Jésus l’enquête: la résurrection entre quête de la vérité et quête spirituelle

Mis en avant

Sorti en France le 28 février le film Jésus, l’enquête (The case for Christ) a déjà fait couler beaucoup d’encre, notamment dans la mouvance évangélique.

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Rien de moins étonnant pour un blockbuster hollywoodien surfant sur les obsessions d’une Amérique en pleine confusion spirituelle, écartelée entre le tandem présidentiel Trump/Pence largement soutenu par les chrétiens fondamentalistes, la nostalgie de l’ère Obama, un rêve américain qui bat de l’aile et les crispations inquiètes d’une grande puissance en quête d’une nouvelle identité et dont le Congrès avait inscrit la devise In God we trust sur le Grand sceau comme sur le billet vert.

Tiré d’un roman autobiographique le film raconte l’itinéraire spirituel quasi rédempteur d’un journaliste d’investigation athée bousculé par la conversion de sa femme à la foi évangélique. Partant du principe que si l’on peut prouver que la résurrection du Christ n’a pas eu lieu tout l’édifice du christianisme s’effondre, le héros part enquêter à Jérusalem sur les traces du « cas Jésus ». Un Da Vinci Code à la sauce évangélique. Sauf que l’histoire est vraie. Et qu’au terme de son enquête le personnage fera une rencontre avec Jésus qui bouleversera sa vie.

Un témoignage sans doute très sincère et très touchant mais qui une fois merchandisé en best-seller de librairie puis en succès hollywoodien devient un exemple est assez typique des méthodes prosélytes utilisées par les églises évangéliques.

Les limites de la preuve

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Au-delà de cette histoire pleine de rebondissements et de bons sentiments, le film aborde le sujet des limites de la « preuve » opposée à l’expérience spirituelle. Il s’inscrit dans un débat éculé qui oppose depuis des siècles la Foi et la Raison. Et notre part émotionnelle et irrationnelle en butte à un esprit pétri de rationalisme athée. Avec en parallèle l’opposition récurrente quoique anachronique aujourd’hui entre dogme et science.

La foi en la résurrection de Jésus relève en effet d’une « croyance » en une vérité qui n’est pas établie : elle concerne des « événements », ou des « faits », qui n’ont pas été a priori retenus par le consensus majoritaire comme « crédibles » sinon attestés comme « réels » .

Pour peu qu’elle se soit réellement produite à Jérusalem au lendemain de la fête de Pessah de l’an 33, la résurrection de Jésus ne saurait donc être « prouvée » ou infirmée au terme d’une quelconque enquête journalistique. Ni par le biais d’un minutieux travail d’historien.

Que l’on sache, aucun humain n’a assisté en tant que témoin oculaire à la résurrection du jeune rabbin de Nazareth. Celle-ci n’a pas fait non plus l’objet d’un procès-verbal de police. Elle ne saurait donc être considérée comme un événement historique, encore moins comme un « fait » juridiquement opposable. Une telle prétention est évidemment une chimère, même si le sujet n’a pas épuisé des générations de spécialistes.

En ce qui concerne une approche historique, rappelons que pour autant qu’ils relatent des « événements », les historiens s’appliquent prioritairement à construire une « mémoire collective », plus qu’à authentifier des faits objectifs . Cette mémoire vivante est élaborée à partir d’un ou de plusieurs points de vue. La recherche de la vérité en matière d’Histoire n’a de valeur que relative et conciliaire puisqu’elle relève d’un consensus jamais définitif des historiens sur le champ qu’ils définissent comme sujet d’étude. La vérité historique demeure donc toujours un objectif à atteindre, jamais une certitude absolue.

S’agissant de la résurrection elle-même, les historiens ne peuvent se prononcer que sur le périmètre d’un tel événement. Ils ne peuvent décrire que l’impact produit à son sujet par les témoignages et agissements attribués aux membres d’une petite communauté de disciples, marginale parmi les courants juifs et autres religions présentes en Judée et dans le pourtour méditerranéen au 1er siècle. Et bien entendu sur les conséquences évidentes au plan de l’Histoire universelle d’un tel message porté par les tenants de la religion nouvelle et leurs successeurs.

Cet événement qui a fait basculer l’Histoire ne peut être a priori l’objet d’aucune étude « scientifique » qui en fournirait quelque élément de « preuve ». Il demeure pris entre deux attitudes extrêmes : la foi aveugle et le scepticisme radical.

Ce dont on ne peut que se réjouir, sans quoi il n’y aurait plus aucune place pour le libre arbitre personnel. Et interdirait tout acte libre et créateur de réalité qu’est le pari ou le choix conscient de croire telle ou telle chose « réelle » ou « vraie ». Qu’il soit de nature religieuse, idéologique ou scientifique, la tentation de tout discours dogmatique totalisant est précisément d’imposer à tous comme L’unique Vérité ce qui relève toujours en définitive d’un choix de valeurs.

Pour une science humaine comme l’Histoire, les modes d’authentification des faits diffèrent de ceux utilisés par les sciences exactes comme la physique pour valider des phénomènes observables : on ne peut pas a priori expérimenter scientifiquement une résurrection en tant que phénomène physique, avec le caractère reproductible sinon « prédictible » requis selon des lois physiques.

S’agissant des événements historiques retenus par l’Histoire on se saurait non plus « prouver » leur réalité intrinsèque indépendamment d’une conscience historique qui leur confère l’apparence d’une réalité sous forme d’un « événement passé » repérable selon un continuum temporel.

Or d’après les lois de la physique quantique et ses implications dans le domaine des neurosciences, les événements du « passé » n’ont aucune réalité intrinsèque. Ce que l’on conçoit comme un passé objectif n’a en vérité aucune existence propre, sinon en tant que « mémoires » individuelles ou collectives. Seul le présent existe, le futur n’existant qu’à l’état de virtualités.

Qu’en est-il de la foi ?

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Icône de la descente aux enfers

Seuls les chrétiens croient en principe à la résurrection de Jésus. Les Juifs n’y croient pas sans quoi ils seraient chrétiens. Le Coran reste dans l’incertitude et porte plutôt à croire Jésus ne serait pas mort[i] ; certaines interprétations prétendent même que ses disciples auraient substitué un sosie à la place du messie sur la croix.

Croire en la résurrection est a priori un acte de foi. Personnel avant d’être collectif.

Rappelons au passage que la résurrection conçue comme le retour à la vie d’une personne décédée n’est pas une expérience dont Jésus aurait eu l’exclusivité, même si pour les chrétiens elle représente le sommet du message évangélique.

Si l’on s’en tient aux textes bibliques, trois résurrections sont citées dans le Premier Testament : le fils de la veuve de Sarepta (1 Rois 17), le fils de la Sunamite (2 Rois 4) et un homme dans le sépulcre d’Élisée (2 Rois 13). Selon les évangiles canoniques trois autres personnages auraient été ressuscités grâce à l’intervention de Jésus au cours de son ministère : la fille de Jaïre (Marc 5,22-43), le fils de la veuve de Naïm (Luc 7,11-17) et son ami Lazare (Jean 11).  Enfin Dorcas, un disciple de Jaffa ressuscité par Pierre (Actes 9:36-43).

L’idée de la résurrection des morts est également un des fondements essentiels de l’eschatologie musulmane (1).

Pour l’homme de foi il s’agit en revanche davantage de croire ou non « en » la Résurrection que de croire simplement que la résurrection est une réalité. Terme qui recouvre plusieurs acceptions : Relèvement des morts (revenir à la vie), perspective eschatologique de la Fin des temps : combat escathologique, Résurrection des morts et Jugement dernier, prélables à l’instauration d’un règne messianique de paix et de justice, tels que l’annoncent les textes juifs comme Daniel et chrétiens comme Matthieu ou l’Apocalypse de Jean (Révélation). Annonces sinon textes eux-mêmes dont se sont sans doute en partie inspirés les rédacteurs du Coran.

Autant de sources écrites fondement de dogmes de foi à propos de la Résurrection. Et dont l’interprétation n’a cessé d’alimenter la controverse au fil des siècles, depuis que la croyance en la résurrection s’est imposée dans le judaïsme massorétique à l’époque des Maccabées.

Un pari existentiel autant qu’ontologique

Le fait de croire en la résurrection est avant tout un choix personnel qui fait sens et crée de la réalité du point de vue spirituel pour ceux qui la partagent.

Ainsi le Chrétien qui adhère à l’être-même de Jésus ressuscité s’inscrit dans la perspective de la Vie éternelle et du Royaume à venir. Pour beaucoup, celle-ci prend la forme d’une attente messianique conçue non plus comme un événement inscrit dans l’Histoire et qui en marquerait le terme, mais comme le choix d’enraciner sa vie dans une dimension spirituelle qui échappe à la matérialité et à la temporalité : vivre d’ores et déjà dans et pour le Royaume. C’est-à-dire préfigurer un monde qui « advient » ici et maintenant plus qu’un monde à venir.

Et actualiser cette perspective promise à l’humanité tout entière en focalisant ses propres choix essentiels et existentiels vers la préfiguration d’une humanité ayant « réalisé » tout son potentiel « divin ». Humanité préfigurée pour les Chrétiens en la personne de Jésus.

Dans la vision propre aux églises messianiques, cette inscription du message évangélique dans une temporalité critique demeure prépondérante. Comme dans la vision de l’apôtre Paul, horizon reste tendu vers l’annonce du retour imminent du Messie crucifié, mort et ressuscité à Jérusalem.

Le thème de la Seconde Venue de Jésus est aujourd’hui l’un des plus en vogue dans la mouvance évangélique. A l’image des thématiques apocalyptiques centrales dans les sectes messianiques juives.

Plus globalement les chrétiens partagent une espérance du Salut. Salut obtenu selon la théologie protestante par pure Grâce du fait de la foi en (adhésion à) la personne de Jésus, Messie et Sauveur. Ou selon les œuvres selon la théologie catholique classique.

Sauveur de quoi au juste ?

Du « péché » ? Terme souvent compris comme une « faute », un manquement à des règles comportementales telles qu’établies selon une lecture littérale des textes ? Ou terme qu’il faudrait plutôt entendre selon l’étymologie du verbe pécher en hébreu comme la résultante d’un défaut de ciblage de notre désir ontologique : « rater sa cible ».

Ou bien encore comme la libération salutaire d’une croyance illusoire en la réalité de la « Mort » conçue comme le terme définitif de toute forme de vie et la néantisation de l’être.

Avec les conséquences au plan existentiel, psychologique et spirituel que peuvent engendrer les croyances et représentations, individuelles et collectives, à propos de la mort. Croyances et représentations nourries des peurs les plus archaïques et objet de toutes les spéculations théologiques sur l’Après-vie.

Vers une compréhension dépassionnée ?

Si elle est vécue de façon active, la croyance effective sinon la foi en la résurrection produit du sens et de l’effet dans la vie présente.

Elle révèle la prégnance tangible d’une dimension non matérielle, « numineuse », présente au cœur même de notre existence incarnée. Un déjà-là qui n’est pas nécessairement repoussé de façon spéculative vers une hypothétique vie après la vie terrestre, un Paradis céleste, ou une Vie éternelle à venir qui ne serait promise qu’aux seuls élus.

Quoi qu’il en soit, la résurrection est un phénomène qui bouleverse nos conceptions classiques du temps et nos représentations quant aux limites du corps physique.

Admettons que Jésus a bien été crucifié, que son corps physique est bien mort, a bien été embaumé selon le rite puis enterré comme le relate les textes et la Tradition. Sous quelle forme est-il alors apparu à ses disciples ? Non comme un simple « fantôme », un « spectre », mais de façon identifiable par ses plus proches disciples. Avec un corps doué de facultés physiques « extra-ordinaires » : multilocalisation, faculté d’apparaître et de disparaître instantanément, de se matérialiser et se dématérialiser, et de jouir toutefois de certaines facultés physiques d’un homme « normal », comme respirer, voir, entendre, ressentir, parler, être vu, entendu, touché, manipuler des objets (rompre le pain), manger et boire ?

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C’est là que les théories et découvertes récentes ou à venir de la physique quantique pourraient ouvrir des perspectives de compréhension pour décrypter un phénomène qui relève toujours pour l’église du « mystère ». Et qui  résiste toujours à toute explication scientifique.

Du moins pour la science classique fondée sur les lois causales, longtemps fermée à l’irrationnel et marquée notamment au cours des deux siècles derniers par le matérialisme athée.

Grâce notamment à l’éclairage des découvertes quantiques sur l’origine de la conscience, des équipes de chercheurs s’attachent depuis quelques décennies à étudier en laboratoire des phénomènes auxquels la science était jusqu’alors réfractaire. Etats modifiés de conscience, cas cliniques de mort imminente (NDE), phénomènes « psys » (télépathie, psychokinésie voire ufologie).

Ce qui relevait autrefois de la métaphysique voire de la mystique n’est plus aujourd’hui un sujet tabou pour des scientifiques qui contribuent à faire évoluer les nouvelles sciences du 21e siècle hors des frontières où l’avait contrainte la pensée dualiste et l’idéologie scientiste ou rationaliste propres aux deux siècles précédents.

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S’agissant du 7e art, des scénaristes et producteurs inspirés auraient matière à réaliser une œuvre cinématographique qui laisserait entrevoir à propos de la résurrection ce que l’industrie du divertissement et les médias semblent aujourd’hui incapables d’appréhender autrement que sur le registre du sensationnel ou de l’émotionnel.


(1)« … à cause de leur parole (les juifs) : “Nous avons vraiment tué le Christ, Jésus, fils de Marie, le Messager d’Allah”… Or, ils ne l’ont ni tué ni crucifié ; mais cela leur est apparu ainsi (en arabe : choubbiha) ! Et ceux qui ont discuté sur son sujet sont vraiment dans l’incertitude : ils n’en ont aucune connaissance certaine, ils ne font que suivre des conjectures et ils ne l’ont certainement pas tué, mais Allah l’a élevé vers Lui. Et Allah est Puissant et Sage » (Sourate 4:157-158)

(2) Cf. Piotr Kuberski : La résurrection dans l’islam. Revue des Sciences Religieuses : Christianisme et islam. 87/2 | 2013, p. 179-200

Le Sexe de Dieu

Jésus a-t-il eu une sexualité ?

Et si tel est le cas, était-il homo, hétéro, bi ?

La question taraude les esprits contemporains, à l’heure où le mariage homosexuel se généralise dans bon nombre de pays occidentaux et pose la question de la sexualité sous un autre angle.

Au risque de chagriner les esprits prudes ou timorés, et sans vouloir faire aucun prosélytisme d’aucune sorte, il me semble que cette question est capitale.

Tout d’abord parce que le fait d’avoir occulté la sexualité de Jésus pendant presque deux millénaires est particulièrement préoccupant, et symptomatique d’une église qui a longtemps déployé des trésors d’argumentations théologiques pour nier ou suspecter le sexe, le corps, la femme, et finalement la vie pendant des siècles. Pervertissant ainsi jusqu’à l’absurde la notion-même d’incarnation.

En outre, travers très latin et en aucune façon moyen-oriental, cette théologie a accrédité l’idée d’un être scindé en deux parties opposées : l’une supposée vertueuse et promise à un avenir glorieux : l’esprit. Et l’autre supposée gouvernée par Satan, basse, fétide, délétère et méprisable : la chair.

Cette dichotomie, déjà présente chez Paul (mais il y aurait beaucoup à dire sur cette figure dont on a fait le pivot de la théologie chrétienne…), est cependant totalement étrangère à la culture dans laquelle ont baigné Jésus et ses disciples. Et que partagent encore aujourd’hui les esprits moyen-orientaux. Pour lesquels d’ailleurs ces concepts identitaires très occidentaux comme « gay », « hétéro » ou « bisexuel », sont des aliens culturels.

Ensuite parce que, comme l’affirme fort justement le théologien orthodoxe Jean-Yves Leloup : si Jésus n’a pas assumé la sexualité comme l’une des composantes essentielles de notre humanité, celle-ci ne peut être sauvée. Or si la sexualité n’est pas sauvée, l’homme ne l’est pas non plus dans son entier. Échec cuisant de l’œuvre de Salut !

A moins de nous fantasmer comme des êtres purement spirituels, auxquels un dieu pervers aurait adjoint quelques appendices obscènes le temps de leur présence sur terre…

En vérité, c’est une révolution copernicienne de nos représentations sur Jésus et son enseignement qu’il faut opérer.

Jésus n’était pas (exclusivement) un maître, un « enseigneur », un homme docte ou un sage qui aurait délivré un message destiné aux seuls esprits.

C’était avant tout un être de chair et de sang.

Et, aux dires de ses détracteurs qui fustigeaient sa conduite et ses fréquentations bien peu orthodoxes, un sacré bon vivant !

Jésus respirait, mangeait, dormait, buvait, pétait, rotait, baillait avec ses disciples… Il riait, pleurait, n’avait pas peur de faire des démonstrations publiques d’une sensibilité qu’on jugerait aujourd’hui déplacée.

Il embrassait ses proches sur la bouche : ses disciples masculins du moins, comme c’était l’usage dans les premières communautés chrétiennes. Et probablement Marie-Madeleine, sa « compagne » selon plusieurs évangiles apocryphes.

Ce n’était pas en tout cas le personnage austère, cérébral et asexué, qu’ont fabriqué les pères latins et l’iconographie chrétienne, en particulier celle des icônes.

Peut-être même a-t-il eu une (des) relations sexuelles avec… Marie Madeleine ?… Jean ?… D’autres disciplines comme Marie, sœur, de Marthe… voire Lazare ?

On n’en saura jamais rien avec certitude mais une chose est sûre : si « le Verbe s’est fait chair« ; ce n’est certainement pas pour enfiler des perles ou faire de la théologie !

Jésus était un être sensuel. Et si l’on veut vraiment le connaître et l’approcher, il faut non seulement l’écouter, mais aussi (et surtout) le toucher, le sentir, le caresser comme un être cher, le goûter… le manger !

« Ceci est mon corps« , « ceci est mon sang« .
« Quiconque mange ma chair et boit mon sang aura la vie éternelle« .

Ce n’est pas qu’un symbole ! L’eucharistie est au cœur de la foi chrétienne, comme la Résurrection, indissociables.

En ce temps de Pâque, méditons sur notre relation à Jésus !

Est-elle « intellectuelle », exclusivement « spirituelle » ? Mais alors qu’est-ce que la chair sans l’esprit ? Nous sommes des êtres incarnés. Et, notamment, sexués. Or si nous refusons cette incarnation, nous refusons la vie !

Jésus, quant à lui, ne désire qu’une chose : se laisser approcher, toucher, désirer ! Par ses proches, mais aussi les plus petits et les plus méprisés selon les canons « politiquement corrects » de son époque : les femmes, en particulier celles « de mauvaise vie », les enfants, les vieillards, les malades, les putes, les brigands, les collabos, les « impurs »…

Jésus se laisse approcher, toucher, embrasser, oindre de parfum précieux, accaparer par ceux qui le désirent avec fébrilité, veulent se laisser bercer par ses paroles, goûter sa lumière, son aura, son parfum, connaître sa vérité, partager sa vie, entrer dans son Amour, s’approcher d’un Divin tout aimant.

Les mystiques qui ont connu une union mystique avec le Christ n’ont que faire des précautions vertueuses et de la pruderie excessive des gens comme il faut… Les extases mystiques, hommes ou femmes confondus, sont d’un érotisme sans frein ni pudeur !

Jésus n’est-il pas « l’Époux » de l’Eglise et de l’humanité ?
Ce n’est pas qu’une métaphore !

Sinon qu’est-ce la Résurrection ? Un mirage ? Un décollement ?…

Allons bon ! La Résurrection est le plus grand orgasme qu’il nous soit donné d’expérimenter ! Un vertige sans commune mesure. La transfiguration ultime de notre être en corps de lumière… Pas rien !

Au lieu de nous draper dans d’inutiles et trompeuses précautions, cédons au désir du vertige ! Le divin nous appelle à vivre la plus belle aventure qu’il nous soit donné de vivre.

Et si notre société, en Occident du moins, est à ce point malade de son obsession envahissante du sexe, ce n’est peut-être pas uniquement pour exorciser ses profondes angoisses existentielles ou eschatologiques, ni pour endiguer le flot de déprime qui s’abat sur elle. Mais aussi et surtout parce que le temps de la Rencontre est imminent !

C’est un truisme d’affirmer comme le font les psys que les obsédés du sexe cherchent Dieu.

Eh oui ! : « Les prostituées vous précéderont dans le Royaume des Cieux. »

Si l’on occulte cette réalité, non seulement elle revient en force comme le retour du refoulé, souvent sous le masque de la perversité, de la violence ou du macabre, mais aussi on passe à côté de l’essentiel : ce que le Seigneur veut t’offrir et qui n’a pas de prix, sinon celui de son sang : pas une petite morale à deux balles, pas une théologie qui sent le rance, pas une sagesse ascétique. Mais la plus grande métamorphose de ton être, que même dans tes rêves les plus fous tu n’oserais concevoir !

« Pierre, m’aimes-tu ? »

Surprenant épisode à la fin de l’évangile de Jean, où par trois fois Jésus répète cette question à l’apôtre qui l’avait renié quelques jours plus tôt et auquel il confie la responsabilité de conduire son église : « Pais mes brebis ! »

Une interprétation théologique commune est de distinguer dans cette triple interpellation trois niveaux d’amour : Philia, Éros et Agape.

Et, toi qui lis ces lignes, aimes-tu Jésus seulement d’un amour amical, sentimental, « platonique » ?…

Ou es-tu prêt à l’épouser charnellement ? A vivre un transport érotique à son contact, qui te ravira à toute autre réalité présente ? A unir ton corps au sien, par-delà toute considération strictement sexuée et sexuelle ?…

Tabou bien inconvenant qu’il te faudra pourtant dépasser si tu veux vraiment ressusciter dans un corps de lumière.

Et enfin, tes sens comblés par cet amour inimaginable, consens-tu à l’aimer inconditionnellement, sublimement, spirituellement, à oublier jusqu’à la conscience d’être toi ? A rejoindre la multitude des êtres pour te fondre dans l’océan de l’Amour divin ?

Trois étapes sur le chemin mystique qui conduit aux épousailles humano-divines : le cœur, le corps, puis l’être tout entier, fondus dans le creuset de cet Amour sans limites…

Le cœur d’abord. Jésus n’est pas une « bombe sexuelle », une bimbo ou une icône gay ! C’est par le cœur qu’il nous attire, même si la dimension cordiale imprègne tout son être et ravit les sens.

Le corps ensuite. Car si ce corps n’est pas béni, aimé, épousé, transfiguré, alors tu ne peux renaître à la vraie Vie. Jésus reste une « idée », très élevée et très « humaniste » sans doute, mais une idée. Rien de plus.

L’être tout entier ensuite. Se perdre totalement en Dieu, voilà ce à quoi nous sommes appelés. Ce que les Soufis vivent dans la transe mystique, les Bouddhistes dans l’entrée dans le Nirvana, les Chrétiens aussi sont invités à expérimenter dans les ultimes épousailles divines.

Car Dieu commence par nous séparer de la masse indifférenciée. Il fait de nous des individus et nous érige à une conscience nouvelle. Mais ce n’est qu’une étape, nécessaire sans doute mais non ultime, de la transformation.

Individualisés, nous mesurons le prix de la vie et faisons l’expérience de la responsabilité. Ainsi, nous serons un jour tenus comptables des actes que nos posons en conscience. Et non plus noyés dans le Collectif, sujets à la confusion identitaire et couverts par cette indifférenciation au sein du groupe. Situation bien pratique mais qui nous maintient dans une confortable irresponsabilité infantile.

Toutefois, il nous faudra un jour renoncer non seulement à notre ego, cette prison illusoire qui nous fait croire être l’auteur de nos désirs et la justification de notre agir. Mais aussi à notre « soi », cette part de nous-même en tant que conscience différenciée à laquelle nous croyons ne pouvoir échapper.

Agape fait non seulement référence à l’amour inconditionnel, la Charité, le sommet de l’amour dans son sens existentiel. Mais c’est aussi l’ultime porte qui conduit à entrer en Dieu. « Je Suis, la porte » L’Être de toute éternité EST la porte, la « Voie » comme disent les Taoïstes, qui conduit aux réalités supérieures.

Ce qui nous est proposé, c’est de nous élever dans l’échelle sans limite du Réel toujours plus sublime et plus spirituel, qui est Dieu lui-même.

A toi donc de décider. Si tu veux vraiment « ÉPOUSER » Dieu, ou juste « bien aimer », selon ta propre mesure, et rester toi…

Pourquoi les « religions », autoroutes spirituelles supposées nous rapprocher de Dieu, constituent-elles par ailleurs un frein pour entrer totalement dans l’expérience du Divin ?

Parce que les religions, tout au moins les religions dogmatiques comme les religions monothéistes, sont aussi des usines à fabriquer de la représentation.

Or on ne peut expérimenter vraiment Dieu si l’on s’en tient aux représentations.

Comme un écran de cinéma où serait projeté le film en 3D de notre vie, celle-ci et celle à venir, les religions nous racontent de belles histoires. Et nous proposent des schémas, des recettes de cuisine, théologiques et comportementales, pour s’élever vers le Divin. Mais cela ne saurait suffire.

Il vient un jour où le petit enfant lâche la main de son père ou de sa mère et apprend à marcher seul. Il vient un jour où le bateau quitte le port, cesse de faire du cabotage en suivant le rivage et se lance vers la haute mer. Idem pour la vie spirituelle.

Vient un temps où il faut abandonner ses propres certitudes et schémas religieux. Affronter l’expérience du Grand Désert spirituel, de la Grande Nuit mystique. Et renaître dans à réalité nouvelle. Qui n’exclue ou ne nie en rien l’apport des religions, mais les dépasse largement. Et nous affranchit de toute idée de Dieu, de toute représentation de Dieu, de tout discours sur Dieu. Pour leur substituer la seule « expérience », pleine et entière, présente et éternelle, du Divin incarné en nous.

C’est ce que Jésus a vécu lui-même et nous a offert de partager en se donnant à l’humanité. Jusqu’au point ultime de la Croix, où il fut dépossédé de tout. De tout, sauf de Dieu.

« Dieu seul suffit, que rien ne t’épouvante » a écrit Sainte Thérèse d’Avila.

Mais qu’il est difficile et délicat de réviser ses propres certitudes ! Elles sont comme un exosquelette qui nous maintient debout quand le choc avec le Réel nous fait chanceler. Elles nous maintiennent dans une illusion de congruence quand ce même Réel, trop puissant pour notre capacité à l’appréhender, nous fait exploser en mille morceaux.

Le christianisme – catholicisme tout particulièrement – serait-il la seule grande religion au monde à ignorer la sexualité ? Quelle singulière exception !

Or, si l’on regarde les choses avec d’autres lunettes et un esprit ouvert, il n’y pas de différences fondamentales entre le Cantique des cantiques et le Tantra : l’union érotique, physique et mystique est une voie universelle d’accès au Divin.

Notre théologie de la « chair », mortifère s’il en est, a diabolisé le corps et le sexe et sublimé l’esprit d’une façon littéralement « hystérique ». Perversion hélas à l’origine  de bien des névroses individuelles et collectives.

Car enfin : faire de Marie, mère de Jésus et femme d’un caractère bien trempé, une icône de la virginité et de la frigidité ! Elle qui a eu de nombreux fils et filles après Jésus. Une femme juive du 1er siècle, mariée à un homme pieux, qui serait restée vierge toute sa vie ? Quelle absurdité !

Qu’on lise pour s’en convaincre et réinitialiser son disque (un peu trop) dur l’excellent livre d’Alejandro Jodorowsky : « Un Évangile pour guérir ». Au travers d’une lecture décomplexée de l’Evangile de Luc, l’auteur y déploie une compréhension saine, vivante et puissamment « thérapeutique », de la sexualité, de l’incarnation, de la féminité, de la conjugalité et de la maternité.

Qui plus est, faire de Jésus un sage ascétique, un être asexué sinon efféminé, un pieux rabbin suspicieux de la chair, quelle erreur magistrale ! Lui, le Prince de la Vie, Dieu fait homme, le Fils de Dieu !

Mais quel Dieu veut-on nous vendre ? Celui de Platon ? Des philosophes du Monde des Idées ? Ou bien le Dieu d’Israël ? Le Dieu de la Vérité ? La seule Réalité qui EST de toute éternité ?

Chers frères et sœurs épris de théologie, réfléchissez donc par vous-mêmes et osez revoir vos programmes mentaux bien ver(rouillés) avant de balayer d’un revers de manche méprisant toute considération sur le sexe à propos de Jésus.

A l’impossible nul n’est tenu. Mais ce qui est impossible aux hommes est possible pour Dieu.

Quel que fut son statut marital et la façon dont il vécu la dimension sexuelle, Jésus a-t-il été muet qu’on le dit sur la question du sexe ?

On prétend en effet souvent à tort que les Evangiles sont muets sur la question de Jésus et du sexe.

Mais c’est précédemment parce qu’on nous a trop habitués à les lire avec des lunettes déformantes et cache-sexe !

Si l’on prend la peine de comprendre le message de Jésus et de le resituer dans son contexte au lieu de plaquer nos propres angoisses sur les paroles du Christ, alors on découvre une toute autre réalité.

Quand Jésus dit à la femme adultère, « Va et ne pèche plus », il ne se pose nullement en censeur moral normatif. « Ne pèche plus » signifie bien évidement « ne trompe plus ton mari avec un autre homme », mais également bien plus essentiellement : « ne te trompe plus toi-même. » Ou, plus précisément selon l’étymologie hébraïque du verbe pécher : « ne te trompe plus de cible ».

Cela devient encore plus évident avec l’épisode de la rencontre avec la Samaritaine au bord du puits (Jean 4 :1-30). Celle qui a eu cinq maris et vit avec un homme qui n’est pas son mari, est présentée comme une étrangère appartenant à une minorité haïe des Judéens, une séductrice et une femme un brin orgueilleuse.

Une lecture psychanalytique du texte nous révèle qu’il fourmille d’allusions sexuelles, du moins à un certain niveau d’interprétation.

« Donne-moi à boire » (Jean 4:7) est à l’évidence de la part d’une Samaritaine à l’adresse d’un Juif une provocation totalement inconvenante dans ce lieu sacré.

« Tu n’as rien pour puiser et le puits est profond » (Jean 4 :11) évoque autant la profondeur du puits que l’intensité du désir de cette femme qui provoque Jésus sur ses capacités sexuelles.

La réponse de Jésus est à plusieurs niveaux.

« Quiconque boit de cette eau aura encore soif; mais celui qui boira de l’eau que je lui donnerai, n’aura plus jamais soif, car l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau qui jaillira pour la vie éternelle. » (Jean 4:13-14)

Jésus répond au désir purement sexuel, polymorphe, imparfait et insatisfait de la femme ; Il le dépasse en lui proposant de combler ce désir en l’élevant vers sa dimension spirituelle. Il ne condamne pas la femme à cause de son désir ou de l’inconvenance de la situation, il ne fait pas de discours moral et n’élude en rien la réalité du sexe. Il la transcende.

Jésus s’offre, non pas en substitut du désir sexuel, mais comme aboutissement et dépassement de celui-ci.

Les grandes mystiques (Thérèse d’Avila, Thérèse de Lisieux) ont vécu des transports en présence du Seigneur incroyablement stupéfiantes pour un esprit pudibond.

Finalement ce que propose Jésus à cette femme s’étend à son mari, qu’il lui propose d’appeler à rejoindre les épousailles mystiques au bord du puits. Mais aussi à son peuple tout entier. En touchant le cœur de cette femme samaritaine réputée pécheresse, Jésus comble et guérit le désir de tout un peuple. Le désir physique (l’eau, symbole de vie), sexuel (l’amour charnel, symbole de l’union des contraires et de l’amour humano-divin) et mystique (adorer Dieu : l’amour parfait).

Celle-ci ne s’y trompe pas : elle laisse aussitôt sa cruche sur-place et s’en va porter la nouvelle aux gens de son village. Au lieu d’enclore et de conserver l’eau périssable dans un récipient, l’eau vive de l’Amour divin déborde désormais de son cœur et elle s’empresse de la partager avec tous.

La sexualité n’est donc qu’une étape. Mais une étape essentielle et qu’on ne peut exclure, qui conduit à l’amour parfait.

Il nous faut aimer Dieu sous les traits d’un homme désirable assis au bord d’un puits si l’on veut connaître véritablement Dieu, se laisser connaître et transformé par lui.

Dieu ne triche pas avec nos désirs, c’est nous qui nous trompons nous-mêmes en prétendant désirer autre chose que ce que nos sens, notre cœur, notre être vibrant et désirant nous pousse à désirer.

Ce que Jésus condamne toujours quand on l’interroge sur de multiples sujets, en particulier ce qui relève du sexe et de l’union entre deux êtres, c’est l’hypocrisie !

Quand les Pharisiens tentent de le piéger à propos de la question du divorce (Matthieu 19), il les renvoie à leur hypocrisie et à leur méchanceté : « C’est à cause de la dureté de votre cœur que Dieu vous a permis de répudier vos femmes ».

Dans Marc 12,18-27, Jésus est interrogé sur les liens du mariage : si une femme a eu plusieurs maris décédés successivement, lesquels d’entre eux sera son mari lors de la résurrection ?

Jésus renverse la question en affirmant que « lorsqu’on ressuscite d’entre les morts, on ne se marie pas, mais on est comme les anges dans les cieux. »

Cela signifie-t-il, comme on l’a longtemps affirmé, que la vraie nature de l’humain est asexué, dépourvue de désir et ignore le sexe ?

Certainement pas ! En revanche cela signifie que cette apparente séparation des genres entre hommes et femmes ne dure qu’un temps. Et que le mariage n’est qu’une contingence liée à cette existence. Que lors de la résurrection, nous ne serons plus conduits à nous épouser les uns les autres.

Et pour cause : nous épouserons Dieu ! C’est-à-dire la Totalité de l’Etre. Notre profond sentiment d’incomplétude, qui nous pousse à désirer l’autre et à nous unir à lui, n’est qu’une expérience passagère. En nous unissant à Dieu, nous sommes totalement comblés.

Mais nullement séparés de nos congénères ni soustraits à notre nature désirante. Simplement notre désir, moteur de l’existence, se voit totalement rassasié, comblé. Il ne nous pousse plus vers des « objets» de satisfaction, par nature subjectifs, incomplets et caduques.

Si nous désirons, c’est parce que nous sommes vivants ! Et en mouvement. Quand on cesse de désirer, c’est qu’on est mort. La résurrection, l’union mystique, ce n’est pas la fin du désir, « l’extinction » de tout désir comme une mauvaise lecture du bouddhisme nous le laisse croire à propos du Nirvana, mais son total accomplissement. Le feu ne nous brûle plus, nous cessons de nous consumer en désirs multiples. Ce feu brille en flux continu d’énergie, intarissable et apaisé, comme le Buisson ardent de la Genèse.

Notre devenir est un devenir de Lumière, un devenir ardent mais non brûlant, un devenir transfiguré.

N’ayons pas peur du désir, du corps et de nos penchants naturels, du sexe et de notre insatiable monde imaginaire qui déploie tout un horizon de fantasmes sur l’écran de notre conscience.

Dieu nous a fait désirant et pétris de désir. Il nous a fait sexués et tendus vers la rencontre, y compris charnelle, avec l’autre. Acceptons ce don non comme une tare honteuse ou une contingence ordinaire à dépasser, mais comme une voie d’accomplissement.

Simplement, ne nous trompons pas de cible !

Il ne s’agit pas d’évacuer le sexe ou de nous extraire de la chair pour mieux se rapprocher de Dieu. Il nous faut au contraire traverser cette dimension de notre incarnation, sans la craindre, sans la surévaluer, et sans s’y fixer. car nous sommes appelés vers un ailleurs. Mais seulement au terme d’un voyage qui nous fait emprunter des « transports » bien charnels.

Sauter cette étape, c’est assurément se tromper de trajectoire et donc aussi manquer sa cible finale.

Cela ne veut pas dire qu’il faille se jeter dans le sexe a à corps perdu. Mais simplement accepter de le vivre pleinement, d’en jouir sans pudeur comme notre nature nous y pousse. Et selon nos propres désirs, selon notre nature propre, laquelle nous pousse plutôt vers les êtres du même sexe ou ceux du sexe opposé.

Le moteur central de toute guérison thérapeutique, qu’elle soit physique, psychologique ou spirituelle, c’est de réconcilier l’être avec lui-même, de sortir du mensonge et des assignations extérieures, de retrouver du désir et de renouer avec son propre désir. Afin d’être mu par son élan intérieur. Et non des priorités faussement dictées par l’extérieur.

Soyons donc vrais et entiers. Et laissons-nous ravir vers cet horizon lumineux qui nous est promis. Et pour lequel notre nature n’est pas un obstacle ni prison, mais un temple à redécouvrir, bénir et habiter.