Pourquoi certains veulent qu’on ne parle que du voile et plus du tout de Mickaël Harpon ?

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On peut à juste titre s’étonner de l’ampleur excessive du débat sur le voile relancé à propos de l’affiche de la FCPE présentant une femme voilée puis de l’intervention d’un élu RN contre une femme voilée au Conseil régional de Bourgogne Franche-Comté. Au point d’occulter totalement celui sur la radicalisation amorcé suite à l’attentat de la Préfecture.

S’agit-il d’un simple phénomène d’emballement médiatique, d’une forme d’autocensure, d’un réflexe discursif qui focalise sur le voile dès qu’on évoque la question de l’Islam, ou d’une obnubilation des journalistes et de l’opinion publique sur une symbole qui cristallise les représentations ?

Sans doute un peu des trois.

Peut-on supposer qu’il y ait une volonté de censurer un sujet fondamental qui touche à la sécurité nationale derrière un paravent qui occuperait les esprits sur la question du voile ?

Personne n’imagine aujourd’hui qu’un quelconque pouvoir en ait la capacité sinon l’envie.

La seule question qui vaille alors d’être posée c’est : à qui peut profiter la relégation au second plan du combat à engager contre le fondamentalisme islamiste et la traque des profils radicalisés ?

Assurément ceux à qui profite le plus cette monopolisation du débat sur le voile sont les premiers intéressés, à savoir les islamistes eux-mêmes. Et ce pour trois raisons.

D’abord parce qu’en occupant les Français sur la partie émergée de l’iceberg on minimise le problème, on lui ôte toute apparente gravité et on empêche les Français de regarder la question de fond : qu’est-ce que la radicalisation ? Qui sont les islamistes ? Quel est leur projet et quel danger représentent-ils pour la démocratie ?

Ensuite parce que le voile permet de cristalliser les tensions en opposant dans une vision manichéenne et victimaire les gentils – les musulmans, les femmes qui portent un voile et ceux les défendent au nom de la liberté de conscience, de la laïcité ou de la défense des minorités – et les méchants – les extrémistes, les racistes, les xénophobes, islamophobes et tous ceux accusés de vouloir stigmatiser les musulmans ou restreindre les libertés.

Enfin l’hystérisation du débat sur le voile profite à ceux qui veulent se servir de cette thématique de « la stigmatisation des musulmans » en confortant l’idée que le voile serait un simple « choix vestimentaire » ou un « signe religieux » indissociable de l’Islam, et en incitant les personnes de confession ou d’origine musulmane à faire bloc autour des femmes voilées selon un réflexe communautariste.

Au contraire parler objectivement et sereinement des phénomènes de radicalisation et de la meilleure façon de protéger les musulmans en premier lieu de ceux qui veulent les instrumentaliser permettrait de rassembler tous les Français autour des valeurs républicaines et de la défense de la démocratie contre toute atteinte à son intégrité, son unité ou ses valeurs.

C’est pourquoi il est essentiel de sortir de cette myopie intellectuelle qui consiste à s’obséder sur le voile pour revenir à des préoccupations plus générales, plus essentielles et plus urgentes.

Car la question du voile n’a d’intérêt d’être posée que relativement à la conscience du danger d’une idéologie qui l’instrumentalise pour en faire un signe de ralliement, un étendard et une pierre de scandale.

L’attentat djihadiste perpétré à la Préfecture de Police par un Français converti à l’Islam et radicalisé a marqué un tournant majeur dans la conscience collective à propos de la réalité du risque terroriste. Il a montré que la menace pouvait venir non plus seulement de l’extérieur, d’une organisation terroriste implantée à l’étranger et recrutant sur le territoire français des « soldats » ralliés à sa cause, mais du cœur de la population et même du cœur de nos institutions.

A la figure d’un Mohamed Merah, jeune délinquant des cités recyclé dans le djihadisme, ou de kamikazes comme Salah Abdelslam organisant depuis la Belgique des attentats sur le sol français commandités par Daesh, succède celle d’un bon père de famille martiniquais, agent de la Préfecture depuis 16 ans, habilité secret défense, et dont la radicalisation était passée sous les radars des services de renseignement.

La prise de conscience amorcée à propos des dangers réels de l’islamisme a aussi jeté un éclairage plus critique sur l’incompétence, l’inaction ou l’échec du gouvernement à prévenir les phénomènes de radicalisation. Mais aussi sur l’absence d’une vraie politique de lutte contre l’islamisme parallèlement aux efforts de la lutte antiterroriste.

La lutte antiterroriste se concentre sur des actions dans le domaine du renseignement, la prévention et la neutralisation des actes terroristes. Mais le djihadisme n’est que l’aboutissement spectaculaire et dramatique d’une politique sournoise qui vise à répandre une idéologie, endoctriner les personnes de confession ou d’origine musulmane, désigner l’Etat, la France, la République ou la démocratie comme un système qui stigmatise et persécute les musulmans, et les pousser au mieux à se retrancher de la nation, au pire à entrer en conflit avec elle.

L’antiterrorisme ne peut rien sans une politique réfléchie et efficace de lutte contre l’islamisme.

Or autant il est relativement facile de désigner des criminels qui attentent à la sécurité et à l’ordre public en tuant des innocents, autant il est beaucoup plus difficile de combattre une idéologie. Encore faut-il identifier son ennemi, le nommer, comprendre sa stratégie et le combattre en s’appuyant sur la loi.

On ne peut combattre une religion ni assimiler l’Islam radical, politique et idéologique, aux différents courants de l’Islam présents en France.

On ne peut non plus pénaliser des idées. A moins que celles-ci ne constituent explicitement un trouble à l’ordre public, une menace pour des personnes ou la sécurité. L’antisémitisme est pénalement répréhensible parce qu’il encourage la haine des Juifs. Mais ce n’est pas une doctrine ou des discours antisémites qui sont hors-la-loi, ce sont ceux, personnes ou organisations, qui en font la promotion.

Si l’on veut lutter contre l’islamisme il faut donc que l’Etat s’engage à identifier, poursuivre, dénoncer et juger les individus et les organisations qui en font l’apologie, se revendiquent ou appartiennent à ces courants idéologiques : imams, responsables et organismes religieux, éducateurs, etc…

Il faut prouver la volonté d’endoctrinement et les menaces objectives que ces discours idéologiques font peser sur des personnes et la société. Le risque d’endoctrinement, d’embrigadement, de sujétion idéologique, le risque de radicalisation, le risque de trouble à l’ordre public et celui d’infiltration des réseaux de pouvoir.

Par exemple il ne faut pas hésiter à interdire en France des organisations qui sont l’émanation des Frères musulmans ou se réfèrent à son idéologie. A interdire à des personnes qui se réfèrent implicitement de ces organisations de siéger dans des instances représentatives du culte musulman ayant pour vocation de dialoguer avec l’Etat.

Cette politique ne pourra porter ses fruits sans un patient effort d’éducation fondé sur le rappel des fondamentaux républicains. Education en direction de l’opinion pour rappeler les principes démocratiques et l’esprit de la loi, pour inviter à se rassembler autour de ces principes et à refuser toute tentation de la division. Education à l’école sous la forme d’une initiation civique à la citoyenneté pour enseigner les valeurs républicaines, sensibiliser aux risques de radicalisation, expliquer la réalité et les motivations du terrorisme, comprendre les phénomènes de dérives sectaires et les dangers de l’affrontement communautariste. Education en direction des populations musulmanes pour rappeler l’attachement aux principes de liberté de conscience et de culte mais aussi inviter à un devoir citoyen de cohésion et de vigilance quant aux dangers qui les menaces en premier lieu.

Ce combat demande de la détermination, de la nuance et de la constance. La réduction des immenses enjeux qu’il comporte à des micro-polémiques sur le voile constitue la meilleure façon de le faire échouer, de neutraliser toute vigilance et tout discernement critique, et de figer le débat national autour de l’opposition binaire entre les « pour », complices implicitement de la stratégie islamiste, et les « contre », assimilés aux extrémistes.

Il ne faut pas éluder la question du voile, de sa symbolique et de son instrumentalisation dans l’espace public. Mais cela n’a de sens que dans le cadre d’une réflexion globale et exigeante sur les limites acceptables des discours et des pouvoirs idéologiques, politiques ou religieux qui utilisent la référence à l’Islam comme un stigmate identitaire en vue de diviser, d’opposer, de contester l’ordre, l’éthique ou le droit républicains.

Toute cristallisation imaginaire des peurs légitimes à propos de l’islamisme sur les stéréotypes d’un ennemi « visible » qui serait symbolisé par un démarquage vestimentaire ne peut que brouiller l’analyse et précipiter les mécanismes de boucs émissaires.

Face à un « ennemi invisible » et qui entend le rester, la seule façon de se protéger est de se battre en refusant de s’arrêter à la quête de « signes extérieurs de radicalisation » mais de toujours veiller à rattacher la sémantique aux discours, aux idées et aux intentions qu’elle sert.

Le voile dans la symbolique de la République

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Casquée, coiffée d’un bonnet phrygien ou tête nue, seins dénudés ou couverts, Marianne c’est à la fois la République et la France. Une icône de la femme qui nourrit notre imaginaire et personnifie notre Idéal collectif comme la mère patrie.

Face à cette allégorie figurant une femme libre, forte et courageuse, a-t-on raison de mettre en concurrence celui de la femme voilée ? Ont-ils raison ceux qui la présentent comme un archétype de l’obscurantisme religieux qui voudrait prendre la place de Marianne ?

Si l’on oppose ces deux figures de la féminité radicalement opposées, faut-il croire comme le magazine Marianne que « 30 ans après Creil, la République a capitulé« .

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On a souvent tendance à considérer que le débat sur le voile est aujourd’hui sans importance, dépassé, inutile parce que stigmatisant, et que les priorités sont ailleurs.

Il est certain qu’il y a bien d’autres thèmes qui méritent qu’on s’y attache, et que le combat qu’il faut mener contre le salafisme ne se résume évidemment pas à une affaire de voile.

Néanmoins ce n’est peut-être pas si anodin si 30 ans après l’affaire de Creil le port du voile islamique dans l’espace public cristallise toujours autant les tensions.

Si l’on s’attache à décrypter sa symbolique on comprendra qu’il constitue un point d’achoppement au cœur de ce qui fait l’originalité et la force de notre modèle de société et de nos choix de valeurs, et de la façon nous entendons les préserver.

Il est étonnant qu’on veuille évacuer le sujet en réduisant le voile à « un bout de tissu ». Un drapeau est pourtant lui aussi un bout de tissu, beaucoup d’insignes sont faits de bouts de tissu. Ce qui importe ce n’est pas la matière mais le sens de cet accessoire.

Est-il d’ailleurs si accessoire ? Qu’est-ce qui compte le plus dans un vêtement ? La fonction, l’objet ou la signification ?

Il est tout de même stupéfiant qu’à une époque où le culte de l’image n’a jamais été aussi important, bon nombre de gens semblent n’être que si peu attentifs aux signes qu’ils envoient par leur apparence et leurs comportements à leurs congénères.

Serions-nous devenus une société « multitribale », où les codes vestimentaires, de langage et de comportement ne seraient que des signes de reconnaissance pour marquer son appartenance à tel ou tel groupe afin de mieux ignorer les autres ? Une façon d’établir un marquage territorial et sémantique par le jeu des symboles vestimentaires ?

Quand un homme se promène dans le métro avec un costume cravate et un attaché-case, il signifie : « Je suis cadre, je travaille et j’appartiens à une grande entreprise. » Il affiche l’uniforme qui correspond à la norme sociale du décideur CSP+.

Quand il y a 40 ans les punks arboraient au cœur des cités un uniforme rebelle fait de blousons noirs, de bottes et treillis militaires, de coupe iroquoise et d’épingles à nourrice fichées sur la peau et les vêtements, ils voulaient signifier leur expression commune d’un rejet agressif de la société et d’un désespoir anarchique.

A l’opposé quand les jeunes fans de rap des banlieues, souvent issus de l’immigration, adoptent l’uniforme bling bling de leurs idoles fait de pantalons baggy, de T-shirts de basket, de casquettes vissées sur le crâne, de colliers imposants et d’accessoires de grandes marques, c’est pour signifier qu’ils font partie d’une même tribu. Mais aussi pour dire : « J’existe. J’exhibe ma fierté et les signes de la réussite matérielle à laquelle j’aspire dans une société qui me rejette. Et pour conquérir ce droit, je suis prêt à tout. »

Quand une femme se promène voilée dans la rue en France, elle n’adresse pas le message : « Je suis musulmane. »

Il n’y a pas que les musulmanes qui portent un voile. Il existe de multiples façons de porter un foulard répondant à toutes sortes de motivations esthétiques, de protection contre le froid, d’appartenance à une classe ou d’obéissance à un précepte religieux.

Une femme voilée ne marque pas seulement une « différence » culturelle. Le message qu’elle envoie est aussi : « Je me retranche. »

Je me retranche de quoi ?

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  • Du regard des hommes. Que ce soit un choix volontaire dicté par la pudeur, ou imposé par un discours moral ou religieux, pour se conformer à un modèle de féminité déclaré licite : celui de la « femme vertueuse ».
    Le plus absurde est que dans une société ou la majorité des femmes ne sont pas voilées, le voile islamique ne soustrait aucunement celle qui le porte au regard des autres : au contraire il agit comme une fonction d’affichage d’une différence ou de convictions.
  • De la société. Autrement dit : « Je porte un voile en public parce que j’appartiens à une communauté qui me définie en tant que personne, avec un statut, des droits et un rôle à tenir bien définis. »
  • De toute projection éventuelle des autres et de la société qui pourrait m’identifier selon telle ou telle qualité. En d’autres termes je ne suis réductible ni à mon sexe, ni à mon origine, ni à mon appartenance ethnique, ni à une quelconque identité ou communauté extérieure, ni à la qualité de simple citoyenne ou d’être humain. Je suis définie par l’Islam. Il s’agit alors d’une assignation identitaire.

Le port du voile dans l’espace public ne peut pas symboliquement et inconsciemment être perçu autrement que comme une forme de provocation. Ce n’est pas un simple « signe religieux » comme un autre qui témoigne de la foi de celui qui le porte. Il est non seulement « ostensible », il a aussi sa particularité signifiante.

Le voile imposé aux femmes n’est pas qu’un accessoire de pudeur ou de bienséance. Il rappelle en effet que l’Islam (et pas seulement l’islamisme) opère une partition radicale entre « les musulmans » et « les infidèles ». L’Islam vise à définir l’être humain et la société selon une logique totalisante sinon totalitaire. Le « djihad » ne se limite pas au seul combat spirituel, intérieur, comme les partisans d’un Islam spirituel et non légaliste le revendiquent. Le djihad est un devoir imposé à tout musulman de convertir ceux qui n’adhèrent pas à la foi musulmane. D’ailleurs l’Islam est la seule religion qui se soit imposée aussi vite dans l’Histoire sur un vaste territoire.
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On peut penser que la pratique de l’Islam dans un pays démocratique comme la France s’acclimate de la liberté de conscience et des valeurs républicaines et vouloir passer à autre chose. C’est en partie vrai. Mais la difficulté de certains musulmans à comprendre la logique qui voudrait généraliser l’interdiction du port du voile, leur incapacité à en débattre sans céder à des crispations ou des peurs à propos d’un fantasmatique « racisme anti-musulmans » le prouvent.

Les politiques comme les musulmans devraient comprendre qu’au-delà de la question du voile, une volonté réformatrice de l’Islam de France serait une immense chance pour tous. Alors qu’aucun pays musulman au monde ne connaît une vraie démocratie, l’émergence d’un véritable Islam de France s’inspirant authentiquement du meilleur de l’idéal républicain et permettant l’exercice d’un culte indépendant, apaisé et ouvert serait une chance pour les musulmans, pour l’intégration, pour la France et pour les pays de culture musulmane dans le monde.

Malheureusement la volonté assimilatrice de la République est souvent perçue comme un rejet, un soupçon, une volonté d’interdire aux musulmans de vivre leur foi. Certains musulmans projettent inconsciemment sur cette volonté d’assimilation le zèle convertisseur de l’Islam à l’égard des non-musulmans. Il n’en est rien. L’assimilation selon les principes républicains procède d’une volonté de permettre à chaque citoyen issu d’un autre pays de jouir pleinement de ses droits, de l’égalité des chances et de participer pleinement à la vie de la nation.

Même riche de ses différences, une nation n’est pas qu’un territoire ouvert à tout. Il n’existe pas de nation sans un socle commun de valeurs, une langue et une mémoire communes.

La sémantique du port du voile en France n’est donc la même que dans les pays musulmans où elle est plus généralisée. En France elle s’apparente à un affichage, un démarquage, une mise à l’écart. Qu’ils soient délibérés ou non, conscients ou non, volontaires ou subis.

Or c’est précisément l’intention de mouvements fondamentalistes comme les Frères musulmans de vouloir obliger les femmes à porter le voile, comme une manière d’affirmer que toute personne a priori de confession musulmane appartient à une même communauté régie par les mêmes lois.

Or pas plus qu’on naît en France avec des droits et devoirs particuliers liés à une caste ou un privilège de rang, personne ne « naît » musulman. On le choisit. Et tout enfant né en France de parents musulmans ou originaires de pays musulmans est avant tout un citoyen français à part entière. Il a le droit de se définir librement par rapport à une identité religieuse, ou de refuser d’en avoir une. C’est un principe qu’il faut sans cesse rappeler, car cette réalité concerne beaucoup de descendants d’immigrés qui vivent un grand mal-être et peinent à se définir, surtout quand les pressions familiales et communautaires leur rappellent qu’ils « sont » musulmans. Et que la volonté personnelle d’adopter une autre religion est qualifiée d’apostasie, de rejet de ses origines et de sa famille.

La République est garante des libertés individuelles, en particulier des droits des femmes. Le problème que fait peser le port du voile dans l’espace public, et surtout dans tout lieu placé sous l’autorité de la République, c’est qu’il est impossible de trancher pour savoir selon les cas quand il relève d’une contrainte et quand il est choisi.

C’est cette ambiguïté qui assimile de facto le port du voile à la sémantique du « retranchement ». Or dans le registre symbolique on ne peut accepter ce type de retranchement qui renvoie implicitement à une prescription religieuse obligeant les femmes à renoncer à leur apparence de femmes et leur statut d’êtres libres, pour n’apparaître que comme des « possessions » jalousement gardées par leurs maris, leurs frères et la communauté.

La République fondée sur les Droits de l’Homme professe que hommes et femmes sont égaux. L’Islam non. En conséquence toute interprétation de l’Islam qui professe le contraire est opposé aux principes de notre démocratie traduits dans les lois civiles.

On voudrait exercer un chantage en nous faisant croire que notre corpus juridique est flou et inadapté aux principes de laïcité qu’on voudrait réduire à la garantie de la liberté confessionnelle. C’est absolument le contraire : c’est chaque confession qui doit s’adapter au principe de laïcité compris dans son entièreté. La loi sur le voile doit être adaptée et précisée pour empêcher toute lecture ambiguë et mettre en cohérence les principes et leur application concrète.

Pour garantir la liberté d’expression, de conscience et l’égalité entre tous, le principe de neutralité républicaine doit être appliqué de façon claire et non interprété comme une indifférence bienveillante de l’Etat à l’égard des discours et des pouvoirs religieux. Tout lieu placé sous l’égide de la République, écoles, universités, assemblées, mairies, administrations, hôpitaux publics, etc, doit être sanctuarisé. Toute expression ostensible ou prosélyte manifestant l’appartenance exclusive à une religion, doit être interdit.

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Ceci est la seule façon de garantir un espace pour un exercice paisible de l’autorité publique et de la citoyenneté républicaine, où chaque identité, singularité, particularisme ait la liberté de s’exprimer sans revendiquer pour soi ou pour les autres le primat d’une quelconque forme d’autorité supérieure.

Cette façon de concevoir la laïcité n’est pas un anticléricalisme militant comme les pères de la loi de 1905 le voulaient, mais une façon revivifier la symbolique républicaine et l’idéal démocratique portés par la France en restaurant un symbolisme vivant dans des lieux, dans des discours, dans des modes d’exercice du pouvoir qui l’avaient déserté.

Sans cet effort, nous courons le risque de voir se dissoudre nos principes et nos valeurs dans une compétition relativiste de modèles éthiques et symboliques, ou de perdre totalement le sens de valeurs que nous invoquons pour nous rassurer mais qui ne sont plus que des mythes, « les Droits de l’homme » notamment.

On oublie certains autres principes qui ne figurent pas dans notre devise nationale mais en découle. Comme l’universalisme. La République n’est pas fermée sur elle-même, elle est ouverte sur l’universel.

Mais aussi la République est une et indivisible.

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On devrait souvent rappeler ce principe car il n’y a pas d’exercice de la Fraternité sans un engagement de chacun pour l’intérêt général, l’épanouissement de tous et la recherche du bien commun. Sans cet effort, la République risque de se fissurer, de se diviser ou de se dissoudre dans une indifférenciation englobante : celle perceptible de la globalisation. En ce sens le concept de « vivre ensemble » en est l’exact contraire : la juxtaposition de sujets et de communautés vivant dans une indifférence tranquille les uns par rapport aux autres.

Tout ce qui désunit ou divise la République doit être condamné. Notamment l’instrumentalisation de ses principes et de ses symboles selon des logiques corporatistes, communautaristes ou sécessionnistes.

 

Recherche radicalisé, désespérément

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Le problème avec ce concept de « radicalisation », c’est qu’elle ne devient évidente que quand elle nous explose à la figure.

La difficulté à lister les signes de radicalisation en est la preuve : il n’existe pas de signes objectifs qui permettent de s’assurer de la « radicalisation » d’un suspect.

Pour la bonne et simple raison qu’il n’existe pas de frontière étanche entre « l’Islam » et « l’islamisme ».

L’islamisme n’est qu’un concept qui englobe des pratiques jugées plus fondamentalistes que d’autres, une façon de rejeter dans l’opprobre ce qui aux yeux de certains s’écarte d’une vision « orthodoxe » ou « acceptable » de l’islam.

En d’autres termes et même s’il n’est pas politiquement correct de l’affirmer, ce qu’on nomme ici « islamisme » fait partie de l’Islam.

Le rejet d’une frange plus radicale ou violente de l’Islam par certains musulmans partisans d’un Islam « pur » n’est qu’un trompe-l’œil.

Prétendre qu’il existerait une frontière étanche entre un Islam authentique et un Islam perverti est au mieux une illusion, au pire un mensonge.

Il n’existe pas de mosquées estampillées « salafistes » avec une plaque à l’entrée. Les organisations musulmanes présentes en France et qui sont rattachées à la Confrérie des Frères Musulmans ne sont jamais déclarées comme telles. Il n’y a pas non plus de pancarte à l’entrée de certains quartiers : « Attention, vous entrez en territoire salafiste. »

De même on n’entre pas en « radicalisation » en portant un brassard comme on adhère à un parti.

Tout est affaire de point de vue. Tout est relatif. Tout est sujet à interprétation.

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C’est donc à l’autorité publique que revient l’impérieuse responsabilité de fixer la limite.

D’autant que le débat qui s’ouvre actuellement quant à la nécessité d’identifier les signes de radicalisation se heurte rapidement à une impasse.

En effet, déclarer que se mettre à porter la barbe ou la djellaba peut constituer un signe de radicalisation relève autant d’une réalité que de l’arbitraire. Le simple fait d’aborder le sujet soulève déjà de la part de certains musulmans des crispations et la crainte de se voir stigmatiser.

Il n’existe pas de « panoplie » du parfait radicalisé. Tout se joue dans les esprits. Et les signes d’une évolution vers une forme plus radicale d’Islam sont à chercher dans les comportements.

Toute la difficulté dans une démocratie comme la nôtre est de repérer des comportements qui témoignent d’un engagement vers une forme de religiosité pouvant présenter d’objectifs dangers pour l’ordre public.

Toute la force des fondamentalistes est de pouvoir avancer patiemment leurs pions dans cette zone opaque, en tentant de repousser les limites sans faire obstacle au droit.

Car le droit s’intéresse aux faits, pas aux intentions ni à ce qu’il y a dans les têtes.

On ne combat pas une idéologie en s’attaquant aux apparences. On la combat en s’attaquant au fond.

On peut interdire d’arborer en public un costume SS ou des croix gammées car ce sont des symboles évidents du régime nazi. Mais à partir de quelle taille de barbe peut-on supposer qu’un individu adhère à l’idéologie salafiste ?

La grande faute de notre démocratie c’est de s’être engagée avec détermination après les attentats de 2015 sur le front de la lutte anti-terroriste, mais d’avoir renoncé à engager les moyens nécessaires pour traiter le problème de l’islamisme. Par peur de diviser et de braquer les susceptibilités musulmanes. Par électoralisme. Par complaisance envers des alliés économiques soutenant le fondamentalisme ou le terrorisme, comme le Qatar ou l’Arabie Saoudite. Par crainte de s’aventurer sur le terrain miné de la religion.

Or si l’on veut s’attaquer vraiment au problème du fondamentalisme il faut s’en donner les moyens. Identifier clairement les imams et les « influenceurs » qui répandent cette idéologie, les expulser ou les emprisonner. Fermer sans plus attendre les mosquées salafistes. Dissoudre l’association Musulmans de France (ex UOIF) et tout organisme affilié de près ou de loin aux Frères Musulmans. Interdire tout financement étranger d’organismes cultuels, caritatifs ou éducatifs musulmans. Tracer les ressources de ces organismes afin d’éviter que des financements étrangers ne transitent par des organismes établis en France. Autoriser la pratique du culte uniquement encadrée par des imams de nationalité française, formés en France et prêchant en français.

Les associations supposément représentatives du culte musulman doivent être dissoutes et remplacées par un Consistoire du culte musulman établi sur la base d’une charte. Celle-ci devra être signée par tout organisme membre du Consistoire. Aucun organisme cultuel se sera autorisé s’il n’en est pas membre.

La Charte rappellera les principes républicains qui fondent l’exercice de tout culte religieux en France : liberté de conscience et de culte, laïcité, respect du Droit, de l’autorité publique, du droit des femmes, respect des minorités…

Elle obligera chaque signataire à reconnaître la prééminence du Droit républicain sur tout autre juridiction. Comme à s’engager à dénoncer toute action contraire à l’ordre public.

Quant à la présomption de radicalisation pour tout fonctionnaire de l’Etat, celle-ci doit faire l’objet d’un signalement immédiat, d’une enquête et d’un fichage par les services de renseignements assorti d’une mention spécifique au casier judiciaire rendant impossible tout exercice d’un emploi sensible dans le public ou le privé. Et bien-sûr d’une expulsion immédiate de l’intéressé du service concerné.

En outre si l’on veut venir à bout du fondamentalisme musulman il faut se doter de tout l’arsenal législatif nécessaire.

La question de la déchéance de nationalité pour les binationaux coupables ou complices d’actes terroristes ne doit plus être évitée. Elle doit s’imposer comme une évidence et comme un symbole fort qui marque la limite au-delà de laquelle on s’exclue soi-même de l’appartenance à la communauté républicaine.

Toute personne reconnue pour son appartenance ou son soutien à des organismes à caractère terroriste ou dont l’action est susceptible de menacer l’ordre public doivent être déchue du droit de vote, du droit de se présenter à des élections, du droit à percevoir toute prestation sociale : Assedic, retraite, Sécurité Sociale, prestations familiales, aide au logement…

L’objectif doit être de rendre quasiment impossible pour une personne résolue à s’engager sur la voie djihadiste de vivre normalement sur le territoire français. A moins d’être soutenue financièrement par les organismes dont elle dépend, ce qui facilite la traçabilité des financements et la surveillance des réseaux.

Le communautarisme étant le berceau de l’islamisme, aucune liste électorale se revendiquant comme musulmane ou représentative d’une communauté ne peut être admise à quelque scrutin que ce soit. L’existence de telles listes est elle-même contraire aux principes de notre République. En outre l’idée qu’une religion puisse faire avancer ses idées par de telles voies heurte frontalement le principe de laïcité.

Concernant le port de signes religieux ostentatoires dans l’espace public qui posent problème parce qu’il se réfèrent à une forme d’Islam radical, il est temps de faire preuve de résolution et de fermeté. Notamment en ce qui concerne les vêtements qui représentent une forme d’asservissement de la femme et ne constituent pas une prescription coranique. En toute logique seul le port du hijab (simple voile) peut être toléré, à l’exclusion de tout lieu public placé sous l’autorité de la République : école, mairie, hôpital, administration… Le hiqab, la burqa, le tchador et leurs dérivés (burqini…) doivent être partout proscrits. Aucune tolérance ne peut plus être permise à ce sujet. Ceux qui les défendent doivent être pénalisés.

La prévention de la radicalisation chez les jeunes doit être envisagée dès le plus jeune âge. Des cours d’éducation civique obligatoires doivent être dispensés dans toutes les écoles, publiques ou privées, sur le territoire national. Ils doivent être animés par des professeurs laïcs et comprendre une initiation aux valeurs et principes de la République, aux règles de comportement en société, ainsi que des notions objectives sur l’histoire des grandes religions. Ils doivent veiller à stimuler l’esprit critique, l’exercice du libre arbitre, le respect d’autrui et l’engagement pour le bien commun.

Cette prévention devra aussi s’appliquer à identifier très en amont les populations les plus perméables au danger de radicalisation.

Dans un contexte d’accroissement prévisible de la pression migratoire, les pouvoirs publics doivent veiller, en concertation avec nos partenaires européens, à exercer une attention particulière au sort des migrants. Car ceux-ci figurent parmi les plus fragiles et les plus exposés aux risques de récupération par des réseaux très marqués idéologiquement.

L’Etat doit donc s’impliquer bien plus qu’il ne le fait dans l’encadrement et l’assistance aux migrants. Non seulement pour leur assurer des conditions de vie décentes, mais aussi pour éviter qu’ils ne soient livrés à des associations humanitaires présentant parfois d’objectifs dangers d’endoctrinement idéologique.

Enfin l’Etat doit mettre en œuvre tous les moyens nécessaires pour éviter que ne perdurent dans certaines banlieues des territoires de non-droit où l’autorité publique n’est plus respectée. Territoires où la criminalité se développe, où la sécurité des habitants n’est plus assurée, mais aussi où la charia s’impose parfois contre les lois républicaines. Cet objectif doit être poursuivi au nom de la liberté et de la vérité, et non d’une simple volonté sécuritaire.

Zemmour, l’Islam et la République

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Éric Zemmour a été condamné le 17 septembre 2019 à 3000€ d’amende pour provocation à la haine religieuse, après des propos tenus en 2016 dans l’émission « C à vous ».

On connaît le goût de l’intéressé pour la polémique.

Mais à y regarder de plus près, si ces propos relèvent de la provocation politique et s’apparentent à la rhétorique classique de l’extrême droite, ils ne constituent pas à proprement parler une « provocation à la haine » ni une exhortation dirigée contre les musulmans.

S’ils paraissent offensants aux yeux de certains, c’est parce qu’ils pourfendent le petit confort intellectuel commun, qui par souci d’être politiquement correct s’affranchit de dénoncer les dangers de l’islamisme, et au nom de la « tolérance » préfère s’abîmer dans la complaisance.

Les propos d’Éric Zemmour torpillent les réflexes de peur et les non-dits dictés par la mauvaise conscience. Ces réflexes qui poussent souvent les bonnes âmes à éviter les sujets qui dérangent pour ne pas heurter la sensibilité des minorités.

Dire qu’il faut donner aux musulmans « le choix entre l’islam et la France », cela peut sembler abrupt.

En vérité la provocation vise à dénoncer une ambiguïté, coupablement entretenue par les politiques soucieux d’électoralisme d’un côté, et par les religieux et certains intellectuels soucieux de défendre les minorités stigmatisées de l’autre.

Il y a un moment où les choses doivent être pour de bon clarifiées, et un choix doit être posé : entre l’appartenance à la République et le fait que dans un pays laïc toute religion doit se soumettre à ses lois, et la volonté de voir certains préceptes religieux primer sur les lois civiles.

Et il y a un moment où il faut avoir le courage de trancher. Au risque de nourrir des tensions, des réflexes victimaires, et la violence en retour.

Et c’est aux musulmans eux-mêmes de faire acte de clarification.

Quand Zemmour affirme qu’il y a en France une « lutte pour islamiser un territoire », « un djihad », il exagère sans doute. Mais il serait malhonnête d’affirmer que c’est totalement faux.

Il existe en effet une stratégie propre à certains islamistes, parfois clairement revendiquée, qui consiste à vouloir faire reculer les lois de la République et leur substituer peu à peu celles de la charia. Le but ultime étant que la France devienne un pays musulman. C’est la définition même du djihad.

Il serait faux d’affirmer que tous les musulmans s’inscrivent dans cette perspective. Et mènent un combat visant à saborder les lois de la République.

Il faut aussi reconnaître que toutes les religions ne se ressemblent pas, et n’ont pas la même vision du monde, la même histoire ni le même dessein universaliste.

Or que ça plaise ou non, le désir de conquête – spirituelle autant que territoriale – et l’absence de notion d’Etat de Droit comme en Occident, au bénéficie d’une conception théocratique de l’Etat, font partie de l’ADN de l’Islam depuis ses origines.

Certains musulmans parmi les plus pratiquants peuvent donc, à un degré ou à un autre, ressentir d’objectifs tiraillements sinon contradictions entre leur foi, leur obéissance à Dieu et aux préceptes du Coran, et leur sentiment d’appartenance à la nation française en tant que citoyens à part entière.

Les désigner du doigt ne peut qu’exacerber leur inconfort. En appeler à leur sens civique, à leur responsabilité, et à un devoir collectif de clarification, est en revanche une attitude saine et salutaire.

Il ne s’agit pas de défendre Éric Zemmour. Mais plutôt de s’interroger sur cette propension maladive de notre société à ériger des repoussoirs pour s’exonérer de penser.

Repoussoir de l’Islam radical et du djihadisme d’un côté, lesquels n’auraient aucun rapport avec l’Islam authentique. Repoussoir du racisme et de l’islamophobie de l’autre, qui renvoient dans les ténèbres de la « peur de l’autre » et de la « haine » tout discours qui prétend s’opposer à l’aspiration juste d’une minorité à voir ses particularismes s’exprimer.

Dans un cas on s’affranchit de toute tentation de déroger au sacro-saint principe de laïcité. De l’autre on échappe à l’accusation de faire le jeu d’un ethnocentrisme pétri de colonialisme, d’une tendance à vouloir tout niveler contraire au beau mythe d’une France inclusive, plurielle et égalitaire, ou de désigner une minorité comme bouc émissaire.

Notre société est malade de ses contradictions. De sa culpabilité. Et de sa tendance à préférer ses illusions au face-à-face avec la réalité.

Cette culpabilité et la mauvaise conscience qui la nourrit rongent son libre arbitre. Au point de lui interdire toute capacité de jugement. Et de fermer tout espace de parole qui lui permettrait de poser des limites claires à l’exercice de son cher « vivre ensemble ».

Pour sortir de cet écueil et éviter de multiplier les repoussoirs type Zemmour, il faut déconnecter toute réflexion sur l’Islam de tout amalgame avec la suspicion de racisme.

Et pour cela traiter le problème du racisme et toute forme de rejet de l’autre avec l’attirail juridique nécessaire. Et aborder la question de l’Islam non sous l’angle de la religion opposée à la République selon le principe de laïcité (laquelle n’existe pas au sein de l’Islam), mais sous l’angle des valeurs qui font socle commun.

Il faut surtout veiller à ne pas se laisser prendre dans les pièges tendus par les islamistes. Ceux-là utilisent nos propres contradictions et le manque de foi en nos propres valeurs pour semer le doute, nourrir la culpabilité et la mauvaise conscience dans les esprits. En entretenant l’idée fausse que tout attachement aux principes républicains et à la loi française qui se heurterait à leur volonté d’imposer leurs propres lois constituerait une forme de stigmatisation, d’islamophobie, de racisme, de rejet des particularismes culturels ou religieux. Et donc de l’Islam et des musulmans eux-mêmes.

Les musulmans sont les premiers pris en otages dans cette rhétorique mensongère qui vise à opposer et diviser. Et empêcher tout libre arbitre et tout libre choix.

Le premier mensonge est celui de l’existence d’une « communauté musulmane » en France. Il ne s’agit pas seulement de lutter contre une supposée revendication communautariste. Laquelle serait contraire avec notre conception de la nation républicaine.

Car on ne peut parler de « communauté musulmane » sans faire référence à la notion d’Oumma. La communauté des croyants, définie dans le Coran comme clairement distincte des « infidèles ». Distinction essentielle puisqu’elle confère aux premiers un statut supérieur, et impose aux autres vivant en terre d’Islam des règles strictes et des droits restreints.

Réalité totalement contraire à l’article premier de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, qui établit une liberté et une égalité parfaite des hommes face au Droit dès la naissance.

Cette notion de « communauté musulmane » est donc implicitement contraire aux valeurs de notre République. Elle est par ailleurs démentie par les faits : il n’y a pas en France de « communauté musulmane » monolithique. Pour la bonne et simple raison qu’il existe toute une panoplie de composantes hétérogènes, entre des Français musulmans pratiquants et d’autres originaire d’un pays musulman mais n’ayant aucune pratique religieuse. De même qu’il existe en France plusieurs islams issus de différentes obédiences souvent concurrents les uns aux autres. La difficulté à voir se constituer des institutions représentatives d’un « l’Islam de France », reconnues par tous et aptes à parler au nom de tous les musulmans, en est la preuve.

Le seul périmètre éthique et juridique légitime ne peut être que celui de la République.

On a donc toujours raison de rappeler avec fermeté quels discours, quelles pratiques ou comportements s’inscrivent dans les lois de la République, et ceux qui y dérogent ou les menacent.

Zemmour a raison de parler de « choix ». Si nous étions définis par nos seules appartenances ethniques, religieuses ou autre, il n’y aurait aucune liberté possible. Nous serions les esclaves d’un régime ou d’une pensée totalitaire. Ce que l’Islam radical est manifestement, quand il prétend tout soumettre au filtre de la religion.

L’erreur de Zemmour est de présenter ce choix comme un choix radical et binaire entre la République et l’Islam. Et implicitement entre deux communautés : la communauté des croyants et la communauté des citoyens.

En posant ainsi le débat, il fait évidemment le jeu des islamistes et de leur rhétorique de division. Laquelle voudrait laisser croire qu’on ne peut être un vrai musulman si l’on se conforme à certaines lois républicaines au détriment de la charia.

Il ne s’agit pas de choisir entre l’Islam et la France. Mais de reconnaître qu’il y a une hiérarchie de valeurs qui s’applique à tous les citoyens français. Laquelle interdit de subordonner les lois républicaines à quelque religion que ce soit.

Entre la nécessité de garantir la liberté de culte et celle de lutter contre des formes violentes de fondamentalisme, toute la difficulté est de gérer l’entre-deux.

Comment poser des arbitrages qui fasse consensus et soit compris par le plus grand nombre ? Encore un piège où les islamistes excellent à brouiller les pistes. D’autant que les sujets sur lesquels ils avancent leurs pions, comme la question du burkini, obligent à poser la question du symbolique.

Le port d’un vêtement qui fait signe ne constitue pas a priori une forme d’agression violente, d’offensive manifeste du religieux envers la sphère civile.

Tout réside dans l’interprétation et le sens qu’on donne à ce choix. Conformité à un précepte religieux ? Volonté de fronder les lois de la République ? De signifier son appartenance à un groupe en se démarquant du reste de la société ? Souci de préserver sa pudeur ? Ou simplement désir d’exprimer sa différence ?

Assurément ce genre d’initiative constitue une provocation. D’autant plus sournoise qu’elle surfe sur les ambiguïtés du Droit et des principes républicains en en pervertissant le sens. Entre la défense des libertés individuelles, du statut des femmes, des minorités, voire les revendications féministes, ces femmes qui exhibent fièrement leur burkini et les imams qui les y poussent prennent à contre-courant discours et repères en enfermant leurs détracteurs dans le discours victimaire.

Le but est toujours le même : enfoncer des coins, tester les résistances et diviser l’opinion pour masquer les vrais enjeux.

Le problème de la France, ce dont elle est malade et qui permet aux régressions religiocentriques de prospérer, c’est qu’elle a érigé le républicanisme laïciste en absolu. Et interdit toute référence possible à quelque forme de spiritualité ou de Transcendance que ce soit.

Ce que les commentateurs perçoivent moins, c’est que tous ces stratagèmes pour exhiber son appartenance religieuse dans l’espace public profitent justement du vide créé par l’exercice de la laïcité pur occuper l’espace là où la République a choisi de se retirer : l’espace du symbolique et du Sens.

En un siècle qui voit l’aspiration spirituelle refleurir sur fond de crise du rationalisme, il n’est pas étonnant que la tentation théocratique refasse surface. Notamment pour des populations davantage en quête de verticalité et de Sens du fait de leur statut minoritaire ou de leur sentiment d’hétérogénéité sinon de stigmatisation.

En rejetant systématiquement la religion dans la sphère privée comme on pousse la poussière sous le tapi, en refusant d’aborder dans le débat public la question du religieux autrement que sous l’angle de la laïcité, la République annihile toute capacité pour les valeurs qui la fondent d’exercer leur pouvoir fédérateur et unificateur. Sinon sous l’angle du mythe.

La laïcité à la française s’est imposée « contre » la religion catholique. Depuis les prêtres réfractaires guillotinés durant la Terreur jusqu’à la Loi de 1905, la République a certes ouvert un espace à la liberté de conscience et de culte, mais elle a aussi imposé la Raison comme ultime Transcendance.

La stratégie des islamistes s’inscrit justement dans ce fossé. Elle se nourrit de cette absence de « Dieu », réduit au mieux à une croyance privée, au pire à un archaïsme désuet.

Il y a au tréfonds des consciences une forme de tiraillement entre la foi émancipatrice dans les idéaux humanistes et, face aux béances existentielles et aux injustices creusées par l’arrogance du Progrès, le sentiment que la vérité est ailleurs.

Dans le cas d’une religion minoritaire comme l’Islam, a fortiori quand les populations concernées se sentent stigmatisées, plus les discours sur la laïcité se durcissent, plus le risque est grand de voir des formes religieuses radicales resurgir comme le retour du refoulé.

La seule façon de sortir de ce piège, c’est de redécouvrir qu’il y a au cœur de l’idéal humaniste et républicain plus qu’une promesse d’émancipation, de justice et de liberté.

Et que le progrès collectif peut être conçu non seulement comme un mouvement horizontal mais vertical. Non seulement sous l’angle de la conquête de nouveaux droits, de nouveaux territoires, de nouvelles capacités et connaissance, mais aussi comme une évolution de la conscience vers la Conscience.

Mais aussi que cet Idéal a sans doute aujourd’hui beaucoup à offrir pour permettre à la conscience de l’humanité de s’affranchir des limites et déterminismes de la pensée religieuse. Sans pour autant décrédibiliser les apports spirituels et éthiques des différentes religions. Que l’esprit est un territoire neuf à explorer, non une collection linéaire d’archives.