L’amour, la médecine et les miracles

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Le titre de cet article est aussi celui d’un best-seller publié en 1986 par le Dr Bernie Siegel, chirurgien et enseignant à l’Université de Yale.

Le 14 novembre dernier, le magazine Marianne publiait sur son site un article intitulé « Cathos, évangéliques ou islamistes, ces fondamentalistes qui menacent notre système de santé. »

A plus de 30 ans d’écart et plus de 7000 kilomètres de distance, deux conceptions radicalement opposées de la médecine et de la santé.

L’article de Marianne avait pour objectif de dénoncer les dérives fondamentalistes de certaines religions et les menaces que celles-ci peuvent faire peser sur l’exercice de la médecine.

Le livre du Dr. Siegel au contraire visait à démontrer les liens étroits entre l’esprit et la guérison. Et les limites d’une médecine trop obnubilée par la technique.

Le télescopage des deux points de vue révèle un hiatus profond entre une vision de la santé qui considère l’homme dans toutes ses composantes, physique, psychique et spirituelle, et celle d’une médecine officielle cramponnée à une vision exclusivement matérialiste, déterministe et biologique du corps, de la vie et de la conscience.

Pourtant de nouvelles sciences médicales émergent depuis 20 ou 30 ans, comme les neurosciences ou l’épigénétique, qui s’intéressent à l’origine et aux mécanismes de la conscience. Elles s’inspirent des découvertes les plus récentes de la physique quantique.

Ces recherches et ces découvertes encore balbutiantes propulsent la science moderne vers des horizons insoupçonnés. Elles remettent en cause les postulats fondés sur le rationalisme scientifique, le déterminisme, et forcent la science à revoir ses théories, à explorer des domaines qui relèvent de l’irrationnel, à penser en termes de synchronicité plus que de causalité, à abandonner les schémas classiques pour entrer dans une nouvelle compréhension, non rationnelle et non dualiste de la réalité, de la conscience ou du vivant.

La France est largement ignorante de ces avancées foudroyantes. Elle reste orgueilleusement crispée sur une vision hyper rationaliste, cartésienne et matérialiste de la réalité. Nos beaux esprits si assurés de la supériorité de l’esprit français sont souvent persuadés que les découvertes de leurs homologues outre-Atlantique ou outre-Manche ne sont que des égarements ou des fantaisies.

La médecine en France pâtit grandement de ce mépris superbe. Les grands mandarins qui la gouvernent sont embastillés dans la forteresse d’un Savoir dogmatique qu’ils transmettent aux jeunes générations de médecins, sans rien lâcher de leurs préjugés et de leurs certitudes.

Seuls quelques rares médecins en services de réanimation commencent aujourd’hui à s’intéresser aux EMI (Expériences de Mort Imminente), un sujet d’étude clinique depuis au moins 50 ans aux Etats-Unis. Malgré d’évidentes preuves sur la persistence de la conscience au-delà de la mort clinique du cerveau, la question de la mort et de l’après-vie reste souvent taboue. Les expériences vécues par les personnes revenues de la mort ont beau toutes suivre le même schéma, leurs visions sont évacuées par beaucoup de ces mandarins comme de simples « délires » ou « hallucinations« .
Alors parler de religion, c’est encore trop leur demander.
S’il est juste dans l’intérêt des patients de vouloir lutter contre une prétention trop assurée des religieux à vouloir les guérir selon des méthodes qui ne cadrent pas à 100% avec l’orthodoxie de la Faculté, sur le fond en revanche cette obstruction au spirituel n’est pas toujours objectivement fondée.
En France la médecine est très encadrée – on s’en réjouit – mais aussi extrêmement dogmatique. Tout ce qui ne cadre pas avec les dogmes de l’allopathie omnipotente est taxé de supercherie, de charlatanisme, ou interdit par les prélats de la médecine officielle. Le pouvoir des lobbies pharmaceutiques y est aussi pour beaucoup dans ces arbitrages.
Les médecines douces comme l’homéopathie, l’acupuncture, la phytothérapie, le qi gong (pourtant enseigné à la Faculté de médecine de Bobigny dans le cursus universitaire sur la Médecine Traditionnelle Chinoise), l’aromathérapie, la médecine ayurvédique ou amazonienne qui comportent des savoir-faire millénaires et constituent des réservoirs de molécules inégalés pour la médecine du futur, sont régulièrement montrées du doigt, empêchées ou déremboursées.

Aux Etats-Unis en revanche, au Royaume-Uni et en Suisse se développent des nouvelles médecines étudiées dans des laboratoires de recherche et en milieu clinique qui constituent à n’en point douter l’avenir de la médecine : médecines « quantiques » ou « spirituelles », thérapies psychédéliques…

Tous ces domaines en plein essor et riches de promesses de guérison infiniment supérieures à nos potions chimiques mobilisent pour certaines les ressources profondes de la conscience.

Dans le même temps les recherches et les théories engagées par les physiciens pour percer les mystères de l’Univers, « voir » au-delà du Big Bang, ou tenter d’unifier les théories débouchent souvent sur des spéculations métaphysiques étonnantes.

Ainsi les physiciens qui planchent pour trouver une théorie qui permettrait d’unifier les quatre grandes forces physiques qui régissent l’univers se heurtent à un problème de vocabulaire. Le seul mot qu’ils trouvent pour définir ce qui semble la matrice de toutes les forces qui font tenir ensemble l’Univers c’est… « l’amour ».

En France de nombreux médecins et chirurgiens ouverts recourent régulièrement à des techniques bien peu conventionnelles pour pallierles limites de la médecine traditionnelle. Des « guérisseurs », des « coupeurs de feu » interviennent régulièrement dans certains hôpitaux pour guérir des eczémas, des allergies voire des cancers réfractaires aux traitements habituels.
Les oncologues sont parmi ceux qui savent le mieux que le psychologique voire le spirituel jouent un rôle prépondérant dans la mobilisation de forces intérieures qui conditionnent la guérison. Le Docteur Carl Simonton fut l’un des premiers cancérologues américains à faire appel dans les années 1970 à des techniques de visualisation pour soigner ou soulager des cancers, et à obtenir des rémissions spectaculaires chez de nombreux patients en phase terminale.
Dans le domaine psychothérapeutique, le psychiatre Stanislas Grof a posé il a cinquante ans les bases de la psychologie transpersonnelle, en expérimentant des thérapies psychédéliques qui se sont révélées très efficaces pour soigner certaines névroses.
Aujourd’hui grâce à ces thérapies, on obtient des résultats spectaculaires dans le sevrage d’addictions graves à l’alcool, à l’héroïne, à la cocaïne, ou aux antidépresseurs. Mais aussi pour guérir en deux ou trois séances des troubles post-traumatiques ou des dépressions sévères résistantes aux médicaments et aux thérapies classiques.
De même, Robert Dilts, l’un des inventeurs de la PNL, est aussi un spécialiste de la santé et de la modélisation des croyances, limitantes ou au contraire positives, qui conditionnent la maladie et la guérison. Avec des effets positifs éprouvés depuis trois décennies sur des malades du cancer, ou du sida à une époque où les trithérapies n’existaient pas encore.
La France souffre d’une rigidité dogmatique qui la pénalise, d’un attachement coupable au matérialisme, au rationalisme. Elle est en retard de presque deux siècles sur l’époque. Un retard qui conditionne et emprisonne autant la médecine classique que la psychanalyse. Celles-ci accusent un retard de 30 à 50 ans ans sur leurs homologues anglo-saxonnes.
Les religions proposent parfois des méthodes controversées, mais aussi parfois des voies de guérison qui peuvent aider des personnes à surmonter ou accepter leurs souffrances.
Soyons humbles et pragmatiques.
Il faut beaucoup de prudence, d’objectivité et de discernement avant de juger et condamner selon des préjugés qui veulent toujours assimiler ce qui relève de l’esprit à des fumisteries ou de l’obscurantisme.
Il faut distinguer la lutte contre les dérives sectaires, dont les organismes cités dans l’article de Marianne constituent certainement des exemples, avec une médecine qui ignorerait volontairement la spiritualité comme partie indissociable de l’humain, et ses implications dans le domaine de la santé.

L’islamisme et le Diable

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On dit souvent que la plus grande ruse du Diable c’est de parvenir à faire croire qu’il n’existe pas.

Ne pas croire à l’existence du Diable en tant que personnification du Mal ne signifie pas qu’il n’existe pas des mécanismes « diaboliques », des forces entropiques ou de division à l’œuvre dans notre vie sociale, relationnelle ou spirituelle.

Si le Diable n’existe pas, l’islamisme existe quant à lui bel et bien. Et l’on constate chaque jour sa montée inexorable, les dégâts et les menaces qu’il fait peser sur nos démocraties.

Sa quête du pouvoir se traduit par une emprise croissante sur les esprits, au sein des communautés musulmanes mais aussi au dehors, une contribution à la confusion grandissante qui gagne les esprits, et des phénomènes objectifs d’infiltration de nos sociétés, avec une méthode aussi discrète qu’implacable.

Le Diable islamiste est donc bien réel. Il a plusieurs visages. Celui très patelin et courtois de « l’intégration », du « dialogue », de la respectabilité, du mérite, de la douceur, de l’amour de la France et de la République…

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Ruse ! « Taqyia ». Dissimulation. Simulation et double langage. Duplicité. Duperie. Tromperie. Piège. Feinte. Mensonge.

Il a ensuite celui, plus engagé mais toujours acceptable du moins dans sa rhétorique, de la défense des musulmans mal aimés, stigmatisés, discriminés, opprimés, humiliés, agressés. Une noble cause dont il se fait le porte-parole. Au nom des idéaux démocratiques et des lois républicaines : liberté, égalité, laïcité, droits des femmes et des minorités.

Ruse ! Toujours la ruse !

Et puis il y a un visage plus privé. Un visage réservé aux adeptes ou aux nouvelles recrues. Un visage qui s’accompagne d’une parole beaucoup plus agressive, dénonciatrice, accusatrice, frondeuse, radicale, intransigeante, catégorique, fière, arrogante voire menaçante. Une parole qui n’hésite pas à s’opposer frontalement à la République, à la démocratie, aux droits de l’homme, aux lois prétendument injustes ou « liberticides », à la France « colonialiste », « raciste », « xénophobe », « esclavagiste », à l’Occident décadent, perverti, impur…

Ainsi, plus on passe progressivement de la componction feinte, du pacifisme béat ou de la bienveillance de circonstance à la haine la plus acerbe, plus on se radicalise, plus on glisse imperceptiblement d’une « religion de paix et d’amour » à une soif violente de conquête et de destruction de l’autre. Et puis un jour la main fraternelle tendue à l’autre est celle qui vient poser des bombes à sa porte. Et cette parole aimable se fait vomissement de haine, d’insultes et d’appels au meurtre. Comme une innocente soudain possédée.

Le Diable islamiste a plusieurs visages, et il n’en a qu’un seul. Croire que le djihadisme et le terrorisme n’ont strictement rien à voir avec l’Islam, ou que l’islamisme ne serait qu’un système politique à visée communautariste est une bévue.

L’islamisme n’est pas une hydre, c’est une armée qui combat sur de multiples fronts : religieux, social, humanitaire, communautaire, politique, spirituel, économique, financier, médiatique, stratégique, éthique, local, mondial…

L’islamisme est, comme le Diable, le Prince du Mensonge et le maître des illusions.

Pour se rendre invisible, l’islamisme arrive à faire croire qu’il n’existe pas.

Pour les musulmans il se présente comme « l’Islam ». Le vrai, le pur, l’authentique. Beaucoup se font abuser. Car l’islam qu’on leur vend est aussi un pansement contre les blessures d’amour propre que ces hypnotiseurs exacerbent afin de mieux manipuler et endoctriner les esprits égarés.

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Pour les autres, l’islamisme s’évapore en une myriade de couleurs, d’officines et d’organes d’influence destinés à défendre « les musulmans », à les représenter ou à porter leur voix « démocratiquement » lors de suffrages électoraux. Difficile d’identifier dans ce dédale protéiforme une seule et même tête.

Et puis l’islamisme, pour faire oublier son existence, a eu l’idée géniale de s’inventer un contrepoint aussi pratique qu’indispensable : l’islamophobie.

Une chimère, un égrégore fondé sur un sentiment diffus. Ce sentiment de malaise irréductible à une seule logique mais bien ressenti par les fils et les filles d’immigrés originaires de pays musulmans, et parfois musulmans eux-mêmes. Un sentiment qu’on dénonce tour à tour comme la résultante d’un racisme xénophobe ou de classe, une haine ou un mépris post-colonialiste, une suspicion ou une discrimination au quotidien perceptible dans les grandes villes, dans la vie professionnelle, dans les discours, les codes et les usages sociaux, autant de mécanismes d’exclusion vis-à-vis d’un « prolétariat » qu’une France élitiste et méritocrate continuerait d’inférioriser.

L’islamisme se nourrit de ce malaise en le réduisant à des discours sur l’appartenance et l’expression religieuses. En laissant croire que ce que la société rejette, c’est l’Islam lui-même.

Ou plutôt « les musulmans ». Car le Diable est aussi celui qui accuse, qui convoque des procès, qui réclame justice au nom du Juste et du Bien, comble de la perversion. Alors le Diable fabrique des coupables, en appelle à tous les cœurs purs pour les fustiger : les « extrémistes », ces opposants bien commodes tant leurs vindictes est évidentes. Mais ça ne suffit pas, parce que l’extrémisme et l’islamisme sont à bien des égards les deux pièces d’une même monnaie et des opposants qui se renforcent. Et puis il seraient dangereux de montrer du doigt un quart des électeurs. D’autant qu’il existe des musulmans ralliés au vote RN.

Alors on évoque des « racistes » aussi vagues qu’imaginaires. Un concept beaucoup plus habile, car il permet d’assimiler une religion à une race, ce qui est absurde mais fonctionne. Et de faire oublier aussi que l’islamisme est un projet politique. Le racisme, c’est toujours un thème qui marche bien en France : le politiquement correct et la bonne conscience sont toujours prompts à débusquer dans un discours une virgule de travers qui pourrait être le signe d’un racisme dissimulé.

Voilà comment on manipule les concepts, les signes et les symboles pour donner de la consistance à une illusion.

Appropriation, captation, détournement sémantique, l’islamisme surfe à dessein sur l’ère du soupçon, aiguise les douleurs et les rancœurs, durcit les oppositions, dramatise des micro-événements, façonne un imaginaire victimaire, cannibalise et fascine l’opinion pour mettre en scène une fable sinistre où « les musulmans » seraient les uniques victimes d’un nouvel holocauste contemporain.

A l’horreur terroriste, systématiquement relativisée, minimisée ou passée sous silence, vient se substituer un hologramme anxiogène où la minorité musulmane avancerait vers un précipice.

L’islamisme est d’abord et avant tout le grand Maestro de la fantasmagorie. C’est de cet art qu’il tire son pouvoir.

Comme tous les grands manipulateurs spirituels il sait que ce que nous nommons « réalité » n’a aucune existence intrinsèque. Car tout ce que nous expérimentons est produit par la conscience. Manipulez les consciences et vous créerez de la réalité. Hitler l’avait fort bien compris. Et avant la montée du nazisme, les spécialistes de la psychologie des foules avaient déjà conceptualisé ces phénomènes de sujétion des masses.

L’islamisme est aujourd’hui l’un des plus grands manipulateurs spirituels, habile à jongler avec les discours, les croyances et les représentations. C’est ainsi qu’il arrive à faire croire qu’il n’existe pas, mais que ceux qui le combattent au nom de la vérité sont les véritables ennemis du public qu’il fascine et kidnappe pour asseoir ses ambitions.

L’islamisme n’est pas une idéologie qui rassemble, mais une idéologie qui divise pour mieux confronter et détruire. Son essence est « dia-bolique » (qui « divise ») et non « sym-bolique » (qui « unit »). L’islamisme s’oppose à l’aspiration profondément ancrée en l’homme à l’Unité. Une aspiration inscrite au cœur de toute démarche spirituelle ou religieuse sincère comme au cœur de tous les idéaux humanistes. Une aspiration et un principe central dans l’Idéal républicain. Car pour s’imposer, l’islamisme, comme tout mouvement sectaire, s’appuie sur le doute, la séparation, la scission, la suspicion à l’égard de l’autre transformé en ennemi hostile. Il projette sa propre hostilité contre ce qu’il abomine : la liberté, l’unité, la fraternité et la dynamique de la vie, pour justifier un projet totalitaire fondé sur la négation, la destruction, l’anéantissement.

Hitlérisme, stalinisme ou islamisme : il n’y a aucune différence. On y retrouve les mêmes constantes : totalitarisme, assujettissement, nivellement, négation de l’altérité, destruction, violence et pour finir morbidité.

Ne soyons pas dupes, restons vigilants, attentifs aux moindres signes, toujours en éveil et prompts au discernement. Car le Diable avance toujours masqué. Et le Diable se niche toujours dans les détails.

Quick Charia, l’islamisme soft dans votre plateau repas

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Article mis en ligne sur Facebook le 3/8/2018: Corrigé le 4/8/2018.


Chers amis,

Je partage avec vous ce coup de gueule.

Ou plutôt cette réaction raisonnée et citoyenne face à ce que s’apparente à une nouvelle victoire du salafisme en France.

A la base une simple mésaventure.

Apparemment insignifiante. Presque dérisoire.

Pas de quoi fouetter un chat, affoler la Une des médias ou mobiliser la rue, me direz-vous.

Juste l’un de ces petits (ou gros) « détails ».

Petits mais symptomatiques d’une dérive, d’une lente évolution, d’un phénomène rampant et sournois souvent décrié et qui résiste aux tentatives d’apporter des solutions idoines.

Une évolution marquée par l’avancée progressive du salafisme et de l’extrémisme musulman en France.

Lesquels entendent ouvertement et sans complexes appliquer leur stratégie d’islamisation de la société française.

Notamment en enfonçant des coins dans les remparts d’une laïcité par ailleurs contestée et fragilisée.

Et en dénaturant avec une méthodique perversité et une rhétorique éprouvée les principes mêmes de notre République.

Certes on est loin des attentats de Charlie, du Bataclan ou de Nice.

Pourtant c’est l’un de ces petits grains de sable, qui ajoutés les uns aux autres viennent peu à peu gripper le fonctionnement de nos institutions, grignoter nos libertés fondamentales et saper les bases de notre démocratie.

Une démocratie bien menacée. Rongée de l’intérieur comme de l’extérieur par des modèles concurrents ou franchement hostiles.

Une situation qui risque à terme de mettre en péril les fondements de notre République et ses valeurs humanistes.

Et faire péricliter toute tentative de garantir les bases d’un vivre ensemble respectueux des écarts et des différences, mais attaché à faire corps, à faire peuple commun sinon Fraternité. Démarqué en tout cas des forces de dislocation centrifuges, des clivages identitaires, communautaires et des conflits mimétiques.

Une situation face à laquelle juges débordés, politiques pressés ou clientélistes, et intellectuels angoissés semblent incapables d’apporter des réponses justes, pérennes, aptes à corriger le tir. Sinon à déployer une Vision pour construire un avenir de paix et d’unité.

Un boulevard pour les pires écueils qui menacent à plus ou moins long terme notre identité, notre culture, nos valeurs et notre modèle républicain, si jalousement et chèrement défendus.

D’un côté celui d’une islamisation et d’une libanisation de la France. En marche objective et même accélérée. N’en déplaise aux partisans d’un relativisme coupable, à ceux qui craignent de renforcer la stigmatisation des musulmans en dénonçant ce danger, aux suiveurs et aboyeurs moutonniers incapables de raisonner par eux-mêmes. Et bien que l’instrumentalisation qui en est faite par l’extrême droite en brouille l’analyse et tende à discréditer toute dénonciation un peu ferme.

Et de l’autre la porte ouverte aux pires extrémismes xénophobes. Incarné par cette même extrême droite.

Sinon à une forme de totalitarisme musclée accédant au pouvoir par les voix démocratiques à la faveur de crises, une exaspération populaire sur fond de délitement moral, de perte des repères, de confusion hystérisée, conduisant à des sursauts réactifs des peuples face au sentiment de déliquescence généralisée. Comme à l’incapacité d’élites déconnectées, autistes ou cyniques à prendre en compte leurs difficultés et revendications.

On l’a vu tout récemment avec l’arrivée au pouvoir en Italie du front d’extrême droite aux relents néo-mussoliniens. Et cette vague populiste sinon crypto-fasciste qui déferle depuis 10 ans sur les démocraties européennes et aux Etats-Unis.Ce sentiment de déliquescence, terreau des extrémismes de tous bords, se nourrit d’une forme de terrorisme intellectuel beaucoup plus insidieuse que celui de Daesh, dont on parle hélas assez peu. Et dont on mesure mal les vrais dangers tant on s’y est accoutumé.

Il s’agit du terrorisme moral exercé par l’hégémonie de la Pensée unique et le Politiquement correct, instruments du Système.

Terrorisme sournois car infiltré dans les discours, les schémas de pensée et les esprits.

Et qui nivelle discours, modèles comportementaux et valeurs, en s’opposant à toute expression libre, claire et directe de vérités dérangeantes qui risqueraient de mettre en cause certains modèles établis.

Vérités aussitôt raillées et détournées en accusations réflexe (« théorie du complot », discours victimaires, moralisation outrancière, emballement névrotique sur des broutilles…) visant à verrouiller tout débat, à empêcher tout discernement serein, à culpabiliser ou marginaliser les détracteurs.

Un terrorisme très efficace en revanche pour semer la confusion, imposer des modèles de pensée simplistes, faciles à reproduire, et gommer tout esprit de discernement nuancé.

Mais aussi et surtout à manipuler les esprits en traçant et en contrôlant discours et opinions.

Un phénomène largement conceptualisé par les sociologues du début du 20e siècle qui se sont attachés à décrypter les mécanismes de la psychologie et de la manipulation des foules. Et illustrés par des romans prophétiques comme 1984 d’Orwell, ou Le Meilleur des mondes d’Aldous Huxley. Plus récemment par des films comme Matrix ou V comme Vendetta.

En tout cas ce terrorisme empêche clairement les autorités institutionnelles, juridiques, politiques, morales ou intellectuelles de ce pays de faire leur travail correctement, en toute indépendance, sans être soumises en permanence à la double pression vindicative des gardiens du Système et d’une opinion grégaire.

Comment dès lors faire appliquer la Loi, sanctionner les contrevenants, veiller au respect du Droit démocratique, défendre les libertés individuelles et les valeurs de la République ? En tout cas sans être soumis à l’exercice d’une censure permanente. Et de mécanismes réducteurs, totalisants sinon totalitaires.

Mais venons-en au fait après cette longue introduction.

Lors d’un voyage au printemps dernier dans le Midi, je me suis vu confronté à un incident assez banal, mais très symptomatique de ce qu’on peut aisément interpréter comme une volonté d’imposer la charia dans un lieu tout à fait surprenant, a priori épargné par ces dérives.

De séjour à Nîmes, je me suis rendu dans un restaurant Quick situé à deux pas des Arènes, sur l’imposante Esplanade Charles de Gaulle. L’équivalent de la Place de l’Hôtel de Ville à Paris.

J’y ai commandé un menu du type cheeseburger bacon, un classique de cette enseigne et de bien d’autres marques de fast-foods.

A ma grande surprise le serveur m’a signifié que cette spécialité emblématique de la marque ne figurait pas au menu de l’établissement.

Lequel refusait tout simplement de servir à ses clients de la viande de porc.

Stupéfait, j’ai fait part de ma surprise à l’intéressé, qui bien qu’impuissant m’a immédiatement rejoint dans mes griefs. Estimant lui aussi inadmissible qu’un restaurant Quick applique ainsi la charia, mais pourtant bien obligé d’obtempérer.

J’ai failli tourner les talons après avoir fait un scandale.

Mais j’ai préféré me raviser et employer des moyens plus efficaces pour dénoncer ce procédé scandaleux.

Lequel constitue il faut le rappeler un délit manifeste, et une atteinte non négligeable aux principes de liberté, d’égalité des citoyens devant la loi, et de laïcité.

J’ai donc écrit une lettre au directeur de ce restaurant très fréquenté par des Nîmois et des touristes en plein cœur de Nîmes.

Je la soumets à votre lecture (au bas de cet article), et vous invite à en discuter.

Face à un tel état de fait et une impunité étonnante (Nîmes une ville bien ancrée à droite, avec un maire Républicains tendance Wauquiez, et un électoral FN qui aligne des scores importants aux élections), je me suis résolu à en parler à des amis nîmois qui ont partagé mon émotion. Une colère nourrie par une exaspération croissante face à la montée réelle de la délinquance, de la criminalité et de l’insécurité à Nîmes.

Une ville et une région à fortes populations immigrées, à fort taux de chômage, confrontées ces dernières années à un afflux massif de réfugiés, qui se singularisent selon la Police par une criminalité galopante, et une forte prévalence d’islamistes doctrinaires bien actifs dans leurs rangs.

Ce n’est hélas pas un fantasme parano digne de Valeurs Actuelles. Ni un de ces mensonges alarmistes et outranciers dont le FN est coutumier. Encore moins un cas isolé. Tout le pourtour méditerranéen est en effet concerné.

Une triste réalité à laquelle sont confrontés les habitants. Y compris les jeunes Nîmois enfants fils de parents immigrés de 2e ou 3 générations. Ils en subissent eux aussi les déboires, pris en tenaille entre une xénophobie rampante et des tentatives de récupération de la part de ces fanatiques, pourtant ultra minoritaires.

Face à ce constat, comment agir ?

N’est-il pas déjà trop tard pour infléchir l’évolution et parer à des menaces plus graves ?

Il appartient à chaque citoyen, croyant ou athée, quelles que soient ses propres origines, récentes ou lointaines, son appartenance éventuelle à une communauté, de prendre ses responsabilités, d’alerter, de sensibiliser. De proche en proche, ou en prenant à partie responsables et élus.

Avant que les urnes ne parlent de façon funeste.

Il ne s’agit pas de stigmatiser, d’attiser des peurs, rivalités ou tensions qui risqueraient de nourrir les frustrations et tentations de se marginaliser.

Mais d’être clairs, rigoureux, sans ambiguïté, paresse ou complaisance, qui font le terreau quotidien des extrémistes de tous bords et des ennemis de la République.

Réveillons-nous et agissons ensemble, mais aussi chacun à sa mesure.

Ne nous laissons pas endormir par une actualité insipide qui brodé sur des questions mineures, en tout cas sans comparaison avec ces enjeux : le foot, Benalla, ou le dernier petit commentaire d’un sous-ministre sur Twitter ou à la télé.


Lettre ouverte au Directeur du Quick de Nîmes
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Cher Monsieur,
Je suis journaliste indépendant, membre et ancien dirigeant de plusieurs associations citoyennes de dialogue intercommunautaire, de défense des valeurs républicaines et de la laïcité, et ancien conseiller de quartier de la Ville de Paris.
Lors d’un récent déplacement à Nîmes et dans sa région, je me suis rendu à votre restaurant pour y commander un menu au comptoir.
J’ai été alors très surpris d’apprendre que votre restaurant refusait de servir à ses clients des plats contenant de la viande de porc.
Ce qui est contraire me semble-t-il à ce que pratiquent l’ensemble des restaurants Quick présents sur le territoire français. Lesquels proposent à peu près tous les mêmes spécialités et formules.
Je crois savoir que depuis sa création, Quick comme d’autres enseignes de restauration rapide américaines ou européennes, a toujours proposé dans ses menus, en France du moins, des hamburgers contenant du bacon.
Cette décision, dont je me suis ému auprès de votre employé qui a partagé ma réprobation, constitue une contradiction flagrante avec la politique de Quick en France. Une société belge rachetée récemment par le groupe américain Burger King. Lequel que je sache n’est pas une entreprise islamique.
En effet cette décision surprenante de la part d’un restaurant Quick situé en plein centre de Nîmes, sur l’emblématique Esplanade Charles de Gaulle, à quelques mètres des Arènes de Nîmes fréquentées par de nombreux touristes, a quelque chose de proprement révoltant.
Notamment parce qu’elle s’apparente à une facon non explicite d’appliquer la charia sur le territoire français, au cœur d’une grande ville vivant presque exclusivement du tourisme. Et non dans une banlieue reculée où ne vivent que des communautés issues de l’immigration, en grande partie musulmanes.
Cette façon d’imposer sans le dire la charia à vos clients et salariés est tout à fait inadmissible.
En particulier dans un lieu public et un établissement commercial appartenant à un groupe multinational de très forte notoriété, et hors de tour contexte cultuel ou communautaire.
Et donc en contradiction complète avec la loi française.
Je vous signale que cette décision constitue un délit passible d’une amende.
A titre personnel j’ai des amis musulmans qui gèrent des restaurants halals de type kebabs. Et je ne vois aucun problème à ce que ces restaurants ne servent pas de porc à leur clientèle, mais au contraire des plats et de la viande certifiés halal, ce qui me semble tout à fait normal pour ce type de restaurants.
De même je trouve normal que des chaînes de restauration rapide proposent à leurs clients le choix entre plusieurs menus, dont certains cashers ou halals si cela correspond à une demande.
Mais concernant la chaîne Quick, une telle décision ne peut être comprise que comme une concession inacceptable au communautarisme local.
Compte tenu du contexte démographique d’une ville comme Nîmes et d’un département comme le Gard, je comprends que vos clients puissent être pour une large part issus de l’immigration africaine ou maghrébine. Et donc pour une large part sinon une majorité de confession musulmane.
Vous n’êtes pas non plus sans savoir que les tensions communautaires qui ont nourri parfois tragiquement l’actualité de notre pays obligent autorités et responsables à une vigilance particulière pour faire respecter les lois de la République, en particulier en matière de laïcité.
Notamment en refusant de céder aux pressions d’une minorité au sein de la minorité musulmane, qui entend faire fi de nos lois et imposer les siennes, en complète rupture avec la République, le respect des libertés individuelles, des principes d’égalité devant la loi, de la laïcité et du vivre ensemble.
Je vous invite donc à exercer sans plus attendre votre responsabilité de manager et de citoyen, en amendant une décision qui vous met personnellement en situation d’enfreindre la loi.
Je ne manquerai pas d’en référer le cas échéant au Maire de Nîmes et au Préfet du Gard. Afin qu’un arrêté municipal ou préfectoral soit promulgué visant la fermeture administrative provisoire de votre établissement, dans l’attente d’ouvrir une enquête administrative ou judiciaire.
J’en informe également la Direction Générale de Quick France. Et celle de Burger King aux États-Unis.
Certain qu’elles ne manqueront pas de vous rappeler vos devoirs et responsabilités concernant le respect des lois et réglementations en vigueur dans notre pays.
Cordialement,
Christophe Claudel

L’Eveil pour les Nuls

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Attelé depuis plus d’un an à la rédaction d’un essai intitulé L’Evangile quantique sur le thème ambitieux mais casse-gueule de la physique quantique et de la spiritualité émergente, je m’astreins chaque jour à faire le tour sur Facebook des groupes consacrés en principe au sujet.

Il faut dire qu’une simple recherche sur les thèmes « quantique », « spiritualité » ou « Eveil » prouve que le sujet passionne et que ces groupent abondent.

Assurément c’est même LE sujet du siècle. Puisque le changement de paradigme, l’émergence d’une conscience globale, la dilution des religions et de la rationalité dans un paradigme conscientiel beaucoup plus vaste englobant la rationalité et l’irrationnel, la spiritualité, la non-dualité et les sciences post-modernes, est à n’en point douter le prémisse du plus grand bouleversement que connaîtra l’humanité au cours du 21e siècle.

Dans un contexte discursif marqué par l’hégémonie des modèles systémiques, par la foi en la rationalité, le matérialisme, le scientisme et le néolibéralisme triomphants, on ne peut a priori que se féliciter que des esprits se tournent vers d’autres voies pour puiser du sens.

Sauf que les réseaux sociaux étant ce qu’ils sont, on y côtoie le meilleur comme le pire, y compris et surtout, faute de repères, en matière de spiritualité et de prétendues sciences.

Certains groupes exigeants et sérieux consacrés à la physique quantique requièrent avant toute adhésion un minimum de pertinence de la part des postulants : chaque demande est soumise à quelques questions destinées à vérifier qu’on en connaît un minimum sur le sujet.

Mais tous n’ont pas cette précaution. Il existe hélas pléthore de groupes (en anglais bien sûr mais aussi quelques-uns en français) qui s’autoproclament des groupes « d’Eveil » de « physique quantique et spiritualité » et autres titres ronflants, qui après un examen succinct s’avèrent d’énormes attrape-nigauds.

Citons par exemple les groupes Physique quantique et spiritualité, L’Eveilleur quantique ou QWAYM (Quantum World Awaken Your Mind).

Disons-le tout net : ces groupes sont de magistrales impostures.

Leur niveau affligeant se caractérise non seulement par un laxisme coupable, mais par une franche propension au n’importequisme.

Une connaissance plus qu’approximative voire inexistante sur les théories quantiques et de la vie spirituelle autorise un déversement de délires fumeux et de questions toutes plus saugrenues les unes que les autres.

A titre d’exemple cette question posée il y a quelques jours par une internaute : « J’attire souvent des personnes toxiques. Quelqu’un peut me dire pourquoi ? »

Réponse laconique : « Parce que t’as trop écouté Britney Spears ! »

Ou encore plus cocasse et symptomatique de la spiritualité-minute : «  Si vous pouviez faire un discours de 30 secondes à la Terre, que diriez-vous ? »

Ou mieux encore : « Si toi aussi tu es éveillé, clique sur j’aime. »

On dirait un salon New age où se côtoient médecines douces, catéchisme pour les Nuls, Psycho magazine, courrier du cœur, étalage des états d’âmes les plus éclectiques et exhibitionnistes, recettes de grands-mères et psychoses de gourous du dimanche en 5D.

Il suffit d’agiter des mots magiques comme « quantique » et « Eveil » et hop !, chacun y va de son couplet pseudo inspiré.

On m’objecte souvent quand j’émets à l’occasion des réserves critiques sur les posts les plus éloignés du sujet que ce genre de remarques scrogneugneu n’a rien à faire dans un groupe où la béatitude consensuelle fait office de conscience. Mais las !

La spiritualité n’a rien à voir avec la guimauve. Et suppose pour éviter cette mélasse confusionnelle où l’on se complait dans ces défouloirs de bonne conscience un minimum de discernement et d’esprit critique.

Il ne suffit pas de faire « AOUM ! » ou d’écarter les doigts de pied en contemplant les étoiles pour atteindre le Nirvana.

« Tolérance ! », m’objecte-t-on souvent en guise de drapeau blanc.

Le mot est lâché. Il ne s’agit pas de s’éveiller collectivement, de s’élever, de conspirer pour une conscience globale éclairée par la fine fleur des recherches quantiques. Mais de « tolérer » la bêtise la plus crasse et l’illusion d’être une lumière quand on est une limace.

Ces groupes ressemblent malheureusement davantage à C’est mon choix qu’à des chemins d’Eveil.

J’ai parfois des scrupules à déranger l’harmonie confite des kékés du Nouvel Age, après tout il en faut pour tous les goûts. Mais la complaisance des administrateurs qui ne font manifestement pas leur boulot m’exaspère.

Quand je lis les inepties et balbutiements qui composent 95% des posts je me dis que le but de certains groupes est plus de faire du chiffre, du buzz, en agrégeant tous les gogos qui veulent bien déblatérer, que de permettre à tout un chacun de puiser quelques pépites pour s’éveiller vraiment, sans se contenter de polir son propre nombril.

Un minimum d’exigence serait bénéfique. Au moins pour paraître sincère et crédible.

Au risque sinon de produire l’effet inverse du but annoncé : célébrer la médiocrité et le narcissisme des esprits affalés dans la contemplation de soi-même.

Au lieu de faire œuvre de mobilisation générale pour le Grand saut de Conscience, qui est je le répète l’événement essentiel de ce siècle.

Pour l’heure, plutôt que des appellations ronflantes et trompeuses comme « L’Eveilleur quantique », ces groupes mériteraient plutôt le qualificatif de « Roupilleurs labyrinthiques ».

Le « cas Finkielkraut » et ce qu’il révèle de la culture et des médias français

Mis en avant

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Il y a ce qu’on appelle le point Godwin, qui consiste à faire de façon systématique référence au nazis ou à Hitler sitôt arrivé à un point crucial d’un débat qui s’éternise.

Il y aura bientôt le « point Finkie », tant aujourd’hui l’intellectuel honni est systématiquement cité à contre-exemple dans les discussions, sur internet ou dans les médias.

Pourquoi cette image si négative ? Est-elle vraiment justifiée ? Et pourquoi cette détestation si violente de la part d’une partie aujourd’hui devenue majoritaire de l’opinion publique, en particulier les jeunes ? Alors que celui-ci était encore célébré il y a dix ou quinze ans comme « le dernier » des philosophes sensés ?

Comment a-t-on pu aujourd’hui en arriver à assimiler de façon aussi indiscutable un ancien gauchiste de Mai 68, ex membre actif de l’Union des jeunesses communistes marxistes-léninistes et figure de prou du mouvement de la nouvelle philosophie, à un suppôt de l’extrême droite et un inspirateur de Marine Le Pen ? Assimilé presque systématiquement à la clique des  » nouveaux réacs » qui comprend des polémistes de second rang comme Eric Zemmour. Ou, plus délirant encore aux pires antisémites, ces pseudos intellectuels de l’extrême droite radicale comme Renaud Camus ou Alain Soral.

Ou bien plus hallucinant encore, jusqu’à l’assimiler à des intellectuels du siècle dernier  adorateurs de Vichy et défenseurs de la Shoah comme Lauis-Ferdinand Céline ?

***

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Pour comprendre ce paradoxe et cette violence, il faut examiner comment les choses ont évolué.

Alain Finkielkraut est aujourd’hui devenu le symptôme d’une confusion qui s’est établie dans l’opinion française à la faveur des médias entre deux aspects bien distincts.

D’une part cette mode de l’insolence télévisuelle quasi systématique envers les élites. Dont le seul but est d’amuser le peuple et de faire du buzz… En détournant au passage l’attention du public des vrais problèmes.

Et d’autre part, la « conscience politique » de l’opinion majoritaire et de ceux qui la fabriquent, reflétée, « sacralisée » pourrait-on dire, sinon « déformée » par le prisme grossissant des émissions télé.

On aurait tort de congédier d’un revers de manche cette complaisance pour des modes de pensée arbitraires qui érigent la contestation en spectacle. Car ils sont les héritiers d’une tradition bien française. Celle de la farce, des bouffons, de la caricature burlesque et des polémistes. Lesquels jouaient autrefois le rôle indispensable de soupape pour exprimer et mettre en scène les frustrations et mécontentements populaires. Et constituent aujourd’hui un mode d’expression des libertés publiques et un moyen de faciliter la confrontation des idées dans une démocratie.

Encore que si les médias prétendent jouer le rôle de garants de la pluralité de l’information, ils sont surtout le gardien du Temple des idées considérées comme « justes » comme des « vérités » supposées factuelles.

Et donc sacralisent des discours autorisés plus qu’ils n’en constituent l’émulation et la critique.

Cette conscience politique était autrefois (depuis le Siècle des Lumières) l’apanage des esprits éclairés par la Raison. Que dès la Révolution française une certaine presse d’idées plus que d’opinion avait pour mission de relayer. Une presse qui comptait parmi ses éditeurs des écrivains et des philosophes progressistes. Soucieuse de publier pour le plus le bouillonnement des idées nouvelles qui inspiraient le débat au sein des assemblées, les nouvelle lois et les grands bouleversement politiques, idéologiques et sociétaux au noms des valeurs et grands principes humanistes.

Cet exercice du débat fondé sur des valeurs humanistes s’est imposé avec une prétention universaliste.

Et la philosophie, la vraie, pas celle des salons mondains et des lucarnes, tenait alors le haut du pavé. Inspirant aux politiques les changements selon un Idéal des plus élevé fondé sur la Raison, et centré la quête du bien commun, l’application des principes « révolutionnaires » énoncés dans les Droits de l’homme naissants pour remplacer l’ordre ancien.

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Finkielkraut est l’authentique héritier de cette tradition « progressiste », comme on dit souvent aujourd’hui.

Une tradition devenue au fil du temps « classique », même si les discours du politiquement correct s’y réfèrent toujours. Des discours renouvelés et bousculés par les valeurs libertaires de Mai 1968 et du siècle finissant, que Finkielkraut avait lui-même portées.

Il est donc compréhensible que dans la France de 2018, ce qu’on admet être « l’opinion majoritaire », pour peu qu’elle respecte les principes de notre République et de sa Constitution, fasse force de loi et s’impose à tous comme le modèle légitime.

Et cela justifie aux magistrats pour ce qui est des délits ou des crimes, d’un pouvoir de jugement critique  allant jusqu’à la sanction pour ce qui relèvent des idées, lesquelles sont plus rarement pénalisables.

C’est ce qu’on appelle le Quatrième Pouvoir. Autrefois simple « contre-pouvoir », devenu dans notre société de l’Information à l’heure d’internet et des médias de masse le seul et vrai pouvoir.

Hals, ce pouvoir est aujourd’hui devenu dans un petit pays comme la France encore très marqué par le centralisme jacobin un véritable temple souvent il faut le dire jalousement gardé par des plumitifs de seconde zone. Lesquels irriguent de leur orgueilleuse prose tous les caniveaux intellectuels de la presse quotidienne et de la télévision, dont le niveau, il faut le reconnaître avec objectivité, et sans passion ni concession, a considérablement chuté depuis 40 ans.

Il est même de bon ton de critiquer quasiment tous les jours l’indigence des programmes télé.

Et même le président Macron s’est saisi tout récemment de ce problème, en promettant de remédier au déficit criant de qualité des programmes du service public.

On ne va pas refaire l’histoire du journalisme et de la télévision. Mais il faut bien s’accorder à reconnaitre que la « téloche », mis à part quelques rares chaînes exigeantes et quelques très rares émission de qualité pour ce qui est du service public, n’est aujourd’hui rien de mieux qu’une vulgaire machine à divertir et abrutir le bon peuple. Entièrement soumise aux lois de l’audimat et totalement tournée vers l’unique objectif de satisfaire ses sponsors par le biais de la réclame. Laquelle impose des programmes découpés et formatés selon la quête de l’efficacité marketing maximale.

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De servir ses sponsors, les grandes marques, mais aussi ses actionnaires : des conglomérats industriels souvent centrés autour des mêmes activités : industries de l’armement, équipementiers ou immobilier…

Pas étonnant que ces mêmes groupes soient aussi investis dans le capitale de l’industrie du divertissement et forment de véritables empires maîtrisant toute la filière de l’information et de la consommation de masse.

Mais c’est un autre débat.

En tout cas on ne peut dénoncer les dérives médiatiques sans prendre en compte ces critères politiques ou économiques.

La télévision n’a aujourd’hui plus rien à voir avec celle des années de la France d’Après-guerre du Général De Gaulle. Epoque où l’unique chaîne du service public était chargée autant d’informé que de divertir. Elle était alors totalement soumise au « Ministère de la Culture et de l’Information ».

Mais ce ministère était dirigé par un certain André Malraux. Et la qualité des programmes du service public n’avait rien à envier au prétendu « pluralisme » actuel. Elle était au contraire bien supérieure à celles des programmes actuels, toutes proportions gardées et compte tenu des usages de l’époque.

Aujourd’hui cette conscience politique reflétée par la télévision et qui avant faisait débat dans des cercles où se réunissait l’élite est devenue l’objet d’un spectacle permanent. Qu’on relise Guy Debord pour s’en convaincre.

Elle ne se résume plus qu’à ce qu’on appelle la « Pensée unique », orientée selon les exigences du « politiquement correct ». Dont les valeurs sont verrouillées toujours autour des mêmes thèmes souvent plus approximatifs qu’inspirés pour ces idéaux qu’ils sont sensés défendre : droits-de-l’homme, liberté, égalité, justice, laïcité, défense du droit des femmes, des homosexuels, des minorités, antifascisme, antiracisme, communautarisme, anticolonialisme, écologie, parfois altermondialisme, culte de la « nouveauté » et de la branchitude, voire de la provocation érigée en art, reflets de la société « postmoderne »…

Bref, une conscience qui n’en est plus un mais qui traduit l’embonpoint las et la sclérose intellectuelle du parisianisme bobo et de ses icônes. Celui d’une caste qui ne songe qu’à se contempler le nombril, à se rassurer et à festoyer en célébrant le vide abyssal de ses pseudos idéaux tel un Veau d’or.

On a donc assimilé des réflexes anti-ceci ou anti-cela comme autant d’offuscations et d’exaspérations obligatoires et passablement sectaires bidouillé en prêt-à-penser étalé dans les médias et les talk-shows. Celui-ci fait office de conscience pour ceux qui ont renoncé à leur libre arbitre et se contentent de répéter les mêmes poncifs pour satisfaire leur narcissisme et faire montre envers leurs semblables d’une véritable conscience « démocratique », « républicaine », « humaniste », « progressiste », etc…

Toutes ces étiquettes ronflantes qui ont vidé de leur sens les référents éthiques qu’elles avaient kidnappés ou plagiés pour flatter l’ego de leurs héroïques défenseurs.

Depuis l’élection de François Mitterrand en 1981 et la libération de la parole qui s’en est suivie à la télé, depuis l’apparition d’émissions d’un genre nouveau comme Droit de Réponse, les producteurs et les journalistes ont imaginé en presque 40 ans une foultitude d’avatars. Depuis les émissions d’Ardisson, de Lunettes noires pour nuit blanches à Salut les Terriens, celles de Fogiel, de Ruquier. Et plus récemment, avec le succès de la téléréalité, les missions « populaires » sinon populistes d’un Cyril Hanouna, héritier d’Arthur, pour ce qui est de la version la plus bas-de-gamme et la plus beauf qu’on a concoctée pour les plus téléspectateurs les plus imbéciles, incapables de suivre les saillies de Yann Moix et Christine Angot…

Cette mode de l’insolence qui fait le sel des émissions prétendument « culturelles », est devenue et une véritable « culture ».

Celle de la vulgarité, de l’outrance et de l’arrogance.

Une culture que les bobos parisiens ont copiée, adoptée puis imposée à tous dans les discours et les postures mondaines, au cours des décennies 1990 et 2000.

Cette culture a assimilé comme pour s’en protéger en prétendant les défendre, les tics, le vocabulaire, l’attitude arrogante, les postures provocantes et le ton ultra-agressif et désinvolte des « cailleras, véritables icônes de la décennie 2000.

Avec cette certitude qu’il fallait flatter la médiocrité par souci de plaire aux minorités, et jeter du même coup au feu toutes les vieilles gloires poussiéreuses de la « tradition » classique. Tous les us et les discours hérités du passé, représentant le savoir, l’esprit et le «  bon goût » français. Tout ce Panthéon désuet et ridicule incarné par les académiciens ou les éditorialistes du Figaro.

C’est un parti-pris. Mais on s’est accoutumé à le considérer comme juste, « moderne » et inéluctable.

Eric Zemmour n’a pas tout à fait tort quand il dénonce cette évolution dans son livre Le Suicide français. Même s’il manque profondément de nuance,  de recul et d’honnêteté, et ne sert que ses propres lubies en creusant encore le vide qu’il dénonce pour servir un boulevard à Marine Le Pen.

Quoi qu’il en soit, force est de reconnaître qu’on a bien vite congédié et remisé au rang des pièces de musée Apostrophe et Bernard Pivot. Pour les remplacer par Ardisson, Jamel, Joey Starr et autres Booba. Et tous ces humoristes et artistes originaires des banlieues et icônes vivantes de la culture  » djeune » de se faire exciter et applaudir par des amuseurs aux dents longues.

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On a inventé un nouveau concept d’émission culturelle new-look.

Une véritable imposture au demeurant, puisque la « culture » la plus bas de gamme n’y sert plus que de vague caution pour faire le buzz en mixant le pire ou le plus banal et le plus commercial de l’actualité de la semaine : sorties éditoriales, pseudo écrivains qui viennent se pavaner et se féliciter d’avoir réinventé la roue, spectacles à succès… Et surtout agenda des copains – toujours les mêmes – qu’on invite à se polir le nombril sur les plateaux.

Ajoutez quelques people et quelques politiques égarés en manque de popularité, un pincée de sketchs burlesques (souvent très bons d’ailleurs) pour rythmer et pimenter la soirée, des ficelles de cirque ENEAURMES pour faire réagir le public, piéger les invités et les pousser au dérapage verbal ou à la contradiction en direct, parodiez la scène dramatique de l’exécution publique, n’oubliez jamais de mettre en scène des clashes soigneusement préparés pour faire le buzz… Secouez bien et vous avez la recette qui fait bingo en termes d’audimat !

Pour continuer de s’indigner ou de se bidonner, arrosez les réseaux sociaux des meilleurs moments de l’émission et le tout est joué.

Là où le bât blesse, c’est que cette prétention ronflante à illustrer l’esprit parisien et à défendre des valeurs engagées qui est celle des émissions comme On n’est pas couché, est cautionnée par la présence récurrente de philosophes de foire habitués des sunlights : les BHL, Onfray et autres Comte-Sponville.

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On n’est pas couché 21/11/2017 : la comédienne Camille Chamoux interpelle Alain Finkielkraut sur le thème « Islam et féminisme ».

Hélas, un intellectuel comme Finkielkraut, plus que son ancien comparse et coauteur du Nouveau désordre amoureux Pascal Bruckner, plus prudent à se montrer à la télé, s’est laissé piéger par les flatteries de certains puis la tentation de devoir se justifier une fois mis au ban des intellectuels respectables par une clique de bobos garants de la pensée unique.

Du coup on le voit trop souvent dans nos lucarnes et les animateurs pervers ne l’invitent plus aujourd’hui que pour ses tics nerveux et ses crispations inquiètes sur des thématiques éculées.

L’homme est intelligent, a encore de la ressource, et arrive souvent au terme d’un laborieux exercice d’explication de sa pensée à s’autojustifier et à retourner l’auditoire. Mais immanquablement il y a toujours ce moment où un mot mal interprété est monté en épingle par l’un des cabots vicelards qui lui tendent le crachoir et aussitôt jeté en pâture aux aboiements de la Plèbe.

On finit donc toujours par en conclure que l’horrible Finkielkraut n’est autre qu’un de ces intellos réac de l’ultra-droite. On l’assimile honteusement à Zemmour ou Marine Le Pen. Et on reste injustement sourds à ses propres dénégations quant à quelque complaisance que ce soit aux idées d’extrême droite.

Las !

La seule faute d’un homme d’esprit et de nuances qui incarne le monde ancien bousculé par la jeunesse, les stéréotypes, le goût du spectacle et de la jouissance immédiate et les modes du siècle, c’est de s’être prostitué dans ces défouloirs qui prétendent représenter la culture et être garant des valeurs.

Or ces bouffonneries télévisuelles ne sont rien de moins que des spectacles pour amuser la plèbe dignes des jeux du cirque. Dont ils reprennent d’ailleurs tous les codes. Combats de gladiateurs sous forme de clashes au scénario bien huilé. Mises en scène de tortures et d’exécutions publiques de condamnés à mort bouffés par les fauves : les « chroniqueurs ». Présence obligatoire des césars et des patriciens du moment : les politiques et les vedettes. Contribution du public inviter à confirmer ou infirmer la sentence prononcée envers les condamnés, musique tonitruante et interventions de bateleurs pour scander le rythme et faire plus d’audience, etc…

On n’y célèbre jamais la culture, la vraie. Pas nécessairement celle un brin surannée des beaux esprits, des encyclopédies et des académies. Mais celle de l’honnête homme, qui suppose élégance de l’esprit, érudition, intelligence, esprit critique et surtout ouverture, bienveillance envers l’autre, celui qui diffère ou qui surprend par sa singularité, et amour pour le présent et ses évolutions. Au lieu de complaisance crasse pour « l’actualité » et ses épiphénomènes, sensationnels et voyeuristes, dont elle se pourlèche en y abîmant la conscience des masses.

En définitive, Alain Finkielkraut ferait plus pitié que hurler. Parce que c’est un vestige du passé. Du « monde d‘avant ».

En qu’en vieillissant il se ternit, ressemble à une caricature de lui-même, se laisse salir et obligé de répondre aux injures, au lieu d’ignorer superbement les crapauds qui bavent sur sa robe d’académicien.

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La télé l’a tué. La popularité a entachée sa notoriété. Elle l’a livré aux appétits féroces de la basse-cour. Des nains.

Evidemment, qui aujourd’hui pourrait imaginer qu’on invite de grands intellectuels comme Jankélévitch, Raymond Aron, Michel Foucault ou même Paul Ricœur à débattre sur les plateaux des atermoiements du public face aux soubresauts de l’actualité ?

On a changé et de siècle et d’époque.

Qui ouvre d’ailleurs encore les livres de pareils monuments de la culture ?

Il ne s’agit pas d’être passéiste.

On peut tout à fait lire Proust le matin, Foucault l’après-midi, et Charlie hebdo le soir !

Ecouter Mozart en prenant son café, et Stromae ou NTM en faisant sa gym…

La question n’est pas de hiérarchiser à outrance les grands noms de la culture élevés au rang d’icônes.

La question est d’éviter de les banaliser en les noyant dans la soupe consensuelle et vulgaire des médias de masse.

Et de stariser de façon grossière des histrions insignifiants qui prétendent s’élever au niveau des grands félins de l’Olympe culturelle et leur voler la vedette.

En somme, ce qui manque à notre époque c’est la mesure, la tempérance et le discernement.

Et surtout les référents qui permettre de juger avec autorité qui est à considère comme une grande figure de l’esprit, et qui n’est qu’un comptempteurs du néant ou un avatar de l’ère du vide.

Soyons optimistes.

Et gageons qu’à la faveur des épreuves présentes et à venir, grâce à l’élévation statistique – toujours à espérer sinon promouvoir – du niveau d’instruction des jeunes, grâce à internet qui donne accès souvent au pire mais aussi parfois au meilleur, grâce à la conscience qui ne cesse d’évoluer et de grandir, on saura bien vite congédier ces excès coupables et sanctifier à nouveau des vraies valeurs.

Après tout, ce n’est pas parce Tout–le-monde-en-parle qu’un homme, une idée, une mode, une indignation, n’est autre chose que le reflet de coquetteries du moment, du Zeitgeist, ou de la pataugeoire où s’égayent les indigents du bulbe.

Et si personne n’en parle plus ou voudrait le taire, si personne n’en parle encore, c’est peut-être un signe qu’il faudrait revoir les priorités du moment.

Y a quà…

Et Si Au coin de la rue* on trouve parfois l’Aventure, il en sera toujours ainsi Des hommes et de bêtes*.

Au nom de l’autre*, Nous autres modernes* devrons toujours rester vigilants, mais aussi bienveillants les uns envers les autres pour éviter La Discorde*.

Car si l’on s’abîme à La Querelle de l’école*, que l’on s’aventure trop En terrain miné*, si l’on cède au chant des sirènes mondialistes au point de renoncer à jamais se demander Qu’est-ce que la France*, on se condamne à L’Identité malheureuse*.

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Celle de la violence qui plus jamais ne peut encore se dire :

« Et si l’amour durait* ? ».

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* Titres d’ouvrages d’Alain Finkielkraut

Ah ! Ces mythes errants !…

Mis en avant

Je suscite souvent réprobation et incompréhension parmi des amis chrétiens quand je tente d’expliquer que, si je ne suis plus aujourd’hui vraiment « chrétien », je ne m’en sens paradoxalement que plus proche de Jésus.

Il est vrai que je ne crois pas à 95% des dogmes qui fondent la foi chrétienne.

L’Incarnation, la conception virginale de Jésus, son caractère « divin » (qui mériterait une explication bien plus approfondie et nuancée qu’une simple adhésion ou réfutation), sa naissance à Bethléem, la virginité perpétuelle de Marie (à laquelle les protestants, fidèles à la littéralité des textes évangéliques, ne croient d’ailleurs pas), l’Ascension, la Pentecôte, la Trinité (une recette byzantine qui a du sens du point de vue théologique mais qui s’appuie sur une distorsion des notions juives de « fils de Dieu » ou de « Rouah » – Esprit).

Sans compter les mythes hébraïques, au sujet desquels il faudrait être bien obscurantiste ou ignorant pour nier aujourd’hui qu’ils en sont : la Création, Abraham, les Patriarches, les 12 tribus, Moïse, l’Exode…

Sans compter également les aménagements complaisants de la « gnose » johannique entre foi juive et philosophie grecque : « le Logos fait chair » entre autres…

Reconnaître objectivement que la majorité des récits bibliques sont des mythes n’a d’ailleurs absolument rien de méprisant ni de péjoratif.

A l’époque où ces textes furent rédigés, le monde, en particulier le monde moyen-oriental, baignait dans la pensée mythique. Ce n’est qu’avec le triomphe récent de la rationalité et l’apport de l’exégèse biblique moderne éclairée par l’analyse historico-critique, l’anthropologie, l’archéologie ou la linguistique qu’on a pu commencer à discerner sans passion ce qui relevait du mythe, du projet théologique et du récit historique.

La pensée a évolué, les repères ont changé, mais cela n’enlève rien à la valeur de la foi.

Comme le dit une phrase de Bouddha : « L’esprit contient toutes les possibilités ». Une vérité attestée aujourd’hui par la science quantique : toute réalité n’existe qu’à l’état de potentialités. Seul l’esprit fait exister ce que nous appréhendons comme « le Réel ».

Bien loin d’être un pari spéculatif un peu naïf sur l’inconnu, la foi est l’acte-même qui fait de nous des êtres créateurs de réalité. Jésus ne répétait-il pas à ceux qu’ils guérissaient : « Ta foi t’a sauvé. » ? « Ta foi », et non moi seul…

Tous ces mythes sont d’ailleurs des mythes « fondateurs ». Et puisque, comme le démontre également la physique quantique, le temps n’existe pas, même élaborés « après » les événements qu’ils sont sensés relater, les mythes ont autant de valeur qu’une chronique rigoureuse ou un procès-verbal de police.

Car contrairement à l’idée communément admise que le passé déterminerait le présent, c’est au contraire le « passé » (forcément mythique) qui est construit a posteriori et dépend donc du présent.

Toute « Histoire » est une construction et une reconstruction qui procède d’un choix de valeurs collectif.

Considérer un « fait » comme « mythique » ou « objectivement réel » n’est donc qu’affaire de point de vue et de choix subjectif, notamment en ce qui concerne ce que nous admettons comme « la vérité ».

En revanche, que des dogmes religieux soient ainsi bousculés, c’est plutôt salutaire et on doit s’en réjouir ! Car une conscience collective et a fortiori une religion qui refuserait d’évoluer serait condamner à mourir.

Or c’est précisément ce qui attend aujourd’hui toutes les grandes religions de l’humanité.

Non que la confrontation avec la rationalité ait eu raison de leur prétention hégémonique sur les esprits. La Raison toute puissante et l’arrogant scientisme connaissent eux aussi à l’heure actuelle leur propre déclin. La fine fleur de la recherche scientifique n’investit-elle pas aujourd’hui des domaines qui relèvent plus de l’irrationnel et de la métaphysique que des lois cartésiennes ?

Mais ce que bon nombre de nos contemporains semblent incapables de mesurer c’est que nous vivons actuellement un formidable dépassement, lequel s’accompagne d’un « dévoilement », une « révélation » en somme (Apocalypsis).

Le changement de paradigme actuel nous aspire vers un niveau de conscience plus élevé et plus vaste, que certains qualifient de « centaurique ». Et qui dépasse les clivages de la pensée duelle et verbale comme les limites de la rationalité.

Il serait temps de s’apercevoir que le débat sur le caractère mythique ou réel des récits bibliques qui fondent la foi dogmatique constitue un combat d’arrière-garde. La seule conquête à l’ordre du jour est celle des arcanes de l’Esprit, de la nature de la Vie, de ce que nous nommons « Conscience », « Réalité », « Univers » ou « Dieu ».

C’est toute la différence entre spiritualité et religion.

Pour que la lumière traverse un diamant et en révèle toute la beauté, il faut faire éclater la gangue qui l’enchâssait et le tailler sous une forme parfaite pour capter les rayons. Il en va de même pour l’esprit et la conscience collective.

Ce que nous subissons aujourd’hui, ce sont de formidables coups de pioche qui entaillent nos préjugés, nos paresseuses certitudes et nos confortables perspectives. La réalité prend soudain une tout autre dimension.

Pourtant, l’avenir n’est aucunement a-religieux. Ou du moins a-gnostique. Il est « au-delà ».

Au-delà de la pensée mythique et religieuse. A fortiori de la pensée magique ou archaïque. Au-delà de la pensée rationaliste. Au-delà de tout de ce que nous sommes aujourd’hui à même de concevoir, de comprendre ou d’imaginer.

En ce sens le message du Christ, dont la manifestation est venue combler le fossé artificiel entre Dieu et l’homme, est éminemment précurseur de ce que nous vivons.

Notre destin collectif n’est ni plus ni moins que de devenir des dieux. Ce qu’attestent d’ailleurs dès l’origine les Ecritures (cf. Ps. 82:6 et Jn 10:34). Il ne s’agit évidemment pas de vouloir égaler un « dieu » qui serait extérieur à nous, un dieu qui nous jugerait en soupesant chacune de nos actions. Mais de réaliser pleinement la part divine qui est en nous et qui notre seule vraie nature.

En ce sens le modèle de « l’homme-dieu » Jésus est d’une pertinente actualité. Et le seul évènement fondateur de la foi chrétienne qu’il faudrait retenir comme central non seulement de la « foi » mais comme urgent appel à une réalisation commune, c‘est bien entendu la Résurrection.

Laquelle abolit la trompeuse illusion, hélas créatrice de réalité douloureuse, qui sépare l’homme de Dieu, et la vie de cette autre illusion qu’est la mort.

Si le christianisme a vécu, Jésus lui, est hors de toute emprise du temps : « Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point. » (Mt 24:35).

Dépoussiéré de son contexte historique et anthropologique, le message évangélique est d’une éternelle vérité. Il est LA Vérité. Non que le christianisme détiendrait l’exclusivité de la vérité, bien au contraire. Mais parce qu’il exprime ce qui dépasse toute contingence temporelle, historique ou religieuse. Comme d’autres messages issus des plus grandes traditions spirituelles de l’humanité, il révèle qui nous sommes et ce qu’est l’Esprit.

Mais pour accéder à cette intimité, il est plus que nécessaire de nous débarrasser de cette idolâtrie primitive pour les mythes, les histoires, les légendes et le merveilleux. Tout ce qui constitue un savoureux folklore mais recouvre l’essentiel d’une littérature surannée. Et empêche la « Parole », acte créateur par excellence, d’agir dans toute sa puissance révélatrice et transformatrice.

Le meilleur moyen de faire échec au Système ce n’est pas la révolution, c’est l’esprit

Mis en avant

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L’imagerie complotiste est souvent hantée par l’idée que la planète serait gouvernée par une organisation fantôme regroupée sous la bannière des Illuminattis.

Une secte qui remonterait aux Illuminattis de Bavière, un courant de la Franc-maçonnerie né au 18e siècle. Voire à l’Antiquité comme l’attesterait la symbolique maçonnique qui fait référence aux dieux égyptiens Isis et Osiris en tant qu’archétypes du masculin et du féminin.

Cette société secrète serait aussi puissante que secrète. On lui prête des pratiques et des pouvoirs occultes voire sataniques. Grâce à ces pouvoirs et à sa faculté d’infiltrer tous les rouages de la société, elle tirerait les ficelles de l’Histoire et en dessinerait la trame. Elle aurait ainsi placé depuis toujours sur le trône des grands empires des hommes et des femmes de pouvoir parmi de ses plus hauts gradés, ou des marionnettes à sa botte. Aujourd’hui elle constituerait une élite mondiale ploutocratique et placerait ses pions à la tête de tous les partis politiques, des institutions mondiales, de la haute finance et des grandes multinationales.

Elle déclencherait sournoisement des guerres et des soulèvements afin de déployer une stratégie occulte à même de servir les intérêts de l’élite et de mieux asservir les peuples. Elle manipulerait les consciences grâce aux différentes religions, aux idéologies, aux croyances ancestrales ou nouvelles dont elle détiendrait les clés. Mais aussi grâce aux médias et à l’industrie du divertissement qui seraient sous la férule de ses adeptes.

Symbole de la Conscience, « l’œil qui voit tout » est souvent associé dans l’imagerie complotiste à un symbole « illuminatti », notamment parce qu’il est représenté sur le dollar américain. En réalité c’est un symbole universel qui trouve son origine dans la glande pinéale ou épiphyse, une glande de la taille d’une amande située dans le cerveau et qui agit essentiellement au moment de la naissance et de la mort en libérant de puissants médiateurs chimiques comme la DMT, dont la fonction aurait à voir avec notre esprit et le passage de celui-ci vers d’autres dimensions de la Réalité.

Cette lecture paranoïaque du monde et du pouvoir est évidemment délirante.

Bien sûr il existe des élites qui se concertent pour décider du sort des peuples sans forcément leur demander leur avis. Bien sûr la concentration des pouvoirs et des richesses est une réalité. Bien sûr il existe une petite classe de ploutocrates toujours plus étroite qui entend maintenir ses privilèges. Bien sûr les stratèges des grandes puissances économiques et militaires, les agences de renseignement, les cabinets de consulting qui conseillent les directoires des grandes banques et des multinationales, et les éminences grises des grands courants politiques font tourner leurs ordinateurs et plancher leurs think tank pour élaborer des stratégies à même d’avancer leurs pions sur l’échiquier mondial au mieux de leurs intérêts. Quitte à prendre des libertés avec l’éthique et la loi, à communiquer de façon mensongère pour paraître exemplaire tout faisant le contraire des objectifs affichés, en recourant à l’occasion à des réseaux mafieux ou terroristes pour organiser les trafics ou déstabiliser une région, etc.

Même si ces arrangements avec la morale et la vérité sont le lot commun des officines du pouvoir, pour lesquelles la fin justifie souvent les moyens, même si la démocratie est plus souvent dans les faits un mythe qu’une réalité, cela ne fait pas pour autant des puissants de ce monde des adeptes de Satan ou des mangeurs d’enfants.

Croire cela revient à penser naïvement que le Bien est d’un côté – celui des faibles et des opprimés – et le Mal du côté des riches et des princes. Une vision héritée d’un christianisme dévoyé, teinté de marxisme, d’idéologie révolutionnaire, voire de millénarisme.

Ainsi la théorie du complot judéo-maçonnique née dans les années 1930 refait surface sous les traits d’un antisémitisme déguisé en croisade antisystème. De même les réseaux anarchistes ou d’extrême droite nationaliste inondent la toile de théories fumeuses et de vidéos choc dénonçant le Nouvel ordre mondial mis en place par les Illuminattis. Recyclant au passage des fantasmes malthusiens de diminution programmée de la population mondiale, d’une 3e guerre mondiale imminente et d’un fascisme ultrasécuritaire et planétaire imposé aux peuples comme seule issue possible au chaos programmé.

Les fanatiques religieux ne sont pas en reste, qui voient dans la montée de chocs identitaires, communautaires, idéologiques et religieux les signes de l’Apocalypse qui précèdera la venue du Messie et le triomphe des élus sur les forces du mal.

D’autres théories plus fumeuses encore annoncent l’arrivée prochaine des aliens pour sauver la race humaine de sa destruction amorcée par les adorateurs de Mammon.

Dans une version plus soft, l’échiquier politique se recompose partout autour de nouveaux thèmes, non plus droite contre gauche ou libéralisme contre lutte des classes, mais partisans du système contre « souverainistes » antisystèmes.

L’élection de Donald Trump à la tête de l’état le plus puissant du monde a démontré qu’à défaut d’un vrai candidat antisystème les électeurs pouvaient préférer un clown milliardaire anticonformiste, raciste, violent et vulgaire à la figure policée de l’élite politique, économique et médiatique.

Car si les Illuminattis sont une chimère, le Système lui existe bel et bien. Et fait tout pour se maintenir même s’il craque de partout.

Essayons de comprendre les vrais enjeux actuels non pas au plan mythique ou symbolique mais au plan spirituel.

D’un côté nous sommes face à un monde qui se fissure et s’achemine vers sa destruction, entraînant dans sa chute des crises, des souffrances et des malheurs. Rien n’y fera rien : malgré l’énergie déployé pour maintenir en vie cet ancien monde, chacun sait ou sent que celui-ci est irrémédiablement condamné.

Ceux qui fantasment sur une secte qui en détiendrait les rouages et préparerait l’avènement d’un gouvernement mondial de type totalitaire ne sont pas tout à fait dans l’illusion mais commettent l’erreur de séparer d’un côté les bons dont ils feraient partie et de l’autre les méchants. D’un côté les victimes surnuméraires, et de l’autre une clique de pourris cyniques avides de fric et de pouvoir.

Ceux qui voient les choses ainsi sont esclaves sans le savoir des représentations que le système alimente chaque jour. Et plus dans une volonté de le concurrencer en prenant la place de ceux qui les asservissent, plutôt que de l’anéantir. Même quand ils prétendent vouloir se révolter, fédérer les insoumis et mettre à bas le Moloch, en vérité ils veulent réclamer leur part du gâteau et remplacer une dictature par une autre : celle du peuple contre celle de l’élite. Et un totalitarisme par un autre : celui de la transparence égalitariste contre la transparence de Big Brother.

En vérité nous sommes tous reliés et tous complices à un titre ou un autre de ce système que nous rejetons et de ceux qui l’alimentent.

Tous nous consommons les mêmes joujoux technologiques qu’on nous vend pour nous distraire et nous surveiller. Tous nous consommons les mêmes divertissements abêtissants, les mêmes films qui mettent en scène de façon allégorique ou parodique notre décadence, notre oppression et notre fantasmatique espoir de libération grâce à des héros providentiels.

Tous nous rêvons d’un ailleurs, d’un monde meilleur, plus juste et plus fraternel, mais pour l’écrasante majorité nous restons englués dans l’individualisme consumériste ou au mieux privilégions nos proches ou notre communauté quand la compétition fait rage et que la peur de l’autre s’installe.

Quant aux marchands de soupe et aux apôtres du système, ils répondent aux mêmes aspirations : servir leurs intérêts et se préserver contre l’avidité du plus grand nombre.

Une seule et même émotion gouverne l’écrasante majorité du genre humain : la peur.

C’est elle qui nous pousse à ériger des murs, des barbelés, des frontières réelles ou imaginaires, à désigner des coupables ou des boucs émissaires, à se méfier de l’autre au lieu de chercher à partager et collaborer, à vouloir toujours plus nous protéger, toujours plus de surveillance, toujours plus de transparence. Et qui conduit finalement à nous retrouver toujours plus angoissés, crispés sur nos possessions et nos certitudes, incapables de lâcher prise et d’aller de l’avant. Et ne pouvant voir l’avenir que sous les traits les plus sombres que nous présente chaque jour une actualité faite de drames et de catastrophes.

La véritable clé pour sortir de cette impasse tragique est d’ordre spirituelle.

Chacun à notre échelle individuelle, nous ne pouvons changer le monde. Même le pouvoir sur nos propres vies nous paraît de plus en plus limité. Et mêmes nos dirigeants que nous élisons pour nous gouverner, nous représenter et défendre nos intérêts n’ont objectivement plus beaucoup de marge de manœuvre face aux institutions supranationales qui décident des moindres détails de notre vie quotidienne. Quand ils ne font pas alliance avec le système pour faire carrière et penser d’abord à eux.

Faut-il décapiter tous les corrompus, au risque de nous retourner seuls incapables d’assumer des responsabilités auxquelles nous ne serions pas préparés ?

Faut-il revenir au paradigme précédent ? Arrêter la course du temps et stopper la mondialisation ? Ou au moins en limiter les effets en se barricadant chez soi comme le voudraient les nationalistes ? Faut-il régresser et sanctifier de nouveau sa patrie, sa cellule familiale, sa communauté ou son petit quartier ? Nous limiter à ces petites identités fractionnées, alors que le monde post-moderne nous pousse à voyager, à rencontrer, à nous nourrir des différences au lieu de les rejeter, quitte à nous déraciner ?

Là encore l’angoisse resurgit sous les traits d’une peur de se voir noyé, dilué, oublié dans un grand Tout indistinct. Ou d’être happé, phagocyté, avalé par un « autre » qui nous envahirait et dont la natalité galopante finirait par avoir raison de notre culture qui serait un jour balayée. C’est la théorie du « grand remplacement », qui conduit les politiciens nationalistes à faire croire à tous les déclassés qu’ils pourront retrouver leur place et leur dignité à la seule condition de virer ces envahisseurs opportunistes, ces étrangers qui viennent leur voler leur pain et substituer leurs coutumes barbares à leurs traditions les plus authentiques.

La seule façon de conjurer définitivement ces peurs et d’envisager l’avenir collectif sous un jour radieux, c’est de considérer que l’autre n’est pas un ennemi et que nous aspirons tous au même bonheur.

Et que les élites ne sont pas une caste séparée du peuple mais des hommes et des femmes sans doute plus gâtés et souvent plus égoïstes mais somme toute obéissant aux mêmes critères et aux mêmes désirs profonds.

La seule vraie différence se situe dans la façon dont nous décidons d’agir : soit pour nous-même, soit pour le bien de tous.

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Chacun à notre niveau nous avons à chaque instant cette même capacité d’élire comme dieu soit notre petit moi recroquevillé et pétrifié de peur qui réclame toujours plus d’attention, soit de lui tourner le dos et de servir avec amour celui qui est à côté de nous, et de proche en proche l’humanité tout entière.

Si chacun agit de la sorte, toute velléité de possession, tout réflexe de violence né de la crainte de mourir, d’être anéanti ou agressé, disparaîtra aussitôt.

Changer d’attitude peut paraitre risqué sinon impossible.

Car comment être certains que tout le monde jouera le jeu ? Et que cette invitation à baisser la garde ne soit pas une ruse de plus du Système pour mieux nous manipuler ? Si tout le monde ne s’engage pas en même temps sur cette voie, on peut légitimement craindre de se faire bouffer en jouant les élèves modèles ou les bons samaritains.

Alors à quoi bon ?

Sauf que rien ne change sans quelques aventuriers qui tracent la voie. Les moins peureux se sont déjà engagés sur cette voie. Le monde dont certains rêvent sans y croire existe déjà. Même si les médias n’en parlent pas parce que c’est beaucoup moins vendeur que les catastrophes et la lie puante qu’on nous sert quotidiennement.

Il suffit juste de changer de lunettes. Et de regard. Sur le monde, mais d’abord sur soi.

La seule chose que nous puissions réellement changer, c’est nous-mêmes. Et la première chose que nous pouvons facilement changer en nous-mêmes, c’est notre regard.

Osons changer notre regard sur nous-mêmes. Osons croire que nous sommes capables de penser, d’énoncer les choses et d’agir différemment. Que nous pouvons modifier nos croyances et nos représentations.

Tout est question de tentative et de persévérance. Car on ne réussit pas du premier coup à modifier des croyances et ses habitudes ancrées depuis des années voire des siècles dans nos cerveaux.

Commençons par des petites choses. Puis essayons de modifier des choses de plus en plus essentielles.

Cela peut commencer par notre façon de consommer, de choisir nos loisirs, notre façon de communiquer, nos relations avec nos proches, notre façon de travailler, notre relation à ce que nous possédons, la façon dont nous échangeons, dont nous conservons ou nous détachons de l’inutile et du superflu.

Cela peut ensuite concerner nos engagements collectifs, notre vie familiale, affective et sexuelle, nos principes d’éducation, notre système de valeurs, nos croyances religieuses, voire notre identité.

Qui sommes-nous en vérité ? Sommes-nous limités à la personne que nous sommes aujourd’hui ? Ou sommes-nous bien plus ? Sommes-nous la somme de ce que nous avons été, ou juste celui que nous croyons être aujourd’hui ? Sommes-nous ce que notre personnage public ou les autres nous renvoient comme image pour satisfaire notre ego, ou cet être profond qui aspire à de bien plus grandes choses ?

Nos capacités se limitent-elles à ce que nous avons jusqu’à présent expérimenté, ou serions-nous détenteurs d’un potentiel infini ? Notre vie s’arrête-t-elle à notre mort ou sommes-nous des êtres éternels ? Sommes-nous juste des individus séparés les uns des autres ou chacun de nous vit-il dans le cœur de ceux qui l’aiment ?…

C’est à toutes ces questions qu’il faut chercher des réponses. En n’essayant pas de nous réformer pour devenir parfaits. En ne cherchant pas à nous dénaturer pour correspondre à un idéal. Mais en expérimentant d’autres manières d’être au monde. Et surtout en allant à la rencontre de l’autre. En agissant les uns pour les autres.

Alors les peurs et les rancœurs relatives à ce monde injuste et violent, au désordre, à l’avenir, à ce système inhumain qui nous écrase, disparaîtront d’elles-mêmes peu à peu. De même que les regrets, les remords, les ressentiments et tout ce qui nous rattache à un passé qui n’est plus.

Le changement ne dépend de rien d’extérieur : ni système de remplacement, ni sécurité illusoire, ni outils ni moyens à inventer, ni amour que nous n’aurions déjà reçu. Tout est déjà là. Tout est déjà donné, et en abondance ! Il suffit de puiser.

Longtemps demeurera cette sensation du manque. Mais la seule façon de la combler et d’obtenir ce qui paraît nous faire défaut, c’est de le donner à d’autres. Ce que tu veux avoir ou réaliser, fais-le d’abord pour les autres.

Ce principe altruiste est l’exact contraire des valeurs individualistes promues par le système qui veut des individus fermés, séparés, dépendants de lui et surtout pas solidaires les uns des autres.

Il n’est pas non plus l’équivalent d’une sorte de charité sacrificielle. Ni d’un système de redistribution équitable où chacun trouverait son compte.

Car puisque la séparation n’est qu’une illusion, ce que nous donnons à l’autre, en vérité nous le recevons au moment-même où nous en faisons cadeau.

Pour anéantir le pouvoir d’un système qui semble nous opprimer, nul besoin de le combattre ni de faire la révolution. Toute violence contre lui ne fait en réalité que le renforcer. Et justifier qu’il se défende en usant de violence légitime.

Pour sortir de ce système et lui ôter tout pouvoir sur nous, il faut s’en remettre au pouvoir de l’esprit.

Car l’esprit est libre tant qu’il ne devient pas complice de son aliénation. Et aucun pouvoir, aucun système malgré toutes ses ruses, ses séductions et ses tentatives pour nous fasciner et nous garder sous son emprise ne peut gouverner notre esprit.

Si nous avions conscience de notre infinie liberté et de notre infini pourvoir de création, les murs qui nous enferment s’écrouleraient sur le champ. Et plus aucune limite ne pourrait surgir sur l’horizon de notre pleine et entière capacité à réaliser nos désirs les plus élevés.