God on the dancefloor

Mis en avant

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Réponse à l’article publié dans Trax Magazine n° 199 : Les DJs ont-ils remplacé les prêtres ?

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Les DJs ont-ils remplacé les prêtres ?

Excellente question posée par Trax et qui relève sérieusement le niveau !

Trax, que je ne lis plus depuis 10 ans, s’affranchirait-il de ses chroniques sur la branchitude électro pour concurrencer la revue Esprit ?

En tout cas voici pas que le magazine, plus de 30 ans après la naissance des dance music électroniques semble découvrir leur côté spirituel et qu’il y a des DJs chamanes. Bravo les gars : bienvenue au club !

Vinyles inanimés, avez-vous donc une âme ?…

Il est donc question de ces pasteurs qui descendent en boîte pour délivrer la bonne parole en musique à des gamins déboussolés.

Je comprends la démarche de Robert Hood, pionnier d’Underground Resistance devenuroberthod révérend et cité dans l’article. Et sur le fond je l’approuve. Car c’est toujours mieux de vibrer sur des musiques qui élèvent l’esprit plutôt que celles qui rabaissent.

Mais il faut lire l’interview de ce croisé protestant en mission pour Jésus : un vrai morceau d’anthologie. Même dans le très conservateur Familles chrétiennes on ne lit pas ça ! Les lecteurs protestants sont plus familiers de ce discours et de cette posture existentielle qui consiste à subordonner toute sa vie dans les moindres détails au « plan » d’un dieu très bibliquement correct et sans doute plus conceptuel que le Grand Esprit des chamanes.

Quant à faire de son métier de DJ un « ministère » à part entière, bien propre et bien huilé, ce n’est pas une nouveauté. Mais le zèle (et l’orgueil sous-jacent) de Robert Hood prête largement à sourire pour nos esprits pétris de scepticisme cartésien. Comme cette volonté puritaine de passer au karcher biblique l’appétence des clubbers pour le stupre et les vices nocturnes : drogue, alcool, sensualité lascive exacerbée…

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Le succès des DJs pasteurs et l’engouement pour des fêtes techno à caractère « spi » est-il un phénomène nouveau ?  Of course queunotte ! Les clubs et rassemblements techno ont toujours été des grands-messes, des communions, des célébrations. Et comparer les églises qui se vident aux clubs qui se remplissent relève du truisme.

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Dès la fin des années 1980 Matthew Fox, ancien prêtre dominicain et auteur du best-seller Le Christ cosmique, témoignait de ces initiatives en Californie qui empruntaient à la mise en scène et aux techniques multimédia utilisées dans les raves pour organiser des fêtes chrétiennes du 21e siècle imprégnées d’esprit chamanique.

Même si les jeunes générations semblent le découvrir (il serait temps…), ça fait 30 ans qu’on compare raves et chamanisme. Ou qu’on exalte l’authentique côté « spirituel » de la house, laquelle il ne faut pas l’oublier doit beaucoup à ses racines gospel :

« It’s a spiritual thing, a body thing, a soul thing. » (Eddie Adamor – House music).

dance-of-graceDes sociologues et anthropologues très sérieux ont disserté à longueur de feuillets sur les
liens entre raves et rituels chamaniques, et comparé le réveil des consciences porté par ces fêtes nocturnes et clandestines avec les effusions spirituelles des premières communautés chrétiennes de l’Eglise du 1er siècle.

Rien de nouveau sous le soleil.

Ce qui me fait sourire en revanche, c’est cette façon hype qu’ont les zélés pasteurs de justifier leur prosélytisme et la prétention qu’ils ont à détenir l’exclusivité de ce qu’on appelle « Dieu » : « J’amène Dieu dans les clubs techno. » C’est gentil mais il était déjà là ! La preuve, on est là !

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En voilà une belle preuve d’orgueil ! « I AM ON A MISSION FOR GOD! » On connaît la chanson…

Les « godfathers » de la house de Chicago, dont beaucoup comme Farley Jackmaster Funk, Kerri ChandlerGlenn Underground ou Boo Williams sont des chrétiens pratiquants, n’ont pas besoin de clamer qu’ils sont des DJs missionnaires.

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Pour ceux qui aux States sont habitués aux assemblées évangéliques il a toujours paru évident que lever les bras en l’air dans un état de transe extatique n’était pas juste un gimmick de hipster.

D’ailleurs à l’origine les premiers tracks house jouaient souvent sur le mode du second degré avec cette référence évangélique. Il suffit pour s’en convaincre d’écouter l’incontournable acapella My House de Chuck Roberts repris par Larry Heard aka Mr Fingers dans le cultissime Can you feel it :

« In the beginning there was Jack… »

Bon nombre des premiers tracks house ont flirté avec ces références en utilisant des samples de prêches enflammés. L’un des plus drôles est sans doute The Preacher man de Green Velvet.

Plus récemment les gamins de Disclosure qui ont tout pigé à l’esprit de cette musique s’en sont donné à cœur joie dans le clip à mourir de rire When a fire starts to burn parodiant une assemblée pentecôtiste.

695114_largeQuant à la la Gospel house, on l’ignore en France mais c’est un genre à part entière indissociable du garage ou de la house soulful, joué aussi bien en club que dans les megachurches. Un genre qui depuis près de 35 ans compte non seulement des millions de fans mais aussi ses DJs, ses clubs, ses radios, ses labels et ses médias indépendants. Et c’est un segment très profitable !

Il y en a des très « classiques », à l’image de Hallelujah de Midnight Express, un morceau de piano house 90s qui sue le gospel même s’il sonne un brin daté. Et d’autres très pointus, voire subliminaux.

L’un des producteurs les plus représentatifs de cette house chrétienne « subliminale » est sans doute Todd Edwards, qui utilise beaucoup de microsamples très mystiques dans ses morceaux et ses remixes. Il est vrai que ses racines italiennes et catholiques l’inclinent moins à faire dans le sermon explicite que les artistes baptistes du South Side…

Parmi les musiques « bankable » il n’y a pas que le rock, la pop, le funk, le hip hop ou le R&B qui ont leur propre courant chrétien ; il y a aussi la techno, l’électro et même le dubstep !

A l’image de Young Chozen, un jeune artiste californien qui mélange allègrement tubes commerciaux électrohouse et rap chrétien. Succès garanti auprès des plus jeunes, même si on perd en qualité musicale.

On trouve même du Jésus à la pelle dans le garbage le plus daubesque des musiques pour ados boutonneux. A l’image de cette playlist stupéfiante qui rassemble le pire et le pire de l’EDM, du dubstep bas de gamme et des pschit boum blam ! sortis d’une étagère de gamer.


Revenons aux musiques qui ont une âme et qui parlent du Beau sous toutes ses formes.

On ne saurait parler de spiritualité associée aux musiques électroniques sans évoquer la trance et son versant le plus radical, la psytrance.

Fondée sur des rythmes souvent supérieurs à 140 BPM, des arpèges de synthé complexes et des loops sophistiquées, la trance est aussi un vrai laminoir pour le cerveau. Au bout de 5 minutes, soit tu décroches, soit tu décolles. Le cerveau étant incapable de traiter la quantité d’informations délivrées par seconde dans cette cascade de sons, il se met en mode planant, c’est-à-dire en ondes alpha. D’où la sensation de perdre le sens de l’espace et du temps : c’est ça la « transe », du latin transitus : passage, de la vie à trépas notamment.

Comme dans les circonvolutions infinies des derviches soufis, à la base de toute expérience de transe, il y a la répétition du rythme, de la musique et des mouvements du danseur, qui conduit rapidement celui-ci à un état modifié de la conscience.

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La psytrance, qui s’est surtout développée à Ibiza et à Goa avant de disséminer partout dans le monde, a ses adeptes inconditionnels. D’abord centrée sur l’expérience psychédélique et rarement dissociable de la consommation (massive) de psychotropes de synthèse comme le LSD ou de plantes chamaniques comme le peyotl ou l’ayahuesca, la trance est devenue l’apanage des teuffeurs en quête d’un supplément d’âme et de spiritualité.

Contrairement aux fans de house et de techno, musiques considérées comme des produits commerciaux à consommer en club, le noyau dur de ces routiers du « voyage » psychique sont souvent des nomades itinérants sans attache fixe et qui ont fait sécession par rapport au mode de vie urbain, consumériste et sédentaire.

Ils se rassemblent régulièrement lors de festivals où se mêlent créations artistiques, sculptures géantes éphémères, ateliers de massage, de yoga, de taichi ou de méditation transcendantale, écologie, nourriture bio, médecines alternatives, conférences sur la conscience planétaire et une savante dose d’hédonisme à la sauce tantrique.

La tribu trance, c’est le versant néo-hippie des musiques électroniques à la sauce 3e millénaire. Un mouvement qui tient à rester discret et fidèle à l’esprit underground.

Les plus spectaculaires de ces festivals se rencontrent souvent sous des latitudes méditerranéennes ou tropicales : Boom au Portugal, Transahara dans le désert sud-marocain, Universo Paralello au Brésil, et bien-sûr Trancegoa en Inde.

Le plus incroyable, le plus démesuré, le plus avant-gardiste, le plus créatif et le plus jouissif c’est bien sûr le Burning Man, qui réunit chaque été depuis 30 ans plus de 200.000 participants pendant une semaine dans le désert de Black Rock au Nevada.

Un festival qui n’est d’ailleurs pas essentiellement musical mais plutôt un happening artistique et festif unique en son genre où chacun est un artiste et se recrée en permanence en une multitude d’avatars baroques et ludiques.

Une parenthèse vouée à l’éphémère en plein désert où grands enfants gâtés hédonistes, aliens et créatures improbables se mélangent pour faire l’amour et la bringue sous les étoiles, les constructions fluos et les LEDs multicolores. Une utopie vivante où l’excentricité est la norme ; la gratuité, le cadeau et la non-merchandisation un pied de nez à la cupidité capitaliste ; l’immédiateté, la confiance en soi et la libre expression radicales des principes méthodiquement mis en pratique. Une préfiguration de la société  post-identitaire de demain ?…

Tomorrowland en Belgique c’est la version commerciale et franchement vulgos du mégafestival mainstream destiné au populo moyen qui n’y entend que tchi à la techno mais en veut pour son argent de gros son, d’effets spéciaux et de cornets de frites. Si on y joue une musique appelée « trance », elle s’apparente davantage à une daube bon marché gavée de saw basses, d’effets téléphonés et de sons EDM bien poisse qu’à un rendez-vous intersidéral avec le panthéon hindou. Côté spiritualité, on doit plutôt se contenter d’un barnum kitsch échappé d’un ghost train.

Quant à la techno, comment imaginer qu’elle puisse être une musique spirituelle ?

Née dans les faubourgs de Detroit, cette musique répétitive, froide et mécanique semble tout droit sortie des usines de la Motown. Avatar improbable de George Clinton et de l’eurodance de Kraftwerk, très emprunte de mélancolie à l’instar de ces paysages fantomatiques créés par les carcasses d’usines géantes à l’abandon du Rustbelt.

Si la house de Chicago est naturellement tendue vers l’exaltation sensuelle et collective, le côté spirituel de la techno paraît beaucoup moins évident. Comme l’âme de Detroit, c’est une musique qui traduit une fuite désenchantée vers les machines pour échapper à un quotidien tissé de pauvreté, de chômage, de violence et de déprime.

Mais c’est justement en traversant ces hangars glacés où chantent élévatrices  et robots, en noyant son blues dans une ftranse rénétique qu’on atteint les cieux. La techno, c’est le symbole parfait d’un échapatoire inespéré au désenchantement le plus sombre.

Les sons inouïs produits dès la fin des années 1980 par le trio des 3 pionniers de belleville, un quartier de Detroit – Kevin Saunderson, Derrick May et Juan Atkins – traduisent à merveille ce réveil incroyable au sortir d’une décennie marquée par le cynisme des golden-boys, le culte de l’argent-roi, l’effondrement des industries lourdes, le chômage de masse, le matérialisme le plus trash et le sida.

Pas étonnant que la techno se soit exportée si rapidement et ait trouvé de l’autre côté de l’Atlantique un écho immédiat parmi les blue collars laminés par la crise. Et qu’elle ait pu fédérer en une soirée des tribus ennemies qui avant de passer leur premier acid-test réglaient leurs comptes à coups de battes de baseball : punks, skins, rastas, Pakis, queers, junkies… tous unis dans une béatitude ecstasiée en dansant sur Strings for life !

Il existe d’ailleurs tout un versant de la techno fidèle au groove originel et baptisé « Deep tech » (équivalent de la deep house), que les puristes considèrent comme la seule vraie techno (de Detroit cela va de soi), aux antipodes de l’image froide et dépouillée, exclusivement rythmique et instrumentale de la techno telle qu’on la conçoit souvent.

Ce courant incarné notamment par les gardiens du temple Kevin Saunderson et son fils Dantiez a produit des opus emprunts d’une sensualité et d’une élévation spirituele qui n’ont rien a envier à la deep house la plus torride.

A l’image de « I believe » (Reese Project, Ambient Chill Baseroom Mix), ce remix de Laurent Garnier joué par le boss lui-même en apothéose de la première Techno Parade parisienne Place de la Nation en 1998, devant des milliers de teufeurs ecstasiés.

Qu’on soit branché house, techno, trance ou électro, partout et de toutes les manières on célèbre l’Amour. Dans sa version la plus orgiaque comme la plus sublimée.

Même si aujourd’hui l’âme de la techno c’est plutôt la fusion transhumaniste entre l’homme et l’univers des robots. Un truc de geek de ouf. Le meilleur des mondes pour certains, l’enfer pour les autres, un simple jeu pour beaucoup. A chacun son nirvana…

Bien sûr il existe de multiples formes de spiritualité. Mais peut-on sérieusement parler de « mystique » à propos de la techno ?

Les esprits chagrins argueront toujours que prendre un buvard au milieu de 5.000 fous furieux transpirant au mileu des canettes de bière et le dégueuli dans une usine désaffectée ne saurait être comparé à une sage retraite dans un monastère cistercien. Ou que prendre un ascenseur chimique pour atteindre en 20 minutes le nirvana n’aura jamais le mérite d’une ascension de l’Everest ou de 20 ans de méditation soufie. Admetttons.

Une chose est sûre : pas besoin de se déchirer la tête pour décoller sur de la techno. La vraie drogue, c’est la musique ! Le reste ne sert éventuellement qu’à faciliter le lâcher-prise pour les plus coinços.

Pas besoin non plus de se référer à une religion quelconque pour justifier un état de transe et approcher Dieu en trippant sur des musiques électroniques : elles sont conçues pour ça ! Les bonnes évidemment.

Qui plus est, ces musiques sont véritablement la bande-son du siècle. Bien sûr il y aura toujours cette infecte bouillie EDM et les rapaces du business qui tentent de s’approprier la flamme. Mais les « bons » artistes produisent des vibes qui véhiculent – souvent à leur insu – un concentré de spirituel, d’infini, de transcendance, d’ailleurs…

Jouées dans les clubs ou outdoors, ces musiques sont faites pour exalter, pour sortir de soi, aller à la rencontre de l’autre, fusionner, jouir jusqu’à l’extase. Pas pour se trémousser mollement son verre de mojito à la main et prétendre « s’éclater » entre happy fews comme le font 90% des jeunes clubbers parisiens (propos de « vieux con » m’a-t-on souvent dit, mais j’assume !)

C’est ça qui m’attriste le plus et me fait croire que ces révérends techno ont le vent en poupe. Car si à Paris on a les meilleurs DJs du monde programmés chaque soir dans une dizaine de grands clubs servis par un sound-system qui déchire sa race, il y a longtemps que « l’esprit » a déserté les dancefloors : on fait plus semblant de s’amuser parce  c’est là qu’il faut être qu’on ne se lâche vraiment.

Rien à voir entre des spots pédants commeConcrete (une péniche sur les bords de Seine à la programme tellement pointue qu’elle fait mal au cul) et la fièvre spontanée, excenrtrique, baroque, décadente et oecuménique qui enflammait le Paradise Garage, le Warehouse, le Palace ou les premières raves.

Descendre dans un de ces clubs parisiens habillé de façon décalée, danser comme un possédé au milieu d’un public gris muraille vaut immédiatement des salves de regards incrédules et la suspicion d’être décalqué par quelques produits stupéfiants.

Attraper une nana et danser sur la piste en faisant des reptations coquines, communiquer avec les autres danseurs en agitant les bras ou par un regard trop complice est une audace totalement incongrue. On est prié de rester dans son petit périmètre, dans sa bulle, au mieux avec ses potes !

C’en est à se demander si la distribution de boosters chimiques ne devrait pas être obligatoire à l’entrée et si on ne devrait pas prier ces jeunes preppies de le laisser leur balai dans le cul au vestiaire.

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Si les pasteurs DJs arrivent à redonner du sens à la fête, alors tant mieux ! Mais j’en doute… Car à l’origine de ces musiques il n’y a aucune velléité de délivrer un « message » sinon celui, basique et universel, du lâcher prise (« release yourself« ), de laisser son corps vibrer et s’ouvrir et ressentir (« Can you feel it?« ) et de s’exprimer sans tabous.

La house et la techno sont éminemment spirituelles, mais ni chrétiennes ni vaudou ni païennes.

Leur éclosion à la fin des années 1980 est indissociable du renouveau psychédélique qui a accompagné la transition vers la décennie suivante. Des Summers of Love, des plages d’Ibiza et de Goa transformées en temples d’Hedôn à ciel ouvert, et du grand appel d’air teinté de new age, de syncrétisme technoïde et de tantrisme groovy sur fond d’apocalypse qui a happé cette decennie loin au-dessus de ses torpeurs mélancoliques.

Pour comprendre le vrai sens des fêtes électroniques il fait admettre que l’enjeu de ce siècle c’est justement de sortir des religions pour entrer dans une spiritualité universelle, au-delà des concepts, des mythes, des dogmes et des mots. Ces musiques sont un vecteur du changement en cours, et la parfaite illustration du saut de paradigme actuel.

Enfin, vouloir « amener Dieu dans les clubs » ,c’est postuler naïvement que le Divin ne serait présent que dans les églises et les temples. Or si Dieu existe il est partout, à tout moment. Dans la plus infime particule, dans les étoiles, au sommet des montagnes, dans les bordels et les poubelles. Partout !

Il ne s’agit pas « d’amener » Dieu là où il est déjà : il s’agit juste d’enclencher l’interrupteur pour allumer la lumière ! Et pour ça, pas besoin de chamane. Sinon peut-être au début, pour se laisser dénaiser, « initier », et apprendre à franchir ensuite tout seul le mur du son.

Ce que les musiques et les fêtes électroniques sont à même de proposer à la jeunesse plantéiare de ce siècle, ce n’est pas un « message » mais un « PASSAGE ».

Un passage de la Matrice condamnée à la ruine et dont ces musiques se moquent allègrement en lui piquant ses meilleurs joujoux, vers la Conscience quantique qui est le stade ultime de la conscience collective.

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Si ces rituels modernes apparemment régressifs, hédonistes et athées sont éminemment spirituels, c’est parce qu’ils illustrent le dépassement de toutes les représentations mentales, sociales, culturelles, religieuses, et leur remplacement par le sentiment d’une appartenance bien réelle à un « éon supérieur » qui est la Conscience globale, l’âme du l’Humanité en voie d’unification.

Le vrai sens de ces musiques c’est de permettre non par d’entendre mais d’EXPERIMENTER cette vérité des vérités, à savoir que toute séparation est illusoire, que nous sommes tous interdépendants, que nous ne faisons qu’un avec tout l’Univers. Et que seulles les limites apparentes de notre corps physique nous laisse croire à cette illusion commune que nous sommes mortels, finis, limités. Alors que nous sommes éternels, infinis, et jouissons d’un potentiel enfoui mais illimité.

« J’ai dit : Vous êtes des dieux ! » (Psaumes 82:6 et Jean 10:34). Cette phrase issue de la Bible résume ce que les fêtes électroniques permettent de vivre comme une préfiguration rituelle de l’avenir de l’humanité.

Pas d’orgueil dans cette affirmation : juste la certitude d’une liberté totale et d’un pouvoir sans limite à la création.

Les fêtes électroniques ne sont pas des exorcismes ni des replis cocoonants, mais d’authentiques « mises au monde ».

Rien de moins que l’expérience offerte de participer au Grand Tout.

Conscients de cette vérité ou simplement inspirés, au début les DJs étaient de vrais « passeurs », pas des vedettes bardées de booking agents.

Aujourd’hui le business les ont kidnappées et la plupart de ces « artistes » d’un soir ont un ego à monnayer avant de songer à faire de la bonne musique. Marketing, concessions et copinages tuent la flamme.

En réalité, s’il y a aujourd’hui beaucoup de DJs, il y a très peu de vrais artistes. Au sens de « révélateurs de sens ». Et encore moins de prophètes, au sens de révélateurs DU Sens.

Alors faut-il envoyer des curés vendre Dieu à coup de waves techno ? Les curés, pas sûr qu’ils soient prêts. Depuis le frérot défroqué de Travolta dans Saturday night fever qui virait sa gourme sur les Bee Gees, la soutane dans les night-clubs fait trop décalée. La blouse gospel passe encore mais trop ringarde face à une vraie drag queen. Alors des jeunes pasteurs DJs, why not ?…

En tout cas si ça marche c’est que cela répond à un besoin. Et qu’avec le revival house puis techno 90s de cette décennie les kids redécouvrent que les musiques électroniques ne sont pas qu’une vilaine affaire de matos et de gros sous.

But remember : l’étincelle est en toi. Il suffit de la laisser jaillir et te laisser guider.

LET THERE BE...

Le Sexe de Dieu

Jésus a-t-il eu une sexualité ?

Et si tel est le cas, était-il homo, hétéro, bi ?

La question taraude les esprits contemporains, à l’heure où le mariage homosexuel se généralise dans bon nombre de pays occidentaux et pose la question de la sexualité sous un autre angle.

Au risque de chagriner les esprits prudes ou timorés, et sans vouloir faire aucun prosélytisme d’aucune sorte, il me semble que cette question est capitale.

Tout d’abord parce que le fait d’avoir occulté la sexualité de Jésus pendant presque deux millénaires est particulièrement préoccupant, et symptomatique d’une église qui a longtemps déployé des trésors d’argumentations théologiques pour nier ou suspecter le sexe, le corps, la femme, et finalement la vie pendant des siècles. Pervertissant ainsi jusqu’à l’absurde la notion-même d’incarnation.

En outre, travers très latin et en aucune façon moyen-oriental, cette théologie a accrédité l’idée d’un être scindé en deux parties opposées : l’une supposée vertueuse et promise à un avenir glorieux : l’esprit. Et l’autre supposée gouvernée par Satan, basse, fétide, délétère et méprisable : la chair.

Cette dichotomie, déjà présente chez Paul (mais il y aurait beaucoup à dire sur cette figure dont on a fait le pivot de la théologie chrétienne…), est cependant totalement étrangère à la culture dans laquelle ont baigné Jésus et ses disciples. Et que partagent encore aujourd’hui les esprits moyen-orientaux. Pour lesquels d’ailleurs ces concepts identitaires très occidentaux comme « gay », « hétéro » ou « bisexuel », sont des aliens culturels.

Ensuite parce que, comme l’affirme fort justement le théologien orthodoxe Jean-Yves Leloup : si Jésus n’a pas assumé la sexualité comme l’une des composantes essentielles de notre humanité, celle-ci ne peut être sauvée. Or si la sexualité n’est pas sauvée, l’homme ne l’est pas non plus dans son entier. Échec cuisant de l’œuvre de Salut !

A moins de nous fantasmer comme des êtres purement spirituels, auxquels un dieu pervers aurait adjoint quelques appendices obscènes le temps de leur présence sur terre…

En vérité, c’est une révolution copernicienne de nos représentations sur Jésus et son enseignement qu’il faut opérer.

Jésus n’était pas (exclusivement) un maître, un « enseigneur », un homme docte ou un sage qui aurait délivré un message destiné aux seuls esprits.

C’était avant tout un être de chair et de sang.

Et, aux dires de ses détracteurs qui fustigeaient sa conduite et ses fréquentations bien peu orthodoxes, un sacré bon vivant !

Jésus respirait, mangeait, dormait, buvait, pétait, rotait, baillait avec ses disciples… Il riait, pleurait, n’avait pas peur de faire des démonstrations publiques d’une sensibilité qu’on jugerait aujourd’hui déplacée.

Il embrassait ses proches sur la bouche : ses disciples masculins du moins, comme c’était l’usage dans les premières communautés chrétiennes. Et probablement Marie-Madeleine, sa « compagne » selon plusieurs évangiles apocryphes.

Ce n’était pas en tout cas le personnage austère, cérébral et asexué, qu’ont fabriqué les pères latins et l’iconographie chrétienne, en particulier celle des icônes.

Peut-être même a-t-il eu une (des) relations sexuelles avec… Marie Madeleine ?… Jean ?… D’autres disciplines comme Marie, sœur, de Marthe… voire Lazare ?

On n’en saura jamais rien avec certitude mais une chose est sûre : si « le Verbe s’est fait chair« ; ce n’est certainement pas pour enfiler des perles ou faire de la théologie !

Jésus était un être sensuel. Et si l’on veut vraiment le connaître et l’approcher, il faut non seulement l’écouter, mais aussi (et surtout) le toucher, le sentir, le caresser comme un être cher, le goûter… le manger !

« Ceci est mon corps« , « ceci est mon sang« .
« Quiconque mange ma chair et boit mon sang aura la vie éternelle« .

Ce n’est pas qu’un symbole ! L’eucharistie est au cœur de la foi chrétienne, comme la Résurrection, indissociables.

En ce temps de Pâque, méditons sur notre relation à Jésus !

Est-elle « intellectuelle », exclusivement « spirituelle » ? Mais alors qu’est-ce que la chair sans l’esprit ? Nous sommes des êtres incarnés. Et, notamment, sexués. Or si nous refusons cette incarnation, nous refusons la vie !

Jésus, quant à lui, ne désire qu’une chose : se laisser approcher, toucher, désirer ! Par ses proches, mais aussi les plus petits et les plus méprisés selon les canons « politiquement corrects » de son époque : les femmes, en particulier celles « de mauvaise vie », les enfants, les vieillards, les malades, les putes, les brigands, les collabos, les « impurs »…

Jésus se laisse approcher, toucher, embrasser, oindre de parfum précieux, accaparer par ceux qui le désirent avec fébrilité, veulent se laisser bercer par ses paroles, goûter sa lumière, son aura, son parfum, connaître sa vérité, partager sa vie, entrer dans son Amour, s’approcher d’un Divin tout aimant.

Les mystiques qui ont connu une union mystique avec le Christ n’ont que faire des précautions vertueuses et de la pruderie excessive des gens comme il faut… Les extases mystiques, hommes ou femmes confondus, sont d’un érotisme sans frein ni pudeur !

Jésus n’est-il pas « l’Époux » de l’Eglise et de l’humanité ?
Ce n’est pas qu’une métaphore !

Sinon qu’est-ce la Résurrection ? Un mirage ? Un décollement ?…

Allons bon ! La Résurrection est le plus grand orgasme qu’il nous soit donné d’expérimenter ! Un vertige sans commune mesure. La transfiguration ultime de notre être en corps de lumière… Pas rien !

Au lieu de nous draper dans d’inutiles et trompeuses précautions, cédons au désir du vertige ! Le divin nous appelle à vivre la plus belle aventure qu’il nous soit donné de vivre.

Et si notre société, en Occident du moins, est à ce point malade de son obsession envahissante du sexe, ce n’est peut-être pas uniquement pour exorciser ses profondes angoisses existentielles ou eschatologiques, ni pour endiguer le flot de déprime qui s’abat sur elle. Mais aussi et surtout parce que le temps de la Rencontre est imminent !

C’est un truisme d’affirmer comme le font les psys que les obsédés du sexe cherchent Dieu.

Eh oui ! : « Les prostituées vous précéderont dans le Royaume des Cieux. »

Si l’on occulte cette réalité, non seulement elle revient en force comme le retour du refoulé, souvent sous le masque de la perversité, de la violence ou du macabre, mais aussi on passe à côté de l’essentiel : ce que le Seigneur veut t’offrir et qui n’a pas de prix, sinon celui de son sang : pas une petite morale à deux balles, pas une théologie qui sent le rance, pas une sagesse ascétique. Mais la plus grande métamorphose de ton être, que même dans tes rêves les plus fous tu n’oserais concevoir !

« Pierre, m’aimes-tu ? »

Surprenant épisode à la fin de l’évangile de Jean, où par trois fois Jésus répète cette question à l’apôtre qui l’avait renié quelques jours plus tôt et auquel il confie la responsabilité de conduire son église : « Pais mes brebis ! »

Une interprétation théologique commune est de distinguer dans cette triple interpellation trois niveaux d’amour : Philia, Éros et Agape.

Et, toi qui lis ces lignes, aimes-tu Jésus seulement d’un amour amical, sentimental, « platonique » ?…

Ou es-tu prêt à l’épouser charnellement ? A vivre un transport érotique à son contact, qui te ravira à toute autre réalité présente ? A unir ton corps au sien, par-delà toute considération strictement sexuée et sexuelle ?…

Tabou bien inconvenant qu’il te faudra pourtant dépasser si tu veux vraiment ressusciter dans un corps de lumière.

Et enfin, tes sens comblés par cet amour inimaginable, consens-tu à l’aimer inconditionnellement, sublimement, spirituellement, à oublier jusqu’à la conscience d’être toi ? A rejoindre la multitude des êtres pour te fondre dans l’océan de l’Amour divin ?

Trois étapes sur le chemin mystique qui conduit aux épousailles humano-divines : le cœur, le corps, puis l’être tout entier, fondus dans le creuset de cet Amour sans limites…

Le cœur d’abord. Jésus n’est pas une « bombe sexuelle », une bimbo ou une icône gay ! C’est par le cœur qu’il nous attire, même si la dimension cordiale imprègne tout son être et ravit les sens.

Le corps ensuite. Car si ce corps n’est pas béni, aimé, épousé, transfiguré, alors tu ne peux renaître à la vraie Vie. Jésus reste une « idée », très élevée et très « humaniste » sans doute, mais une idée. Rien de plus.

L’être tout entier ensuite. Se perdre totalement en Dieu, voilà ce à quoi nous sommes appelés. Ce que les Soufis vivent dans la transe mystique, les Bouddhistes dans l’entrée dans le Nirvana, les Chrétiens aussi sont invités à expérimenter dans les ultimes épousailles divines.

Car Dieu commence par nous séparer de la masse indifférenciée. Il fait de nous des individus et nous érige à une conscience nouvelle. Mais ce n’est qu’une étape, nécessaire sans doute mais non ultime, de la transformation.

Individualisés, nous mesurons le prix de la vie et faisons l’expérience de la responsabilité. Ainsi, nous serons un jour tenus comptables des actes que nos posons en conscience. Et non plus noyés dans le Collectif, sujets à la confusion identitaire et couverts par cette indifférenciation au sein du groupe. Situation bien pratique mais qui nous maintient dans une confortable irresponsabilité infantile.

Toutefois, il nous faudra un jour renoncer non seulement à notre ego, cette prison illusoire qui nous fait croire être l’auteur de nos désirs et la justification de notre agir. Mais aussi à notre « soi », cette part de nous-même en tant que conscience différenciée à laquelle nous croyons ne pouvoir échapper.

Agape fait non seulement référence à l’amour inconditionnel, la Charité, le sommet de l’amour dans son sens existentiel. Mais c’est aussi l’ultime porte qui conduit à entrer en Dieu. « Je Suis, la porte » L’Être de toute éternité EST la porte, la « Voie » comme disent les Taoïstes, qui conduit aux réalités supérieures.

Ce qui nous est proposé, c’est de nous élever dans l’échelle sans limite du Réel toujours plus sublime et plus spirituel, qui est Dieu lui-même.

A toi donc de décider. Si tu veux vraiment « ÉPOUSER » Dieu, ou juste « bien aimer », selon ta propre mesure, et rester toi…

Pourquoi les « religions », autoroutes spirituelles supposées nous rapprocher de Dieu, constituent-elles par ailleurs un frein pour entrer totalement dans l’expérience du Divin ?

Parce que les religions, tout au moins les religions dogmatiques comme les religions monothéistes, sont aussi des usines à fabriquer de la représentation.

Or on ne peut expérimenter vraiment Dieu si l’on s’en tient aux représentations.

Comme un écran de cinéma où serait projeté le film en 3D de notre vie, celle-ci et celle à venir, les religions nous racontent de belles histoires. Et nous proposent des schémas, des recettes de cuisine, théologiques et comportementales, pour s’élever vers le Divin. Mais cela ne saurait suffire.

Il vient un jour où le petit enfant lâche la main de son père ou de sa mère et apprend à marcher seul. Il vient un jour où le bateau quitte le port, cesse de faire du cabotage en suivant le rivage et se lance vers la haute mer. Idem pour la vie spirituelle.

Vient un temps où il faut abandonner ses propres certitudes et schémas religieux. Affronter l’expérience du Grand Désert spirituel, de la Grande Nuit mystique. Et renaître dans à réalité nouvelle. Qui n’exclue ou ne nie en rien l’apport des religions, mais les dépasse largement. Et nous affranchit de toute idée de Dieu, de toute représentation de Dieu, de tout discours sur Dieu. Pour leur substituer la seule « expérience », pleine et entière, présente et éternelle, du Divin incarné en nous.

C’est ce que Jésus a vécu lui-même et nous a offert de partager en se donnant à l’humanité. Jusqu’au point ultime de la Croix, où il fut dépossédé de tout. De tout, sauf de Dieu.

« Dieu seul suffit, que rien ne t’épouvante » a écrit Sainte Thérèse d’Avila.

Mais qu’il est difficile et délicat de réviser ses propres certitudes ! Elles sont comme un exosquelette qui nous maintient debout quand le choc avec le Réel nous fait chanceler. Elles nous maintiennent dans une illusion de congruence quand ce même Réel, trop puissant pour notre capacité à l’appréhender, nous fait exploser en mille morceaux.

Le christianisme – catholicisme tout particulièrement – serait-il la seule grande religion au monde à ignorer la sexualité ? Quelle singulière exception !

Or, si l’on regarde les choses avec d’autres lunettes et un esprit ouvert, il n’y pas de différences fondamentales entre le Cantique des cantiques et le Tantra : l’union érotique, physique et mystique est une voie universelle d’accès au Divin.

Notre théologie de la « chair », mortifère s’il en est, a diabolisé le corps et le sexe et sublimé l’esprit d’une façon littéralement « hystérique ». Perversion hélas à l’origine  de bien des névroses individuelles et collectives.

Car enfin : faire de Marie, mère de Jésus et femme d’un caractère bien trempé, une icône de la virginité et de la frigidité ! Elle qui a eu de nombreux fils et filles après Jésus. Une femme juive du 1er siècle, mariée à un homme pieux, qui serait restée vierge toute sa vie ? Quelle absurdité !

Qu’on lise pour s’en convaincre et réinitialiser son disque (un peu trop) dur l’excellent livre d’Alejandro Jodorowsky : « Un Évangile pour guérir ». Au travers d’une lecture décomplexée de l’Evangile de Luc, l’auteur y déploie une compréhension saine, vivante et puissamment « thérapeutique », de la sexualité, de l’incarnation, de la féminité, de la conjugalité et de la maternité.

Qui plus est, faire de Jésus un sage ascétique, un être asexué sinon efféminé, un pieux rabbin suspicieux de la chair, quelle erreur magistrale ! Lui, le Prince de la Vie, Dieu fait homme, le Fils de Dieu !

Mais quel Dieu veut-on nous vendre ? Celui de Platon ? Des philosophes du Monde des Idées ? Ou bien le Dieu d’Israël ? Le Dieu de la Vérité ? La seule Réalité qui EST de toute éternité ?

Chers frères et sœurs épris de théologie, réfléchissez donc par vous-mêmes et osez revoir vos programmes mentaux bien ver(rouillés) avant de balayer d’un revers de manche méprisant toute considération sur le sexe à propos de Jésus.

A l’impossible nul n’est tenu. Mais ce qui est impossible aux hommes est possible pour Dieu.

Quel que fut son statut marital et la façon dont il vécu la dimension sexuelle, Jésus a-t-il été muet qu’on le dit sur la question du sexe ?

On prétend en effet souvent à tort que les Evangiles sont muets sur la question de Jésus et du sexe.

Mais c’est précédemment parce qu’on nous a trop habitués à les lire avec des lunettes déformantes et cache-sexe !

Si l’on prend la peine de comprendre le message de Jésus et de le resituer dans son contexte au lieu de plaquer nos propres angoisses sur les paroles du Christ, alors on découvre une toute autre réalité.

Quand Jésus dit à la femme adultère, « Va et ne pèche plus », il ne se pose nullement en censeur moral normatif. « Ne pèche plus » signifie bien évidement « ne trompe plus ton mari avec un autre homme », mais également bien plus essentiellement : « ne te trompe plus toi-même. » Ou, plus précisément selon l’étymologie hébraïque du verbe pécher : « ne te trompe plus de cible ».

Cela devient encore plus évident avec l’épisode de la rencontre avec la Samaritaine au bord du puits (Jean 4 :1-30). Celle qui a eu cinq maris et vit avec un homme qui n’est pas son mari, est présentée comme une étrangère appartenant à une minorité haïe des Judéens, une séductrice et une femme un brin orgueilleuse.

Une lecture psychanalytique du texte nous révèle qu’il fourmille d’allusions sexuelles, du moins à un certain niveau d’interprétation.

« Donne-moi à boire » (Jean 4:7) est à l’évidence de la part d’une Samaritaine à l’adresse d’un Juif une provocation totalement inconvenante dans ce lieu sacré.

« Tu n’as rien pour puiser et le puits est profond » (Jean 4 :11) évoque autant la profondeur du puits que l’intensité du désir de cette femme qui provoque Jésus sur ses capacités sexuelles.

La réponse de Jésus est à plusieurs niveaux.

« Quiconque boit de cette eau aura encore soif; mais celui qui boira de l’eau que je lui donnerai, n’aura plus jamais soif, car l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau qui jaillira pour la vie éternelle. » (Jean 4:13-14)

Jésus répond au désir purement sexuel, polymorphe, imparfait et insatisfait de la femme ; Il le dépasse en lui proposant de combler ce désir en l’élevant vers sa dimension spirituelle. Il ne condamne pas la femme à cause de son désir ou de l’inconvenance de la situation, il ne fait pas de discours moral et n’élude en rien la réalité du sexe. Il la transcende.

Jésus s’offre, non pas en substitut du désir sexuel, mais comme aboutissement et dépassement de celui-ci.

Les grandes mystiques (Thérèse d’Avila, Thérèse de Lisieux) ont vécu des transports en présence du Seigneur incroyablement stupéfiantes pour un esprit pudibond.

Finalement ce que propose Jésus à cette femme s’étend à son mari, qu’il lui propose d’appeler à rejoindre les épousailles mystiques au bord du puits. Mais aussi à son peuple tout entier. En touchant le cœur de cette femme samaritaine réputée pécheresse, Jésus comble et guérit le désir de tout un peuple. Le désir physique (l’eau, symbole de vie), sexuel (l’amour charnel, symbole de l’union des contraires et de l’amour humano-divin) et mystique (adorer Dieu : l’amour parfait).

Celle-ci ne s’y trompe pas : elle laisse aussitôt sa cruche sur-place et s’en va porter la nouvelle aux gens de son village. Au lieu d’enclore et de conserver l’eau périssable dans un récipient, l’eau vive de l’Amour divin déborde désormais de son cœur et elle s’empresse de la partager avec tous.

La sexualité n’est donc qu’une étape. Mais une étape essentielle et qu’on ne peut exclure, qui conduit à l’amour parfait.

Il nous faut aimer Dieu sous les traits d’un homme désirable assis au bord d’un puits si l’on veut connaître véritablement Dieu, se laisser connaître et transformé par lui.

Dieu ne triche pas avec nos désirs, c’est nous qui nous trompons nous-mêmes en prétendant désirer autre chose que ce que nos sens, notre cœur, notre être vibrant et désirant nous pousse à désirer.

Ce que Jésus condamne toujours quand on l’interroge sur de multiples sujets, en particulier ce qui relève du sexe et de l’union entre deux êtres, c’est l’hypocrisie !

Quand les Pharisiens tentent de le piéger à propos de la question du divorce (Matthieu 19), il les renvoie à leur hypocrisie et à leur méchanceté : « C’est à cause de la dureté de votre cœur que Dieu vous a permis de répudier vos femmes ».

Dans Marc 12,18-27, Jésus est interrogé sur les liens du mariage : si une femme a eu plusieurs maris décédés successivement, lesquels d’entre eux sera son mari lors de la résurrection ?

Jésus renverse la question en affirmant que « lorsqu’on ressuscite d’entre les morts, on ne se marie pas, mais on est comme les anges dans les cieux. »

Cela signifie-t-il, comme on l’a longtemps affirmé, que la vraie nature de l’humain est asexué, dépourvue de désir et ignore le sexe ?

Certainement pas ! En revanche cela signifie que cette apparente séparation des genres entre hommes et femmes ne dure qu’un temps. Et que le mariage n’est qu’une contingence liée à cette existence. Que lors de la résurrection, nous ne serons plus conduits à nous épouser les uns les autres.

Et pour cause : nous épouserons Dieu ! C’est-à-dire la Totalité de l’Etre. Notre profond sentiment d’incomplétude, qui nous pousse à désirer l’autre et à nous unir à lui, n’est qu’une expérience passagère. En nous unissant à Dieu, nous sommes totalement comblés.

Mais nullement séparés de nos congénères ni soustraits à notre nature désirante. Simplement notre désir, moteur de l’existence, se voit totalement rassasié, comblé. Il ne nous pousse plus vers des « objets» de satisfaction, par nature subjectifs, incomplets et caduques.

Si nous désirons, c’est parce que nous sommes vivants ! Et en mouvement. Quand on cesse de désirer, c’est qu’on est mort. La résurrection, l’union mystique, ce n’est pas la fin du désir, « l’extinction » de tout désir comme une mauvaise lecture du bouddhisme nous le laisse croire à propos du Nirvana, mais son total accomplissement. Le feu ne nous brûle plus, nous cessons de nous consumer en désirs multiples. Ce feu brille en flux continu d’énergie, intarissable et apaisé, comme le Buisson ardent de la Genèse.

Notre devenir est un devenir de Lumière, un devenir ardent mais non brûlant, un devenir transfiguré.

N’ayons pas peur du désir, du corps et de nos penchants naturels, du sexe et de notre insatiable monde imaginaire qui déploie tout un horizon de fantasmes sur l’écran de notre conscience.

Dieu nous a fait désirant et pétris de désir. Il nous a fait sexués et tendus vers la rencontre, y compris charnelle, avec l’autre. Acceptons ce don non comme une tare honteuse ou une contingence ordinaire à dépasser, mais comme une voie d’accomplissement.

Simplement, ne nous trompons pas de cible !

Il ne s’agit pas d’évacuer le sexe ou de nous extraire de la chair pour mieux se rapprocher de Dieu. Il nous faut au contraire traverser cette dimension de notre incarnation, sans la craindre, sans la surévaluer, et sans s’y fixer. car nous sommes appelés vers un ailleurs. Mais seulement au terme d’un voyage qui nous fait emprunter des « transports » bien charnels.

Sauter cette étape, c’est assurément se tromper de trajectoire et donc aussi manquer sa cible finale.

Cela ne veut pas dire qu’il faille se jeter dans le sexe a à corps perdu. Mais simplement accepter de le vivre pleinement, d’en jouir sans pudeur comme notre nature nous y pousse. Et selon nos propres désirs, selon notre nature propre, laquelle nous pousse plutôt vers les êtres du même sexe ou ceux du sexe opposé.

Le moteur central de toute guérison thérapeutique, qu’elle soit physique, psychologique ou spirituelle, c’est de réconcilier l’être avec lui-même, de sortir du mensonge et des assignations extérieures, de retrouver du désir et de renouer avec son propre désir. Afin d’être mu par son élan intérieur. Et non des priorités faussement dictées par l’extérieur.

Soyons donc vrais et entiers. Et laissons-nous ravir vers cet horizon lumineux qui nous est promis. Et pour lequel notre nature n’est pas un obstacle ni prison, mais un temple à redécouvrir, bénir et habiter.