ISIS et Isis : les mots et les choses

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L’expression Daesh utilisée en France pour désigner l’Etat Islamique est l’acronyme de ad-dawla al-islamiya fil-Iraq wa ash-Sham, ce qui signifie en arabe «Etat islamique en Irak et au Levant», nom officiel du groupe.

ISIS en est sa traduction anglophone : Islamic State in Irak and Syria.

Mais sa parenté phonétique avec le nom de la déesse Isis, sœur d’Osiris dans la mythologie égyptienne est intéressante.

Isis, représentée par un oiseau rapace, est une déesse funéraire et donc apparenté à la mort. Elle est aussi celle qui ramène son frère Osiris à la vie et le nourrit de son lait.

Osiris, inventeur de l’agriculture et de la religion (et donc de la « culture » au sens large) est quant à lui une divinité mâle, bienfaitrice et civilisatrice.

Dans la symbolique maçonnique, Isis et Osiris sont associés à une représentation mythique de l’Etre suprême. Elle fut aussi l’idole des scientistes.

En 1793, les révolutionnaires français ont même édifié une imposante Fontaine d’Isis en plâtre sur les ruines de la Bastille à l’occasion de la fête de l’Unité et de l’indivisibilité. Et sa représentation a même figuré sur les pièces de monnaies frappées par la jeune République.

Pétrie d’idéaux maçonniques, les fondements de notre République ont donc une parenté historique et symbolique, quoique lointaine et oubliée, avec le culte isiaque.

Dans l’ésotérisme contemporain, Isis demeure un symbole de la Nature. La nature comme pendant à l’œuvre civilisatrice qui tente toujours de s’en extraire.

Le rapprochement avec l’acronyme ISIS peut paraître superficiel.

Mais si l’on regarde de près, qu’est que la barbarie et le déchaînement de la violence sinon le retour à un état de nature, mythique plus qu’objectif, totalement chaotique et désordonné, livré aux instincts les plus archaïques ?

Et qu’est-ce que la civilisation dans son sens large sinon ce qui s’oppose à la barbarie ?

Eternel équilibre entre l’ombre et la lumière, entre évolution et entropie.

S’agissant de Daesh il ne s’agit pas de céder à un discours binaire. Mais plutôt de considérer qu’il n’y a pas d’effort civilisateur et de pérennité aux modèles que les civilisations érigent sans adversaire qui s’y oppose ou lutte contre des forces ou des tentations régressives, extérieures ou en leur sein.

Une civilisation peut être comprise comme une aire géographique ou culturelle. Mais « LA » civilisation désigne un état d’évolution des sociétés tendues vers une réalisation supérieure et non seulement hégémonique. Un état d’évolution dans l’organisation politique, sociale, dans l’idéal qu’elles visent, mais aussi un état de conscience et une exigence éthique qui aspirent à l’élévation collective et refuse tout avilissement.

Souvenons-nous de cela. Car il ne s’agit pas de combattre la barbarie par la force. Sinon nous aurions déjà vaincu le mal. Mais en réactivant notre puissance civilisatrice, non pour imposer et conquérir comme au temps des empires, mais pour éveiller et faire grandir, dans un monde traversé de doutes, de confusion et d’inquiétudes.

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