Zemmour, l’Islam et la République

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Éric Zemmour a été condamné le 17 septembre 2019 à 3000€ d’amende pour provocation à la haine religieuse, après des propos tenus en 2016 dans l’émission « C à vous ».

On connaît le goût de l’intéressé pour la polémique.

Mais à y regarder de plus près, si ces propos relèvent de la provocation politique et s’apparentent à la rhétorique classique de l’extrême droite, ils ne constituent pas à proprement parler une « provocation à la haine » ni une exhortation dirigée contre les musulmans.

S’ils paraissent offensants aux yeux de certains, c’est parce qu’ils pourfendent le petit confort intellectuel commun, qui par souci d’être politiquement correct s’affranchit de dénoncer les dangers de l’islamisme, et au nom de la « tolérance » préfère s’abîmer dans la complaisance.

Les propos d’Éric Zemmour torpillent les réflexes de peur et les non-dits dictés par la mauvaise conscience. Ces réflexes qui poussent souvent les bonnes âmes à éviter les sujets qui dérangent pour ne pas heurter la sensibilité des minorités.

Dire qu’il faut donner aux musulmans « le choix entre l’islam et la France », cela peut sembler abrupt.

En vérité la provocation vise à dénoncer une ambiguïté, coupablement entretenue par les politiques soucieux d’électoralisme d’un côté, et par les religieux et certains intellectuels soucieux de défendre les minorités stigmatisées de l’autre.

Il y a un moment où les choses doivent être pour de bon clarifiées, et un choix doit être posé : entre l’appartenance à la République et le fait que dans un pays laïc toute religion doit se soumettre à ses lois, et la volonté de voir certains préceptes religieux primer sur les lois civiles.

Et il y a un moment où il faut avoir le courage de trancher. Au risque de nourrir des tensions, des réflexes victimaires, et la violence en retour.

Et c’est aux musulmans eux-mêmes de faire acte de clarification.

Quand Zemmour affirme qu’il y a en France une « lutte pour islamiser un territoire », « un djihad », il exagère sans doute. Mais il serait malhonnête d’affirmer que c’est totalement faux.

Il existe en effet une stratégie propre à certains islamistes, parfois clairement revendiquée, qui consiste à vouloir faire reculer les lois de la République et leur substituer peu à peu celles de la charia. Le but ultime étant que la France devienne un pays musulman. C’est la définition même du djihad.

Il serait faux d’affirmer que tous les musulmans s’inscrivent dans cette perspective. Et mènent un combat visant à saborder les lois de la République.

Il faut aussi reconnaître que toutes les religions ne se ressemblent pas, et n’ont pas la même vision du monde, la même histoire ni le même dessein universaliste.

Or que ça plaise ou non, le désir de conquête – spirituelle autant que territoriale – et l’absence de notion d’Etat de Droit comme en Occident, au bénéficie d’une conception théocratique de l’Etat, font partie de l’ADN de l’Islam depuis ses origines.

Certains musulmans parmi les plus pratiquants peuvent donc, à un degré ou à un autre, ressentir d’objectifs tiraillements sinon contradictions entre leur foi, leur obéissance à Dieu et aux préceptes du Coran, et leur sentiment d’appartenance à la nation française en tant que citoyens à part entière.

Les désigner du doigt ne peut qu’exacerber leur inconfort. En appeler à leur sens civique, à leur responsabilité, et à un devoir collectif de clarification, est en revanche une attitude saine et salutaire.

Il ne s’agit pas de défendre Éric Zemmour. Mais plutôt de s’interroger sur cette propension maladive de notre société à ériger des repoussoirs pour s’exonérer de penser.

Repoussoir de l’Islam radical et du djihadisme d’un côté, lesquels n’auraient aucun rapport avec l’Islam authentique. Repoussoir du racisme et de l’islamophobie de l’autre, qui renvoient dans les ténèbres de la « peur de l’autre » et de la « haine » tout discours qui prétend s’opposer à l’aspiration juste d’une minorité à voir ses particularismes s’exprimer.

Dans un cas on s’affranchit de toute tentation de déroger au sacro-saint principe de laïcité. De l’autre on échappe à l’accusation de faire le jeu d’un ethnocentrisme pétri de colonialisme, d’une tendance à vouloir tout niveler contraire au beau mythe d’une France inclusive, plurielle et égalitaire, ou de désigner une minorité comme bouc émissaire.

Notre société est malade de ses contradictions. De sa culpabilité. Et de sa tendance à préférer ses illusions au face-à-face avec la réalité.

Cette culpabilité et la mauvaise conscience qui la nourrit rongent son libre arbitre. Au point de lui interdire toute capacité de jugement. Et de fermer tout espace de parole qui lui permettrait de poser des limites claires à l’exercice de son cher « vivre ensemble ».

Pour sortir de cet écueil et éviter de multiplier les repoussoirs type Zemmour, il faut déconnecter toute réflexion sur l’Islam de tout amalgame avec la suspicion de racisme.

Et pour cela traiter le problème du racisme et toute forme de rejet de l’autre avec l’attirail juridique nécessaire. Et aborder la question de l’Islam non sous l’angle de la religion opposée à la République selon le principe de laïcité (laquelle n’existe pas au sein de l’Islam), mais sous l’angle des valeurs qui font socle commun.

Il faut surtout veiller à ne pas se laisser prendre dans les pièges tendus par les islamistes. Ceux-là utilisent nos propres contradictions et le manque de foi en nos propres valeurs pour semer le doute, nourrir la culpabilité et la mauvaise conscience dans les esprits. En entretenant l’idée fausse que tout attachement aux principes républicains et à la loi française qui se heurterait à leur volonté d’imposer leurs propres lois constituerait une forme de stigmatisation, d’islamophobie, de racisme, de rejet des particularismes culturels ou religieux. Et donc de l’Islam et des musulmans eux-mêmes.

Les musulmans sont les premiers pris en otages dans cette rhétorique mensongère qui vise à opposer et diviser. Et empêcher tout libre arbitre et tout libre choix.

Le premier mensonge est celui de l’existence d’une « communauté musulmane » en France. Il ne s’agit pas seulement de lutter contre une supposée revendication communautariste. Laquelle serait contraire avec notre conception de la nation républicaine.

Car on ne peut parler de « communauté musulmane » sans faire référence à la notion d’Oumma. La communauté des croyants, définie dans le Coran comme clairement distincte des « infidèles ». Distinction essentielle puisqu’elle confère aux premiers un statut supérieur, et impose aux autres vivant en terre d’Islam des règles strictes et des droits restreints.

Réalité totalement contraire à l’article premier de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, qui établit une liberté et une égalité parfaite des hommes face au Droit dès la naissance.

Cette notion de « communauté musulmane » est donc implicitement contraire aux valeurs de notre République. Elle est par ailleurs démentie par les faits : il n’y a pas en France de « communauté musulmane » monolithique. Pour la bonne et simple raison qu’il existe toute une panoplie de composantes hétérogènes, entre des Français musulmans pratiquants et d’autres originaire d’un pays musulman mais n’ayant aucune pratique religieuse. De même qu’il existe en France plusieurs islams issus de différentes obédiences souvent concurrents les uns aux autres. La difficulté à voir se constituer des institutions représentatives d’un « l’Islam de France », reconnues par tous et aptes à parler au nom de tous les musulmans, en est la preuve.

Le seul périmètre éthique et juridique légitime ne peut être que celui de la République.

On a donc toujours raison de rappeler avec fermeté quels discours, quelles pratiques ou comportements s’inscrivent dans les lois de la République, et ceux qui y dérogent ou les menacent.

Zemmour a raison de parler de « choix ». Si nous étions définis par nos seules appartenances ethniques, religieuses ou autre, il n’y aurait aucune liberté possible. Nous serions les esclaves d’un régime ou d’une pensée totalitaire. Ce que l’Islam radical est manifestement, quand il prétend tout soumettre au filtre de la religion.

L’erreur de Zemmour est de présenter ce choix comme un choix radical et binaire entre la République et l’Islam. Et implicitement entre deux communautés : la communauté des croyants et la communauté des citoyens.

En posant ainsi le débat, il fait évidemment le jeu des islamistes et de leur rhétorique de division. Laquelle voudrait laisser croire qu’on ne peut être un vrai musulman si l’on se conforme à certaines lois républicaines au détriment de la charia.

Il ne s’agit pas de choisir entre l’Islam et la France. Mais de reconnaître qu’il y a une hiérarchie de valeurs qui s’applique à tous les citoyens français. Laquelle interdit de subordonner les lois républicaines à quelque religion que ce soit.

Entre la nécessité de garantir la liberté de culte et celle de lutter contre des formes violentes de fondamentalisme, toute la difficulté est de gérer l’entre-deux.

Comment poser des arbitrages qui fasse consensus et soit compris par le plus grand nombre ? Encore un piège où les islamistes excellent à brouiller les pistes. D’autant que les sujets sur lesquels ils avancent leurs pions, comme la question du burkini, obligent à poser la question du symbolique.

Le port d’un vêtement qui fait signe ne constitue pas a priori une forme d’agression violente, d’offensive manifeste du religieux envers la sphère civile.

Tout réside dans l’interprétation et le sens qu’on donne à ce choix. Conformité à un précepte religieux ? Volonté de fronder les lois de la République ? De signifier son appartenance à un groupe en se démarquant du reste de la société ? Souci de préserver sa pudeur ? Ou simplement désir d’exprimer sa différence ?

Assurément ce genre d’initiative constitue une provocation. D’autant plus sournoise qu’elle surfe sur les ambiguïtés du Droit et des principes républicains en en pervertissant le sens. Entre la défense des libertés individuelles, du statut des femmes, des minorités, voire les revendications féministes, ces femmes qui exhibent fièrement leur burkini et les imams qui les y poussent prennent à contre-courant discours et repères en enfermant leurs détracteurs dans le discours victimaire.

Le but est toujours le même : enfoncer des coins, tester les résistances et diviser l’opinion pour masquer les vrais enjeux.

Le problème de la France, ce dont elle est malade et qui permet aux régressions religiocentriques de prospérer, c’est qu’elle a érigé le républicanisme laïciste en absolu. Et interdit toute référence possible à quelque forme de spiritualité ou de Transcendance que ce soit.

Ce que les commentateurs perçoivent moins, c’est que tous ces stratagèmes pour exhiber son appartenance religieuse dans l’espace public profitent justement du vide créé par l’exercice de la laïcité pur occuper l’espace là où la République a choisi de se retirer : l’espace du symbolique et du Sens.

En un siècle qui voit l’aspiration spirituelle refleurir sur fond de crise du rationalisme, il n’est pas étonnant que la tentation théocratique refasse surface. Notamment pour des populations davantage en quête de verticalité et de Sens du fait de leur statut minoritaire ou de leur sentiment d’hétérogénéité sinon de stigmatisation.

En rejetant systématiquement la religion dans la sphère privée comme on pousse la poussière sous le tapi, en refusant d’aborder dans le débat public la question du religieux autrement que sous l’angle de la laïcité, la République annihile toute capacité pour les valeurs qui la fondent d’exercer leur pouvoir fédérateur et unificateur. Sinon sous l’angle du mythe.

La laïcité à la française s’est imposée « contre » la religion catholique. Depuis les prêtres réfractaires guillotinés durant la Terreur jusqu’à la Loi de 1905, la République a certes ouvert un espace à la liberté de conscience et de culte, mais elle a aussi imposé la Raison comme ultime Transcendance.

La stratégie des islamistes s’inscrit justement dans ce fossé. Elle se nourrit de cette absence de « Dieu », réduit au mieux à une croyance privée, au pire à un archaïsme désuet.

Il y a au tréfonds des consciences une forme de tiraillement entre la foi émancipatrice dans les idéaux humanistes et, face aux béances existentielles et aux injustices creusées par l’arrogance du Progrès, le sentiment que la vérité est ailleurs.

Dans le cas d’une religion minoritaire comme l’Islam, a fortiori quand les populations concernées se sentent stigmatisées, plus les discours sur la laïcité se durcissent, plus le risque est grand de voir des formes religieuses radicales resurgir comme le retour du refoulé.

La seule façon de sortir de ce piège, c’est de redécouvrir qu’il y a au cœur de l’idéal humaniste et républicain plus qu’une promesse d’émancipation, de justice et de liberté.

Et que le progrès collectif peut être conçu non seulement comme un mouvement horizontal mais vertical. Non seulement sous l’angle de la conquête de nouveaux droits, de nouveaux territoires, de nouvelles capacités et connaissance, mais aussi comme une évolution de la conscience vers la Conscience.

Mais aussi que cet Idéal a sans doute aujourd’hui beaucoup à offrir pour permettre à la conscience de l’humanité de s’affranchir des limites et déterminismes de la pensée religieuse. Sans pour autant décrédibiliser les apports spirituels et éthiques des différentes religions. Que l’esprit est un territoire neuf à explorer, non une collection linéaire d’archives.

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Jésus l’enquête: la résurrection entre quête de la vérité et quête spirituelle

Mis en avant

Sorti en France le 28 février le film Jésus, l’enquête (The case for Christ) a déjà fait couler beaucoup d’encre, notamment dans la mouvance évangélique.

Voir la bande-annonce :

 

Rien de moins étonnant pour un blockbuster hollywoodien surfant sur les obsessions d’une Amérique en pleine confusion spirituelle, écartelée entre le tandem présidentiel Trump/Pence largement soutenu par les chrétiens fondamentalistes, la nostalgie de l’ère Obama, un rêve américain qui bat de l’aile et les crispations inquiètes d’une grande puissance en quête d’une nouvelle identité et dont le Congrès avait inscrit la devise In God we trust sur le Grand sceau comme sur le billet vert.

Tiré d’un roman autobiographique le film raconte l’itinéraire spirituel quasi rédempteur d’un journaliste d’investigation athée bousculé par la conversion de sa femme à la foi évangélique. Partant du principe que si l’on peut prouver que la résurrection du Christ n’a pas eu lieu tout l’édifice du christianisme s’effondre, le héros part enquêter à Jérusalem sur les traces du « cas Jésus ». Un Da Vinci Code à la sauce évangélique. Sauf que l’histoire est vraie. Et qu’au terme de son enquête le personnage fera une rencontre avec Jésus qui bouleversera sa vie.

Un témoignage sans doute très sincère et très touchant mais qui une fois merchandisé en best-seller de librairie puis en succès hollywoodien devient un exemple est assez typique des méthodes prosélytes utilisées par les églises évangéliques.

Les limites de la preuve

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Au-delà de cette histoire pleine de rebondissements et de bons sentiments, le film aborde le sujet des limites de la « preuve » opposée à l’expérience spirituelle. Il s’inscrit dans un débat éculé qui oppose depuis des siècles la Foi et la Raison. Et notre part émotionnelle et irrationnelle en butte à un esprit pétri de rationalisme athée. Avec en parallèle l’opposition récurrente quoique anachronique aujourd’hui entre dogme et science.

La foi en la résurrection de Jésus relève en effet d’une « croyance » en une vérité qui n’est pas établie : elle concerne des « événements », ou des « faits », qui n’ont pas été a priori retenus par le consensus majoritaire comme « crédibles » sinon attestés comme « réels » .

Pour peu qu’elle se soit réellement produite à Jérusalem au lendemain de la fête de Pessah de l’an 33, la résurrection de Jésus ne saurait donc être « prouvée » ou infirmée au terme d’une quelconque enquête journalistique. Ni par le biais d’un minutieux travail d’historien.

Que l’on sache, aucun humain n’a assisté en tant que témoin oculaire à la résurrection du jeune rabbin de Nazareth. Celle-ci n’a pas fait non plus l’objet d’un procès-verbal de police. Elle ne saurait donc être considérée comme un événement historique, encore moins comme un « fait » juridiquement opposable. Une telle prétention est évidemment une chimère, même si le sujet n’a pas épuisé des générations de spécialistes.

En ce qui concerne une approche historique, rappelons que pour autant qu’ils relatent des « événements », les historiens s’appliquent prioritairement à construire une « mémoire collective », plus qu’à authentifier des faits objectifs . Cette mémoire vivante est élaborée à partir d’un ou de plusieurs points de vue. La recherche de la vérité en matière d’Histoire n’a de valeur que relative et conciliaire puisqu’elle relève d’un consensus jamais définitif des historiens sur le champ qu’ils définissent comme sujet d’étude. La vérité historique demeure donc toujours un objectif à atteindre, jamais une certitude absolue.

S’agissant de la résurrection elle-même, les historiens ne peuvent se prononcer que sur le périmètre d’un tel événement. Ils ne peuvent décrire que l’impact produit à son sujet par les témoignages et agissements attribués aux membres d’une petite communauté de disciples, marginale parmi les courants juifs et autres religions présentes en Judée et dans le pourtour méditerranéen au 1er siècle. Et bien entendu sur les conséquences évidentes au plan de l’Histoire universelle d’un tel message porté par les tenants de la religion nouvelle et leurs successeurs.

Cet événement qui a fait basculer l’Histoire ne peut être a priori l’objet d’aucune étude « scientifique » qui en fournirait quelque élément de « preuve ». Il demeure pris entre deux attitudes extrêmes : la foi aveugle et le scepticisme radical.

Ce dont on ne peut que se réjouir, sans quoi il n’y aurait plus aucune place pour le libre arbitre personnel. Et interdirait tout acte libre et créateur de réalité qu’est le pari ou le choix conscient de croire telle ou telle chose « réelle » ou « vraie ». Qu’il soit de nature religieuse, idéologique ou scientifique, la tentation de tout discours dogmatique totalisant est précisément d’imposer à tous comme L’unique Vérité ce qui relève toujours en définitive d’un choix de valeurs.

Pour une science humaine comme l’Histoire, les modes d’authentification des faits diffèrent de ceux utilisés par les sciences exactes comme la physique pour valider des phénomènes observables : on ne peut pas a priori expérimenter scientifiquement une résurrection en tant que phénomène physique, avec le caractère reproductible sinon « prédictible » requis selon des lois physiques.

S’agissant des événements historiques retenus par l’Histoire on se saurait non plus « prouver » leur réalité intrinsèque indépendamment d’une conscience historique qui leur confère l’apparence d’une réalité sous forme d’un « événement passé » repérable selon un continuum temporel.

Or d’après les lois de la physique quantique et ses implications dans le domaine des neurosciences, les événements du « passé » n’ont aucune réalité intrinsèque. Ce que l’on conçoit comme un passé objectif n’a en vérité aucune existence propre, sinon en tant que « mémoires » individuelles ou collectives. Seul le présent existe, le futur n’existant qu’à l’état de virtualités.

Qu’en est-il de la foi ?

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Icône de la descente aux enfers

Seuls les chrétiens croient en principe à la résurrection de Jésus. Les Juifs n’y croient pas sans quoi ils seraient chrétiens. Le Coran reste dans l’incertitude et porte plutôt à croire Jésus ne serait pas mort[i] ; certaines interprétations prétendent même que ses disciples auraient substitué un sosie à la place du messie sur la croix.

Croire en la résurrection est a priori un acte de foi. Personnel avant d’être collectif.

Rappelons au passage que la résurrection conçue comme le retour à la vie d’une personne décédée n’est pas une expérience dont Jésus aurait eu l’exclusivité, même si pour les chrétiens elle représente le sommet du message évangélique.

Si l’on s’en tient aux textes bibliques, trois résurrections sont citées dans le Premier Testament : le fils de la veuve de Sarepta (1 Rois 17), le fils de la Sunamite (2 Rois 4) et un homme dans le sépulcre d’Élisée (2 Rois 13). Selon les évangiles canoniques trois autres personnages auraient été ressuscités grâce à l’intervention de Jésus au cours de son ministère : la fille de Jaïre (Marc 5,22-43), le fils de la veuve de Naïm (Luc 7,11-17) et son ami Lazare (Jean 11).  Enfin Dorcas, un disciple de Jaffa ressuscité par Pierre (Actes 9:36-43).

L’idée de la résurrection des morts est également un des fondements essentiels de l’eschatologie musulmane (1).

Pour l’homme de foi il s’agit en revanche davantage de croire ou non « en » la Résurrection que de croire simplement que la résurrection est une réalité. Terme qui recouvre plusieurs acceptions : Relèvement des morts (revenir à la vie), perspective eschatologique de la Fin des temps : combat escathologique, Résurrection des morts et Jugement dernier, prélables à l’instauration d’un règne messianique de paix et de justice, tels que l’annoncent les textes juifs comme Daniel et chrétiens comme Matthieu ou l’Apocalypse de Jean (Révélation). Annonces sinon textes eux-mêmes dont se sont sans doute en partie inspirés les rédacteurs du Coran.

Autant de sources écrites fondement de dogmes de foi à propos de la Résurrection. Et dont l’interprétation n’a cessé d’alimenter la controverse au fil des siècles, depuis que la croyance en la résurrection s’est imposée dans le judaïsme massorétique à l’époque des Maccabées.

Un pari existentiel autant qu’ontologique

Le fait de croire en la résurrection est avant tout un choix personnel qui fait sens et crée de la réalité du point de vue spirituel pour ceux qui la partagent.

Ainsi le Chrétien qui adhère à l’être-même de Jésus ressuscité s’inscrit dans la perspective de la Vie éternelle et du Royaume à venir. Pour beaucoup, celle-ci prend la forme d’une attente messianique conçue non plus comme un événement inscrit dans l’Histoire et qui en marquerait le terme, mais comme le choix d’enraciner sa vie dans une dimension spirituelle qui échappe à la matérialité et à la temporalité : vivre d’ores et déjà dans et pour le Royaume. C’est-à-dire préfigurer un monde qui « advient » ici et maintenant plus qu’un monde à venir.

Et actualiser cette perspective promise à l’humanité tout entière en focalisant ses propres choix essentiels et existentiels vers la préfiguration d’une humanité ayant « réalisé » tout son potentiel « divin ». Humanité préfigurée pour les Chrétiens en la personne de Jésus.

Dans la vision propre aux églises messianiques, cette inscription du message évangélique dans une temporalité critique demeure prépondérante. Comme dans la vision de l’apôtre Paul, horizon reste tendu vers l’annonce du retour imminent du Messie crucifié, mort et ressuscité à Jérusalem.

Le thème de la Seconde Venue de Jésus est aujourd’hui l’un des plus en vogue dans la mouvance évangélique. A l’image des thématiques apocalyptiques centrales dans les sectes messianiques juives.

Plus globalement les chrétiens partagent une espérance du Salut. Salut obtenu selon la théologie protestante par pure Grâce du fait de la foi en (adhésion à) la personne de Jésus, Messie et Sauveur. Ou selon les œuvres selon la théologie catholique classique.

Sauveur de quoi au juste ?

Du « péché » ? Terme souvent compris comme une « faute », un manquement à des règles comportementales telles qu’établies selon une lecture littérale des textes ? Ou terme qu’il faudrait plutôt entendre selon l’étymologie du verbe pécher en hébreu comme la résultante d’un défaut de ciblage de notre désir ontologique : « rater sa cible ».

Ou bien encore comme la libération salutaire d’une croyance illusoire en la réalité de la « Mort » conçue comme le terme définitif de toute forme de vie et la néantisation de l’être.

Avec les conséquences au plan existentiel, psychologique et spirituel que peuvent engendrer les croyances et représentations, individuelles et collectives, à propos de la mort. Croyances et représentations nourries des peurs les plus archaïques et objet de toutes les spéculations théologiques sur l’Après-vie.

Vers une compréhension dépassionnée ?

Si elle est vécue de façon active, la croyance effective sinon la foi en la résurrection produit du sens et de l’effet dans la vie présente.

Elle révèle la prégnance tangible d’une dimension non matérielle, « numineuse », présente au cœur même de notre existence incarnée. Un déjà-là qui n’est pas nécessairement repoussé de façon spéculative vers une hypothétique vie après la vie terrestre, un Paradis céleste, ou une Vie éternelle à venir qui ne serait promise qu’aux seuls élus.

Quoi qu’il en soit, la résurrection est un phénomène qui bouleverse nos conceptions classiques du temps et nos représentations quant aux limites du corps physique.

Admettons que Jésus a bien été crucifié, que son corps physique est bien mort, a bien été embaumé selon le rite puis enterré comme le relate les textes et la Tradition. Sous quelle forme est-il alors apparu à ses disciples ? Non comme un simple « fantôme », un « spectre », mais de façon identifiable par ses plus proches disciples. Avec un corps doué de facultés physiques « extra-ordinaires » : multilocalisation, faculté d’apparaître et de disparaître instantanément, de se matérialiser et se dématérialiser, et de jouir toutefois de certaines facultés physiques d’un homme « normal », comme respirer, voir, entendre, ressentir, parler, être vu, entendu, touché, manipuler des objets (rompre le pain), manger et boire ?

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C’est là que les théories et découvertes récentes ou à venir de la physique quantique pourraient ouvrir des perspectives de compréhension pour décrypter un phénomène qui relève toujours pour l’église du « mystère ». Et qui  résiste toujours à toute explication scientifique.

Du moins pour la science classique fondée sur les lois causales, longtemps fermée à l’irrationnel et marquée notamment au cours des deux siècles derniers par le matérialisme athée.

Grâce notamment à l’éclairage des découvertes quantiques sur l’origine de la conscience, des équipes de chercheurs s’attachent depuis quelques décennies à étudier en laboratoire des phénomènes auxquels la science était jusqu’alors réfractaire. Etats modifiés de conscience, cas cliniques de mort imminente (NDE), phénomènes « psys » (télépathie, psychokinésie voire ufologie).

Ce qui relevait autrefois de la métaphysique voire de la mystique n’est plus aujourd’hui un sujet tabou pour des scientifiques qui contribuent à faire évoluer les nouvelles sciences du 21e siècle hors des frontières où l’avait contrainte la pensée dualiste et l’idéologie scientiste ou rationaliste propres aux deux siècles précédents.

conscience quantique

S’agissant du 7e art, des scénaristes et producteurs inspirés auraient matière à réaliser une œuvre cinématographique qui laisserait entrevoir à propos de la résurrection ce que l’industrie du divertissement et les médias semblent aujourd’hui incapables d’appréhender autrement que sur le registre du sensationnel ou de l’émotionnel.


(1)« … à cause de leur parole (les juifs) : “Nous avons vraiment tué le Christ, Jésus, fils de Marie, le Messager d’Allah”… Or, ils ne l’ont ni tué ni crucifié ; mais cela leur est apparu ainsi (en arabe : choubbiha) ! Et ceux qui ont discuté sur son sujet sont vraiment dans l’incertitude : ils n’en ont aucune connaissance certaine, ils ne font que suivre des conjectures et ils ne l’ont certainement pas tué, mais Allah l’a élevé vers Lui. Et Allah est Puissant et Sage » (Sourate 4:157-158)

(2) Cf. Piotr Kuberski : La résurrection dans l’islam. Revue des Sciences Religieuses : Christianisme et islam. 87/2 | 2013, p. 179-200