à un rabbin juif du 1er siècle.

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Léonard de Vinci : Salvator Mundi

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En revanche je m’inscris en faux contre ce délire d’ethnologue qui fleurit et refleurit sur la toile. Yeshoua ne  ressemblait absolument pas à cet Australopithèque demeuré !

Il avait sans doute le teint basané et une stature forte parce qu’il vivait souvent à l’extérieur, marchait beaucoup pour enseigner d’un lieu à l’autre et travaillait comme charpentier. Mais tout porte à croire que sa grâce et sa beauté autant que ses paroles et sa réputation attiraient des foules.

Son large sourire et son regard plein de tendresse qu’il posait sur ceux qu’il aimait rayonnaient du plus profond de son âme et laissent transparaître à ceux qui avaient « les yeux ouverts » l’Amour particulier et la bonté infinie du Divin pour chaque être humain.

C’était aussi un bon vivant. Pas farouche et prêt à festoyer avec les « gens de mauvaise vie ». Donc pas non plus le prototype d’un ascète constipé et introverti au visage émacié. Même s’il lui arrivait souvent de se retirer au désert pour prier et se ressourcer à l’écart des foules, ou s’il savait se « retirer en lui-même » au milieu de ces foules, comme les grands sages maîtres de leur esprit et de leurs émotions.

Contrairement à ce portrait burlesque, je vois Jésus comme un Galiléen d’une stupéfiante beauté. Avec des cheveux et une barbe très noirs comme beaucoup de Juifs orientaux ou de Galiléens palestiniens qu’on peut rencontrer aujourd’hui. Il devait être donc plus grand que les Judéens et pas du tout un nabot courtaud comme le décrit cet article.

En tant que rabbin il était sans doute vêtu d’un châle rituel blanc, portait les « tsitsiot » (papillotes rituelles dans les cheveux) et des franges au manteau.

Son visage éclaboussait de beauté. Pas une beauté apollinienne, lisse et parfaite. Mais de lui émanait une grâce unique, un mélange de douceur, d’autorité et d’humilité indicibles.

Jésus est vraiment le « Parfait Adam ». Et donc un humain complet, accompli et de fait d’une parfaite beauté. D’ailleurs ses nombreux disciples féminins, qui l’aimaient et le suivaient jusqu’au pied de la croix, ne s’y trompaient pas.

Holy Face of Our Lord[2]

Quant à « voir » Jésus, c’est une grâce qui est donnée à certains mais sans doute pas au plus grand nombre.

Dans son livre « Tout est pur pour celui qui est pur – Jésus, Marie-Madeleine et l’Incarnation » (Albin Michel, 2005), le théologien Jean-Yves Leloup souligne un fait capital que j’aimerais développer s’agissant des « apparitions » de Jésus. Notamment cette première apparition du « Maître » au matin de la Résurrection à une disciple particulière que certains apocryphes décrivent comme sa « compagne ».

Accourue au tombeau, Marie-Madeleine ne reconnaît d’abord pas celui qu’elle identifie comme le jardinier. Elle cherche l’homme qu’elle aime et reste attachée à l’image charnelle qu’elle garde de lui. Elle ne peut imaginer que celui qui se tient en face d’elle est bien celui-là. Puis elle le reconnaît enfin au son de sa voix, quand il pose son regard sur elle et lui parle en la nommant « Marie ».

Selon l’Evangile de Marie, celle-ci déclare alors : « Seigneur, je Te vois aujourd’hui dans cette apparition. »

Noli me tangere (« Ne me touche pas »)

On ne « voit » pas le Christ glorieux sous des traits humains comme on voit son voisin de palier.

D’abord parce que le Ressuscité n’appartient pas à la même dimension du Réel que nous. On ne le « voit » donc pas avec nos yeux de chair mais avec notre regard intérieur, même si cette apparition semble aussi réelle sinon davantage qu’une vision « normale ».

Jean-Yves Leloup parle du filtre de « l’imaginal » pour approcher au plus près l’expérience de l’apparition.

L’imaginal est une partie de l’âme sensible qui permet de visualiser des réalités subtiles appartenant à d’autres dimensions de la réalité que la réalité matérielle. Les femmes étant davantage connectées à leur partie sensible (imaginaire, intuition) il semble normal qu’il y ait davantage d’apparitions rapportées par des femmes que par des hommes.

Conséquence de cette médiation par le filtre de l’imaginal : celui qui apparaît ne se dévoile pas sous les traits de ce qu’il est réellement mais selon un mix de ce que nous nous représentons et de ce que son « corps spirituel » laisse entrevoir sous une forme visualisable par l’esprit.

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En effet les êtres spirituels élevés comme le Christ n’appartiennent plus au monde formel ; ils sont totalement Lumière. Pour être vus, nous devons les sentir, les « croire », les entrevoir, puis les « voir ».

Il y a des apparitions plus ou moins brusques ou subtiles. Mais toutes suivent ce même schéma phénoménologique.

Donc concernant le visage de Jésus tel qu’ont pu le voir des saints ou des mystiques et qu’on peut le voir aujourd’hui, il n’y a pas de « vrai visage de Jésus » ; il n’y a que des représentations.

On ne peut que s’en féliciter. Car si c’était le cas, nous serions tentés de nous fixer sur une image. Ce qui en termes spirituels s’appelle de l’idolâtrie.

Et nous manquerions du coup notre but qui n’est pas d’adorer une image, mais de devenir des christs à l’image du Christ. Des êtres de Lumière.

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Bonne semaine de Pâques !

VEUX-TU VIVRE VRAIMENT ?

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L’Esprit de Dieu est réellement un grand forgeron spirituel.

Il fait fondre le métal de notre ego, il en extrait les scories, il façonne notre être à sa guise et en fait un glaive ou un instrument selon les desseins du Créateur qui nous a fait et nous recrée selon son bon vouloir, pour parfaire notre être et accomplir sa volonté.

Il le fait en vérité. Mais il le fait seulement si nous le demandons et si nous l’acceptons.

La souffrance c’est le refus de mourir à celui ou celle que l’on est ou que l’on a été. De mourir à ce petit « moi » que l’on veut jalousement préserver, en refusant de devenir. Ce petit ego que l’on croit être et que l’on croit pouvoir préserver par ses seuls efforts, pour se satisfaire son désir égoïste, étriqué, enclos, obstiné, ignorant du Grand Tout qui nous aspire vers le haut, réfractaire au Divin et à l’appel du large.

Vanité des vanités !…

Pour accepter de mourir à soi, il faut avoir vécu l’expérience de ne plus être soi-même. De ne plus être rien du tout. De ne plus avoir de consistance, d’existence, de congruence. Et même d’identité.

De ressentir que l’on n’est qu’un agrégat de cellules temporairement agrégées et qui constitue notre corps physique. Un agrégat de croyances à propos de ce qui nous croyons être et qui constitue notre être psychique. Je suis un homme, une femme. Je suis Untel. J’ai un nom que je crois être. Un nom temporaire, celui que m’ont donné mes parents. Je suis né à ce monde un jour de mai ou de décembre… J’ai tant d’années au compteur. Je suis donc jeune ou vieux, ou tantôt l’un tantôt l’autre. J’habite ici ou là. Je suis « français », « auvergnat », homme du terroir ou déraciné. J’ai grandi comme ci ou comme ça. J’ai aimé ou refusé d’aimé. Je suis attiré par les hommes ou par les femmes, ou les deux : je suis donc « homo », « hétéro », ou « bi », ou rien du tout. Ou je m’en fous. J’ai fait ceci ou cela dans ma vie. Selon mes comportements ou mes sentiments, on me dit « gentil », « sympa », ou parfait « salaud ». J’appartiens à telle ou telle communauté. Et je me prétends « juif », « chrétien », « athée » ou « communiste ».  Ou encore « citoyen du monde », car très idéaliste et pas très en phase avec ma patrie d’origine. Et je dis souvent que je suis le métier que j’exerce : avocat, ingénieur, journaliste, artiste, plongeur ou chômeur : la société est si injuste avec moi…

Alors qu’en vérité, je ne suis rien de tout cela. Ou si peu.

En vérité notre être profond est un voyageur qui vient de beaucoup plus loin et va beaucoup plus loin que le terme apparent de notre existence ici bas.

Ainsi, notre nationalité n’est rien qu’une ligne sur notre état civil, tellement contingente et passagère. Nous le savons bien, nous qui sommes « frères en Christ », à qui on a tant répété qu’il n’y avait plus « ni grec, ni juif, ni… » Et surtout en cette période de confusion et de mondialisation où les nations ne sont plus que des coquilles vides et des identités réflexes pour ceux qui refusent d’entrer dans l’universalité promise ou imposée par le système.

Quand à ce corps que nous croyons « avoir » ou « être », ce corps dont nous aimerions pouvoir développer indéfiniment les capacités, dont nous aimerions pouvoir préserver indéfiniment la vitalité et les traits pour continuer à jouir, à faire, à séduire ou simplement à plaire. Jouir pour avoir la sensation d’exister dans l’instant. Faire pour avoir le sentiment d’exister par l’agir et d’imprimer sa marque dans le réel. Séduire ou plaire pour avoir l’illusion d’exister dans le regard des autres ou de l’être aimé… Car oui, on se l’avoue parfois : on ne s’aime pas toujours suffisamment soi-même. Alors on cherche à se faire aimer par d’autres pour compenser ce mésamour de soi-même.

Et ce visage que l’on ne peut jamais saisir dans le miroir, que notre angoisse narcissique voudrait figer ou retenir ou gommer, comme un selfie dont on voudrait gommer les aspérités et les ombres changeantes, ou comme un épouvantail qu’on tente de rafistoler ou que l’on voudrait enfin oublier comme un encombrant fantôme.

Et ce « caractère » qu’on s’est habitué à dire ou laisser dire « bien trempé », « entêté » ou au contraire « falot », « timide », « soumis ». Cette psyché que d’autres désignent comme névrosée, bipolaire, parano, obsessionnelle, autiste, hystérique ou que sais-je encore comme nom d’oiseaux… En référence à normalité psychique adaptée au monde bien ordonné, à la société, et qui n’est après tout qu’imaginaire à en croire la folie dont sont habités les prophètes et les marginaux ivres de Dieu.

Et ce corps encore, qui change et se refuse à obéir à nos injonctions de maigrir, d’aller vite, de se mouvoir ou de façonner ce que nous désirons créer. Ce corps que la médecine nous promet demain comme quasi immortel. Ce corps constitué de milliards de cellules, dont nous ne soupçonnons même pas l’ordonnancement, la complexité et la beauté.

Et ces cellules qui nous constituent. Qui chaque jour meurent et se renouvellent. Cet organisme qui sous-tend notre vie. Et qui n’est après tout qu’un agrégat temporaire de matière et de briques génétiques, d’atomes, de molécules, de cellules vivantes : celles que notre organisme fabrique et celles que nous hébergeons sans le savoir. Un système homéostatique, qui se maintient sans cesse dans un équilibre précaire et dynamique, entre vitalité et maladie… Quelques milliards de bactéries en plus ou en moins dans nos intestins, et nous mourons immanquablement, par déficit ou par excès d’hôtes invisibles, tantôt alliés tantôt hostiles. Cette flore intestinale que nous abritons à notre insu et qui garantit notre immunité, nous permet d’agréger la nourriture afin de restaurer et renouveler notre corps.

Et si notre ego se met à proliférer de façon incontrôlée, nous voici vaincu par le cancer : cette production anarchique d’aberrations cellulaires, qui sont autant d’excroissances de « non-soi » que l’organisme se met à produire comme poussé par une folie auto-reproductive et autodestructrice. Une vraie bombe atomique.

Qui sommes-nous en vérité ? Tout ? Ou rien ?…

Cette expérience du grand vide, ce grand corridor ténébreux de la Mort, les mystiques l’appellent la « Traversée du Désert », la « Grande Nuit » mystique.

Sainte Thérèse d’Avila, Saint Jean de la Croix, Saint Ignace, et bien sûr Jésus lui-même, l’ont bien connue et traversée, aux prémices de leur entrée dans la Lumière.

Nos scientifiques aveugles appellent souvent ce type d’expérience « schizophrénie ». Ou « dépression chronique » quand elle est vécue de façon douloureuse, dramatique et se prolonge indéfiniment.

Alors qu’elle n’a rien de plus étranger à une scission de la psyché ou à une dépression réactive.

Quand elle est vécue comme une impasse sans foi ni horizon de salut, elle peut toutefois prendre la forme de l’acédie, la plus grande des tentations spirituelles sur le chemin de l’Eveil : le refus de la vie et le dégoût de l’existence : de la sienne, et de la vie ou de l’existence en général.

Mais elle peut aussi prendre la forme d’une perte totale de contrôle, d’une perte totale de la conscience d’exister. De ne plus savoir « qui » ni « ce que » « JE » suis. De ne plus avoir de soi, ni de « je », et encore moins de personne ou de personnage. Plus d’identité du tout. Juste de la conscience noyée dans la conscience indifférenciée.

Ceux qui se livrent à des expériences psychédéliques et expérimentent certains états modifiés de conscience grâce à des drogues comme le LSD, la mescaline, le peyotl, la datura, l’ayahuesca ou la DMT, vivent aussi cela en accéléré. Certains peuvent même y laisser leur âme et leur santé mentale. Et n’arrivent plus à revenir sur la rive commune où nous passons souvent le plus clair de notre existence,dans l’ignorance des réalités supérieures qui nous traversent, tant ce type expérience peut être déroutant.

Mais cette expérience est universelle. Nous la vivons tous au moment de mourir. Quand nous quittons ce corps et que soudain nous nous trouvons plongés dans l’océan de la Conscience. Que nous ne sommes plus une petite conscience vacillante comme la flamme d’une bouge qui s’éteint, mais que nous rejoignons et devenons « La Conscience », celle qui embrasse et irrigue tout l’Univers, qui contient tout le Savoir, toute la Connaissance, et baigne la totalité du Réel dans une lumière indicible de parfait Amour.

Pour devenir, et devenir vraiment « autre », et non juste un prolongement narcissique de soi-même, une extension, une protubérance, il faut vraiment accepter la perte et l’oubli. La perte et l’oubli de celui qu’on a été et qu’on ne peut ou ne veut plus être.

Il ne faut évidemment pas refuser d’être soi-même au motif que la réalité à laquelle nous participons dépasse largement les limites de l’ego. Ni rejeter celui que nous sommes a priori tenus d’incarner par les contingences existentielles, sociales et matérielles, en prétendant pourvoir nous en affranchir ou nous en débarrasser totalement. Car comme on ne saurait changer de corps pour revêtir le corps d’un autre, y compris dans l’effusion charnelle, on ne saurait changer subitement de destinée ni d’incarnation par son propre vouloir. A moins de sombrer dans la folie.

Notre vie est un parcours, avec parfois ses ruptures et ses changements de cap plus ou moins brusques et douloureux. Mais nous ne pouvons en faire abstraction ou en changer radicalement par miracle, nous exonérer de notre vie. Nous ne pouvons qu’évoluer et changer.

Combattre le réel, expérimenter la vie comme une lutte sans fin et sans merci, et souffrir toute notre vie de ce combat. Ou au contraire nous adapter, accepter, rendre enfin les armes. Et suivre parmi nos multiples désirs contradictoires celui qui nous aspire vers une vie meilleure, plus libre, plus ouverte, plus féconde, plus respectueuse de soi-même et de l’autre, plus en relation et plus connectée au réel, plus ajustée et plus participante de la Grande Réalité. Avec un cœur plus large et plus palpitant, qui embrasse à chaque inspir une parcelle plus vaste encore de l’Infini béant qui nous appelle au loin.

Et si nous acceptons de nous en remettre en totalité à celui que nous nommons « Dieu », alors tout devient possible.

Un meurtrier ou une prostituée repentie peuvent devenir un prophète ou une sainte, et servir Dieu d’un cœur aimant. Non parce qu’il ou elle a décidé d’amender ou de réformer sa vie. Mais en se remettant totalement à la Miséricorde divine. Et parce que Dieu l’a lavé, purifié, oint, béni. Que toute trace de ses erreurs, manquements ou « péchés passés ont été vraiment effacés, jetés loin de son être. Qu’aucune puissance entropique ni aucune logique karmique ne peut plus générer, du fait de ses erreurs passées, un avenir mauvais, funeste ou limité.

Car Dieu détruit VRAIMENT le péché. Il ne s’agit pas de morale. D’une économie du bien et du mal. Il ne s’agit pas seulement d’éthique comportementale. Ni d’une simple sagesse qui nous conférerait un sens du juste et de l’injuste. Ni seulement d’une forme de pardon, sentimental ou puritain. Dieu anéantit vraiment et définitivement le pouvoir entropique généré par nos manquements, petits ou grands, nos trahisons, nos coupures et nos retranchements d’avec l’énergie de vie qui nous habite.

Car quand nous dévions volontairement ou involontairement de celle-ci, nous blessons et nous cassons des branches vivantes de l’arbre de vie que nous sommes. Et celles-ci repoussent ensuite difficilement. Nous les cassons pour nous-mêmes mais aussi pour notre descendance et pour tous ceux auxquels nous sommes reliés par des liens d’amours et des liens d’interdépendance spirituelle, ceux qui sont rattachés à nous et qui se nourrissent en partie de notre propre sève vitale.

Ce que nos fautes passées devraient « normalement » produire comme fruit mauvais, ou comme limitation du flux vital, Dieu le restaure en totalité et même au-delà. Il nous restitue dans notre intégrité de fils de lumière. Il nous ressuscite comme un premier né au premier jour de sa vie. Plein, rond et entier, sans une goutte de sang ni un atome d’énergie défaillant.

Mais il ne le fait pas pour que nous repartions du même point, là où nous étions arrêtés. Ni pour que nous reprenions notre vie là où nous l’avions interrompue. Ou que nous retournions benoîtement vaquer à nos occupations comme si rien ne s’était produit. Il nous déplace et nous transforme. Rien n’est plus désormais pareil et ne saurait désormais être autrement qu’autrement.

Dieu nous réinvestit de sa force et de son pouvoir. Mais il ne le fait pas pour que nous demeurions les mêmes. Le but de la vie n’est pas de simplement de vivre ou de survivre, mais de devenir. Et de devenir vraiment « autre ».

Une simple métaphore : à chaque instant nous « inspirons » puis nous « expirons ». Il y a dans chaque inspir un renouvellement de la vie en nous, dans nos poumons, nos cellules et notre être profond. Puis un expir : nous mourrons à ce que nous avons en partie été, nous abandonnons une parcelle caduque de notre être passé, mort, pour devenir autre. Nous devenons. Et si nous sommes mus par la vie et tendus vers Dieu, nous évoluons en bien, en bon et en meilleur. En plus reliés.

Vieillir, c’est renoncer à changer, à entrer dans la lumière et à abandonner les déterminismes de ce que nous appelons habituellement « la chair » : notre part animale, « bio-logique », périssable.

Cette part de nous-mêmes, il nous faut l’accepter, la bénir, la revêtir et l’incarner du mieux que nous pouvons. Avec amour mais aussi avec détachement et raison.  Car elle n’est qu’une part temporaire de notre existence. L’instrument et la matrice de notre Passage vers une vie tout autre.

Si l’on veut être authentiquement dans l’imitation de Jésus-Christ, il nous faut refuser la tentation ascétique de la fuite hors du corps et de la mortification.

Car si Jésus a embrassé en totalité l’existence humaine et a vécu en totalité l’incarnation, ce n’est pas pour que nous en exonérions par peur du corps et de la vie. Vivons donc en être pleinement incarnés, sans maudire notre nature mais au contraire en la bénissant. Sans chercher à nous extraire de la vie, mais en la vivant vraiment, et en en traversant toutes les dimensions, des plus triviales aux plus sublimes. Et laissant transformer ce corps en pure lumière, au terme d’épousailles et dans un embrasement d’amour totalement inédit :
« Je suis venu pour qu’ils aient la vie, et qu’il l’aient en abondance. » (Jean 10 :10)

Nous sommes issus de la Lumière et nous sommes appelés à revenir vers cette lumière au terme de l’expérience existentielle, après avoir accompli ou non notre « mission » terrestre.

Ce qui suppose de revêtir intégralement l’opacité de notre condition humaine et d’en vivre tout le processus transformatif, dans ce grand laboratoire spirituel qu’est la Vie incarnée.

Ce qui suppose d’accepter d’en visiter à plusieurs reprises au cours de l’existence les recoins les plus ténébreux. Avec à nos côtés nos proches qui nous assistent mais ne peuvent prendre la barque à notre place. Et aussi le « bon berger », le Fils de la Lumière, toujours à nos côtés, même et surtout dans les plus grands moments d’angoisse et de solitude apparente (Psaume 23).

C’est justement cette descente dans nos enfers intérieurs qu’il nous faut à plusieurs reprises accepter de de vivre et de renouveler. Non par une sorte de goût pervers et complaisant pour nos propres abysses ou pour la souffrance. Mais pour voir libérer en nous le potentiel de vie qui demeure enfoui. Comme un orfèvre qui accepte de revêtir l’habit sombre et crasseux du mineur pour descendre au fond de la veine y extraire les pépites d’or fin, qu’il transformera ensuite en diadème resplendissant.

Sauf que l’orfèvre, c’est Dieu et non nous-mêmes !

L’orgueil et la grande erreur des théoriciens existentialistes et constructivistes de l’identité, et le grand drame de ceux qui les suivent en prétendant se refaire ou se reconstruire, c’est de croire qu’on peut par sa seule volonté et selon sa propre fantaisie, modifier totalement sa propre identité.

Devenir vraiment une femme quand on est né avec un sexe mâle, grâce à un long travail de transformation hormonal puis en ayant recours à la chirurgie, comme le font les transsexuels. Ou devenir une personne toute autre que celle que les déterminismes biologiques, familiaux ou sociaux nous ont conduits à être.

Ce type de changement radical paraît en effet possible. Il y a des hommes nés mâles qui deviennent des femmes. Et même des transsexuels qui ont des enfants une fois opérés alors que la « nature » ne semblaient pas les y avoir prédisposés. Mais ce type de changement n’opère efficacement qu’à un certain niveau de réalité.

La nature humaine n’est pas binaire, en particulier la nature sexuée. Elle est beaucoup plus complexe et comporte beaucoup plus d’aberrations ou d’exceptions apparentes que notre esprit nous le laisse croire. Dieu n’est pas un ordinateur qui sépare le réel en fragments binaires. Dieu se manifeste à nous dans une réalité qui se structure autour de formes trinitaires.

C’est notre intellect qui sépare le Réel en réalités opposées selon une logique binaire. Et c’est le langage qui ordonne la réalité selon des schémas qui nous la font saisir et nous la représenter selon des modèles duels. Dieu est bien au-delà du duel. Et du non-duel, du non-dicible, du silence que nous nous imposions quand nous méditons et cessons de laisser pérorer notre raison ou notre pensée dualiste.

De la même manière, quand Dieu nous saisit pour nous transformer, nous ne pouvons savoir ni prévoir à l’avance là où il veut nous mener.

Si nous acceptons de nous en remettre à lui, ce n’est pas pour notre petit confort personnel. Avant de quitter totalement ce monde pour rejoindre le Père, Jésus a prophétisé à Pierre qu’il serait un jour conduit « là où il ne voulait pas aller ». Contrairement à l’autre disciple, le bien-aimé, qui lui demeurerait toujours auprès du Fils jusqu’à ce qu’il vienne (Jean 31 :15-23 : apparition de Jésus au bord du Lac de Tibériade).

Si nous donnons vraiment notre vie à Dieu, au lieu d’en faire une idole que nous sollicitons juste pour notre confort personnel et spirituel, tout devient en effet possible. Mais nous ne sommes plus le maître de notre vie. Elle appartient désormais à Dieu. Et lui seul décide de nous envoyer ici ou là. Lui seul décide « qui » et « ce que » nous serons appelés à devenir. Ce que nous serons appelés à réaliser « en son nom », et non plus en notre nom propre.

Si je m’en remets à Dieu, ce n’est pas pour m’approprier une puissance spirituelle nouvelle qui n’est pas la mienne et dont je ne suis que le dépositaire. Sinon je ne suis qu’un magicien. Et tôt ou tard je serai jeté dans l’abîme de feu avec les plus abjects des meurtriers.

Si je m’en remets vraiment à lui, c’est pour renoncer à mes propres projets, à ma propre volonté, à mon propre libre arbitre. Et accepter de devenir son instrument. Son serviteur. Et non seulement un « bon chrétien » qui sert encore en réalité son petit ego, dissimulé sous les oripeaux tartufes de la Vertu, juge les autres et donne des leçons de morale, de sagesse, ou s’érige en modèle de perfection spirituelle auprès de qui veut bien l’écouter, en singeant la sainteté pour mieux flatter son propre orgueil.

Ce n’est pas facile de renoncer. De renoncer vraiment. Et non juste de renoncer en surface ou en partie. De renoncer inconditionnellement, comme Jésus l’a fait en se livrant librement à la Croix. De renoncer à ce que nous cherchons à abandonner volontairement, parce que cela ne fonctionne plus, que cela nous embarrasse et nous fait souffrir : nos vieilles habitudes, nos vieux conditionnements, nos limites et nos esclavages intérieurs ou extérieurs. Mais aussi renoncer notre chère « liberté »…

Car l’obéissance à Dieu, ça existe aussi ! Et cela fait partie du New deal spirituel que nous passons avec notre Dieu d’Amour. Par un marchandage de marchands de tapis : je te donne ceci si tu me donnes cela. Mais un pari vertigineux : je te donne ma vie, sans savoir ce que tu désires pour moi ni où tu veux me mener, ce que tu veux faire de moi plus tard, une fois que j’aurais accepté que tu me transformes.

Je te donne ma vie avec la certitude que tu veux le meilleur pour moi : un bonheur bien plus vaste que ce que je n’aurais jamais osé concevoir, espérer ni revendiquer pour moi-même.

Je le fais librement et totalement, sans réserve aucune. Je consens à m’en remettre totalement à toi et à te suivre aveuglément. Avec la certitude et la confiance que là où tu me mèneras, je ne manquerai jamais de rien. Et serai glorifié bien au-delà des glorioles auxquelles mon ego pourrait prétendre. Je serai sanctifié bien au-delà de ce que mon orgueil pourrait me faire désirer comme modèle de sainteté.

Ce pari, ce saut dans le vide sans élastique, il nous faudra le renouveler plusieurs fois. Parce qu’assurément, une fois embarqué dans la grande aventure, nous serons tôt ou tard tentés de nous rendormir, de faire demi-tour, sans même nous en apercevoir…

Croyant avoir atteint un stade satisfaisant de notre évolution spirituelle, nous régresserons un jour immanquablement, et nous nous retrouverons confrontés aux mêmes écueils. Jusqu’à ce qu’à nouveau nous mettions un genou à terre et confessions notre stupidité et notre aveuglement afin de nous laisser pardonner, renouveler et saisir de nouveau.

Rares sont les grands saints qui ne connaissent jamais de rechute. Paul n’a cessé de lutter toute sa vie contre les doutes. Et contre une nature plus sensuelle qu’il n’aurait voulu et qui le tourmentait au point de vouloir s’en défaire. Pierre a renié trois fois avant de pleurer amèrement le maître qu’il avait trahi et laissé mourir sur une croix. Plus tard, même si l’Esprit l’aura investi de sa puissance, il a aura connu aussi les doutes, les affres de l’angoisse et la froide obscurité du cachot. Thérèse de Lisieux n’a cessé de confesser ses imperfections et ses doutes. Etc…

Et Jésus lui-même a entamé son ministère après avoir traversé toutes les formes de tentations au désert durant 40 jours de jeûne. Puis l’agonie et la tentation du renoncement à sa mission de Sauveur et à sa nature de Christ à Gethsémani. Puis l’abandon total et l’entrée dans la grande nuit de la Mort qui précède la Résurrection, sur la croix à Golgotha.

Tous nous devons accepter de laisser notre ego crucifier.

En nous désidentifiant de celui-ci, au risque de souffrir horriblement d’une interminable agonie.

Et de nous laisser revêtir d’un habit de lumière d’une facture, d’une taille et d’une couleur dominante que nous n’avons pas choisies.

Nous devons accepter de nous voir remettre un nouveau « Nom » que nous n’avons non plus ni connu à l’avance ni choisi nous-mêmes.

Et non de nous réinventer une identité pour hisser artificiellement notre ego plus haut, à une étagère bien en vue sur les rayonnages de l’autel où sont rangées nos propres idoles.

Christ veut des christs. C’est-à-dire des fils nus et obéissants mais oint de la puissance de l’Esprit. Et non des soldats casqués et armés de métal prêts à livrer orgueilleusement bataille contre l’Ennemi.

Comme le disent les sages taoïstes : « Imposer sa volonté aux autres, c’est force. Se l’imposer à soi-même, c’est force supérieure ». (Lao Tse)

Mais Dieu ne veut pas seulement des sages. Il ne veut pas seulement que nous sachions nous imposer à nous-mêmes notre propre volonté au lieu de prétendre combattre l’autre et remporter victoire. Il veut que nous acceptions de nous en remettre avec confiance et amour à Sa volonté.

Mais l’humilité, la vraie, est tout sauf son contraire : l’hypocrisie tartuffe qui nous fait souvent jouer les humbles, alors que nous bouillonnons d’orgueil et souhaitons en vérité nous hisser au-dessus des ignorants, des mécréants ou des brebis stupides que nous méprisons superbement.

L’humilité n’est pas fausse modestie. Ou négation des talents et des missions que Dieu nous a confiées et nous confie encore. Jésus est humble mais ne renonce pas à la puissance que le Père lui a confiée. Ni à dire la vérité pour défaire les orgueilleux et les hypocrites. Il en fait au contraire un bon usage, mais sans jamais s’arroger le bénéficie de la victoire, ni la gloire pour le résultat obtenu.

« A toi le règne, la puissance et la gloire ! » Il nous faut le dire et le répéter inlassablement quand Dieu nous investit d’une puissance nouvelle et nous équipe pour le combat qu’il veut nous voir mener en ce monde au nom de l’Amour.

Si nous cherchons la gloire, nous serons humiliés.
Si nous cherchons la victoire, nous serons vaincus.
Si nous cherchons à nous sauver par nous-mêmes, nous serons anéantis.

Mais si nous cherchons la Vérité, si nous cherchons à servir la Vie, si nous cherchons à laisser agir consciemment l’Esprit qui demeure en nous, mais qui peut tout aussi bien nous délaisser à tout moment, alors nous sommes réellement revêtus de la puissance de Dieu.

Mais que l’orgueil vienne nous saisir et que nous nous nous glorifions nous-même de cette puissance qui nous habite, ou que nous tentions d’en user nous servir nos intérêts propres ou jouir de l’ivresse que son usage nous procure, et elle nous quitte aussitôt. Et nous chutons plus bas et plus nus que nous ne l’avions jamais été auparavant.

C’est donc avec un effort constant de discernement et d’humilité qu’il nous faut tenir debout face à Dieu.

Nous ne saurions jamais y parvenir sans le secours de l’Esprit qui nous guide et nous éclaire.

La vie spirituelle n’est pas ni roman ni une épopée. C’est une relation d’amour bien réelle, à renouveler chaque matin.

Quand on célèbre un mariage, on ignore souvent qu’il nous faudra en renouveler chaque jour les vœux. Il en va des même pour la relation de compagnonnage avec Dieu.

Et nul ne peut prédire à l’avance quel nouvel épisode nous serons conduits à vivre. Quel fruit nous serons conduits à livrer, ni quelle rencontre inattendue nous ferons sur la route étonnante que Dieu nous invite à suivre.

Mais quelle autre vie pourrions-nous vivre quand nous avons goûté la saveur de la vraie Vie ?

Comment pourrions-nous nous rendormir dans une existence étriquée, morne et solitaire, quand nous avons goûté à la félicité de voyager sous le soleil, avec les multiples frères que Dieu nous donne à connaître pour partager et voyager ensemble ?

Vivre, c’est mourir pour revivre de nouveau. Plus loin, plus haut, plus vaste et plus éternellement encore.

Il n’y a pas d’autre vie de substitution que la Vie en Dieu.

Tout le reste n’est que cinéma hollywoodien, mensonge et piège.

Alors en marche, tous et toutes !

Le genre au prisme de Jésus

Cet article est un prolongement de celui publié par Gilles Boucomont, pasteur, sur le thème : « Jésus au prisme du genre« .

Jésus, homme juif ?

Rembrandt homme juif
Rembrandt – Jésus

Aucun doute possible : Jésus est bien un homme. Et un Juif du premier siècle. Plus précisément un Galiléen, donc sans doute plus grand, plus costaud, avec un visage plus large que les Judéens.

Ses apôtres sont tous des hommes mais il compte de nombreuses femmes parmi ses disciples. D’ailleurs sa relation aux femmes est empreinte de respect, d’affection, voire de cordialité intime. Marthe et Marie, sœurs de Lazare, sont des proches du Christ. Marie-Madeleine également.

Ce n’est pas un « enfant œdipien », comme beaucoup de fils sous l’emprise de leur « mère juive ». Il n’hésite pas à rabrouer fermement sa mère quand celle-ci exige de lui un miracle lors des noces de Cana.

On pourrait même le croire un brin macho, par exemple quand ses disciplines lui indiquent que sa mère et ses frères sont à  sa recherche et qu’il renvoie ceux-ci là leurs angoisses  : « Ma mère et mes frères sont ceux qui font la volonté de mon père. »

En tout cas, il marque clairement sa distance avec sa mère qui reste pourtant très proche de lui, y compris lors de la crucifixion. N’hésitant pas à l’appeler « femme » et non « maman », témoignant ainsi que l’homme libre et adulte devant Dieu est aussi affranchi des déterminismes familiaux.

Jésus efféminé ?

Jésus
Bernardino Luini : Jésus parmi les Docteurs

Croire que Jésus soit efféminé, ce serait céder à des clichés très occidentaux véhiculés notamment par l’art pictural, en particulier italien. Ou projeter des stéréotypes occidentaux (un homme ne pleure pas, ne manifeste pas d’émotions en public, etc…) sur la figure d’un Moyen-oriental de l’Antiquité qui les ignorait totalement.

L’homme juif est au contraire un homme puissamment émotif, affectif même. Il rit, il pleure, il se met en colère, s’emporte, il « vit » ses émotions. Aucun préjugé sur le fait de pleurer. Ceci n’est nullement l’apanage des femmes. La Bible est remplie d’exemples ou les Juifs se lamentent, « pleurent » sur leur sort, sur Jérusalem, ou au contraire s’épanchent en effusions larmoyantes pour se réjouir collectivement. Les démonstrations d’émotion, en particulier publiques, sont fort appréciées, voire théâtralisées. Qu’on songe pour s’en convaincre aux caricatures chères à l’humour juif.

L’esprit cartésien, la survalorisation de l’intellect au détriment de l’émotionnel ou de l’affectif, l’assimilation de « l’esprit » au masculin et de « l’âme » au féminin sont des traits strictement occidentaux, et plus précisément anglo-saxons, sinon français. Les Latins, les Méditerranéens (Italiens, Espagnols, Portugais, Grecs…) sont eux aussi très émotifs et s’épanchent volontiers.

En outre, la culture moyen-orientale n’opère pas de distinction encore moins d’opposition entre l’affectif et le mental, comme chez nous. On vibre autant qu’on pense. On partage un point de vue avec  ses tripes et son cœur autant qu’on l’argumente avec sa tête. L’homme moyen-oriental est « entier », là où l’Occidental se démarque et se méfie souvent de ses sentiments, de ses émotions, de son instinct ou de ses pulsions et survalorise la pensée au détriment des émotions.

Jésus célibataire ?

Jésus et Marie-Madeleine (vitrail)
Jésus et Marie-Madeleine (vitrail)

C’est la tradition et non l’évangile qui a assis le dogme selon lequel Jésus était célibataire. Qui plus est qu’il n’était pas marié à une femme parce que « fiancé à l’Eglise ». Il s’agit d’une interprétation non d’une vérité anthropologique.

D’un point de vue historique comme d’un point de vue biblique, nul ne peut affirmer avec certitude si Jésus était marié ou non. L’Evangile ne mentionne nullement de compagne. Du moins pour les textes canoniques. L’Evangile apocryphe de Philippe mentionne toutefois Marie Madeleine comme « la compagne de Jésus ». Celle « qu’il embrassait sur la bouche ». Encore que ce terme de « compagne » puisse revêtir un autre sens que celui d’épouse. Et que ce geste de s’embrasser sur la bouche puisse être compris comme la transmission ou le partage du « souffle » (pneuma), un geste symbolique voire initiatique par lequel le maître transmettait à certains disciples proches une partie de son enseignement dans le cadre d’une relation plus intime.

D’un point de vue anthropologique, il y a fort à croire qu’il eût été fort difficile à Jésus, Juif du premier siècle, rabbin et maître en Israël, d’enseigner publiquement sans être un homme « entier », c’est-à-dire qui ait connu « bibliquement » une femme. Et donc marié. On ne pouvait en effet même concevoir qu’un homme adulte puisse entrer dans une synagogue et y prendre la parole s’il n’avait connu de femme. Au risque de se voir chasser violemment sinon lapider[i].

Enfin, d’un point de vue théologique et spirituel, le théologien Jean-Yves Leloup pose comme principe que si Jésus n’a pas assumé l’intégralité de l’incarnation, y compris la sexualité, celle-ci ne peut être sauvée. Et donc l’humain ne peut être sauvé en totalité. Jésus n’était donc pas seulement sexué. Il a bien eu une sexualité. Mais laquelle ? A t-t-il connu une femme ? A-t-il été marié ? Se peut-il qu’il fût homosexuel, voire bisexuel, comme l’affirment certains théologiens gays ?…

Cependant, à la lecture de Matthieu 19, on peut s’interroger sur le fait que Jésus vivait dans un statut d’exception, sans compagne. Puisque ses coreligionnaires pharisiens viennent le « chambrer » sur la question du célibat, ne faut-il pas y voir une manière de le mettre en difficulté afin de remettre en cause son autorité ?

La réponse de l’intéressé, en particulier son affirmation qu’il existe des eunuques (littéralement des « hommes non mariés ») qui « se sont faits eunuques à cause du Royaume des cieux » a longtemps servi à l’Eglise catholique de justification théologique au célibat des clercs, lesquels choisissent de renoncer au mariage pour se consacrer entièrement à l’annonce du Royaume. Argument cependant démenti par bon nombre de théologiens contemporains, notamment Uta Ranke-Heinemann (Des eunuques pour le Royaume des cieux – L’Eglise et le célibat).

Jésus androgyne ?

Léonard de Vinci : Le Sauveur du monde
Léonard de Vinci : Le Sauveur du monde

Le thème de l’androgynie divine a fait les choux du célèbre best-seller Da Vinci Code. Lequel fait du peintre Léonard de Vinci le dépositaire d’un sacret caché depuis les origines du christianisme sur une supposée relation conjugale entre Jésus et Marie-Madeleine, d’où serait issue la lignée des rois mérovingiens.

Considérer Jésus comme une figure androgyne à partir de sa représentation dans certaines peintures italiennes (Parmigiano, Bronzino et la peinture maniériste en particulier) est non seulement absurde mais anachronique.

Jésus était fils de charpentier. Il exerçait un métier manuel, « physique ». Il devait être plus trapu et athlétique que fin et élancé. Il se déplaçait beaucoup et souvent, entre la Galilée, la Samarie, la Judée, parcourait des kilomètres, sans doute à pied ou à dos d’âne. Ce n’était donc pas une mauviette.

En outre sa seule présence physique « en imposait » à ses détracteurs. Ce n’était donc pas un être à l’apparence féminine ou hybride, mi-homme mi-femme. Sinon personne, surtout parmi ses collègues rabbins, ne l’aurait pris au sérieux. Car si les hommes pouvaient afficher des traits de personnalité que l’on jugeraient aujourd’hui « féminins », comme pleurer en public, ils se devaient d’afficher un « look » sans ambiguïté aucune : longue barbe bien fournie et carrure respectable.

Jésus était donc plus probablement un « gaillard », un homme robuste aux traits masculins, aux cheveux épais et très noirs, à la peau mate et marquée par le soleil, avec une longue barbe « biblique » et une carrure imposante. Plutôt qu’un être léger et fluet.

Si sa sensibilité peut nous paraître un trait androgyne, c’est parce qu’encore une fois nous projetons sur Jésus nos propres catégories contemporaines et occidentales. Jésus n’était pas un être « sensible » au sens de « faible ». Mais son amour était d’une profondeur telle qu’il voyait au travers de chaque être comme dans un livre ouvert, avec une tendresse particulière et infinie, une « tendresse » qui est accueil total de l’autre et non sensiblerie.

Croire, c’est pour les femmes ?

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C’est encore une fois une vision occidentale pour pourrait donner à penser à beaucoup d’hommes que la foi n’est pas faite pour les vrais mâles. Qu’elle s’apparente à une sensibilité qui relève du féminin.

En outre opposer la foi des bonnes femmes à la raison masculine et plaquer ces considérations sur Jésus est du plus pur anachronisme et ethnocentrisme. Anachronisme car on n’a coutume d’opposer foi et raison que depuis que les Lumières et le scientisme ont rejeté la foi dans la ténèbre de l’obscurantisme. Ethnocentrisme parce que si les Judéens côtoyaient la pensée grecque, et si la raison ou le Logos ne leur étaient sans doute pas étrangers, ils ne devaient pas pour autant concevoir d’opposition entre la rationalité au sens où nous l’entendons aujourd’hui et la foi qui échappe à tout critère rationnel.

Au contraire, surfer sur le Talmud ou la Mishna pour interpréter la Loi est un exercice qui fait autant appel au raisonnement logique et déductif qu’à la foi.

Quant aux préjugés que nous pouvons nourrir à l’égard du patriarcat juif qui serait moindre que la domination masculine chère à Bourdieu parce qu’enraciné dans un système de filiation matrilinéaire, c’est un contresens total. La domination des femmes était sans nul doute bien plus forte dans la Judée du premier siècle que dans la France d’avant-guerre.

En tirer des conclusions politiquement correctes sur le « féminisme » ou l’égalitarisme de Jésus avant la lettre est encore plus risible. Jésus ne conteste nullement l’ordre établi quand il s’adresse à une femme. Il ne cherche pas à modifier les règles ou les rôles sociaux. Il « dépasse » les archétypes de genre et parle à « l’être », et non plus seulement à l’humain, sexuellement ou socialement contingent.

En ce sens la familiarité de Jésus à l’égard des femmes, disciples, proches, prostituées ou Samaritaine, est une réelle violation des usages, une transgression de la Loi et une provocation inadmissible aux yeux de bon nombre de ses contemporains. C’est aussi pour ses « fréquentations » que Jésus s’est fait détester des gens comme il faut de son époque…

Jésus libérateur des aliénations sociales ?

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Malgré le caractère renversant, nouveau voire scandaleux de son message pour ses contemporains, Jésus était tout sauf un révolutionnaire ou un libertaire !

Nulle prétention chez lui de nous « affranchir d’une culture aliénante » parce que machiste et soumise aux arbitraires de genre. Ce serait burlesque de le croire.

Jésus n’est pas venu pour faire la révolution post-moderne et en finir avec les stéréotypes du masculin et du féminin. Son message va bien au-delà.

C’est de toute assignation dont il nous délivre. Non seulement culturelle, mais psychologique, familiale (« celui qui ne renie pas son père et sa mère… »), sociétale, économique, et surtout religieuse !

Là où la religion, centrée sur la conformité avec la Loi, enferme dans le péché et ferme la porte du Salut, Jésus vient donner un grand coup de pied dans la fourmilière, révéler les hypocrisies et les enjeux de pouvoir, déconstruire les discours stigmatisant et restaurer la dignité, la liberté et la santé tronquées.

Jésus ne renverse pas un ordre, fût-ce au nom de l’Amour, il fait advenir une réalité nouvelle au nom du Royaume. Il transfigure le réel au lieu de le « réformer » ou de l’amender.

Jésus, icône gay?

Jésus & l'apôtre Jean (icône)

Malgré l’intérêt de leurs hypothèses, en particulier concernant le rappel de notre nature ontologique bipolaire (masculine et féminine) et plurielle, certains historiens comme John Boswell (Christianisme tolérance sociale et homosexualité) et certains théologiens chrétiens gays se trompent quand ils laissent entendre que Jésus était homosexuel.

N’était-il pas entouré d’hommes, plutôt à l’aise avec les femmes, peu enclin à la misogynie ni soucieux de ses prérogatives viriles à l’inverse de ses contemporains ? Ne prônait-il pas l’amour universel du prochain, de s’aimer les uns les autres ? L’apôtre Jean n’était-il pas « le disciple que Jésus aimait » ? Celui qui se tenait « sur le sein du Seigneur » ? Souvent représenté dans l’iconographie chrétienne sous les traits d’un éphèbe efféminé et dans une posture d’intimité amoureuse avec le Christ ?…

En vérité ces théoriciens se trompent parce qu’ils plaquent un concept contemporain – l’homosexualité voire l’identité gay – sur une réalité qui leur est totalement étrangère : la proximité cordiale, affectueuse et physique voire « homophile » entre deux hommes ; phénomène très courant au Moyen-Orient mais qui ne signifie pas (nécessairement) qu’ils partagent une complicité homosexuelle ou entretiennent une relation sexuelle.

Toutefois, il n’est ni totalement absurde ni scandaleux de se poser la question de la relation de Jésus à certains disciples masculins plus proches de lui, comme Lazare ou Jean.

Jésus avait-il des penchants homosexuels ? Il est permis d’en douter. En revanche, Jésus « aimait » chaque homme et chaque femme profondément pour ce qu’il est, avec le regard bienveillant de Dieu, débarrassé de tout jugement et de tout désir d’appropriation.

Si l’on accepte l’idée que l’humain fut créé à l’image et la ressemblance de Dieu, qu’il est d’une nature bipolaire, « homme et femme », et plurielle, donc relationnelle dès l’origine, alors on peut accepter que l’amour se décline à plusieurs genres. Y compris dans sa dimension sexuelle.

Sans pour autant parler de bisexualité, ce qui serait anachronique s’agissant de Jésus, on peut concevoir qu’il était enclin à manifester une proximité physique, une cordialité intime et un amour tendre aussi bien envers ses disciples masculins que féminins. Et ce bien au-delà des conventions sociales ou des convenances morales de son siècle.

Jésus devait se laisser approcher, toucher, sentir par ceux qui le suivaient. L’eucharistie n’est-elle pas fondée sur le corps et le sang du Christ, ingérés sous la forme du pain et du vin partagés lors du repas qui commémore le sacrifice de jésus et le don de sa vie pour l’humanité ?

L’Église a hélas tellement perverti la notion-même d’incarnation, s’est tellement distanciée de la chair, méfiée du corps ou de sexe, et ce depuis l’origine (Paul, les Pères…) que nous en avons oublié à quelle point la rencontre avec Christ est une expérience d’abord humaine, palpable, physique, charnelle, sensuelle.

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Seuls les mystiques ont manifesté des transports et des extases dont la charge érotique, loin d’être gommée, est au contraire puissamment exaltée !

La tradition orientale, notamment orthodoxe, a su maintenir une relation relativement apaisée au corps et au sensuel, là où les églises protestantes sont à l’inverse figées dans une suspicion inquiète et obsessionnelle à l’égard du péché charnel, conduisant parfois à un puritanisme désincarnant des plus mortifères.

Jésus, archétype de l’humain et du divin par-delà les catégories de genre

Adam et Eve
Adam et Eve

Jésus est créateur de sens, de vérité et de réalité, non un idéologue des temps nouveaux. Un homme-dieu qui parachève sa Création, sans rien ôter à ce qu’elle comportait.

Il est un homme parfaitement réalisé au plan humain, « l’Adam parfait ».
Et il est une figure du Divin agissant au plan de l’incarnation humaine.

En ce sens il est tissé du masculin et du féminin, comme tout humain.

Sa Parole libère, restaure et met en mouvement. Elle brise tous les déterminismes, et pas seulement ceux liés au genre. On peut naitre homme ou femme, soumis à l’arbitraire du statut social que nous confère la culture dans laquelle nous vivons, on en est pas moins indifféremment aimé de Dieu. En tant qu’être et non en tant qu’homme ou femme, tenus par les stéréotypes et les conventions liées à notre genre.

Dieu ne cherche pas à annuler ces différences. Mais à les transcender.

Dieu procède par multiplication, par démultiplication, par progression géométrique ou factorielle, non par soustraction ou sur-ajout.

Il n’inverse pas la dynamique de la relation, fondée sur la différence, toutes les différences. Il ne retranche rien à notre identité. Il la parfait, la réalise, l’élève vers sa dimension la plus accomplie.


[i] Voir à ce sujet : Jean-Yves Leloup : « Tout est pur pour celui qui est pur » – Jésus, Marie-Madeleine, l’Incarnation… » (Albin Michel, 2005)