Le combat des satyres et des sorcières

Mis en avant

Désolé de revenir encore sur cette histoire de harcèlement.

Mais il me semble urgent de dénoncer les propos haineux déversés à l’encontre de cette tribune de femmes courageuses qui fait aujourd’hui polémique. Alors qu’on voudrait rejeter sur elles la honte et la culpabilité, en les assimilant à des complices de violeurs.

Je suis affligé de voir combien les esprits s’égarent, et dans quels excès on en arrive à s’enfermer.

Pardon mes cher(e)s ami(e)s, mais beaucoup d’entre vous avec qui j’échange sur les réseaux sociaux continuent de verser dans l’outrance et feraient mieux de se calmer et de réfléchir posément.

Certains ont ainsi improprement qualifié de « révolte des femmes » ce qui n’est qu’une libération spontanée de la parole à propos du harcèlement. Laquelle fait suite pour beaucoup à des années de silence, de honte ou de déni.

Cette initiative, on ne peut évidemment que la saluer.

Ce faisant, ceux qui sacrifient à ces excès de verbe s’abandonnent du même coup au lyrisme romantique des pasionarias les plus enflammées de la cause féministe. Qui battaient le pavé dans les années 70 en brûlant leur soutif et en vouant à la guillotine tous les mâles, forcément « machistes » et « dominants ». Elles qui prétendaient mettre à sac l’ordre impérialiste et bourgeois de la « société patriarcale ».

La rhétorique a changé en 50 ans mais le fond et les affects restent les mêmes.

Les nouvelles générations ont adopté inconsciemment les causes sinon quelques réflexes sémantiques hérités de ces années révolutionnaires de lutte des femmes.

Luttes qui ont tout de même permis aux femmes françaises d’accéder à des droits et à un statut de plus objective égalité, que beaucoup envieraient sous d’autres latitudes.

Qu’on songe que l’Arabie Saoudite vient tout juste de franchir un cap inouï cette année en autorisant les femmes à conduire seules un véhicule sur la voie publique !… Dans ce pays où on lapide encore arbitrairement les femmes adultères. Et où les violeurs cavalent en toute impunité, puisque ce sont les femmes violées qui sont accusées d’être des « provocatrices » et des pousse-au-crime.

Encore une fois, que l’affaire Weinstein ait suscité un vent de libération de la parole virale et que des femmes violées ou réellement harcelées sexuellement et qui n’osaient pas dénoncer leurs agresseurs aient enfin pu le dire, c’est une chose juste et qui mérite d’être saluée.

Qu’on aide des femmes battues, violées ou agressées à oser se défendre et faire les démarches pour dénoncer des criminels, c’est aussi une très bonne chose.

Le problème c’est qu’une fois cette brèche ouverte, avec l’effet amplificateur des médias et des réseaux sociaux, certaines ont voulu en profiter pour dénaturer cette juste cause et embrigader toutes les femmes dans cette croisade absurde et dégradante contre les hommes, toujours la même. Avec un paroxysme de haine et une incitation à la délation la plus abjecte.

Ainsi, tous les mecs étaient potentiellement désignés comme des « porcs ».

Le choix de ce terme n’est d’ailleurs pas anodin : il reflète bien plus qu’une simple répugnance à l’égard du désir masculin. J’y reviendrai…

Quant au désir et à la libido, qui est le moteur de la vie psychique et de la relation, à les entendre c’était désormais une chose sale, monstrueuse, coupable, qu’il fallait à tout prix réprimer. En tout cas en bannissant toute expression de sa flamme, forcément suspecte, à l’égard d’une femme désirée.

Que les femmes soient agacées d’être utilisées systématiquement par la publicité et sur les couvertures de magazines comme des objets sexuels, de faire l’objet de vannes misogynes et vulgaires dans les cafés où les mecs se lâchent après le boulot, passe encore.

Mais de là à vouloir jeter le discrédit systématique sur le désir masculin, qui n’est pas il faut le rappeler de la même nature que le désir féminin. Ce désir est par nature plus agressif, plus impérieux, parfois violent dans son aspect pulsionnel et volcanique.

Dans le règne animal comme dans les sociétés humaines, c’est la libido et la compétition pour trouver les meilleures partenaires qu poussent les mâles à se battre et à pavoiser, à rivaliser de postures orgueilleuses pour intéresser la galerie. Et les femmes sont elles-mêmes conditionnées par leurs hormones à choisir parmi ces prétendants le plus vigoureux, celui qui saura assurer au futur couple et à l’espèce une abondante descendance.

A moins de vouloir nous extraire totalement des lois de la nature, je ne vois pas comment on pourrait y échapper.

D’ailleurs ces comportements qui obéissent d’abord aux pulsions, relèvent aussi de la culture, depuis que le commerce entre hommes et femmes a été codifié dans toutes les sociétés.

Y compris dans les codes vestimentaires, selon lesquels les hommes (de pouvoir) arborent des costumes bien épaulés pour souligner leur carrure et une cravate, symbole phallique, tandis que les femmes coquettes portent un décolleté plongeant garni de bijoux étincelants mettant en valeur leur opulente poitrine, tel une corolle scintillante invitant les gros bourdons à venir butiner.

Même les dérives androgynes ou queer d’une société qui prétend abolir les stigmates du genre ne viendront jamais totalement à bout de ces codes qui rejouent au plan symbolique ceux de la parade nuptiale.

D’ailleurs après les années 1970 et sa mode unisexe, où toute une jeunesse portait uniformément les cheveux longs, des chemises à fleurs et des jeans cintrés diluant les silhouette dans une même indifférenciation filiforme, on est vite revenu aux signes bien établis de la féminité et de la masculinité. Parfois jusqu’à la caricature outrancière.

Des seins siliconés de Pamela Anderson aux muscles body-buildés d’Arnold Schwartzenegger, depuis les années 1980, rares ou éphémères sont ceux qui s’aventurent à jongler avec les codes. Et en cette fin de décennie 2010 les femmes n’hésitent pas à afficher une sensualité torride à l’image de leurs icônes, comme Rihanna ou Nabila. Alors que tout homme qui se respecte se doit d’arborer une barbe millimétrée, et si possible une toison fournie sur le torse.

Les excitées contre cet agencement pétillant des sexes voudraient même aller jusqu’à revoir la grammaire et imposer à tous les plumitifs cette délirante et fastidieuse « écriture inclusive ». Prétextant qu’une langue évolue et sinon qu’on doit l’y contraindre pour effacer tout stéréotype et toute règle héritée de la domination masculine. On ne s’attardera pas sur de telle arguties, auxquelles seuls quelques complexés du vermicelle osent sacrifier…

De toute façon on ne va pas refaire l’Histoire : depuis la plus haute antiquité et les temps bibliques, nous sommes les héritiers d’une société patriarcale.

Il ne s’agit pas de se cramponner à son phallus ni aux « traditions », en pleurant sur la décadence « déconstructiviste « des soixanthuitards, comme Eric Zemmour pour justifier sa misogynie réactionnaire.

Mais n’en déplaise à celles qui au nom de « l’égalité » voudraient en vérité supplanter le pouvoir des mâles, les dominer et les réduire en esclavage comme au bon vieux temps des Amazones, en 2018 il y toujours des hommes qui courent après les femmes.

Et comme tout pays latin la culture française demeure tout de même globalement patriarcale. Même si la France de 2018 n’a plus rien de commun avec celle de l’Après-guerre.

Et puis si les hommes ont encore le droit de draguer les filles, qu’elle se rassurent : de la haute couture aux patronnes de startups, la France met toujours en avant ses plus jolies femmes et les plus audacieuses qui font bouger les choses.

Nos sociétés ont bien évidemment évolué et continueront d’évoluer. Et le coup d’accélérateur donné par la modernité n’est pas à mettre en doute. Les femmes ont aujourd’hui, quoi qu’on puisse y redire, toute leur place à part égale avec les hommes dans un pays comme la France.

Un pays où notre jeune président est pourtant incapable d’aligner une phrase sans prendre la précaution de préciser à tout bout de champ « celles et ceux« . Par crainte de commettre un écart coupable par rapport à la ligne politiquement correcte qu’ils s’est fixée.

Est-ce un gage de progrès et une preuve supplémentaire de « civilisation » que de vouloir taxer la testostérone de drogue dure ? Ou d’interdire aux hommes d’être ce qu’ils sont : non des pourceaux mais simplement des mâles ? Non des « prédateurs » ou des criminels assimilables à Jack l’éventreur mais juste des êtres animés de désir et qui osent naturellement l’exprimer à celles qui les animent ?

Le Grand siècle avait certes octroyé le pouvoir aux élégantes pleines d’esprit, après des siècles ou les us du terroir propres au peuple autant qu’à la noblesse d’épée rimaient avec les rots, les pets, le cul, la merde et la farce la plus grasse.

Mais la Carte du tendre ou les gesticulations burlesques des laquais serviles et enrubannées de l’Étiquette ont vite été dénoncés et avec quel brio par le théâtre de Molière, à la faveur d’un roi qui méprisait les dévots et aimait beaucoup séduire les femmes.

La tyrannie des précieuses ridicules qui avaient réduit leurs prétendants à des caniches de foire travestis, poudrés, maquillés et peinturlurés comme des drag queens, mendiant un soupir, une œillade ou un aparté avec des chichiteries de tarlouzes, a vite été remisée à sa juste place au pays des troubadours, de Rabelais, puis de Sade, Maupassant ou Flaubert.

Aujourd’hui les choses sont plus drues et plus crues. On atteint vite les cimes du ridicule ou de l’extrême violence.

Quant à celle qui consiste à vouloir bannir de l’espace public toute expression du désir, tout rituel de séduction, par crainte de se voir exposer à des formes parfois trop insistantes ou non sollicitées de gringue appuyé, c’est du pur délire.

Pour un peu on assimilerait Jean d’Ormesson et Bigard !

Pire, c’est objectivement pathologique.

En langage psy on appelle ça une névrose collective. Et pour les intéressées, de « l’hystérie » caractérisée.

Partant, on doit les dénoncer comme tels et refuser de souscrire à ces excès et de à ce chantage.

Hélas, le terrorisme situationniste et médiatique de folles furieuses comme les Femen, avec leurs méthodes dignes de la guérilla urbaine, nous ont habitués à ces excès et ont endormi notre esprit critique.

La mauvaise conscience de certains hommes à l’égard des femmes et le politiquement correct aidant, on a même pu considérer que ce qui relevait au regard de la loi du délit punissable n’était après tout que des méthodes justes servant une cause juste au milieu d’un monde autiste incapable de reconnaître l’injustice faite aux femmes.

S’agissant des excès qui ont suivi la libération de la parole à propos du harcèlement, et de la violence haineuse qu’elle a suscitée, je peux comprendre que cela puisse procéder d’une souffrance trop longtemps tue et qui se déchaîne soudain dans un déluge de cris et d’aboiements vengeurs.

Mais il y a des cabinets de psys pour ça ! L’espace public et l’opinion n’ont pas à être pris en otages pour subir les assauts de ces femmes traumatisées au point de ne pouvoir exprimer que haine et violence.

Il est vrai que depuis le début des années 1980, des émissions comme Droit de réponse, Bas les masques ou Le Divan nous ont habitués à considérer comme normal qu’on instrumentalise les médias comme théâtre exhibitionniste d’une psychanalyse publique érigée en spectacle obscène. Là où la déontologie et l’efficacité de la cure supposent au contraire le huis clos et le secret professionnel.

La télé, puis les forums et les réseaux sociaux, sont ainsi devenus le déversoir de tous les traumatismes particuliers exhibés, disséqués et commentés comme un exercice de communion obligatoire. Un vomitorium de la souffrance et du « Moi je ».

Il y a sans doute dans cette dérive un phénomène d’acculturation et de pollution des esprits hexagonaux par des modes héritées du puritanisme anglo-saxon, et une assignation contre-culturelle à l’exercice de la confession publique comme dans les sociétés protestantes.

Depuis les Alcooliques Anonymes, la prise de parole publique est devenue un passage obligé. Et qui voudrait s’y soustraire serait aussitôt accusé de sécessionnisme et d’absence coupable de contribution à la vie du groupe.

La pudeur, le secret, la discrétion ne sont plus des valeurs en vogue.

L’outrance, la démesure, l’arrogance et l’exhibition, fût-elle vulgaire et forcée, les ont supplantées.

Ardisson est passé par là. Et les bobos ont érigé ces rituels au rang de culture dominante.

Revenons à cette tribune dans Le Monde conduite par une centaine de femmes courageuses qui osent braver l’unanimisme ambiant et défendre le droit pour les hommes de draguer les femmes. En avouant leur plaisir à être courtisées. Au risque de dérapages verbaux ou comportementaux qui font selon elles partie des jeux de l’amour et du hasard.

Il est parfaitement injuste maintenant que s’est libérée cette autre parole – celle du désir féminin – de vouloir culpabiliser ces femmes et les réduire à la caricature pour le coup honteusement misogyne de vieilles cougars en manque de rentre-dedans, ou d’insensées complices des violeurs. A cause de quelques maladresses ou provocations déplacées.

Comme celle de Catherine Millet qui a affirmé en provoquant regretter « de ne pas avoir été violée pour pouvoir dire que le viol on s’en sort« .

Bien sûr c’est un camouflet de trop infligé aux femmes battues ou violées et qui n’avaient pas besoin qu’on les humilie encore pour interdire aux furies qui instrumentalisent leur douleur de pousser le bouchon trop loin.

Il faut le dire tant qu’il est encore temps : vouloir culpabiliser ces femmes courageuses est aussi injuste, humiliant et totalitaire que de vouloir réduire les victimes de violeurs et de harceleurs au silence.

Sachons rester tempérants.

Et admettons de reconnaître que cette tribune, malgré quelques maladresses, vient rétablir enfin un peu d’équilibre dans le débat.

Et permettre surtout que ce débat ait lieu, en laissant libre cours à l’expression d’opinions et de témoignages de femmes parfois contradictoires.

Il faut le répéter aussi : dans un pays latin comme la France où la séduction fait partie de l’art de vivre, les excès du puritanisme érigé en arme politique comme aux Etats-Unis où on ne peut pas baiser sans consulter au préalable son avocat, n’ont pas leur place.

Enfin et non des moindres, ce dont bien peu semblent avoir conscience, c’est que les idiot(e)s utiles qui applaudissent au déversement de haine des féministes extrémistes, lesquelles voudraient castrer tous les mâles et criminaliser la séduction, font très exactement le jeu des fondamentalistes islamistes.

Lesquels ne conçoivent la femme que voilée, soumise et docile. Ou bien à l’inverse les considèrent comme des putes (des « courtisanes ») tout juste bonnes à être utilisées, ou bien sauvagement violées puis lapidées.

Pas étonnant qu’on ait utilisé ce terme insultant de « porc » pour désigner tout mâle qui oserait s’engager dans une drague appuyée, et qu’on qualifie aussitôt de « harceleur ». Sans même prendre le temps de vérifier si l’intéressé avait dépassé ou non les limites imposées par le Droit, ou simplement le respect d’autrui et de son libre arbitre.

Le porc est dans l’Islam, surtout dans l’Islam radical, le symbole par excellence de qui est haram, illicite, interdit, péché. Mais aussi répugnant, abject, immonde. Qui rabaisse l’homme au rang d’animal vivant dans le stupre et les excréments.

« Fils de porc ! » est pour tous les mômes des banlieues gavés de culture du bled, l’insulte par excellence. Là ou « Hijo de puta! » constitue le camouflet majeur dans les pays latinos bercés de catholicisme et de culte des madones.

Faire de tous les hommes des porcs, c’est donc de facto les déclarer haram !

Comme les femmes qui se prêtent à ce jeu sont nécessairement des « putes ».

Pas étonnant de voir monter au créneau des pasionarias de la cause féministe parmi les plus hystériques, comme Clémentine Autain, qui c’est à vrai a subi un viol dans sa jeunesse. Mais qui va jusqu’à renier ses engagements sur la laïcité en manifestant aux côtés des pires salafistes ennemis des femmes et de la République…

Cette récupération inconsciente des symboles islamiques sinon islamistes en dit long sur le degré de confusion et de dérèglement psychique de ces femmes phobiques du genre masculin.

Le mâle est pour elles forcément un animal. Les testicules une erreur de la nature. La testostérone une drogue dure à pénaliser. Et l’expression de tout désir d’un homme envers une femme est forcément sale, violent, insupportable.

Nul besoin d’épiloguer pour comprendre qu’il y a là un évident dérèglement de la libido et une hystérisation au sens le plus clinique et le plus étymologique.

Et ces furies, souvent lesbiennes militantes ou en tout cas misandres au plus haut point, ont érigé cette phobie vengeresse en idéologie et en combat imposé à toutes les femmes.

Que certains se déclarent consentantes, et elles sont aussitôt assimilées à des putains ou à des complices du crime.

Le plus triste c’est que ce sont souvent les plus promptes à monter au créneau pour défendre la laïcité et dénoncer les tentatives des extrémistes à kidnapper nos lois républicaines pour les plier à leur vision de la charia, qui sont aussi les premières à en rajouter dix couches dans l’outrance et cette violence féministe.

Que celles-ci soient épaulées par tous les chantres du djihadisme athéiste, si prompts à incendier la moindre crèche, à arracher leur voile aux femmes qui l’arborent dans la rue, ou à interdire toute déclaration publique de la part de dignitaires religieux au nom d’une mauvaise interprétation de la laïcité, quel comble !

Si l’on pense que j’exagère, qu’on songe à cette abominable initiative des Femen il y a deux ans à peine sur la Place Saint-Pierre de Rome. Lesquelles n’ont rien trouvé de mieux que de s’enfoncer des crucifix dans le vagin en mimant une scène du film L’Exorciste. Tout ça pour soi-disant protester contre une intervention du pape à la tribune des Nations Unies !

Quel rapport avec la cause des femmes me direz-vous ? Aucune !

Sauf que dans l’inconscient collectif le satanisme, la sorcellerie, qui a fait l’objet au Moyen-Âge de beaucoup de fantasmes de la part d’une cléricature hantée par le sexe et une misogynie outrancière, a toujours associé une violence débridée à l’égard des cultes chrétiens et des représentants de l’Eglise avec la mise en scène baroque des pulsions sexuelles les plus débridées de femmes aussitôt qualifiées de « possédées ».

Cherchez l’erreur…

Il est temps de se ressaisir.

Au risque sinon de perdre totalement le sens de la juste mesure et notre capacité de discernement.

Et de faire ressembler cette croisade pour le droit des femmes à être respectées à une Internationale du terrorisme.

La culture et l’esprit français valent beaucoup mieux que cela.

Les femmes y ont toujours eu la part belle.

Sachons donc bannir des usages communs la facilité, le chantage ou la vulgarité des harceleurs.

Mais gardons ce qui fait le sel des relations harmonieuses entre les sexes : la séduction, l’amour des coquetteries et afféteries qui bousculent un peu la pudeur et les bonnes manières. Tout ce qui pimente un quotidien trop morne ou trop sévère. Y compris sur le lieu de travail. Du moins tant que le pouvoir des uns ne justifie pas qu’ils forcent les autres à céder à leurs odieux chantages.

Si l’on s’y refuse, on se retrouvera dans quelques années dans une société totalement codifiée et aseptisée. Où le sexe sera considéré non plus comme un péché véniel mais comme un crime pénal. Et où hommes et femmes n’auront plus jamais le droit de se toucher, de se côtoyer, par crainte d’éveiller des désirs coupables.

Une folie absolue ouvrant du coup la brèche à toutes les sauvageries et perversions décompensatoires.

Ceux qui en doutent feraient bien de regarder du côté de Daesh.

Ou de relire 1984

Winston Smith et Julia, couple maudit condamné à mort pour « crime de sexe » dans le film 1984

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Bareback, ou comment bien s’en foutre

Retour sur 35 ans d’épidémie de sida, sur l’évolution des comportements et des représentations en matière de prévention.

1/ SIDÉRATION

sida

5 juin 1981 : le Centre de contrôle des maladies d’Atlanta fait état, chez cinq jeunes homosexuels de Californie, d’une pneumonie rare qui ne frappait jusqu’alors que des sujets fortement immunodéprimés. Un mois plus tard, un cancer de la peau très rare est diagnostiqué chez 26 homosexuels américains. On parle à l’époque de « cancer gay ».

Le sarcome de Kaposi est encore inconnu du grand public mais déjà les photos de ces jeunes gens décharnés et couverts de taches sombres sur le corps s’étalent sur les pages des tabloïds et provoquent la stupeur.

La médecine est impuissante à expliquer les raisons de la rapide et spectaculaire dégradation de leur état de santé. On incrimine un temps les poppers. En vain. Certains parlent d’une nouvelle « peste des temps modernes ». D’autres osent invoquer l’hypothèse d’un « châtiment divin » pour les fornicateurs et les sodomites.

Très rapidement ces cas inexpliqués d’effondrement immunitaire chez des hommes jeunes et en bonne santé se multiplient et gagnent d’autres communautés homosexuelles en Europe. Un premier est diagnostiqué en France en 1981. L’hypothèse infectieuse se confirme à mesure que les hôpitaux désorientés accueillent ces nouveaux malades.

La peur s’installe et tout bascule : on croyait la science à même de nous protéger des plus grands fléaux et la voici totalement mise en échec devant ce mal d’un nouveau genre.
Et puis ce qu’on appelle d’abord S.I.D.A. fait resurgir des peurs ancestrales. Sa portée symbolique est éloquente : comme il semble se communiquer par les fluides sexuels sans qu’on puisse identifier la cause exacte, c’est la transmission de la vie qui se voit symboliquement confondue avec celle de la mort. Et comme il semble ne concerner au départ que les homosexuels masculins cela semble accréditer l’idée folle que ceux qui pèchent contre la nature reçoivent le salaire de leur iniquité.

Alors que l’homosexualitée est encore stigmatisée et pénalisée dans beaucoup de pays occidentaux (elle ne sera dépénalisée en France qu’après l’arrivée de François Mitterand au pouvoir), les homosexuels qui rêvent d’une reconnaissance et de plus de liberté, sans même parler de droit snouveaux, comme pour toute une génération qui a grandit avec la libération des moeurs, les paillettes du disco et la levée de tous les tabous, le sida sonne comme un coup de massue, une trompette d’apocalypse. Tous sont sidérés et ne savent ni comment réagir ni quel sera leur avenir.

Il faudra attendre que les chercheurs découvrent la cause de la maladie et qu’on puisse envisager comment s’en protéger pour que s’organise un embryon de réponse à cette catastrophe et que des pionniers courageux entreprennent de venir en aide à leurs amis décimés en se mobilisant contre la peur généralisée, la tentation de désigner des boucs émissaires ou de condamner toute une population avant même qu’elle ne soit touchée.

2/ RETROVIRUS

1983 : H.I.V.

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Avec ces 3 petites lettres on tient enfin le coupable ! L’équipe du professeur Montagnier vient d’isoler une souche virale chez un malade du sida qui cible certains lymphocytes appelés « T4 », lesquels jouent un rôle de vigiles et d’alerte au sein du système immunitaire en déclenchant la réponse immunitaire en cas d’infection. Quand trop de ces lymphocytes sont détruits par le virus, l’organisme devient incapable de se défendre contre les infections opportunistes et le patient ne tarde pas à mourir de leurs conséquences, le plus souvent d’épuisement.
Mais désormais on connaît l’agresseur : il y a donc un espoir, à terme, de vaincre la maladie et d’enrayer l’hécatombe qui gagne toute la population homosexuelle dans les grands centres urbains et commence même à s’élargir aux hétérosexuels.

3/ AU COMMENCEMENT ÉTAIT LA PRÉVENTION

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Face à cette épidémie d’un nouveau genre initié au milieu des très libertaires seventies puis galopante dans les décennies 1980 et 1990, face à l’absence de traitements efficaces jusqu’à l’arrivée des trithérapies en 1996, associations d’aide aux malades, pouvoirs publics, corps médical, médias et communautés LGBT se tournent vers le seul rempart à la contamination : la bonne vieille « capote anglaise ».

On multiplie les messages de prévention, on tente par tous les moyens et à grand renforts de budgets publicitaires de rendre le plastique sympathique. Mais le sida court toujours. Et surtout il tue de plus en plus.

La raison et la peur d’être contaminé l’emportent toutefois sur la tentation défaitiste ou l’irresponsabilité d’une génération hédoniste habituée à jouir sans entraves et au sexe sans capote.
Mais si le ruban rouge est pour l’heure très tendance, la capote ne parvient pas à le devenir.

On se résout pourtant à l’utiliser en attendant des jours meilleurs… qui tardent à venir.
Grâce à cette persévérance, l’épidémie donne quelques signes de ralentissement. Quant aux avancées de la médecine, elles oscillent entre annonces spectaculaires, faux espoirs et désillusions.

On s’habitue à voir mourir ses amis et si l’on a la chance d’être passé au travers on fait contre mauvaise fortune bon cœur. On vit sous cloche en soutenant ceux qui n’ont plus la force de lutter ou plus envie de baiser à force d’être gavés de cachetons.
Quant à ceux, rares ou planqués, qui osaient se soustraire à l’injonction préventive et baiser sans capote, ils sont considérés, à juste titre, comme des irresponsables et des criminels.
D’ailleurs nombreux sont ceux qui ont contaminé sciemment leurs partenaires lors d’un rapport non protégé sans les avertir au préalable et ont fini en prison.

4/ LE « DEUIL DU DEUIL »

1996 : changement complet de paradigme.

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La science dont l’orgueil avait été sérieusement malmené par 15 années de défaites contre le sida tient enfin sa revanche avec l’arrivée des trithérapies. En associant 3 molécules qui agissent à des stades différents de la réplication virale on arrive enfin à ralentir celle-ci voire à la bloquer complètement.

Si l’on ne peut encore parler de guérison, du moins peut-on redonner aux séropositifs et aux malades qui ont tenu le coup l’espoir d’une vie prolongée sinon normale.
Et le pari tient ses promesses. Malgré la lourdeur des traitements et les nombreux effets secondaires, des mourants reprennent vie comme par miracle, du poids, des joues, de l’énergie, du moral, de l’appétit… et même une vie sexuelle !
On se prend même – changement inouï – à refaire des projets à long terme ! Alors que l’équation semblait auparavant posée comme une sentence inexorable :

PEDE = SEROPO = SIDA = MORT !

Certains se remettent même à faire du sport, à sortir, à reprendre une vie sociale, voire à retravailler.
Toute une génération de séropositifs auxquels on ne donnait plus vraiment d’espoir, qui étaient étiquetés à vie et qui n’avaient d’autre réconfort que la compassion craintive d’une société angoissée envers les « victimes » du sida se retrouvent face à un dilemme inattendu : comment redonner du sens à son existence quand on s’était préparé à mourir. Il faut faire le deuil du deuil… Pas simple.
Il faut aussi comprendre que pour beaucoup de personnes concernées, être séropositif était une identité, sinon le cœur de leur identité.

5/ « DES MOLÉCULES POUR QU’ON S’ENCULE ! »

C’est par ce slogan parmi d’autres du même goût (« Sida is disco»…) qu’Act Up défile dans les rangs de la Gay Pride à la fin de la décennie 1990.
Il résume à lui seul le changement d’attitude d’une partie des gays, qui de la sidération au courage, de la honte à l’action militante pour rendre visibles la maladie et l’homosexualité, ont poussé la surenchère auprès des politiques et de l’opinion publique pour réclamer toujours davantage de reconnaissance, de prérogatives et de droits, jusqu’à exiger un statut d’immunité ( !…) ou d’exception à l’instar des enfants capricieux qui veulent tout tout de suite.

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L’Etat a ouvert ses caisses (du moins au début), le bourgeois son porte-monnaie, toute la société a compati au sort de ces malades qui venaient expliquer leur combat quotidien contre la maladie sur les plateaux télé, la société a évolué, l’homosexualité est sortie du placard et a acquis une reconnaissance, on a voté le PACS en 1999, porté au départ par des militants soucieux de donner des droits élémentaires aux conjoints de malades décédés du sida et expulsés par leur famille ou leur propriétaire, puis le mariage pour tous en 2013. On ne peut qu’applaudir à ces avancées.
Mais à l’aube de l’an 2000, alors que de nouvelles molécules arrivaient chaque année et que l’on commençait à mieux maitriser les traitements, ça n’était pas assez.

Conséquence : une fracture s’est produite. Déjà le sida était moins « tendance », mobilisait moins les bonnes âmes. Et puis à l’heure où Christine Boutin incarnait la France bigote, réac et homophobe, une partie de la société a commencé à douter de sa générosité et de l’honnêteté des militants. Les fonds alloués aux programmes de prévention et aux divers services d’aide aux malades délégués par l’Etat aux associations comme AIDES se sont taris.
Alors certains ont cru malin d’en rajouter une couche dans la provocation, produisant un effet de rejet à l’égard des homosexuels plutôt qu’un élan de solidarité.
L’histoire leur a donné tort : ils ont disparu de la scène politique et communautaire, se sont calmés ou ont trouvé des fauteuils confortables pour se reconvertir, notamment dans l’équipe du nouveau maire de Paris Bertrand Delanoë élu en 2001.

6/ DU RELAPSE AU BAREBACK

Conséquence de l’arrivée des trithérapies : dès la fin de la décennie 1990 la sexualité reprend du souffle et des couleurs. Désormais on ne se contente plus de quelques rencontres occasionnelles sur minitel ou les petites annonces des fanzines gays ; les bordels et les lieux de drague se remplissent à nouveau.
L’arrivée d’internet booste et recompose le marché du sexe en modifiant les comportements. Grâce aux sites de rencontre on peut désormais faire son marché confortablement installé chez soi derrière son écran, prendre le temps de discuter, sans avoir à braver les intempéries, risquer de rentrer bredouille ou choper une bléno en se rabattant sur le seul mec qui traîne.

Parallèlement, après 20 ans d’épidémie et de baise encapuchonnée, la vigilance se relâche et les pratiques à risques commencent à se multiplier. D’abord on « oublie » de mettre une capote. Puis ça devient insidieusement une habitude. La désinhibition liée à l’usage du poppers ou de stupéfiants y contribue aussi.

Dans ce cas de figure on parle de « relapse » (relâchement).

On a beau accentuer les messages de prévention, il semble que de plus en plus de « vieux séropos » vivant plutôt bien avec le virus et de séronégatifs qui n’ont connu que la sexualité sous capote soient fatigués et aient envie de redonner du piquant à leur vie sexuelle en tentant occasionnellement de lever le pied.

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Pour une frange beaucoup plus minoritaire en revanche, l’abandon délibéré du préservatif est un acte réfléchi, militant et même paré d’une aura fascinante voire d’un puissant pouvoir de griserie.
Le fait de renoncer à se protéger et de s’exposer au virus est vécu comme un acte de courage, le contact avec le sperme est fétichisé. Certains y voit l’expression d’une sexualité libre de toute contrainte, frondeuse, animale. Pour d’autres la contamination volontaire de partenaires séronégatifs consentants est même élevée au rang d’acte rituel, d’initiation. Transmettre le VIH (et ses propres anticorps) c’est aussi transmettre un pouvoir magique. Et créer à vie une relation puissamment intime et inaltérable, incompréhensible au reste de la société, entre un « donneur » ou un « père » et un « receveur » ou un « fils ». Le virus devient l’agent d’une « insémination », par laquelle la force de celui qui a survécu à la maladie est mythiquement transmise à l’initié.

7/ DE LA DÉSINHIBITION A LA DÉCULPABILISATION

Désir de transgression, folie schizophrène, délire de toute puissance, jeu inconscient avec la mort ou au contraire confrontation volontaire au danger et dépassement des limites pour mobiliser des ressources intérieures face à la maladie que le confort du préservatif avait endormies, on a tout dit pour tenter d’expliquer le bareback sans jamais épuiser le sujet.

Quant à ceux qui le pratiquent en toute conscience des dangers qu’ils prennent, la loi et la société sont impuissantes à les en empêcher. Même si cela peut scandaliser, cela relève d’un choix librement consenti entre deux adultes de se protéger ou non.

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Ce qui est certain c’est que la pratique du bareback s’est développée et banalisée à partir de la décennie 2000.
Des sites de rencontre spécialisés bareback se sont multipliés. On y détaille en toute décontraction son statut sérologique, son nombre de T4 et sa charge virale si l’on est séropo, ses préférences en matière de prévention (Kpote / no Kpote), et pour les séronégatifs on peut même se porter candidat à la « plombe ». Entendez se faire contaminer volontairement par un donneur.
Tous les fantasmes sont permis. Y compris s’exposer au virus en se faisant « doser » (remplir) à la chaîne par un groupe de donneurs : une façon d’être volontairement rabaissé au rang d’objet sexuel le plus méprisable et d’assumer son rôle de « lopsa » (salope), de « chienne » ou de « garage à foutre ». On appréciera le niveau d’estime de soi.

logo-cul-a-remplir-chat-annonce-plan-sexe Les hétérosexuels ne sont pas en reste. Le porno japonais qui n’est pas à une fantaisie fétichiste prêt invente une nouvelle pratique pour les femmes qui raffolent du sperme : le bukake. Elle consiste à se faire recouvrir le visage et/ou le corps par le sperme d’un groupe d’hommes qui viennent à tour de rôle éjaculer sur l’élue pour la contenter. Cette pratique existe aussi chez les homosexuels.

Autre fait plus inquiétant : alors que l’homosexualité accède au rang de nouvelle norme à égalité avec l’hétérosexualité, les pratiques sexuelles extrêmes ou défiant les normes et véhiculées par l’industrie du porno se banalisent elles aussi, notamment chez les plus jeunes. Voire sont récupérées par la mode et les discours en vogue : SM, bondage, fétichisme, échangisme, multipartenariat, soumission… Même dans les milieux très rangés il est d’usage pour une soirée ou plus régulièrement de pimenter la sexualité du couple en y introduisant quelques éléments subversifs : une virée dans un club échangiste, un 3e partenaire invité ou « loué » pour quelques heures, quelques accessoires pour Madame ou Monsieur, transgresser les identités sexuelles et explorer les rapports homos en étant passif quand on est un homme hétéro, ou le saphisme quand on est une femme mariée, etc…

Enfin, pour une part non négligeable de gays au cours de la décennie 2010, la sexualité festive et extrême devient indissociable de la prise de diverses drogues baptisées « chems » : cocaïne, ecstasy, GBH, amphétamines, voire diverses substances injectables. Les dégâts sont considérables, la récupération est parfois laborieuse au terme d’un week-end de marathon sexuel et d’excès en tout genre, mais peu importe pourvu qu’il y ait l’ivresse. Certains y laissent des fortunes et leur santé.

On comprend que face à cette quête d’un plaisir toujours plus intense et sans cesse renouvelé, l’abandon du préservatif relève du simple détail et n’intéresse plus grand monde.

8/ BANALISATION DES EXTRÊMES ET MISE EN CATALOGUE CONSUMÉRISTE

Qu’en est-il aujourd’hui ?

La vérité c’est que dans les backrooms comme dans les rares lieux de drague extérieurs qui subsistent dans la capitale, presque plus personne n’utilise de préservatif.
Les IST comme la syphilis, la blennorragie, l’herpès, les chlamydiae, les condylomes ou l’hépatite C flambent mais personne ne semble s’en inquiéte. On nage en pleine euphorie comme si le sida n’existait plus. D’ailleurs la prévention a quasiment disparu des médias, l’Etat ne s’en préoccupe plus et les associations concernées rechignent à resservir des plats dont personne ne veut plus.

Reste que si certains s’en foutent ou négligent le danger, par ignorance, par défi, par irresponsabilité, par crainte de passer pour un ringard, un rabat-joie ou de ne plus trouver de partenaires pour assouvir ses fantasmes dans les bordels, ou par simple suivisme, d’autres en revanche restent fermentent attachés au préservatif et n’envisagent pas de rapports non protégés. Et pas forcément que des séronégatifs angoissés qui ont connu les heures sombres de l’épidémie et qui comptent le rester.

D’autres, soucieux de préserver et leur santé et leur plaisir et qui se présentent en général comme « hors milieu » parce qu’ils ne fréquentent jamais les bouillons de culture que sont les établissements de cruising gay, préfèrent choisir scrupuleusement leurs partenaires (séronégatifs) en s’assurant de ne prendre aucun risque.

On voit même apparaître une nouvelle catégorie sexuelle présentée par les médias comme une anomalie incompréhensible à l’époque où l’injonction au plaisir semble la norme universelle et où chacun est sensé savoir comment se protéger des IST : les « asexuels ». ceux-ci ont totalement renoncé au sexe, non par crainte de choper le sida, par puritanisme excessif ou parce qu’ils sont déprimés mais tout simplement parce qu’ils n’ont pas de désir. Ce choix, assumé sans honte par ceux qui l’incarnent, est même valorisé comme un moyen de consacrer son temps, son énergie et son attention à d’autres passions et activités que la zizilogie. Une manière peut-être de pousser à l’extrême le mécanisme freudien de sublimation de la libido. On est en tout cas aux antipodes des barebackers forcenés.

Ainsi cohabitent les contraires et les extrêmes les plus étonnants en matière de sexualité, de préférences et de choix préventifs. Cette typologie de comportements se retrouve dans les profils des sites de rencontre et des applis, dont les profils prennent soin de mentionner avec précision les préférences et desiderata personnels.

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Au nom du libre choix toutes les pratiques désormais  se valent, sont acceptées, mises en catalogue. Elles se concentrent dans des lieux prévus pour leur libre exercice sans pour autant se cacher ni s’exhiber outrageusement pour choquer le bourgeois ou subvertir la société, sont disséquées par les médias mainstream, présentées dans des docus épicés à heures de grande écoute. On peut afficher toutes les déviances qui autrefois alimentait les études psychiatriques sur la psychopathologie sans risque d’être moqué ou critiqué, pourvu qu’on rentre dans une case identifiée, nommée, connue, cartographiée.

Échappent à ce règne de la tolérance bienveillante les pratiques qui supposent la contrainte (viol, harcèlement), celle qui risquent d’entraîner la mort (SM hard), l’abus de mineurs (pédophilie), la sexualité avec des animaux (zoophilie) très peu visible sinon dans quelques sites pornos spécialisés, et la nécrophilie (sexualité avec des cadavres), rarissime et qui continue de jeter l’effroi. Pour le reste, tout est permis.

Le bareback, stigmatisé voire pénalisé à l’époque où le sida faisait encore des ravages et où les discours de prévention sur la capote incarnaient la forteresse inattaquable du politiquement correct en matière de comportement sexuel, est peu à peu devenu une pratique alternative parmi d’autres. Tout juste ses adeptes comme les personnes qu ont une sexualité à risque régulière avec de nombreux partenaires sont-ils invités le cas échéant à faire un bilan IST régulier. Les séropos ne prennent pour la plupart même plus la peine de préciser qu’ils le sont lors de rapports non protégés et baisent allègrement sans capote puisque c’est devenu la norme.

Tout se passe comme si le sida n’existait plus et que tout était redevenu comme avant. Les chantres de la prévention ont presque tous baissé les bras devant cette nouvelle soif orgiaque sans foi ni loi. Les bacchanales gays battent leur plein et rivalisent d’audace pour attirer le chaland.

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L’un des exemples de cette ivresse sans aucune retenue est La Démence, une soirée bruxelloise qui attire chaque mois dans un club du centre de la capitale belge quelques milliers de gays venus de toute l’Europe ou d’ailleurs pour une nuit de 23h à 13h le lendemain. Voire pour un week-end complet pour les plus sportifs. Longue file d’attente et filtrage musclé à l’entrée avant d’entrer dans ce temple dionysiaque qui regroupe 2 pistes de danse, une pléiade de DJs, des effets spéciaux hors normes, une marée compacte de corps torses nus et ruisselants dans la plus grande salle… et dans les étages supérieurs une enfilade de chambres noires où l’on y pratique tout autre chose que du développement photo. 3 à 400 frénétiques de la baise y tournent pour certains toute la soirée et forniquent comme des damnés dans toutes les positions possibles, passant d’un partenaire à l’autre, sans capote pour une écrasante majorité et sans aucun souci des IST. Le but n’est pas de s’amuser ou de rencontrer des partenaires, même anonymes, mais de s’envoyer en l’air jusqu’à l’évanouissement ou la nausée en faisant exploser le compteur. Nombreux sont ceux qu tentent de sensibiliser en rappelant que La Démence est l’un des plus grands spots de contamination de la communauté gay, rien n’y fait : l’appel du sexe est plus puissant que les réticences à se voir infecter.

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9/ SEXUALITÉ TRANSHUMANISTE

Pour combler l’attente des angoissés et développer chez les autres l’illusion d’une sexualité sans risques et sans capotes, certains laboratoires ont anticipé depuis longtemps l’évolution des comportements et prévu d’y apporter une réponse très lucrative : la PrEP.

Depuis 6 ans, un discours totalement nouveau sur la contamination émanant de la communauté scientifique se développe dans la communauté LGBT et les médias. Selon plusieurs études concordantes, il semble que les personnes vivant depuis longtemps avec le VIH, sous trithérapie et avec une charge virale indétectable ne puissent quasiment pas transmettre le virus ; celui-ci demeurant indétectable dans les fluides corporels mais seulement présents sous formes de traces éventuelles dans des « sanctuaires » comme la moelle épinière ou le cerveau où il dort en attendant les conditions favorables pour se multiplier à nouveau.

Puisque les séropositifs en bonne santé ne peuvent transmettre que très exceptionnellement le VIH, puisque le bareback est devenue une pratique courante, puisque beaucoup aimeraient baiser sans capote mais n’osent pas encore franchir le Rubicon, puisque les séropos préfèrent mentir sur leur statut sérologique plutôt que d’être rejetés, pourquoi ne pas offrir l’ultime sésame vers une sexualité décomplexée sous la forme d’une pilule qui préserverait du risque de contamination. C’est ainsi qu’est né le concept de la PrEP (Pre-Exposition Prophylaxis) qui consiste à utiliser un combiné de molécules utilisé habituellement comme traitement pour les personnes infectées comme traitement « préventif » avant un rapport sexuel, voire comme substitut au préservatif.
6 années d’études auraient prouvé l’efficacité de ce traitement, même si de sérieuse zones d’ombre subsistent qui font douter de son efficacité à long terme.

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N’empêche : tout le monde s’est engouffré comme un seul homme dans la brèche : pouvoirs publics pressés de subventionner ce traitement (remboursé par la Sécu depuis 2016) en taillant par ailleurs drastiquement dans les autres budgets sida jugés inutiles et trop coûteux ; institutions de santé comme l’ANRS dont les dirigeants ont des relations d’intérêt avec Gilead, le laboratoire qui commercialise la PrEP ; une grande partie du corps médical désabusé par l’échec des messages de prévention liées au préservatif ; médias soudoyés par les labos pour relayer leur messages ; associations comme AIDES supposées alerter quant aux dangers liés aux traitements ou à l’appétit des industriels mais s’en faisant les porte-parole zélés ; et bien-sûr les gays pressés d’en finir avec la capote, le sida, la stigmatisation pour les séropos, et le recours à répétition aux traitements d’urgence pour ceux qui oublient un peu trop souvent de mettre une capote.

Outre la flambée des IST qui jouissent avec le bareback d’un terrain idéal pour se développer (la PrEP ne protège que du VIH), la conséquence de cette dérive est d’entretenir l’idée fausse pour toute une population qu’on peut vivre et s’envoyer en l’air ad lib sans aucun risque et qu’il suffit pour ça de gober un cacheton avant d’aller au bordel.

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Comme les prothèses numériques qui alimentent nos rêves de toute puissance et d’immortalité, la PrEP nous conduit à une sexualité entièrement médicalisée et dépendante du bon vouloir de l’industrie pharmaceutique.

Est-ce vraiment le monde que nous voulons ?
N’est-il pas trop tard pour inverser la tendance ?

Ce qui est certain c’est qu’avec le bareback, pratique valorisée par les gays eux-mêmes, les films porno, les discours sur la sexualité « libre », associé aux mirages de la PrEP, ont créé les conditions pour une flambée épidémiologique à venir sans précédent et totalement hors de contrôle.

Les labos spéculent sur la politique du pire en prétendant être les bienfaiteurs de l’humanité mais c faisant ils ouvrent une boîte de pandore qui risque d’être bien plus dramatique que les 3 décennies et demie d’épidémie que nous avons connues.

A bon entendeur…