A change has gotta come* – Quel avenir pour l’humanité ?

Mis en avant

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Ascenseur pour l’échafaud

Une chose est certaine : notre monde est violent.

Non seulement il est injuste, cruel et désenchanté, mais ceux qui sont sensés nous protéger contre ses excès se révèlent exclusivement préoccupés par leurs intérêts personnels.

L’affaire Fillon a déclenché une réaction en chaîne qui vise à moraliser au pas de charge la vie politique hexagonale en rejetant paraît-il dans les oubliettes de la préhistoire des pratiques d’un autre âge.

Le tsunami populaire balaie désormais un à un les représentants du microcosme avérés de fieffés cyniques, les branches pourries tombent plus vite que les feuilles mortes en novembre, et Marine Le Pen pourrait bientôt récolter les dividendes de ce chamboule-tout national en devenant la Marianne de l’Antisystème.

Reste Macron comme ultime rempart à l’épouvantail frontiste, au suicide français par la petite porte nationale-socialiste, et surtout comme sauveur du Système propulsé par ses généreux sponsors sur la rampe de lancement d’élections très politiquement correctes et démocratiques.

En attendant le résultat d’un suspense inédit, les Français se vengent en coupant des têtes par médias interposés. Et flirtent avec les stéréotypes révolutionnaires en déclenchant des jacqueries en banlieue. Sans voir que cette Grande Terreur version 2017 est largement mise en scène pour détourner leur attention des véritables enjeux, leur faire croire à des mirages et que cette parodie de campagne va changer leur sort parce qu’ils auraient cette fois-ci leur destin en mains.

Kapitalismus über alles !

Pendant que certains râlent, d’autres croient à la liberté d’entreprise comme clé de la réussite.

Et nos politiques libéraux de citer en exemple ces nouveaux aventuriers qui se lèvent tôt le matin pour faire fructifier leur microentreprise. Des héros érigés en modèle d’initiative et de vertu entrepreneuriale face aux assistés d’un système social condamné.

Depuis que les normes administratives et fiscales ont été simplifiées pour faciliter la déclaration d’une nouvelle entreprise et qu’on a créé le statut d’autoentrepreneur, la France s’est trouvé un nouveau héros : le jeune patron issu de banlieue qui déjoue la panne d’ascenseur social en retroussant ses manches.

Et puis il y a le succès d’Über, que les particuliers mettent en concurrence avec des corporatismes sclérosés.

Ce que révèle l’ubérisation accélérée de la société c’est un vaste jeu de dupes qui favorise et valorise les autoentrepreneurs comme les chantres de la société post-capitaliste et de la customisation égocentrique du travail.

Bien plus qu’il ne crée une nouvelle race de winners, la vérité c’est que ce modèle réhabilite l’ancien statut de « tâcheron ».

Minimum de charges pour l’employeur et maximum de risques pour l’employé. Faillite et burnout assurés en bout de course.

Pour échapper à cette dérive entretenue par le jeu de la concurrence et vanté par les médias, il est temps de rompre avec ce nouvel avatar de l’individualisme contemporain. Et d’inscrire dans nos priorités l’harmonisation à la hausse des droits et des régimes des salariés et des indépendants.

Le fric c’est chic

Plus les églises se vident, plus les centres commerciaux et les multiplex se remplissent.

Mis à part quelques aigris de la Manif pour tous et quelques tartufes qui la soutiennent pour engranger les suffrages, la religion n’a plus la cote.

Du moins dans sa version oldschool. Ceux qui savent conjuguer bonne parole et business, comme ces évangéliques alliés aux ploutocrates de Wall Street, ont eux le vent en poupe.

Quant aux mythes, ils ont la vie dure. Un quart des Américains croient dur comme fer à la théorie créationniste. Pas étonnant qu’ils aient élu Trump. Côté revers de la médaille, les idéologues du Djihad armé séduisent de plus en plus de nos jeunes banlieusards en déshérence.

Mais athées purs et durs ou religieux illuminés, tous sont peu ou prou adeptes d’un seul vrai dieu : Mammon.

La frugalité n’est plus que l’apanage de doux rêveurs alter-écolos séduits par les sirènes de la décroissance.

Tout le monde veut s’en mettre jusque-là en attendant la fin du monde.

Mais pour s’acheter ces artefacts de bonheur en toc et étaler les signes extérieurs de c’est mon choix, encore faut-il avoir les poches pleines.

Difficile quand 99% des richesses sont détenues par 1% de la population.

Alors on cherche tous les moyens possibles pour gagner du fric. Ou au moins se donner l’illusion qu’on en a. Creusant au passage ses frustrations et son désir de vengeance contre un Système qu’on rejette mais qui continue de nous mener par le bout du portefeuille en nous promettant chaque matin des joujoux plus affriolants qu’hier.

O tempora, o mores…

Dette ? Quelle dette ?

Un état c’est comme une foyer : ça doit payer ses dettes ou éviter d’en contracter.

C’est avec ce genre de croyances totalement fabriquées que les hiérarques de Bruxelles zélés thuriféraires de la religion imposée par les banques centrales veulent nous faire croire depuis les décennies que l’équilibre budgétaire est avec la croissance et l’excédent commercial l’alpha et l’oméga du bonheur collectif.

Alors que les Français sont de plus ne plus nombreux à ouvrir les yeux et vouloir claquer leur gueule à ces ventriloques du Système, comme par hasard voici qu’à moins de 90 jours de l’élection présidentielle tombe le rapport Pébereau. Et qu’on nous ressert le vieux refrain de la dette.

Voir l’article du Figaro du 15 février 2017 : Ces 5 chiffres qui montrent l’urgence de réduire les dépenses publiques en France.

Mais qui serait aujourd’hui assez naïf pour croire un apparatchik de la haute finance comme Michel Pébereau, ancien patron de BNP-Paribas, la banque la plus cynique de tout le cartel français ?

La dette ? Mais on s’en tape de la dette !

Qu’est-ce qu’une dette ? Une simple écriture dans un ordinateur. Cliquons sur « DELETE » et hop ! terminé : plus de dette !

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Ça paraît facile à dire ? Et pourtant…

Bien sûr les médias n’en parlent jamais, mais ôtons nos œillères et observons comment depuis la crise de 2008 les Islandais ont dit aux banques d’aller se faire foutre en optant pour un autre modèle social et économique à l’opposé de la doxa monolithique qu’on nous ressert depuis 50 ans comme la seule vérité vraie. Les banques n’ont pas pu faire autre chose que s’aligner…

Dont acte.

Qui plus est, la dette est un mécanisme totalement pervers au cœur du système mis en place par les banques centrales pour asservir banques, états, entreprises et particuliers.

Le vrai sens de la « dette », ce n’est pas ce lien absurde que les états continuent d’entretenir avec les banques, et que nous continuons tous d’entretenir avec les puissances de l’argent.

Non. La vérité cachée derrière ce machiavélique artifice comptable, c’est que nous sommes tous totalement interdépendants. Que nous avons tous une dette les uns envers les autres. Et que l’humanité tout entière a une dette envers elle-même. Parce que nous ne cessons d’emprunter à nos enfants pour financer notre rêve de toute puissance et de jouissance sans limite.

Changer ? Mais quoi ?

Il est temps de changer radicalement de modèle, au risque de nous autodétruire en suivant une logique qui conduit l’humanité à sa perte.

C’est sûr, quand on a été gavé de poison libéral depuis son enfance il faut du temps pour reformater le disque dur et oublier l’endoctrinement qu’on a subi. Mais c’est possible.

Quels sont les enjeux ? Quelles sont les priorités ? Quelles sont les solutions ?

Faut-il comme on le dit souvent remettre le politique au-dessus de l’économie ? Ne faudrait-il pas d’abord remettre l’homme au cœur de la politique ?

Réaffirmer le primat du politique sur l’économique c’est bien, mais ça sonne surtout comme une revanche d’une classe politique décrédibilisée, d’un discours politique désavoué par les électeurs et d’une volonté de récupérer des voix face au succès de l’abstention et à la montée des extrêmes.

On ne construit pas l’avenir en faisant marche arrière. On ne compense pas les effets néfastes de la violence des marchés en élevant des barrières protectionnistes comme s’imaginent pouvoir le faire Trump ou Marine Le Pen.

Quant à la mondialisation souvent accusée de faire le malheur des déclassés, elle arrive à son terme et jamais des murs ou des frontières ne permettront de revenir à un paradigme qui appartient au passé.

Faut-il alors laisser faire, laisser passer ? Et laisser au Système le soin de s’autoréguler ? L’avènement de la société de consommation capitaliste constitue-t-il le point ultime de l’évolution humaine, comme l’affirmait Philippe Muray, théoricien cynique préfigurateur de Houellebecq qui reprend à son compte la thèse hégélienne de la « fin de l’Histoire » ?

Certainement pas !

Faut-il ériger des contre-pouvoirs ? L’Etat doit-il réguler le marché comme le prétendent les partisans de politiques interventionnistes ou d’inspiration keynésienne ?

Force est de constater que toutes ces tentatives ont échoué.

De plus, le paradigme politique n’est certainement la clé pour comprendre le monde d’aujourd’hui.

Pas plus que la « nation » n’est le concept idoine pour retenir des identités déliquescentes et ordonner les échanges humains.

Sortir des paradigmes anciens

Comme l’a démontré le sociologue Alain Touraine[i], nous avons changé de paradigme.

Au cours de son histoire, l’humanité a d’abord connu un premier paradigme « politico-militaire ».

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Celui-ci était marqué par l’ère des batailles et des empires concentrés sur leur volonté de conquête hégémonique. Le pourvoir appartenait alors au prince. Une stratégie orientée vers la conquête de nouveaux territoires, la préservation et l’expansion d’un modèle civilisationnel inspirait alors l’action politique et militaire des états.

De Lao Tseu à Clausewitz en passant par Machiavel, le rapport de forces entre états rivaux se réglait par les armes et le gouvernement des peuples par l’usage de la force arbitraire ou légitime des puissants.

Ce système a produit des merveilles, a soumis des peuples entiers à la férule du modèle le plus puissant, mais il n’a pas assuré le bonheur de l’homme. Tout au plus a-t-il permis de pérenniser des dynasties vouées tôt ou tard au déclin.

Le succès des idéaux des Lumières et des grandes utopies sociales, l’avènement de la démocratie partout en Occident, l’effondrement des empires et l’affirmation du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes au sortir de deux guerres mondiales, les révolutions industrielles puis numérique, l’essor du capitalisme marchand, le triomphe du Marché et la mondialisation de l’économie ont conduit au début du 19e et jusqu’à la fin du 20e siècle au remplacement de cet ancien paradigme par un nouveau : le paradigme économico-social.

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Le Peuple souverain a replacé le Prince. Le Marché dans les sociétés capitalistes et l’économie planifiée dans les sociétés marxistes ont supplanté le primat du politique. La conquête de nouveaux territoires géographiques a été remplacée par celle de nouveaux territoires économiques.

Toute l’action collective s’est orientée vers l’édification d’une société fondée sur les valeurs démocratiques de liberté, d’égalité, de justice et la redistribution des richesses selon un idéal de fraternité.

Ce paradigme est aujourd’hui caduque.

La mutation rapide du capitalisme industriel en ultralibéralisme financier et le choc de la mondialisation aujourd’hui arrivée à son terme ont creusé les écarts et exacerbé la contestation d’un modèle économique inhumain.

Car celui-ci conduit à l’épuisement des individus et des ressources, à l’accroissement de la pauvreté et au creusement des écarts entre riches et pauvres, à des formes nouvelles d’esclavagisme, à la multiplication des guerres et des violences instrumentalisées pour servir les intérêts des grandes puissances, à la quête inassouvie d’un bonheur matérialiste et hédoniste fondé sur la consommation effrénée et le divertissement permanent, à la manipulation constante de l’opinion par les médias, à la dictature de la transparence, au repli des droits individuels au profit d’un monde hypernormatif, d’une surveillance permanente de la vie personnelle et sociale, à la perte totale du sentiment d’appartenance collective, du sens du bien commun, de la morale, des repères et des valeurs.

Selon Alain Touraine, le nouveau paradigme qui émerge aujourd’hui est avant tout culturel. Il se caractérise par l’opposition de modèles civilisationnels et culturels pour la domination mondiale jusqu’à l’avènement d’une culture planétaire portée par la mondialisation économique qui finira par supplanter les particularismes.

Si elle peut paraître juste, cette analyse centrée sur la culture n’est pas satisfaisante. Car elle ne rend pas compte de l’étendue et du sens profond de la crise actuelle, de ses enjeux les plus essentiels et des solutions à mettre en œuvre pour sauver l’humanité d’une destruction assurée.

Vers une conscience planétaire

Ce qu’il faut aujourd’hui c’est changer radicalement de vision et de modèle.

Non pas simplement changer de modèle de « société », car la société est un concept aujourd’hui dépassé. Tout comme la « nation », la société est un paradigme aujourd’hui englobé dans un ensemble plus vaste dont le périmètre est l’humanité tout entière en voie d’unification.

La mondialisation des échanges, non seulement des échanges économiques mais aussi la globalisation des savoirs et des cultures, l’accélération de la mobilité et la multiplication des échanges humains, qui s’accompagnent d’un déracinement généralisé de la culture d’origine mais aussi d’un enrichissement par le commerce avec une multitude d’autres, le développement d’internet et des réseaux sociaux qui permet d’échanger en temps réel les informations, de brasser les connaissances, de confronter les modèles de pensée et les habitudes de vie, tous ces phénomènes conduisent à l’émergence d’une nouvelle conscience planétaire.

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Cette métaconscience est celle de l’Humanité tout entière en voie d’unification. Et non la somme des consciences individuelles ou des éons collectifs en concurrence pour s’imposer comme l’entité dominante.

Cette unification en cours est inéluctable. Elle s’accélère, s’intensifie et s’approfondit. Il ne s’agit pas d’une « uniformisation » comme on le prétend souvent, même si les différences tendent apparemment à se niveler.

En réalité les différences jouent pleinement leur rôle moteur de la relation et de l’accélération cognitive et spirituelle.

Cette dynamique propulse la conscience collective dans une spirale ascendante vers des niveaux de plus en plus élevés. Ici et là, partout émergent des sauts de conscience qui ne sont pas à proprement parler des « prises de conscience » – encore que les crises jouent ce rôle – mais une expansion de la conscience globale, ramifiée en une infinité de connexions quantiques.

Le nouveau paradigme est donc bien plus que culturel : il est spirituel.

Inévitables régressions

La transition entre l’ancien et le nouveau paradigme passe par une étape de questionnement éthique. La passerelle entre l’idéalisme social propre au paradigme économico-social dont on voit aujourd’hui la faillite complète et le nouveau paradigme spirituel est jonchée d’angoisses existentielles, d’interrogations relatives à la morale, au sens de la vie ou à la soif d’une nouvelle transcendance.

A mesure que la réalité de cette nouvelle entité émergente qu’est l’Humanité nouvelle se fait jour et que la Conscience globale absorbe les consciences individuelles, des peurs vertigineuses se réveillent, liées au sentiment de perte d’identité personnelle ou collective.

Les crispations de la conscience qui en résultent se traduisent par des focalisations apocalyptiques sur fond de cataclysme écologique, de terreurs millénaristes, de fantasmes de 3e guerre mondiale et de destruction globale.

Ces soubresauts de la conscience en train d’accoucher se matérialisent par divers chocs, catastrophes, épidémies, flambées de violence ou emballements hystériques.

Autant de phénomènes dont on ne retient que la partie émergée de l’iceberg déformée par les lunettes de la pensée unique libérale qu’on chausse habituellement : crise économique, sociale, politique. Au mieux crise identitaire, culturelle ou civilisationnelle.

Contrairement à ce que l’on croit ce ne sont pas les désordres économiques, sociaux ou politiques qui génèrent un sentiment de panique et traversent la conscience de hantises diverses. Croire cela reviendrait à penser que les « événements factuels » déterminent nos perceptions psychologiques, qui à leur tour font fluctuer notre état d’esprit.

Passer du monde cartésien à la conscience quantique

La physique quantique nous révèle que c’est au contraire l’esprit qui tient le gouvernail. Et que notre réalité individuelle ou collective n’est pas « perçue » de l’extérieur mais que nous la créons à chaque instant. Que ce que nous croyons subir n’est pas la résultante d’événements indépendants de notre volonté mais le produit exact de nos choix et de nos représentations inconscientes.

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Ce monde en plein tourment n’est en fait qu’un gigantesque hologramme dans lequel nous nous projetons et dont nous nous croyons prisonniers.

Il suffit de penser, d’énoncer et de faire les choses différemment pour que notre réalité change immédiatement.

Cela vaut pour les individus, cela vaut pour les groupes, et demain cela sera notre réalité universelle.

Notre devoir collectif ce n’est pas aujourd’hui de changer le monde. Que ce soit par un effort « contre » une nature hostile comme le croient les partisans d’une vision anthropocentrique du réel. Ni à l’inverse en nous amendant de nos erreurs pour nous réconcilier avec une mère-nature bonne et généreuse mais qui nous renverrait aujourd’hui à notre inconscience et à nos excès. Vision infantile partagée par les partisans d’une vision « écocentrique ».

En revanche notre responsabilité collective passe par la prise de conscience des représentations que nous créons, qui à leur tour se traduisent par des modèles dont nous ne savons plus sortir.

La réalité collective est fondée sur l’intrication permanente d’égrégores collectifs, lesquels orientent à l’image de champs magnétiques et donne vie à ce que nous interprétons comme le réel, et en détermine l’apparence de réalité.

Nos pires ennemis sont nos peurs. A nous d’en prendre conscience et d’en être maîtres et non esclaves.

Le Système instrumentalise, nourrit sinon crée lui-même ces psychoses collectives par son obsession vaine et violente à affermir son pouvoir sur les êtres et les esprits.

Partout apparaissent en réaction des régressions de types religieuses, nationalistes, identitaires, communautaires.

Bien entendu toutes ces logiques qui s’appuient sur une volonté désespérée de retour aux mythes religieux, à la nation, au groupe de référence ou qui renforcent l’enfermement narcissique et l’individualisme contemporain s’appuient procèdent d’une lecture faussée par la peur et sont vouées à l’échec.

Pire, elles ne font que renforcer une dérive, une caste ou un système qu’elles prétendent combattre.

La pensée cartésienne ou rationnelle, si forte en France, qui prétend s’opposer à la pensée mythique, est aussi ce qui nous aveugle le plus. Il est temps de revêtir la conscience quantique. Que le philosophe Ken Wilber nomme « pensée centaurique ».

Cette pensée dépasse le prisme trompeur engendré par la dualité, par la pensée verbale et les concepts. Et l’apparente incompatibilité entre rationnel et irrationnel.

Pour entrer dans ce paradigme de conscience, il faut aller au-delà des mots et même des représentations.

Je ressens donc je suis

On a coutume aujourd’hui d’ironiser sur cette propension générale à privilégier les émotions et les affects par rapport aux idées.

Pourtant émotions et affects sont ce qui caractérisent les mouvements de notre âme. Et notre âme, plus que notre esprit résumé à l’intellect, est ce qui nous relie consciemment à notre être profond et à tout ce qui est.

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Nous nous sommes tellement détachés de nos émotions que nous en sommes par exemple venus à croire que l’on peut transmettre des savoirs ou des savoir-faire à de jeunes enfants en faisant totalement abstraction des émotions qui les accompagnent et de la sensibilité de ceux qui les reçoivent. Or c’est tout l’inverse. Parce qu’avant d’accéder à la pensée cartésienne, les plus petits fonctionnent naturellement dans la pensée quantique. Et vibrent instinctivement au diapason des consciences qu’ils côtoient dont ils captent les moindres frémissements.

Appliquons-nous donc à bien ressentir. C’est-à-dire à ne pas être esclaves de nos perceptions, de nos émotions ou de nos sentiments, mais à les accueillir, à les accepter, à les observer, à les nommer, à les partager et à les laisser vivre sans nous identifier à eux.

Car sans eux nous sommes détachés de qui nous sommes. Nous vivons dans les illusions engendrées par notre intellect et non au contact de l’énergie qui vibre en nous et nous fait être.

Notre travail consiste à prendre conscience de ce que nous sommes conscients, d’être conscients d’être, c’est-à-dire en perpétuelle évolution, en perpétuel devenir. De renoncer à fixer cette identité autour d’un sentiment d’avoir, de savoir, de pouvoir ou d’appartenir. Mais de nous concentrer sur la seule réalité qui est : que nous sommes des êtres totalement reliés, que toute séparation est illusoire et que nous ne faisons qu’Un avec tout ce qui est.

Lorsque le plus grand nombre aura réalisé cette étape, la conscience collective arrivera à son point d’achèvement. Toute velléité d’attachement matériel, de possession égotique, de compétition pour la conquête de nouveaux territoires, de nouveaux pouvoirs ou de nouveaux savoirs nous apparaîtra vaine.

Seule la recherche de la plus grande réalisation, du plus grand bonheur collectifs seront au cœur de notre engagement. La paix règnera éternellement. L’homme vivra éternellement (ce qui est déjà le cas même s’il le nie ou l’ignore), et il accomplira des prodiges dont il n’a même pas idée.

Ceci n’est pas une utopie, une chimère ou une illusion. C’est la seule réalité possible. A nous de la comprendre, de la choisir, de l’embrasser et de la « réaliser » collectivement. Il n’y a pas d’alternative.

Mettre l’Humanité au cœur de toutes nos préoccupations

En France, la fascination morbide pour les attentats terroristes de 2015 et 2016 a totalement anesthésié la pensée collective, en exacerbant les suspicions identitaires et en précipitant la fragmentation communautaire. La France est devenue incapable de s’inventer un avenir. Et se venge de son sort en décapitant sa classe politique.

Seule demeure dans des discours vides de sens la référence réflexe à une « République » dont on ne sait plus très bien s’il faut passer ou non à la 6e pour sortir du marasme politique, aux « Droits de l’homme » devenus un mythe démenti par les atteintes croissantes aux libertés individuelles, et à la « démocratie » qui n’est plus qu’un mirage destiné à masquer la manipulation par les élites et institutions financières, la disparition du pouvoir des individus et la limitation de l’expression démocratique aux outrances télévisuelles et à des parodies électorales mises en scène par les médias.

Faut-il revenir à une forme d’humanisme, remettre l’homme au centre de la politique ?

Non. D’abord parce qu’on l’a vu la logique politique ne fait plus sens aujourd’hui. Ensuite parce que ce n’est pas l’idéal humaniste si élevé soit-il qui nous sauvera mais l’inscription de plein pied, libre, joyeuse et active dans ce grand mouvement qui nous aspire vers un destin qui nous dépasse.

Pour devenir les acteurs de notre avenir, il faut mettre la conscience de cette appartenance à une Humanité dont nous sommes les cellules au cœur de toutes nos préoccupations, des plus anodines au plus essentielles.

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Nous sommes en marche. Mais pas pour élire un politique fantoche qui veut nous manipuler pour nous déposséder de notre pouvoir et nous rendre davantage esclaves d’un Système à bout de souffle.

Nous sommes en marche vers notre propre avènement.

Le changement ne « doit » pas arriver : il est déjà là.

Ce n’est pas pour demain, c’est ici et maintenant.
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*Un changement doit arriver

[i] Alain Touraine : Un nouveau paradigme. Comprendre le monde d’aujourd’hui. Fayard, 2005

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VEUX-TU VIVRE VRAIMENT ?

Mis en avant

L’Esprit de Dieu est réellement un grand forgeron spirituel.

Il fait fondre le métal de notre ego, il en extrait les scories, il façonne notre être à sa guise et en fait un glaive ou un instrument selon les desseins du Créateur qui nous a fait et nous recrée selon son bon vouloir, pour parfaire notre être et accomplir sa volonté.

Il le fait en vérité. Mais il le fait seulement si nous le demandons et si nous l’acceptons.

La souffrance c’est le refus de mourir à celui ou celle que l’on est ou que l’on a été. De mourir à ce petit « moi » que l’on veut jalousement préserver, en refusant de devenir. Ce petit ego que l’on croit être et que l’on croit pouvoir préserver par ses seuls efforts, pour se satisfaire son désir égoïste, étriqué, enclos, obstiné, ignorant du Grand Tout qui nous aspire vers le haut, réfractaire au Divin et à l’appel du large.

Vanité des vanités !…

Pour accepter de mourir à soi, il faut avoir vécu l’expérience de ne plus être soi-même. De ne plus être rien du tout. De ne plus avoir de consistance, d’existence, de congruence. Et même d’identité.

De ressentir que l’on n’est qu’un agrégat de cellules temporairement agrégées et qui constitue notre corps physique. Un agrégat de croyances à propos de ce qui nous croyons être et qui constitue notre être psychique. Je suis un homme, une femme. Je suis Untel. J’ai un nom que je crois être. Un nom temporaire, celui que m’ont donné mes parents. Je suis né à ce monde un jour de mai ou de décembre… J’ai tant d’années au compteur. Je suis donc jeune ou vieux, ou tantôt l’un tantôt l’autre. J’habite ici ou là. Je suis « français », « auvergnat », homme du terroir ou déraciné. J’ai grandi comme ci ou comme ça. J’ai aimé ou refusé d’aimé. Je suis attiré par les hommes ou par les femmes, ou les deux : je suis donc « homo », « hétéro », ou « bi », ou rien du tout. Ou je m’en fous. J’ai fait ceci ou cela dans ma vie. Selon mes comportements ou mes sentiments, on me dit « gentil », « sympa », ou parfait « salaud ». J’appartiens à telle ou telle communauté. Et je me prétends « juif », « chrétien », « athée » ou « communiste ».  Ou encore « citoyen du monde », car très idéaliste et pas très en phase avec ma patrie d’origine. Et je dis souvent que je suis le métier que j’exerce : avocat, ingénieur, journaliste, artiste, plongeur ou chômeur : la société est si injuste avec moi…

Alors qu’en vérité, je ne suis rien de tout cela. Ou si peu.

En vérité notre être profond est un voyageur qui vient de beaucoup plus loin et va beaucoup plus loin que le terme apparent de notre existence ici bas.

Ainsi, notre nationalité n’est rien qu’une ligne sur notre état civil, tellement contingente et passagère. Nous le savons bien, nous qui sommes « frères en Christ », à qui on a tant répété qu’il n’y avait plus « ni grec, ni juif, ni… » Et surtout en cette période de confusion et de mondialisation où les nations ne sont plus que des coquilles vides et des identités réflexes pour ceux qui refusent d’entrer dans l’universalité promise ou imposée par le système.

Quand à ce corps que nous croyons « avoir » ou « être », ce corps dont nous aimerions pouvoir développer indéfiniment les capacités, dont nous aimerions pouvoir préserver indéfiniment la vitalité et les traits pour continuer à jouir, à faire, à séduire ou simplement à plaire. Jouir pour avoir la sensation d’exister dans l’instant. Faire pour avoir le sentiment d’exister par l’agir et d’imprimer sa marque dans le réel. Séduire ou plaire pour avoir l’illusion d’exister dans le regard des autres ou de l’être aimé… Car oui, on se l’avoue parfois : on ne s’aime pas toujours suffisamment soi-même. Alors on cherche à se faire aimer par d’autres pour compenser ce mésamour de soi-même.

Et ce visage que l’on ne peut jamais saisir dans le miroir, que notre angoisse narcissique voudrait figer ou retenir ou gommer, comme un selfie dont on voudrait gommer les aspérités et les ombres changeantes, ou comme un épouvantail qu’on tente de rafistoler ou que l’on voudrait enfin oublier comme un encombrant fantôme.

Et ce « caractère » qu’on s’est habitué à dire ou laisser dire « bien trempé », « entêté » ou au contraire « falot », « timide », « soumis ». Cette psyché que d’autres désignent comme névrosée, bipolaire, parano, obsessionnelle, autiste, hystérique ou que sais-je encore comme nom d’oiseaux… En référence à normalité psychique adaptée au monde bien ordonné, à la société, et qui n’est après tout qu’imaginaire à en croire la folie dont sont habités les prophètes et les marginaux ivres de Dieu.

Et ce corps encore, qui change et se refuse à obéir à nos injonctions de maigrir, d’aller vite, de se mouvoir ou de façonner ce que nous désirons créer. Ce corps que la médecine nous promet demain comme quasi immortel. Ce corps constitué de milliards de cellules, dont nous ne soupçonnons même pas l’ordonnancement, la complexité et la beauté.

Et ces cellules qui nous constituent. Qui chaque jour meurent et se renouvellent. Cet organisme qui sous-tend notre vie. Et qui n’est après tout qu’un agrégat temporaire de matière et de briques génétiques, d’atomes, de molécules, de cellules vivantes : celles que notre organisme fabrique et celles que nous hébergeons sans le savoir. Un système homéostatique, qui se maintient sans cesse dans un équilibre précaire et dynamique, entre vitalité et maladie… Quelques milliards de bactéries en plus ou en moins dans nos intestins, et nous mourons immanquablement, par déficit ou par excès d’hôtes invisibles, tantôt alliés tantôt hostiles. Cette flore intestinale que nous abritons à notre insu et qui garantit notre immunité, nous permet d’agréger la nourriture afin de restaurer et renouveler notre corps.

Et si notre ego se met à proliférer de façon incontrôlée, nous voici vaincu par le cancer : cette production anarchique d’aberrations cellulaires, qui sont autant d’excroissances de « non-soi » que l’organisme se met à produire comme poussé par une folie auto-reproductive et autodestructrice. Une vraie bombe atomique.

Qui sommes-nous en vérité ? Tout ? Ou rien ?…

Cette expérience du grand vide, ce grand corridor ténébreux de la Mort, les mystiques l’appellent la « Traversée du Désert », la « Grande Nuit » mystique.

Sainte Thérèse d’Avila, Saint Jean de la Croix, Saint Ignace, et bien sûr Jésus lui-même, l’ont bien connue et traversée, aux prémices de leur entrée dans la Lumière.

Nos scientifiques aveugles appellent souvent ce type d’expérience « schizophrénie ». Ou « dépression chronique » quand elle est vécue de façon douloureuse, dramatique et se prolonge indéfiniment.

Alors qu’elle n’a rien de plus étranger à une scission de la psyché ou à une dépression réactive.

Quand elle est vécue comme une impasse sans foi ni horizon de salut, elle peut toutefois prendre la forme de l’acédie, la plus grande des tentations spirituelles sur le chemin de l’Eveil : le refus de la vie et le dégoût de l’existence : de la sienne, et de la vie ou de l’existence en général.

Mais elle peut aussi prendre la forme d’une perte totale de contrôle, d’une perte totale de la conscience d’exister. De ne plus savoir « qui » ni « ce que » « JE » suis. De ne plus avoir de soi, ni de « je », et encore moins de personne ou de personnage. Plus d’identité du tout. Juste de la conscience noyée dans la conscience indifférenciée.

Ceux qui se livrent à des expériences psychédéliques et expérimentent certains états modifiés de conscience grâce à des drogues comme le LSD, la mescaline, le peyotl, la datura, l’ayahuesca ou la DMT, vivent aussi cela en accéléré. Certains peuvent même y laisser leur âme et leur santé mentale. Et n’arrivent plus à revenir sur la rive commune où nous passons souvent le plus clair de notre existence,dans l’ignorance des réalités supérieures qui nous traversent, tant ce type expérience peut être déroutant.

Mais cette expérience est universelle. Nous la vivons tous au moment de mourir. Quand nous quittons ce corps et que soudain nous nous trouvons plongés dans l’océan de la Conscience. Que nous ne sommes plus une petite conscience vacillante comme la flamme d’une bouge qui s’éteint, mais que nous rejoignons et devenons « La Conscience », celle qui embrasse et irrigue tout l’Univers, qui contient tout le Savoir, toute la Connaissance, et baigne la totalité du Réel dans une lumière indicible de parfait Amour.

Pour devenir, et devenir vraiment « autre », et non juste un prolongement narcissique de soi-même, une extension, une protubérance, il faut vraiment accepter la perte et l’oubli. La perte et l’oubli de celui qu’on a été et qu’on ne peut ou ne veut plus être.

Il ne faut évidemment pas refuser d’être soi-même au motif que la réalité à laquelle nous participons dépasse largement les limites de l’ego. Ni rejeter celui que nous sommes a priori tenus d’incarner par les contingences existentielles, sociales et matérielles, en prétendant pourvoir nous en affranchir ou nous en débarrasser totalement. Car comme on ne saurait changer de corps pour revêtir le corps d’un autre, y compris dans l’effusion charnelle, on ne saurait changer subitement de destinée ni d’incarnation par son propre vouloir. A moins de sombrer dans la folie.

Notre vie est un parcours, avec parfois ses ruptures et ses changements de cap plus ou moins brusques et douloureux. Mais nous ne pouvons en faire abstraction ou en changer radicalement par miracle, nous exonérer de notre vie. Nous ne pouvons qu’évoluer et changer.

Combattre le réel, expérimenter la vie comme une lutte sans fin et sans merci, et souffrir toute notre vie de ce combat. Ou au contraire nous adapter, accepter, rendre enfin les armes. Et suivre parmi nos multiples désirs contradictoires celui qui nous aspire vers une vie meilleure, plus libre, plus ouverte, plus féconde, plus respectueuse de soi-même et de l’autre, plus en relation et plus connectée au réel, plus ajustée et plus participante de la Grande Réalité. Avec un cœur plus large et plus palpitant, qui embrasse à chaque inspir une parcelle plus vaste encore de l’Infini béant qui nous appelle au loin.

Et si nous acceptons de nous en remettre en totalité à celui que nous nommons « Dieu », alors tout devient possible.

Un meurtrier ou une prostituée repentie peuvent devenir un prophète ou une sainte, et servir Dieu d’un cœur aimant. Non parce qu’il ou elle a décidé d’amender ou de réformer sa vie. Mais en se remettant totalement à la Miséricorde divine. Et parce que Dieu l’a lavé, purifié, oint, béni. Que toute trace de ses erreurs, manquements ou « péchés passés ont été vraiment effacés, jetés loin de son être. Qu’aucune puissance entropique ni aucune logique karmique ne peut plus générer, du fait de ses erreurs passées, un avenir mauvais, funeste ou limité.

Car Dieu détruit VRAIMENT le péché. Il ne s’agit pas de morale. D’une économie du bien et du mal. Il ne s’agit pas seulement d’éthique comportementale. Ni d’une simple sagesse qui nous conférerait un sens du juste et de l’injuste. Ni seulement d’une forme de pardon, sentimental ou puritain. Dieu anéantit vraiment et définitivement le pouvoir entropique généré par nos manquements, petits ou grands, nos trahisons, nos coupures et nos retranchements d’avec l’énergie de vie qui nous habite.

Car quand nous dévions volontairement ou involontairement de celle-ci, nous blessons et nous cassons des branches vivantes de l’arbre de vie que nous sommes. Et celles-ci repoussent ensuite difficilement. Nous les cassons pour nous-mêmes mais aussi pour notre descendance et pour tous ceux auxquels nous sommes reliés par des liens d’amours et des liens d’interdépendance spirituelle, ceux qui sont rattachés à nous et qui se nourrissent en partie de notre propre sève vitale.

Ce que nos fautes passées devraient « normalement » produire comme fruit mauvais, ou comme limitation du flux vital, Dieu le restaure en totalité et même au-delà. Il nous restitue dans notre intégrité de fils de lumière. Il nous ressuscite comme un premier né au premier jour de sa vie. Plein, rond et entier, sans une goutte de sang ni un atome d’énergie défaillant.

Mais il ne le fait pas pour que nous repartions du même point, là où nous étions arrêtés. Ni pour que nous reprenions notre vie là où nous l’avions interrompue. Ou que nous retournions benoîtement vaquer à nos occupations comme si rien ne s’était produit. Il nous déplace et nous transforme. Rien n’est plus désormais pareil et ne saurait désormais être autrement qu’autrement.

Dieu nous réinvestit de sa force et de son pouvoir. Mais il ne le fait pas pour que nous demeurions les mêmes. Le but de la vie n’est pas de simplement de vivre ou de survivre, mais de devenir. Et de devenir vraiment « autre ».

Une simple métaphore : à chaque instant nous « inspirons » puis nous « expirons ». Il y a dans chaque inspir un renouvellement de la vie en nous, dans nos poumons, nos cellules et notre être profond. Puis un expir : nous mourrons à ce que nous avons en partie été, nous abandonnons une parcelle caduque de notre être passé, mort, pour devenir autre. Nous devenons. Et si nous sommes mus par la vie et tendus vers Dieu, nous évoluons en bien, en bon et en meilleur. En plus reliés.

Vieillir, c’est renoncer à changer, à entrer dans la lumière et à abandonner les déterminismes de ce que nous appelons habituellement « la chair » : notre part animale, « bio-logique », périssable.

Cette part de nous-mêmes, il nous faut l’accepter, la bénir, la revêtir et l’incarner du mieux que nous pouvons. Avec amour mais aussi avec détachement et raison.  Car elle n’est qu’une part temporaire de notre existence. L’instrument et la matrice de notre Passage vers une vie tout autre.

Si l’on veut être authentiquement dans l’imitation de Jésus-Christ, il nous faut refuser la tentation ascétique de la fuite hors du corps et de la mortification.

Car si Jésus a embrassé en totalité l’existence humaine et a vécu en totalité l’incarnation, ce n’est pas pour que nous en exonérions par peur du corps et de la vie. Vivons donc en être pleinement incarnés, sans maudire notre nature mais au contraire en la bénissant. Sans chercher à nous extraire de la vie, mais en la vivant vraiment, et en en traversant toutes les dimensions, des plus triviales aux plus sublimes. Et laissant transformer ce corps en pure lumière, au terme d’épousailles et dans un embrasement d’amour totalement inédit :
« Je suis venu pour qu’ils aient la vie, et qu’il l’aient en abondance. » (Jean 10 :10)

Nous sommes issus de la Lumière et nous sommes appelés à revenir vers cette lumière au terme de l’expérience existentielle, après avoir accompli ou non notre « mission » terrestre.

Ce qui suppose de revêtir intégralement l’opacité de notre condition humaine et d’en vivre tout le processus transformatif, dans ce grand laboratoire spirituel qu’est la Vie incarnée.

Ce qui suppose d’accepter d’en visiter à plusieurs reprises au cours de l’existence les recoins les plus ténébreux. Avec à nos côtés nos proches qui nous assistent mais ne peuvent prendre la barque à notre place. Et aussi le « bon berger », le Fils de la Lumière, toujours à nos côtés, même et surtout dans les plus grands moments d’angoisse et de solitude apparente (Psaume 23).

C’est justement cette descente dans nos enfers intérieurs qu’il nous faut à plusieurs reprises accepter de de vivre et de renouveler. Non par une sorte de goût pervers et complaisant pour nos propres abysses ou pour la souffrance. Mais pour voir libérer en nous le potentiel de vie qui demeure enfoui. Comme un orfèvre qui accepte de revêtir l’habit sombre et crasseux du mineur pour descendre au fond de la veine y extraire les pépites d’or fin, qu’il transformera ensuite en diadème resplendissant.

Sauf que l’orfèvre, c’est Dieu et non nous-mêmes !

L’orgueil et la grande erreur des théoriciens existentialistes et constructivistes de l’identité, et le grand drame de ceux qui les suivent en prétendant se refaire ou se reconstruire, c’est de croire qu’on peut par sa seule volonté et selon sa propre fantaisie, modifier totalement sa propre identité.

Devenir vraiment une femme quand on est né avec un sexe mâle, grâce à un long travail de transformation hormonal puis en ayant recours à la chirurgie, comme le font les transsexuels. Ou devenir une personne toute autre que celle que les déterminismes biologiques, familiaux ou sociaux nous ont conduits à être.

Ce type de changement radical paraît en effet possible. Il y a des hommes nés mâles qui deviennent des femmes. Et même des transsexuels qui ont des enfants une fois opérés alors que la « nature » ne semblaient pas les y avoir prédisposés. Mais ce type de changement n’opère efficacement qu’à un certain niveau de réalité.

La nature humaine n’est pas binaire, en particulier la nature sexuée. Elle est beaucoup plus complexe et comporte beaucoup plus d’aberrations ou d’exceptions apparentes que notre esprit nous le laisse croire. Dieu n’est pas un ordinateur qui sépare le réel en fragments binaires. Dieu se manifeste à nous dans une réalité qui se structure autour de formes trinitaires.

C’est notre intellect qui sépare le Réel en réalités opposées selon une logique binaire. Et c’est le langage qui ordonne la réalité selon des schémas qui nous la font saisir et nous la représenter selon des modèles duels. Dieu est bien au-delà du duel. Et du non-duel, du non-dicible, du silence que nous nous imposions quand nous méditons et cessons de laisser pérorer notre raison ou notre pensée dualiste.

De la même manière, quand Dieu nous saisit pour nous transformer, nous ne pouvons savoir ni prévoir à l’avance là où il veut nous mener.

Si nous acceptons de nous en remettre à lui, ce n’est pas pour notre petit confort personnel. Avant de quitter totalement ce monde pour rejoindre le Père, Jésus a prophétisé à Pierre qu’il serait un jour conduit « là où il ne voulait pas aller ». Contrairement à l’autre disciple, le bien-aimé, qui lui demeurerait toujours auprès du Fils jusqu’à ce qu’il vienne (Jean 31 :15-23 : apparition de Jésus au bord du Lac de Tibériade).

Si nous donnons vraiment notre vie à Dieu, au lieu d’en faire une idole que nous sollicitons juste pour notre confort personnel et spirituel, tout devient en effet possible. Mais nous ne sommes plus le maître de notre vie. Elle appartient désormais à Dieu. Et lui seul décide de nous envoyer ici ou là. Lui seul décide « qui » et « ce que » nous serons appelés à devenir. Ce que nous serons appelés à réaliser « en son nom », et non plus en notre nom propre.

Si je m’en remets à Dieu, ce n’est pas pour m’approprier une puissance spirituelle nouvelle qui n’est pas la mienne et dont je ne suis que le dépositaire. Sinon je ne suis qu’un magicien. Et tôt ou tard je serai jeté dans l’abîme de feu avec les plus abjects des meurtriers.

Si je m’en remets vraiment à lui, c’est pour renoncer à mes propres projets, à ma propre volonté, à mon propre libre arbitre. Et accepter de devenir son instrument. Son serviteur. Et non seulement un « bon chrétien » qui sert encore en réalité son petit ego, dissimulé sous les oripeaux tartufes de la Vertu, juge les autres et donne des leçons de morale, de sagesse, ou s’érige en modèle de perfection spirituelle auprès de qui veut bien l’écouter, en singeant la sainteté pour mieux flatter son propre orgueil.

Ce n’est pas facile de renoncer. De renoncer vraiment. Et non juste de renoncer en surface ou en partie. De renoncer inconditionnellement, comme Jésus l’a fait en se livrant librement à la Croix. De renoncer à ce que nous cherchons à abandonner volontairement, parce que cela ne fonctionne plus, que cela nous embarrasse et nous fait souffrir : nos vieilles habitudes, nos vieux conditionnements, nos limites et nos esclavages intérieurs ou extérieurs. Mais aussi renoncer notre chère « liberté »…

Car l’obéissance à Dieu, ça existe aussi ! Et cela fait partie du New deal spirituel que nous passons avec notre Dieu d’Amour. Par un marchandage de marchands de tapis : je te donne ceci si tu me donnes cela. Mais un pari vertigineux : je te donne ma vie, sans savoir ce que tu désires pour moi ni où tu veux me mener, ce que tu veux faire de moi plus tard, une fois que j’aurais accepté que tu me transformes.

Je te donne ma vie avec la certitude que tu veux le meilleur pour moi : un bonheur bien plus vaste que ce que je n’aurais jamais osé concevoir, espérer ni revendiquer pour moi-même.

Je le fais librement et totalement, sans réserve aucune. Je consens à m’en remettre totalement à toi et à te suivre aveuglément. Avec la certitude et la confiance que là où tu me mèneras, je ne manquerai jamais de rien. Et serai glorifié bien au-delà des glorioles auxquelles mon ego pourrait prétendre. Je serai sanctifié bien au-delà de ce que mon orgueil pourrait me faire désirer comme modèle de sainteté.

Ce pari, ce saut dans le vide sans élastique, il nous faudra le renouveler plusieurs fois. Parce qu’assurément, une fois embarqué dans la grande aventure, nous serons tôt ou tard tentés de nous rendormir, de faire demi-tour, sans même nous en apercevoir…

Croyant avoir atteint un stade satisfaisant de notre évolution spirituelle, nous régresserons un jour immanquablement, et nous nous retrouverons confrontés aux mêmes écueils. Jusqu’à ce qu’à nouveau nous mettions un genou à terre et confessions notre stupidité et notre aveuglement afin de nous laisser pardonner, renouveler et saisir de nouveau.

Rares sont les grands saints qui ne connaissent jamais de rechute. Paul n’a cessé de lutter toute sa vie contre les doutes. Et contre une nature plus sensuelle qu’il n’aurait voulu et qui le tourmentait au point de vouloir s’en défaire. Pierre a renié trois fois avant de pleurer amèrement le maître qu’il avait trahi et laissé mourir sur une croix. Plus tard, même si l’Esprit l’aura investi de sa puissance, il a aura connu aussi les doutes, les affres de l’angoisse et la froide obscurité du cachot. Thérèse de Lisieux n’a cessé de confesser ses imperfections et ses doutes. Etc…

Et Jésus lui-même a entamé son ministère après avoir traversé toutes les formes de tentations au désert durant 40 jours de jeûne. Puis l’agonie et la tentation du renoncement à sa mission de Sauveur et à sa nature de Christ à Gethsémani. Puis l’abandon total et l’entrée dans la grande nuit de la Mort qui précède la Résurrection, sur la croix à Golgotha.

Tous nous devons accepter de laisser notre ego crucifier.

En nous désidentifiant de celui-ci, au risque de souffrir horriblement d’une interminable agonie.

Et de nous laisser revêtir d’un habit de lumière d’une facture, d’une taille et d’une couleur dominante que nous n’avons pas choisies.

Nous devons accepter de nous voir remettre un nouveau « Nom » que nous n’avons non plus ni connu à l’avance ni choisi nous-mêmes.

Et non de nous réinventer une identité pour hisser artificiellement notre ego plus haut, à une étagère bien en vue sur les rayonnages de l’autel où sont rangées nos propres idoles.

Christ veut des christs. C’est-à-dire des fils nus et obéissants mais oint de la puissance de l’Esprit. Et non des soldats casqués et armés de métal prêts à livrer orgueilleusement bataille contre l’Ennemi.

Comme le disent les sages taoïstes : « Imposer sa volonté aux autres, c’est force. Se l’imposer à soi-même, c’est force supérieure ». (Lao Tse)

Mais Dieu ne veut pas seulement des sages. Il ne veut pas seulement que nous sachions nous imposer à nous-mêmes notre propre volonté au lieu de prétendre combattre l’autre et remporter victoire. Il veut que nous acceptions de nous en remettre avec confiance et amour à Sa volonté.

Mais l’humilité, la vraie, est tout sauf son contraire : l’hypocrisie tartuffe qui nous fait souvent jouer les humbles, alors que nous bouillonnons d’orgueil et souhaitons en vérité nous hisser au-dessus des ignorants, des mécréants ou des brebis stupides que nous méprisons superbement.

L’humilité n’est pas fausse modestie. Ou négation des talents et des missions que Dieu nous a confiées et nous confie encore. Jésus est humble mais ne renonce pas à la puissance que le Père lui a confiée. Ni à dire la vérité pour défaire les orgueilleux et les hypocrites. Il en fait au contraire un bon usage, mais sans jamais s’arroger le bénéficie de la victoire, ni la gloire pour le résultat obtenu.

« A toi le règne, la puissance et la gloire ! » Il nous faut le dire et le répéter inlassablement quand Dieu nous investit d’une puissance nouvelle et nous équipe pour le combat qu’il veut nous voir mener en ce monde au nom de l’Amour.

Si nous cherchons la gloire, nous serons humiliés.
Si nous cherchons la victoire, nous serons vaincus.
Si nous cherchons à nous sauver par nous-mêmes, nous serons anéantis.

Mais si nous cherchons la Vérité, si nous cherchons à servir la Vie, si nous cherchons à laisser agir consciemment l’Esprit qui demeure en nous, mais qui peut tout aussi bien nous délaisser à tout moment, alors nous sommes réellement revêtus de la puissance de Dieu.

Mais que l’orgueil vienne nous saisir et que nous nous nous glorifions nous-même de cette puissance qui nous habite, ou que nous tentions d’en user nous servir nos intérêts propres ou jouir de l’ivresse que son usage nous procure, et elle nous quitte aussitôt. Et nous chutons plus bas et plus nus que nous ne l’avions jamais été auparavant.

C’est donc avec un effort constant de discernement et d’humilité qu’il nous faut tenir debout face à Dieu.

Nous ne saurions jamais y parvenir sans le secours de l’Esprit qui nous guide et nous éclaire.

La vie spirituelle n’est pas ni roman ni une épopée. C’est une relation d’amour bien réelle, à renouveler chaque matin.

Quand on célèbre un mariage, on ignore souvent qu’il nous faudra en renouveler chaque jour les vœux. Il en va des même pour la relation de compagnonnage avec Dieu.

Et nul ne peut prédire à l’avance quel nouvel épisode nous serons conduits à vivre. Quel fruit nous serons conduits à livrer, ni quelle rencontre inattendue nous ferons sur la route étonnante que Dieu nous invite à suivre.

Mais quelle autre vie pourrions-nous vivre quand nous avons goûté la saveur de la vraie Vie ?

Comment pourrions-nous nous rendormir dans une existence étriquée, morne et solitaire, quand nous avons goûté à la félicité de voyager sous le soleil, avec les multiples frères que Dieu nous donne à connaître pour partager et voyager ensemble ?

Vivre, c’est mourir pour revivre de nouveau. Plus loin, plus haut, plus vaste et plus éternellement encore.

Il n’y a pas d’autre vie de substitution que la Vie en Dieu.

Tout le reste n’est que cinéma hollywoodien, mensonge et piège.

Alors en marche, tous et toutes !