Paris, la fête est finie ! Hidalgo, les poubelles et les bobos

Mis en avant

anne-hidalgo-grand-paris-bobos

Les touristes qui visitent Paris sont souvent surpris de découvrir à quel point la Ville Lumière est une ville sale.

Elle l’est en effet. Et pour ses habitants c’est devenu insupportable.

Anne Hidalgo a-t-elle pour autant raison de réagir de façon aussi désinvolte, en incitant les Parisiens à se prendre « en charge », alors qu’un article dans la presse étrangère parle de « Paris poubelle » ?

« On ne vas pas mettre un éboueur derrière chaque Parisien. » Selon elle, « tout est question d’éducation et de respect. » Réaction éloquente…

830x532_anne-hidalgo-laveuse-electrique

En stigmatisant ainsi le manque d’éducation des Parisiens, la maire de Paris montre son vrai visage. Derrière la femme de gauche, engagée dans toutes les causes sociales et chantre du Paris écolo, se cache une bobo issue de la gauche caviar qui méprise le populo.

Hidalgo oublie qu’elle a milité pour la retraite à 60 ans, puisqu’elle est aujourd’hui en campagne pour sa réélection. Les Parisiens vont-ils lui offrir une veste en guise de cadeau d’anniversaire ?

L’élue se cabre dès qu’on critique son bilan. Et reste sourde au mécontentement des Parisiens, pour qui la propreté demeure la préoccupation numéro 1, devant la pollution.

Car si la saleté de Paris écorne son standing de grande capitale, elle le doit en partie à la négligence de ses élus.

Car si l’espace public pâtit de nombreuses incivilités, ce n’est pas tant dû aux déficiences du nettoyage et du ramassage d’ordures qu’à des erreurs de taille dans les messages adressés aux Parisiens lancés par la municipalité quant au bon usage de l’espace public.

Ces erreurs concernent la politique sociale, d’urbanisme et de transports de la Ville de Paris.

Ainsi la politique de « mixité sociale » systématique mise en œuvre en matière de logement n’est pas sans conséquences sur les négligences et dégradations causées à l’environnement. Cette politique initiée par Bertrand Delanoë pour contrer le risque de gentrification a été intensifiée par Anne Hidalgo. Et érigé en credo pour les critères attribution de logement sociaux.

Il est délicat de le souligner mais certains habitants du parc de logement social appartenant à des populations d’immigration récente ont tendance à être moins soucieuses de l’espace public que d’autres. Dans les quartiers à forte population immigrée les employés municipaux remarquent par exemple que les dégradations, les dépôts de déchets et autres incivilités se sont multipliées.

Si Paris doit conserver sa diversité et éviter de devenir un ghetto pour riches, si chacun doit pouvoir y habiter sans que s’instaure une sélection par l’argent, l’entêtement de certains élus à privilégier des populations immigrées par simple parti-pris idéologique pose plusieurs problèmes. Comme celui de l’équité face à l’accès au logement. Ou celui de la responsabilité des élus quand certains ne respectent pas l’environnement où ils vivent.

Ce rêve pluraliste d’une ville où toutes les communautés communieraient en célébrant béatement le vivre ensemble se heurte parfois au réel. Vouloir isoler les populations est une autre erreur. Les mélanger artificiellement pourrait sembler naïf s’il n’y avait pas derrière ce choix d’évidentes arrière-pensées électoralistes.

Et la volonté de masquer sous un vernis idéologique une réalité : Paris devient une ville inaccessible – la plus chère du monde selon certaines statistiques – où bientôt seuls les très riches pourront accéder à la propriété. Et où les logements locatifs seront attribués en priorité sinon aux plus défavorisées, du moins à des communautés chouchoutées.

Ceux qui font les frais de ce choix politique sont les classes moyennes, contraintes de plus en plus de déserter la capitale.

Gare ! Car ce sont eux qui jusqu’à présent votaient le plus socialiste aux échéances municipales. Par conviction et non par intérêt.

Ces classes moyennes constituent les plus gros bataillons de bobos parisiens. Attachés à leur confort de vie, à la mobilité, à l’innovation, à un Paris social, écolo, rigolo mais pas crado.

Si Paris veut continuer à offrir le visage d’une capitale vivante, ouverte sur le monde et multiculturelle, qui favorise rencontres, brassages et métissages et donne sa chance à tous, ses élus se trompent en pendant qu’on combat l’uniformité par une cohabitation forcée, en secouant les disparités sociales dans un shaker.

D’autant plus contestable est ce principe de mixité pétri de bons sentiments quand il obéit à une volonté sournoise et très « gauchiste » d’emmerder le bourgeois. En le obligeant à partager son territoire avec des gueux. Un peu comme ces révolutionnaires qui invitait la plèbe à Versailles pour chahuter Marie-Antoinette.

Ian Brossat, élu communiste au passé trotskiste, illustre bien cette ardeur militante qui se plaît à multiplier les provocations. Adjoint au logement d’Anne Hidalgo, le jeune élu avait ainsi tenté en 2013 d’imposer l’idée saugrenue d’implanter un village de Roms dans le 16e arrondissement. Une façon de clouer le bec à ceux qui osent stigmatiser injustement cette minorité opprimée et l’accusant de nuisances parfaitement chimériques.

-

Tout aussi condamnable est l’attitude complaisante et irresponsable des élus vis-à-vis des migrants et des associations qui les soutiennent, qui consiste à laisser se développer de véritables bidonvilles sur le périphérique dans le Nord-Est de Paris. Avec l’intention louable de les rendre plus « visibles » pour alerter l’opinion sur leur situation.

migrants-touristes-Paris-poubelle-coupe-gorge-Hidalgo-e1499800964401

Le résultat est contraire à l’objectif affiché : à l’indifférence face au sort des migrants succède l’exaspération de voir ces squats dégrader l’espace public et l’irresponsabilité des pouvoirs publics cautionner la politique du fait accompli. Les abords du périphérique de la Porte de la Villette à la Porte de Clignancourt sont ainsi devenus un gigantesque dépotoir. Sans compter d’autres effets pervers : près de la Porte de la Chapelle s’est développée la « colline du crack », le plus grand spot de deal à ciel ouvert de l’hexagone. Les habitués parmi lesquels beaucoup de migrants ont établi leur campement juste à côté.

Le spectacle de la misère et de la déchéance dans les rues de Paris, autant que l’indifférence qui l’entoure sont choquants. A quoi bon en rajouter en exhibant ces chapelets de tentes et de cabanes où les migrants s’entassent ? Si la France accepte d’accueillir des migrants, ce n’est pas pour les laisser vivre dans ces conditions insalubres. En laissant à quelques ONG le soin de s’en charger.

Aux politiques d’abord de prendre leurs responsabilités pour mettre fin à cette exhibition complaisante de la misère. De s’occuper vraiment des personnes SDF comme des migrants sans les laisser envahir les rues en comptant sur la charité privée.

Quant aux populations plus sédentarisées, si certains se singularisent par des comportements inciviques, il faut agir pour promouvoir un meilleur esprit civique. En faisant valoir que c’est l’intérêt de tous de prendre soin du cadre de vie.

Il ne s’agit pas de trouver des excuses – ignorance, différences culturelles, impuissance des parents à éduquer leurs enfants – pour éveiller les esprits à plus de conscience de l’espace public, de respect d’autrui et de responsabilité civique.

Prenons l’exemple de la Porte Dorée et du Lac Daumesnil. Lieu de promenade et d’agrément créé sous Napoléon III au bord du Bois de Vincennes, c’est aussi l’un des plus beaux paysages de nature artificielle emblématique de l’esthétique romantique. Chaque été durant la Foire du Trône, il n’est pas rare de voir des groupes s’installer sur les pelouses autour du lac pour pique-niquer, faire bronzette et s’adonner à des jeux. Certains n’hésitent pas à faire des barbecues. Le soir venu, les pelouses sont laissées dans un état de dégradation affligeant, jonchées de détritus divers en dépit de la présence de poubelles à proximité.

On ne peut pas imaginer que tous ces parents et ces jeunes adultes qui se comportent ainsi n’ont pas conscience de salir et que d’autres devront passer derrière eux pour ramasser. De tels comportements ne sont pas admissibles. Ils témoignent d’une attitude frondeuse et d’un mépris évident pour le lieu qu’ils utilisent, pour le bien commun, pour les autres et pour les services chargés de la surveillance ou de la propreté. En un mot, pour l’autorité.

Il ne s’agit pas seulement d’un manque d’éducation, de savoir vivre, de respect de l’environnement ou de la communauté. Mais aussi d’une inconscience totale du lieu où ils se trouvent. Et que la puissance publique entend maintenir ouvert à la jouissance de tous.

Paris regorge de semblables lieux, jardins, places, esplanades, avenues, promenades, qui font la fierté de son patrimoine, aménagés pour permettre au plus grand nombre d’en bénéficier. Certains ont conscience du « prix » de tels lieux. De leur valeur foncière, artistique, du coût de leur entretien. Mais aussi parce qu’ils font partie de l’histoire et de l’âme de Paris. Et méritent plus d’attention qu’une simple pelouse flanquée sur une aire d’autoroute.

L’erreur d’Anne Hidalgo ce n’est pas d’avoir voulu venir en aide à des populations défavorisées, de prôner plus d’égalité sociale ou d’éviter que l’homo parisianus ne se renferme dans un entre-soi. L’erreur c’est de croire qu’il suffit de distribuer des privilèges et des prébendes sous forme de logements, de places en crèche ou d’aides sociales pour que l’intégration de nouvelles populations se réalise par magie.

Toute aide, toute chance accordée au nom de légalité ou de la mixité suppose une réciprocité. Au moins sous forme de gratitude manifestée dans des actes quotidiens.

Ce que la « Reine de Paris » oublie, c’est que le choix d’accorder un logement ou d’ouvrir au public des espaces de liberté dans une ville surpeuplée comme Paris, où bien peu ont la chance de pouvoir vivre, ce n’est pas comme faire des cadeaux pour se faire aimer du bon peuple.

Cela suppose pour les bénéficiaires des devoirs et des responsabilité

Une autre erreur coupable d’Anne Hidalgo et qui ne va pas manquer de lui revenir bientôt à la figure c’est d’avoir voulu vendre du rêve, et une image de Paris totalement utopique.

Des expressions comme « promouvoir la mixité sociale« , « rendre la ville aux Parisiens« , l’incitation à « se réapproprier la ville » avaient marqué la politique de la précédente mandature. Mais ces ruptures et audacieux voulus par Bertrand Delanoë s’enracinaient dans un constant souci d’équilibre, de réalisme, de rigueur budgétaire.

Avec Anne Hidalgo on est passé au stade du rêve éveillé et du blabla. Ces expressions ne sont plus que des slogans démagogiques justifiant une obsession à poursuivre les mêmes schémas, sans véritable projet ni capacité d’innover.

On surfe sur les mythes de Paris Plage. Celui d’une ville tournée vers l’hédonisme, où chacun est invité à célébrer selon ses goûts et ses lubies sa manière de vivre, sa fierté d’être soi et sa quête d’un bonheur permanent et sans entraves.

Le Paris d’Hidalgo est un peu à l’image de Tel Aviv : « The Bubble » – la Bulle. Une ville ignorante des soubresauts du monde, une utopie vivante vouée à l’édification d’une cité douce, radieuse et aseptisée, où le soleil brille toujours sur les visages souriants d’heureux privilégiés.

Une ville à la pointe de l’innovation en matière d’urbanisme ou d’écologie. Où la qualité de l’air, de l’eau et des tomates bios qui poussent sur les toits est toujours sous contrôle. Où chaque citoyen est invité à planter des petites fleurs aux pieds des arbres et à cultiver ses légumes sur son balcon.

paris plage.jpg

Une ville où chacun peut se déplacer librement en utilisant des « circulations douces », fluides, simples, ludiques, de préférence décalées ou partagées. Où l’abondance du réseau de transports publics rend obsolète le recours à la voiture, un vestige du passé.

Une ville où l’on peut à toute heure du jour ou de la nuit se promener en famille ou entre amis au beau milieu de places arborées, aérées et apaisées, tapissées de larges pelouses et enrichies d’espaces ludiques et connectés.

Une ville dans la lumière ne faiblit jamais, attirant le monde à découvrir son lot de fêtes et de créations originales si merveilleusement intégré à son patrimoine unique.

Pour édifier la capitale dont elle rêve, la maire s’est ainsi entêtée à entreprendre des grands chantiers d’une envergure quasi-mitterrandienne. Mais avec un style plus light, plus soft, plus fun. En se voulant plus proche des gens, à l’écoute des « attentes des Parisiennes et des Parisiens« .

Beaucoup d’enfumage et de baratin. Comme cette prétention à faire participer les Parisiens aux choix relatifs à l’aménagement des 5 grandes places qu’elle s’est entichée de révolutionner, promettant des « débats citoyens » et des « ateliers » pour définir les arbitrages, avant même de savoir si initiative de bouleverser ces places constituait une priorité en terme d’urbanisme ou répondait à une attente des usagers.

Grisée par l’attribution à Paris des JO 2024, Anne Hidalgo s’est ainsi prise pour la Reine Soleil en engageant une frénésie de travaux éreintants, iniques et somptuaires. Quitte à rendre la vie impossible aux Parisiens et courir le risque de se faire dégager aux prochaines municipales.

Blocage des grands axes, saleté, niveaux record de pollution, cette volonté obsessionnelle d’imprimer sa marque dans le paysage urbain, sans réel souci d’esthétique, de cohérence ou de rigueur budgétaire, a fini d’exaspérer les Parisiens après que leur maire s’est obstinée à vouloir leur rendre la vie impossible pour filer son grand rêve. Résultat : en 2019 plus personne ne veut entendre parler d’elle et tous espèrent bientôt tourner la page.

nation travaux

Un autre grief qui rend cette politique du n’importe quoi quasiment obscène qui excèdent les Parisiens, c’est le mauvais goût des équipes chargées du mobilier urbain.

Que dire tant de ridicule quand on voit la laideur des fontaines installée sur le Rond-Point des Champs-Elysées ?

Comment justifier l’idée de supprimer tous les kiosques à journaux de la capitale pour les remplacer par des boîtes en platique maronnasse ? Avant de voir les plus beaux kiosques historiques de la capitale transformés en kiosques de fleuristes. Les petites fleurs plutôt que la culture : tout un symbole !…

Et que dire de ce Cœur de Paris inauguré en mars 2019 Porte de Clignancourt ? Comme s’il suffisait de planter une énorme « machin » d’art moderne à 650.000€, avec un coeur de parisgros cœur tournant sur un poteau comme un lollipop incongru au beau milieu de la place pour faire entrer tout le quartier dans la post-modernité ! Il eût été plus inspiré de commencer par déblayer autour.

Mais non. « Paris sera toujours Paris »… Ce Paris auquel les édiles s’identifient, jaloux de son prestige, se perd tel un mirage dans la contemplation de lui-même.

Et pour revenir au réaménagement des grandes places parisiennes, la bêtise et l’arbitraire avec lesquels ces espaces ont été dénaturés et remodelés est consternante.

Ainsi les élégants bosquets de la Place de la Nation, ses platanes plusieurs fois centenaires, son esthétique concentrique et ses dénivelés rythmant l’espace ont cédé la place à une pelouse hideuse traversée de diagonales sans cohérence, tout juste plantée de quelques arbustes et équipée de bancs rustiques pour venir s’y vautrer. Hormis les travaux d’étanchéité nécessaires au-dessus du métro, il s’agissait évidement de réduire au maximum l’espace de circulation pour créer un « espace de vie » apaisé, ludique, convivial… Mais le résultat aux proportions disproportionnées et sans aucune ambition montre que les architectes n’ont rien compris à l’esthétique XVIIIe de la place, aux proportions conçues pour mettre en valeur l’enfilade de façades haussmanniennes et le plan d’avenues en étoile autour de la magnifique statue Le Triomphe de la République de Dalou.

Qu’en est-il de la politique de transports ?

Concilier les choix urbanistiques, les choix d’infrastructures, les choix écologiques dans une ville aussi dense que Paris n’est certes pas une mince affaire. Vouloir réduire la pollution, inciter les gens à ne pas utiliser leur voiture et limiter les véhicules à moteur en centre-ville, tout le monde s’y accorde. Mais la grave erreur de l’équipe Hidalgo et de ses khmers verts est d’avoir voulu imposer à tout prix son idéologie anti-bagnoles. En dépit de lucidité toute lucidité et du plus élémentaire bon sens.

Libérer les voies sur berge pour les rendre aux piétons et aux vélos est une décision sympathique. Mais si c’est pour laisser vides ces axes de circulation plusieurs heures par jour, à quoi bon ? Et si cela génère davantage d’embouteillages en surface, le remède s’avère pire que le mal.

Il suffit d’observer l’état d’engorgement et de suffocation des quais de Seine tous les jours de semaine à partir de 16 heures entre le Louvre et Hôtel de Ville pour comprendre que le choix de piétonniser les voies sur berge toute l’année 24h/24 crée des désordres et des nuisances bien supérieurs à la situation précédente.

des-vehicules-coinces-le-13-octobre-2016-dans-des-bouchons-sur-le-quai-des-tuileries-rive-droite-a-paris-ou-le-tunnel-menant-aux-voies-sur-berges-a-ete-ferme_5725887 (1)

Il faudrait faire preuve de réalisme. On n’éliminera jamais totalement les véhicules à moteur dans les grandes villes. Même s’ils fonctionnent dans quelques années à l’électricité ou à l’hydrogène. Les centres-villes ne deviendront jamais ces espaces de liberté fantasmatiques où chacun glisse en apesanteur au-dessus de la chaussée, sans effort, sans pollution, sans bruit et sans risque, comme Aladdin sur son tapis volant.

Que davantage de verdure contribue à plus d’oxygène et plus de fraîcheur l’été, tout le monde s’en réjouit. Mais le bonheur collectif dépend-il du nombre d’arbustes plantés un peu partout ?

Ce rêve bucolique digne de La Petite maison dans la prairie, qui voudrait inciter chaque Parisien à célébrer le retour à la terre en foulant des « espaces apaisés » ou en communiant dans l’arrosage de tomates bios, comme Marie-Antoinette qui jouait à la fermière dans son Hameau avec ses dames de compagnie, a quelque chose de franchement burlesque.

Vouloir développer une agriculture locale sur le toit des immeuble est un projet intéressant et ambitieux. Mais quand on connaît la toxicité des particules qui saturent le couvercle de pollution stagnant au-dessus de Paris et que les pluies ne manqueront pas de déverser sur les salades, on est plus perplexe.

Quant aux projets de végétaliser les espaces verticaux, encore faut-il que ce ne soit pas qu’une coûteuse coquetterie. Et que dire de ces barges sur la Seine laissées à l’état sauge pour inviter le Parisien à contempler le biotope naturel ? Le plus symptomatique du ridicule de ces projets déconnectés du réel est sans doute ces plantations d’arbustes prévues dans certaines projets d’aménagement de places comme celles de l’Hôtel de Ville ou de l’Opéra baptisées pompeusement « nouvelles forêts urbaines« .

On voit bien qu’il s’agit d’un délire ou d’un vernis. D’un gadget, un trompe-l’œil, une façon de se faire plaisir.

Cette obsession du pointillisme vert est sans doute façon de faire oublier que Paris est très en retard sur les critères de la COP 21.

Si Hidalgo vante autant ses projets pour verdir quelques places parisiennes, elle est beaucoup moins loquace quant aux plans d’urbanisme qui visent à multiplier les immeubles de grande hauteur à la périphérie de Paris…

L’erreur de cette utopie parisienne est résumée dans ce projet d’aménagement d’un parc de 64 ha au pied de la Tour Eiffel, symbole de Paris, pour l’ouverture des JO.

Le leurre est d’inciter les Parisiens à concevoir la ville comme un gigantesque terrain de jeu tapissé de verdure et ouvert à toutes les fantaisies individuelles.

Cette façon de « rendre la ville aux Parisiens », d’inviter chacun à « se réapproprier l’espace public », à se comporter comme si l’on vivait à l’abri des nuisances et des menaces qui pèsent sur les habitants de la cité (pollution, bruit, stress) de se préserver artificiellement de la dureté du monde, des risques économiques, climatiques, sociaux,  de toutes les formes de désordre ou violence, est vraiment une illusion et un piège. Un scénario digne d’Alice au pays des merveilles.

Rappelons le traumatisme qu’ont constitué pour les Parisiens les attentats de 2015. Comme un retour forcé à une réalité dont on se croyait préservé par cette la culture très parisienne de l’insouciance symbolisée par les terrasses de café.

Au lieu d’encourager les Parisiens à plus de réalisme, de solidarité réelle et de responsabilité, l’utopie parisienne a encouragé les comportements individualistes, l’attitude superficielle, la tentation de s’alléger des contraintes, de faire fi des obstacles et des règles établies. Une manière d’affirmer sa soif de liberté, son originalité, sa volonté de s’émanciper des codes et des limites.

Un exemple symbolise cette attitude. Ce qui autrefois constituait une contravention, à savoir le fait pour un vélo de remonter à contresens une rue à sens unique, est vite devenue une habitude à mesure que le nombre de vélos s’est développé. Puis c’est devenu une tolérance réglementaire accordée par la Mairie, matérialisée par la présence d’une étroite file pour les vélos sur les axes concernés. Dans l’esprit de beaucoup de cyclistes c’est devenu aujourd’hui un droit de foncer tout droit qui ne souffre aucune limite.

La politique d’Hidalgo a ainsi transformé le Parisien moyen en éternel adolescent, gâté, capricieux et immature, à qui la municipalité est pressée d’ouvrir de nouveaux espaces pour s’ébattre en exprimer sa créativité, sa singularité et son narcissisme sans limite.

Le symbole le plus éloquent qui restera de l’ère Hidalgo, même si celle-ci n’en est pas l’instigatrice, c’est la trottinette électrique. Un jouet détourné en hochet pour grands imbéciles décidés à se jouer des vicissitudes de la vie urbaine, ignorer les règles, les obstacles comme les autres usagers, et filer à bonne allure n’importe où n’importe comment au gré de leur humeur.

Un symbole qui illustre à merveille la connerie bobo.

lime-paris-trottinette-electrique_210618

Pour le coup cette grande régression infantile collective orchestrée par Hidalgo ignore tous les clivages d’âges ou d’origines. De l’étudiant en informatique à la bourgeoise quinquagénaire, c’est tous les Parisiens qui communient dans ce culte de la stupidité hédoniste.

Quoi d’étonnant qu’abîmés dans un tel mirage, beaucoup aient à ce point oublié le sens du « respect de l’autre » que la maire appelle de ses vœux aujourd’hui ?

De l’aménagement de l’espace urbain à la culture, la Mairie n’a eu de cesse que d’inviter tous les Parisiens à célébrer ce rêve d’une cité idéale entièrement vouée au bonheur de ses habitants, vivante, inventive, attractive, écoresponsable, sécurisée et avant-gardiste. En surfant sur les modes tout en cultivant le non-conformisme, quitte à flirter avec le n’importe quoi.

En un mot, ce que la Mairie a encouragé chez les Parisiens, ce n’est pas le respect de l’autre, c’est au contraire l’égoïsme contenté.

La saleté que tout le monde déplore aujourd’hui est à l’image de ce laisser-aller, de ce je-m’en-foutisme irresponsable et généralisé.

« Maman », comme certains la surnomment, a choisi pour se rendre populaire de flatter l’esprit d’anticonformisme frondeur du Parisien, plutôt que de faire appel à son exigence et son sens des réalités.

Un piètre bilan en terme d’éducation.

Le sujet de la propreté est comme l’écume qui remonte à la surface. Les sujets de grogne sont multiples. Et aujourd’hui les Parisiens en ont vraiment marre de leur maire (mère), de sa gestion irresponsable et de son incapacité.

Mais l’absence d’alternatives crédibles à gauche comme à droite laisse craindre que la plaisanterie puisse durer encore cinq années.

Pour ceux qui ont voulu croire que Paris était éternellement une fête, l’heure du dégrisement est arrivée.

Et de consentir à se baisser pour ramasser les amas de bouteilles vides, les flyers tachés de vomi et les confettis.

paris

Publicités

La « démocratie holographique ». Pourquoi 2017 ressemble à tout sauf à une élection présidentielle.

Mis en avant

Élire c’est choisir, nommer, investir.

Selon la Constitution de 1958, le Président de la République est élu pour 5 ans au suffrage universel direct. Il est donc théoriquement l’émanation du pouvoir souverain du peuple, son représentant direct, le garant de la cohésion nationale et des institutions.

Dans le cas de la campagne présidentielle de 2017 tout est fait pour occulter tout débat de fond et interdire tout véritable choix entre plusieurs options politiques clairement identifiées.

Au contraire, tout est conçu pour décrédibiliser la classe politique, attiser les ressentiments et canaliser les suffrages sur des options de repli alimentées par des réflexes émotionnels.

Jamais élection n’aura aussi peu mérité son nom, tant celle-ci évoque une parodie de démocratie où la politique-spectacle s’abaisse au rang des jeux du cirque.

Bien évidemment une telle dénaturation du processus électoral n’est pas le fruit du hasard mais le résultat d’une stratégie méticuleusement mise en place en vue de maquiller les vrais enjeux, de tenir à distance l’électorat des vraies décisions et de noyer toute souveraineté du peuple dans un hologramme politique trompeur.

Le phénomène n’est pas nouveau mais il est particulièrement évident dans cette campagne inédite.

Décryptage d’une campagne fantôme savamment orchestrée pour faire élire un candidat investi par avance par le système.

Acte 1 : On dégage !

Orienter les primaires de manière à sortir les candidats portés par les partis de gouvernement ou adoubés par les sondages : Sarkozy, Juppé, Valls, après Hollande auto-dissout pour cause d’échec de sa mandature.
Présenter cette configuration inattendue comme la résultante d’une volonté populaire de renouvellement de la vie politique et un rejet des candidats traditionnels.

Acte 2 : Haro sur la corruption !

Plomber la candidature du seul candidat « classique » rescapé des primaires et pronostiqué vainqueur, grâce au Penelopegate. En faire le point focal du ressentiment populaire à l’égard des politiques en le présentant comme l’archétype de la corruption.

Acte 3 : Les raisons de la colère

Noyer la campagne dans un climat permanent d’affaires et de révélations pour occulter tout débat de fond et cristalliser l’opinion autour de réflexes émotionnels.

Acte 4 : La grande terreur

Dramatiser la campagne autour de la montée du FN et sa possible accession au pouvoir, même si les intentions de vote stagnent et si tous les sondages donnent Marine Le Pen battue par chacun de ses adversaires au second tour.

Acte 5 : Faire croire au mirage

Faire monter artificiellement la cote de popularité et les intentions de vote en faveur de Macron en alimentant la bulle médiatique autour du candidat.
Susciter un vote d’impulsion plus que d’adhésion grâce à un véritable concept marketing créé autour de la figure Macron : dilution des clivages gauche-droite, distanciation d’avec la politique menée par Hollande et Valls, gommage de l’absence de programme au profit d’une image factice et mensongère de renouveau, de dynamisme, de bienveillance, de probité et d’indépendance par rapport au système.

Acte 6 : Ridicules !

Décrédibiliser les seuls vrais candidats de rupture porteur d’un projet viable, humaniste et alternatif au système : Hamon et Mélenchon.
Attiser la division entre les deux rivaux afin d’empêcher tout ralliement.
Minimiser leur couverture médiatique par rapport aux autres candidats.
Décrédibiliser systématiquement leurs interventions médiatiques en faisant en sorte que les journalistes multiplient les interruptions et critiques ironiques : cf. les débats dans L’Emission Politique de Hamon et Mélenchon comparées à celle de Marine Le Pen, véritable boulevard pour la candidate.

Acte 7 : Odeur de sainteté

Créer une dynamique de levier en faisant apparaître la candidature Macron comme la seule possible et raisonnable face à l’affairisme des candidats traditionnels, à l’utopisme des candidats de gauche et aux peurs suscités par l’aventure FN.

Acte 8 (fin mars-début avril) : Défragmentation

Polariser les débats autour d’un clivage entre des candidats présentés comme l’incarnation de politiques de division ou centrifuges – libéralisme dur et « antisocial » pour Fillon, euroscepticisme, repli nationaliste et anticommunautarisme pour Marine Le Pen, utopisme, « fronde » ou radicalisme de gauche pour Hamon et Mélenchon – et un candidat « centriste » présenté comme le seul à même de rassembler, d’apaiser les tensions et d’assurer la stabilité des institutions (en vérité la mainmise du système sur celles-ci).

Acte 9 (avril-début mai) : Le sursaut providentiel

Créer un climat d’hyperdramatisation et de tension maximale en présentant l’affrontement annoncé Macron / Le Pen comme l’alternative entre le choix de l’apaisement et de la raison face à celui de l’aventure et du chaos (voire de la guerre civile).
Entretenir ainsi l’illusion que « l’adhésion » à la candidature Macron soit l’expression d’une volonté démocratique majoritaire de réaffirmer les valeurs fondatrices de la République teintées d’un artificiel humanisme œcuménique face à la tentation de précipiter les tensions et violences qui traversent la société.
Noyer tout examen serein et tout débat de fond sur la réalité des programmes des candidats dans une hystérie paroxystique autour de l’arrivée imminente de l’extrême droite au pouvoir.

Acte 10 : Le chant de la Libération et les sirènes du libéralisme

Créer un état de grâce puissant et durable autour du nouveau président présenté comme le « sauveur de la démocratie » et du péril lepéniste. Entretenir l’effet décompensatoire « positif » de l’élection de Macron et nourrir l’élan affectif autour de sa personne en jouant sur sa jeunesse, ses supposées qualités de bienveillance, d’honnêteté, d’écoute et de charisme, sa compétence, son aptitude à réconcilier les Français, à mettre fin au vieux clivage gauche-droite et à préserver le pays contre tout péril communautariste ou extrémiste.
Alimenter ainsi une « Macronmania » destinée à faire totalement oublier l’orientation ultralibérale de sa politique et les mesures impopulaires qu’il s’apprête à faire appliquer.
Faire en sorte que Macron réussisse à appliquer les directives du système en ne promettant rien, là où Hollande avait échoué et battu des records d’impopularité en promettant une chose et en faisant son contraire.

A change has gotta come* – Quel avenir pour l’humanité ?

Mis en avant

change


Ascenseur pour l’échafaud

Une chose est certaine : notre monde est violent.

Non seulement il est injuste, cruel et désenchanté, mais ceux qui sont sensés nous protéger contre ses excès se révèlent exclusivement préoccupés par leurs intérêts personnels.

L’affaire Fillon a déclenché une réaction en chaîne qui vise à moraliser au pas de charge la vie politique hexagonale en rejetant paraît-il dans les oubliettes de la préhistoire des pratiques d’un autre âge.

Le tsunami populaire balaie désormais un à un les représentants du microcosme avérés de fieffés cyniques, les branches pourries tombent plus vite que les feuilles mortes en novembre, et Marine Le Pen pourrait bientôt récolter les dividendes de ce chamboule-tout national en devenant la Marianne de l’Antisystème.

Reste Macron comme ultime rempart à l’épouvantail frontiste, au suicide français par la petite porte nationale-socialiste, et surtout comme sauveur du Système propulsé par ses généreux sponsors sur la rampe de lancement d’élections très politiquement correctes et démocratiques.

En attendant le résultat d’un suspense inédit, les Français se vengent en coupant des têtes par médias interposés. Et flirtent avec les stéréotypes révolutionnaires en déclenchant des jacqueries en banlieue. Sans voir que cette Grande Terreur version 2017 est largement mise en scène pour détourner leur attention des véritables enjeux, leur faire croire à des mirages et que cette parodie de campagne va changer leur sort parce qu’ils auraient cette fois-ci leur destin en mains.

Kapitalismus über alles !

Pendant que certains râlent, d’autres croient à la liberté d’entreprise comme clé de la réussite.

Et nos politiques libéraux de citer en exemple ces nouveaux aventuriers qui se lèvent tôt le matin pour faire fructifier leur microentreprise. Des héros érigés en modèle d’initiative et de vertu entrepreneuriale face aux assistés d’un système social condamné.

Depuis que les normes administratives et fiscales ont été simplifiées pour faciliter la déclaration d’une nouvelle entreprise et qu’on a créé le statut d’autoentrepreneur, la France s’est trouvé un nouveau héros : le jeune patron issu de banlieue qui déjoue la panne d’ascenseur social en retroussant ses manches.

Et puis il y a le succès d’Über, que les particuliers mettent en concurrence avec des corporatismes sclérosés.

Ce que révèle l’ubérisation accélérée de la société c’est un vaste jeu de dupes qui favorise et valorise les autoentrepreneurs comme les chantres de la société post-capitaliste et de la customisation égocentrique du travail.

Bien plus qu’il ne crée une nouvelle race de winners, la vérité c’est que ce modèle réhabilite l’ancien statut de « tâcheron ».

Minimum de charges pour l’employeur et maximum de risques pour l’employé. Faillite et burnout assurés en bout de course.

Pour échapper à cette dérive entretenue par le jeu de la concurrence et vanté par les médias, il est temps de rompre avec ce nouvel avatar de l’individualisme contemporain. Et d’inscrire dans nos priorités l’harmonisation à la hausse des droits et des régimes des salariés et des indépendants.

Le fric c’est chic

Plus les églises se vident, plus les centres commerciaux et les multiplex se remplissent.

Mis à part quelques aigris de la Manif pour tous et quelques tartufes qui la soutiennent pour engranger les suffrages, la religion n’a plus la cote.

Du moins dans sa version oldschool. Ceux qui savent conjuguer bonne parole et business, comme ces évangéliques alliés aux ploutocrates de Wall Street, ont eux le vent en poupe.

Quant aux mythes, ils ont la vie dure. Un quart des Américains croient dur comme fer à la théorie créationniste. Pas étonnant qu’ils aient élu Trump. Côté revers de la médaille, les idéologues du Djihad armé séduisent de plus en plus de nos jeunes banlieusards en déshérence.

Mais athées purs et durs ou religieux illuminés, tous sont peu ou prou adeptes d’un seul vrai dieu : Mammon.

La frugalité n’est plus que l’apanage de doux rêveurs alter-écolos séduits par les sirènes de la décroissance.

Tout le monde veut s’en mettre jusque-là en attendant la fin du monde.

Mais pour s’acheter ces artefacts de bonheur en toc et étaler les signes extérieurs de c’est mon choix, encore faut-il avoir les poches pleines.

Difficile quand 99% des richesses sont détenues par 1% de la population.

Alors on cherche tous les moyens possibles pour gagner du fric. Ou au moins se donner l’illusion qu’on en a. Creusant au passage ses frustrations et son désir de vengeance contre un Système qu’on rejette mais qui continue de nous mener par le bout du portefeuille en nous promettant chaque matin des joujoux plus affriolants qu’hier.

O tempora, o mores…

Dette ? Quelle dette ?

Un état c’est comme une foyer : ça doit payer ses dettes ou éviter d’en contracter.

C’est avec ce genre de croyances totalement fabriquées que les hiérarques de Bruxelles zélés thuriféraires de la religion imposée par les banques centrales veulent nous faire croire depuis les décennies que l’équilibre budgétaire est avec la croissance et l’excédent commercial l’alpha et l’oméga du bonheur collectif.

Alors que les Français sont de plus ne plus nombreux à ouvrir les yeux et vouloir claquer leur gueule à ces ventriloques du Système, comme par hasard voici qu’à moins de 90 jours de l’élection présidentielle tombe le rapport Pébereau. Et qu’on nous ressert le vieux refrain de la dette.

Voir l’article du Figaro du 15 février 2017 : Ces 5 chiffres qui montrent l’urgence de réduire les dépenses publiques en France.

Mais qui serait aujourd’hui assez naïf pour croire un apparatchik de la haute finance comme Michel Pébereau, ancien patron de BNP-Paribas, la banque la plus cynique de tout le cartel français ?

La dette ? Mais on s’en tape de la dette !

Qu’est-ce qu’une dette ? Une simple écriture dans un ordinateur. Cliquons sur « DELETE » et hop ! terminé : plus de dette !

images

Ça paraît facile à dire ? Et pourtant…

Bien sûr les médias n’en parlent jamais, mais ôtons nos œillères et observons comment depuis la crise de 2008 les Islandais ont dit aux banques d’aller se faire foutre en optant pour un autre modèle social et économique à l’opposé de la doxa monolithique qu’on nous ressert depuis 50 ans comme la seule vérité vraie. Les banques n’ont pas pu faire autre chose que s’aligner…

Dont acte.

Qui plus est, la dette est un mécanisme totalement pervers au cœur du système mis en place par les banques centrales pour asservir banques, états, entreprises et particuliers.

Le vrai sens de la « dette », ce n’est pas ce lien absurde que les états continuent d’entretenir avec les banques, et que nous continuons tous d’entretenir avec les puissances de l’argent.

Non. La vérité cachée derrière ce machiavélique artifice comptable, c’est que nous sommes tous totalement interdépendants. Que nous avons tous une dette les uns envers les autres. Et que l’humanité tout entière a une dette envers elle-même. Parce que nous ne cessons d’emprunter à nos enfants pour financer notre rêve de toute puissance et de jouissance sans limite.

Changer ? Mais quoi ?

Il est temps de changer radicalement de modèle, au risque de nous autodétruire en suivant une logique qui conduit l’humanité à sa perte.

C’est sûr, quand on a été gavé de poison libéral depuis son enfance il faut du temps pour reformater le disque dur et oublier l’endoctrinement qu’on a subi. Mais c’est possible.

Quels sont les enjeux ? Quelles sont les priorités ? Quelles sont les solutions ?

Faut-il comme on le dit souvent remettre le politique au-dessus de l’économie ? Ne faudrait-il pas d’abord remettre l’homme au cœur de la politique ?

Réaffirmer le primat du politique sur l’économique c’est bien, mais ça sonne surtout comme une revanche d’une classe politique décrédibilisée, d’un discours politique désavoué par les électeurs et d’une volonté de récupérer des voix face au succès de l’abstention et à la montée des extrêmes.

On ne construit pas l’avenir en faisant marche arrière. On ne compense pas les effets néfastes de la violence des marchés en élevant des barrières protectionnistes comme s’imaginent pouvoir le faire Trump ou Marine Le Pen.

Quant à la mondialisation souvent accusée de faire le malheur des déclassés, elle arrive à son terme et jamais des murs ou des frontières ne permettront de revenir à un paradigme qui appartient au passé.

Faut-il alors laisser faire, laisser passer ? Et laisser au Système le soin de s’autoréguler ? L’avènement de la société de consommation capitaliste constitue-t-il le point ultime de l’évolution humaine, comme l’affirmait Philippe Muray, théoricien cynique préfigurateur de Houellebecq qui reprend à son compte la thèse hégélienne de la « fin de l’Histoire » ?

Certainement pas !

Faut-il ériger des contre-pouvoirs ? L’Etat doit-il réguler le marché comme le prétendent les partisans de politiques interventionnistes ou d’inspiration keynésienne ?

Force est de constater que toutes ces tentatives ont échoué.

De plus, le paradigme politique n’est certainement la clé pour comprendre le monde d’aujourd’hui.

Pas plus que la « nation » n’est le concept idoine pour retenir des identités déliquescentes et ordonner les échanges humains.

Sortir des paradigmes anciens

Comme l’a démontré le sociologue Alain Touraine[i], nous avons changé de paradigme.

Au cours de son histoire, l’humanité a d’abord connu un premier paradigme « politico-militaire ».

crecy

Celui-ci était marqué par l’ère des batailles et des empires concentrés sur leur volonté de conquête hégémonique. Le pourvoir appartenait alors au prince. Une stratégie orientée vers la conquête de nouveaux territoires, la préservation et l’expansion d’un modèle civilisationnel inspirait alors l’action politique et militaire des états.

De Lao Tseu à Clausewitz en passant par Machiavel, le rapport de forces entre états rivaux se réglait par les armes et le gouvernement des peuples par l’usage de la force arbitraire ou légitime des puissants.

Ce système a produit des merveilles, a soumis des peuples entiers à la férule du modèle le plus puissant, mais il n’a pas assuré le bonheur de l’homme. Tout au plus a-t-il permis de pérenniser des dynasties vouées tôt ou tard au déclin.

Le succès des idéaux des Lumières et des grandes utopies sociales, l’avènement de la démocratie partout en Occident, l’effondrement des empires et l’affirmation du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes au sortir de deux guerres mondiales, les révolutions industrielles puis numérique, l’essor du capitalisme marchand, le triomphe du Marché et la mondialisation de l’économie ont conduit au début du 19e et jusqu’à la fin du 20e siècle au remplacement de cet ancien paradigme par un nouveau : le paradigme économico-social.

economie_1

Le Peuple souverain a replacé le Prince. Le Marché dans les sociétés capitalistes et l’économie planifiée dans les sociétés marxistes ont supplanté le primat du politique. La conquête de nouveaux territoires géographiques a été remplacée par celle de nouveaux territoires économiques.

Toute l’action collective s’est orientée vers l’édification d’une société fondée sur les valeurs démocratiques de liberté, d’égalité, de justice et la redistribution des richesses selon un idéal de fraternité.

Ce paradigme est aujourd’hui caduque.

La mutation rapide du capitalisme industriel en ultralibéralisme financier et le choc de la mondialisation aujourd’hui arrivée à son terme ont creusé les écarts et exacerbé la contestation d’un modèle économique inhumain.

Car celui-ci conduit à l’épuisement des individus et des ressources, à l’accroissement de la pauvreté et au creusement des écarts entre riches et pauvres, à des formes nouvelles d’esclavagisme, à la multiplication des guerres et des violences instrumentalisées pour servir les intérêts des grandes puissances, à la quête inassouvie d’un bonheur matérialiste et hédoniste fondé sur la consommation effrénée et le divertissement permanent, à la manipulation constante de l’opinion par les médias, à la dictature de la transparence, au repli des droits individuels au profit d’un monde hypernormatif, d’une surveillance permanente de la vie personnelle et sociale, à la perte totale du sentiment d’appartenance collective, du sens du bien commun, de la morale, des repères et des valeurs.

Selon Alain Touraine, le nouveau paradigme qui émerge aujourd’hui est avant tout culturel. Il se caractérise par l’opposition de modèles civilisationnels et culturels pour la domination mondiale jusqu’à l’avènement d’une culture planétaire portée par la mondialisation économique qui finira par supplanter les particularismes.

Si elle peut paraître juste, cette analyse centrée sur la culture n’est pas satisfaisante. Car elle ne rend pas compte de l’étendue et du sens profond de la crise actuelle, de ses enjeux les plus essentiels et des solutions à mettre en œuvre pour sauver l’humanité d’une destruction assurée.

Vers une conscience planétaire

Ce qu’il faut aujourd’hui c’est changer radicalement de vision et de modèle.

Non pas simplement changer de modèle de « société », car la société est un concept aujourd’hui dépassé. Tout comme la « nation », la société est un paradigme aujourd’hui englobé dans un ensemble plus vaste dont le périmètre est l’humanité tout entière en voie d’unification.

La mondialisation des échanges, non seulement des échanges économiques mais aussi la globalisation des savoirs et des cultures, l’accélération de la mobilité et la multiplication des échanges humains, qui s’accompagnent d’un déracinement généralisé de la culture d’origine mais aussi d’un enrichissement par le commerce avec une multitude d’autres, le développement d’internet et des réseaux sociaux qui permet d’échanger en temps réel les informations, de brasser les connaissances, de confronter les modèles de pensée et les habitudes de vie, tous ces phénomènes conduisent à l’émergence d’une nouvelle conscience planétaire.

conscience-planc3a9taire2

Cette métaconscience est celle de l’Humanité tout entière en voie d’unification. Et non la somme des consciences individuelles ou des éons collectifs en concurrence pour s’imposer comme l’entité dominante.

Cette unification en cours est inéluctable. Elle s’accélère, s’intensifie et s’approfondit. Il ne s’agit pas d’une « uniformisation » comme on le prétend souvent, même si les différences tendent apparemment à se niveler.

En réalité les différences jouent pleinement leur rôle moteur de la relation et de l’accélération cognitive et spirituelle.

Cette dynamique propulse la conscience collective dans une spirale ascendante vers des niveaux de plus en plus élevés. Ici et là, partout émergent des sauts de conscience qui ne sont pas à proprement parler des « prises de conscience » – encore que les crises jouent ce rôle – mais une expansion de la conscience globale, ramifiée en une infinité de connexions quantiques.

Le nouveau paradigme est donc bien plus que culturel : il est spirituel.

Inévitables régressions

La transition entre l’ancien et le nouveau paradigme passe par une étape de questionnement éthique. La passerelle entre l’idéalisme social propre au paradigme économico-social dont on voit aujourd’hui la faillite complète et le nouveau paradigme spirituel est jonchée d’angoisses existentielles, d’interrogations relatives à la morale, au sens de la vie ou à la soif d’une nouvelle transcendance.

A mesure que la réalité de cette nouvelle entité émergente qu’est l’Humanité nouvelle se fait jour et que la Conscience globale absorbe les consciences individuelles, des peurs vertigineuses se réveillent, liées au sentiment de perte d’identité personnelle ou collective.

Les crispations de la conscience qui en résultent se traduisent par des focalisations apocalyptiques sur fond de cataclysme écologique, de terreurs millénaristes, de fantasmes de 3e guerre mondiale et de destruction globale.

Ces soubresauts de la conscience en train d’accoucher se matérialisent par divers chocs, catastrophes, épidémies, flambées de violence ou emballements hystériques.

Autant de phénomènes dont on ne retient que la partie émergée de l’iceberg déformée par les lunettes de la pensée unique libérale qu’on chausse habituellement : crise économique, sociale, politique. Au mieux crise identitaire, culturelle ou civilisationnelle.

Contrairement à ce que l’on croit ce ne sont pas les désordres économiques, sociaux ou politiques qui génèrent un sentiment de panique et traversent la conscience de hantises diverses. Croire cela reviendrait à penser que les « événements factuels » déterminent nos perceptions psychologiques, qui à leur tour font fluctuer notre état d’esprit.

Passer du monde cartésien à la conscience quantique

La physique quantique nous révèle que c’est au contraire l’esprit qui tient le gouvernail. Et que notre réalité individuelle ou collective n’est pas « perçue » de l’extérieur mais que nous la créons à chaque instant. Que ce que nous croyons subir n’est pas la résultante d’événements indépendants de notre volonté mais le produit exact de nos choix et de nos représentations inconscientes.

conscience-quantique

Ce monde en plein tourment n’est en fait qu’un gigantesque hologramme dans lequel nous nous projetons et dont nous nous croyons prisonniers.

Il suffit de penser, d’énoncer et de faire les choses différemment pour que notre réalité change immédiatement.

Cela vaut pour les individus, cela vaut pour les groupes, et demain cela sera notre réalité universelle.

Notre devoir collectif ce n’est pas aujourd’hui de changer le monde. Que ce soit par un effort « contre » une nature hostile comme le croient les partisans d’une vision anthropocentrique du réel. Ni à l’inverse en nous amendant de nos erreurs pour nous réconcilier avec une mère-nature bonne et généreuse mais qui nous renverrait aujourd’hui à notre inconscience et à nos excès. Vision infantile partagée par les partisans d’une vision « écocentrique ».

En revanche notre responsabilité collective passe par la prise de conscience des représentations que nous créons, qui à leur tour se traduisent par des modèles dont nous ne savons plus sortir.

La réalité collective est fondée sur l’intrication permanente d’égrégores collectifs, lesquels orientent à l’image de champs magnétiques et donne vie à ce que nous interprétons comme le réel, et en détermine l’apparence de réalité.

Nos pires ennemis sont nos peurs. A nous d’en prendre conscience et d’en être maîtres et non esclaves.

Le Système instrumentalise, nourrit sinon crée lui-même ces psychoses collectives par son obsession vaine et violente à affermir son pouvoir sur les êtres et les esprits.

Partout apparaissent en réaction des régressions de types religieuses, nationalistes, identitaires, communautaires.

Bien entendu toutes ces logiques qui s’appuient sur une volonté désespérée de retour aux mythes religieux, à la nation, au groupe de référence ou qui renforcent l’enfermement narcissique et l’individualisme contemporain s’appuient procèdent d’une lecture faussée par la peur et sont vouées à l’échec.

Pire, elles ne font que renforcer une dérive, une caste ou un système qu’elles prétendent combattre.

La pensée cartésienne ou rationnelle, si forte en France, qui prétend s’opposer à la pensée mythique, est aussi ce qui nous aveugle le plus. Il est temps de revêtir la conscience quantique. Que le philosophe Ken Wilber nomme « pensée centaurique ».

Cette pensée dépasse le prisme trompeur engendré par la dualité, par la pensée verbale et les concepts. Et l’apparente incompatibilité entre rationnel et irrationnel.

Pour entrer dans ce paradigme de conscience, il faut aller au-delà des mots et même des représentations.

Je ressens donc je suis

On a coutume aujourd’hui d’ironiser sur cette propension générale à privilégier les émotions et les affects par rapport aux idées.

Pourtant émotions et affects sont ce qui caractérisent les mouvements de notre âme. Et notre âme, plus que notre esprit résumé à l’intellect, est ce qui nous relie consciemment à notre être profond et à tout ce qui est.

ame

Nous nous sommes tellement détachés de nos émotions que nous en sommes par exemple venus à croire que l’on peut transmettre des savoirs ou des savoir-faire à de jeunes enfants en faisant totalement abstraction des émotions qui les accompagnent et de la sensibilité de ceux qui les reçoivent. Or c’est tout l’inverse. Parce qu’avant d’accéder à la pensée cartésienne, les plus petits fonctionnent naturellement dans la pensée quantique. Et vibrent instinctivement au diapason des consciences qu’ils côtoient dont ils captent les moindres frémissements.

Appliquons-nous donc à bien ressentir. C’est-à-dire à ne pas être esclaves de nos perceptions, de nos émotions ou de nos sentiments, mais à les accueillir, à les accepter, à les observer, à les nommer, à les partager et à les laisser vivre sans nous identifier à eux.

Car sans eux nous sommes détachés de qui nous sommes. Nous vivons dans les illusions engendrées par notre intellect et non au contact de l’énergie qui vibre en nous et nous fait être.

Notre travail consiste à prendre conscience de ce que nous sommes conscients, d’être conscients d’être, c’est-à-dire en perpétuelle évolution, en perpétuel devenir. De renoncer à fixer cette identité autour d’un sentiment d’avoir, de savoir, de pouvoir ou d’appartenir. Mais de nous concentrer sur la seule réalité qui est : que nous sommes des êtres totalement reliés, que toute séparation est illusoire et que nous ne faisons qu’Un avec tout ce qui est.

Lorsque le plus grand nombre aura réalisé cette étape, la conscience collective arrivera à son point d’achèvement. Toute velléité d’attachement matériel, de possession égotique, de compétition pour la conquête de nouveaux territoires, de nouveaux pouvoirs ou de nouveaux savoirs nous apparaîtra vaine.

Seule la recherche de la plus grande réalisation, du plus grand bonheur collectifs seront au cœur de notre engagement. La paix règnera éternellement. L’homme vivra éternellement (ce qui est déjà le cas même s’il le nie ou l’ignore), et il accomplira des prodiges dont il n’a même pas idée.

Ceci n’est pas une utopie, une chimère ou une illusion. C’est la seule réalité possible. A nous de la comprendre, de la choisir, de l’embrasser et de la « réaliser » collectivement. Il n’y a pas d’alternative.

Mettre l’Humanité au cœur de toutes nos préoccupations

En France, la fascination morbide pour les attentats terroristes de 2015 et 2016 a totalement anesthésié la pensée collective, en exacerbant les suspicions identitaires et en précipitant la fragmentation communautaire. La France est devenue incapable de s’inventer un avenir. Et se venge de son sort en décapitant sa classe politique.

Seule demeure dans des discours vides de sens la référence réflexe à une « République » dont on ne sait plus très bien s’il faut passer ou non à la 6e pour sortir du marasme politique, aux « Droits de l’homme » devenus un mythe démenti par les atteintes croissantes aux libertés individuelles, et à la « démocratie » qui n’est plus qu’un mirage destiné à masquer la manipulation par les élites et institutions financières, la disparition du pouvoir des individus et la limitation de l’expression démocratique aux outrances télévisuelles et à des parodies électorales mises en scène par les médias.

Faut-il revenir à une forme d’humanisme, remettre l’homme au centre de la politique ?

Non. D’abord parce qu’on l’a vu la logique politique ne fait plus sens aujourd’hui. Ensuite parce que ce n’est pas l’idéal humaniste si élevé soit-il qui nous sauvera mais l’inscription de plein pied, libre, joyeuse et active dans ce grand mouvement qui nous aspire vers un destin qui nous dépasse.

Pour devenir les acteurs de notre avenir, il faut mettre la conscience de cette appartenance à une Humanité dont nous sommes les cellules au cœur de toutes nos préoccupations, des plus anodines au plus essentielles.

humanite

Nous sommes en marche. Mais pas pour élire un politique fantoche qui veut nous manipuler pour nous déposséder de notre pouvoir et nous rendre davantage esclaves d’un Système à bout de souffle.

Nous sommes en marche vers notre propre avènement.

Le changement ne « doit » pas arriver : il est déjà là.

Ce n’est pas pour demain, c’est ici et maintenant.
______________________

*Un changement doit arriver

[i] Alain Touraine : Un nouveau paradigme. Comprendre le monde d’aujourd’hui. Fayard, 2005