Les Gay Games ont-ils encore un sens et une utilité ?

Dans trois semaines s’ouvriront à Paris les 10e Gay Games, qui se tiendront pour la première fois en France, et pour la deuxième fois sur le continent européen, 20 ans après ceux d’Amsterdam en 1998.

Mis à part les médias LGBT, peu y consacrent leur actualité. Une simple recherche sur Google Actualités montre que le sujet intéresse très peu médias et opinion publique mainstream.

Quelles en sont les raisons ?

Les Gay Games peinent-ils à toucher leur cœur de cible, personnes et militants LGBT ? Souffrent-ils d’un manque de moyens ? D’un manque de réflexion sur le positionnement à adopter face à l’éventail des « causes » et surtout d’événements susceptibles de rassembler en période d’été ?

L’été justement, Français et Parisiens ont-ils les yeux rivés vers d’autres horizons et d’autres préoccupations ? Le sujet n’intéresse-t-il personne au-delà de la communauté LGBT et de ses amis ?

Les Gay Games sont-ils trop calés sur la culture américaine et en décalage par rapport à la réalité française ? Notamment pour les personnes LGBT qui vivent en province, loin des métropoles où se concentrent les communautés ? Sont-ils trop élitistes ? Le concept a-t-il vieilli ? Sont-ils tout simplement has been ?…

Sport populaire et creux estival

Au lendemain du match suivi par 19 millions de téléspectateurs qui a vu la France se qualifier pour la finale de la Coupe du Monde de Football, les Français regardent davantage vers Moscou que vers le stade Jean Bouin où se tiendra la cérémonie d’ouverture des Gay Games le 4 août prochain.

Quelle que soit l’issue de cette finale tant attendue, les médias s’intéresseront ensuite aux dernières étapes du Tour de France précédant la traditionnelle arrivée sur les Champs-Elysées le 29 juillet.

Viendra ensuite le creux estival du 1er au 15 août. Durant lequel Paris est plus désertée par les Parisiens, livrée aux touristes et à ceux qui ne peuvent pas partir ou choisissent de rester.

Alors comment attirer l’attention sur ces jeux ?

Des jeux aujourd’hui encore presque totalement inconnus du grand public, contrairement à des événements incontournables, très médiatisés, bien inscrits dans le paysage urbain et la culture parisienne, comme la Marche des Fiertés.

Force est de constater que les Gay Games n’intéressent qu’une part minoritaire des personnes concernées parmi les plus motivées. Plus quelques hétérosexuels solidaires ou proches de leurs amis sportifs LGBT.

Et bien sûr ceux qui les courtisent, soutiennent la communauté et cet événement pour des motifs divers.

Paris sera toujours… noyé sous les fêtes !

Quant à Paris, la Ville Lumière autrefois vidée de ses habitants et ennuyeuse au possible du 15 juillet au 15 août est devenue une capitale attractive, un pôle touristique de premier plan en période estivale. La ville la plus visitée au monde est aussi l’une de celles qui attirent le plus de touristes l’été.

Et les occasions de s’y divertir n’y manquent pas. 

Icône de la culture festive et jalouse de son prestige, Paris est aujourd’hui noyée toute l’année y compris durant l’été sous une avalanche de fêtes, d’évènements, de festivals et happenings divers, musicaux, culturels, sportifs ou festifs. Tous plus créatifs, originaux, ambitieux, ludiques et décalés les uns que les autres.

A moins d’être un militant ou un représentant LGBT, membre d’un club sportif ou d’une association, ce qui n’est pas le cas de la majorité des personnes concernées, ou de vouloir profiter de ces jeux pour visiter Paris, il semble particulièrement difficile pour les Gay Games d’attirer des hordes de touristes vers les stades, à l’instar des vrais J.O.

Qui plus est avec un concept qui n’a quasiment pas varié en 36 ans d’existence.

Comment apparaître comme « nouveau », mobiliser au-delà du noyau dur et se démarquer, même auprès des gays et lesbiennes, face à une offre de loisirs de plus en plus innovante, hétéroclite et pléthorique ?

Tous égaux ?… Pas vraiment !

All equal! – Tous égaux !

C’est le slogan retenu par la Federation des Gay Games pour ces 10e jeux.

C’est aussi le thème central qui a porté les revendications de la communauté LGBT au cours des dernières années, notamment au cours des débats pour le vote du mariage pour tous, fondé sur des revendications égalitaristes.

On peut d’ailleurs regretter que ce slogan dénature l’esprit des jeux tel que l’a voulu son fondateur.

Lequel entendait rassembler, inclure et montrer l’exemple. Et non gommer des différences objectives entre hommes et femmes, homos et hétéros. Comme on le fait aujourd’hui dans une indifférenciation confusionnelle plus propre à réactiver les réflexes homophobes qu’à voir ces différences effectivement et définitivement acceptées, reconnues et valorisées.

Si l’égalité des droits est un principe républicain, humaniste et universaliste qui mérite d’être défendu, l’égalitarisme à tout crin conduit à terme à une vison schizophrène de la société incarnée par des discours politiquement corrects qui tendent à effacer artificiellement les différences, à les nier, à cause de l’angoisse que ces celles-ci ne redeviennent des motifs d’injustices, d’exclusion ou de persécution.

Ajouté à la traque permanente et parfois excessive de tout stigmate « homophobe », utilisée comme argument rhétorique et politique pour empêcher tout discours contradictoire normalement admis dans une société démocratique (un peu comme certains musulmans avec le chantage à « l’islamophobie »). Et l’on aboutit à une attitude contre-productive qui risque à terme de nourrir ressentiments et feedbacks négatifs à l’égard des LGBT, par un effet de retour du refoulé.

Comme on le voit ici ou là avec la réapparition de certains actes et propos homophobes.

Il eût été plus intelligent, plus efficace et surtout plus respectueux de la réalité de promouvoir comme le voulurent les fondateurs des Gay Games l’aspiration légitime à une égalité de statut, de reconnaissance et de droits (fait aujourd’hui quasiment acquis au plan juridique sinon pour ce qui est  des mentalités, toujours sujettes à des revirements). Mais aussi de valoriser ces différences en tant que telles, pour ce qu’elles portent de valeurs d’exemplarité propres.

Et ce depuis des siècles.

Ce dont les promoteurs de ces jeux, leurs supporters et la communauté LGBT dans son ensemble n’ont aucunement conscience.

All equal, all different, all One ! : voilà qui aurait plus de sens, plus d’ambition, plus de fidélité aux idéaux portés à l’origine par ces jeux, et plus de gueule !

Au lieu de cela, derrière le prétexte de vanter l’Egalité pour tous, les Gay Games version 2018 créent d’objectives inégalités, notamment d’ordre économique, renforçant ainsi l’image d’un événement élitiste, cloisonné et déconnecté de certaines réalités.

Il suffit pour s’en convaincre de consulter la grille tarifaire des évènements sportifs, culturels ou festifs proposés lors de ces jeux très parisiens. Et d’admettre que le ticket d’entrée est franchement dissuasif.

Sinon scandaleusement rédhibitoire pour beaucoup de gays et de lesbiennes fauchés, en France et surtout ailleurs, qui n’auront jamais la chance de s’y rendre.

Un seul exemple assez éloquent : 50€ à 65€ pour la soirée d’ouverture au Grand Palais avec le DJ israélien Offer Nissim en tête d’affiche. On parle ici du tarif « normal » ; les VIP sont invités quant à eux à débourser 95€ à 3000€ pour une table, selon le « rang » où l’on souhaite être vu.

Le ton est tout de suite donné.

L’objectif de rentabilité sera peut-être atteint. Quitte à sacrifier les principes mêmes d’égalité et d’inclusivité qui sous-tendent ces jeux.

Malgré les appels aux dons, au mécénat d’entreprise et aux sponsors, et les efforts affichés de solidarité pour permettre une plus large participation des athlètes les plus éloignés ou les moins fortunés, le coût de la participation à ces jeux reste un élément dissuasif pour beaucoup de personnes tentées de s’y joindre en tant que participant ou simple spectateur. En plus des frais de voyage et de séjour à Paris, 2e ville la plus chère d’Europe après Londres.

Les Gay Games restent donc un événement communautaire réservé à un public de gays et lesbiennes, jeunes ou un peu moins jeunes, plutôt urbains, issus des classes moyennes ou supérieures, qui voyagent beaucoup, et avec un bon voire un très bon niveau de revenus.

Ces fameux « dinks » (double income no kids) très prisés des stratèges du marketing. Encore qu’aujourd’hui beaucoup de couples de même sexe conçoivent, adoptent ou élèvent des enfants.

En tout cas un segment de consommateurs très courtisé par les multinationales. Lesquelles depuis une vingtaine d’années ont flairé le filon et multiplient à l’envi ronds de jambe et offres ciblées pour attirer cette frange de consommateurs aussi exigeants qu’hédonistes et prompts à dépenser facilement leur agent pour se faire plaisir.

Notamment en affichant leur soutien sous forme de sponsoring ou de chars d’entreprises bien visibles lors des Marches des Fiertés.

Les Gay Games sont donc représentatifs de cette culture consumériste, insouciante sinon arrogante, réservée à de véritables « enfants gâtés », aujourd’hui chouchoutés par les politiques, les médias et la société marchande.

Des personnes qui affichent sans complexe leur différence, ou entendent au contraire qu’on ignore celle-ci.

Une communauté autrefois précurseur de modes et de changements sociétaux, solidaires de multiples causes et d’autres minorités stigmatisées. Et qui s’est aujourd’hui pour une large part « embourgeoisée », endormie sur ses lauriers, à force d’être flattée par ses mécènes et une opinion publique qui a aujourd’hui quasiment acceptée l’homosexualité et ses avatars comme autant de nouvelles normes.

Une caste de quasi privilégiés, choyés, jaloux de leur statut de « victimes » indéfiniment ressassé et de leurs droits chèrement conquis au terme de décennies de lutte et de souffrances, notamment à l’époque de la flambée de l’épidémie de sida.

Il faut reconnaître aussi que les gays et lesbiennes sont aujourd’hui objectivement beaucoup plus libres et plus aisés, du moins dans les grandes villes des pays démocratiques, que leurs homologues issus de pays où l’homosexualité est encore pénalisée, les personnes pourchassées, et où le niveau de vie est sensiblement moins élevé qu’à Paris.

Des jeux réservés à une élite ?

Face à des sociétés hostiles, la découverte de sa propre différence et la nécessité de se faire accepter (différence objective qu’on voudrait aujourd’hui gommer comme si elle n’existait pas en la noyant dans des discours politiquement corrects sur l’égalité ou des circonvolutions souvent franchement hystériques sur le « genre »), a toujours poussé les jeunes homosexuels qui voulaient s’en sortir à se singulariser sinon à s’auto-justifier.

Longtemps beaucoup d’homosexuels pas forcément « bien nés » n’avaient d’autre choix que de s’acheter une place au soleil en aiguisant leurs talents, en se battant pour être reconnus, acceptés grâce à leurs mérites, accéder à des prébendes ou à des postes de responsabilité, et servir d’exemples aux autres.

Quitte à toujours devoir en rajouter pour se démarquer du lot commun, adhérer aux discours dominants puis imposer ensuite des modèles alternatifs une fois arrivés au pouvoir, suivre les courants ascendants jusqu’à être en mesure d’imposer leurs différences et imprimer leur marque, grâce à des efforts et des mérites fondés sur une culture de l’excellence.

Cette attitude commune à beaucoup d’homosexuels illustres, passés ou actuels, leur a permis durant des siècles de jouir d’un statut d’exception. De se protéger des menaces auxquels leurs mœurs pouvaient les exposer. Et de vivre  bien au-dessus du sort réservé aux homosexuels issus du peuple et croupissant dans les bas-fonds de la société, sans cesse menacés de sanctions, d‘arrestations et d’humiliations diverses. Quand ils n’étaient pas traduits en justice ou conduits sur des bûchers publics par une société incapable d’admettre ses propres différences, ou des institutions incapables de reconnaître leurs propres ambiguïtés.

Servir d’exemple et promouvoir de vraies valeurs

Avant d’inventer les Gay Games, Tom Waddell, un jeune médecin homosexuel né en 1937 dans une famille catholique du New Jersey, a ainsi d’abord rejoint les rangs de l’armée américaine et servi en tant qu’officier parachutiste et médecin des armées.

Ce n’est que plus tard, après avoir concouru comme décathlonien et remporté une médaille d’or aux J.O. de Mexico, qu’il eut l’idée d’inventer des jeux olympiques d’un nouveau genre, ouverts à tous mais destinés avant tout à rehausser l’image négative dont souffraient les minorités sexuelles dans l’Amérique puritaine et figée des années d’Après-guerre, jusqu’aux années 1960 et 1970 où des revendications politiques ou catégorielles sont venu en bousculer les fondements.

C’est à cette époque qu’une jeunesse contestataire et hippy a initié de gigantesques rassemblements et défilés comme à Woodstock ou dans les grandes villes américaines, où contre-culture et slogans politiques se confondaient pour s’opposer à la Guerre du Vietnam, à la ségrégation dont étaient victimes les Noirs américains, les femmes, les minorités ethniques ou sexuelles.

Du poing levé des athlètes noirs sur les podiums olympiques en signe de protestation, aux harangues de Martin Luther King ou Malcom X, des représentants de minorités ont ainsi incité leurs semblables à prendre en mains leur destin pour forcer l’Amérique à leur octroyer des droits égaux.

C’est dans ce contexte que naquirent les Gay Games.

Un événement directement inspiré des Jeux Olympiques, mais décliné pour promouvoir les aspirations à une reconnaissance des LGBT.

Des jeux qui entendaient aussi revisiter et revitaliser les valeurs de fraternité, d’humanisme et d’universalisme, qui de la Grèce antique aux premiers J.O. de l’ère moderne imaginés par Pierre de Coubertin nourrissent la flamme de l’idéal olympique.

Selon la vision plus ou moins mythique accréditée par les spécialistes des gay studies, les émeutes de Stonewall avaient constitué un tournant majeur et l’événement fondateur propre à l’émergence d’une conscience politique et à l’engagement des minorités sexuelles dans une lutte pour être reconnues et accéder à de nouveaux droits. Une sorte de Bastille Day (14 Juillet) qui entendait substituer la révolte puis la fierté, le combat et la visibilité, à des années marquées par la honte, l’humiliation, la clandestinité, le silence, la soumission passive aux autorités, à l’opprobre et aux persécutions.

Initié à San Francisco en 1982, les Gay Games constituent une alternative positive sinon complémentaire à ces luttes et revendications politiques. En déplaçant la tension dynamique sur le terrain symbolique des arènes du sport.

Mais aussi par la promotion de valeurs d’engagement, d’exemplarité, de dépassement de soi, de participation, d’inclusion à l’égard de personnes plus limitées ou handicapées, notamment à l’époque où le sida faisait des ravages. Des valeurs propres à changer l’image du public sur les personnes LGBT, et de permettre une reconnaissance plus objective de leur contribution à l’édification d’une société plus juste, plus unie et plus fraternelle.

Au-delà de l’humanisme

Ces valeurs ne sont toutefois pas totalement nouvelles. Et ne constituent pas non plus un horizon inamovible et indépassable.

Elles existaient en germe et sous une autre forme dans les sociétés d’Ancien régime, bien avant  l’Idéal humaniste des Lumières et les révolutions démocratiques qui en portèrent le flambeau en renversant l’ordre établi. Même si celles-ci ont permis d’instaurer et continuent de promouvoir aujourd’hui partout dans le monde un modèle de société fondé sur les principes universels des Droits de l’Homme. Socle commun à l’édification d’une civilisation humaine vraiment juste, libre, égalitaire, unie et solidaire.

Philippe Auguste et Richard Cœur de Lion, rois de de France et d’Angleterre et amants

Depuis l’Antiquité et le haut Moyen-Âge, qu’il s’agisse de valeurs comme l’Amitié ou la Fraternité, les homosexuels puisqu’on les appellent ainsi depuis l’invention de ce concept au 19e siècle, ont toujours incarné et promu des formes de relations transversales qui contribuaient à souder les liens entre leurs partisans, tout en bousculant les usages, les modèles, les règles, les lois, la morale ou l’ordre établi.

Dans des sociétés très hiérarchisées, verticales et patriarcales, des hommes de haut rang et des femmes courageuses mus par leurs désirs et leurs affinités électives ont ainsi initié, inventé et cultivé des relations fondées sur des amitiés ou des amours autres que ce à quoi les conventions assignaient tout un chacun.

Ils ont ainsi jeté des ponts, scellé des alliances, briser des conformismes et bousculé les règles.

Quitte pour y parvenir à ouvertement se moquer de leurs détracteurs, à braver les interdits, transgresser les lois et prendre tous les risques pour s’exposer au grand jour.

Suscitant au passage l’opprobre et le scandale, ou forçant au contraire l’admiration de tous par leur caractère exemplaire et singulier, ils se firent une place souvent enviée en rejoignant les élites de leur temps, jusquà accéder enfin au rang qu’ils convoitaient.

Aujourd’hui encore, mêmes si les codes de la méritocratie républicaine et les voies d’accès au pouvoir ne sont plus les mêmes que sous l’Ancien régime ou dans la société bourgeoise des Lumières à la société industrielle, les mécanismes restent à peu près les mêmes.

Et les élites politiques, sociales, économiques, financières, culturelles, artistiques et autres comptent en leur sein beaucoup de brillants hommes et femmes homosexuels, bisexuels, sinon transgenres, déclarés ou non.

De l‘actuel Président de la République et de ministres de premier plan à l’ancien maire de Paris Bertrand Delanoë. En passant par tous les rouages de l’Etat, la gouvernance des grands groupes économiques, les institutions culturelles, médiatiques, artistiques ou intellectuelles, des secteurs de la création, de la mode, du spectacle ou des loisirs, on retrouve partout des gays et lesbiennes souvent issus des grandes écoles de la République, ou qui se sont hissés par eux-mêmes jusqu’au sommet à force de courage, de talent, d’opiniâtreté, d’engagement au service des autres, mais aussi grâce à leur entregent et leur aptitude à cultiver leurs réseaux.

Ceux qui crient au « complot », ou fustigent le « lobby gay » ignorent souvent les efforts et les sacrifices que ces personnes ont dû pour une large part consentir afin d’arriver là où ils sont et se faire accepter ; dans leurs écoles, leur milieu professionnel ou par leur hiérarchie.

On s’est tellement habitué, on a aussi tellement abusé des discours victimaires tissés autour de l’homosexualité et de l’homophobie, depuis les sodomites autrefois pourchassés par l’Eglise et la police des mœurs jusques aux gays, lesbiennes et transgenres caillassés par des extrémistes ou des caïds de banlieue, pourchassés ou persécutés dans certains régimes autoritaires à cause de leurs différences, qu’il paraît aujourd’hui difficile aux intéressés vivant dans les grandes cités les plus ouvertes et tolérantes à l’égard de l’homosexualité, notamment les plus jeunes, de prendre du recul et conscience des réalités actuelles.

Or c’est un fait attesté par bon nombre d’historiens LGBT : en dépit de périodes de réelle intolérance parfois dramatiques pour les minorités sexuelles, leurs membres ont toujours été très présents, en France comme dans l’ensemble du monde occidental, dans toutes les plus hautes sphères du pouvoir.

Qu’il s’agisse de l’aristocratie de robe ou d’épée sous l’ancien régime, de la chevalerie et de l’armée, de l’Eglise, des confréries artistiques, de métiers, des cercles intellectuels, politiques, philosophiques, économiques, notamment ceux qui ont porté les grands changements, les grandes innovations qui ont marqué l’Histoire et les idéaux les plus progressistes, ont toujours compté des hommes et femmes brillants, puissants et reconnus qui se singularisaient par leurs préférences ou leur orientation sexuelle.

L’étoffe des héros : promouvoir l’Homme ou le Surhomme ?

Pourquoi des tels jeux, porteurs de valeurs si exemplaires, sont-ils alors autant ignorés pour ce qu’ils étaient, ce qu’ils sont ou ce qu’ils devraient être ?

A force de trop rester centré sur des discours et revendications égalitaristes, de vouloir gommer les différences, par peur d’un retour de bâton et de voir ses droits grignotés, on en oublie les valeurs originales dont on est porteur.

Et puis, s’agissant des événements sportifs de haut niveau comme des J.O., les enjeux qui les sous-tendent et leur l’hypermédiatisation font que ceux qui les organisent comme ceux qui y participent privilégient bien plus souvent le spectacle et l’exhibition des performances par rapport aux principes éthiques.

Le public cherche à se projeter sur la figure de ces héros du stade plus proche du Surhomme quant à leurs capacités physiques que de l’Homme lui-même en tant que modèle de Citoyen porteur de valeurs universelles de dépassement de soi au bénéfice de tous et non juste de soi-même ou des couleurs qu’on porte, d’équité, de fraternité et de justice.

L’important c’est de créer l’événement, le buzz, en crevant le plafond. Quitte à fabriquer des gladiateurs modernes ou des monstres de foire totalement éloignés du commun des mortels, qui paieront ensuite très cher une fois retirés de la compétition cette course inhumaine et effrénée à la performance, à l’exploit et au succès.

La performance et la compétition n’étant pas le propos central des Gay Games, du moins pas selon les modèles du sport mainstream, il est normal que ceux-ci intéressent aujourd’hui peu de monde.

De fait le succès tant attendu en 2017 de la candidature de Paris pour les J.O. 2024, après des années d’efforts et 2 tentatives infructueuses, face à Pékin en 2008 et Londres en 2012, a aussitôt relégué les Gay Games au rang de « fétiche » destinés aux seuls intéressés.

Il faut dire que les enjeux politiques, économiques, urbanistiques et financiers ne sont absolument pas comparables.

Quant aux élus de la Mairie de Paris et de la Région Ile-de-France, les liens clientélistes qu’ils entretiennent avec la communauté LGBT auront sans doute facilité l’organisation de ces jeux gays, mais malgré les discours enthousiastes de façade le cap est désormais clairement fixé sur 2024.

Les Gays Games sont-ils devenus has been ?

Et puis n’en déplaise aux tenants du politiquement correct, le concept même des Gays Games a sans doute pas mal vieilli et mériterait d’être repensé.

Il n’est sans doute plus aussi adapté à la société d’aujourd’hui. Et accuse même un certain décalage par rapport à la réalité et aux enjeux de l’époque s’agissant de la situation des personnes LGBT.

Du moins sous nos latitudes.

Un décalage dont participants, organisateurs, partenaires et promoteurs n’ont sans doute pas eux-mêmes pris conscience.

Décalage culturel et historique d’abord.

Inventé sur le sol américain, les gays Games sont indissociables de la culture américaine.

A l’image des standards identitaires, politiques et culturels de la culture gay qui a essaimé des pays anglo-saxons à l’ensemble du monde démocratique en passant par la vieille Europe, faisant fi des particularismes régionaux.

Même si les personnes LGBT appartenant aux communautés locales tentent de cultiver leurs propres différences et spécificités, ces modèles entrent souvent en conflit avec la culture locale où leurs revendications tentent de s’exprimer. Leurs promoteurs se contentent de les reproduire en cherchant à imposer artificiellement des discours et des codes en décalage parfois complet avec la  culture locale. Nourrissant dans des sociétés réfractaires aux avancées progressistes des crispations et des rejets à l’opposé des buts affichés.

Le mythe du « Progrès » social et politique tend à occulter ces différences aux yeux des militants. Et tend à les enfermer dans une posture de lutte parfois préjudiciable aux intéressés.

Ainsi dans des pays d’Asie, d’Afrique ou du Moyen-Orient l’homosexualité et l’identité gay (ou queer) demeurent des concepts totalement étrangers à la culture locale. Ils sont plaqués du dehors par ceux qui entendent avec de louables intentions lutter contre les persécutions et stigmatisations dont sont victimes les personnes LGBT, faire avancer leurs droits, en surfant sur une mondialisation favorisant l’uniformisation des modèles culturels, idéologiques et politiques.

Comme s’il existait de facto une communauté LGBT mondiale constituée de toutes celles et ceux qui partagent le même désir pour le semblable, ont des pratiques similaires ou pourfendent les identités et modèles de genre établis comme légitimes dans leur société.

Rien n’est pourtant moins évident.

En France les choses peuvent paraître a priori plus simples qu’à Grozny, Riyad ou Kampala. Ou même Istanbul, Marrakech, Pékin ou Moscou.

Pays latin jaloux de ses particularismes, la France s’est en effet beaucoup rapproché au cours de ces dernières décennies du modèle américain et des standards culturels des pays anglo-saxons ou nord-européens.

Mais malgré le paravent trompeur des discours en vogue politiquement corrects, les mentalités ont parfois tendance, notamment en période de crise, à se rétracter sur des modèles plus traditionnels et moins tendance.

Ainsi la situation dans des grandes villes comme Paris, Lyon, Marseille ou Bordeaux, est sans commune mesure avec les mentalités dans des régions plus rurales, plus reculées, plus excentrées, où les identités locales sont plus affirmées, et plus réfractaires à l’uniformisation en marche.

Le clivage est aussi historique. Car ce qu’ignorent beaucoup de militants LGBT attachés aux mêmes discours, aux mêmes réflexes identitaires et aux mêmes méthodes, c’est que les temps changent.

En France les bouillonnants événements de mai 1968, dont on a discrètement fêté le cinquantenaire tout récemment, avaient marqué un tournant dans les luttes portées notamment par les féministes (dont un grand nombre étaient lesbiennes ou bisexuelles) pour l’émancipation des femmes.

D’autres revendications minoritaires et d’autres luttes se sont ainsi agrégées, jusqu’à former un front commun pour être entendues, visibles, et forcer politiques conservateurs et opinion publique frileuse à entendre leurs revendications, en précipitant le rapport de force et en mobilisant la parole dans la rue et les médias.

Importée des Etats-Unis, la Gay Pride a fini par s’imposer au fil du temps comme un rituel et une institution en France.

Elle est l’héritière directe de ces luttes des gays et lesbiennes, portées au départ par des groupuscules minoritaires proches de l’extrême gauche comme le FHAR.

A l’exemple des grandes marches américaines puis européennes et mondiales, elle est peu à peu devenue un carnaval gay, une fête de rue colorée, provocante, extravagante et festive, un rituel politique et communautaire, et une institution incontournable sinon attractive dans le paysage urbain.

Les Gay Games au contraire, offre un visage beaucoup plus clean, presque sage voire ascétique du gay qui par l’effort tente de se dépasser, de servir de modèle et de montrer l’exemple à des pairs moins courageux ou moins chanceux au sein d’une minorité stigmatisée.

Un idéal de héros plus proche du modèle de l’athlète grec que du « pervers dépravé », ou de ces forcenés du sexe adeptes des pratiques les plus marginales ou extrêmes.

Encore que l’extravagance y compris sur les stades ne soit pas absente de ces jeux. Mais elle offre une facette beaucoup plus ludique, bon enfant et très second degré, que les excès communs aux giga-fêtes gaies comme La Démence ou aux orgies communes aux backrooms du Marais.

Ce modèle est toujours intéressant à promouvoir. Mais à l’heure où tout le monde ou presque se désintéresse de l’image que peuvent donner d’elles-mêmes les personnes LGBT, ils n’intéressent en vérité que les LGBT eux-mêmes. Et ne constituent pas a priori un événement d’une originalité radicale ou d’une force admonitoire propre à attirer l’attention des médias et du grand public.

Tout au plus les Gay Games apparaissent comme un rassemblement communautaire de plus.

Et ceux qui gagneraient à être convaincus par les messages qui les avaient inspirés au départ se contrefichent de slogans à peine audibles mis en avant lors de ces jeux.

Tout au plus laisse-t-on les LGBT faire leurs petits J.O. entre eux, comme on laisse les enfants s’amuser dans leur bac à sable.

Il serait beaucoup plus intéressant et efficace de s’investir au sein des institutions et lors des grands événements sportifs internationaux, pour en révéler les défaillances, les ambiguïtés et les dérives.

Et autrement plus éloquent si des athlètes de haut niveau, LGBT ou pas, osaient plus souvent prendre la parole pour dénoncer les discriminations dans le sport dont eux-mêmes ou leurs collègues sont victimes.

Mais surtout pour promouvoir ces belles valeurs humanistes qui devraient toujours inspirer le sport et sont aujourd’hui dénaturées, trahies, souillées par les affaires de dopage, la corruption, la quête exclusive de la performance, de l’exhibition, de la compétition à outrance et de l’audimat.

Dérives qui résument le sport à une succession de spectacles à sensation, plus propices à occuper ou exciter les esprits qu’à les élever. Et remplir les caisses des sponsors qu’à faire oeuvre éthique.

Promouvoir un autre modèle d’humanité devrait être pourtant la motivation principale et l’objectif affiché de ces jeux.

Plutôt qu’une simple occasion de rassembler des LGBT de toutes les nations ou presque, juste pour singer les vrais J.O., pour faire la fête et s’amuser entre soi.

Enfin il serait temps de prendre conscience que les temps ont changé, que la situation des LGBT dans les grandes démocraties n’a plus de rien commun avec celle des décennies passées, et que le concept est aujourd’hui usé.

Force est de constater que depuis les premiers Gay Games de San Francisco en 1982, les personnes LGBT ne sont plus du tout confrontées aux mêmes difficultés que dans les années 1960 ou 1970. Du moins sous nos latitudes. Le Droit a évolué, la visibilité est désormais un fait indiscutable sinon acquis, la société a changé, le mariage se généralise, l’homophobie a reculé et l’homosexualité est quasiment devenue une norme sociétale à égalité avec l’hétérosexualité.

Dépénalisée en France par François Mitterrand en 1982, retirée de la liste des maladies mentales par l’OMS en 1993, l’homosexualité est en effet peu à peu devenue, notamment depuis le vote du pacs en 1999, puis du mariage pour tous en 2013, une nouvelle norme.

C’est du moins l’objectif poursuivi par les représentants de la communauté LGBT. Et quasiment atteint aujourd’hui, du moins du point de vue juridique et dans les discours, avec l’adoption du Pacs en 1999, puis du mariage pour tous et de l’adoption pour les couples de même sexe en 2013. La pénalisation des actes et propos homophobes constituent un rempart juridique et éthique, certes toujours fragile, pour garantir contre toute résurgence des discriminations et violences à l’égard des personnes concernées.

En Europe, les grandes métropoles comme Paris, Londres, Amsterdam, Barcelone ou Berlin ont vu se développer des communautés et une culture LGBT très influentes et très structurées. Ces grandes villes constituent de véritables eldorados pour les personnes LGBT, inimaginables il y a encore 40 ou 50 ans.

Même si violences et discriminations homophobes peuvent toujours resurgir ici ou là, notamment en temps de crise comme envers toute minorité, selon les mécanismes habituels de désignation de boucs émissaires.

Regarder vers l’avenir avec audace

On ne saurait comparer la situation des LGBT en France en 2018 avec celle des années 1960. Ni avec celle autrement plus dramatique des minorités sexuelles dans des pays comme la Tchétchènie, la Russie, l’Arabie Saoudite, le Yémen, l’Ouganda ou la Somalie.

Pour tout esprit sensé, véritablement pétri d’humanisme et de justice, il est en effet assez révoltant de constater les distorsions dans les discours et l’attention portée à des situations aussi objectivement critiques qui mériteraient de mobiliser de façon autrement plus responsable l’attention des élus, des institutions, des représentants LGBT, des médias et de l’opinion publique.

Certes on ne saurait mettre en concurrence les revendications. Mais n’y a-t-il pas un hiatus troublant entre la culture hédoniste du Marais et les geôles tchétchènes ?

L’accession aux PMA et à la GPA pour les couples homosexuels est sans doute une revendication utile à promouvoir sinon a priori légitime. Mais n’apparaît-elle pas un peu secondaire ou dérisoire face à l’urgence de répondre aux pendaisons, aux décapitations publiques d’homosexuels, aux tortures, aux viols, aux castrations, aux emprisonnements arbitraires et autres crimes dont sont victimes chaque jour les homosexuels dans certains régimes dictatoriaux ?

Autant de crimes sur lesquels nous préférons souvent fermer les yeux pour ne pas déranger notre confort, égratigner notre bonne conscience, ou nous confronter à nos propres lâchetés. Notamment quand un pays démocratique et fier de ses valeurs comme la France cherche à développer des liens avec des partenaires comme la Chine, la Russie ou les pays du Golfe, en mettant parfois un mouchoir sur ses principes.

Il serait temps de rectifier le tir. Et de redonner du sens et du souffle à ces grands événements comme la Marche annuelle des Fiertés. Ou les Gay Games qui n’ont lieu que tous les 4 ans dans une grande capitale du monde.

Plutôt que de chercher à se contenter ou créer un business gay concurrent des J.O., fût-ce au nom de généreux principes, la fédération organisatrice de ces jeux devrait réfléchir à sa mission, surtout dans les temps troublés que nous vivons. Et au message qu’entendent donner les LGBT les plus aisés à leurs frères, aux autres humains et au monde entier.

Il ne s’agit plus de se poser en victimes et de réclamer toujours plus d’égalité dans des démocraties où les différences sexuelles ne sont quasiment plus un problème. Ni de jouer la comédie de la « visibilité » en s’affichant lors de rassemblements sportifs organisés exclusivement dans des métropoles gaies où celle-ci est déjà acquise.

Le lobbying communautaire a ses limites. Il faut aller de l’avant, bousculer paresses et certitudes, faire preuve d’audace, de détermination et d’esprit d’innovation.

Les valeurs humanistes et universalistes d’unité, de fraternité, de solidarité et d’exemplarité, portées par tous, pour tous, et au nom de tous, ne peuvent plus être conçues selon les mêmes modèles éthiques, philosophiques, rhétoriques et politiques qui prévalaient au début du 20e siècle (pour les J.O modernes) ou à la fin de ce même 20e siècle (pour les gay Games).

Il faut donc repenser de fond en combles la philosophie de ces jeux.

Et soit en infléchir la forme et le fond en privilégiant un objectif de soutien actif et non juste symbolique aux minorités vraiment opprimées, dans des pays où ils sont condamnés à la mort, au silence et à l’oubli par des régimes fondamentalistes ou dictatoriaux. Et donc braver les peurs et mobiliser les énergies pour sortir ces personnes des prisons physiques, mentales ou spirituelles où on les enferme dans l’indifférence générale.

Soit consacrer les moyens et soutiens rassemblés autour de ces jeux pour travailler de l’intérieur comme de l’extérieur les instituions des J.O. et le milieu sportif en général.

Objectif ultra ambitieux, irréalistes diront certains. Mais qui constituent un défi propre à mobiliser bien au-delà des seules communautés LGBT, et qui honorerait grandement ceux qui s’y consacrent.

 

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Cassé Cassius !

 

CASSIUS ?

Oui… mais non !

Pourquoi je n’irai pas voir Cassius aux Nuits Fauves le 16 février, ou n’importe où ailleurs ?

Parce que Cassius symbolise la quintessence de la French Touch tête-à-claques.

Pire encore que Justice, c’est dire !

Que Guetta ? Non, on parle musique tout de même.

Tout ce que j’abhorre dans la musique électronique, bien que leurs productions soient d’une indéniable qualité.

Revenons au point de départ. Chicago, Detroit, New York. Puis Londres et toute la planète.

Ceux qui ont 50 ans et plus, ou qui étaient à la soirée Let There Be House avec Marshall Jefferson et Tony Humphries au Rex Club le 25 janvier, voient très bien de quoi je veux parler.

Les gamins fauchés du South Side qui ont inventé ces musiques il y a 30 ans et plus, surtout la house de Chicago, n’étaient pas des musiciens à proprement parler. Encore moins des stars. Tout au plus des DJs qui gagnaient péniblement leur vie en mixant dans des clubs totalement inclusifs, ouverts à tous, aux prolos, aux Blacks, aux pédés, aux moches, surtout pas qu’aux VIP.

L’esprit Midwest et la débrouillardise. Une 808 ou une 909 empruntée à un pote, un vieux DX7 et hop ! C’est parti pour un loop à faire hurler les dancefloors.

Ils ne cherchaient pas à gérer un plan de carrière, à se rendre inaccessibles, en méprisant le marigot des teuffeurs et des musicos du dimanche qui rament des nuits entières dans leur chambre pour pondre un track correct.

Pour mieux comprendre ou rafraîchir ses souvenirs, voir cet excellent documentaire I was there when House music took over the world.

 

 

Vers 1994/1995, 10 ans après ces débuts héroïques, les musiques électroniques avaient envahi le monde. Du moins tous les recoins underground de la planète. Wake Up vivait ses derniers moments de folie (encore au Rex), Garnier et la techno entraient en dissidence, les raves commençaient à s’essouffler, le hardcore avait brisé la magie, les esctas étaient frelatées, les teuffeurs partis sur les routes dont certains ne reviendraient jamais.

Et puis soudain, patatras !

1997. Deux fils-à-Papa versaillais aux airs d’ados bien sages balancent un OVNI sur les ondes radio et les clubbers fatigués. Around the World signait la fin des outrances trance, rave et hardcore. Et les vrais débuts de la French Touch version mondialisée. Avec un clip totalement décalé, millimétré et soigneusement chorégraphié par Michel Gondry.

Dans la foulée, Thomas et Guy-Man inventeront un son nouveau, révolutionnaire, l’électrohouse, qui sera la bande-son des années 2000, copié à l’infini.

Mais pour l’heure, avec l’album Homework, on est plutôt dans une resucée de sons bien funky voire disco, avec des samples éneaurmes montés en boucle, hystérisés par une distorsion, une compression et une dynamique incroyables, saupoudrés de quelques gimmicks obsédants au vocoder et emmenés par un beat binaire et entêtant.

Et pis c’est tout.

Bien malin celui dont on allait lui aussi beaucoup parler, et qui avait propulsé ces ritournelles disco à peine filtrées au rang d’hymnes planétaires. Et les deux robots sur les starting-blocks d’une carrière brillantissime.

Zdar et Boom Bass (Philippe et Hubert pour les intimes), les deux membres du duo Cassius, ont débarqué à la même époque, ou quelques années après. Eux aussi savamment marketés par le petit label de Barbès qui deviendra très très grand : Ed Bangers. Créé par Pedro Winter, un Versaillais lui aussi mais bien plus déjanté, au look de Viking, fana de skate, de rock, de hip hop, de drogues psychédéliques, et surtout au nez très creux et hyper malin.

Alors que les musiques électroniques sortaient de la clandestinité et d’une réputation de merde grâce à Jack Lang et des labels ambitieux comme F Com, Ed Bangers allait brouiller les pistes, produire des OVNI mélangeant house, hip hop, pop-rock et tout ce qui pouvait trancher avec les standards de la dance.

Rien n’était laissé au hasard : visuel coloré et décalé, clips rétro-pop léchés, look néo grunge ou dandy électro pour les artistes, buzz parisien impitoyable et promo mondiale avec des connexions auprès des plus grands : on a vu le résultat en 2013 avec l’album Random Access Memories… La machine Ed Bangers allait vite catapulter ses protégés vers les plus hauts sommets.

1999 (référence au meilleur album de Prince, what else ?…) et sa house léchée, sophistiquée, intello, élitiste, presque froide, « française » quoi, allait faire le tour du globe.

Mais ces icônes de la French Touch unanimement célébrées, auxquels ont pourraient ajouter tous les groupes phares des années 2000, les Air, Justice, Kandinsky, Vitalic… ont tous en commun le même ressort marketing : L’ATTITUDE !

Electropop un peu évanescente pour Air, franchement plus rock, crasseuse et putassière pour Justice, disco ou électroplouf pour les 2 autres.

Cassius c’est la classe. Ils ont joué avec les plus grands. Et ne se produisent (du moins à l’époque) que dans les clubs les plus hype de la planète. Ou dans des mini-clubs hyper confidentiels pour happy fews triés sur le volet (« Quoi, t’es pas sur la guestlist ? Dégage ! ») Comme le Paris Paris pas loin du Palais Royal, où je les avais vus en concert privé avec -M- et quelques potes k1ris, sur invitation uniquement. Mehdi et Pedro à moitié à poil et totalement ecstasiés aux platines : une soirée mémorable !

Quand on pense à l’humilité absolue et sincère d’un génie comme Frankie Knuckles, franchement les gars, allez vous rhabiller !

Et puis au fond, Cassius, c’est chiant !

La pose, toujours la pose… Saint Trop’ ou le dernier spot à la mode : « Ah tiens, on a enregistré tout l’album (15 Again) en 15 jours dans une grande villa à Ibiza, c’était top ! »

Cassius, c’est l’exact opposé du house spirit : One nation under a groove. Un truc planétaire qui ne connaît aucune frontière. De race, de genre, et surtout d’origine sociale : « You may be Black, you may be white… »

Cassius c’est le parisianisme le plus contenté qui se reluque le nombril parce que quelques journaleux ont décidé que la French Touch était un truc à part et so chic : Sacré Français !

Beaucoup ont exploité le filon. Avec du meilleur comme du pire. Les 90s et 2000s ont été marquées par des succès comme Music sounds better with you qui ont fait le tour du monde et pas qu’une fois.

De Cassius que retiendra-t-on ? The Sound of violence, of course (référence implicite à The Sound of silence de Simon & Garfunkel, c’est dire le côté arty et élitiste…) 1999, bien classieux tout de même. Plus quelques tubes qu’on a déjà oubliés.

Mais pour le good spirit, passez les gars !

Cassius c’est un peu la revanche du clubbing VIP branché et faussement cool version 2000 sur les mégateufs underground, déjantées et inclusives des 80s/90s, vaincues par le business de la dance music, la gentrification de l’électro, la radicalisation et la marginalisation des teuffeurs abrutis par le hardcore et les mauvaises dopes.

Quand même pas Retour vers l’Elysées Mat’ ou l’Apocalypse (boîtes hyper sélect et disco phares du Triangle d’or dans les 80s), mais so happy fews bien fake tout de même.

Que Cassius se produise aujourd’hui aux Nuits Fauves c’est tout un symbole.

Du film éponyme de Cyril Collard qui a marqué les années sida, ce club aussi célèbre pour sa programmation pointue que pour ses excès de dope en tout genre a voulu capté la quintessence d’une époque. Que reste-t-il de ce spot de drague, temple du bareback (les quais d’Austerlitz), où l’on ne touchait pas que du French ?… Et qui à l’heure de l’Institut de la Mode et du Wanderlust n’est plus qu’un lointain souvenir : glauque, poisseux, dangereux.

Le vertige devenu vestige.

Un frisson customisé pour clubbers trentenaires sortis des beaux quartiers.

Si Cassius n’a plus rien pour entretenir la flamme que cet ersatz de décadence c’est tout un symbole.

Pas grave, il y a tant d’autres artistes et tant d’autres lieux qui méritent aujourd’hui d’être célébrés.

Hélas pour l’ego démesuré de l’écurie Ed Bangers, pinacle de la French Touch années 2000 qui aurait presque fait oublier les pionniers comme Garnier, les années 2010 ont vu débarquer un florilège d’innombrables jeunes producteurs et DJs hexagonaux hyper doués et hyper talentueux. Qui ont tout pigé du B-A-BA de la house et de la meilleure. Qui écoutent de tout, phagocytent tout, recyclent tout – house, techno, hip hop, électro, soul, pop, disco, funk, dubstep, glitch hop, world music… – avec un style, une aisance et une effronterie déconcertantes.

En 30 minutes ils vous pondent un machin dément avec un son qui tue, à la fois dégoulinant de sensualité et qui cartonne grave, à faire pâlir les godfathers de Chicago.

Etre né avec une Gameboy dans la main et maitriser le potentiel infini des nouveaux joujoux électroniques, ça aide…

Ces Disclosure français n’ont pas d’ego à monnayer aux platines du Faust ou du Yoyo. Juste leurs 20 ans et quelques tubes irrésistibles comme unique passeport.

Gare les Cassius et autres pédants ! La relève va vite vous dégager. En vous servant une standing ovation en plus…

Quand la house perd les pédales. Comment les gays en sont-ils venus à danser sur une musique de merde ?

Il y a 40 ans, tous les pédés du monde dansaient sur ça :

Il y a 30 ans, ils dansaient sur ça :

Il y a 20 ans, ils dansaient sur ça :

Il y a 10 ans, ils dansaient sur ça :

Mais aussi sur ça :

Et déjà sur ça…

Et aujourd’hui, ils dansent tous sur… ÇA !

Et encore, ça c’est loin d’être le pire !

Il reste un brin d’humour décalé et de culture queer dans cette reprise d’Abba qui télescope une diva aux rondeurs baleinières et un musclor israélien déguisé en James Bond sorti d’un film de boules et qui se trémousse avec une maladresse très mâle à faire défaillir tout Tapioland.

Disco, house, garage, techno, électro, R&B, ragga… les gays ont toujours su défricher de nouveaux horizons musicaux, en ne retenant parfois que des tubes commerciaux, mais aussi souvent en dénichant le meilleur.

Larry Levan, Frankie Knuckles ou Laurent Garnier : tous ces DJs mythiques qui ont imposé sinon créé des genres nouveaux qui constituent la bande-son du siècle, ont au départ joué dans des clubs gays, quand ils ne l’étaient pas eux-mêmes.

Les choses ont commencé à se gâter quand la house et la techno sont sorties des raves, des clubs underground et des stations gays comme FG pour conquérir le macadam, les méga-usines à fête et les radios mainstream. Et des oreilles moins exigeantes.

Et qu’une fois prostituées aux majors, celles-ci ont sanctifié des DJs médiocres qui se croyaient artistes.

C’est ainsi qu’on a vu la « Péquenot Tarade » devenir rapidement un sous-produit affligeant de la Gay Pride et l’apothéose du bruit, de la bêtise et de la vulgarité. Que des faisans pas musiciens pour deux sous mais vrais businessmen comme Guetta sont devenu n° 1 mondial. Que les Tiësto, Avicii et autres Sweedish House Mafia ont détrôné des pionniers comme Larry Heard, Juan Atkins ou Todd Terry au box-office.

Et que la meute des décérébrés s’est accoutumée à appeler frauduleusement « house » et « électro » le pire du pire de la dance ressortie des oubliettes des 90s et rebaptisée pompeusement « EDM ».

La décennie 2000 a vu le hip hop s’essouffler et remplacé par cette soupe immonde.

Des stars du R&B et du gangsta rap US sont venues quémander les services de ces amuseurs pour rebooster une carrière en chute libre. Ça a donné quelques morceaux électro-pop-rap intéressants, mais ça a surtout produit des débilités clonées en batterie surfant sur un revival 90s factice et déclinant à l’infini le son rave, mais sans le second degré espiègle et le côté subversif du hardcore de l’époque.

Et puis petit à petit, les pédés qui avaient acquis entre temps une visibilité, une reconnaissance et des droits nouveaux, se sont embourgeoisés et sont devenus des tapioles orgueilleuses et vulgaires.

Les jeunes hétéros des banlieues et les hipsters métrosexués leur ont piqué tout leur attirail de séduction : fringues de marques, look de gravure de mode, barbe fournie et même leurs accessoires les plus pédale douce : sac à main Vuitton, coupes à faire pâlir la Gaga, Rimmel pour souligner le regard, rasage réglementaire du minou, et même les drogues récréatives comme la coke ou le GBH. Quand ce n’était pas carrément leurs pratiques sexuelles, les lascars décomplexés s’essayant à la turlute et au limage de fion après avoir surfé sur YouPorn…

Evidemment la musique elle aussi a été dévalisée. Les cailleras gavés de Booba ne viennent plus casser du pédé gavé de techno comme lors du concert de Garnier à Nation lors de la première techno parade de 1998.

Au point qu’aujourd’hui les meilleures soirées et les meilleurs clubs du monde entier sont tous hétéros.

Ou au mieux « inclusifs » : c’est-à-dire qu’on y tolère quelques pédés à condition qu’ils n’arrivent pas déguisés en drag-queens, qu’il ne se paluchent pas sur le dancefloor et ne se lâchent pas en faisant du vogueing au milieu des jeunes preppies qui se trémoussent avec leur copine un mojito à la main en prenant un air très inspiré. On est prié de rester couleur muraille et de ne pas faire d’excentricités, au risque de passer pour un extraterrestre ou un hippie échappé de Woodstock.

Le Queen est devenu un machin qu’on visite dans les circuits touristiques pour beaufs après la tour Eiffel et le Moulin Rouge. Et la « Marche des Fiertés LGBT-machinchose » n’attire plus que les nostalgiques de la militance, des ados qui veulent s’éclater au milieu des chars et quelques provinciaux en goguette.

Quant aux clubs et au soirées gays, on y croise les mêmes Barbie bears faussement viriles, aussi sottes qu’un cône glacé couvert de piercings et totalement foldingottes.

Et on s’y abrutit avec la même daube tribal-progressive ou des remixes de Rihanna sur lesquels s’agitent des dindes arrogantes, gonflées comme Pamela Anderson et aux neurones passablement grillés par l’excès de « chems ».

Bien sûr on y va autant pour s’éclater ce qui reste de cerveau que la rondelle. Et les soirées les plus prisées ont toutes leur arrière-salle qui fleure bon le poppers, le foutre et autres effluves moins ragoutantes.

Quant aux DJs stars (je ne citerai pas de noms pour ne vexer personne…) qui gravitent dans ces antres de la décadence et du mauvais goût, ils se doivent d’arborer un look calibré calqué sur leur clientèle : muscle saillant et barbe bien drue.

On est entre soi et on entend bien le rester !

Qu’ils sachent mixer et qu’ils passent du bon son est totalement accessoire, du moment que ça fait un max de bruit et qu’on multiplie les effets bien pourris pour que ces dames comprennent quand il faut hurler en chœur et s’aérer les dessous-de-bras.

Enfin, laissons-leur l’illusion qu’ils « jouent » pour leur public, même s’ils ne font que pousser à la queue-leu-leu des mp3 calqués les uns sur les autres, et monter le volume de temps en temps pour exciter la basse-cour.

On l’aura compris : ces clubs sont plus proches du cloaque que du septième ciel, le public plus proche de la ferme téléréalité que du Studio 54, et les amuseurs qui officient plus proches du cirque Medrano que du Warehouse.

Du Dépôt au Tekyön, c’est partout le même scénar affligeant. Sauf qu’à Istanbul, les bears du Middle East sont bien velus et gavés de testostérone : c’est pas de la Parisienne en barbe résille !

Une telle évolution est réellement tragicomique.

Pour ceux qui ont connu le Paradise Garage, le Palace, le Boy, les premières fêtes house clandestines et les premières raves, à une époque où l’on n’osait même pas rêver du PACS et où les applis pour pécho sur-mesure n’avaient pas remplacé les saunas glauques et les lieux de drague interlopes, s’aventurer dans de telles pataugeoires ne peut s’envisager qu’en cas d’extrême misère sexuelle. Et encore, avec le ciboulot raisonnablement fracassé pour faire passer la pilule, supporter le déluge de sons indigestes, les regards hautains des madones en harnais et éviter les mares de lisier qu’elles laissent derrière elles.

Sans même s’aventurer dans ces lieux dantesques, il suffit souvent de demander à un jeune gay de 20 ans ce qu’il écoute comme son. S’il répond « de la house », on a le choix entre Nacho Chapado dans le pire des cas, et Disclosure dans le meilleur.

Car si la décennie 2000 s’est abîmée dans les fosses communes des musiques électroniques que nous ont léguées les années 1990, la décennie 2010 a providentiellement réhabilité le meilleur de la house et de la techno, après une éclipse coupable de 10 ans de junk-food.

Aujourd’hui on ne compte plus les petits jeunes qui ont tout pigé au meilleur des ziks électroniques et font leur miel dans leur home-studio ou sur leur tablette en accouchant des sons ahurissants à faire pâlir les godfathers les plus pointus.

En Europe, Londres et Berlin ne tiennent plus forcément le haut du pavé.

Bien sûr il y a Disclosure, mais partout, de l’Europe de l’Est à l’Amérique du Sud, on voit sortir de nulle part des gamins surdoués qui en quelques milliers de clic sur YouTube ou SoundCloud deviennent des célébrités adulées par les jeunes clubbers et courtisés par bookers et majors.

La France n’est pas en reste, loin de là.

Loin du son obligé et très pédant des divas momifiées et panthéonisées de la French touche, les Daft Punk, Justice ou Pedro Winter qui ont amassé des monceaux de thunes depuis 20 ans en nous servant une électropop pas toujours aussi fameuse que les médias l’ont prétendu, on trouve aujourd’hui pléthore de jeunes talents qui n’ont pas d’ego à vendre en feignant d’être des artistes, qui ne passent pas leurs nuits à se déglinguer la tronche entre happy fews, mais qui font de la musique avec enthousiasme et sincérité.

A l’image des Britanniques NVoy ou Duke Dumont, des Berlinois Adryiano ou The Checkup, de l’Amstellodamois Detroit Swindle, de l’Espagnol Gilbert Le Funk, des Français comme LeMarquis servent une Nu house d’une qualité irréprochable.

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LeMarquis

On est loin des approximations très commerciales et très convenues de Kavinsky. Ça bounce, ça swingue, ça pulse, ça groove, c’est à la fois simple et sophistiqué, punchy et sensuel, frais, efficace et rigolo.

Qu’on soit expert ou novice, on n’y résiste pas !

Peu leur chaut à ces nouveaux artistes de s’abreuver à des influences éclectiques et non estampillées : ils n’ont pas de style labélisé à marchander. Deep house, électro, disco, funk, hip hop, world music, dubstep, hardcore, heavy metal, new age, musiques de film… tout est bon à prendre !

La différence entre ceux qui ont inventé ces musiques il y a 30 ans et qui phagocytaient une à une toutes les musiques dans une frénésie de sampling et de références subliminales et ces gamins nés avec une Gameboy dans la main, c’est que la technologie leur offre aujourd’hui une facilité indécente pour sortir un son qui tue et d’une pureté cristalline en 2 minutes sur leur PC.

Ensuite c’est l’inspiration et le goût qui font la différence entre un bidouilleur du dimanche et un petit génie.

Entend-on ces merveilles dans les clubs gays ? Jamais !

Pour vraiment s’amuser sur des musiques intelligentes, à Paris il faut aller au Rex, au Zig Zag, au Showcase, au Faust, parfois au Wanderlust ou au Yoyo. Ou mieux encore, loin de ces grands clubs qui brassent une clientèle branchouille pas toujours au faîte des tendances les plus pointues : dans des clubs plus intimes ou de l’autre côté du périph.

Cette décadence qu’on cultive sous PrEP dans les bordels musicaux, les clubs branchés de la capitale se l’approprient à l’occasion pour donner du frisson à leurs ouailles.

Ainsi les Nuits fauves, club ouvert en juin 2016 à l’emplacement d’un des plus grands spots de drague intra muros (Quai d’Autsrlitz), s’est approprié la référence sulfureuse au film de Cyril Collard sorti en 1992, et aux errances nocturnes du personnage dans ces friches où les mecs baisaient sans capote en pleines années sida, pour restituer l’ambiance crado des premiers warehouses où sont nées la house et la techno.

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Les Nuits fauves

beardropQuant à la Beardrop, jamais ô grand jamais elle ne se risquerait à programmer autre chose que ces jongleurs de tamtam à pédales qui cachetonnent en tripatouillant la même merde.

Même la très marrante et baroque Papa party, sans doute la seule soirée qui garde un esprit un brin décalé même si ce sont toujours les mêmes bearettes défoncées qui s’y agglutinent, ne s’aventure jamais au-delà des très convenus DJs du circuit qui balancent la même soupe tribal-progressive d’une soirée à l’autre sous toutes les latitudes de Tataland international.

Alors, déclassés, has been, les pédés ?

C’est un doux euphémisme !

Pour permettre aux gays d’aujourd’hui de retrouver le sens du bon et du beau, peut-être faudrait-ils les emmener voyager loin du Cox et de la Croisière Démence. Et découvrir qu’on peut s’amuser autrement qu’en restant collées entre filles comme au bon vieux temps des pissotières et de la Prohibition sexuelle.

L’avenir est au brassage des genres et des identités. Alors oublions ces itinéraires fléchés en rose et partons à la conquête de nouveaux territoires.

Le monde est vaste et ne se limite pas au triangle Marais-Sitges-Canaries.

Le monde de la nuit n’a jamais offert autant de lieux et d’occasions de découvrir et de s’amuser. Même si l’esprit de liberté et de dérision s’est beaucoup émoussé.

Alors WAKE UP! comme dirait l’autre.

Au risque sinon de devenir une icône ringarde à ranger au musée.

God on the dancefloor

Mis en avant

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Réponse à l’article publié dans Trax Magazine n° 199 : Les DJs ont-ils remplacé les prêtres ?

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Les DJs ont-ils remplacé les prêtres ?

Excellente question posée par Trax et qui relève sérieusement le niveau !

Trax, que je ne lis plus depuis 10 ans, s’affranchirait-il de ses chroniques sur la branchitude électro pour concurrencer la revue Esprit ?

En tout cas voici pas que le magazine, plus de 30 ans après la naissance des dance music électroniques semble découvrir leur côté spirituel et qu’il y a des DJs chamanes. Bravo les gars : bienvenue au club !

Vinyles inanimés, avez-vous donc une âme ?…

Il est donc question de ces pasteurs qui descendent en boîte pour délivrer la bonne parole en musique à des gamins déboussolés.

Je comprends la démarche de Robert Hood, pionnier d’Underground Resistance devenuroberthod révérend et cité dans l’article. Et sur le fond je l’approuve. Car c’est toujours mieux de vibrer sur des musiques qui élèvent l’esprit plutôt que celles qui rabaissent.

Mais il faut lire l’interview de ce croisé protestant en mission pour Jésus : un vrai morceau d’anthologie. Même dans le très conservateur Familles chrétiennes on ne lit pas ça ! Les lecteurs protestants sont plus familiers de ce discours et de cette posture existentielle qui consiste à subordonner toute sa vie dans les moindres détails au « plan » d’un dieu très bibliquement correct et sans doute plus conceptuel que le Grand Esprit des chamanes.

Quant à faire de son métier de DJ un « ministère » à part entière, bien propre et bien huilé, ce n’est pas une nouveauté. Mais le zèle (et l’orgueil sous-jacent) de Robert Hood prête largement à sourire pour nos esprits pétris de scepticisme cartésien. Comme cette volonté puritaine de passer au karcher biblique l’appétence des clubbers pour le stupre et les vices nocturnes : drogue, alcool, sensualité lascive exacerbée…

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Le succès des DJs pasteurs et l’engouement pour des fêtes techno à caractère « spi » est-il un phénomène nouveau ?  Of course queunotte ! Les clubs et rassemblements techno ont toujours été des grands-messes, des communions, des célébrations. Et comparer les églises qui se vident aux clubs qui se remplissent relève du truisme.

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Dès la fin des années 1980 Matthew Fox, ancien prêtre dominicain et auteur du best-seller Le Christ cosmique, témoignait de ces initiatives en Californie qui empruntaient à la mise en scène et aux techniques multimédia utilisées dans les raves pour organiser des fêtes chrétiennes du 21e siècle imprégnées d’esprit chamanique.

Même si les jeunes générations semblent le découvrir (il serait temps…), ça fait 30 ans qu’on compare raves et chamanisme. Ou qu’on exalte l’authentique côté « spirituel » de la house, laquelle il ne faut pas l’oublier doit beaucoup à ses racines gospel :

« It’s a spiritual thing, a body thing, a soul thing. » (Eddie Adamor – House music).

dance-of-graceDes sociologues et anthropologues très sérieux ont disserté à longueur de feuillets sur les
liens entre raves et rituels chamaniques, et comparé le réveil des consciences porté par ces fêtes nocturnes et clandestines avec les effusions spirituelles des premières communautés chrétiennes de l’Eglise du 1er siècle.

Rien de nouveau sous le soleil.

Ce qui me fait sourire en revanche, c’est cette façon hype qu’ont les zélés pasteurs de justifier leur prosélytisme et la prétention qu’ils ont à détenir l’exclusivité de ce qu’on appelle « Dieu » : « J’amène Dieu dans les clubs techno. » C’est gentil mais il était déjà là ! La preuve, on est là !

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En voilà une belle preuve d’orgueil ! « I AM ON A MISSION FOR GOD! » On connaît la chanson…

Les « godfathers » de la house de Chicago, dont beaucoup comme Farley Jackmaster Funk, Kerri ChandlerGlenn Underground ou Boo Williams sont des chrétiens pratiquants, n’ont pas besoin de clamer qu’ils sont des DJs missionnaires.

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Pour ceux qui aux States sont habitués aux assemblées évangéliques il a toujours paru évident que lever les bras en l’air dans un état de transe extatique n’était pas juste un gimmick de hipster.

D’ailleurs à l’origine les premiers tracks house jouaient souvent sur le mode du second degré avec cette référence évangélique. Il suffit pour s’en convaincre d’écouter l’incontournable acapella My House de Chuck Roberts repris par Larry Heard aka Mr Fingers dans le cultissime Can you feel it :

« In the beginning there was Jack… »

Bon nombre des premiers tracks house ont flirté avec ces références en utilisant des samples de prêches enflammés. L’un des plus drôles est sans doute The Preacher man de Green Velvet.

Plus récemment les gamins de Disclosure qui ont tout pigé à l’esprit de cette musique s’en sont donné à cœur joie dans le clip à mourir de rire When a fire starts to burn parodiant une assemblée pentecôtiste.

695114_largeQuant à la la Gospel house, on l’ignore en France mais c’est un genre à part entière indissociable du garage ou de la house soulful, joué aussi bien en club que dans les megachurches. Un genre qui depuis près de 35 ans compte non seulement des millions de fans mais aussi ses DJs, ses clubs, ses radios, ses labels et ses médias indépendants. Et c’est un segment très profitable !

Il y en a des très « classiques », à l’image de Hallelujah de Midnight Express, un morceau de piano house 90s qui sue le gospel même s’il sonne un brin daté. Et d’autres très pointus, voire subliminaux.

L’un des producteurs les plus représentatifs de cette house chrétienne « subliminale » est sans doute Todd Edwards, qui utilise beaucoup de microsamples très mystiques dans ses morceaux et ses remixes. Il est vrai que ses racines italiennes et catholiques l’inclinent moins à faire dans le sermon explicite que les artistes baptistes du South Side…

Parmi les musiques « bankable » il n’y a pas que le rock, la pop, le funk, le hip hop ou le R&B qui ont leur propre courant chrétien ; il y a aussi la techno, l’électro et même le dubstep !

A l’image de Young Chozen, un jeune artiste californien qui mélange allègrement tubes commerciaux électrohouse et rap chrétien. Succès garanti auprès des plus jeunes, même si on perd en qualité musicale.

On trouve même du Jésus à la pelle dans le garbage le plus daubesque des musiques pour ados boutonneux. A l’image de cette playlist stupéfiante qui rassemble le pire et le pire de l’EDM, du dubstep bas de gamme et des pschit boum blam ! sortis d’une étagère de gamer.


Revenons aux musiques qui ont une âme et qui parlent du Beau sous toutes ses formes.

On ne saurait parler de spiritualité associée aux musiques électroniques sans évoquer la trance et son versant le plus radical, la psytrance.

Fondée sur des rythmes souvent supérieurs à 140 BPM, des arpèges de synthé complexes et des loops sophistiquées, la trance est aussi un vrai laminoir pour le cerveau. Au bout de 5 minutes, soit tu décroches, soit tu décolles. Le cerveau étant incapable de traiter la quantité d’informations délivrées par seconde dans cette cascade de sons, il se met en mode planant, c’est-à-dire en ondes alpha. D’où la sensation de perdre le sens de l’espace et du temps : c’est ça la « transe », du latin transitus : passage, de la vie à trépas notamment.

Comme dans les circonvolutions infinies des derviches soufis, à la base de toute expérience de transe, il y a la répétition du rythme, de la musique et des mouvements du danseur, qui conduit rapidement celui-ci à un état modifié de la conscience.

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La psytrance, qui s’est surtout développée à Ibiza et à Goa avant de disséminer partout dans le monde, a ses adeptes inconditionnels. D’abord centrée sur l’expérience psychédélique et rarement dissociable de la consommation (massive) de psychotropes de synthèse comme le LSD ou de plantes chamaniques comme le peyotl ou l’ayahuesca, la trance est devenue l’apanage des teuffeurs en quête d’un supplément d’âme et de spiritualité.

Contrairement aux fans de house et de techno, musiques considérées comme des produits commerciaux à consommer en club, le noyau dur de ces routiers du « voyage » psychique sont souvent des nomades itinérants sans attache fixe et qui ont fait sécession par rapport au mode de vie urbain, consumériste et sédentaire.

Ils se rassemblent régulièrement lors de festivals où se mêlent créations artistiques, sculptures géantes éphémères, ateliers de massage, de yoga, de taichi ou de méditation transcendantale, écologie, nourriture bio, médecines alternatives, conférences sur la conscience planétaire et une savante dose d’hédonisme à la sauce tantrique.

La tribu trance, c’est le versant néo-hippie des musiques électroniques à la sauce 3e millénaire. Un mouvement qui tient à rester discret et fidèle à l’esprit underground.

Les plus spectaculaires de ces festivals se rencontrent souvent sous des latitudes méditerranéennes ou tropicales : Boom au Portugal, Transahara dans le désert sud-marocain, Universo Paralello au Brésil, et bien-sûr Trancegoa en Inde.

Le plus incroyable, le plus démesuré, le plus avant-gardiste, le plus créatif et le plus jouissif c’est bien sûr le Burning Man, qui réunit chaque été depuis 30 ans plus de 200.000 participants pendant une semaine dans le désert de Black Rock au Nevada.

Un festival qui n’est d’ailleurs pas essentiellement musical mais plutôt un happening artistique et festif unique en son genre où chacun est un artiste et se recrée en permanence en une multitude d’avatars baroques et ludiques.

Une parenthèse vouée à l’éphémère en plein désert où grands enfants gâtés hédonistes, aliens et créatures improbables se mélangent pour faire l’amour et la bringue sous les étoiles, les constructions fluos et les LEDs multicolores. Une utopie vivante où l’excentricité est la norme ; la gratuité, le cadeau et la non-merchandisation un pied de nez à la cupidité capitaliste ; l’immédiateté, la confiance en soi et la libre expression radicales des principes méthodiquement mis en pratique. Une préfiguration de la société  post-identitaire de demain ?…

Tomorrowland en Belgique c’est la version commerciale et franchement vulgos du mégafestival mainstream destiné au populo moyen qui n’y entend que tchi à la techno mais en veut pour son argent de gros son, d’effets spéciaux et de cornets de frites. Si on y joue une musique appelée « trance », elle s’apparente davantage à une daube bon marché gavée de saw basses, d’effets téléphonés et de sons EDM bien poisse qu’à un rendez-vous intersidéral avec le panthéon hindou. Côté spiritualité, on doit plutôt se contenter d’un barnum kitsch échappé d’un ghost train.

Quant à la techno, comment imaginer qu’elle puisse être une musique spirituelle ?

Née dans les faubourgs de Detroit, cette musique répétitive, froide et mécanique semble tout droit sortie des usines de la Motown. Avatar improbable de George Clinton et de l’eurodance de Kraftwerk, très emprunte de mélancolie à l’instar de ces paysages fantomatiques créés par les carcasses d’usines géantes à l’abandon du Rustbelt.

Si la house de Chicago est naturellement tendue vers l’exaltation sensuelle et collective, le côté spirituel de la techno paraît beaucoup moins évident. Comme l’âme de Detroit, c’est une musique qui traduit une fuite désenchantée vers les machines pour échapper à un quotidien tissé de pauvreté, de chômage, de violence et de déprime.

Mais c’est justement en traversant ces hangars glacés où chantent élévatrices  et robots, en noyant son blues dans une ftranse rénétique qu’on atteint les cieux. La techno, c’est le symbole parfait d’un échapatoire inespéré au désenchantement le plus sombre.

Les sons inouïs produits dès la fin des années 1980 par le trio des 3 pionniers de belleville, un quartier de Detroit – Kevin Saunderson, Derrick May et Juan Atkins – traduisent à merveille ce réveil incroyable au sortir d’une décennie marquée par le cynisme des golden-boys, le culte de l’argent-roi, l’effondrement des industries lourdes, le chômage de masse, le matérialisme le plus trash et le sida.

Pas étonnant que la techno se soit exportée si rapidement et ait trouvé de l’autre côté de l’Atlantique un écho immédiat parmi les blue collars laminés par la crise. Et qu’elle ait pu fédérer en une soirée des tribus ennemies qui avant de passer leur premier acid-test réglaient leurs comptes à coups de battes de baseball : punks, skins, rastas, Pakis, queers, junkies… tous unis dans une béatitude ecstasiée en dansant sur Strings for life !

Il existe d’ailleurs tout un versant de la techno fidèle au groove originel et baptisé « Deep tech » (équivalent de la deep house), que les puristes considèrent comme la seule vraie techno (de Detroit cela va de soi), aux antipodes de l’image froide et dépouillée, exclusivement rythmique et instrumentale de la techno telle qu’on la conçoit souvent.

Ce courant incarné notamment par les gardiens du temple Kevin Saunderson et son fils Dantiez a produit des opus emprunts d’une sensualité et d’une élévation spirituele qui n’ont rien a envier à la deep house la plus torride.

A l’image de « I believe » (Reese Project, Ambient Chill Baseroom Mix), ce remix de Laurent Garnier joué par le boss lui-même en apothéose de la première Techno Parade parisienne Place de la Nation en 1998, devant des milliers de teufeurs ecstasiés.

Qu’on soit branché house, techno, trance ou électro, partout et de toutes les manières on célèbre l’Amour. Dans sa version la plus orgiaque comme la plus sublimée.

Même si aujourd’hui l’âme de la techno c’est plutôt la fusion transhumaniste entre l’homme et l’univers des robots. Un truc de geek de ouf. Le meilleur des mondes pour certains, l’enfer pour les autres, un simple jeu pour beaucoup. A chacun son nirvana…

Bien sûr il existe de multiples formes de spiritualité. Mais peut-on sérieusement parler de « mystique » à propos de la techno ?

Les esprits chagrins argueront toujours que prendre un buvard au milieu de 5.000 fous furieux transpirant au mileu des canettes de bière et le dégueuli dans une usine désaffectée ne saurait être comparé à une sage retraite dans un monastère cistercien. Ou que prendre un ascenseur chimique pour atteindre en 20 minutes le nirvana n’aura jamais le mérite d’une ascension de l’Everest ou de 20 ans de méditation soufie. Admetttons.

Une chose est sûre : pas besoin de se déchirer la tête pour décoller sur de la techno. La vraie drogue, c’est la musique ! Le reste ne sert éventuellement qu’à faciliter le lâcher-prise pour les plus coinços.

Pas besoin non plus de se référer à une religion quelconque pour justifier un état de transe et approcher Dieu en trippant sur des musiques électroniques : elles sont conçues pour ça ! Les bonnes évidemment.

Qui plus est, ces musiques sont véritablement la bande-son du siècle. Bien sûr il y aura toujours cette infecte bouillie EDM et les rapaces du business qui tentent de s’approprier la flamme. Mais les « bons » artistes produisent des vibes qui véhiculent – souvent à leur insu – un concentré de spirituel, d’infini, de transcendance, d’ailleurs…

Jouées dans les clubs ou outdoors, ces musiques sont faites pour exalter, pour sortir de soi, aller à la rencontre de l’autre, fusionner, jouir jusqu’à l’extase. Pas pour se trémousser mollement son verre de mojito à la main et prétendre « s’éclater » entre happy fews comme le font 90% des jeunes clubbers parisiens (propos de « vieux con » m’a-t-on souvent dit, mais j’assume !)

C’est ça qui m’attriste le plus et me fait croire que ces révérends techno ont le vent en poupe. Car si à Paris on a les meilleurs DJs du monde programmés chaque soir dans une dizaine de grands clubs servis par un sound-system qui déchire sa race, il y a longtemps que « l’esprit » a déserté les dancefloors : on fait plus semblant de s’amuser parce  c’est là qu’il faut être qu’on ne se lâche vraiment.

Rien à voir entre des spots pédants commeConcrete (une péniche sur les bords de Seine à la programme tellement pointue qu’elle fait mal au cul) et la fièvre spontanée, excenrtrique, baroque, décadente et oecuménique qui enflammait le Paradise Garage, le Warehouse, le Palace ou les premières raves.

Descendre dans un de ces clubs parisiens habillé de façon décalée, danser comme un possédé au milieu d’un public gris muraille vaut immédiatement des salves de regards incrédules et la suspicion d’être décalqué par quelques produits stupéfiants.

Attraper une nana et danser sur la piste en faisant des reptations coquines, communiquer avec les autres danseurs en agitant les bras ou par un regard trop complice est une audace totalement incongrue. On est prié de rester dans son petit périmètre, dans sa bulle, au mieux avec ses potes !

C’en est à se demander si la distribution de boosters chimiques ne devrait pas être obligatoire à l’entrée et si on ne devrait pas prier ces jeunes preppies de le laisser leur balai dans le cul au vestiaire.

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Si les pasteurs DJs arrivent à redonner du sens à la fête, alors tant mieux ! Mais j’en doute… Car à l’origine de ces musiques il n’y a aucune velléité de délivrer un « message » sinon celui, basique et universel, du lâcher prise (« release yourself« ), de laisser son corps vibrer et s’ouvrir et ressentir (« Can you feel it?« ) et de s’exprimer sans tabous.

La house et la techno sont éminemment spirituelles, mais ni chrétiennes ni vaudou ni païennes.

Leur éclosion à la fin des années 1980 est indissociable du renouveau psychédélique qui a accompagné la transition vers la décennie suivante. Des Summers of Love, des plages d’Ibiza et de Goa transformées en temples d’Hedôn à ciel ouvert, et du grand appel d’air teinté de new age, de syncrétisme technoïde et de tantrisme groovy sur fond d’apocalypse qui a happé cette decennie loin au-dessus de ses torpeurs mélancoliques.

Pour comprendre le vrai sens des fêtes électroniques il fait admettre que l’enjeu de ce siècle c’est justement de sortir des religions pour entrer dans une spiritualité universelle, au-delà des concepts, des mythes, des dogmes et des mots. Ces musiques sont un vecteur du changement en cours, et la parfaite illustration du saut de paradigme actuel.

Enfin, vouloir « amener Dieu dans les clubs » ,c’est postuler naïvement que le Divin ne serait présent que dans les églises et les temples. Or si Dieu existe il est partout, à tout moment. Dans la plus infime particule, dans les étoiles, au sommet des montagnes, dans les bordels et les poubelles. Partout !

Il ne s’agit pas « d’amener » Dieu là où il est déjà : il s’agit juste d’enclencher l’interrupteur pour allumer la lumière ! Et pour ça, pas besoin de chamane. Sinon peut-être au début, pour se laisser dénaiser, « initier », et apprendre à franchir ensuite tout seul le mur du son.

Ce que les musiques et les fêtes électroniques sont à même de proposer à la jeunesse plantéiare de ce siècle, ce n’est pas un « message » mais un « PASSAGE ».

Un passage de la Matrice condamnée à la ruine et dont ces musiques se moquent allègrement en lui piquant ses meilleurs joujoux, vers la Conscience quantique qui est le stade ultime de la conscience collective.

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Si ces rituels modernes apparemment régressifs, hédonistes et athées sont éminemment spirituels, c’est parce qu’ils illustrent le dépassement de toutes les représentations mentales, sociales, culturelles, religieuses, et leur remplacement par le sentiment d’une appartenance bien réelle à un « éon supérieur » qui est la Conscience globale, l’âme du l’Humanité en voie d’unification.

Le vrai sens de ces musiques c’est de permettre non par d’entendre mais d’EXPERIMENTER cette vérité des vérités, à savoir que toute séparation est illusoire, que nous sommes tous interdépendants, que nous ne faisons qu’un avec tout l’Univers. Et que seulles les limites apparentes de notre corps physique nous laisse croire à cette illusion commune que nous sommes mortels, finis, limités. Alors que nous sommes éternels, infinis, et jouissons d’un potentiel enfoui mais illimité.

« J’ai dit : Vous êtes des dieux ! » (Psaumes 82:6 et Jean 10:34). Cette phrase issue de la Bible résume ce que les fêtes électroniques permettent de vivre comme une préfiguration rituelle de l’avenir de l’humanité.

Pas d’orgueil dans cette affirmation : juste la certitude d’une liberté totale et d’un pouvoir sans limite à la création.

Les fêtes électroniques ne sont pas des exorcismes ni des replis cocoonants, mais d’authentiques « mises au monde ».

Rien de moins que l’expérience offerte de participer au Grand Tout.

Conscients de cette vérité ou simplement inspirés, au début les DJs étaient de vrais « passeurs », pas des vedettes bardées de booking agents.

Aujourd’hui le business les ont kidnappées et la plupart de ces « artistes » d’un soir ont un ego à monnayer avant de songer à faire de la bonne musique. Marketing, concessions et copinages tuent la flamme.

En réalité, s’il y a aujourd’hui beaucoup de DJs, il y a très peu de vrais artistes. Au sens de « révélateurs de sens ». Et encore moins de prophètes, au sens de révélateurs DU Sens.

Alors faut-il envoyer des curés vendre Dieu à coup de waves techno ? Les curés, pas sûr qu’ils soient prêts. Depuis le frérot défroqué de Travolta dans Saturday night fever qui virait sa gourme sur les Bee Gees, la soutane dans les night-clubs fait trop décalée. La blouse gospel passe encore mais trop ringarde face à une vraie drag queen. Alors des jeunes pasteurs DJs, why not ?…

En tout cas si ça marche c’est que cela répond à un besoin. Et qu’avec le revival house puis techno 90s de cette décennie les kids redécouvrent que les musiques électroniques ne sont pas qu’une vilaine affaire de matos et de gros sous.

But remember : l’étincelle est en toi. Il suffit de la laisser jaillir et te laisser guider.

LET THERE BE...

Les musiques électroniques ont elles changé le monde ou sont-elles le reflet d’un monde qui a changé ?

Mis en avant

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J’aimerais revenir sur un point qui est essentiel et que ne peuvent saisir les jeunes d’aujourd’hui qui sont nés après l’émergence de ces musiques et ont grandi avec elles.

Cela peut paraître un discours d’ancien combattant mais c’est important pour saisir ce que les musiques électroniques ont d’unique dans l’histoire des musiques modernes.

Toutes les nouvelles musiques depuis le début du 20e siècle ont été le reflet de leur époque et de sa jeunesse, de ses doutes, de ses aspirations, de ses révoltes, de ses espoirs ou de ses rêves.

Le jazz a marqué une volonté d’émancipation des anciens fils d’esclaves, de jouissance hédoniste après la terrible boucherie de la Première guerre mondiale. Il coïncidait aussi avec l’engouement pour le siècle naissant, une volonté de s’inscrire dans la modernité en dépit d’une certaine nostalgie pour les siècles passés qu’on sent poindre dans la mélancolie du blues.

Le rock, dont les sonorités électriques et les rythmes percutants supplantaient l’ère acoustique et les mélopées plus suaves du jazz, a marqué à partir des années 1950 et plus encore dans les décennies 1960 et 1970 le triomphe de cette modernité, du consumérisme et du matérialisme, dont bénéficiait la jeunesse insouciante de l’Après-guerre tout en se révoltant contre ses excès. Il a marqué ensuite l’émergence dans la jeunesse d’une conscience rebelle contre la génération précédente, d’une volonté de révolte contre l’establishment et ses mensonges, d’un désir de renouveau, du rêve d’un monde hédoniste, universaliste, libertaire et sans entrave.

Même si la musique rock existe toujours aujourd’hui, sa mort a été célébrée et entérinée par la vague punk dès le milieu des années 1970. A l’insouciance, au sentiment fusionnel et universel des antiennes Peace & Love et à la rébellion surjouée est venue se substituer l’angoisse existentielle et le rejet radical, cynique et désenchanté contre toute société et ce monde froid, individualiste et insensible, voué à l’ère du Vide. Le slogan nihiliste No Future a supplanté toutes les utopies libertaires et toutes les révoltes appelant à édifier un monde meilleur.

La new wave ne fut que le pendant normatif à la révolte des punks. Alors que ces derniers se mettaient à l’écart du monde en affichant sur leur corps et leur visage des stigmates piercés de la souffrance, les dandys new wave, leurs rythmes électroniques et leurs synthés bien huilés, leur look sage et leurs coiffures androgynes entendaient rentrer dans le rang et célébrer leur fascination pour un monde hypernormal, où la rage virile et adolescente cède le pas à des formes d’expression clean et codifiées.

Au beau milieu des années 1980, alors que la jeunesse était marqué par l’angoisse de la crise, du chômage de masse, des restructurations industrielles, de la guerre froide et de la menace nucléaire toujours présentes jusqu’à la chute du Mur de Berlin, de l’individualisme forcené, du culte de l’entreprise et de l’injonction à l’Excellence, du sida et du désenchantement face à l’effondrement des idéologies et à la perte du Sens, les musiques électroniques sont arrivées comme un OVNI inattendu.

Par leur caractère hyperrépétitif apte à conduire rapidement vers un état de transe et d’hypnose, par leur absence le plus souvent de textes chantés et de message intelligible, sinon l’invitation à « ressentir », à danser, à jouir en vivant totalement et collectivement le moment présent, ces musiques avaient alors un caractère radicalement inouï.

Il faut réellement prendre conscience de la radicale nouveauté de ces musiques à l’époque. Et du contexte dans lequel elles se sont disséminées à toute vitesse au milieu d’une jeunesse de clubbers qui n’attendaient plus rien.

Là où le disco, le funk et toutes musiques jouées dans les clubs ne proposaient qu’un groove plus ou moins entraînant et des thèmes récurrents autour de l’amour et du sexe, la house et la techno proposaient tout autre chose de bien plus fort et réel : une « expérience collective ».

Elles ne cherchaient pas la nouveauté pour la nouveauté, juste pour séduire et montrer la virtuosité de leurs inventeurs. Elles ouvraient un espace sonore entièrement voué à l’expérience sensorielle vécue et partagée collectivement.

e138b6d07052b4317bae25fbb41e4851 Tout comme les musiques new age ou méditatives électroniques, notamment californiennes, des années 1980, proposaient à l’homme affairé, surmené et fatigué des plages musicales de repli sur soi pour décompresser, se ressourcer et apaiser son âme, les musiques électroniques proposaient à une foule entière une forme de résurrection, de dépassement et de projection vers un avenir qui ne soit pas une chimère ou un fantasme pour conjurer l’angoisse du présent mais un « déjà-là » à savourer et célébrer avec une jouissance indescriptible.

Ce qu’il faut comprendre c’est que ces musiques ne sont pas simplement une « représentation » d’un monde futur, une sublimation de la souffrance et du mal-être d’une génération, une utopie ou une simple alternative à l’angoisse existentielle, mais préfiguration sensible, une révélation cathartique, un dévoilement, une théophanie profane.

Aussi futiles puissent-elles paraître à priori, la house et la techno présentent un indéniable caractère « spirituel ». On a souvent souligné leur caractère chamanique et leur lien avec les états modifiés de conscience, favorisé par des substances psychotropes comme l’ecstasy ou le LSD.

Cette réalité tendrait à accréditer le caractère artificiel de l’expérience vécue par les danseurs ou les ravers. Il n’en est rien. Parce que ce qu’elles permettent à une foule de danseurs de vivre immédiatement n’est pas juste un moyen de s’éclater ensemble pour oublier leurs angoisses le temps d’une fête en se projetant ailleurs, mais une expérience sensorielle bien réelle qui connecte avec une autre dimension du Réel.

Les ressorts de cette célébration collective puisent dans les traditions chamaniques les plus primitives de l’humanité, mais aussi dans les messes charismatiques emportées par la ferveur des chants gospel.

Elles parlent également à l’inconscient en proposant une réconciliation immédiate avec le monde technologique d’aujourd’hui. En faisant chanter les machines à l’unisson avec des samples de voix subliminaux portés par des rythmiques qui ancrent le flot de vibrations sonores dans un ressenti physique perceptible dans tout le corps, dans les pieds, l’abdomen, la tête, les tympans et tous les pores de la peau.

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Le corps. Voilà à quoi s’adressent en premier lieu la house et la techno. Sentir. Danser. Palper. Jouir.

En gommant tous les artifices inutiles pour revenir à l’essentiel, à la radicalité d’un rythme basique et de loops répétitives qui invitent au lâcher-prise et à l’abandon.

A l’âme ensuite. Parce que ces musiques puissamment charnelles sont aussi puissamment chargées d’émotions positives. Il y a toujours, au risque de devenir vulgaires, une légèreté dans ces musiques. Une légèreté qui n’est pas irresponsable et insouciante, mais qui conjure les tourments les plus enfouis. Ce qu’elles proposent ce n’est pas d’oublier le monde tel qu’il est, mais de le vivre autrement, d’affirmer que rien n’est vraiment grave, qu’il y a une réalité de la Joie qui est donnée de vivre ici et maintenant dès lors qu’on refuse de se laisser enfermer dans une anesthésie mortifère, et que cette joie est réelle, intense et infinie.

La house et techno n’entendent pas juste « divertir » mais transformer et révéler.

A l’esprit enfin. Parce qu’elles proposent de vivre immédiatement un dépassement des frontières individuelles du corps et du ressenti personnel, en se livrant totalement au vertige de la foule. On l’a hélas beaucoup oublié aujourd’hui, elles relient les danseurs les uns avec les autres par des fils invisibles, leur proposent un vocabulaire commun, non verbal, qui transcendent les clivages ethniques, lexicaux, culturels ou autres.

Vivre cette expérience enfermé dans sa bulle est une absurdité. Car ce qui est donné de vivre c’est à la fois un puissant ancrage en soi, à son corps, à ses émotions, à l’instant présent, conjugué à une extériorisation collective de ce ressenti et un partage quasi « cosmique » avec les vibrations tout entières de l’Univers.

Les musiques électroniques partent d’une pulsation primordiale qui se ramifie en une infinité de vibrations essentielles qui composent toute la réalité du vivant.

Pour qui a vécu une telle expérience, ce n’est pas une image ou une prétention, c’est une réalité.

Bien sûr les substances psychotropes sont indissociables de ces musiques, du moins à l’origine. Mais elles ne sont qu’un booster destiné à lâcher-prise et à ouvrir les sens. Pas un accessoire indispensable. Tout comme l’usage de plantes lors des rituels chamaniques n’est pas le but visé mais le moyen d’ouvrir les portes de l’esprit à d’autres dimensions de la réalité. Il n’est pas donné à tout le monde de se livrer à une telle expérience. Beaucoup de jeunes débarqués dans des clubs ou des raves où l’on jouait ces musiques ont ressenti un choc violent et n’ont rien compris à ce qui se passait là, à ces sonorités incroyables, à ce que vivait cette foule et à ces façons nouvelles et incroyables, totalement désinhibées, de danser frénétiquement ensemble avec un évident rayonnement de bonheur sur tous les visages.

Radicalement nouvelles par rapport aux autres musiques qui les ont précédées, les musiques électroniques n’en sont pas pour autant déconnectées. Elles puisent notamment dans le fond commun de la Black music, son sens du rythme et de la mélodie. Mais aussi des pionniers de la musique électronique européenne.

Et très vite, par le jeu infini du sampling et l’appétit de références subliminales, elles revisitent, réinventent et recomposent tous les schèmes des musiques précédentes, recyclant absolument tout dans un vertigineux et jouissif exercice de déconstruction et de réappropriation. Marquant ainsi un universalisme sans frontière de la musique et préfigurant le kaléidoscope d’un monde futur où toutes les cultures fusionnent pour accoucher d’un langage commun.

Cette manière d’accumuler les références de façon décalée et de bousculer tous les codes de genre n’est pas purement ludique ni gratuite. Elle n’est pas non plus une démarche de déconstruction nihiliste propre à l’art contemporain. Car l’hommage n’est jamais dissocié de la référence. Mais ces références sont désenclavées, sorties de leur contexte culturel, juxtaposées de façon souvent audacieuse, innovante, incohérente dans l’apparence mais signifiante dans l’harmonie nouvelle qu’elles génèrent en fusionnant ensemble.

En définitive, les musiques électroniques changent-elles le monde ou ne sont-elles qu’un reflet d’un monde qui change ?

Je penche plutôt pour la première affirmation. Car les musiques électroniques ne cherchent à représenter, ni d’ailleurs seulement à anticiper. Prophétiques elles le sont sûrement. Mais elles ne se contentent pas d’annoncer. Elles font advenir. Elles incarnent une expérience. Une expérience tellement évidente et puissante qu’elles suscitent une immédiate répulsion chez ceux qui ne peuvent ou ne veulent s’y livrer, et une adhésion doublée d’un enthousiasme fébrile et immédiat chez ceux qui comprennent à quoi elles les invitent.

En devenant commerciales et omniprésentes, les musiques électroniques ont beaucoup perdu de leur force expressive, de leur sens et de leur gratuité. Mais sans cesse renouvelées et réinventées elles continuent d’offrir un langage artistique qui coïncide avec le monde nouveau qui se construit sous nos yeux.

La musique ne sera plus jamais la même. Elle continuera d’évoluer et espérons-le de nous surprendre. A condition que les artistes demeurent fidèles à leur vocation d’éveilleurs de conscience et ne deviennent pas justes les fonctionnaires adulés du divertissement de masse.

Entrez dans le monde d’après – Les musiques électroniques expliquées aux nuls, aux perchés, aux has been

Mis en avant

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BEFORE

Pourquoi ce guide qui n’en est pas un ?

Pour témoigner d’une époque. Celle qui a vu naître, se développer et grandir les musiques électroniques. Qui ont conquis le monde.

Et puis la nôtre. Une époque formidable, exaltante, unique. Pour qui sait ne pas se laisser piéger par les mirages des écrans tactiles ou 3D. Pour qui veut aller au-delà des produits starifiés et frelatés.

Pour qui veut sauver son âme dans ce monde totalitaire, hypernormatif et uniformisé, mais aussi chaotique, éclectique, vivant, vibrant et insaisissable. Et non juste son compte en banque menacé par le prochain crash boursier programmé par les requins de la finance mondiale.

Pour échanger des pistes et des idées avec ceux qui croient que l’avenir est au partage, à la rencontre fraternelle avec l’autre, et non à la compétition sans pitié des egos. Et puisque l’avenir s’écrira ensemble ou ne s’écrira pas, qui pensent qu’il vaut mieux multiplier les occasions de rencontrer, de festoyer, de communier, de célébrer, de se mélanger. Et non juste faire du networking mondain en buvant un verre avec le voisin de palier black ou beur, et en comparant les plis sur sa chemise Mugler et le nombre de conquêtes sur Attractive World ou Grindr.

Ce qu’il n’est pas

  • Un guide

Le guide, c’est vous. Votre corps, votre âme, votre esprit. Et surtout votre cœur. Personne ne peut ni ne doit vous le voler. Personne ne doit vous dicter vos goûts, vos envies, vos passions, vos désirs, ce que vous voulez écouter, où vous devez vous amusez, avec qui et comment.
Surtout pas les « spécialistes ».
Et encore moins les marchands.

  • Un « catalogue », un « panorama » exhaustif, encore moins une « Histoire » des musiques électroniques

Parce qu’elles sont intemporelles, éternelles, puisent dans la vibration millénaire, le bruit de fond de l’Univers autant que dans les musiques célestes ou celles des siècles futurs.
Parce qu’elles ne s’enferment pas dans des formules, des schémas ou des équations toutes faites.
Parce qu’elles se vivent et se transmettent, et ne peuvent être contenues dans un livre, une discothèque ou une mémoire d’ordinateur de plusieurs téraoctets.

  • Un réquisitoire contre les sots, les hypocrites ou les faiseurs

Tous ceux qui vivent trop bien des réputations qu’ils font et défont, des institutions dont ils se croient les gardiens et du tiroir-caisse alimenté par les fonds de pension qui investissent dans la branche matériel pour DJ de Pionner ou qui émergent grâce aux largesses d’Univers-sale, ceux-là ont déjà vendu leur âme et sont irrécupérables.

Inutile de tirer à boulets rouges sur les gardiens du Temple ; plus dure sera la chute.

L’intention n’est pas d’appeler à guillotiner des têtes ou de célébrer le Grand Soir.

L’esprit festif, généreux et inclusif est la base et le credo des musiques électroniques, les vraies. Il n’a que faire des procès et des règlements de comptes.

Quand le rap met en scène les rivalités sous la forme de battles, la house et la techno abolissent les frontières et les clivages en fusionnant les énergies pour les élever jusqu’au ciel.

Ecstaty ou pas, les musiques électroniques sont nées dans les banlieues désenchantées de Detroit, de New York ou de Londres, où se mêlaient les Blancs, les Blacks, les Pakistanais, les pédés, les toxicos, les hippies, les punks, les hardeux, les crasseux, les Cockneys, les fils de bourges, les fans de Manchester et ceux de Chelsea… Tous unis par une même envie de faire fête jusqu’au petit matin voire plus, de laisser tomber les masques et les étiquettes, d’oublier la crise, la course au fric, la galère et le sida.

Aux antipodes du hooliganisme des stades et du communautarisme exacerbé, la house et la techno ont été l‘antidote au ségrégationnisme racial, social ou sexuel, à l’exclusion générée par une économie qui se mondialisait et un monde qui se durcissait, jetant dans la misère des millions de petites mains remplacées par des robots. Ni un projet alternatif à la morale imposée par le Nouvel Ordre Mondial, à l’uniformisation des modes de consommation et des comportements promus par le Système.

Ce qu’il est

  • Une invitation à sortir des sentiers battus, à voir les choses autrement, avec recul et avec humour
  • Une invitation à « sortir » tout court, pour ceux qui n’osent pas aller au-delà du bar du coin ou de petite fête entre amis, qui rêvent du grand frisson mais ne veulent pas prendre trop de risques ni se faire avoir
  • Une torpille lancée sur le piédestal des institutions, des concélébrations, des discours, des divas et des divagations officielles
  • Une invitation à donner du Sens, du sentiment à la fête, et non juste des idées pour sortir

A qui s’adresse-t-il ?

  • Aux « nuls ». A tous ceux qui n’y entravent rien aux musiques électroniques mais qui sont curieux et rêvent de découvrir en ayant quelques repères pour s’y retrouver dans la jungle de l’offre parisienne en internationale.
  • A ceux qui aiment déjà mais veulent parfaire leur culture, qui ont assez de modestie et l’envie d’apprendre d’un « vétéran » de ce mouvement.
  • A ceux qui savent et qui connaissent vraiment. Aux vrais esthètes. Qui ont assez de recul et d’expérience et donc plus rien à prouver. Et qui entendent rester à l’écoute de ce qui se crée de bon et de bien. Et surtout l’envie de partager leur culture avec des gens honnêtes et les jeunes générations avides de retenir le meilleur de ce que les anciens leur ont légué.

A qui ne s’adresse-t-il pas ?

  • Aux Reines de la Nuit. Aux divas des platines. Aux petits marquis du nanocosme parisien. Aux patrons de labels grisés par le succès et aux programmateurs de soirées ultra pointues. Trop certains d’incarner l’Alpha et l’Omega de l’ultimate bon goût parisien. Aux grandes noblesses de la Frènche Touche, trop orgueilleuses pour descendre de leur piédestal imaginaire.

Attention ! Ceci n’est pas une condamnation a priori. Beaucoup d’artistes parmi les plus grands noms des musiques électroniques sont des personnes charmantes, ouvertes, pleines d’humour, et dont le succès n’a altéré ni le talent, ni la passion pour la musique, ni le désir désintéressé de la servir, ni la curiosité envers à l’autre, ni la quête constante de découvertes sincères et de renouvellement authentique.

Malheureusement, force est de reconnaître que le succès corrompt souvent le jugement, le goût, l’âme, l’esprit de jeunesse, et surtout la gratuité et générosité qui font la valeur unique des grands artiste, de même pour la fraternité vraie qui unit tous ceux qui les aiment.

Et si ces musiques ont été dévoyées, si l’on vend souvent des vessies pour des lanternes, on le doit hélas à ces fats et à ces faisans qui ont cru pouvoir s’arroger le monopole de dicter ce qui est licite, novateur ou sublime, et ce qui est trash ou indigne de figurer dans leur palmarès.

  • A ceux qui croient tout savoir sur tout, les précieuses ridicules et postmodernes, arrogantes et méchantes, vides et pathétiques, qui snobent la terre entière et surtout les foules d’anonymes, la province ou les « beaufs » de leur haine hautaine et méprisante. Alors qu’ils ne sont jamais sortis de leur petit cercle d’initiés et n’ont jamais franchi le périph, ou alors juste pour aller visiter la Fondation Louis Vuitton dans le Bois de Boulogne, participer au Weather Festival dans le Bois de Vincennes, ou faire leurs courses bio à la coopérative Les Nouveaux Robinson de Montreuil, parlent de Chicago sans avoir été dans le South Side et de Detroit sans avoir franchi 8 Miles.Tous pareils et tous aussi vaniteux, pédants et stupides. Ceux qui dès potron-minet cavalent dans leur Smart ou sur leur iPhone 6 pour rejoindre le vernissage du dernier pseudo-artiste tendance, l’ouverture du dernier bar de jus de fruits amazoniens et de cookies sans gluten, les soirées bien en vue à Paris, les lieux archi célébrés par le nanocosme mais zappés par les puristes, les esthètes et les vrais amoureux de la musique, les sites hyper spécialisés, les pages que personne n’a encore découvert sur Facebook, les magazines top branchouilles, les lieux et les évènements incontournables où ils faut aller surtout pour être vu… Bref les vrais cons.
  • Aux journaleux de Trax Magazine, qui depuis 15 nous vendent une soupe électropop infecte comme l’apogée de l’art électronique. A ceux des Inrocks qui ont pris le métro en route après avoir pissé sur la techno à ses débuts et tentent de se rattraper depuis que Jack Lang et les bobos ont compris que les musiques électroniques avaient changé l’époque, la jeunesse et le monde. Et pire, aux rédac-chèfes bobasses d’A Nous Paris et autres fanzines insignifiantes qui ont parfois des éclairs de lucidité mais la plupart du temps traquent tellement la nouveauté et l’événement ultra tendance, entre cosmétiques naturels, nanars surannés et expos à la gloire de l’Ego d’un photographe anar de Pékin ou d’une blondasse ex call-girl qui se prend pour Kate Moss, qu’elles passent totalement à côté du truc maousse. Et confondent plug anal géant Place Vendôme avec Art majeur.

Par qui est-il écrit ? Dans quel esprit ?

Si j’ai écrit ces lignes, c’est par passion et désir de partager. Non pour m’ériger en critique, en juge, en docte ou en censeur.

J’aime la musique depuis que je suis né. Toutes les musiques. En particulier les musiques électroniques qui ont changé ma vie, m’ont ouvert au Réel, aux autres et à des faces cachées de moi-même.

J’en écoute et j’en découvre de nouvelles tous les jours.

J’en fais aussi depuis au moins 30 ans.

Je n’en vis pas car j’ai d’autres activités (photos, coaching, formation) donc je n’ai rien à défendre, rien à vendre.

Si je suis un artiste, que je produis et surtout compose de la musique, je ne cherche pas ici à vendre ma camelote, ni à défendre « ma » vision, « mes » goûts ou « mon » histoire. Ni à polir mon ego.

Des fêtes j’en ai vécues de toutes sortes. J’en ai aussi organisé beaucoup.

Au soir des années 1980, j’ai côtoyé (et parfois travaillé avec) ceux qui ont été les pionniers du mouvement house et techno français, qu’on a appelé plus tard la French Touch : Laurent Garnier, Sal Russo, Manu Casana, Jérôme Pacman, Olivier le Castor, Patrick Rognant, Eric Chedeville et son pote Guy-Manuel de Homem-Christo (l’un des Daft Punk)…

Ensemble nous avons découvert ces musiques, sommes allés à la rencontre des artistes qui les ont inventées, avons transpiré sur les mêmes rythmes, vibré sur les mêmes émotions, dans les mêmes lieux, les premières clubs techno totalement underground et les premières raves totalement illégales. Très tôt nous avons voulu partager cette passion qui nous animait, avec la fougue et l’esprit conquérant de la jeunesse, certains de tenir là quelque chose d’unique et de vraiment nouveau. Bravant les préjugés et les institutions qui voulaient n’y voir qu’un mouvement de mode éphémère, marginal, et sans réel intérêt artistique

Plus tard j’ai rencontré une grande partie des parrains de la house de Chicago. Certains sont devenus de vrais amis, comme Frankie Knuckles, que beaucoup considère comme l’inventeur du genre et le parrain de toute une génération de DJs et de clubbers passionnés.

L’amour que j’ai pour la musique, celles-ci en particulier, ne s’est jamais tari, jamais démenti. Il s’est au contraire approfondi et affermi

Je sais aujourd’hui pourquoi elles ont changé ma vie, celles de beaucoup d’autres, le monde, l’époque, et pourquoi elles continuent de le faire. Pour le meilleur

C’est ce que je veux témoigner ici

J’aime les autres. Vraiment. Surtout ceux qui sont différents. Les voyages et les rencontres m’ont appris à devenir plus ouvert. Plus connecté, plus en relation

Je vis entourés d’amis. La plupart sont étrangers. Et beaucoup ont l’âge d’être mes enfants

Si je veux partager mon expérience, en particulier avec les plus jeunes, c’est par souci de leur proposer des voies pour explorer, comparer, s’émerveiller. Trouver du plaisir, du goût et du sens.

Non pour leur imposer ma vision du monde

A eux de faire leurs propres expériences et de se poser les bonnes questions.


IN THE BEGINNING THERE WAS

Ces musiques dont on parle ici existent depuis 30 ans (pour la house), mais au moins un siècle pour les premières expérimentations sonores à l’aide de machines fonctionnant à électricité. Et plusieurs millénaires si l’on remonte aux origines « tribales » de ces musiques.

Qui plus est, les musiques électroniques sont d’une mutabilité sinon d’une versatilité extraordinaires. Mouvantes, changeantes, éphémères par nature, éclectiques par leur étendue, inclassifiables par parti-pris, elles résistent à toute analyse, à tout « discours » académique, à toute volonté de les résumer à des formules ou à des schémas.

Et même si elles sont « embourgeoisées », institutionnalisées, ont été récupérées, dévoyées, merchandisées par le système, même si l’on joue les « œuvres » de Jeff Mills (l’un des pionniers de la techno de Detroit) en version symphonique dans de grandes salles de concert prestigieuses, et si l’on tente de les panthéoniser au Louvre ou au Musée de la Musique, elles résisteront toujours à ces titularisations officielles et grandiloquentes.

Parce qu’elles sont nées sur les dancefloors, dans la sueur et le stupre, et que c’est là, là d’abord et là surtout, qu’on doit les jouer et les célébrer.

Qu’elles soient ou non assistées de « boosters » chimiques, si elles perdent ce lien ténu avec l’envie de cultiver une éternelle jeunesse, qu’on ait 15 ou 75 ans, l’envie de sentir qu’on existe en se frottant à d’autres corps en nage et en transe, avec les pieds qui martèlent le sol, les bras qui se tendent vers le ciel comme au milieu d’une assemblée pentecôtiste, avec ces cris de joie ou de défoulement cathartique, avec ce chavirement qui va jusqu’à l’hystérie collective, jusqu’à la perte totale de contrôle de soi, avec le désir impérieux de faire la fête et de tout oublier, surtout soi-même, loin des clubs sélects, des bars branchés et des lieux obligés, de se mélanger, de se travestir, de s’éclater, de s’extasier, de draguer, de baiser, de forniquer, de mourir pour renaître dans un corps restauré, de jeter au loin son ego pour se noyer dans la foule, de se vider la tête, les tripes et les couilles en communiant dans une ivresse bachique, de se remplir le cœur d’émotions vraies, et non juste de gimmicks factices, de se recharger l’esprit dans un grand maelstrom vivant, au contact des mondes parallèles, des anges et des démons, des fées, des elfes, des satyres et des nymphes, des divinités de l’Olympe ou du Styx… alors les musiques électroniques ne seront plus qu’un « genre » de plus pour faire « genre ».

Comme le jazz, inventé durant la Prohibition par des fils d’esclaves dans des clandés de Chicago, le tango par des ouvriers italiens dans les bordels de Buenos Aires, le rock par des prolos des Sixties dans des caves de Liverpool, le rap par des voyous du Bronx sous l’ère Reagan, le reggae par des fumeurs de ganja dans les slums de Kingston, ou le reggaeton par des flambeurs et des dealers dans les coupe-gorges de Puerto Rico… les musiques électroniques appartiennent au « peuple », à la masse, et  à tout le monde. Pas juste à une élite éclairée et même quand elles sont jouées par des fils de bourges.

Leur originalité, leur légitimité et leur sel, elles les doivent à cette contre-culture de l’underground, du melting pot urbain des grandes mégalopoles américaines, européennes ou asiatiques. Alternatives plus que contestataires, festives plus récréatives, insoumises et anarchiques par fidélité à la Vie plus que par volonté d’en découdre avec le système, qu’elles ignorent ou pastichent superbement.


… JACK!

« Soulever » et « se brancher ».

Le jack c’est l’essence même des musiques électroniques.

Jack veut dire « cric ». Jack up, « soulever ». Et c’est aussi le nom d’une prise utilisée pour brancher son casque audio à l’ampli.

Elle aura beau être présentée comme le dernier truc à la mode, si la musique qu’on vous veut vous vendre ne vous soulève pas au propre comme au figuré, si elle ne provoque pas dans la salle, comme dans la société, un « soulèvement », c’est que c’est un fake. Lâcher l’affaire !

Soulèvement, ça ne veut pas dire une émeute ou une révolution.

La house et la techno ne sont nullement contestataires mais alternatives, anticonformistes, anarchistes mais sans aucune volonté d’abattre le système dont elles se nourrissent et qu’elles subvertissent du dedans, comme ces clubs qui palpitent comme un cœur au cœur des grandes cités au lieu de chercher à les fuir à la campagne. Embrassant à bras le corps l’énergie de l’urbs. Universelles, insaisissables et toujours renouvelées, et toujours ailleurs que là où on les attend.

C’est le rock qui a joué ce rôle de protest song, en tout cas à ses débuts. Et jusqu’à ce que les punks lui fasse rendre l’âme. Puis le rap a pris le relai, du moins jusqu’à ce que les majors donnent le la en fabriquant des rebelles protéinés et des gravures de mode photoshopés pour vendre des skeuds.

Quant à la « prise », ne vous branchez pas sur la Matrice, mais laissez la musique prendre le contrôle de votre corps, e vo^tre âme et de votre esprit, jouer avec vos sensations et vos émotions, pour votre plus grand bien, et non pour vous asservir. Let the music use you ! (Night Riders)

Une fois branché sur ce grand Cœur universel qui palpite à l’unisson, vous voilà reliés les uns aux autres. Non pas enchaînés par les liens de servage ou les déterminismes de caste, mais vraiment, égaux et frères, quelle que soit votre origine, votre couleur de peau, votre statut social, votre activité, votre sexualité, vos désirs, vos rêves, vos croyances et vos limites.

Ce n’est pas qu’un slogan. Ce n’est pas qu’un gimmick à la mode pour ramener les kids dans le sclubs. C’est tout le contraire.

La house et la techno sont nées d’un immense besoin de liberté de s’affranchir des modèles, de la loi, de l’argent, du discousr des élites et des institutions.

Comme lors des révolutions libertaires qui ont enflammé la jeunesse occidentale des 60s/70s dans un grand élan de contestation de la société de consommation orientée vers le fric, la réussite, le matérialisme, la guerre militaire puis économique qui broient l’humain et lui ôte toute dignité.

Mais avec la technologie et les codes du 21e siècle alors balbutiants. Et surtout sans volonté aucune d’en découdre, juste d’ouvrir toutes grandes les portes du Futur. Les années 1980 étaient passées par là. Et le désenchantement avait fermé la porte aux utopies politiques ou socio-logiques.

Place désormais à l’Etre. Au pourvoir du Présent. Aux corps empêtrés dans le Matrice.

Et au Règne de l’Esprit chanté par les machines.


UN MANIFESTE POUR LE MILLÉNAIRE : DU SPIRITUEL DANS L’ART !

Nées d’une volonté de réinventer la fête, la vie et la fraternité mondiale, les musiques électroniques sont beaucoup plus qu’un mouvement de mode, un nouveau genre musical, un phénomène esthétique ou social.

Elles sont vraiment, qu’on le veuille ou non  – et ce n’est pas une prétention affectée de chroniqueur new age de le rappeler – de nature SPIRITUELLE !

D’abord parce qu’elles sont puissamment prophétiques et propulsent dans une tout autre dimension.

Qu’elles activent des zones de notre cerveau et produisent des effets que seules des substances puissamment psychoactives drogues comme le LSD, l’ayahuesca, le peyotl ou la DMT peuvent générer.

C’est aussi pour cela qu’elles sont totalement détestées par beaucoup de gens. Qui sont totalement incapables de les comprendre et d’en supporter l’audition. Car leur système cérébral, trop centré sur le cognitif, n’est pas à même de les supporter. Et leurs propres repères en sont totalement chamboulés. Ils ne peuvent entendre qu’un bruit répétitif et abrutissant, limités qu’ils sont par leurs propres capacités de perception.

C’est aussi pour cette raison que ces musiques ne se donnent souvent à comprendre pour la première fois qu’avec l’assistance d’un booster chimique, qui oblige à lâcher prise et à renoncer à contrôler ce que l’on ressent et ce que l’on vit.

Beaucoup plus puissantes que le rock psychédélique des années 1960/70, beaucoup plus en phase aussi avec notre monde urbain et post-moderne et avec notre époque de changement radical que les musiques primitives ou chamaniques, les musiques électroniques sont le seul exemple dans l’Histoire de formes d’expression musicales qui annoncent un monde qui n’est pas encore né, et ne contentent pas que de l’imaginer, se le représenter ou le fantasmer.

25 ou 30 ans avant l’avènement de la métasociété que nous connaissons aujourd’hui marquée par internet, les réseaux sociaux et les prothèses électroniques connectées, la house et la techno nous faisait déjà entendre ce monde dans lequel nous vivons aujourd’hui.

Déjà dans la décennie 1970, au sortir des années hippy et en plein raz-de-marée disco, dans la froide et matérialiste RFA occupée par les GI’s américains, quelques précurseurs avaient anticipé sur le 21e siècle bien avant son avènement : Kraftwerk avec le monde transhumaniste de Man Machine (1978) ou Giorgio Moroder avec la sensualité robotique et ecstasiée d’I feel love (Donna Summer, 1977).

Je me souviendrai toujours de la claque magistrale que j’ai encaissée la nuit où, dans un club underground parisien en 1988, j’ai entendu pour la première fois la reprise new beat du Rock to the beat de Kevin Saunderson (Reese / 101 Electric Dream). Cette transe hypnotique qui m’avait alors saisi. Et cette injonction minimaliste à « se balancer sur le beat » lancée par une voix de Big Brother féminin .

De même la jouissance indescriptible en dansant pour la première fois sur Can you feel it de Larry Heard (Mr Fingers). Je n’imaginais pas qu’un son puisse me propulser dans un tel océan de volupté et me faire vivre la musique de façon aussi cool et énergique à la fois, avec une telle intensité. Je n’avais pas encore testé le MDMA que déjà j’en ressentais les effets.

Idem pour les premiers tracks acid house (Confusion Revenge d’Armando reste mon préféré). Cette incroyable montée hypnotique vers une galaxie inconnue. Ces loops acid distordues et répétitives jusqu’à l’excès. Ce son à la fois agaçant, obsédant et absolument jouissif. Soudain les machines me parlaient d’un monde que j’allais connaître 20 ans plus tard

Quant à Acid Drill de Robert Armani (Edward & Armani) et Blackout de Lil Louis, quel effroi ressenti en entendant ces incantations prophétiques d’un monde glacé et totalitaire traversé de bruits de botte et de défilés nazis d’un côté, apocalyptique de l’autre.
Ces musiques ont vraiment été composées et sont conçues pour être jouées et vécues dans un état de conscience amplifié. Pour voir et vivre des réalités que notre inconscient peut capter mais que notre conscience trop préoccupée et ignorante ne peut en général pas intégrer. La transe permet de nous les révéler sans les nommer.

Et puis cette façon absolument inimaginable de communiquer avec la foule des danseurs. Par le simple regard branché sur un horizon invisible, des gestes incontrôlés, téléguidés par l’inconscient collectif et les références subliminales suggérées par le DJ. Une danse qui invente ses propres codes à mesure qu’elle se déploie, capte, transforme et redistribue les messages adressées par la musique, le DJ et les danseurs tout autour. Un mode de communication aussi physique, surréaliste que télépathique. Et incroyablement ludique ! Un réseau social en 5D avant l’heure. Bien plus réel qu’un écran d’ordinateur.

Je découvrais des ressources insoupçonnées de mon corps  et de mon cerveau. J’étais soudainement un surhomme doué de capacités inconnues, propulsé dans le paradigme centaurique dans lequel nous entrons à peine aujourd’hui, par-delà la réalité limitée par le verbal, le mental, la pensée dualiste et rationnelle : le monde d’après.

Même très éloignées de cette impulsion de départ, spirituelles, les musiques électroniques le sont toujours aujourd’hui bon gré mal gré. Mais à l’image du monde contemporain : protéiforme, mutable et métissé. Et donc empruntant à toutes les formes de spiritualités : déistes, paganistes, satanistes ou athées.

Elles rassemblent toute la gamme des « énergies », des divinités et des idoles révélées ou fabriquées par l’homme.

Des religions primitives ou animistes, des adorateurs de Gaïa, de la Nature ou du monde des Esprits.

La house était « chamanique » dès son origine, empruntant largement aux musiques new age (ambient house, trance house…)

C’est un truisme pour certains, une imposture pour d’autre, mais c’est la vérité.

Jusqu’à l’Ecologie, religion politique qui s’est imposée à tous avec le réchauffement climatique et qui nourrit les préoccupations des technokids des années 2010.

Des religions monothéistes.

Le gospel inspire puissamment les hymnes et les rites de la house de Chicago, héritière de toute la Black music, depuis les negro spirituals jusqu’au funk. Quand des DJs samplaient jusqu’à plus soif I had a dream ou Free at last de Martin Luther King, ou des prêches entiers de pasteurs évangéliques, comme Curtis Jones dans le sublime tribal et techno house The Preacher man (Green Velvet, 1993), les Shamen dans le subliminal, plaintif et éthérique hymne ambient Here me o my people, ou plus récemment les frères Lawrence de Disclosure qui rendent hommage à leurs maîtres de Chicago avec une maestria et un humour hors du commun, parodiant une assemblée pentecôtiste qui vire à la cérémonie vaudou dans le clip jouissif When a fire starts to burn (2013), ce n’est pas juste pour flatter le Black people ou se moquer du prosélytisme et de puritanisme des convertisseurs zélés.

C’est bien évidemment parce que ces références parlent et signifient quelque chose pour toute l’Amérique et au-delà.

Lever les bras en l’air, ce n’est pas à la base un gimmick de kids ecstasiés, c’est un détournement plein d’humour de de qui se pratique le dimanche durant le culte dans n’importe quelle église baptiste ou pentecôtiste du Bible Belt, ou même dans les bons temples réformés parisiens.

Comme Ray Charles avait osé profaner les mélodies gospel en inventant le Rhythm & Blues, la house joue sans cesse avec ces rites chrétiens que les Blacks d’Amérique ont tous fréquentés.

Et avec les angoisses de l’époque.

Quand Lil Louis dans son sublimissime hymne tribal et techno Blackout (1989) cite d’une voix d’outre-tombe des versets entiers de la Genèse ou de l’Apocalypse, ce n’est pas juste pour jouer au train fantôme en faisant « Hou Hou ! », ou s’amuser à se faire peur en agitant le spectre de la Fin du monde. C’est aussi et surtout parce que cette musique et les vocals qui l’accompagnent sont un puissant révélateur de l’époque, de ses tourments, de ses espoirs et de ses mythes.

Mais il existe également des réminiscences soufies, lointaines ou explicites, dans les tout premiers tracks new beat ou acid. Qui ne tiennent pas qu’au goût politiquement correct de l’époque Touche pas à mon pote pour la musique arabe.

Avec ce côté lancinant, obsessionnel, ces mélodies orientalisantes, froides, mélancoliques et désenchantées comme dans What time is love (KLF, 1988), ou chaudes et sensuelles comme bien d’autres anthems techno arabisants. Ou les deux, comme Revolution de Jean-Michel Jarre (1989).

Sans parler de l’oriental house libanaise, égyptienne ou turque. A l’image de ce morceau très commercial mais parfaitement illustrateur de DJ Antoine : Arabian adventure. Qui mêle atmosphère des Mille et une nuits, violons à la Oum Kaltoum, chants soufis, basse électro et beat house.

Il existe aussi, à Tel Aviv ou à Brooklyn, une house et une transe hassidique (juive orthodoxe). Pas étonnant quand on sait que la recherche de la transe mystique est la raison d’être des psalmodies scandées par les juifs pieux qui se secouent le corps les yeux fermés devant le Mur à Jérusalem ou dans les synagogues, en récitant des versets de la Bible afin de s’unir avec Dieu.

Des religions panthéistes ou asiatiques. Qui ne connaît pas Ganesh ou Vishnou n’a sans doute jamais trippé sur la transe de Goa. Souvent plus superficielles, les références au Tao ou Bouddha sont cependant nombreuses dans l’ambient et la lounge music, sous forme de musiques planantes à consommer après le boulot dans un bar avec un thé lapsang souchong.

Mais il y a aussi dans la techno et les musiques électroniques plus radicales une spiritualité non déiste, voire résolument matérialiste et antireligieuse.

Des humanoïdes de Kraftwerk (The robots ou Man machine, 1978), précurseurs et inspirateurs de la techno, jusqu’aux usines de la motown, la techno met en scène dès ses débuts cette fascination pour la fusion, réelle ou fantasmée, entre l’homme et la machine : l’informatique, le monde déshumanisé et robotique de la production automatisée et standardisée, des supercalculateurs, des cyborgs, des droïdes rigolos de Stars Wars ou du cauchemar transhumaniste de Matrix.

Est-ce pour affirmer la suprématie de l’homme sur la machine ? De l’esprit sur la matière ? Ou au contraire son asservissement, contraint ou complaisant ? Et sa destruction annoncée. Autant de thèmes philosophiques et spirituels qui traversent les angoisses et l’imaginaire du 21e siècle.

Plus bas dans l’échelle des énergies, on trouve des thèmes carrément satanistes, revendiqués ou symboliques, dans le hardcore et le trancecore, très parents du death metal auquel ils empruntent souvent références et iconographie, le silicium en plus de l’acier. Démons hurlants bardés de casques et d’échines métalliques, comme des T-Rex de métal débarqués d’une planète reptilienne, BPM explosant le compteur, marteaux-piqueurs pour bien perforer les tympans, ultra-violence kitsch et cris stridents de mutants en furie tout droits sortis d’un film gore.

Et puis il y aussi et partout dans la musique de ce siècle le thème de l’acédie spirituelle, liée au désenchantement du monde post-moderne, de l’angoisse existentielle, ou juste du spleen urbain et mélancolique cultivé avec esthétisme et affectation, et du retour au monde simple et rassurant de l’enfance. Autant de constantes dans beaucoup de tracks pop, rave ou électroclash, et de leur ancêtres new wave, industriels et new beat. Sur le mode ritournelle enfantine ou ado (Air, Röyksopp), romanesque et cinématographique (Sébastien Tellier – La Ritournelle), classe, métrosensuel et jazzy (St Germain – Montego Bay speen), ou flippé et drama (T99 – Anasthasia).

Ce ne sont pas que des « états d’âme » que les musiques électroniques veulent réfracter. Ce sont des pulsions, des aspirations ou des égarements spirituels, très liés à leur époque et à leur auteur.

LA OU EST TON TRÉSOR, LA AUSSI SERA TON CŒUR

Si l’on accepte que les musiques électroniques ne sont pas juste au mieux des musiques à danser et au pire un élément du décorum pour soirées people ou pubs télé, et que les fêtes contemporaines ne sont pas juste que des parenthèses sociales et récréatives pour conjurer la solitude des grandes villes et rompre avec l’ennui quotidien (ce qui est déjà beaucoup), mais qu’elles sont aussi des messes du temps présent, des rituels où l’on vient échanger les énergies, se recharger, partager et éventuellement communier dans la fête, la joie , l’ivresse et la danse, alors on admettra par là même que tout n’est pas qu’affaire de goûts et de couleurs.

Du goût il en manque souvent quand on confond soirées mondaines et rites de passage. Ou quand on va juste trémousser son popotin pour éviter de passer une soirée devant les conneries de la télé ou avec son chat et sa canette de bière devant son ordi.

Des couleurs il y en a souvent trop pour masquer la misère urbaine, celle des cœurs brisés, des salariés harassés par un taf ingrat, des jeunes qui ne croient plus à rien, surtout pas à eux-mêmes, des vieux manipulateurs qui se la racontent en promettant des lendemains qui chantent, et des potes qui oublient de rappeler quand on envoie un SMS de détresse.

Mais tout ne se vaut pas, loin de là.

Et il ne suffit de clamer « C’est mon choix et je t’emmerde ! » pour avoir raison contre tous et contre soi-même quand on défend l’indéfendable.

Aimer un son ne suffit pas un justifier qu’il soit bon.

Le relativisme culturel est la pire des arnaques. Car il y a bien une échelle des valeurs, dans le registre esthétique comme dans le registre éthique.

Et l’Art, le vrai, ce n’est pas une machine à créer des formes sympa pour oublier le quotidien ou qu’on n’est pas en forme. Ou pour mettre en scène l’état dysfonctionnel de sa propre vie ou de la société, en le poussant au paroxysme du nihilisme avec un cynisme achevé applaudi par les thuriféraires médiatiques de l’Ere du Vide.

L’Art, c’est un Révélateur du Sens !

« Sens » veut dire en français 3 choses : sensation, direction et signification.

Qu’est-ce que je ressens quand j’écoute un track ou que je me déhanche sur un truc de ouf ?

Vers quel état de conscience, vers qui ou vers quoi cela me mène-t-il ?

Quelle représentation de moi, des autres, de la vie, du monde, de l’Univers, de Dieu… ou juste du verre posé sur la table cela induit-il ?

Quel sens cela donne à mon existence, à ma relation à la vie. Ici, maintenant, tel que la vit vraiment, et pas comme je me l’imagine, la fantasme ou la souhaite.

Autrement dit, qu’est ce qui me rend plus « réel » ? Et qu’est-ce qui m’éloigne de ce que je vis, de ce que je suis ou de ce que crois être ?

Trop intello tout ça ? Branlette inutile ?…

Allons bons ! Soyons honnêtes. Pourquoi et pour quoi faire écoute-t-on du son ?

Alors que se priver de manger plus de 30 jours ou de boire plus d’une semaine conduit immanquablement à la mort, après tout on peut très bien vivre une journée, une semaine, 3 mois ou toute sa vie sans écouter un seul morceau.

Pourquoi la musique est-il aussi vitale pour tous ceux qui lisent ces lignes ?

Et pourquoi ce n’est pas juste un truc qu’on écoute seul à la maison mais qu’on a envie de partager avec d’autres.

Réfléchissez. Et trouvez les réponses.

« Il nous prend vraiment pour des teubés celui-là ! », entends déjà maugréer dans mon dos.

Cool, cool, rangez les armes. No panic. Et aller poser la question à vos dix meilleurs potes. Pas sur un forum internet : à l’abri de son écran on joue un personnage et on évite de se poser des questions qui dérangent. Non : face à face.

Après on en rediscute…


LE MEILLEUR ET LE PIRE

Le meilleur c’est toujours ce qui fait se sentir vraiment plus beau, plus heureux, plus grand, plus fort, plus uni. Qui fait s’aimer soi-même davantage, aimer la vie, ce qui nous entoure, l’époque, les gens, les autres. Avoir envie de sortir de son contexte, de dépasser ses limites, de marcher, de courir et de danser quand on est invalide, de rire quand on est déprimé, de donner quand on n’a rien et de recevoir quand on a tout. Ou juste de se poser et de regarder, d’écouter, de goûter.

Prêchi prêcha ?…

Par ce que votre but à vous, comme 99,999999% des humains, ce n’est pas le bonheur, peut-être ?

Ah bon !

Que vous soyez capable de rire ou de pleurer sur un morceau, c’est déjà une preuve que vous êtes un individu sensible. Et pas juste un cynique blasé et revenu de tout.

Une machine.

Car même les machines d’aujourd’hui savent imiter nos émotions, parfois mieux que beaucoup d’humains privés de leur humanité. Certains prétendent même que ce sont elles, les machines du futur, qui vont nous réapprendre à être des humains. Ou pas.

En tout cas quand vous écoutez un track techno, vous aimez entendre chanter les robots ? Les entendre gémir et jouir quand ils font l’amour entre eux ou se pluggent sur votre épiderme ou vos orifices ? Ou au contraire vous préférez vous fondre totalement dans le silicium jusqu’à disparaître et vous anéantir ?

Citer des morceaux qui ont changé ma vie, celle d’une génération, la musique ou le monde serait trop facile.

Pour ça je vous renvoie aux excellents livres et autobiographies écrites par ceux qui ont fait ces musiques, et non par des chroniqueurs ou des « spécialistes » souvent plus distanciés.

Notamment Electrochoc de Laurent Garnier et David Brun-Lambert (Flammarion, 2003).

Et bien sûr aux documentaires (en anglais sous-titrés le plus souvent) sur l’Histoire de la house et de la techno, que vous ne manquerez pas de trouver sur YouTube. Ou les bios consacrées aux grands noms des musiques électroniques (voir ceux cités à titre d’exemple en annexe).

Et puis surtout, je vous encourage vivement à rencontrer les artistes et les vétérans. Ceux qui sont vraiment bons ne vous refuseront jamais de dialoguer, s’ils sentent que vous êtes passionnés et désintéressés, et même si leur temps est compté. Les autres, les madones et les stars bidons, oubliez les !

Ce n’est pas du flan : je suis devenu pote puis ami intime avec Frankie Knuckles en chattant pendant des heures avec lui sur Myspace en 2006, à l’époque (courte hélas) où ce réseau social n’était pas qu’une vitrine promotionnelle dépassée et rassemblait tous les grands noms de la musique mondiale. On pouvait alors y dialoguer avec eux de façon ouverte, tant que l’on ne se limitait pas à leur faire du plat ou à les solliciter pour faire son propre buzz.

Quel pied de pouvoir discuter presque face à face avec ceux qui vous ont inspiré, qui ont changé votre vie, qui en font toujours partie et que vous adorez. Et de découvrir que ces grands artistes ne sont pas les statues de marbre qu’on en a faits, mais des hommes et des femmes comme les autres. Avec leurs interrogations et leurs doutes, leurs peurs et leurs limites. Le plus souvent, ils étaient ravis de pouvoir enfin parler avec leur public, sans risquer d’être harcelés à la sortie d’un concert ou d’un set, ou de subir le filtrage exaspérant de leur maison de disque ou de leur manager jaloux de son privilège de gérer l’image d’une grande star.

10 ans plus tard, les temps ont changé.

Les musiques électroniques, en particulièrement le meilleur d’entre elles qui revient en force depuis peu après une demi-décennie de mélasse eurodance et de guettasseries en tout genre, sont aujourd’hui sur le devant de la scène. Alors que le rap s’épuise à répéter les mêmes frasques, que le rock n’arrête pas d’être ressuscité par des opportunistes alors qu’il est mort il y a 40 ans, que la world music a tellement envahi toutes les musiques ici et ailleurs que ce n’est plus un genre à part entière, et que mis à part quelques artistes sincères et vraiment talentueux, la variété et la pop française est une soupe que même un enfant de 5 ans un peu évolué refuserait d’ingérer.

A moins d’être admis dans le carré VIP (et encore), difficile d’aller taper sur l’épaule de Derrick May après sa prestation sur la scène du Weather. De toute façon il s’en fout.

Mais il y a encore plein de lieux pas trop glamour et people où l’on peut trinquer avec les plus grands, dans un esprit soulful et bon enfant.

Pour les lieux à fréquenter, voici quelques pistes…


FAIRE LA FETE A PARIS ?

Aux les lieux trop institutionnels et encensés par les médias et le nanocosme parisien, préférez l’aventure, quitte à prendre des risques.

Parmi les incontournables, le Rex reste une institution phare. Après 30 ans de bons et loyaux services, il en aura vu passer de toutes les couleurs. Depuis les premières soirées acid house et les fameuses Wake up de Laurent Garnier au début des années 1990. Sa programmation plutôt techno haut de gamme et son sound-system sont quasi irréprochables. Mais l’espace est ce qu’il est : clean, bien ventilé et plutôt bien arrangé aujourd’hui, mais bas de plafond et enterré, plus proche du parking en sous-sol que le l’amphithéâtre, sans volume pour brasser les énergies du ciel et de la terre. Une vraie « boîte ». Donc à vous de voir…

Mais le nouveau pôle à voir et à vivre c’est assurément le quartier Austerlitz-Bercy-Tolbiac à l’Est de de Paris. Le cadre parfait pour les fêtes électroniques. Qu’on pourrait même étendre jusqu’à l’Institut du Monde Arabe et aux Jardins Tino Rossi, où ça frétille beaucoup des gambettes les soirs d’été au milieu des pique-niques géants et sur des rythmes latinos ou folkloriques. Histoire de tester d’autres ambiances.

Plus grand pôle de refonte urbanistique du Paris intra-muros depuis le tournant du siècle, le quartier Tolbiac-Bercy ne cesse de se développer, de s’étendre et de s’embellir. Depuis l’ouverture du POPB en 1984, actuellement en plein remix, du Ministère de l’Economie en 1989, de la Bibliothèque François Mitterrand en 1995, des Jardins Yitzhak Rabin (Parc de Bercy) en 2000, et plus récemment du nouveau pôle universitaire près de la Porte d’Ivry.

Paris Plage y compte même une extension l’été.

Au seuil de la décennie 1990 en pleine époque rave,  ce quartier alors encore très industriel a vu les premières soirées outdoors de la capitale prendre d’assaut les quais sous le Pont de Tolbiac pour des fêtes techno improvisées et alimentées à la gégène. De même sur les toutes premières péniches des deux rives, notamment le Batofar, un ancien bateau-phare échoué sur les quais de Seine et reconquis par des fêlés de techno au tout début de la décennie. Aujourd’hui devenu une institution beaucoup plus plan-plan, bobo et à vrai dire passablement ennuyeuse.

Ce quartier est aujourd’hui à n’en pas douter le vrai quartier du 21e siècle. Le plus futuriste et le plus américain. Avec ses grands espaces aérés, ses monuments pharaoniques (TGB, Bercy), ses bâtiments industriels reconvertis en grandes écoles, ses restaurants, ses bars, ses boutiques design et ses élégantes promenades le long des quais qui rappellent les docks de Londres, de Lisbonne ou de Puerto Madero à Buenos Aires.

Le plus jeune, le plus métissé et le plus cosmopolite aussi. Avec son pôle universitaire et sa Bibliothèque Nationale, qui attirent étudiants et chercheurs du monde entier, ses multiplex – MK2 à gauche, UGC à droite – son Village St Emilion avec ses concept-stores animés. Et ses grands parcs ombragés où viennent se détendre familles, bourgeois égarés, bobos du quartier, promeneurs parisiens ou étrangers, et gamins des banlieues voisines.

Passons rapidement sur la Concrete, la grande institution électro parisienne sur une péniche amarrée Quai de Bercy. « LA » soirée électro de référence pour beaucoup de clubbers invétérés. La plus tête-à-claque aussi. A l’image d’autres hauts-lieux des mondanités électro parisiennes, comme Zig Zag près des Champs-Elysées ou Yoyo au Palais de Tokyo, ces soirées sont peut-être incontournables pour beaucoup, mais on vit très bien en les évitant.

Bien-sûr leur programmation est exigeante et pointue. Bien sûr on y voit souvent se produire des artistes parmi les plus grands. Mais si vous détestez l’ambiance hipster et convenue des lieux un peu aseptisés, ou si vous avez plus de 35 ans et pas vraiment le look standardisé du clubber métrosexué, fuyez la Concrete, de toutes façons en perte de vitesse. Au risque de vous sentir décalé et dévisagé.

Outre de belles terrasses sur les toits, le Wanderlust et les autres clubs de l’Institut de la Mode situés sur l’autre rive de la Seine à Austerlitz, offrent à un public moins resserré et surtout moins snob, plus cool et plus éclectique, une programmation plus aléatoire mais parfois kifante. On se souvient par exemple d’un Nouvel an 2014 mémorable avec Kenny Dope Gonzalez aux platines.

Ceux qui veulent vraiment se plonger dans une ambiance soulful, deep, groovy, inclusive et festive, chamarrée et décomplexée, loin des chichis, des clichés et des mondanités, et en même temps très exigeante quant à la programmation et à l’esprit, n’hésiteront pas à aller rendre souvent visite au Djoon. Le club le plus authentiquement américain de la capitale.

On y croise les plus grands noms de la deep house, la crème de la crème des DJs de Chicago ou de New York. Et on y danse vraiment, pas juste pour frimer, sur les plus belles musiques du monde.

Le Djoon alterne soirées régulières et hebdomadaires de très bonne qualité consacrées au funk, à la motown, à la soul ou au hip hop, avec des découvertes vraiment fun de DJs de jazz house africaine ou plus exotiques encore. Et surtout, chaque mois les DJs résidents Greg Gauthier et Chris Thomas, de vrais amoureux de la musique qui bossent pour elles et pas pour leur egos, vous emmèneront aux confins de la deep house la plus sublime, avant de céder les platines aux plus grands : Todd Terry, Glenn Underground, Boo Williams, Louie Vega, Kerry Chandler ou Derrick Carter.

Avec son restaurant, sa terrasse et ses grandes baies vitrées ouvertes sur le métro aérien, on se croirait dans le Loop ou à Manhattan.

Inutile d’attendre 4 heures du matin pour voir la star débarquer. Ces soirées se déroulent sous la forme de tea dance une fois par mois le dimanche en fin de journée, démarrent dès 19 heures et se prolongent jusqu’à 2 heures.

Quel joie de danser au milieu de vrais amateurs de musique et de danse, dont certains professionnels. D’un public joyeux et souriants, de grands blacks trentenaires sapés avec simplicité, plasticité et goût, au visage éclairé d’un sourire immense, qui ne viennent ici que pour s’amuser vraiment, et dansent magnifiquement avec une vraie classe et sans affectation surajoutée, dans un esprit bon enfant où l’on se parle, où l’on touche, au lieu de sautiller sur-place en évitant soigneusement tout contact avec son voisin et faisant bien attention de ne pas renverser son verre.

Un vrai retour aux sources ! Espace volumineux, élégant et sobre à la fois, empli d’une belle énergie. Un lieu beau,  des gens beaux et de la très très belle musique !

S’éclater pendant 5 heures d’affilé sous une fresque de Michel-Ange (La Création d’Adam) entourée de lustres design, faire une pause pour savourer une conso sans raquer 15€ sur la terrasse, en regardant passer les derniers rames du métro aérien au-dessus des arcades, échanger quelques mots amicaux avec le DJ, qui n’est pas là pour faire la star mais pour régaler son public parisien. Et pourquoi pas finir la soirée dans un restau de Chinatown attablé avec des légendes de la house…

Voilà le secret de fabrication qui fait le succès du Djoon : T.S.P. : Tous Sauf Parisien !!! Chic et authentique.

Si l’on se recentre dans les quartiers historiques de la capitale, il y a aujourd’hui plein de nouveaux lieux à découvrir.

Malgré la beauté incontestable du cadre et l’immensité du lieu, vous éviterez soigneusement le Showcase situé sous les arcades du Pont Alexandre III. Repère de fils à papa, de la jeunesse dorée banlieue Ouest et des nouveaux riches du Sentier. Et encore plus son petit frère le Faust situé sur l’autre rive, tellement tendance que le Tout-Paris branchiole s’y précipite pour s’y montrer.

Toute la nouvelle promenade de la Rive gauche ouverte aux piétons en 2014 entre les ponts Alexandre III et de l’Alma est très réussie et mérite vraiment le détour. Mais trop courue, il faut attendre encore un peu que les choses évoluent avant de décider s’il faut y sacrifier ses nuits ou aller voir ailleurs.

Suivant le sillage des pionnières comme la Concorde Atlantique située sur l’autre rive par rapport à la Place de la Concorde, on peut s’amuser à égrener bateaux et péniches ammarrés sur les quais de Seine. Comme la très joyeuse Rosa Bonheur-sur-Seine, fille du salon des Buttes Chaumont reconverti en gay tea dance du dimanche après-midi.

Si les bobos et les gogos ne vont exaspèrent pas, vous pouvez même y trouver l’ambiance très cool.

Mais pour le dépaysement, cherchez plutôt de l’autre côté du périph.

Même si les branchés et les bobos qui s’y précipitent pour ne pas se mêler à leur congénères scotchés sur les lieux parisiens ont déjà dénaturé la vibe spontanée qui fait vivre depuis des décennies les banlieues de la Petite couronne, à Montreuil, Ivry, Bobigny ou Saint-Denis, on s’y amuse encore beaucoup, loin des codes imposés par la hipstérisation hystérique de Paname.

Si vous en avez un peu la claque de l’électro, allez vous rincer les oreilles le samedi soir du côté de la Halle de Montreuil et des nombreux restaus « ethniques » (et pas encore world food) qui s’étalent près du métro Croix de Chavaux. Vous y rencontrerez sûrement un orchestre de salsa cubaine suivi d’un DJ de très grande qualité. Ou une soirée libanaise passablement torride.


ET AILLEURS ?

On ne le dira jamais assez : ne restez pas à Paris, voyagez !

Vous n’en aurez que plus de plaisir à revenir à vos habitudes et verrez la nuit, la ville, sa magie et ses mirages d’une tout autre manière, avec plus de recul et d’objectivité relative.

Les vols low-cost et les réseaux d’hébergement gratuits entre particulier comme Couchsurfing balaient les arguments selon lesquels quand on a des revenus d’étudiant, de chômeur ou qu’on vit en province, il est impossible de voyager.

Londres est certes chère mais à deux heures d’Eurostar, on peut donc zapper la case hôtel rédhibitoire et faire la fête en attendant de reprendre son train. Berlin est à peine plus loin et beaucoup plus abordablee. Quant à Bruxelles et Amsterdam, on y aime toujours les sons électroniques sans s’emmerder avec les codes et les convenances parisiennes.

Et puis le Sud de l’Europe et le pourtour de la Méditerranée regorgent de capitales où la fiesta n’est pas un vain mot : Barcelone, Madrid, Séville ou Lisbonne. Tel Aviv, Athènes, Istanbul ou Beyrouth pour plus de dépaysement, mais surtout plus d’énergie et de folie.

Pour ceux qui ont davantage les moyens, on s’amuse aussi toujours énormément à New York (évidemment), à LA, à Miami. Mais aussi à Montréal, à Rio, à Buenos Aires, à La Havane si vous aimez les jolies filles ou les beaux garçons tarifés autant que le rhum et la fiesta. Ou, plus à l’Est, à Dubaï pour ceux qui ont les moyens et savent où aller (charia officielle oblige…), à New Dehli, à Singapour, à Sydney. Et même à Shanghaï qui s’est beaucoup débridée depuis qu’elle est devenue la capitale économique et financière du Pacifique sinon du monde.

On évitera – on boycottera même – Moscou et la Russie de Poutine. Où la fête est à l’image d’un pays ravagé par la brutalité et la corruption des élites, le fric, le racisme et l’homophobie faits lois.

Pour ceux qui aiment se retrouver dans une promiscuité chaude et virile, on évitera absolument la nuit gay parisienne, totalement ridicule et has been, et qui, après avoir lancé toutes les modes il y 20 ou 30 ans, en est réduite aujourd’hui à se caricaturer elle-même.

Le public y  est abject, stéréotypé jusqu’au clonage. La musique est au-delà du détestable, scotchée depuis 10 ans sur une minimal tribal totalement abêtissante, servie par des DJs incultes ou fauchés, bien obligés de cachetonner en régalant des Barbie bears sous coke ou GBH.

Quant aux institutions vieillissantes comme La Démence à Bruxelles (25 ans l’an dernier), devenue entre-temps une croisière chic et chère pour DINKs, à moins de vouloir jouer le rôle de Miss Piggy dans La Ferme ou de la salope de sévices gangbangisée dans le dernier nanar porno, on fera aussi un prudent détour.

Idem pour Ibiza, Sitges ou Mykonos, qui ne sont que plus des attrape-gogo d’une vulgarité achevée.

On s’exilera donc prudemment vers des destinations plus méridionales ou moyen-orientales que Paris, certain de trouver là-bas des mâles plus authentiques et une tout autre ambiance, vraiment festive et débridée.

Madrid, Tel Aviv, Istanbul ou Beyrouth : allez-y les yeux fermés. Et rouvrez-les en arrivant : vous ne serez pas déçus…

Plus loin mais bercées en toute saison par les alizées, les Canaries sont une option intéressante pour allier hédonisme tropical, hôtellerie classe, public international et plaisirs décomplexés entre gens comme il faut.


AFTER

Peu importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse ?

Non, non et  non !

Le contenant ne va pas sans contenu. Et quand on se livre aux entités nocturnes, on ne doit pas faire n’importe quoi.

Transe sans conscience n’est que ruine de l’âme.

En l’occurrence la ruine est assurée, et beaucoup plus rapide que prévue si vous n’y prenez garde.

A 20 ans on se croit invincible. A 30 on commence à se calmer. A 40 on fait le bilan. Et a 50 on sait que le meilleur n’est pas derrière soi mais devant, pour peu qu’on sache livrer ses plus beaux fruits et les partager avec générosité.

Faire la fête ce n’est pas poursuivre une quête ou juste se déchirer la tête.

A trop vouloir chercher dans la fête ce qui n’y est pas, on passe à côté d’occasion unique. Pas de formule préétablie donc. Le marketing vous ment : réinventer votre avenir !

Votre vie vous fait gerber et vous faites semblant d’être très heureux pour paraître comme tout le monde ? Jeter le masque et enfilez le costume de « Magicien d’Ose », pas de Robocop ou de la fée Carabosse.

Allez vers les autres au lieu d’aller vers vos pairs. Vous n’y gagnerez rien à contempler combien ils vous ressemblent tristement, et vous finirez aigris en ayant la triste impression d’avoir raté votre vie et d’avoir laissé filer votre jeunesse sans jamais prendre de risques.

Ecouter la voix de vos aînés et non celle rassurante de vos copains.

Et laissez-vous vraiment griser par le Souffle de la Vie, par les vibrations dérangeantes et inconnues qui palpitent dans cette mélodie inouïe ou ce beat tellement agaçant qu’il vous fait frétiller à peine entrée dans la place.

Faites confiance à l’intuition, au ressenti plus qu’à la raison.

Et partagez.

Pas que sur Facebook ou Twitter. Mais en vous livrant corps et âme à l’expérience présente. Sans craindre le ridicule ou le jugement des autres, qui sont là comme vous pour s’amuser, se défouler, se dépasser et transcender l’espace d’une soirée.