Cassé Cassius !

 

CASSIUS ?

Oui… mais non !

Pourquoi je n’irai pas voir Cassius aux Nuits Fauves le 16 février, ou n’importe où ailleurs ?

Parce que Cassius symbolise la quintessence de la French Touch tête-à-claques.

Pire encore que Justice, c’est dire !

Que Guetta ? Non, on parle musique tout de même.

Tout ce que j’abhorre dans la musique électronique, bien que leurs productions soient d’une indéniable qualité.

Revenons au point de départ. Chicago, Detroit, New York. Puis Londres et toute la planète.

Ceux qui ont 50 ans et plus, ou qui étaient à la soirée Let There Be House avec Marshall Jefferson et Tony Humphries au Rex Club le 25 janvier, voient très bien de quoi je veux parler.

Les gamins fauchés du South Side qui ont inventé ces musiques il y a 30 ans et plus, surtout la house de Chicago, n’étaient pas des musiciens à proprement parler. Encore moins des stars. Tout au plus des DJs qui gagnaient péniblement leur vie en mixant dans des clubs totalement inclusifs, ouverts à tous, aux prolos, aux Blacks, aux pédés, aux moches, surtout pas qu’aux VIP.

L’esprit Midwest et la débrouillardise. Une 808 ou une 909 empruntée à un pote, un vieux DX7 et hop ! C’est parti pour un loop à faire hurler les dancefloors.

Ils ne cherchaient pas à gérer un plan de carrière, à se rendre inaccessibles, en méprisant le marigot des teuffeurs et des musicos du dimanche qui rament des nuits entières dans leur chambre pour pondre un track correct.

Pour mieux comprendre ou rafraîchir ses souvenirs, voir cet excellent documentaire I was there when House music took over the world.

 

 

Vers 1994/1995, 10 ans après ces débuts héroïques, les musiques électroniques avaient envahi le monde. Du moins tous les recoins underground de la planète. Wake Up vivait ses derniers moments de folie (encore au Rex), Garnier et la techno entraient en dissidence, les raves commençaient à s’essouffler, le hardcore avait brisé la magie, les esctas étaient frelatées, les teuffeurs partis sur les routes dont certains ne reviendraient jamais.

Et puis soudain, patatras !

1997. Deux fils-à-Papa versaillais aux airs d’ados bien sages balancent un OVNI sur les ondes radio et les clubbers fatigués. Around the World signait la fin des outrances trance, rave et hardcore. Et les vrais débuts de la French Touch version mondialisée. Avec un clip totalement décalé, millimétré et soigneusement chorégraphié par Michel Gondry.

Dans la foulée, Thomas et Guy-Man inventeront un son nouveau, révolutionnaire, l’électrohouse, qui sera la bande-son des années 2000, copié à l’infini.

Mais pour l’heure, avec l’album Homework, on est plutôt dans une resucée de sons bien funky voire disco, avec des samples éneaurmes montés en boucle, hystérisés par une distorsion, une compression et une dynamique incroyables, saupoudrés de quelques gimmicks obsédants au vocoder et emmenés par un beat binaire et entêtant.

Et pis c’est tout.

Bien malin celui dont on allait lui aussi beaucoup parler, et qui avait propulsé ces ritournelles disco à peine filtrées au rang d’hymnes planétaires. Et les deux robots sur les starting-blocks d’une carrière brillantissime.

Zdar et Boom Bass (Philippe et Hubert pour les intimes), les deux membres du duo Cassius, ont débarqué à la même époque, ou quelques années après. Eux aussi savamment marketés par le petit label de Barbès qui deviendra très très grand : Ed Bangers. Créé par Pedro Winter, un Versaillais lui aussi mais bien plus déjanté, au look de Viking, fana de skate, de rock, de hip hop, de drogues psychédéliques, et surtout au nez très creux et hyper malin.

Alors que les musiques électroniques sortaient de la clandestinité et d’une réputation de merde grâce à Jack Lang et des labels ambitieux comme F Com, Ed Bangers allait brouiller les pistes, produire des OVNI mélangeant house, hip hop, pop-rock et tout ce qui pouvait trancher avec les standards de la dance.

Rien n’était laissé au hasard : visuel coloré et décalé, clips rétro-pop léchés, look néo grunge ou dandy électro pour les artistes, buzz parisien impitoyable et promo mondiale avec des connexions auprès des plus grands : on a vu le résultat en 2013 avec l’album Random Access Memories… La machine Ed Bangers allait vite catapulter ses protégés vers les plus hauts sommets.

1999 (référence au meilleur album de Prince, what else ?…) et sa house léchée, sophistiquée, intello, élitiste, presque froide, « française » quoi, allait faire le tour du globe.

Mais ces icônes de la French Touch unanimement célébrées, auxquels ont pourraient ajouter tous les groupes phares des années 2000, les Air, Justice, Kandinsky, Vitalic… ont tous en commun le même ressort marketing : L’ATTITUDE !

Electropop un peu évanescente pour Air, franchement plus rock, crasseuse et putassière pour Justice, disco ou électroplouf pour les 2 autres.

Cassius c’est la classe. Ils ont joué avec les plus grands. Et ne se produisent (du moins à l’époque) que dans les clubs les plus hype de la planète. Ou dans des mini-clubs hyper confidentiels pour happy fews triés sur le volet (« Quoi, t’es pas sur la guestlist ? Dégage ! ») Comme le Paris Paris pas loin du Palais Royal, où je les avais vus en concert privé avec -M- et quelques potes k1ris, sur invitation uniquement. Mehdi et Pedro à moitié à poil et totalement ecstasiés aux platines : une soirée mémorable !

Quand on pense à l’humilité absolue et sincère d’un génie comme Frankie Knuckles, franchement les gars, allez vous rhabiller !

Et puis au fond, Cassius, c’est chiant !

La pose, toujours la pose… Saint Trop’ ou le dernier spot à la mode : « Ah tiens, on a enregistré tout l’album (15 Again) en 15 jours dans une grande villa à Ibiza, c’était top ! »

Cassius, c’est l’exact opposé du house spirit : One nation under a groove. Un truc planétaire qui ne connaît aucune frontière. De race, de genre, et surtout d’origine sociale : « You may be Black, you may be white… »

Cassius c’est le parisianisme le plus contenté qui se reluque le nombril parce que quelques journaleux ont décidé que la French Touch était un truc à part et so chic : Sacré Français !

Beaucoup ont exploité le filon. Avec du meilleur comme du pire. Les 90s et 2000s ont été marquées par des succès comme Music sounds better with you qui ont fait le tour du monde et pas qu’une fois.

De Cassius que retiendra-t-on ? The Sound of violence, of course (référence implicite à The Sound of silence de Simon & Garfunkel, c’est dire le côté arty et élitiste…) 1999, bien classieux tout de même. Plus quelques tubes qu’on a déjà oubliés.

Mais pour le good spirit, passez les gars !

Cassius c’est un peu la revanche du clubbing VIP branché et faussement cool version 2000 sur les mégateufs underground, déjantées et inclusives des 80s/90s, vaincues par le business de la dance music, la gentrification de l’électro, la radicalisation et la marginalisation des teuffeurs abrutis par le hardcore et les mauvaises dopes.

Quand même pas Retour vers l’Elysées Mat’ ou l’Apocalypse (boîtes hyper sélect et disco phares du Triangle d’or dans les 80s), mais so happy fews bien fake tout de même.

Que Cassius se produise aujourd’hui aux Nuits Fauves c’est tout un symbole.

Du film éponyme de Cyril Collard qui a marqué les années sida, ce club aussi célèbre pour sa programmation pointue que pour ses excès de dope en tout genre a voulu capté la quintessence d’une époque. Que reste-t-il de ce spot de drague, temple du bareback (les quais d’Austerlitz), où l’on ne touchait pas que du French ?… Et qui à l’heure de l’Institut de la Mode et du Wanderlust n’est plus qu’un lointain souvenir : glauque, poisseux, dangereux.

Le vertige devenu vestige.

Un frisson customisé pour clubbers trentenaires sortis des beaux quartiers.

Si Cassius n’a plus rien pour entretenir la flamme que cet ersatz de décadence c’est tout un symbole.

Pas grave, il y a tant d’autres artistes et tant d’autres lieux qui méritent aujourd’hui d’être célébrés.

Hélas pour l’ego démesuré de l’écurie Ed Bangers, pinacle de la French Touch années 2000 qui aurait presque fait oublier les pionniers comme Garnier, les années 2010 ont vu débarquer un florilège d’innombrables jeunes producteurs et DJs hexagonaux hyper doués et hyper talentueux. Qui ont tout pigé du B-A-BA de la house et de la meilleure. Qui écoutent de tout, phagocytent tout, recyclent tout – house, techno, hip hop, électro, soul, pop, disco, funk, dubstep, glitch hop, world music… – avec un style, une aisance et une effronterie déconcertantes.

En 30 minutes ils vous pondent un machin dément avec un son qui tue, à la fois dégoulinant de sensualité et qui cartonne grave, à faire pâlir les godfathers de Chicago.

Etre né avec une Gameboy dans la main et maitriser le potentiel infini des nouveaux joujoux électroniques, ça aide…

Ces Disclosure français n’ont pas d’ego à monnayer aux platines du Faust ou du Yoyo. Juste leurs 20 ans et quelques tubes irrésistibles comme unique passeport.

Gare les Cassius et autres pédants ! La relève va vite vous dégager. En vous servant une standing ovation en plus…

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En mai, fais ce qu’il leur plaît ! – Macron, mai 68 et les bobos

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Etudiant lançant des pavés lors des manifestations étudiantes le 25 mai 1968 dans le Quartier latin à Paris

On fêtera bientôt les 50 ans de mai 68.

Vous vous rendez compte ?

Le Président Macron, c’est le moins que l’on puisse dire, a d’autres priorités à son agenda et semble peu pressé de fêter l’événement.

Plus à l’aise dans les salons parisiens qu’avec les symboles de la gauche populaire.

Plus en phase avec le très politiquement correct « esprit du 11 janvier » qui reflète bien l‘atmosphère anémiée du moment qu’avec la Grande Récré des enfants du baby-boom, le souffle révolutionnaire des barricades et ce genre de commémorations un peu casse-gueule.

Pas de risques, pas de vagues, et surtout pas question de donner une caution à la rue.

Et gare à ceux qui contreviendraient au devoir de réserve : ils seront sévèrement sanctionnés !

Après le temps des cerises, le temps des prunes.

Pas d’artistes du moment, de stars ni de people conviés pour scénariser ce Cinquantenaire. Comme au temps des grand-messes mitterrandiennes qui avaient élevé le fameux « Bicentenaire » au rang de rite planétaire.

Même pas un entrefilet dans la presse pour rappeler que cela fera 50 ans dans trois mois que quelques étudiants chevelus de la Sorbonne et de Nanterre emmenés par un rouquin très agité déclenchaient toute une série de grèves et de manifs qui allaient mettre la France cul par-dessus tête et faire chanceler le régime gaulliste.

Aurait-on à ce point changé d’époque ? Que plus personne ne semble s’en préoccuper ?

Certes, la Génération Macron ou celle d’En Marche ! n’a rien à voir avec celle des bobos (bourgeois bohêmes).

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Les jeunes quadras d’aujourd’hui, à peine dépucelés de leur virginité politique à la faveur d’un fin stratège qui a dynamité tout l’échiquier, n’ont ni les référents ni les aspirations de leurs aînés, abîmés dans le confort et « l’esprit Canal ».

Cette génération au seuil de la quarantaine à laquelle appartient Emmanuel Macron, et que les sociologues du marketing appellent les momos (mobiles moraux), ont grandi dans les années 1990 : ils n’ont connu que la crise, le chômage et un marché du travail tendu. Ils ont dû sacrifier à de longues études, apprendre à s’adapter aux contraintes économiques, accepter d’être hyper mobiles et réactifs pour changer souvent de métier, de secteur, voire de pays au cours de leur carrière.

Serge July, Emmanuel Macron et Mark Zuckerberg, icônes des générations « bobo », « momo » et « yoyo »

Ces braves petits soldats de la mondialisation obéissants et angoissés ne partagent absolument pas les rêves et les luttes rebelles de leurs parents les bobos.

Autant les bobos sont volontiers décalés, frondeurs, rebelles et contestataires – du moins dans la posture – autant leurs enfants les momos sont hypernormés, et à fond dans le Système !

Autant les baby-boomers ont rêvé d’un autre monde où la terre serait ronde, d’être réalistes en demandant l’impossible, de réinventer la société et de changer la vie, autant les momos sont de véritables gardiens zélés du Temple ultralibéral et « progressiste ». Prêts à dénoncer tout dérapage verbal, tout écart de comportement ou de langage qui risquerait d’écorner la Pensée unique et de dévier un tant soit peu de la ligne orthodoxe imposée par le politiquement correct.

Quant à la génération suivante, celle des yoyos (young yobs : jeunes loubards) qui composent une bonne partie de l’équipe Macron, ces trentenaires malins comme des bonobos et opportunistes comme par deux, ils n’en ont strictement rien à cirer des discours des élites et des politiques.

A eux on ne la fait plus ! On leur a tellement bourré le mou avec des discours moralisateurs, culpabilisateurs et anxiogènes, avec ces vieilles rengaines humanistes, droits-de-l’hommistes, libertaristes, égalitaristes, communautaristes ou féministes, qu’ils s’en moquent avec une effronterie aussi calculée que jubilatoire.

Ils se servent de tout, détournent tout, customisent tout, n’ont aucune morale, aucun scrupule et aucune préoccupation, sinon de saisir les opportunités à leur portée, et d’utiliser les failles du système à leur avantage. Pour s’en sortir, pour réussir, gagner de d’argent ou pour aider leurs potes.

Ils ne cherchent ni à flamber comme les bobos ni à placer leurs économies en s’angoissant à propos de l’avenir et de leurs gosses qu’ils n’ont pas encore comme les momos.

Eventuellement ils réalisent à l’occasion de juteux placements boursiers dans quelque startup, aussitôt réinvestis dans des achats dictés par leur fantaisie du moment.

Ce sont des jouisseurs, des opportunistes, des pragmatiques, qui n’en font toujours qu’à leur tête. Qui vivent l’instant présent et se moquent éperdument que le monde puisse s’écrouler autour d’eux, sinon pour kiffer sa race sur leur console de jeux.

Ils vivent en tribus, et en changent comme de paires de Nike.

Ils sont à fond dans les nouvelles technologies, car ils ont grandi avec une Gameboy entre les mains, surfent sur internet dès leur plus jeune âge, et en maîtrisent tous les rouages.

Ils anticipent sinon inventent eux-mêmes les modes et les nouveaux courants, plus pour s’amuser ou par opportunisme que par snobisme.

Ces yoyos ne sont pas ceux qu’on entend le plus dans le staff Macron. Sinon au travers de ce pragmatisme très réactif et sans réelles convictions sauf pour flatter la galerie. L‘esprit momo tient encore le haut du pavé, pour la vitrine du moins.

Ces deux générations sont les enfants de la mondialisation.

Mais ils ne fantasment pas comme leurs aînés sur un universalisme très idéaliste et politisé en prétendant bousculer l’ordre établi. L’ordre ou le désordre, ils s’en tapent.

L’ordre et les règles ils savent parfaitement les contourner. Et le désordre leur permet de tirer leurs biles au milieu de la confusion.

Si les momos sont à fond dans l’humanitaire, les yoyos s’en foutent royalement, sinon quand ça les touche directement ou pour faire mine de plaire à leurs grands-frères.

Pour les momos comme pour les yoyos, Mai 68 c’est comme la bataille de Marignan : un truc appris dans les livres d’Histoire.

Ou éventuellement un refrain barbant dont leurs parents les ont suffisamment bassinés pour qu’ils en ignorent la teneur.

Les momos regardent leurs vieux comme des pauvres ados rêveurs abîmés dans des glorioles pitoyables et leurs souvenirs de fac. En leur confiant à l’occasion la garde du petit dernier sagement endormi dans son landau connecté signé Stark ou Pinifarina.

Les yoyos quant à eux observent ces vieux darons avec amusement et respect, parce que quand même, Mai 68 ça devait être un sacré kif !

Mais ils en parlent comme d’un truc de ouf, exactement comme ils s’excitent sur le méga set de leur DJ favori dans le prochain festival électro.

Bobos et yoyos sont souvent potes.

Les premiers offrent aux seconds une conscience par procuration. Et les seconds permettent aux premiers de ne pas devenir gâteux en les initiant au vertige néo-psychédélique des réalités augmentées.

Globalement on est aujourd’hui en France aux antipodes des lendemains qui chantent.

Des couplets maoïstes, trotskistes ou castristes lancés depuis la tribune ou vomis sur les CRS-SS.

On est bien loin des expérimentations loufoques, de la révolution sexuelle, de la musique de Pink Floyd, des Doors, du pop art, des chemises à fleurs, des colliers hippies, de l’encens, de Woodstock, du LSD, des partouzes géantes et des slogans comme « Il est interdit d’interdire »…

Même si, la nostalgie aidant et la mode rétro 70s ou 90s des années 2010 faisant loi, on revisite ces icônes de la génération hippie.

Pour le reste, ça fait plusieurs décennies que c’est Back to reality!

Et pour les plus téméraires, un rail de coke, volume à fond, binge drinking et baise à tout va jusqu’au prochain after.

Mai 68, c’est au mieux un mythe sympa, au pire un truc ringard de musée.

Les bobos ont du mal à en démordre, mais on a changé de siècle.

Les crises économiques, la chute du Mur de Berlin, le 11 septembre, internet et Twitter sont passés par là.

Les idéologies qui ont bercé leur jeunesse ont été remisées sur les étagères de l’Histoire.


Leurs idoles, Marx, le Che ou Sartre, n’ont même pas leur statue au Musée Grévin.

Ceux qui ont portées ces années du Changement se sont recyclés pour les plus chanceux dans le journalisme ou la politique (mais ils ont été balayés par le tsunami En Marche ! ou sont devenus de sages courtisans du Prince…).

Ils bossent et parfois ont fait fortune dans l’écologie, l’économie verte ou le numérique, le multimédia, le marché de l’art moderne, le business du bio, du bien-être ou du développement personnel.

Et pour les plus largués, le Grand Soir se résume le plus souvent à croupir dans une ONG en attendant la ménopause du cadre, à tenter de reconstruire un château de sable en pleurant sur les ruines du PS, à publier des compiles rééditant les tubes de leurs groupes fétiches, ou bien à faire le guignol dans les talk-shows le samedi soir pour les nunuches engagées qui prétendent avoir une conscience et qui lisent Philo Magazine.

Quant aux plus endurcis, nombreux sont ceux ont pas finis fauchés par le sida, une overdose, un infarctus ou un cancer, ecstasiés et pesant 30 ans kilos sur une plage de Goa, ou carrément suicidés, soit à cause de leurs excès de sexe et de drogues qui leur ont ravagé la capsule, soit parce que leurs doux rêves se sont fracassés sur le roc des flamboyantes mais austères années 80.

Les rescapés ont quitté les radars et vivent planqués dans leur salon germanopratin, ou toujours scotchés dans leur ashram en Inde, une communauté new age ou une ferme dans les Cévennes.

Alors, faut-il ou non fêter Mai 68 ?

Si c’est pour ressortir les vieux gimmicks, sûrement pas !

Qui plus est, l’aspect politique et contestataire de cette ultime « révolution » n’est pas forcément bon à titiller.

Une bonne grève générale pour faire barrage à la Loi Travail est justement ce qu’a soigneusement voulu éviter le Président Macron, fort de son expérience d’éminence grise puis de ministre du quinquennat Hollande et des fameuses Nuits debout qui s’en suivirent.

Aujourd’hui tout le monde est rentré dans le rang. Et beaucoup s’extasient toujours devant ce jeune président si nouveau, si intelligent, si bien élevé, si propre sur lui, si posé, si courtois avec les femmes et si sympathique.

Les Français ont troqué un excité narcissique et corrompu, suivi d’un gros balourd qui les a roulés dans la farine sitôt élu en s’asseyant sur ses promesses socialistes, contre une sorte de Prime Minister brittanique, au style très monarchique, bon teint, sage et moderne. Et totalement à la solde des molochs américains et européens. Un peu comme Tony Blair.

Alors le Général à côté c’est Che Guevara !…

L’esprit et les valeurs libertaires de Mai 68 ont depuis l’ère Mitterrand totalement imprégné la société, ses modèles et ses discours.

Au point qu’on n’en a même plus conscience.

Même Sarko a été présenté récemment par certains commentateurs comme un héritier de l’Après-Mai 68. Qu’il avait pourtant combattu.

Sauf qu’aujourd’hui, voir des filles à poil à 18 heures à la télé comme au bon vieux temps des Coco girls du Collaro Show c’est totalement impensable !

De nos jours les normes sont bien verrouillées. Et quiconque s’en écarte risque le pilori médiatique dans la seconde qui suit, voire un procès ou le zonzon s’il refuse de faire repentance et continue d’alimenter le scandale.

On peut sacrifier à tous les écarts, toutes les perversions, toutes les outrances, tous les excès et tous les délires, du moment qu’ils sont soigneusement répertoriés et labélisés.

Pour le reste, si l’on s’écarte un tant soit peu de la Pensée unique, on est aussitôt taxé au mieux de « complotiste », au pire de « terroriste ».

Alors faire la révolution, vous n’y pensez pas !

Nos contemporains sont frileux, formatés, lobotomisés, partagent des indignations téléguidées et à géométrie variable.

L’indignation réflexe est une posture obligée si l’on veut s’afficher comme un bon citoyen équipé d’une conscience éthique.

Mais le libre arbitre et l’esprit critique – le vrai – ou la contestation de l’ordre établi au nom d’un Idéal ou d’un projet alternatif de société sont des crimes de lèse-conformisme inadmissibles en « démocrassie » !

Alors on se contente de faire semblant d’être un rebelle. On s’agite et l’on s’offusque aussitôt que son voisin fait un pet de travers. On monte des kabbales hystériques sur Facebook pour des boulettes. Et c’est ce cirque burlesque et grandiloquent qui constitue l’Alpha et l’Oméga des moutons de panurge.

Dont les neurones sont totalement grippés par leur flip incessant, soigneusement monté en neige par les médias à propos du terrorisme, de la vache folle ou de la bombinette nord-coréenne.

Pourtant, il serait urgent de réapprendre à rêver.

Urgent de s’enivrer.

Et de remettre l’imagination au pouvoir.

D’ouvrir les yeux sur l’avenir au lieu d’ânonner le même catéchisme. D’inventer le monde de demain. Un monde qui sera fraternel, universel, unifié et pacifié.

Ou ne sera pas.

Un monde qui verra toutes les consciences planétaires totalement interconnectées. Et en tout cas par autre chose que l’écran mensonger des logiques du Système.

Mais ça, soyons certain que les milices du Zeitgeist s’empressent de nous en dissuader.

Nous incitant au contraire à nous vautrer dans la fascination du Vide, le culte de l’Ephémère, de l’Insignifiant. A nous prosterner devant les idoles consuméristes de leur Panthéon des Vanités.

Plus qu’une nouvelle « révolution », politique, sociale ou institutionnelle, c’est un Grand Saut de la conscience qu’il convient pour nous tous ensemble d’opérer en ce siècle.

Un siècle qui verra s’accomplir les plus grands bouleversements que l’humanité ait jamais connus. Et qui l’obligera à faire face aux plus grands défis de son histoire.

Mais il faut plus que de la lucidité, de l’imagination ou de l’audace pour s’engouffrer dans la brèche de ce Changement radical qui nous aspire à lui.

Il faut accepter de mourir totalement à soi-même pour renaitre tout autre. De ne plus rien savoir ni connaître ni contrôler.

Et d’abdiquer son cher Ego au bénéfice du Bien commun.

Mais ce sacrifice, l’homo post-modernicus qui se vante pourtant d’être un rebelle et s’éprend de toutes les causes n’est pas prêt d’y consentir !

On peut se piquer d’avoir une conscience et rêver éventuellement de prolonger l’utopie matérialiste dans une fiction transhumaniste, mais de là à faire passer le sort des réfugiés climatiques avant sa tisane bio, NO WAY!

Alors oui, il serait temps de célébrer le joli mois de mai, avant que l’hiver ne s’abatte définitivement sur nos belles illusions.

Le « cas Finkielkraut » et ce qu’il révèle de la culture et des médias français

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Il y a ce qu’on appelle le point Godwin, qui consiste à faire de façon systématique référence au nazis ou à Hitler sitôt arrivé à un point crucial d’un débat qui s’éternise.

Il y aura bientôt le « point Finkie », tant aujourd’hui l’intellectuel honni est systématiquement cité à contre-exemple dans les discussions, sur internet ou dans les médias.

Pourquoi cette image si négative ? Est-elle vraiment justifiée ? Et pourquoi cette détestation si violente de la part d’une partie aujourd’hui devenue majoritaire de l’opinion publique, en particulier les jeunes ? Alors que celui-ci était encore célébré il y a dix ou quinze ans comme « le dernier » des philosophes sensés ?

Comment a-t-on pu aujourd’hui en arriver à assimiler de façon aussi indiscutable un ancien gauchiste de Mai 68, ex membre actif de l’Union des jeunesses communistes marxistes-léninistes et figure de prou du mouvement de la nouvelle philosophie, à un suppôt de l’extrême droite et un inspirateur de Marine Le Pen ? Assimilé presque systématiquement à la clique des  » nouveaux réacs » qui comprend des polémistes de second rang comme Eric Zemmour. Ou, plus délirant encore aux pires antisémites, ces pseudos intellectuels de l’extrême droite radicale comme Renaud Camus ou Alain Soral.

Ou bien plus hallucinant encore, jusqu’à l’assimiler à des intellectuels du siècle dernier  adorateurs de Vichy et défenseurs de la Shoah comme Lauis-Ferdinand Céline ?

***

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Pour comprendre ce paradoxe et cette violence, il faut examiner comment les choses ont évolué.

Alain Finkielkraut est aujourd’hui devenu le symptôme d’une confusion qui s’est établie dans l’opinion française à la faveur des médias entre deux aspects bien distincts.

D’une part cette mode de l’insolence télévisuelle quasi systématique envers les élites. Dont le seul but est d’amuser le peuple et de faire du buzz… En détournant au passage l’attention du public des vrais problèmes.

Et d’autre part, la « conscience politique » de l’opinion majoritaire et de ceux qui la fabriquent, reflétée, « sacralisée » pourrait-on dire, sinon « déformée » par le prisme grossissant des émissions télé.

On aurait tort de congédier d’un revers de manche cette complaisance pour des modes de pensée arbitraires qui érigent la contestation en spectacle. Car ils sont les héritiers d’une tradition bien française. Celle de la farce, des bouffons, de la caricature burlesque et des polémistes. Lesquels jouaient autrefois le rôle indispensable de soupape pour exprimer et mettre en scène les frustrations et mécontentements populaires. Et constituent aujourd’hui un mode d’expression des libertés publiques et un moyen de faciliter la confrontation des idées dans une démocratie.

Encore que si les médias prétendent jouer le rôle de garants de la pluralité de l’information, ils sont surtout le gardien du Temple des idées considérées comme « justes » comme des « vérités » supposées factuelles.

Et donc sacralisent des discours autorisés plus qu’ils n’en constituent l’émulation et la critique.

Cette conscience politique était autrefois (depuis le Siècle des Lumières) l’apanage des esprits éclairés par la Raison. Que dès la Révolution française une certaine presse d’idées plus que d’opinion avait pour mission de relayer. Une presse qui comptait parmi ses éditeurs des écrivains et des philosophes progressistes. Soucieuse de publier pour le plus le bouillonnement des idées nouvelles qui inspiraient le débat au sein des assemblées, les nouvelle lois et les grands bouleversement politiques, idéologiques et sociétaux au noms des valeurs et grands principes humanistes.

Cet exercice du débat fondé sur des valeurs humanistes s’est imposé avec une prétention universaliste.

Et la philosophie, la vraie, pas celle des salons mondains et des lucarnes, tenait alors le haut du pavé. Inspirant aux politiques les changements selon un Idéal des plus élevé fondé sur la Raison, et centré la quête du bien commun, l’application des principes « révolutionnaires » énoncés dans les Droits de l’homme naissants pour remplacer l’ordre ancien.

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Finkielkraut est l’authentique héritier de cette tradition « progressiste », comme on dit souvent aujourd’hui.

Une tradition devenue au fil du temps « classique », même si les discours du politiquement correct s’y réfèrent toujours. Des discours renouvelés et bousculés par les valeurs libertaires de Mai 1968 et du siècle finissant, que Finkielkraut avait lui-même portées.

Il est donc compréhensible que dans la France de 2018, ce qu’on admet être « l’opinion majoritaire », pour peu qu’elle respecte les principes de notre République et de sa Constitution, fasse force de loi et s’impose à tous comme le modèle légitime.

Et cela justifie aux magistrats pour ce qui est des délits ou des crimes, d’un pouvoir de jugement critique  allant jusqu’à la sanction pour ce qui relèvent des idées, lesquelles sont plus rarement pénalisables.

C’est ce qu’on appelle le Quatrième Pouvoir. Autrefois simple « contre-pouvoir », devenu dans notre société de l’Information à l’heure d’internet et des médias de masse le seul et vrai pouvoir.

Hals, ce pouvoir est aujourd’hui devenu dans un petit pays comme la France encore très marqué par le centralisme jacobin un véritable temple souvent il faut le dire jalousement gardé par des plumitifs de seconde zone. Lesquels irriguent de leur orgueilleuse prose tous les caniveaux intellectuels de la presse quotidienne et de la télévision, dont le niveau, il faut le reconnaître avec objectivité, et sans passion ni concession, a considérablement chuté depuis 40 ans.

Il est même de bon ton de critiquer quasiment tous les jours l’indigence des programmes télé.

Et même le président Macron s’est saisi tout récemment de ce problème, en promettant de remédier au déficit criant de qualité des programmes du service public.

On ne va pas refaire l’histoire du journalisme et de la télévision. Mais il faut bien s’accorder à reconnaitre que la « téloche », mis à part quelques rares chaînes exigeantes et quelques très rares émission de qualité pour ce qui est du service public, n’est aujourd’hui rien de mieux qu’une vulgaire machine à divertir et abrutir le bon peuple. Entièrement soumise aux lois de l’audimat et totalement tournée vers l’unique objectif de satisfaire ses sponsors par le biais de la réclame. Laquelle impose des programmes découpés et formatés selon la quête de l’efficacité marketing maximale.

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De servir ses sponsors, les grandes marques, mais aussi ses actionnaires : des conglomérats industriels souvent centrés autour des mêmes activités : industries de l’armement, équipementiers ou immobilier…

Pas étonnant que ces mêmes groupes soient aussi investis dans le capitale de l’industrie du divertissement et forment de véritables empires maîtrisant toute la filière de l’information et de la consommation de masse.

Mais c’est un autre débat.

En tout cas on ne peut dénoncer les dérives médiatiques sans prendre en compte ces critères politiques ou économiques.

La télévision n’a aujourd’hui plus rien à voir avec celle des années de la France d’Après-guerre du Général De Gaulle. Epoque où l’unique chaîne du service public était chargée autant d’informé que de divertir. Elle était alors totalement soumise au « Ministère de la Culture et de l’Information ».

Mais ce ministère était dirigé par un certain André Malraux. Et la qualité des programmes du service public n’avait rien à envier au prétendu « pluralisme » actuel. Elle était au contraire bien supérieure à celles des programmes actuels, toutes proportions gardées et compte tenu des usages de l’époque.

Aujourd’hui cette conscience politique reflétée par la télévision et qui avant faisait débat dans des cercles où se réunissait l’élite est devenue l’objet d’un spectacle permanent. Qu’on relise Guy Debord pour s’en convaincre.

Elle ne se résume plus qu’à ce qu’on appelle la « Pensée unique », orientée selon les exigences du « politiquement correct ». Dont les valeurs sont verrouillées toujours autour des mêmes thèmes souvent plus approximatifs qu’inspirés pour ces idéaux qu’ils sont sensés défendre : droits-de-l’homme, liberté, égalité, justice, laïcité, défense du droit des femmes, des homosexuels, des minorités, antifascisme, antiracisme, communautarisme, anticolonialisme, écologie, parfois altermondialisme, culte de la « nouveauté » et de la branchitude, voire de la provocation érigée en art, reflets de la société « postmoderne »…

Bref, une conscience qui n’en est plus un mais qui traduit l’embonpoint las et la sclérose intellectuelle du parisianisme bobo et de ses icônes. Celui d’une caste qui ne songe qu’à se contempler le nombril, à se rassurer et à festoyer en célébrant le vide abyssal de ses pseudos idéaux tel un Veau d’or.

On a donc assimilé des réflexes anti-ceci ou anti-cela comme autant d’offuscations et d’exaspérations obligatoires et passablement sectaires bidouillé en prêt-à-penser étalé dans les médias et les talk-shows. Celui-ci fait office de conscience pour ceux qui ont renoncé à leur libre arbitre et se contentent de répéter les mêmes poncifs pour satisfaire leur narcissisme et faire montre envers leurs semblables d’une véritable conscience « démocratique », « républicaine », « humaniste », « progressiste », etc…

Toutes ces étiquettes ronflantes qui ont vidé de leur sens les référents éthiques qu’elles avaient kidnappés ou plagiés pour flatter l’ego de leurs héroïques défenseurs.

Depuis l’élection de François Mitterrand en 1981 et la libération de la parole qui s’en est suivie à la télé, depuis l’apparition d’émissions d’un genre nouveau comme Droit de Réponse, les producteurs et les journalistes ont imaginé en presque 40 ans une foultitude d’avatars. Depuis les émissions d’Ardisson, de Lunettes noires pour nuit blanches à Salut les Terriens, celles de Fogiel, de Ruquier. Et plus récemment, avec le succès de la téléréalité, les missions « populaires » sinon populistes d’un Cyril Hanouna, héritier d’Arthur, pour ce qui est de la version la plus bas-de-gamme et la plus beauf qu’on a concoctée pour les plus téléspectateurs les plus imbéciles, incapables de suivre les saillies de Yann Moix et Christine Angot…

Cette mode de l’insolence qui fait le sel des émissions prétendument « culturelles », est devenue et une véritable « culture ».

Celle de la vulgarité, de l’outrance et de l’arrogance.

Une culture que les bobos parisiens ont copiée, adoptée puis imposée à tous dans les discours et les postures mondaines, au cours des décennies 1990 et 2000.

Cette culture a assimilé comme pour s’en protéger en prétendant les défendre, les tics, le vocabulaire, l’attitude arrogante, les postures provocantes et le ton ultra-agressif et désinvolte des « cailleras, véritables icônes de la décennie 2000.

Avec cette certitude qu’il fallait flatter la médiocrité par souci de plaire aux minorités, et jeter du même coup au feu toutes les vieilles gloires poussiéreuses de la « tradition » classique. Tous les us et les discours hérités du passé, représentant le savoir, l’esprit et le «  bon goût » français. Tout ce Panthéon désuet et ridicule incarné par les académiciens ou les éditorialistes du Figaro.

C’est un parti-pris. Mais on s’est accoutumé à le considérer comme juste, « moderne » et inéluctable.

Eric Zemmour n’a pas tout à fait tort quand il dénonce cette évolution dans son livre Le Suicide français. Même s’il manque profondément de nuance,  de recul et d’honnêteté, et ne sert que ses propres lubies en creusant encore le vide qu’il dénonce pour servir un boulevard à Marine Le Pen.

Quoi qu’il en soit, force est de reconnaître qu’on a bien vite congédié et remisé au rang des pièces de musée Apostrophe et Bernard Pivot. Pour les remplacer par Ardisson, Jamel, Joey Starr et autres Booba. Et tous ces humoristes et artistes originaires des banlieues et icônes vivantes de la culture  » djeune » de se faire exciter et applaudir par des amuseurs aux dents longues.

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On a inventé un nouveau concept d’émission culturelle new-look.

Une véritable imposture au demeurant, puisque la « culture » la plus bas de gamme n’y sert plus que de vague caution pour faire le buzz en mixant le pire ou le plus banal et le plus commercial de l’actualité de la semaine : sorties éditoriales, pseudo écrivains qui viennent se pavaner et se féliciter d’avoir réinventé la roue, spectacles à succès… Et surtout agenda des copains – toujours les mêmes – qu’on invite à se polir le nombril sur les plateaux.

Ajoutez quelques people et quelques politiques égarés en manque de popularité, un pincée de sketchs burlesques (souvent très bons d’ailleurs) pour rythmer et pimenter la soirée, des ficelles de cirque ENEAURMES pour faire réagir le public, piéger les invités et les pousser au dérapage verbal ou à la contradiction en direct, parodiez la scène dramatique de l’exécution publique, n’oubliez jamais de mettre en scène des clashes soigneusement préparés pour faire le buzz… Secouez bien et vous avez la recette qui fait bingo en termes d’audimat !

Pour continuer de s’indigner ou de se bidonner, arrosez les réseaux sociaux des meilleurs moments de l’émission et le tout est joué.

Là où le bât blesse, c’est que cette prétention ronflante à illustrer l’esprit parisien et à défendre des valeurs engagées qui est celle des émissions comme On n’est pas couché, est cautionnée par la présence récurrente de philosophes de foire habitués des sunlights : les BHL, Onfray et autres Comte-Sponville.

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On n’est pas couché 21/11/2017 : la comédienne Camille Chamoux interpelle Alain Finkielkraut sur le thème « Islam et féminisme ».

Hélas, un intellectuel comme Finkielkraut, plus que son ancien comparse et coauteur du Nouveau désordre amoureux Pascal Bruckner, plus prudent à se montrer à la télé, s’est laissé piéger par les flatteries de certains puis la tentation de devoir se justifier une fois mis au ban des intellectuels respectables par une clique de bobos garants de la pensée unique.

Du coup on le voit trop souvent dans nos lucarnes et les animateurs pervers ne l’invitent plus aujourd’hui que pour ses tics nerveux et ses crispations inquiètes sur des thématiques éculées.

L’homme est intelligent, a encore de la ressource, et arrive souvent au terme d’un laborieux exercice d’explication de sa pensée à s’autojustifier et à retourner l’auditoire. Mais immanquablement il y a toujours ce moment où un mot mal interprété est monté en épingle par l’un des cabots vicelards qui lui tendent le crachoir et aussitôt jeté en pâture aux aboiements de la Plèbe.

On finit donc toujours par en conclure que l’horrible Finkielkraut n’est autre qu’un de ces intellos réac de l’ultra-droite. On l’assimile honteusement à Zemmour ou Marine Le Pen. Et on reste injustement sourds à ses propres dénégations quant à quelque complaisance que ce soit aux idées d’extrême droite.

Las !

La seule faute d’un homme d’esprit et de nuances qui incarne le monde ancien bousculé par la jeunesse, les stéréotypes, le goût du spectacle et de la jouissance immédiate et les modes du siècle, c’est de s’être prostitué dans ces défouloirs qui prétendent représenter la culture et être garant des valeurs.

Or ces bouffonneries télévisuelles ne sont rien de moins que des spectacles pour amuser la plèbe dignes des jeux du cirque. Dont ils reprennent d’ailleurs tous les codes. Combats de gladiateurs sous forme de clashes au scénario bien huilé. Mises en scène de tortures et d’exécutions publiques de condamnés à mort bouffés par les fauves : les « chroniqueurs ». Présence obligatoire des césars et des patriciens du moment : les politiques et les vedettes. Contribution du public inviter à confirmer ou infirmer la sentence prononcée envers les condamnés, musique tonitruante et interventions de bateleurs pour scander le rythme et faire plus d’audience, etc…

On n’y célèbre jamais la culture, la vraie. Pas nécessairement celle un brin surannée des beaux esprits, des encyclopédies et des académies. Mais celle de l’honnête homme, qui suppose élégance de l’esprit, érudition, intelligence, esprit critique et surtout ouverture, bienveillance envers l’autre, celui qui diffère ou qui surprend par sa singularité, et amour pour le présent et ses évolutions. Au lieu de complaisance crasse pour « l’actualité » et ses épiphénomènes, sensationnels et voyeuristes, dont elle se pourlèche en y abîmant la conscience des masses.

En définitive, Alain Finkielkraut ferait plus pitié que hurler. Parce que c’est un vestige du passé. Du « monde d‘avant ».

En qu’en vieillissant il se ternit, ressemble à une caricature de lui-même, se laisse salir et obligé de répondre aux injures, au lieu d’ignorer superbement les crapauds qui bavent sur sa robe d’académicien.

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La télé l’a tué. La popularité a entachée sa notoriété. Elle l’a livré aux appétits féroces de la basse-cour. Des nains.

Evidemment, qui aujourd’hui pourrait imaginer qu’on invite de grands intellectuels comme Jankélévitch, Raymond Aron, Michel Foucault ou même Paul Ricœur à débattre sur les plateaux des atermoiements du public face aux soubresauts de l’actualité ?

On a changé et de siècle et d’époque.

Qui ouvre d’ailleurs encore les livres de pareils monuments de la culture ?

Il ne s’agit pas d’être passéiste.

On peut tout à fait lire Proust le matin, Foucault l’après-midi, et Charlie hebdo le soir !

Ecouter Mozart en prenant son café, et Stromae ou NTM en faisant sa gym…

La question n’est pas de hiérarchiser à outrance les grands noms de la culture élevés au rang d’icônes.

La question est d’éviter de les banaliser en les noyant dans la soupe consensuelle et vulgaire des médias de masse.

Et de stariser de façon grossière des histrions insignifiants qui prétendent s’élever au niveau des grands félins de l’Olympe culturelle et leur voler la vedette.

En somme, ce qui manque à notre époque c’est la mesure, la tempérance et le discernement.

Et surtout les référents qui permettre de juger avec autorité qui est à considère comme une grande figure de l’esprit, et qui n’est qu’un comptempteurs du néant ou un avatar de l’ère du vide.

Soyons optimistes.

Et gageons qu’à la faveur des épreuves présentes et à venir, grâce à l’élévation statistique – toujours à espérer sinon promouvoir – du niveau d’instruction des jeunes, grâce à internet qui donne accès souvent au pire mais aussi parfois au meilleur, grâce à la conscience qui ne cesse d’évoluer et de grandir, on saura bien vite congédier ces excès coupables et sanctifier à nouveau des vraies valeurs.

Après tout, ce n’est pas parce Tout–le-monde-en-parle qu’un homme, une idée, une mode, une indignation, n’est autre chose que le reflet de coquetteries du moment, du Zeitgeist, ou de la pataugeoire où s’égayent les indigents du bulbe.

Et si personne n’en parle plus ou voudrait le taire, si personne n’en parle encore, c’est peut-être un signe qu’il faudrait revoir les priorités du moment.

Y a quà…

Et Si Au coin de la rue* on trouve parfois l’Aventure, il en sera toujours ainsi Des hommes et de bêtes*.

Au nom de l’autre*, Nous autres modernes* devrons toujours rester vigilants, mais aussi bienveillants les uns envers les autres pour éviter La Discorde*.

Car si l’on s’abîme à La Querelle de l’école*, que l’on s’aventure trop En terrain miné*, si l’on cède au chant des sirènes mondialistes au point de renoncer à jamais se demander Qu’est-ce que la France*, on se condamne à L’Identité malheureuse*.

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Celle de la violence qui plus jamais ne peut encore se dire :

« Et si l’amour durait* ? ».

___

* Titres d’ouvrages d’Alain Finkielkraut

La Marche des Forcenés

Mis en avant

Une fois de plus je ne vais pas me faire que des amis mais j’assume.

Loin d’être une manifestation utile, décalée, drôle et surtout représentative des aspirations des gays et lesbiennes, plus de 40 ans après sa création la Marche des Fiertés LGBT est devenue un carnaval burlesque sans surprise ni saveur.

Toujours les mêmes clichés. Les mêmes chars bariolés. Les muscles saillants débordant des strings et les seins arrogants de camionneuses carrées. Les drag queens et les folles déchaînées.

Toujours la même cacophonie, la même hystérie, la même bêtise outrancière.

Et les mêmes slogans ressassés.

Quand on pense aux années « révolutionnaires », où quelques militants du FHAR et quelques féministes du MLF osaient braver la pudibonderie de la France post-gaulliste.

Quand on se souvient des années sida qui avaient précipité toute une communauté dans le tragique et l’urgence.

Et puis, il y a 20 ans, cette « accession à la visibilité » tant espérée. Enfin ! Près d’un million de personnes défilant de Montparnasse à Bastille lors de l’Europride 1997. Du jamais vu. Une sortie du placard déculottée pour les uns. Un phénomène voyeuriste pour les autres. Une métamorphose pour la société. Dont les mentalités commençaient à peine à se décrisper pour découvrir la réalité de millions de ses enfants autrement qu’aux travers des stéréotypes de Zaza et Rénato.

Les choses se sont accélérées avec le vote du pacs en 1999, la pénalisation de l’homophobie dans les années 2000. Puis le Mariage pour tous en 2013, qu’aucun n’aurait imaginé possible quelques années auparavant.

Que reste-t-il de ces combats et de ces paillettes ?

Aujourd’hui la gay pride est définitivement un « machin » du passé. Un éternel bégaiement sur les mêmes thèmes. Un défouloir pour les plus jeunes. Et un rituel imposé pour les apparatchiks de la cause et leurs supporters clientélistes.

La communauté LGBT devrait s’interroger sur l’image qu’elle donne d’elle-même lors de ce cirque annuel. Je ne parle évidemment pas d’autres grandes manifestations comme les Gay Games qui s’ouvriront à Paris à l’été 2018. Lesquels relèvent sérieusement le niveau, et offrent un autre visage de l’homosexualité que ces stéréotypes convenus dans lesquels 95% des gays et lesbiennes de 2017 ne se reconnaissent pas.

Quand une manifestation destinée à faire valoir des droits légitimes devient une institution nombriliste, quand l’avant-gardisme et la provocation politique s’abîment en conformisme contenté et en vulgarité affligeante, quand l’aiguillon de l’époque en vient à pasticher les modes des autres, il est temps de jeter l’éponge !

Comment oser pareil blasphème ?… Et les défenseurs de la cause de nous bassiner aussitôt avec « les droits LGBT », conquis de haute lutte, et auxquels ces marches auraient largement contribué.

Certes, mais quels « droits » ?…

Les LGBT ont tout conquis. L’homosexualité est devenue une norme. Que personne ne songe aujourd’hui à contester. Au moins ici, mis à part quelques aliens intégristes de La Manif pour Tous.

Reste à assurer la vigilance nécessaire pour éviter un retour de balancier, qu’on a d’ailleurs en partie suscité par trop d’excès, d’orgueil et de caprices.

Mais ça n’est sûrement pas avec ce genre de gay prides qu’on y arrivera.

A-t-on mis la Tchétchénie au pinacle des slogans de la Marche 2017 ?

Niet !

Tout un symbole. Triste et éloquent.

Les LGBT ont perdu le sens des réalités. Après que le sida les avait précipités il y a 35 ans dans un réel sombre et glacé. Passée la sidération, l’urgence les avait contraints à devenir des héros du changement. Aujourd’hui ils ne sont plus que des rentiers spéculant sur les dividendes arrachés à une société frileuse sommée de les aduler.

L’avenir me direz-vous ? Mais l’avenir n’est certainement pas aux identités fragmentées ! L’avenir est à une humanité diverse mais unifiée, solidaire et fraternelle. Pas à ces caricatures figées, égoïstes, héritées d’une autre époque.

Mais il n’y a pas que les droits ou l’avenir qui sont en jeu. Tout n’est pas qu’histoire de marchandage avec la société et le temps. Il y a aussi ce que l’on choisit d’être, de montrer et de partager avec le monde qui nous entoure.

Et dans ce domaine – l’identité – acquise ou construite et toujours en perpétuel renouvellement, tout n’est pas qu’affaire de genre ni de sexualité.

La seule chose que nous ayons à offrir à nos semblables et au monde qui nous entoure, c’est le meilleur de nous-mêmes. Ou bien le pire.

Encore faut-il en être conscient.

Les psychiatres en blouse blanche pétris de puritanisme et d’esprit scientiste qui avaient inventé au 19e siècle « l’homosexualité », ce douloureux concept, nous avaient assignés à vivre dans la déviance pathologique, la honte et l’exclusion. A moins de se plier aux aveux contrits sur le divan, et d’accepter de réformer ses perversions par des procédés plus ou moins barbares pour rentrer dans la normalité, et redevenir l’homme ou la femme à part entière que l’on aurait jamais dû cessé d’être.

Ceux qui ont par la suite inventé l’identité gay ont voulu nous persuader que loin d’être un motif de honte, cette homosexualité qu’on nous collait sur le visage en nous crachant dessus était au contraire un motif de fierté qu’il fallait assumer, revendiquer et même jeter à la figure de ceux qui nous insultaient en gueulant plus fort qu’eux pour les contraindre à nous regarder, nous considérer et même nous accepter.

Stonewall : autopsie d’un mythe…

Ou comment la fronde de quelques folles virées d’un bar de travelos à New York par une descente de police dégénéra en combat de rue. Une émeute qui fit couler de l’encre, et que les chroniqueurs des fanzines gay puis les historiens des gay studies érigèrent en acte de résistance, en Trois Glorieuses et en événement fondateur de la cause homosexuelle.

La gay pride est censée commémorer cet événement mythique et symbolique, en descendant dans la rue une fois l’an pour prendre possession du pavé, bousculer les codes de convenances, rejouer la tragédie antique des esclaves libérés de leurs chaîner et forcer la meute des citoyens indifférents à voir et à s’interroger.

Voir quoi ? Un spectacle. Une mise en scène. A l’origine celle du scandale de la répression et de ces marginaux qu’on ne voulaient voir que dans des cabarets burlesques pour s’en moquer.

Le but ? Transférer la honte des victimes sur leurs bourreaux. Forcer la société à se regarder en face. A prendre acte de ses paradoxes et de ses lâchetés. Puis fédérer d’autres parias pour rejoindre le Grande Marche toujours grossissante des rebelles sortis des placards et dont la conscience s’éveille. Un peu comme Gandhi forçant la Perfide Albion à accorder la liberté et des droits à ces millions d’intouchables. Et puis enfin, forts de ce nombre impressionnant, demander aux autorités des comptes et au politique de se bouger les fesses pour nous accorder des droits.

Le droit d’être ce que l’on est et qu’on n’a pas choisi d’être. Le droit d’agir et de vivre en accord avec une nature qui s’est imposée à nous, souvent dans la douleur et les larmes. Le droit de ne plus être systématiquement montré du doigt, stigmatisé, raillé, rejeté, banni de sa famille, de l’accès à un travail décent, de son église et finalement de la société. Sinon insulté, tabassé, voire assassiné par des coups ou des paroles meurtrières.

Le droit ensuite de partager à égalité les avantages politiques, juridiques et sociaux d’une société de consommation en plein boom. De jouir de tout et de demander l’impossible. Le droit de pouvoir choisir à son gré son identité, d’être un homme ou une femme, ou quelque chose entre les deux. Ou une « chose », un monstre, un queer, selon sa fantaisie ou sa démence…

Le droit de faire ce que les constantes anthropologiques, les normes sociales et les déterminisme biologiques ne nous avaient pas autorisés à croire possible. Comme se marier comme un couple « normal », comme papa-maman ou Blanche Neige et son Prince charmant. Faire des enfants, quitte à recourir à la science. En adopter et les élever au grand jour. Bénéficier des mêmes droits que n’importe quelle autre famille. Et voir la sienne reconnue comme telle. Après tout ce n’était qu’une façon d’entériner enfin ce qui existait déjà dans toutes les sociétés depuis la nuit des temps.

Certes. Mais quitte ce faisant à tordre le cou au réel ou à s’enfermer pour certains dans le déni de réalité. A franchir le Rubicon qui sépare la revendication légitime d’un statut et de droits égaux à celle d’un égalitarisme radical mué en désir d’identification. A prétendre que puisque que hommes et femmes sont égaux en droit, ceux-ci doivent aussi être en tous points identiques. Que la différence des sexes, archétype de toutes les autres et fondatrice de la dynamique des relations humaines sinon pour tous de la dynamique du désir, doit être abolie. Dénoncée comme un archaïsme d’un passé marqué par la domination machiste et hérérosexiste.

Cette revendication excessive à se dévoiler au grand jour, à se montrer et à donner de la voix pour son plus grand bonheur, cette obstination sectaire et totalitaire consistant à assigner toute personne attirée peu ou prou par le même sexe à se déclarer publiquement et à rejoindre la masse, à endosser sans honte ni nuance aucune cette identité elle aussi assignée du dehors par la milice communautaire et non plus la médecine, a certes permis de faire front, de forger des images et un discours qui allaient marquer des points durant 5 décennies.

Il faut reconnaître à ces pionniers et ces militants de l’audace et du mérite. Sans eux rien n’aurait bougé et nous en serions encore à draguer dans les pissotières ou les bars clandestins des bas-fonds des cités.

Mais leur excès de zèle, tout efficace et porteur de changements qu’il ait pu être, a aussi créé des normes et une idéologie. Aujourd’hui assumer ses goûts et son orientation sexuelle, vivre une sexualité, une vie affective, de couple, de famille, une vie sociale, professionnelle, intellectuelle et spirituelle épanouie tout en refusant de se déclarer « gay » être un motif de lynchage.

Si l’on a le malheur de partager ce plus petit dénominateur commun qui consiste à préférer les personnes de son sexe, on DOIT absolument endosser cette identité fabriquée et tout aussi factice que celle, pathologique, de l’homosexualité !

Au risque sinon d’être déclaré traître à la cause voire allié des forces oppressives : « l’autre », l’hétéro, forcément toujours quelque part hostile, brutal, agressif et prêt à casser du pédé pour se défouler, faire payer à à un bouc émissaire commode ses propres frustrations, ou la peur d’en être lui aussi.

A cause de ce terrorisme communautariste, beaucoup passent à côté de qui ils sont vraiment en réalité. Car l’identité est une chose complexe, protéiforme, délicate et changeante. Et qui ne se résume pas à de la zizologie.

Cocteau disait : « Il faut suivre sa pente naturelle… Vers le haut ! »

Le moins que l’on puisse dire c’est que ces gay prides n’incitent pas les jeunes ados un peu paumés qui se découvrent une attirance pour leur meilleur ami à se poser les bonnes questions ni à réfléchir avec sérénité et esprit de nuance sur ce qu’ils vivent sinon sur ce qui ils sont.

Et que les clichés qu’elles brandissent, à l’origine pour choquer, aujourd’hui pour répéter toujours les mêmes gimmicks, ne présentent pas à la société dont elles attendent tout le visage le plus amène ni le plus nuancé. Même si celle-ci fait mine d’applaudir parce que c’est dans l’air du temps.

Aujourd’hui il ne s’agit plus de conquérir de nouveaux droits. Ni même seulement de bétonner sur nos acquis par crainte de se les voir un jour rogner par Sens Commun ou le FN.

Aujourd’hui il s’agit d’intégrer cette nouvelle identité qu’est l’identité gay, devenue une norme sociale, culturelle et politiquement correcte, à la diversité des autres normes identitaires, comportementales, culturelles et même éthiques.

Il s’agit de lui donner du contenu et du sens. Et non juste de rajouter encore quelques tonnes de paillettes pour la faire briller plus fort et oublier les tourments qu’elle nous inflige.

Dont acte !

Dire ce genre de vérités demande plus de courage que de suivre l’esprit du temps. Mais sans discernement critique, on passe à côté des vrais changements.

Le temps n’est plus aux luttes héroïques ni aux harangues romantiques. Aux provocations calculées pour forcer le bourgeois à renoncer à son mépris envers les minorités et leur conférer des droits justes.

L’époque est aux identités sereines, décomplexées, vécues dans la simplicité et la joie du commerce avec l’autre. Pas aux revendications arrogantes, pendant d’une honte travestie en « fierté ».

Il est temps de prendre acte de ce changement. Au risque sinon de devenir encore plus ringards, ridicules et exaspérants.

Les jeunes générations des 18-30 ans, ces zozos et yoyos qui battent le pavé pour rigoler, se moquent éperdument des luttes de leurs aînés. S’ils plagient la langue de bois LGBT, c’est parce que ses slogans font partie du paysage de la pensée unique. La vérité c’est qu’ils s’en foutent royalement. Pour eux l’homosexualité n’est ni un « problème » ni même une identité. Etre gay ne leur pose pas plus de question qu’être black ou tismé. Sauf peut-être quand on habite Sarcelles et qu’il faut prendre le RER pour pouvoir afficher ses goûts devant ses potes à la terrasse du Cox. Encore que…

Le sida n’est plus un frein à la sexualité, à peine une maladie. Après tout il y a la PrEP. No comment…

En 2017 on peut se marier avec son pote, inviter parents, amis et collègues à faire la teuf, et même élever des gosses. Que demander de plus ?

Ah oui il y a bien des pays comme l’Arabie Saoudite ou la Russie où être pédé ça n’est pas vraiment rose. Mais c’est tellement loin… Et puis les djeunes kiffent plus Miami, Barcelone ou Berlin que Riyad ou Moscou…

Que reste-t-il de nos gay prides ?

Un musée à ciel ouvert chaque dernier samedi de juin. Où les irréductibles viennent se contempler le nombril en rejouant le sketch factice du Grand Soir arc-en-ciel.

Et puis sinon ? Quelques tonnes de flyers, bouteilles plastique et déchets divers déversés dans les rues en quelques heures. Que les camions verts de la Mairie de Paris ramassent méthodiquement en lessivant le macadam sitôt le dernier char passé.

Et une nuit de délires et de débauches où le Marais et ses métastases parisiennes entrent en éruption volcanique jusqu’au lendemain soir. Quand plumes et harnais rangés, les esprits dégrisés reprendront leur train-train quotidien en se disant à l’année prochaine. Pour refaire la même Marche des Forcenés.

Sans même s’apercevoir qu’à part quelques touristes chinois, leurs excentricités d’un autre âge font bailler tout le monde.

France : l’heure de vérité

Mis en avant

La France vit une page cruciale de son histoire.

Après un examen de conscience des plus âpres, marqué par le voyeurisme des affaires, le dégagisme des vieilles figures, la suspicion à l’égard d’élites corrompues, les peurs, les colères et les doutes, voici la France lancée sur de nouveaux rails.

Avec un Président assuré d’une marge de manœuvre des plus confortables pour mettre en œuvre sa politique.

J’ai beaucoup critiqué Emmanuel Macron avant qu’il ne soit élu. Je n’ai pas voté pour lui. Mais le jour de son investiture j’avais pourtant senti un profond changement dans l’âme du pays.

Depuis, comment ne pas être satisfait de notre nouveau Président ?

C’est un homme intelligent, compétent, conscient des enjeux et de l’état du monde actuel. Et qui semble à l’écoute des préoccupations des Français.

Il a su bien s’entourer, renouveler et rajeunir le personnel politique en fin tacticien habité par une vraie volonté de rupture avec des pratiques d’un autre siècle. Il continue de modifier en profondeur le paysage et les usages de la politique en France. Ce qui dans un pays comme le nôtre relève de l’exploit.

Certes, c’est un pur produit de la méritocratie et du système. Franchement européiste et libre-échangiste. Bon élève brillant. Mais c’est aussi un esprit fin, aigu et teinté de nuances. Visiblement plus complexe que son ascension téléguidée ne le laissait présager.

Sa culture humaniste et son amitié passée avec Paul Ricœur, qui s’était prononcé en faveur d’une humanisation du libéralisme, me laissent espérer que la coloration sociale et humaniste du candidat ne soit pas qu’un slogan de campagne destiné à faire passer une pilule amère.

Pour le moment le Président et son gouvernement font du bon travail.

La France va mieux, semble apaisée et en partie réconciliée avec elle-même.

L’abstention record aux dernières législatives masque un regain d’intérêt des Français pour la politique. Elle traduit davantage selon moi l’acquiescement majoritaire et la confiance des Français face au renouvellement incarné par La République en Marche qu’une défiance à l’égard des nouveaux élus.

La fonction présentielle a retrouvé du lustre et de la hauteur. Elle en avait bien besoin. Après cinq années d’agitation outrancière sous Sarkozy, puis cinq autres années de vide abyssal, de mollesse et de bassesses people sous Hollande, la France a enfin retrouvé une crédibilité et une dignité que les excès et les hésitations des deux précédents quinquennats lui avait ôtées.

L’Allemagne et la France parlent à nouveau d’une même voix. Ce qui peut agacer les eurosceptiques. Mais cette lune de miel entre les deux moteurs de la construction européenne est nettement préférable aux incompréhensions et ratés des deux précédents quinquennats.

Notamment dans le climat actuel de défiance des peuples à l’égard des institutions, de compétition et de tensions internationales, de crise migratoire, de menace terroriste, de montée des communautarismes et des populismes. Ajoutés à la menace toujours possible d’un nouveau choc sur les marchés financiers qui mettrait en péril nos économies, nos emplois et une monnaie commune déjà critiquée et fragilisée par la faillite des pays les plus endettés.

Reste à faire preuve de vigilance sinon d’optimisme. Et à conspirer pour que les appels à réformer cette Europe des marchés vers plus de social, de justice et d’humanisme afin de redonner davantage la parole aux peuples ne soient pas juste un vœu pieu ni une entourloupe de plus.

Sans quoi et la France et l’Europe signeraient leur déclin assuré. Et les pays qui la composent seraient totalement soumis aux lobbies, aux intérêts outre-atlantistes, à l’appétit des spéculateurs chinois ou qataris. Et livrés aux flambées nationalistes, aux affrontements communautaristes, aux tentations de repli protectionniste attisés par le doute, les frustrations, la colère et l’esprit de revanche des plus délaissés.

Le chaos ouvrirait alors le champ libre à la fronde sociale voire à la guerre civile, à l’éclatement de nos institutions, à la xénophobie, à la désignation de boucs émissaires, à la multiplication de violences envers des minorités, au rejet sans appel de ces populations qui viennent frapper à nos portes pour échapper à des violences encore plus grandes.

Passé l’état de grâce, Emmanuel Macron, son équipe et ceux qui le soutiennent sont condamnés à réussir. Et à marquer rapidement des points en se confrontant au réel et non juste au symbolique. Il est d’usage d’affirmer cela à chaque élection. Mais cette fois-ci, la France joue sa dernière carte.

C’est pourquoi nous devons tous tempérer nos doutes, nos exigences et nos critiques, fussent-ils légitimes. Et nous unir pour le meilleur et dans l’intérêt de tous. Non pour signer un blanc-seing à un nouveau monarque « jupitérien ». Mais pour prendre acte de ce tournant et l’accompagner en unissant nos énergies.

Il n’y a pas d’alternative. Le rêve d’un pied de nez au réel et à l’Europe incarné par un Jean-Luc Mélenchon aveuglé par son orgueil et enfermé dans une posture réactive, n’a aucun avenir.

Il n’y pas d’autre choix que de prendre à bras le corps le monde tel qu’il est. Nous pour l’étouffer mais pour orienter les changements cruciaux qui façonnent notre avenir dans le sens de l’intérêt collectif et d’une conscience plus élevée de nos interdépendances.

Sans abdiquer nos droits élémentaires. Sans combattre la marche du temps ni nous épuiser à naviguer à contre-courant. Sans non plus nous laisser imposer une direction contraire à nos intérêts, aux valeurs universelles, aux libertés fondamentales et à la vitalité des peuples qui le compose.

Tempérance, exigence, audace, persévérance, lucidité et loyauté : voilà les qualités qu’il faut attendre d’Emmanuel Macron. Et qui doivent désormais guider son action tant au plan intérieur qu’en lien étroit avec nos partenaires internationaux.

Bonne chance au nouveau Président ! Bonne chance au gouvernement ! Bonne chance à la nouvelle Assemblée !

Tous les atouts sont désormais réunis pour que le pays réussisse enfin son entrée dans le nouveau siècle. Qu’il retrouve tonus, jeunesse et imagination. Et redevienne ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être : une nation jeune, forte, dynamique, unie, heureuse, juste et fraternelle. Un tremplin pour l’avenir et pour tous ces peuples qui attendent d’elle davantage que des subventions en échange du pillage de leurs ressources. Une voix qui porte et un modèle envié. Et non plus une vieille dame alanguie sur sa splendeur passée.

Car comme le disait fort justement le Général De Gaulle : « La France ne peut être la France sans la grandeur. »

BONNE CHANCE A NOTRE NOUVEAU PRÉSIDENT !

Dimanche 14 mai 2017
Jour de l’investiture d’Emmanuel Macron comme 8e Président de la Ve République

Lors d’une campagne on dit beaucoup de choses, des choses justes et puis aussi des bêtises.

Parfois on se fige sur ce que tel ou tel représente à ses propres yeux, sans chercher à comprendre et connaître QUI IL EST vraiment et la flamme qui l’anime. Par-delà les mots, les discours, les promesses, les programmes, les projets… On projette à son tour, c’est le jeu des miroirs, des espoirs et de la parade électorale.

Jusqu’à présent je m’étais arrêté à l’image et j’étais passé à côté de l’homme. L’homme et non le personnage, qui par bien des aspects m’agaçait au point d’être emporté par ma colère : l’intellectuel brillant mais aussi éloigné du réel, le haut fonctionnaire des finances, l’ancien banquier d’affaires, le conseiller influent, le ministre puis le candidat fin stratège bardé du soutien des puissants.

Mes irritations m’ont aveuglé, je suis passé à côté de l’essentiel : ce qu’il n’est pas encore mais pourrait incarner demain.

Mais s’il y a une chose sur laquelle jamais je ne me trompe, c’est ma capacité à sentir et percevoir les changements profonds dans l’âme collective. Surtout au lendemain d’une élection et le jour d’une passation de pourvoir. J’avais ressenti et pressenti ce que serait le quinquennat de Sarkozy puis celui de Hollande le soir-même de leur victoire et le jour de leur investiture.

Aujourd’hui j’ai senti une France réellement apaisée. J’ai côtoyé des gens pleins de beauté intérieure, fait de magnifiques rencontres. J’ai vu de parfaits inconnus se parler, ouvrir leur cœur, aller vers l’autre. J’ai vu des jeunes couples, des familles, des amis célébrer je ne sais-quoi, des bouquets de fleurs à offrir, des enfants calmes, des inconnus diserts et des solitaires contemplant l’horizon. J’ai capté des confidences et en ai fait beaucoup, en ce beau dimanche de printemps doux, ensoleillé avec quelques averses. J’ai même croisé des clochards chevelus dans les couloirs du métro qui avaient l’élégance et la présence digne et droite de vieux sages.

Assurément il y a un vrai changement. Il y a comme une élégance retrouvée, moins de fausseté, de fermeture ou de haine dans les regards, du verbe juste et plus posé, sans emphase ni travers, de la simplicité et de l’esprit dans l’air…

Reste à souhaiter bonne chance à notre nouveau président. Et à l’aider à réussir. Non pas à gouverner à la hussarde et réformer par ordonnances. Mais à donner du SENS à son action politique à la tête du pays. A bien s’entourer, à savoir écouter, dialoguer, arbitrer, décider sans être ni trop complaisant ni trop tranchant.

J’invite particulièrement ceux qui comme moi n’ont pas voté pour lui, se sont abstenus ou ont voté blanc, et qui se méfient de lui à tort ou à raison, à baisser un peu la garde, à ne pas avoir peur et surtout à conspirer avec tous pour le meilleur dans l’intérêt de tous, de la France et du monde qui l’entoure.

De rester vigilants mais aussi bienveillants.

Car c’est en imaginant ensemble dans son fort intérieur puis en échangeant qu’on crée des champs de possibles, qu’on donne ensemble corps et vie à la réalité dans laquelle nous vivons maintenant et vivrons demain.

Bonne semaine à tous !

En Marche vers le 21e siècle ! Oui, mais lequel ?

Mis en avant

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Avec l’élection d’Emmanuel Macron au terme de 6 mois de campagne d’une violence inouïe, la France est enfin entrée aux forceps dans le 21 e siècle.

Elle vient de purger tout son appareil politique, de dynamiter les partis traditionnels, de dégager toutes les têtes d’affiches, aidée par les deux taons sécessionnistes Le Pen et Mélenchon.

Et de se faire des frayeurs avec un thriller inspiré de la Grande Terreur, du Cuirassé Potemkine et de la Nuit des longs couteaux.

La purge digne des procès de Moscou va se poursuivre lors des législatives.

Un très grand nombre d’apparatchiks et de seconds couteaux sont d’ores et déjà sur la rampe de dégagement. Ils ont perdu leurs illusions et sont contraints de solder les comptes d’une carrière trop vérolée par l’affairisme, le clientélisme, l’opportunisme et la langue de bois.

A l’image de Manuel Valls, qui après avoir trahi la gauche, trahi Hollande, trahi Hamon, trahi le PS, rêve encore de trahir Macron.

Beaucoup trop pressés de se recycler dans la nouvelle République en Marche vont bientôt y laisser des plumes. Voire la tête.

Une nouvelle génération accède au pouvoir : les momos quadragénaires et quelques yoyos trentenaires poussent la génération bobo vers la retraite anticipée.

Exit donc la drauche et les goitres.

Exit la France à Papa des nostalgiques du Général ou de Tonton.

Exit les politicards rances, réacs et corrompus.

Exit la Social-démocratie molle et les ayatollahs de l’Ecologie.

Exit le sombre spectre d’un retour à la France de Pétain et la guerre civile annoncée entre néonazis apôtres du blanchiment au Kärcher et islamo-fascistes alliés aux puissances de l’Argent-roi.

Exit les rêves d’une France mitterrando-gaullienne qui donnerait des leçons de démocratie à l’Allemagne et à l’Europe, forcerait celle-ci à un aggiornamento de valeurs en prenant la tête d’une fronde des nations méridionales en croisade contre les Nantis hanséatiques, la Banque Européenne et l’oligarchie financière mondiale.

Place au Neuf !

Le Chant du Renouveau auquel seuls quelques gogos ont vraiment cru durant la campagne s’incarne aujourd’hui enfin sous les traits d’un puissant Appel d’air.

La France de 2017 ne sera donc ni une réplique de la clownerie trumpiste, ni à la botte glacée de Poutine.

Oubliés les scénarios frexistes et frontistes de droite comme de gauche.

On en oublierait presque que désormais c’est En Marche forcée vers le Meilleur des mondes imposé par le système.

Dans le peu d’espace de souveraineté et de liberté que nous laissent encore les institutions mondialistes, quelle nouvelle configuration politique va se mette en place sur les ruines du monde ancien pour improviser une parodie de démocratie et jouer la farce du Pouvoir ?

Puisque les Français sont incapables d’étendre leur constellation au-delà du périphérique et leur contemplation au-delà de leur nombril, dans quel sens va-t-on l’écarquiller pour en faire surgir des reliefs spectaculaires ?

Le 21e siècle a commencé sans la France il y a plus de 15 ans avec les attentats du 11 Septembre.

Cet électrochoc dans la Conscience collective, instrumentalisé sinon orchestré de hautes mains, avait brutalement signé la fin de l’Histoire des états-nations.

Au concert pacifique des Nations Unies il avait substitué le spectre apocalyptique du Choc des civilisations.

On a ainsi amusé la galerie avec des croisades contre l’Axe du Mal, puis un nouveau Califat fantoche.

Afin de subtiliser aux yeux des masses subjuguées le seul axe qui désormais oriente toute la marche du Progrès planétaire. Celui d’un Nouvel Ordre Mondial soumis aux lois de la finance, tendu vers un Bonheur consumériste, en équilibre instable sur le fil de la croissance tel un équilibriste sans filet suspendu au-dessus du vide.

Ignorante de ces réalités pourtant essentielles qu’elle rejette d’un ricanement hautain en les taxant de complotisme, la France continue de jouer à faire des rois pour les guillotiner dès qu’on lui rend la main. Sans voir que l’Histoire s’est subitement accélérée et l’a abandonnée sur bas-côté telle une vieille dame aussi encombrante et inutile qu’arrogante et futile.

En à peine 6 mois entre les primaires socialistes et le second tour des présidentielles, la France s’est vue déposséder de ses défroques de douairière et kidnapper ses dernières illusions de Patrie des droits de l’homme par un gamin facétieux qui lui a tout piqué sans jamais rien lui promettre d’autre qu’un mirage pompeusement baptisé « Notre projet ».

Aujourd’hui le seul projet qui vaille a abouti avec une ample succès : faire élire Emmanuel Macron et repousser la furie frontiste dans les émonctoires d’une Histoire honteuse d’où elle n’aurait jamais dû resurgir.

Et maintenant, que vais-je faire ?
De tout ce temps que sera ma vie ?
De tous ces gens qui m’indiffèrent
Maintenant que tu es partie…

Voilà où est en Marianne après une nuit de noces à peine escamotée face à tant d’austère gravité.

Le 21e siècle dans lequel elle se réveille au lendemain du 7 mai a le parfum de l’Exil et l’aridité drue des cimes rocailleuses où personne ne l’avait jusqu’ici entraînée.

Finis les verts pâturages des collines de Normandie, les vaches rousses blanches et noires sur lesquelles tombent la pluie ! Finies les rillettes Bordeaux-Chesnel, et le petit jaja qu’on se jette en sifflant Le Temps des cerises !

Place aux rigueurs marmoréennes d’une France « efficace et juste », à peine adoucie par le refrain têtu d’un harangueur de hangars descendu de son estrade pour faire les comptes et fourbir ses bataillons de petits soldats issus de la « société civile » et en marche pour bâtir la Nouvelle Société tant promise.

Le seuil de ce 21e siècle enfin franchi, la France croit déjà recouvrer sous les vivats unanimes une place de Diva dont elle n’aurait jamais dû s’absenter. Mais derrière les cotillons en pastoc et les airs de fin de banquet, que lui réserve-t-il au juste ?

La France vient de rejoindre le concert des nations embarquées de gré ou de force dans le tourbillon de la mondialisation.

Elle frétille car ce dépucelage auquel rien ne semblait pouvoir la soustraire sera finalement consommé dans les bras d’un charmant jeune-homme au large front et aux grands yeux bleus, très poli et même un peu trop sage. Et non dans le costard poisseux d’un vieux kakou rescapé du Titanic sarkozyste, parangon de la famille tradi, pétri de Sens Commun et que rien ne peut décoincer pas même le vin de messe ou le parfum des billets de banque.

Mais sauvée du péril fasciste et propulsée dans la cour des grands, Marianne va-t-elle continuer de jouer les figurantes en faisant comme à son habitude semblant de tirer les ficelles ? Ou va-t-elle pouvoir enfin faire entendre à nouveau sa belle voix de soprane pour entonner le cantique des Droits de l’homme dont elle est la si fière et jalouse interprète ?

Pour cela il faudrait que les Français aient conscience de leur identité, de leur vraie place dans le monde, de leurs atouts et de leurs ressources face aux enjeux du siècle.

Or là c’est le blackout complet.

Déjà c’est la panique pour s’orienter sur le Monopoly hexagonal, entre la case Prison, les ors de la rue de la Paix et les trottoirs de Belleville, les Taxes & Consignations, les erreurs de la Banque en votre défaveur et une spéculation immobilière déchaînée où la Chine et le Qatar ont déjà raflé les plus belles artères.

Alors de là à s’imaginer en capitaine d’un vaisseau fantôme embarqué entre les cyclones tropicaux, les ressacs monétaires, les pirates de la finance et les ressacs du Marché, il ne faut pas trop en demander.

Pourtant ce siècle déjà bien entamé est sans doute le plus important dans toute l’Histoire de l’humanité.

L’enjeu n’en est rien de moins que l’arbitrage entre un suicide collectif annoncé et le saut de conscience vers un nouveau paradigme qui nous tend les bras.

Et ce paradigme n’a pas de « nouveau » que l’emballage.

Il s’agit d’accoucher ensemble ni plus ni moins que de l’homme de demain.

Un homme qui ne soit ni un avatar désenchanté du progrès matérialiste. Ni un barbare sanguinaire rescapé d’une mémoire trop longtemps cadenassée par la Raison triomphante portée par un Occident hégémonique. Ni un éparpillement de confettis centrifuges aussi riquiqui et obsolètes que désolidarisés. Ni un engloutissement dans un Grand Tout confusionnel aux stéréotypes dictés par la Matrice.

La France aurait un rôle éminent à jouer face à un pareil défi. Si elle acceptait de décoller son regard de ses écorchures hexagonales, de s’ouvrir pour de vrai au vaste monde en plein bouleversement, de chausser des lunettes vraiment neuves, d’abandonner ses lubies droits-de-l’hommistes totalement has been et déconnectées du réel, de cesser de s’ériger en modèle de vertu et d’apprendre à penser la réalité avec un peu moins d’orgueil idéaliste et un peu plus de pragmatisme confiant.

Pas sûr qu’il faille pour cela compter sur un nouveau monarque ni une recomposition politique.

Encore que si l’on ne s’arrête pas qu’aux petites combines médiatiques, l’occasion pourrait en fournir l’amorce sinon le prétexte.

Bienvenue dans le Monde d’après !

Reste à s’engager pour accoucher enfin du monde d’aujourd’hui !

Un monde où il fasse mieux vivre, où chacun ait vraiment sa place et sa chance, où la course au fric ne soit plus l’Alpha et l’Oméga de la raison d’exister.

Un monde qui déjà émerge et où 7 milliards d’humains ne seraient plus seulement connectés que pour produire et consommer toujours plus de machins inutiles en se retrouvant toujours plus seuls.

Un monde où les interactions de conscience à l’échelle planétaire ne serviraient pas qu’à partager la dernière pitrerie de Trump ou des gif animés de chats déféquant sur la lunette des chiottes.

Un monde où la science et les dieux, la raison et l’âme sensible seraient enfin réconciliés.

Et où tous seraient soucieux de contribuer au mieux-être collectif sans penser d’abord à soi ni devoir pour autant vendre son temps et sacrifier sa vie au bénéfice d’une poignée de thaumaturges confits dans leurs richesses et leur soif de pouvoir.

La France aurait un beau couplet à défendre dans ce nouveau monde pour le coup réellement en marche vers un Ailleurs qui est d’autant plus déjà présent et radieux qu’on accepte de tourner résolument le dos aux mirages du vieux monde agonisant.

Mais le pourra-t-elle avant de renoncer définitivement à paraître autrement que dans le souvenir d’une grande nation qui avait su jadis éclairer le monde de son génie ?

Peut-être, si nous le voulons bien. Et si nous le voulons vraiment.

Ou pas.

A nous d’en décider.

Mais sans trop tarder, car la roue tourne de plus en plus vite…