En mai, fais ce qu’il leur plaît ! – Macron, mai 68 et les bobos

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Etudiant lançant des pavés lors des manifestations étudiantes le 25 mai 1968 dans le Quartier latin à Paris

On fêtera bientôt les 50 ans de mai 68.

Vous vous rendez compte ?

Le Président Macron, c’est le moins que l’on puisse dire, a d’autres priorités à son agenda et semble peu pressé de fêter l’événement.

Plus à l’aise dans les salons parisiens qu’avec les symboles de la gauche populaire.

Plus en phase avec le très politiquement correct « esprit du 11 janvier » qui reflète bien l‘atmosphère anémiée du moment qu’avec la Grande Récré des enfants du baby-boom, le souffle révolutionnaire des barricades et ce genre de commémorations un peu casse-gueule.

Pas de risques, pas de vagues, et surtout pas question de donner une caution à la rue.

Et gare à ceux qui contreviendraient au devoir de réserve : ils seront sévèrement sanctionnés !

Après le temps des cerises, le temps des prunes.

Pas d’artistes du moment, de stars ni de people conviés pour scénariser ce Cinquantenaire. Comme au temps des grand-messes mitterrandiennes qui avaient élevé le fameux « Bicentenaire » au rang de rite planétaire.

Même pas un entrefilet dans la presse pour rappeler que cela fera 50 ans dans trois mois que quelques étudiants chevelus de la Sorbonne et de Nanterre emmenés par un rouquin très agité déclenchaient toute une série de grèves et de manifs qui allaient mettre la France cul par-dessus tête et faire chanceler le régime gaulliste.

Aurait-on à ce point changé d’époque ? Que plus personne ne semble s’en préoccuper ?

Certes, la Génération Macron ou celle d’En Marche ! n’a rien à voir avec celle des bobos (bourgeois bohêmes).

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Les jeunes quadras d’aujourd’hui, à peine dépucelés de leur virginité politique à la faveur d’un fin stratège qui a dynamité tout l’échiquier, n’ont ni les référents ni les aspirations de leurs aînés, abîmés dans le confort et « l’esprit Canal ».

Cette génération au seuil de la quarantaine à laquelle appartient Emmanuel Macron, et que les sociologues du marketing appellent les momos (mobiles moraux), ont grandi dans les années 1990 : ils n’ont connu que la crise, le chômage et un marché du travail tendu. Ils ont dû sacrifier à de longues études, apprendre à s’adapter aux contraintes économiques, accepter d’être hyper mobiles et réactifs pour changer souvent de métier, de secteur, voire de pays au cours de leur carrière.

Serge July, Emmanuel Macron et Mark Zuckerberg, icônes des générations « bobo », « momo » et « yoyo »

Ces braves petits soldats de la mondialisation obéissants et angoissés ne partagent absolument pas les rêves et les luttes rebelles de leurs parents les bobos.

Autant les bobos sont volontiers décalés, frondeurs, rebelles et contestataires – du moins dans la posture – autant leurs enfants les momos sont hypernormés, et à fond dans le Système !

Autant les baby-boomers ont rêvé d’un autre monde où la terre serait ronde, d’être réalistes en demandant l’impossible, de réinventer la société et de changer la vie, autant les momos sont de véritables gardiens zélés du Temple ultralibéral et « progressiste ». Prêts à dénoncer tout dérapage verbal, tout écart de comportement ou de langage qui risquerait d’écorner la Pensée unique et de dévier un tant soit peu de la ligne orthodoxe imposée par le politiquement correct.

Quant à la génération suivante, celle des yoyos (young yobs : jeunes loubards) qui composent une bonne partie de l’équipe Macron, ces trentenaires malins comme des bonobos et opportunistes comme par deux, ils n’en ont strictement rien à cirer des discours des élites et des politiques.

A eux on ne la fait plus ! On leur a tellement bourré le mou avec des discours moralisateurs, culpabilisateurs et anxiogènes, avec ces vieilles rengaines humanistes, droits-de-l’hommistes, libertaristes, égalitaristes, communautaristes ou féministes, qu’ils s’en moquent avec une effronterie aussi calculée que jubilatoire.

Ils se servent de tout, détournent tout, customisent tout, n’ont aucune morale, aucun scrupule et aucune préoccupation, sinon de saisir les opportunités à leur portée, et d’utiliser les failles du système à leur avantage. Pour s’en sortir, pour réussir, gagner de d’argent ou pour aider leurs potes.

Ils ne cherchent ni à flamber comme les bobos ni à placer leurs économies en s’angoissant à propos de l’avenir et de leurs gosses qu’ils n’ont pas encore comme les momos.

Eventuellement ils réalisent à l’occasion de juteux placements boursiers dans quelque startup, aussitôt réinvestis dans des achats dictés par leur fantaisie du moment.

Ce sont des jouisseurs, des opportunistes, des pragmatiques, qui n’en font toujours qu’à leur tête. Qui vivent l’instant présent et se moquent éperdument que le monde puisse s’écrouler autour d’eux, sinon pour kiffer sa race sur leur console de jeux.

Ils vivent en tribus, et en changent comme de paires de Nike.

Ils sont à fond dans les nouvelles technologies, car ils ont grandi avec une Gameboy entre les mains, surfent sur internet dès leur plus jeune âge, et en maîtrisent tous les rouages.

Ils anticipent sinon inventent eux-mêmes les modes et les nouveaux courants, plus pour s’amuser ou par opportunisme que par snobisme.

Ces yoyos ne sont pas ceux qu’on entend le plus dans le staff Macron. Sinon au travers de ce pragmatisme très réactif et sans réelles convictions sauf pour flatter la galerie. L‘esprit momo tient encore le haut du pavé, pour la vitrine du moins.

Ces deux générations sont les enfants de la mondialisation.

Mais ils ne fantasment pas comme leurs aînés sur un universalisme très idéaliste et politisé en prétendant bousculer l’ordre établi. L’ordre ou le désordre, ils s’en tapent.

L’ordre et les règles ils savent parfaitement les contourner. Et le désordre leur permet de tirer leurs biles au milieu de la confusion.

Si les momos sont à fond dans l’humanitaire, les yoyos s’en foutent royalement, sinon quand ça les touche directement ou pour faire mine de plaire à leurs grands-frères.

Pour les momos comme pour les yoyos, Mai 68 c’est comme la bataille de Marignan : un truc appris dans les livres d’Histoire.

Ou éventuellement un refrain barbant dont leurs parents les ont suffisamment bassinés pour qu’ils en ignorent la teneur.

Les momos regardent leurs vieux comme des pauvres ados rêveurs abîmés dans des glorioles pitoyables et leurs souvenirs de fac. En leur confiant à l’occasion la garde du petit dernier sagement endormi dans son landau connecté signé Stark ou Pinifarina.

Les yoyos quant à eux observent ces vieux darons avec amusement et respect, parce que quand même, Mai 68 ça devait être un sacré kif !

Mais ils en parlent comme d’un truc de ouf, exactement comme ils s’excitent sur le méga set de leur DJ favori dans le prochain festival électro.

Bobos et yoyos sont souvent potes.

Les premiers offrent aux seconds une conscience par procuration. Et les seconds permettent aux premiers de ne pas devenir gâteux en les initiant au vertige néo-psychédélique des réalités augmentées.

Globalement on est aujourd’hui en France aux antipodes des lendemains qui chantent.

Des couplets maoïstes, trotskistes ou castristes lancés depuis la tribune ou vomis sur les CRS-SS.

On est bien loin des expérimentations loufoques, de la révolution sexuelle, de la musique de Pink Floyd, des Doors, du pop art, des chemises à fleurs, des colliers hippies, de l’encens, de Woodstock, du LSD, des partouzes géantes et des slogans comme « Il est interdit d’interdire »…

Même si, la nostalgie aidant et la mode rétro 70s ou 90s des années 2010 faisant loi, on revisite ces icônes de la génération hippie.

Pour le reste, ça fait plusieurs décennies que c’est Back to reality!

Et pour les plus téméraires, un rail de coke, volume à fond, binge drinking et baise à tout va jusqu’au prochain after.

Mai 68, c’est au mieux un mythe sympa, au pire un truc ringard de musée.

Les bobos ont du mal à en démordre, mais on a changé de siècle.

Les crises économiques, la chute du Mur de Berlin, le 11 septembre, internet et Twitter sont passés par là.

Les idéologies qui ont bercé leur jeunesse ont été remisées sur les étagères de l’Histoire.


Leurs idoles, Marx, le Che ou Sartre, n’ont même pas leur statue au Musée Grévin.

Ceux qui ont portées ces années du Changement se sont recyclés pour les plus chanceux dans le journalisme ou la politique (mais ils ont été balayés par le tsunami En Marche ! ou sont devenus de sages courtisans du Prince…).

Ils bossent et parfois ont fait fortune dans l’écologie, l’économie verte ou le numérique, le multimédia, le marché de l’art moderne, le business du bio, du bien-être ou du développement personnel.

Et pour les plus largués, le Grand Soir se résume le plus souvent à croupir dans une ONG en attendant la ménopause du cadre, à tenter de reconstruire un château de sable en pleurant sur les ruines du PS, à publier des compiles rééditant les tubes de leurs groupes fétiches, ou bien à faire le guignol dans les talk-shows le samedi soir pour les nunuches engagées qui prétendent avoir une conscience et qui lisent Philo Magazine.

Quant aux plus endurcis, nombreux sont ceux ont pas finis fauchés par le sida, une overdose, un infarctus ou un cancer, ecstasiés et pesant 30 ans kilos sur une plage de Goa, ou carrément suicidés, soit à cause de leurs excès de sexe et de drogues qui leur ont ravagé la capsule, soit parce que leurs doux rêves se sont fracassés sur le roc des flamboyantes mais austères années 80.

Les rescapés ont quitté les radars et vivent planqués dans leur salon germanopratin, ou toujours scotchés dans leur ashram en Inde, une communauté new age ou une ferme dans les Cévennes.

Alors, faut-il ou non fêter Mai 68 ?

Si c’est pour ressortir les vieux gimmicks, sûrement pas !

Qui plus est, l’aspect politique et contestataire de cette ultime « révolution » n’est pas forcément bon à titiller.

Une bonne grève générale pour faire barrage à la Loi Travail est justement ce qu’a soigneusement voulu éviter le Président Macron, fort de son expérience d’éminence grise puis de ministre du quinquennat Hollande et des fameuses Nuits debout qui s’en suivirent.

Aujourd’hui tout le monde est rentré dans le rang. Et beaucoup s’extasient toujours devant ce jeune président si nouveau, si intelligent, si bien élevé, si propre sur lui, si posé, si courtois avec les femmes et si sympathique.

Les Français ont troqué un excité narcissique et corrompu, suivi d’un gros balourd qui les a roulés dans la farine sitôt élu en s’asseyant sur ses promesses socialistes, contre une sorte de Prime Minister brittanique, au style très monarchique, bon teint, sage et moderne. Et totalement à la solde des molochs américains et européens. Un peu comme Tony Blair.

Alors le Général à côté c’est Che Guevara !…

L’esprit et les valeurs libertaires de Mai 68 ont depuis l’ère Mitterrand totalement imprégné la société, ses modèles et ses discours.

Au point qu’on n’en a même plus conscience.

Même Sarko a été présenté récemment par certains commentateurs comme un héritier de l’Après-Mai 68. Qu’il avait pourtant combattu.

Sauf qu’aujourd’hui, voir des filles à poil à 18 heures à la télé comme au bon vieux temps des Coco girls du Collaro Show c’est totalement impensable !

De nos jours les normes sont bien verrouillées. Et quiconque s’en écarte risque le pilori médiatique dans la seconde qui suit, voire un procès ou le zonzon s’il refuse de faire repentance et continue d’alimenter le scandale.

On peut sacrifier à tous les écarts, toutes les perversions, toutes les outrances, tous les excès et tous les délires, du moment qu’ils sont soigneusement répertoriés et labélisés.

Pour le reste, si l’on s’écarte un tant soit peu de la Pensée unique, on est aussitôt taxé au mieux de « complotiste », au pire de « terroriste ».

Alors faire la révolution, vous n’y pensez pas !

Nos contemporains sont frileux, formatés, lobotomisés, partagent des indignations téléguidées et à géométrie variable.

L’indignation réflexe est une posture obligée si l’on veut s’afficher comme un bon citoyen équipé d’une conscience éthique.

Mais le libre arbitre et l’esprit critique – le vrai – ou la contestation de l’ordre établi au nom d’un Idéal ou d’un projet alternatif de société sont des crimes de lèse-conformisme inadmissibles en « démocrassie » !

Alors on se contente de faire semblant d’être un rebelle. On s’agite et l’on s’offusque aussitôt que son voisin fait un pet de travers. On monte des kabbales hystériques sur Facebook pour des boulettes. Et c’est ce cirque burlesque et grandiloquent qui constitue l’Alpha et l’Oméga des moutons de panurge.

Dont les neurones sont totalement grippés par leur flip incessant, soigneusement monté en neige par les médias à propos du terrorisme, de la vache folle ou de la bombinette nord-coréenne.

Pourtant, il serait urgent de réapprendre à rêver.

Urgent de s’enivrer.

Et de remettre l’imagination au pouvoir.

D’ouvrir les yeux sur l’avenir au lieu d’ânonner le même catéchisme. D’inventer le monde de demain. Un monde qui sera fraternel, universel, unifié et pacifié.

Ou ne sera pas.

Un monde qui verra toutes les consciences planétaires totalement interconnectées. Et en tout cas par autre chose que l’écran mensonger des logiques du Système.

Mais ça, soyons certain que les milices du Zeitgeist s’empressent de nous en dissuader.

Nous incitant au contraire à nous vautrer dans la fascination du Vide, le culte de l’Ephémère, de l’Insignifiant. A nous prosterner devant les idoles consuméristes de leur Panthéon des Vanités.

Plus qu’une nouvelle « révolution », politique, sociale ou institutionnelle, c’est un Grand Saut de la conscience qu’il convient pour nous tous ensemble d’opérer en ce siècle.

Un siècle qui verra s’accomplir les plus grands bouleversements que l’humanité ait jamais connus. Et qui l’obligera à faire face aux plus grands défis de son histoire.

Mais il faut plus que de la lucidité, de l’imagination ou de l’audace pour s’engouffrer dans la brèche de ce Changement radical qui nous aspire à lui.

Il faut accepter de mourir totalement à soi-même pour renaitre tout autre. De ne plus rien savoir ni connaître ni contrôler.

Et d’abdiquer son cher Ego au bénéfice du Bien commun.

Mais ce sacrifice, l’homo post-modernicus qui se vante pourtant d’être un rebelle et s’éprend de toutes les causes n’est pas prêt d’y consentir !

On peut se piquer d’avoir une conscience et rêver éventuellement de prolonger l’utopie matérialiste dans une fiction transhumaniste, mais de là à faire passer le sort des réfugiés climatiques avant sa tisane bio, NO WAY!

Alors oui, il serait temps de célébrer le joli mois de mai, avant que l’hiver ne s’abatte définitivement sur nos belles illusions.

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Le combat des satyres et des sorcières

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Désolé de revenir encore sur cette histoire de harcèlement.

Mais il me semble urgent de dénoncer les propos haineux déversés à l’encontre de cette tribune de femmes courageuses qui fait aujourd’hui polémique. Alors qu’on voudrait rejeter sur elles la honte et la culpabilité, en les assimilant à des complices de violeurs.

Je suis affligé de voir combien les esprits s’égarent, et dans quels excès on en arrive à s’enfermer.

Pardon mes cher(e)s ami(e)s, mais beaucoup d’entre vous avec qui j’échange sur les réseaux sociaux continuent de verser dans l’outrance et feraient mieux de se calmer et de réfléchir posément.

Certains ont ainsi improprement qualifié de « révolte des femmes » ce qui n’est qu’une libération spontanée de la parole à propos du harcèlement. Laquelle fait suite pour beaucoup à des années de silence, de honte ou de déni.

Cette initiative, on ne peut évidemment que la saluer.

Ce faisant, ceux qui sacrifient à ces excès de verbe s’abandonnent du même coup au lyrisme romantique des pasionarias les plus enflammées de la cause féministe. Qui battaient le pavé dans les années 70 en brûlant leur soutif et en vouant à la guillotine tous les mâles, forcément « machistes » et « dominants ». Elles qui prétendaient mettre à sac l’ordre impérialiste et bourgeois de la « société patriarcale ».

La rhétorique a changé en 50 ans mais le fond et les affects restent les mêmes.

Les nouvelles générations ont adopté inconsciemment les causes sinon quelques réflexes sémantiques hérités de ces années révolutionnaires de lutte des femmes.

Luttes qui ont tout de même permis aux femmes françaises d’accéder à des droits et à un statut de plus objective égalité, que beaucoup envieraient sous d’autres latitudes.

Qu’on songe que l’Arabie Saoudite vient tout juste de franchir un cap inouï cette année en autorisant les femmes à conduire seules un véhicule sur la voie publique !… Dans ce pays où on lapide encore arbitrairement les femmes adultères. Et où les violeurs cavalent en toute impunité, puisque ce sont les femmes violées qui sont accusées d’être des « provocatrices » et des pousse-au-crime.

Encore une fois, que l’affaire Weinstein ait suscité un vent de libération de la parole virale et que des femmes violées ou réellement harcelées sexuellement et qui n’osaient pas dénoncer leurs agresseurs aient enfin pu le dire, c’est une chose juste et qui mérite d’être saluée.

Qu’on aide des femmes battues, violées ou agressées à oser se défendre et faire les démarches pour dénoncer des criminels, c’est aussi une très bonne chose.

Le problème c’est qu’une fois cette brèche ouverte, avec l’effet amplificateur des médias et des réseaux sociaux, certaines ont voulu en profiter pour dénaturer cette juste cause et embrigader toutes les femmes dans cette croisade absurde et dégradante contre les hommes, toujours la même. Avec un paroxysme de haine et une incitation à la délation la plus abjecte.

Ainsi, tous les mecs étaient potentiellement désignés comme des « porcs ».

Le choix de ce terme n’est d’ailleurs pas anodin : il reflète bien plus qu’une simple répugnance à l’égard du désir masculin. J’y reviendrai…

Quant au désir et à la libido, qui est le moteur de la vie psychique et de la relation, à les entendre c’était désormais une chose sale, monstrueuse, coupable, qu’il fallait à tout prix réprimer. En tout cas en bannissant toute expression de sa flamme, forcément suspecte, à l’égard d’une femme désirée.

Que les femmes soient agacées d’être utilisées systématiquement par la publicité et sur les couvertures de magazines comme des objets sexuels, de faire l’objet de vannes misogynes et vulgaires dans les cafés où les mecs se lâchent après le boulot, passe encore.

Mais de là à vouloir jeter le discrédit systématique sur le désir masculin, qui n’est pas il faut le rappeler de la même nature que le désir féminin. Ce désir est par nature plus agressif, plus impérieux, parfois violent dans son aspect pulsionnel et volcanique.

Dans le règne animal comme dans les sociétés humaines, c’est la libido et la compétition pour trouver les meilleures partenaires qu poussent les mâles à se battre et à pavoiser, à rivaliser de postures orgueilleuses pour intéresser la galerie. Et les femmes sont elles-mêmes conditionnées par leurs hormones à choisir parmi ces prétendants le plus vigoureux, celui qui saura assurer au futur couple et à l’espèce une abondante descendance.

A moins de vouloir nous extraire totalement des lois de la nature, je ne vois pas comment on pourrait y échapper.

D’ailleurs ces comportements qui obéissent d’abord aux pulsions, relèvent aussi de la culture, depuis que le commerce entre hommes et femmes a été codifié dans toutes les sociétés.

Y compris dans les codes vestimentaires, selon lesquels les hommes (de pouvoir) arborent des costumes bien épaulés pour souligner leur carrure et une cravate, symbole phallique, tandis que les femmes coquettes portent un décolleté plongeant garni de bijoux étincelants mettant en valeur leur opulente poitrine, tel une corolle scintillante invitant les gros bourdons à venir butiner.

Même les dérives androgynes ou queer d’une société qui prétend abolir les stigmates du genre ne viendront jamais totalement à bout de ces codes qui rejouent au plan symbolique ceux de la parade nuptiale.

D’ailleurs après les années 1970 et sa mode unisexe, où toute une jeunesse portait uniformément les cheveux longs, des chemises à fleurs et des jeans cintrés diluant les silhouette dans une même indifférenciation filiforme, on est vite revenu aux signes bien établis de la féminité et de la masculinité. Parfois jusqu’à la caricature outrancière.

Des seins siliconés de Pamela Anderson aux muscles body-buildés d’Arnold Schwartzenegger, depuis les années 1980, rares ou éphémères sont ceux qui s’aventurent à jongler avec les codes. Et en cette fin de décennie 2010 les femmes n’hésitent pas à afficher une sensualité torride à l’image de leurs icônes, comme Rihanna ou Nabila. Alors que tout homme qui se respecte se doit d’arborer une barbe millimétrée, et si possible une toison fournie sur le torse.

Les excitées contre cet agencement pétillant des sexes voudraient même aller jusqu’à revoir la grammaire et imposer à tous les plumitifs cette délirante et fastidieuse « écriture inclusive ». Prétextant qu’une langue évolue et sinon qu’on doit l’y contraindre pour effacer tout stéréotype et toute règle héritée de la domination masculine. On ne s’attardera pas sur de telle arguties, auxquelles seuls quelques complexés du vermicelle osent sacrifier…

De toute façon on ne va pas refaire l’Histoire : depuis la plus haute antiquité et les temps bibliques, nous sommes les héritiers d’une société patriarcale.

Il ne s’agit pas de se cramponner à son phallus ni aux « traditions », en pleurant sur la décadence « déconstructiviste « des soixanthuitards, comme Eric Zemmour pour justifier sa misogynie réactionnaire.

Mais n’en déplaise à celles qui au nom de « l’égalité » voudraient en vérité supplanter le pouvoir des mâles, les dominer et les réduire en esclavage comme au bon vieux temps des Amazones, en 2018 il y toujours des hommes qui courent après les femmes.

Et comme tout pays latin la culture française demeure tout de même globalement patriarcale. Même si la France de 2018 n’a plus rien de commun avec celle de l’Après-guerre.

Et puis si les hommes ont encore le droit de draguer les filles, qu’elle se rassurent : de la haute couture aux patronnes de startups, la France met toujours en avant ses plus jolies femmes et les plus audacieuses qui font bouger les choses.

Nos sociétés ont bien évidemment évolué et continueront d’évoluer. Et le coup d’accélérateur donné par la modernité n’est pas à mettre en doute. Les femmes ont aujourd’hui, quoi qu’on puisse y redire, toute leur place à part égale avec les hommes dans un pays comme la France.

Un pays où notre jeune président est pourtant incapable d’aligner une phrase sans prendre la précaution de préciser à tout bout de champ « celles et ceux« . Par crainte de commettre un écart coupable par rapport à la ligne politiquement correcte qu’ils s’est fixée.

Est-ce un gage de progrès et une preuve supplémentaire de « civilisation » que de vouloir taxer la testostérone de drogue dure ? Ou d’interdire aux hommes d’être ce qu’ils sont : non des pourceaux mais simplement des mâles ? Non des « prédateurs » ou des criminels assimilables à Jack l’éventreur mais juste des êtres animés de désir et qui osent naturellement l’exprimer à celles qui les animent ?

Le Grand siècle avait certes octroyé le pouvoir aux élégantes pleines d’esprit, après des siècles ou les us du terroir propres au peuple autant qu’à la noblesse d’épée rimaient avec les rots, les pets, le cul, la merde et la farce la plus grasse.

Mais la Carte du tendre ou les gesticulations burlesques des laquais serviles et enrubannées de l’Étiquette ont vite été dénoncés et avec quel brio par le théâtre de Molière, à la faveur d’un roi qui méprisait les dévots et aimait beaucoup séduire les femmes.

La tyrannie des précieuses ridicules qui avaient réduit leurs prétendants à des caniches de foire travestis, poudrés, maquillés et peinturlurés comme des drag queens, mendiant un soupir, une œillade ou un aparté avec des chichiteries de tarlouzes, a vite été remisée à sa juste place au pays des troubadours, de Rabelais, puis de Sade, Maupassant ou Flaubert.

Aujourd’hui les choses sont plus drues et plus crues. On atteint vite les cimes du ridicule ou de l’extrême violence.

Quant à celle qui consiste à vouloir bannir de l’espace public toute expression du désir, tout rituel de séduction, par crainte de se voir exposer à des formes parfois trop insistantes ou non sollicitées de gringue appuyé, c’est du pur délire.

Pour un peu on assimilerait Jean d’Ormesson et Bigard !

Pire, c’est objectivement pathologique.

En langage psy on appelle ça une névrose collective. Et pour les intéressées, de « l’hystérie » caractérisée.

Partant, on doit les dénoncer comme tels et refuser de souscrire à ces excès et de à ce chantage.

Hélas, le terrorisme situationniste et médiatique de folles furieuses comme les Femen, avec leurs méthodes dignes de la guérilla urbaine, nous ont habitués à ces excès et ont endormi notre esprit critique.

La mauvaise conscience de certains hommes à l’égard des femmes et le politiquement correct aidant, on a même pu considérer que ce qui relevait au regard de la loi du délit punissable n’était après tout que des méthodes justes servant une cause juste au milieu d’un monde autiste incapable de reconnaître l’injustice faite aux femmes.

S’agissant des excès qui ont suivi la libération de la parole à propos du harcèlement, et de la violence haineuse qu’elle a suscitée, je peux comprendre que cela puisse procéder d’une souffrance trop longtemps tue et qui se déchaîne soudain dans un déluge de cris et d’aboiements vengeurs.

Mais il y a des cabinets de psys pour ça ! L’espace public et l’opinion n’ont pas à être pris en otages pour subir les assauts de ces femmes traumatisées au point de ne pouvoir exprimer que haine et violence.

Il est vrai que depuis le début des années 1980, des émissions comme Droit de réponse, Bas les masques ou Le Divan nous ont habitués à considérer comme normal qu’on instrumentalise les médias comme théâtre exhibitionniste d’une psychanalyse publique érigée en spectacle obscène. Là où la déontologie et l’efficacité de la cure supposent au contraire le huis clos et le secret professionnel.

La télé, puis les forums et les réseaux sociaux, sont ainsi devenus le déversoir de tous les traumatismes particuliers exhibés, disséqués et commentés comme un exercice de communion obligatoire. Un vomitorium de la souffrance et du « Moi je ».

Il y a sans doute dans cette dérive un phénomène d’acculturation et de pollution des esprits hexagonaux par des modes héritées du puritanisme anglo-saxon, et une assignation contre-culturelle à l’exercice de la confession publique comme dans les sociétés protestantes.

Depuis les Alcooliques Anonymes, la prise de parole publique est devenue un passage obligé. Et qui voudrait s’y soustraire serait aussitôt accusé de sécessionnisme et d’absence coupable de contribution à la vie du groupe.

La pudeur, le secret, la discrétion ne sont plus des valeurs en vogue.

L’outrance, la démesure, l’arrogance et l’exhibition, fût-elle vulgaire et forcée, les ont supplantées.

Ardisson est passé par là. Et les bobos ont érigé ces rituels au rang de culture dominante.

Revenons à cette tribune dans Le Monde conduite par une centaine de femmes courageuses qui osent braver l’unanimisme ambiant et défendre le droit pour les hommes de draguer les femmes. En avouant leur plaisir à être courtisées. Au risque de dérapages verbaux ou comportementaux qui font selon elles partie des jeux de l’amour et du hasard.

Il est parfaitement injuste maintenant que s’est libérée cette autre parole – celle du désir féminin – de vouloir culpabiliser ces femmes et les réduire à la caricature pour le coup honteusement misogyne de vieilles cougars en manque de rentre-dedans, ou d’insensées complices des violeurs. A cause de quelques maladresses ou provocations déplacées.

Comme celle de Catherine Millet qui a affirmé en provoquant regretter « de ne pas avoir été violée pour pouvoir dire que le viol on s’en sort« .

Bien sûr c’est un camouflet de trop infligé aux femmes battues ou violées et qui n’avaient pas besoin qu’on les humilie encore pour interdire aux furies qui instrumentalisent leur douleur de pousser le bouchon trop loin.

Il faut le dire tant qu’il est encore temps : vouloir culpabiliser ces femmes courageuses est aussi injuste, humiliant et totalitaire que de vouloir réduire les victimes de violeurs et de harceleurs au silence.

Sachons rester tempérants.

Et admettons de reconnaître que cette tribune, malgré quelques maladresses, vient rétablir enfin un peu d’équilibre dans le débat.

Et permettre surtout que ce débat ait lieu, en laissant libre cours à l’expression d’opinions et de témoignages de femmes parfois contradictoires.

Il faut le répéter aussi : dans un pays latin comme la France où la séduction fait partie de l’art de vivre, les excès du puritanisme érigé en arme politique comme aux Etats-Unis où on ne peut pas baiser sans consulter au préalable son avocat, n’ont pas leur place.

Enfin et non des moindres, ce dont bien peu semblent avoir conscience, c’est que les idiot(e)s utiles qui applaudissent au déversement de haine des féministes extrémistes, lesquelles voudraient castrer tous les mâles et criminaliser la séduction, font très exactement le jeu des fondamentalistes islamistes.

Lesquels ne conçoivent la femme que voilée, soumise et docile. Ou bien à l’inverse les considèrent comme des putes (des « courtisanes ») tout juste bonnes à être utilisées, ou bien sauvagement violées puis lapidées.

Pas étonnant qu’on ait utilisé ce terme insultant de « porc » pour désigner tout mâle qui oserait s’engager dans une drague appuyée, et qu’on qualifie aussitôt de « harceleur ». Sans même prendre le temps de vérifier si l’intéressé avait dépassé ou non les limites imposées par le Droit, ou simplement le respect d’autrui et de son libre arbitre.

Le porc est dans l’Islam, surtout dans l’Islam radical, le symbole par excellence de qui est haram, illicite, interdit, péché. Mais aussi répugnant, abject, immonde. Qui rabaisse l’homme au rang d’animal vivant dans le stupre et les excréments.

« Fils de porc ! » est pour tous les mômes des banlieues gavés de culture du bled, l’insulte par excellence. Là ou « Hijo de puta! » constitue le camouflet majeur dans les pays latinos bercés de catholicisme et de culte des madones.

Faire de tous les hommes des porcs, c’est donc de facto les déclarer haram !

Comme les femmes qui se prêtent à ce jeu sont nécessairement des « putes ».

Pas étonnant de voir monter au créneau des pasionarias de la cause féministe parmi les plus hystériques, comme Clémentine Autain, qui c’est à vrai a subi un viol dans sa jeunesse. Mais qui va jusqu’à renier ses engagements sur la laïcité en manifestant aux côtés des pires salafistes ennemis des femmes et de la République…

Cette récupération inconsciente des symboles islamiques sinon islamistes en dit long sur le degré de confusion et de dérèglement psychique de ces femmes phobiques du genre masculin.

Le mâle est pour elles forcément un animal. Les testicules une erreur de la nature. La testostérone une drogue dure à pénaliser. Et l’expression de tout désir d’un homme envers une femme est forcément sale, violent, insupportable.

Nul besoin d’épiloguer pour comprendre qu’il y a là un évident dérèglement de la libido et une hystérisation au sens le plus clinique et le plus étymologique.

Et ces furies, souvent lesbiennes militantes ou en tout cas misandres au plus haut point, ont érigé cette phobie vengeresse en idéologie et en combat imposé à toutes les femmes.

Que certains se déclarent consentantes, et elles sont aussitôt assimilées à des putains ou à des complices du crime.

Le plus triste c’est que ce sont souvent les plus promptes à monter au créneau pour défendre la laïcité et dénoncer les tentatives des extrémistes à kidnapper nos lois républicaines pour les plier à leur vision de la charia, qui sont aussi les premières à en rajouter dix couches dans l’outrance et cette violence féministe.

Que celles-ci soient épaulées par tous les chantres du djihadisme athéiste, si prompts à incendier la moindre crèche, à arracher leur voile aux femmes qui l’arborent dans la rue, ou à interdire toute déclaration publique de la part de dignitaires religieux au nom d’une mauvaise interprétation de la laïcité, quel comble !

Si l’on pense que j’exagère, qu’on songe à cette abominable initiative des Femen il y a deux ans à peine sur la Place Saint-Pierre de Rome. Lesquelles n’ont rien trouvé de mieux que de s’enfoncer des crucifix dans le vagin en mimant une scène du film L’Exorciste. Tout ça pour soi-disant protester contre une intervention du pape à la tribune des Nations Unies !

Quel rapport avec la cause des femmes me direz-vous ? Aucune !

Sauf que dans l’inconscient collectif le satanisme, la sorcellerie, qui a fait l’objet au Moyen-Âge de beaucoup de fantasmes de la part d’une cléricature hantée par le sexe et une misogynie outrancière, a toujours associé une violence débridée à l’égard des cultes chrétiens et des représentants de l’Eglise avec la mise en scène baroque des pulsions sexuelles les plus débridées de femmes aussitôt qualifiées de « possédées ».

Cherchez l’erreur…

Il est temps de se ressaisir.

Au risque sinon de perdre totalement le sens de la juste mesure et notre capacité de discernement.

Et de faire ressembler cette croisade pour le droit des femmes à être respectées à une Internationale du terrorisme.

La culture et l’esprit français valent beaucoup mieux que cela.

Les femmes y ont toujours eu la part belle.

Sachons donc bannir des usages communs la facilité, le chantage ou la vulgarité des harceleurs.

Mais gardons ce qui fait le sel des relations harmonieuses entre les sexes : la séduction, l’amour des coquetteries et afféteries qui bousculent un peu la pudeur et les bonnes manières. Tout ce qui pimente un quotidien trop morne ou trop sévère. Y compris sur le lieu de travail. Du moins tant que le pouvoir des uns ne justifie pas qu’ils forcent les autres à céder à leurs odieux chantages.

Si l’on s’y refuse, on se retrouvera dans quelques années dans une société totalement codifiée et aseptisée. Où le sexe sera considéré non plus comme un péché véniel mais comme un crime pénal. Et où hommes et femmes n’auront plus jamais le droit de se toucher, de se côtoyer, par crainte d’éveiller des désirs coupables.

Une folie absolue ouvrant du coup la brèche à toutes les sauvageries et perversions décompensatoires.

Ceux qui en doutent feraient bien de regarder du côté de Daesh.

Ou de relire 1984

Winston Smith et Julia, couple maudit condamné à mort pour « crime de sexe » dans le film 1984