A change has gotta come* – Quel avenir pour l’humanité ?

Mis en avant

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Ascenseur pour l’échafaud

Une chose est certaine : notre monde est violent.

Non seulement il est injuste, cruel et désenchanté, mais ceux qui sont sensés nous protéger contre ses excès se révèlent exclusivement préoccupés par leurs intérêts personnels.

L’affaire Fillon a déclenché une réaction en chaîne qui vise à moraliser au pas de charge la vie politique hexagonale en rejetant paraît-il dans les oubliettes de la préhistoire des pratiques d’un autre âge.

Le tsunami populaire balaie désormais un à un les représentants du microcosme avérés de fieffés cyniques, les branches pourries tombent plus vite que les feuilles mortes en novembre, et Marine Le Pen pourrait bientôt récolter les dividendes de ce chamboule-tout national en devenant la Marianne de l’Antisystème.

Reste Macron comme ultime rempart à l’épouvantail frontiste, au suicide français par la petite porte nationale-socialiste, et surtout comme sauveur du Système propulsé par ses généreux sponsors sur la rampe de lancement d’élections très politiquement correctes et démocratiques.

En attendant le résultat d’un suspense inédit, les Français se vengent en coupant des têtes par médias interposés. Et flirtent avec les stéréotypes révolutionnaires en déclenchant des jacqueries en banlieue. Sans voir que cette Grande Terreur version 2017 est largement mise en scène pour détourner leur attention des véritables enjeux, leur faire croire à des mirages et que cette parodie de campagne va changer leur sort parce qu’ils auraient cette fois-ci leur destin en mains.

Kapitalismus über alles !

Pendant que certains râlent, d’autres croient à la liberté d’entreprise comme clé de la réussite.

Et nos politiques libéraux de citer en exemple ces nouveaux aventuriers qui se lèvent tôt le matin pour faire fructifier leur microentreprise. Des héros érigés en modèle d’initiative et de vertu entrepreneuriale face aux assistés d’un système social condamné.

Depuis que les normes administratives et fiscales ont été simplifiées pour faciliter la déclaration d’une nouvelle entreprise et qu’on a créé le statut d’autoentrepreneur, la France s’est trouvé un nouveau héros : le jeune patron issu de banlieue qui déjoue la panne d’ascenseur social en retroussant ses manches.

Et puis il y a le succès d’Über, que les particuliers mettent en concurrence avec des corporatismes sclérosés.

Ce que révèle l’ubérisation accélérée de la société c’est un vaste jeu de dupes qui favorise et valorise les autoentrepreneurs comme les chantres de la société post-capitaliste et de la customisation égocentrique du travail.

Bien plus qu’il ne crée une nouvelle race de winners, la vérité c’est que ce modèle réhabilite l’ancien statut de « tâcheron ».

Minimum de charges pour l’employeur et maximum de risques pour l’employé. Faillite et burnout assurés en bout de course.

Pour échapper à cette dérive entretenue par le jeu de la concurrence et vanté par les médias, il est temps de rompre avec ce nouvel avatar de l’individualisme contemporain. Et d’inscrire dans nos priorités l’harmonisation à la hausse des droits et des régimes des salariés et des indépendants.

Le fric c’est chic

Plus les églises se vident, plus les centres commerciaux et les multiplex se remplissent.

Mis à part quelques aigris de la Manif pour tous et quelques tartufes qui la soutiennent pour engranger les suffrages, la religion n’a plus la cote.

Du moins dans sa version oldschool. Ceux qui savent conjuguer bonne parole et business, comme ces évangéliques alliés aux ploutocrates de Wall Street, ont eux le vent en poupe.

Quant aux mythes, ils ont la vie dure. Un quart des Américains croient dur comme fer à la théorie créationniste. Pas étonnant qu’ils aient élu Trump. Côté revers de la médaille, les idéologues du Djihad armé séduisent de plus en plus de nos jeunes banlieusards en déshérence.

Mais athées purs et durs ou religieux illuminés, tous sont peu ou prou adeptes d’un seul vrai dieu : Mammon.

La frugalité n’est plus que l’apanage de doux rêveurs alter-écolos séduits par les sirènes de la décroissance.

Tout le monde veut s’en mettre jusque-là en attendant la fin du monde.

Mais pour s’acheter ces artefacts de bonheur en toc et étaler les signes extérieurs de c’est mon choix, encore faut-il avoir les poches pleines.

Difficile quand 99% des richesses sont détenues par 1% de la population.

Alors on cherche tous les moyens possibles pour gagner du fric. Ou au moins se donner l’illusion qu’on en a. Creusant au passage ses frustrations et son désir de vengeance contre un Système qu’on rejette mais qui continue de nous mener par le bout du portefeuille en nous promettant chaque matin des joujoux plus affriolants qu’hier.

O tempora, o mores…

Dette ? Quelle dette ?

Un état c’est comme une foyer : ça doit payer ses dettes ou éviter d’en contracter.

C’est avec ce genre de croyances totalement fabriquées que les hiérarques de Bruxelles zélés thuriféraires de la religion imposée par les banques centrales veulent nous faire croire depuis les décennies que l’équilibre budgétaire est avec la croissance et l’excédent commercial l’alpha et l’oméga du bonheur collectif.

Alors que les Français sont de plus ne plus nombreux à ouvrir les yeux et vouloir claquer leur gueule à ces ventriloques du Système, comme par hasard voici qu’à moins de 90 jours de l’élection présidentielle tombe le rapport Pébereau. Et qu’on nous ressert le vieux refrain de la dette.

Voir l’article du Figaro du 15 février 2017 : Ces 5 chiffres qui montrent l’urgence de réduire les dépenses publiques en France.

Mais qui serait aujourd’hui assez naïf pour croire un apparatchik de la haute finance comme Michel Pébereau, ancien patron de BNP-Paribas, la banque la plus cynique de tout le cartel français ?

La dette ? Mais on s’en tape de la dette !

Qu’est-ce qu’une dette ? Une simple écriture dans un ordinateur. Cliquons sur « DELETE » et hop ! terminé : plus de dette !

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Ça paraît facile à dire ? Et pourtant…

Bien sûr les médias n’en parlent jamais, mais ôtons nos œillères et observons comment depuis la crise de 2008 les Islandais ont dit aux banques d’aller se faire foutre en optant pour un autre modèle social et économique à l’opposé de la doxa monolithique qu’on nous ressert depuis 50 ans comme la seule vérité vraie. Les banques n’ont pas pu faire autre chose que s’aligner…

Dont acte.

Qui plus est, la dette est un mécanisme totalement pervers au cœur du système mis en place par les banques centrales pour asservir banques, états, entreprises et particuliers.

Le vrai sens de la « dette », ce n’est pas ce lien absurde que les états continuent d’entretenir avec les banques, et que nous continuons tous d’entretenir avec les puissances de l’argent.

Non. La vérité cachée derrière ce machiavélique artifice comptable, c’est que nous sommes tous totalement interdépendants. Que nous avons tous une dette les uns envers les autres. Et que l’humanité tout entière a une dette envers elle-même. Parce que nous ne cessons d’emprunter à nos enfants pour financer notre rêve de toute puissance et de jouissance sans limite.

Changer ? Mais quoi ?

Il est temps de changer radicalement de modèle, au risque de nous autodétruire en suivant une logique qui conduit l’humanité à sa perte.

C’est sûr, quand on a été gavé de poison libéral depuis son enfance il faut du temps pour reformater le disque dur et oublier l’endoctrinement qu’on a subi. Mais c’est possible.

Quels sont les enjeux ? Quelles sont les priorités ? Quelles sont les solutions ?

Faut-il comme on le dit souvent remettre le politique au-dessus de l’économie ? Ne faudrait-il pas d’abord remettre l’homme au cœur de la politique ?

Réaffirmer le primat du politique sur l’économique c’est bien, mais ça sonne surtout comme une revanche d’une classe politique décrédibilisée, d’un discours politique désavoué par les électeurs et d’une volonté de récupérer des voix face au succès de l’abstention et à la montée des extrêmes.

On ne construit pas l’avenir en faisant marche arrière. On ne compense pas les effets néfastes de la violence des marchés en élevant des barrières protectionnistes comme s’imaginent pouvoir le faire Trump ou Marine Le Pen.

Quant à la mondialisation souvent accusée de faire le malheur des déclassés, elle arrive à son terme et jamais des murs ou des frontières ne permettront de revenir à un paradigme qui appartient au passé.

Faut-il alors laisser faire, laisser passer ? Et laisser au Système le soin de s’autoréguler ? L’avènement de la société de consommation capitaliste constitue-t-il le point ultime de l’évolution humaine, comme l’affirmait Philippe Muray, théoricien cynique préfigurateur de Houellebecq qui reprend à son compte la thèse hégélienne de la « fin de l’Histoire » ?

Certainement pas !

Faut-il ériger des contre-pouvoirs ? L’Etat doit-il réguler le marché comme le prétendent les partisans de politiques interventionnistes ou d’inspiration keynésienne ?

Force est de constater que toutes ces tentatives ont échoué.

De plus, le paradigme politique n’est certainement la clé pour comprendre le monde d’aujourd’hui.

Pas plus que la « nation » n’est le concept idoine pour retenir des identités déliquescentes et ordonner les échanges humains.

Sortir des paradigmes anciens

Comme l’a démontré le sociologue Alain Touraine[i], nous avons changé de paradigme.

Au cours de son histoire, l’humanité a d’abord connu un premier paradigme « politico-militaire ».

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Celui-ci était marqué par l’ère des batailles et des empires concentrés sur leur volonté de conquête hégémonique. Le pourvoir appartenait alors au prince. Une stratégie orientée vers la conquête de nouveaux territoires, la préservation et l’expansion d’un modèle civilisationnel inspirait alors l’action politique et militaire des états.

De Lao Tseu à Clausewitz en passant par Machiavel, le rapport de forces entre états rivaux se réglait par les armes et le gouvernement des peuples par l’usage de la force arbitraire ou légitime des puissants.

Ce système a produit des merveilles, a soumis des peuples entiers à la férule du modèle le plus puissant, mais il n’a pas assuré le bonheur de l’homme. Tout au plus a-t-il permis de pérenniser des dynasties vouées tôt ou tard au déclin.

Le succès des idéaux des Lumières et des grandes utopies sociales, l’avènement de la démocratie partout en Occident, l’effondrement des empires et l’affirmation du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes au sortir de deux guerres mondiales, les révolutions industrielles puis numérique, l’essor du capitalisme marchand, le triomphe du Marché et la mondialisation de l’économie ont conduit au début du 19e et jusqu’à la fin du 20e siècle au remplacement de cet ancien paradigme par un nouveau : le paradigme économico-social.

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Le Peuple souverain a replacé le Prince. Le Marché dans les sociétés capitalistes et l’économie planifiée dans les sociétés marxistes ont supplanté le primat du politique. La conquête de nouveaux territoires géographiques a été remplacée par celle de nouveaux territoires économiques.

Toute l’action collective s’est orientée vers l’édification d’une société fondée sur les valeurs démocratiques de liberté, d’égalité, de justice et la redistribution des richesses selon un idéal de fraternité.

Ce paradigme est aujourd’hui caduque.

La mutation rapide du capitalisme industriel en ultralibéralisme financier et le choc de la mondialisation aujourd’hui arrivée à son terme ont creusé les écarts et exacerbé la contestation d’un modèle économique inhumain.

Car celui-ci conduit à l’épuisement des individus et des ressources, à l’accroissement de la pauvreté et au creusement des écarts entre riches et pauvres, à des formes nouvelles d’esclavagisme, à la multiplication des guerres et des violences instrumentalisées pour servir les intérêts des grandes puissances, à la quête inassouvie d’un bonheur matérialiste et hédoniste fondé sur la consommation effrénée et le divertissement permanent, à la manipulation constante de l’opinion par les médias, à la dictature de la transparence, au repli des droits individuels au profit d’un monde hypernormatif, d’une surveillance permanente de la vie personnelle et sociale, à la perte totale du sentiment d’appartenance collective, du sens du bien commun, de la morale, des repères et des valeurs.

Selon Alain Touraine, le nouveau paradigme qui émerge aujourd’hui est avant tout culturel. Il se caractérise par l’opposition de modèles civilisationnels et culturels pour la domination mondiale jusqu’à l’avènement d’une culture planétaire portée par la mondialisation économique qui finira par supplanter les particularismes.

Si elle peut paraître juste, cette analyse centrée sur la culture n’est pas satisfaisante. Car elle ne rend pas compte de l’étendue et du sens profond de la crise actuelle, de ses enjeux les plus essentiels et des solutions à mettre en œuvre pour sauver l’humanité d’une destruction assurée.

Vers une conscience planétaire

Ce qu’il faut aujourd’hui c’est changer radicalement de vision et de modèle.

Non pas simplement changer de modèle de « société », car la société est un concept aujourd’hui dépassé. Tout comme la « nation », la société est un paradigme aujourd’hui englobé dans un ensemble plus vaste dont le périmètre est l’humanité tout entière en voie d’unification.

La mondialisation des échanges, non seulement des échanges économiques mais aussi la globalisation des savoirs et des cultures, l’accélération de la mobilité et la multiplication des échanges humains, qui s’accompagnent d’un déracinement généralisé de la culture d’origine mais aussi d’un enrichissement par le commerce avec une multitude d’autres, le développement d’internet et des réseaux sociaux qui permet d’échanger en temps réel les informations, de brasser les connaissances, de confronter les modèles de pensée et les habitudes de vie, tous ces phénomènes conduisent à l’émergence d’une nouvelle conscience planétaire.

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Cette métaconscience est celle de l’Humanité tout entière en voie d’unification. Et non la somme des consciences individuelles ou des éons collectifs en concurrence pour s’imposer comme l’entité dominante.

Cette unification en cours est inéluctable. Elle s’accélère, s’intensifie et s’approfondit. Il ne s’agit pas d’une « uniformisation » comme on le prétend souvent, même si les différences tendent apparemment à se niveler.

En réalité les différences jouent pleinement leur rôle moteur de la relation et de l’accélération cognitive et spirituelle.

Cette dynamique propulse la conscience collective dans une spirale ascendante vers des niveaux de plus en plus élevés. Ici et là, partout émergent des sauts de conscience qui ne sont pas à proprement parler des « prises de conscience » – encore que les crises jouent ce rôle – mais une expansion de la conscience globale, ramifiée en une infinité de connexions quantiques.

Le nouveau paradigme est donc bien plus que culturel : il est spirituel.

Inévitables régressions

La transition entre l’ancien et le nouveau paradigme passe par une étape de questionnement éthique. La passerelle entre l’idéalisme social propre au paradigme économico-social dont on voit aujourd’hui la faillite complète et le nouveau paradigme spirituel est jonchée d’angoisses existentielles, d’interrogations relatives à la morale, au sens de la vie ou à la soif d’une nouvelle transcendance.

A mesure que la réalité de cette nouvelle entité émergente qu’est l’Humanité nouvelle se fait jour et que la Conscience globale absorbe les consciences individuelles, des peurs vertigineuses se réveillent, liées au sentiment de perte d’identité personnelle ou collective.

Les crispations de la conscience qui en résultent se traduisent par des focalisations apocalyptiques sur fond de cataclysme écologique, de terreurs millénaristes, de fantasmes de 3e guerre mondiale et de destruction globale.

Ces soubresauts de la conscience en train d’accoucher se matérialisent par divers chocs, catastrophes, épidémies, flambées de violence ou emballements hystériques.

Autant de phénomènes dont on ne retient que la partie émergée de l’iceberg déformée par les lunettes de la pensée unique libérale qu’on chausse habituellement : crise économique, sociale, politique. Au mieux crise identitaire, culturelle ou civilisationnelle.

Contrairement à ce que l’on croit ce ne sont pas les désordres économiques, sociaux ou politiques qui génèrent un sentiment de panique et traversent la conscience de hantises diverses. Croire cela reviendrait à penser que les « événements factuels » déterminent nos perceptions psychologiques, qui à leur tour font fluctuer notre état d’esprit.

Passer du monde cartésien à la conscience quantique

La physique quantique nous révèle que c’est au contraire l’esprit qui tient le gouvernail. Et que notre réalité individuelle ou collective n’est pas « perçue » de l’extérieur mais que nous la créons à chaque instant. Que ce que nous croyons subir n’est pas la résultante d’événements indépendants de notre volonté mais le produit exact de nos choix et de nos représentations inconscientes.

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Ce monde en plein tourment n’est en fait qu’un gigantesque hologramme dans lequel nous nous projetons et dont nous nous croyons prisonniers.

Il suffit de penser, d’énoncer et de faire les choses différemment pour que notre réalité change immédiatement.

Cela vaut pour les individus, cela vaut pour les groupes, et demain cela sera notre réalité universelle.

Notre devoir collectif ce n’est pas aujourd’hui de changer le monde. Que ce soit par un effort « contre » une nature hostile comme le croient les partisans d’une vision anthropocentrique du réel. Ni à l’inverse en nous amendant de nos erreurs pour nous réconcilier avec une mère-nature bonne et généreuse mais qui nous renverrait aujourd’hui à notre inconscience et à nos excès. Vision infantile partagée par les partisans d’une vision « écocentrique ».

En revanche notre responsabilité collective passe par la prise de conscience des représentations que nous créons, qui à leur tour se traduisent par des modèles dont nous ne savons plus sortir.

La réalité collective est fondée sur l’intrication permanente d’égrégores collectifs, lesquels orientent à l’image de champs magnétiques et donne vie à ce que nous interprétons comme le réel, et en détermine l’apparence de réalité.

Nos pires ennemis sont nos peurs. A nous d’en prendre conscience et d’en être maîtres et non esclaves.

Le Système instrumentalise, nourrit sinon crée lui-même ces psychoses collectives par son obsession vaine et violente à affermir son pouvoir sur les êtres et les esprits.

Partout apparaissent en réaction des régressions de types religieuses, nationalistes, identitaires, communautaires.

Bien entendu toutes ces logiques qui s’appuient sur une volonté désespérée de retour aux mythes religieux, à la nation, au groupe de référence ou qui renforcent l’enfermement narcissique et l’individualisme contemporain s’appuient procèdent d’une lecture faussée par la peur et sont vouées à l’échec.

Pire, elles ne font que renforcer une dérive, une caste ou un système qu’elles prétendent combattre.

La pensée cartésienne ou rationnelle, si forte en France, qui prétend s’opposer à la pensée mythique, est aussi ce qui nous aveugle le plus. Il est temps de revêtir la conscience quantique. Que le philosophe Ken Wilber nomme « pensée centaurique ».

Cette pensée dépasse le prisme trompeur engendré par la dualité, par la pensée verbale et les concepts. Et l’apparente incompatibilité entre rationnel et irrationnel.

Pour entrer dans ce paradigme de conscience, il faut aller au-delà des mots et même des représentations.

Je ressens donc je suis

On a coutume aujourd’hui d’ironiser sur cette propension générale à privilégier les émotions et les affects par rapport aux idées.

Pourtant émotions et affects sont ce qui caractérisent les mouvements de notre âme. Et notre âme, plus que notre esprit résumé à l’intellect, est ce qui nous relie consciemment à notre être profond et à tout ce qui est.

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Nous nous sommes tellement détachés de nos émotions que nous en sommes par exemple venus à croire que l’on peut transmettre des savoirs ou des savoir-faire à de jeunes enfants en faisant totalement abstraction des émotions qui les accompagnent et de la sensibilité de ceux qui les reçoivent. Or c’est tout l’inverse. Parce qu’avant d’accéder à la pensée cartésienne, les plus petits fonctionnent naturellement dans la pensée quantique. Et vibrent instinctivement au diapason des consciences qu’ils côtoient dont ils captent les moindres frémissements.

Appliquons-nous donc à bien ressentir. C’est-à-dire à ne pas être esclaves de nos perceptions, de nos émotions ou de nos sentiments, mais à les accueillir, à les accepter, à les observer, à les nommer, à les partager et à les laisser vivre sans nous identifier à eux.

Car sans eux nous sommes détachés de qui nous sommes. Nous vivons dans les illusions engendrées par notre intellect et non au contact de l’énergie qui vibre en nous et nous fait être.

Notre travail consiste à prendre conscience de ce que nous sommes conscients, d’être conscients d’être, c’est-à-dire en perpétuelle évolution, en perpétuel devenir. De renoncer à fixer cette identité autour d’un sentiment d’avoir, de savoir, de pouvoir ou d’appartenir. Mais de nous concentrer sur la seule réalité qui est : que nous sommes des êtres totalement reliés, que toute séparation est illusoire et que nous ne faisons qu’Un avec tout ce qui est.

Lorsque le plus grand nombre aura réalisé cette étape, la conscience collective arrivera à son point d’achèvement. Toute velléité d’attachement matériel, de possession égotique, de compétition pour la conquête de nouveaux territoires, de nouveaux pouvoirs ou de nouveaux savoirs nous apparaîtra vaine.

Seule la recherche de la plus grande réalisation, du plus grand bonheur collectifs seront au cœur de notre engagement. La paix règnera éternellement. L’homme vivra éternellement (ce qui est déjà le cas même s’il le nie ou l’ignore), et il accomplira des prodiges dont il n’a même pas idée.

Ceci n’est pas une utopie, une chimère ou une illusion. C’est la seule réalité possible. A nous de la comprendre, de la choisir, de l’embrasser et de la « réaliser » collectivement. Il n’y a pas d’alternative.

Mettre l’Humanité au cœur de toutes nos préoccupations

En France, la fascination morbide pour les attentats terroristes de 2015 et 2016 a totalement anesthésié la pensée collective, en exacerbant les suspicions identitaires et en précipitant la fragmentation communautaire. La France est devenue incapable de s’inventer un avenir. Et se venge de son sort en décapitant sa classe politique.

Seule demeure dans des discours vides de sens la référence réflexe à une « République » dont on ne sait plus très bien s’il faut passer ou non à la 6e pour sortir du marasme politique, aux « Droits de l’homme » devenus un mythe démenti par les atteintes croissantes aux libertés individuelles, et à la « démocratie » qui n’est plus qu’un mirage destiné à masquer la manipulation par les élites et institutions financières, la disparition du pouvoir des individus et la limitation de l’expression démocratique aux outrances télévisuelles et à des parodies électorales mises en scène par les médias.

Faut-il revenir à une forme d’humanisme, remettre l’homme au centre de la politique ?

Non. D’abord parce qu’on l’a vu la logique politique ne fait plus sens aujourd’hui. Ensuite parce que ce n’est pas l’idéal humaniste si élevé soit-il qui nous sauvera mais l’inscription de plein pied, libre, joyeuse et active dans ce grand mouvement qui nous aspire vers un destin qui nous dépasse.

Pour devenir les acteurs de notre avenir, il faut mettre la conscience de cette appartenance à une Humanité dont nous sommes les cellules au cœur de toutes nos préoccupations, des plus anodines au plus essentielles.

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Nous sommes en marche. Mais pas pour élire un politique fantoche qui veut nous manipuler pour nous déposséder de notre pouvoir et nous rendre davantage esclaves d’un Système à bout de souffle.

Nous sommes en marche vers notre propre avènement.

Le changement ne « doit » pas arriver : il est déjà là.

Ce n’est pas pour demain, c’est ici et maintenant.
______________________

*Un changement doit arriver

[i] Alain Touraine : Un nouveau paradigme. Comprendre le monde d’aujourd’hui. Fayard, 2005

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God on the dancefloor

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Réponse à l’article publié dans Trax Magazine n° 199 : Les DJs ont-ils remplacé les prêtres ?

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Les DJs ont-ils remplacé les prêtres ?

Excellente question posée par Trax et qui relève sérieusement le niveau !

Trax, que je ne lis plus depuis 10 ans, s’affranchirait-il de ses chroniques sur la branchitude électro pour concurrencer la revue Esprit ?

En tout cas voici pas que le magazine, plus de 30 ans après la naissance des dance music électroniques semble découvrir leur côté spirituel et qu’il y a des DJs chamanes. Bravo les gars : bienvenue au club !

Vinyles inanimés, avez-vous donc une âme ?…

Il est donc question de ces pasteurs qui descendent en boîte pour délivrer la bonne parole en musique à des gamins déboussolés.

Je comprends la démarche de Robert Hood, pionnier d’Underground Resistance devenuroberthod révérend et cité dans l’article. Et sur le fond je l’approuve. Car c’est toujours mieux de vibrer sur des musiques qui élèvent l’esprit plutôt que celles qui rabaissent.

Mais il faut lire l’interview de ce croisé protestant en mission pour Jésus : un vrai morceau d’anthologie. Même dans le très conservateur Familles chrétiennes on ne lit pas ça ! Les lecteurs protestants sont plus familiers de ce discours et de cette posture existentielle qui consiste à subordonner toute sa vie dans les moindres détails au « plan » d’un dieu très bibliquement correct et sans doute plus conceptuel que le Grand Esprit des chamanes.

Quant à faire de son métier de DJ un « ministère » à part entière, bien propre et bien huilé, ce n’est pas une nouveauté. Mais le zèle (et l’orgueil sous-jacent) de Robert Hood prête largement à sourire pour nos esprits pétris de scepticisme cartésien. Comme cette volonté puritaine de passer au karcher biblique l’appétence des clubbers pour le stupre et les vices nocturnes : drogue, alcool, sensualité lascive exacerbée…

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Le succès des DJs pasteurs et l’engouement pour des fêtes techno à caractère « spi » est-il un phénomène nouveau ?  Of course queunotte ! Les clubs et rassemblements techno ont toujours été des grands-messes, des communions, des célébrations. Et comparer les églises qui se vident aux clubs qui se remplissent relève du truisme.

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Dès la fin des années 1980 Matthew Fox, ancien prêtre dominicain et auteur du best-seller Le Christ cosmique, témoignait de ces initiatives en Californie qui empruntaient à la mise en scène et aux techniques multimédia utilisées dans les raves pour organiser des fêtes chrétiennes du 21e siècle imprégnées d’esprit chamanique.

Même si les jeunes générations semblent le découvrir (il serait temps…), ça fait 30 ans qu’on compare raves et chamanisme. Ou qu’on exalte l’authentique côté « spirituel » de la house, laquelle il ne faut pas l’oublier doit beaucoup à ses racines gospel :

« It’s a spiritual thing, a body thing, a soul thing. » (Eddie Adamor – House music).

dance-of-graceDes sociologues et anthropologues très sérieux ont disserté à longueur de feuillets sur les
liens entre raves et rituels chamaniques, et comparé le réveil des consciences porté par ces fêtes nocturnes et clandestines avec les effusions spirituelles des premières communautés chrétiennes de l’Eglise du 1er siècle.

Rien de nouveau sous le soleil.

Ce qui me fait sourire en revanche, c’est cette façon hype qu’ont les zélés pasteurs de justifier leur prosélytisme et la prétention qu’ils ont à détenir l’exclusivité de ce qu’on appelle « Dieu » : « J’amène Dieu dans les clubs techno. » C’est gentil mais il était déjà là ! La preuve, on est là !

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En voilà une belle preuve d’orgueil ! « I AM ON A MISSION FOR GOD! » On connaît la chanson…

Les « godfathers » de la house de Chicago, dont beaucoup comme Farley Jackmaster Funk, Kerri ChandlerGlenn Underground ou Boo Williams sont des chrétiens pratiquants, n’ont pas besoin de clamer qu’ils sont des DJs missionnaires.

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Pour ceux qui aux States sont habitués aux assemblées évangéliques il a toujours paru évident que lever les bras en l’air dans un état de transe extatique n’était pas juste un gimmick de hipster.

D’ailleurs à l’origine les premiers tracks house jouaient souvent sur le mode du second degré avec cette référence évangélique. Il suffit pour s’en convaincre d’écouter l’incontournable acapella My House de Chuck Roberts repris par Larry Heard aka Mr Fingers dans le cultissime Can you feel it :

« In the beginning there was Jack… »

Bon nombre des premiers tracks house ont flirté avec ces références en utilisant des samples de prêches enflammés. L’un des plus drôles est sans doute The Preacher man de Green Velvet.

Plus récemment les gamins de Disclosure qui ont tout pigé à l’esprit de cette musique s’en sont donné à cœur joie dans le clip à mourir de rire When a fire starts to burn parodiant une assemblée pentecôtiste.

695114_largeQuant à la la Gospel house, on l’ignore en France mais c’est un genre à part entière indissociable du garage ou de la house soulful, joué aussi bien en club que dans les megachurches. Un genre qui depuis près de 35 ans compte non seulement des millions de fans mais aussi ses DJs, ses clubs, ses radios, ses labels et ses médias indépendants. Et c’est un segment très profitable !

Il y en a des très « classiques », à l’image de Hallelujah de Midnight Express, un morceau de piano house 90s qui sue le gospel même s’il sonne un brin daté. Et d’autres très pointus, voire subliminaux.

L’un des producteurs les plus représentatifs de cette house chrétienne « subliminale » est sans doute Todd Edwards, qui utilise beaucoup de microsamples très mystiques dans ses morceaux et ses remixes. Il est vrai que ses racines italiennes et catholiques l’inclinent moins à faire dans le sermon explicite que les artistes baptistes du South Side…

Parmi les musiques « bankable » il n’y a pas que le rock, la pop, le funk, le hip hop ou le R&B qui ont leur propre courant chrétien ; il y a aussi la techno, l’électro et même le dubstep !

A l’image de Young Chozen, un jeune artiste californien qui mélange allègrement tubes commerciaux électrohouse et rap chrétien. Succès garanti auprès des plus jeunes, même si on perd en qualité musicale.

On trouve même du Jésus à la pelle dans le garbage le plus daubesque des musiques pour ados boutonneux. A l’image de cette playlist stupéfiante qui rassemble le pire et le pire de l’EDM, du dubstep bas de gamme et des pschit boum blam ! sortis d’une étagère de gamer.


Revenons aux musiques qui ont une âme et qui parlent du Beau sous toutes ses formes.

On ne saurait parler de spiritualité associée aux musiques électroniques sans évoquer la trance et son versant le plus radical, la psytrance.

Fondée sur des rythmes souvent supérieurs à 140 BPM, des arpèges de synthé complexes et des loops sophistiquées, la trance est aussi un vrai laminoir pour le cerveau. Au bout de 5 minutes, soit tu décroches, soit tu décolles. Le cerveau étant incapable de traiter la quantité d’informations délivrées par seconde dans cette cascade de sons, il se met en mode planant, c’est-à-dire en ondes alpha. D’où la sensation de perdre le sens de l’espace et du temps : c’est ça la « transe », du latin transitus : passage, de la vie à trépas notamment.

Comme dans les circonvolutions infinies des derviches soufis, à la base de toute expérience de transe, il y a la répétition du rythme, de la musique et des mouvements du danseur, qui conduit rapidement celui-ci à un état modifié de la conscience.

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La psytrance, qui s’est surtout développée à Ibiza et à Goa avant de disséminer partout dans le monde, a ses adeptes inconditionnels. D’abord centrée sur l’expérience psychédélique et rarement dissociable de la consommation (massive) de psychotropes de synthèse comme le LSD ou de plantes chamaniques comme le peyotl ou l’ayahuesca, la trance est devenue l’apanage des teuffeurs en quête d’un supplément d’âme et de spiritualité.

Contrairement aux fans de house et de techno, musiques considérées comme des produits commerciaux à consommer en club, le noyau dur de ces routiers du « voyage » psychique sont souvent des nomades itinérants sans attache fixe et qui ont fait sécession par rapport au mode de vie urbain, consumériste et sédentaire.

Ils se rassemblent régulièrement lors de festivals où se mêlent créations artistiques, sculptures géantes éphémères, ateliers de massage, de yoga, de taichi ou de méditation transcendantale, écologie, nourriture bio, médecines alternatives, conférences sur la conscience planétaire et une savante dose d’hédonisme à la sauce tantrique.

La tribu trance, c’est le versant néo-hippie des musiques électroniques à la sauce 3e millénaire. Un mouvement qui tient à rester discret et fidèle à l’esprit underground.

Les plus spectaculaires de ces festivals se rencontrent souvent sous des latitudes méditerranéennes ou tropicales : Boom au Portugal, Transahara dans le désert sud-marocain, Universo Paralello au Brésil, et bien-sûr Trancegoa en Inde.

Le plus incroyable, le plus démesuré, le plus avant-gardiste, le plus créatif et le plus jouissif c’est bien sûr le Burning Man, qui réunit chaque été depuis 30 ans plus de 200.000 participants pendant une semaine dans le désert de Black Rock au Nevada.

Un festival qui n’est d’ailleurs pas essentiellement musical mais plutôt un happening artistique et festif unique en son genre où chacun est un artiste et se recrée en permanence en une multitude d’avatars baroques et ludiques.

Une parenthèse vouée à l’éphémère en plein désert où grands enfants gâtés hédonistes, aliens et créatures improbables se mélangent pour faire l’amour et la bringue sous les étoiles, les constructions fluos et les LEDs multicolores. Une utopie vivante où l’excentricité est la norme ; la gratuité, le cadeau et la non-merchandisation un pied de nez à la cupidité capitaliste ; l’immédiateté, la confiance en soi et la libre expression radicales des principes méthodiquement mis en pratique. Une préfiguration de la société  post-identitaire de demain ?…

Tomorrowland en Belgique c’est la version commerciale et franchement vulgos du mégafestival mainstream destiné au populo moyen qui n’y entend que tchi à la techno mais en veut pour son argent de gros son, d’effets spéciaux et de cornets de frites. Si on y joue une musique appelée « trance », elle s’apparente davantage à une daube bon marché gavée de saw basses, d’effets téléphonés et de sons EDM bien poisse qu’à un rendez-vous intersidéral avec le panthéon hindou. Côté spiritualité, on doit plutôt se contenter d’un barnum kitsch échappé d’un ghost train.

Quant à la techno, comment imaginer qu’elle puisse être une musique spirituelle ?

Née dans les faubourgs de Detroit, cette musique répétitive, froide et mécanique semble tout droit sortie des usines de la Motown. Avatar improbable de George Clinton et de l’eurodance de Kraftwerk, très emprunte de mélancolie à l’instar de ces paysages fantomatiques créés par les carcasses d’usines géantes à l’abandon du Rustbelt.

Si la house de Chicago est naturellement tendue vers l’exaltation sensuelle et collective, le côté spirituel de la techno paraît beaucoup moins évident. Comme l’âme de Detroit, c’est une musique qui traduit une fuite désenchantée vers les machines pour échapper à un quotidien tissé de pauvreté, de chômage, de violence et de déprime.

Mais c’est justement en traversant ces hangars glacés où chantent élévatrices  et robots, en noyant son blues dans une ftranse rénétique qu’on atteint les cieux. La techno, c’est le symbole parfait d’un échapatoire inespéré au désenchantement le plus sombre.

Les sons inouïs produits dès la fin des années 1980 par le trio des 3 pionniers de belleville, un quartier de Detroit – Kevin Saunderson, Derrick May et Juan Atkins – traduisent à merveille ce réveil incroyable au sortir d’une décennie marquée par le cynisme des golden-boys, le culte de l’argent-roi, l’effondrement des industries lourdes, le chômage de masse, le matérialisme le plus trash et le sida.

Pas étonnant que la techno se soit exportée si rapidement et ait trouvé de l’autre côté de l’Atlantique un écho immédiat parmi les blue collars laminés par la crise. Et qu’elle ait pu fédérer en une soirée des tribus ennemies qui avant de passer leur premier acid-test réglaient leurs comptes à coups de battes de baseball : punks, skins, rastas, Pakis, queers, junkies… tous unis dans une béatitude ecstasiée en dansant sur Strings for life !

Il existe d’ailleurs tout un versant de la techno fidèle au groove originel et baptisé « Deep tech » (équivalent de la deep house), que les puristes considèrent comme la seule vraie techno (de Detroit cela va de soi), aux antipodes de l’image froide et dépouillée, exclusivement rythmique et instrumentale de la techno telle qu’on la conçoit souvent.

Ce courant incarné notamment par les gardiens du temple Kevin Saunderson et son fils Dantiez a produit des opus emprunts d’une sensualité et d’une élévation spirituele qui n’ont rien a envier à la deep house la plus torride.

A l’image de « I believe » (Reese Project, Ambient Chill Baseroom Mix), ce remix de Laurent Garnier joué par le boss lui-même en apothéose de la première Techno Parade parisienne Place de la Nation en 1998, devant des milliers de teufeurs ecstasiés.

Qu’on soit branché house, techno, trance ou électro, partout et de toutes les manières on célèbre l’Amour. Dans sa version la plus orgiaque comme la plus sublimée.

Même si aujourd’hui l’âme de la techno c’est plutôt la fusion transhumaniste entre l’homme et l’univers des robots. Un truc de geek de ouf. Le meilleur des mondes pour certains, l’enfer pour les autres, un simple jeu pour beaucoup. A chacun son nirvana…

Bien sûr il existe de multiples formes de spiritualité. Mais peut-on sérieusement parler de « mystique » à propos de la techno ?

Les esprits chagrins argueront toujours que prendre un buvard au milieu de 5.000 fous furieux transpirant au mileu des canettes de bière et le dégueuli dans une usine désaffectée ne saurait être comparé à une sage retraite dans un monastère cistercien. Ou que prendre un ascenseur chimique pour atteindre en 20 minutes le nirvana n’aura jamais le mérite d’une ascension de l’Everest ou de 20 ans de méditation soufie. Admetttons.

Une chose est sûre : pas besoin de se déchirer la tête pour décoller sur de la techno. La vraie drogue, c’est la musique ! Le reste ne sert éventuellement qu’à faciliter le lâcher-prise pour les plus coinços.

Pas besoin non plus de se référer à une religion quelconque pour justifier un état de transe et approcher Dieu en trippant sur des musiques électroniques : elles sont conçues pour ça ! Les bonnes évidemment.

Qui plus est, ces musiques sont véritablement la bande-son du siècle. Bien sûr il y aura toujours cette infecte bouillie EDM et les rapaces du business qui tentent de s’approprier la flamme. Mais les « bons » artistes produisent des vibes qui véhiculent – souvent à leur insu – un concentré de spirituel, d’infini, de transcendance, d’ailleurs…

Jouées dans les clubs ou outdoors, ces musiques sont faites pour exalter, pour sortir de soi, aller à la rencontre de l’autre, fusionner, jouir jusqu’à l’extase. Pas pour se trémousser mollement son verre de mojito à la main et prétendre « s’éclater » entre happy fews comme le font 90% des jeunes clubbers parisiens (propos de « vieux con » m’a-t-on souvent dit, mais j’assume !)

C’est ça qui m’attriste le plus et me fait croire que ces révérends techno ont le vent en poupe. Car si à Paris on a les meilleurs DJs du monde programmés chaque soir dans une dizaine de grands clubs servis par un sound-system qui déchire sa race, il y a longtemps que « l’esprit » a déserté les dancefloors : on fait plus semblant de s’amuser parce  c’est là qu’il faut être qu’on ne se lâche vraiment.

Rien à voir entre des spots pédants commeConcrete (une péniche sur les bords de Seine à la programme tellement pointue qu’elle fait mal au cul) et la fièvre spontanée, excenrtrique, baroque, décadente et oecuménique qui enflammait le Paradise Garage, le Warehouse, le Palace ou les premières raves.

Descendre dans un de ces clubs parisiens habillé de façon décalée, danser comme un possédé au milieu d’un public gris muraille vaut immédiatement des salves de regards incrédules et la suspicion d’être décalqué par quelques produits stupéfiants.

Attraper une nana et danser sur la piste en faisant des reptations coquines, communiquer avec les autres danseurs en agitant les bras ou par un regard trop complice est une audace totalement incongrue. On est prié de rester dans son petit périmètre, dans sa bulle, au mieux avec ses potes !

C’en est à se demander si la distribution de boosters chimiques ne devrait pas être obligatoire à l’entrée et si on ne devrait pas prier ces jeunes preppies de le laisser leur balai dans le cul au vestiaire.

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Si les pasteurs DJs arrivent à redonner du sens à la fête, alors tant mieux ! Mais j’en doute… Car à l’origine de ces musiques il n’y a aucune velléité de délivrer un « message » sinon celui, basique et universel, du lâcher prise (« release yourself« ), de laisser son corps vibrer et s’ouvrir et ressentir (« Can you feel it?« ) et de s’exprimer sans tabous.

La house et la techno sont éminemment spirituelles, mais ni chrétiennes ni vaudou ni païennes.

Leur éclosion à la fin des années 1980 est indissociable du renouveau psychédélique qui a accompagné la transition vers la décennie suivante. Des Summers of Love, des plages d’Ibiza et de Goa transformées en temples d’Hedôn à ciel ouvert, et du grand appel d’air teinté de new age, de syncrétisme technoïde et de tantrisme groovy sur fond d’apocalypse qui a happé cette decennie loin au-dessus de ses torpeurs mélancoliques.

Pour comprendre le vrai sens des fêtes électroniques il fait admettre que l’enjeu de ce siècle c’est justement de sortir des religions pour entrer dans une spiritualité universelle, au-delà des concepts, des mythes, des dogmes et des mots. Ces musiques sont un vecteur du changement en cours, et la parfaite illustration du saut de paradigme actuel.

Enfin, vouloir « amener Dieu dans les clubs » ,c’est postuler naïvement que le Divin ne serait présent que dans les églises et les temples. Or si Dieu existe il est partout, à tout moment. Dans la plus infime particule, dans les étoiles, au sommet des montagnes, dans les bordels et les poubelles. Partout !

Il ne s’agit pas « d’amener » Dieu là où il est déjà : il s’agit juste d’enclencher l’interrupteur pour allumer la lumière ! Et pour ça, pas besoin de chamane. Sinon peut-être au début, pour se laisser dénaiser, « initier », et apprendre à franchir ensuite tout seul le mur du son.

Ce que les musiques et les fêtes électroniques sont à même de proposer à la jeunesse plantéiare de ce siècle, ce n’est pas un « message » mais un « PASSAGE ».

Un passage de la Matrice condamnée à la ruine et dont ces musiques se moquent allègrement en lui piquant ses meilleurs joujoux, vers la Conscience quantique qui est le stade ultime de la conscience collective.

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Si ces rituels modernes apparemment régressifs, hédonistes et athées sont éminemment spirituels, c’est parce qu’ils illustrent le dépassement de toutes les représentations mentales, sociales, culturelles, religieuses, et leur remplacement par le sentiment d’une appartenance bien réelle à un « éon supérieur » qui est la Conscience globale, l’âme du l’Humanité en voie d’unification.

Le vrai sens de ces musiques c’est de permettre non par d’entendre mais d’EXPERIMENTER cette vérité des vérités, à savoir que toute séparation est illusoire, que nous sommes tous interdépendants, que nous ne faisons qu’un avec tout l’Univers. Et que seulles les limites apparentes de notre corps physique nous laisse croire à cette illusion commune que nous sommes mortels, finis, limités. Alors que nous sommes éternels, infinis, et jouissons d’un potentiel enfoui mais illimité.

« J’ai dit : Vous êtes des dieux ! » (Psaumes 82:6 et Jean 10:34). Cette phrase issue de la Bible résume ce que les fêtes électroniques permettent de vivre comme une préfiguration rituelle de l’avenir de l’humanité.

Pas d’orgueil dans cette affirmation : juste la certitude d’une liberté totale et d’un pouvoir sans limite à la création.

Les fêtes électroniques ne sont pas des exorcismes ni des replis cocoonants, mais d’authentiques « mises au monde ».

Rien de moins que l’expérience offerte de participer au Grand Tout.

Conscients de cette vérité ou simplement inspirés, au début les DJs étaient de vrais « passeurs », pas des vedettes bardées de booking agents.

Aujourd’hui le business les ont kidnappées et la plupart de ces « artistes » d’un soir ont un ego à monnayer avant de songer à faire de la bonne musique. Marketing, concessions et copinages tuent la flamme.

En réalité, s’il y a aujourd’hui beaucoup de DJs, il y a très peu de vrais artistes. Au sens de « révélateurs de sens ». Et encore moins de prophètes, au sens de révélateurs DU Sens.

Alors faut-il envoyer des curés vendre Dieu à coup de waves techno ? Les curés, pas sûr qu’ils soient prêts. Depuis le frérot défroqué de Travolta dans Saturday night fever qui virait sa gourme sur les Bee Gees, la soutane dans les night-clubs fait trop décalée. La blouse gospel passe encore mais trop ringarde face à une vraie drag queen. Alors des jeunes pasteurs DJs, why not ?…

En tout cas si ça marche c’est que cela répond à un besoin. Et qu’avec le revival house puis techno 90s de cette décennie les kids redécouvrent que les musiques électroniques ne sont pas qu’une vilaine affaire de matos et de gros sous.

But remember : l’étincelle est en toi. Il suffit de la laisser jaillir et te laisser guider.

LET THERE BE...

Papes en orbite : deux coups de canon !

J’avoue être assez partagé sur ce grand barnum catho de la canonisation médiatique de J23 et JP2.

Depuis hier je tente de calmer mes frères huguenots déchaînés sur Facebook contre ces inepties « césaro-papistes ».

Je ne parle pas des athées qui préfèrent emmener leurs gosses visiter le Panthéon et applaudir leurs idoles du ballon rond qui s’agitent sur l’écran plasma du salon.

Que Jean 23, Jean-Paul 2 ou Harry Potter 6 aient fait preuve de sagesse voire de sainteté, personne n’en doute.

Mais est-il bien nécessaire de fabriquer de nouvelles idoles pour répondre à la ferveur idolâtrique de ces foules confites en dévotion devant des grands hommes qui ont marqué leur siècle ?

Certes, il faut bien que le business des bondieuseries kitsch prospère : pour être passé récemment par l’aéroport de Rome, je sais de quoi je parle !

Qu’on se souvienne que la vie n’est pas une compétition pour le Prix d’Excellence, et que c’est Dieu et lui seul qui appelle à la sainteté TOUS les hommes.

Que la sainteté ne se décrète pas. Et qu’il ne s’agit pas d’une conformité à un modèle, de la sanction du mérite ou de l’héroïsme des soldats de la Foi, d’un machin people ou d’une affaire de chapelle. Mais d’un état d’être et de conscience, qui permet de vivre parfaitement connecté aux réalités supérieures (et inférieures), et d’incarner chaque instant dans la gratuité du partage avec tous les vivants, comme un hymne ininterrompu à l’amour parfait.

Quant à la canonisation, il serait bon aussi de rappeler qu’elle n’est qu’une métaphore : si Dieu a élevé au rang de roi celui qui s’était abaissé jusqu’à mourir sur une croix, c‘est pour que chacun soit invité à sa suite à goûter sa gloire.

Pas de quoi braquer des canons sur Saint-Pierre de Rome !