Jésus l’enquête: la résurrection entre quête de la vérité et quête spirituelle

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Sorti en France le 28 février le film Jésus, l’enquête (The case for Christ) a déjà fait couler beaucoup d’encre, notamment dans la mouvance évangélique.

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Rien de moins étonnant pour un blockbuster hollywoodien surfant sur les obsessions d’une Amérique en pleine confusion spirituelle, écartelée entre le tandem présidentiel Trump/Pence largement soutenu par les chrétiens fondamentalistes, la nostalgie de l’ère Obama, un rêve américain qui bat de l’aile et les crispations inquiètes d’une grande puissance en quête d’une nouvelle identité et dont le Congrès avait inscrit la devise In God we trust sur le Grand sceau comme sur le billet vert.

Tiré d’un roman autobiographique le film raconte l’itinéraire spirituel quasi rédempteur d’un journaliste d’investigation athée bousculé par la conversion de sa femme à la foi évangélique. Partant du principe que si l’on peut prouver que la résurrection du Christ n’a pas eu lieu tout l’édifice du christianisme s’effondre, le héros part enquêter à Jérusalem sur les traces du « cas Jésus ». Un Da Vinci Code à la sauce évangélique. Sauf que l’histoire est vraie. Et qu’au terme de son enquête le personnage fera une rencontre avec Jésus qui bouleversera sa vie.

Un témoignage sans doute très sincère et très touchant mais qui une fois merchandisé en best-seller de librairie puis en succès hollywoodien devient un exemple est assez typique des méthodes prosélytes utilisées par les églises évangéliques.

Les limites de la preuve

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Au-delà de cette histoire pleine de rebondissements et de bons sentiments, le film aborde le sujet des limites de la « preuve » opposée à l’expérience spirituelle. Il s’inscrit dans un débat éculé qui oppose depuis des siècles la Foi et la Raison. Et notre part émotionnelle et irrationnelle en butte à un esprit pétri de rationalisme athée. Avec en parallèle l’opposition récurrente quoique anachronique aujourd’hui entre dogme et science.

La foi en la résurrection de Jésus relève en effet d’une « croyance » en une vérité qui n’est pas établie : elle concerne des « événements », ou des « faits », qui n’ont pas été a priori retenus par le consensus majoritaire comme « crédibles » sinon attestés comme « réels » .

Pour peu qu’elle se soit réellement produite à Jérusalem au lendemain de la fête de Pessah de l’an 33, la résurrection de Jésus ne saurait donc être « prouvée » ou infirmée au terme d’une quelconque enquête journalistique. Ni par le biais d’un minutieux travail d’historien.

Que l’on sache, aucun humain n’a assisté en tant que témoin oculaire à la résurrection du jeune rabbin de Nazareth. Celle-ci n’a pas fait non plus l’objet d’un procès-verbal de police. Elle ne saurait donc être considérée comme un événement historique, encore moins comme un « fait » juridiquement opposable. Une telle prétention est évidemment une chimère, même si le sujet n’a pas épuisé des générations de spécialistes.

En ce qui concerne une approche historique, rappelons que pour autant qu’ils relatent des « événements », les historiens s’appliquent prioritairement à construire une « mémoire collective », plus qu’à authentifier des faits objectifs . Cette mémoire vivante est élaborée à partir d’un ou de plusieurs points de vue. La recherche de la vérité en matière d’Histoire n’a de valeur que relative et conciliaire puisqu’elle relève d’un consensus jamais définitif des historiens sur le champ qu’ils définissent comme sujet d’étude. La vérité historique demeure donc toujours un objectif à atteindre, jamais une certitude absolue.

S’agissant de la résurrection elle-même, les historiens ne peuvent se prononcer que sur le périmètre d’un tel événement. Ils ne peuvent décrire que l’impact produit à son sujet par les témoignages et agissements attribués aux membres d’une petite communauté de disciples, marginale parmi les courants juifs et autres religions présentes en Judée et dans le pourtour méditerranéen au 1er siècle. Et bien entendu sur les conséquences évidentes au plan de l’Histoire universelle d’un tel message porté par les tenants de la religion nouvelle et leurs successeurs.

Cet événement qui a fait basculer l’Histoire ne peut être a priori l’objet d’aucune étude « scientifique » qui en fournirait quelque élément de « preuve ». Il demeure pris entre deux attitudes extrêmes : la foi aveugle et le scepticisme radical.

Ce dont on ne peut que se réjouir, sans quoi il n’y aurait plus aucune place pour le libre arbitre personnel. Et interdirait tout acte libre et créateur de réalité qu’est le pari ou le choix conscient de croire telle ou telle chose « réelle » ou « vraie ». Qu’il soit de nature religieuse, idéologique ou scientifique, la tentation de tout discours dogmatique totalisant est précisément d’imposer à tous comme L’unique Vérité ce qui relève toujours en définitive d’un choix de valeurs.

Pour une science humaine comme l’Histoire, les modes d’authentification des faits diffèrent de ceux utilisés par les sciences exactes comme la physique pour valider des phénomènes observables : on ne peut pas a priori expérimenter scientifiquement une résurrection en tant que phénomène physique, avec le caractère reproductible sinon « prédictible » requis selon des lois physiques.

S’agissant des événements historiques retenus par l’Histoire on se saurait non plus « prouver » leur réalité intrinsèque indépendamment d’une conscience historique qui leur confère l’apparence d’une réalité sous forme d’un « événement passé » repérable selon un continuum temporel.

Or d’après les lois de la physique quantique et ses implications dans le domaine des neurosciences, les événements du « passé » n’ont aucune réalité intrinsèque. Ce que l’on conçoit comme un passé objectif n’a en vérité aucune existence propre, sinon en tant que « mémoires » individuelles ou collectives. Seul le présent existe, le futur n’existant qu’à l’état de virtualités.

Qu’en est-il de la foi ?

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Icône de la descente aux enfers

Seuls les chrétiens croient en principe à la résurrection de Jésus. Les Juifs n’y croient pas sans quoi ils seraient chrétiens. Le Coran reste dans l’incertitude et porte plutôt à croire Jésus ne serait pas mort[i] ; certaines interprétations prétendent même que ses disciples auraient substitué un sosie à la place du messie sur la croix.

Croire en la résurrection est a priori un acte de foi. Personnel avant d’être collectif.

Rappelons au passage que la résurrection conçue comme le retour à la vie d’une personne décédée n’est pas une expérience dont Jésus aurait eu l’exclusivité, même si pour les chrétiens elle représente le sommet du message évangélique.

Si l’on s’en tient aux textes bibliques, trois résurrections sont citées dans le Premier Testament : le fils de la veuve de Sarepta (1 Rois 17), le fils de la Sunamite (2 Rois 4) et un homme dans le sépulcre d’Élisée (2 Rois 13). Selon les évangiles canoniques trois autres personnages auraient été ressuscités grâce à l’intervention de Jésus au cours de son ministère : la fille de Jaïre (Marc 5,22-43), le fils de la veuve de Naïm (Luc 7,11-17) et son ami Lazare (Jean 11).  Enfin Dorcas, un disciple de Jaffa ressuscité par Pierre (Actes 9:36-43).

L’idée de la résurrection des morts est également un des fondements essentiels de l’eschatologie musulmane (1).

Pour l’homme de foi il s’agit en revanche davantage de croire ou non « en » la Résurrection que de croire simplement que la résurrection est une réalité. Terme qui recouvre plusieurs acceptions : Relèvement des morts (revenir à la vie), perspective eschatologique de la Fin des temps : combat escathologique, Résurrection des morts et Jugement dernier, prélables à l’instauration d’un règne messianique de paix et de justice, tels que l’annoncent les textes juifs comme Daniel et chrétiens comme Matthieu ou l’Apocalypse de Jean (Révélation). Annonces sinon textes eux-mêmes dont se sont sans doute en partie inspirés les rédacteurs du Coran.

Autant de sources écrites fondement de dogmes de foi à propos de la Résurrection. Et dont l’interprétation n’a cessé d’alimenter la controverse au fil des siècles, depuis que la croyance en la résurrection s’est imposée dans le judaïsme massorétique à l’époque des Maccabées.

Un pari existentiel autant qu’ontologique

Le fait de croire en la résurrection est avant tout un choix personnel qui fait sens et crée de la réalité du point de vue spirituel pour ceux qui la partagent.

Ainsi le Chrétien qui adhère à l’être-même de Jésus ressuscité s’inscrit dans la perspective de la Vie éternelle et du Royaume à venir. Pour beaucoup, celle-ci prend la forme d’une attente messianique conçue non plus comme un événement inscrit dans l’Histoire et qui en marquerait le terme, mais comme le choix d’enraciner sa vie dans une dimension spirituelle qui échappe à la matérialité et à la temporalité : vivre d’ores et déjà dans et pour le Royaume. C’est-à-dire préfigurer un monde qui « advient » ici et maintenant plus qu’un monde à venir.

Et actualiser cette perspective promise à l’humanité tout entière en focalisant ses propres choix essentiels et existentiels vers la préfiguration d’une humanité ayant « réalisé » tout son potentiel « divin ». Humanité préfigurée pour les Chrétiens en la personne de Jésus.

Dans la vision propre aux églises messianiques, cette inscription du message évangélique dans une temporalité critique demeure prépondérante. Comme dans la vision de l’apôtre Paul, horizon reste tendu vers l’annonce du retour imminent du Messie crucifié, mort et ressuscité à Jérusalem.

Le thème de la Seconde Venue de Jésus est aujourd’hui l’un des plus en vogue dans la mouvance évangélique. A l’image des thématiques apocalyptiques centrales dans les sectes messianiques juives.

Plus globalement les chrétiens partagent une espérance du Salut. Salut obtenu selon la théologie protestante par pure Grâce du fait de la foi en (adhésion à) la personne de Jésus, Messie et Sauveur. Ou selon les œuvres selon la théologie catholique classique.

Sauveur de quoi au juste ?

Du « péché » ? Terme souvent compris comme une « faute », un manquement à des règles comportementales telles qu’établies selon une lecture littérale des textes ? Ou terme qu’il faudrait plutôt entendre selon l’étymologie du verbe pécher en hébreu comme la résultante d’un défaut de ciblage de notre désir ontologique : « rater sa cible ».

Ou bien encore comme la libération salutaire d’une croyance illusoire en la réalité de la « Mort » conçue comme le terme définitif de toute forme de vie et la néantisation de l’être.

Avec les conséquences au plan existentiel, psychologique et spirituel que peuvent engendrer les croyances et représentations, individuelles et collectives, à propos de la mort. Croyances et représentations nourries des peurs les plus archaïques et objet de toutes les spéculations théologiques sur l’Après-vie.

Vers une compréhension dépassionnée ?

Si elle est vécue de façon active, la croyance effective sinon la foi en la résurrection produit du sens et de l’effet dans la vie présente.

Elle révèle la prégnance tangible d’une dimension non matérielle, « numineuse », présente au cœur même de notre existence incarnée. Un déjà-là qui n’est pas nécessairement repoussé de façon spéculative vers une hypothétique vie après la vie terrestre, un Paradis céleste, ou une Vie éternelle à venir qui ne serait promise qu’aux seuls élus.

Quoi qu’il en soit, la résurrection est un phénomène qui bouleverse nos conceptions classiques du temps et nos représentations quant aux limites du corps physique.

Admettons que Jésus a bien été crucifié, que son corps physique est bien mort, a bien été embaumé selon le rite puis enterré comme le relate les textes et la Tradition. Sous quelle forme est-il alors apparu à ses disciples ? Non comme un simple « fantôme », un « spectre », mais de façon identifiable par ses plus proches disciples. Avec un corps doué de facultés physiques « extra-ordinaires » : multilocalisation, faculté d’apparaître et de disparaître instantanément, de se matérialiser et se dématérialiser, et de jouir toutefois de certaines facultés physiques d’un homme « normal », comme respirer, voir, entendre, ressentir, parler, être vu, entendu, touché, manipuler des objets (rompre le pain), manger et boire ?

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C’est là que les théories et découvertes récentes ou à venir de la physique quantique pourraient ouvrir des perspectives de compréhension pour décrypter un phénomène qui relève toujours pour l’église du « mystère ». Et qui  résiste toujours à toute explication scientifique.

Du moins pour la science classique fondée sur les lois causales, longtemps fermée à l’irrationnel et marquée notamment au cours des deux siècles derniers par le matérialisme athée.

Grâce notamment à l’éclairage des découvertes quantiques sur l’origine de la conscience, des équipes de chercheurs s’attachent depuis quelques décennies à étudier en laboratoire des phénomènes auxquels la science était jusqu’alors réfractaire. Etats modifiés de conscience, cas cliniques de mort imminente (NDE), phénomènes « psys » (télépathie, psychokinésie voire ufologie).

Ce qui relevait autrefois de la métaphysique voire de la mystique n’est plus aujourd’hui un sujet tabou pour des scientifiques qui contribuent à faire évoluer les nouvelles sciences du 21e siècle hors des frontières où l’avait contrainte la pensée dualiste et l’idéologie scientiste ou rationaliste propres aux deux siècles précédents.

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S’agissant du 7e art, des scénaristes et producteurs inspirés auraient matière à réaliser une œuvre cinématographique qui laisserait entrevoir à propos de la résurrection ce que l’industrie du divertissement et les médias semblent aujourd’hui incapables d’appréhender autrement que sur le registre du sensationnel ou de l’émotionnel.


(1)« … à cause de leur parole (les juifs) : “Nous avons vraiment tué le Christ, Jésus, fils de Marie, le Messager d’Allah”… Or, ils ne l’ont ni tué ni crucifié ; mais cela leur est apparu ainsi (en arabe : choubbiha) ! Et ceux qui ont discuté sur son sujet sont vraiment dans l’incertitude : ils n’en ont aucune connaissance certaine, ils ne font que suivre des conjectures et ils ne l’ont certainement pas tué, mais Allah l’a élevé vers Lui. Et Allah est Puissant et Sage » (Sourate 4:157-158)

(2) Cf. Piotr Kuberski : La résurrection dans l’islam. Revue des Sciences Religieuses : Christianisme et islam. 87/2 | 2013, p. 179-200

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Ne dites plus « Au feu ! » , dites : « Au complot ! »

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Commentaire de la campagne médiatique engagée suite à la publication d’une enquête de l’Ifop en janvier 2018 révélant qu’une majorité de Français adhéreraient à des « théories du complot ».

Voir notamment cet article d’un média indépendant : Théories du complot : les médias s’emballent

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Et vas-y que je t’en remets une couche !

En venir à comptabiliser les faiblesses coupables pour ces soi-disant « théories du complot » comme on enlève des points sur un permis démontre la malhonnêteté du procédé et de ceux qui entendent culpabiliser les Français avec des messages subliminaux du type : « Tu crois à ces salades, pauv’ demeuré ? Pis 4, pis 7 ??? Non mais t’as pas honte ?… »

Question essentielle: QUI décrète que tel discours relève de la « théorie du complot » et tel autre de la simple hypothèse contradictoire ?

Et qu’entend-on par « théorie du complot » ?

A vrai dire ce terme employé à tort et à travers de « théorie du complot » est devenu aujourd’hui une expression-valise, comme « complotiste » une injure réflexe.

On y range à peu près tout ce qu’on veut, dès lors qu’on veut décrédibiliser toute volonté d’en savoir davantage ou toute question qui dérange par rapport à tel ou tel discours officiel.

Et qu’on veut ridiculiser instantanément son interlocuteur pour clore définitivement tout débat contradictoire.

« Circulez, y a rien à voir ! » : la méthode est vieille comme le monde…

Au Moyen-Âge on chassait les sorcières et les « hérétiques » qui osaient prétendre que la terre était ronde.

Plus tard c’est Darwin que certains obscurantistes encalottés ont voulu brûler parce qu’il avait osé démontrer que l’homme descendait du singe.

Aujourd’hui c’est la Pensée unique, dogmatique, « officielle » qui verrouille toute contradiction, en vouant au bûcher ceux qui osent demander des comptes aux pouvoirs en place.

Quid de ces journalistes courageux qui osèrent enquêter sur les fameuses « armes de destruction massive » durant la campagne de désinformation conduite par l’administration Bush afin de préparer les guerres « préventives » au Moyen-Orient, conceptualisées de longue date par les faucons néoconservateurs et dans lesquelles ils entendaient entraîner tous leurs alliés ?

Non contents d’instrumentaliser les institutions mondiales pour servir leurs intérêts stratégiques, l’ivresse du pouvoir et l’arrogance des nouveaux empires les poussent à toujours faire reculer le bouchon trop loin.

Qu’un obstacle se présente pour titiller leur rêve d’hégémonie et ces maîtres du monde n’hésitent pas à utiliser en premier lieu la caricature ou le ridicule comme armes pour faire taire les impénitents.

Si ça ne suffit pas on rouvre les tribunaux d’inquisition, on flique à tout va tous les comportements déclarés suspects sur la toile et on instaure le régime de la transparence obligatoire et de la délation de tous par tous.

D’abord on assimile les esprits trop curieux à de pauvres imbéciles mous du bulbe, qui gobent tous les fantasmes circulant sur internet et font flipper la brave ménagère en agitant des spectres.

Puis on convie la meute à l’hallali médiatique autour de ces parias. Comme autrefois on exécutait sur les places publiques les criminels et les hérétiques.

Michel Foucault avait très bien analysé dans Surveiller et punir comment le pouvoir fabrique des discours et des représentations, invente des catégories de parias et de marginaux comme le « fou », pour mieux surveiller, délimiter, encadrer ce qui relève du licite, du normatif ou de l’acceptable, et ce qu’il convient de réprimer, de pénaliser ou d’éliminer.

La science moderne a pris le relai des inquisiteurs en inventant de nouveaux concepts pour justifier la mise à l’écart des individus et des discours qui échappent à la norme et perturbent l’ordre établi : la psychiatrie naissante a ainsi scrupuleusement catégorisé des « névroses », des « déviances » ou des maladies psychiques qu’il convenait de cartographier, de repérer, de traiter ou d’éliminer, dans un souci hygiéniste et pour le bien de tous, surtout des intéressés récalcitrants. Reprenant à son compte l’obsession des enquêteurs de police ou des directeurs de conscience qui traquaient le crime dans les bas fonds des cités ou le péché tapis au cœur de l’âme corrompue des bonnes ouailles.

A l’ère de la postmodernité et du numérique où c’est la maîtrise de l’information qui fonde le vrai pouvoir, les critères de la marginalité, de l’acceptable et de l’inacceptable qui fondent la vérité normative et lui confèrent l’illusoire valeur d’objectivité ont changé.

Qui plus est, le respect des plus élémentaires principes démocratiques, du moins en apparence, suppose que les règles et modes de fabrique de l’information apparaissent comme accessibles et contrôlables par le plus grand nombre. Ni l’idéologie totalitaire ni l’usage de la violence légitime ou du seul charisme de l’homme providentiel pour sacraliser les discours ne sont compatibles avec l’exercice du débat démocratique, lequel suppose la confrontation et l’arbitrage permanents entre des opinions divergentes relatives à des intérêts particuliers.

Ainsi, aujourd’hui les discours qui servent les pouvoirs en place fondent leur authenticité et leur autorité en rejetant dans la marge ce qui aux yeux des officines chargées d’élaborer et de valider l’information de masse relève de l’objectif, et ce qui relève du subjectif, sinon du mensonge ou de l’information biaisée et notamment taxée de «théorie du complot ».

A une praxis de l’information orthodoxe supposément branchée sur le réel et servie par les médias agrémentés s’opposent des théories relevant de spéculations imaginaires et donc potentiellement erronées, fausses ou délibérément conçues pour égarer les esprits.

Seule la méthodologie a changé. A l’inverse des cartographes du vice ou de la démence des 19e et 20e siècles, un seul mot d’ordre permet aujourd’hui aux gardiens de la Vérité du 21e siècle d’interdire tout écart discursif et d’assujettir tout discernement critique : L’AMALGAME.

Pour être sûr de noyer le poisson, on range méthodiquement dans un même panier les têtes décapitées des chasseurs d’OVNI, des schizos enlevés par les Reptiliens, des drogués d’X-Files, des néonazis en croisade contre la juiverie, la franc-maçonnerie et l’oligarchie mondiales, des islamistes mouillant Israël et les Juifs à toutes kabbales modernes pour justifier leur haine antisémite…

Tout ça pour étouffer au passage les contre-enquêtes sérieuses, les témoignages gênants, les associations de victimes qui cherchent à défendre leurs droits ou celles de consommateurs responsables qui entendent contrer l’omnipotence des lobbies, les enquêteurs, reporters ou commissions scientifiques qui font juste honnêtement leur métier et ont encore un peu d’éthique et de sens civique.

Tous ensemble recouverts du voile opaque de la « conspiration », la seule la vraie : celle des obsédés du « complot » !

Tout ce qui s’écarte de la Pravda imposée au Lumpen-surfer amateur de sites taxés de déviance par les maîtres du monde avides de fric et de pouvoir, qu’ils soient politiques, stratèges, banquiers, hommes d’affaires ou vendeurs de camelote, se voit aussitôt recouvert de l’étiquette infamante et qui vaut condamnation immédiate de « complotiste ».

Et les médias serviles suivis par les esprits imbéciles qui s’en délectent de relayer cette propagande grosse comme un iceberg.

La ficelle est énorme.

Mais comme le disait Joseph Goebbels, fin connaisseur du procédé : « Plus le mensonge est gros, et plus les gens y croient. »

En somme la question cachée derrière ce procès pipé n’est pas : « Faut-il croire aux théories du complot ? » Mais : « A-t-on encore le droit de réfléchir sans gober tout cru les bobards des puissants comme un môme avale son carambar ? »

En somme c’est la base de la démocratie, fondée sur les libertés essentielles, notamment celle de s’exprimer et d’informer, qui est sournoisement mise à sac.

Mais il y a toujours des idiots utiles pour hurler au loup et crier « Au complot ! » en faisant enfler l’intox comme la rumeur d’Orléans.

C’est triste.

C’est surtout très inquiétant.

Car plus les choses avancent, plus l’idée s’insinue dans les esprits que le monde est divisé entre la vérité forcément servie par les forts et les « complots » fomentés par les rebelles, plus ce monde ressemble à la caricature qu’en ont faite avant l’heure des romans de science-fiction comme 1984 ou V comme Vendetta.

Au passage, c’est tout l’espace ouvert aux nuances qui est balayé par les schémas binaires.

Ainsi il n’y aurait plus aucune alternative possible, mis à part être un « bon citoyen » ou un « horrible complotiste ».

Le procédé est digne des pires régimes totalitaires, la propagande est subtile mais évidente.

Et le plus incroyable c’est que ça passe comme une lettre à la poste !

C’est à désespérer de nos orgueilleux esprits et de nos veilleurs autoproclamés. Qui tous semblent prendre un malin plaisir à se laisser gruger et à traquer l’apostat.

Est-ce la faillite de l’esprit ? La fin du libre arbitre ? Le crépuscule des libres penseurs ?

On pourrait le craindre tant le nuage de fumée est épais.

Plus dur sera le réveil pour certains, pourtant inéluctable.

Car la conscience évolue, l’ère du mensonge recule partout.

Et tôt ou tard les spéculateurs de l’Intox seront à leur tour désignés comme les criminels à abattre et mordront la poussière.

Il en va ainsi de la dialectique de l’Histoire depuis que le monde est monde. Pas besoin de lire Hegel ou d’être marxiste pour le constater.

Espérons que la tempérance et l’art de la nuance n’y laisseront pas cette fois toutes leurs plumes…