Cassé Cassius !

 

CASSIUS ?

Oui… mais non !

Pourquoi je n’irai pas voir Cassius aux Nuits Fauves le 16 février, ou n’importe où ailleurs ?

Parce que Cassius symbolise la quintessence de la French Touch tête-à-claques.

Pire encore que Justice, c’est dire !

Que Guetta ? Non, on parle musique tout de même.

Tout ce que j’abhorre dans la musique électronique, bien que leurs productions soient d’une indéniable qualité.

Revenons au point de départ. Chicago, Detroit, New York. Puis Londres et toute la planète.

Ceux qui ont 50 ans et plus, ou qui étaient à la soirée Let There Be House avec Marshall Jefferson et Tony Humphries au Rex Club le 25 janvier, voient très bien de quoi je veux parler.

Les gamins fauchés du South Side qui ont inventé ces musiques il y a 30 ans et plus, surtout la house de Chicago, n’étaient pas des musiciens à proprement parler. Encore moins des stars. Tout au plus des DJs qui gagnaient péniblement leur vie en mixant dans des clubs totalement inclusifs, ouverts à tous, aux prolos, aux Blacks, aux pédés, aux moches, surtout pas qu’aux VIP.

L’esprit Midwest et la débrouillardise. Une 808 ou une 909 empruntée à un pote, un vieux DX7 et hop ! C’est parti pour un loop à faire hurler les dancefloors.

Ils ne cherchaient pas à gérer un plan de carrière, à se rendre inaccessibles, en méprisant le marigot des teuffeurs et des musicos du dimanche qui rament des nuits entières dans leur chambre pour pondre un track correct.

Pour mieux comprendre ou rafraîchir ses souvenirs, voir cet excellent documentaire I was there when House music took over the world.

 

 

Vers 1994/1995, 10 ans après ces débuts héroïques, les musiques électroniques avaient envahi le monde. Du moins tous les recoins underground de la planète. Wake Up vivait ses derniers moments de folie (encore au Rex), Garnier et la techno entraient en dissidence, les raves commençaient à s’essouffler, le hardcore avait brisé la magie, les esctas étaient frelatées, les teuffeurs partis sur les routes dont certains ne reviendraient jamais.

Et puis soudain, patatras !

1997. Deux fils-à-Papa versaillais aux airs d’ados bien sages balancent un OVNI sur les ondes radio et les clubbers fatigués. Around the World signait la fin des outrances trance, rave et hardcore. Et les vrais débuts de la French Touch version mondialisée. Avec un clip totalement décalé, millimétré et soigneusement chorégraphié par Michel Gondry.

Dans la foulée, Thomas et Guy-Man inventeront un son nouveau, révolutionnaire, l’électrohouse, qui sera la bande-son des années 2000, copié à l’infini.

Mais pour l’heure, avec l’album Homework, on est plutôt dans une resucée de sons bien funky voire disco, avec des samples éneaurmes montés en boucle, hystérisés par une distorsion, une compression et une dynamique incroyables, saupoudrés de quelques gimmicks obsédants au vocoder et emmenés par un beat binaire et entêtant.

Et pis c’est tout.

Bien malin celui dont on allait lui aussi beaucoup parler, et qui avait propulsé ces ritournelles disco à peine filtrées au rang d’hymnes planétaires. Et les deux robots sur les starting-blocks d’une carrière brillantissime.

Zdar et Boom Bass (Philippe et Hubert pour les intimes), les deux membres du duo Cassius, ont débarqué à la même époque, ou quelques années après. Eux aussi savamment marketés par le petit label de Barbès qui deviendra très très grand : Ed Bangers. Créé par Pedro Winter, un Versaillais lui aussi mais bien plus déjanté, au look de Viking, fana de skate, de rock, de hip hop, de drogues psychédéliques, et surtout au nez très creux et hyper malin.

Alors que les musiques électroniques sortaient de la clandestinité et d’une réputation de merde grâce à Jack Lang et des labels ambitieux comme F Com, Ed Bangers allait brouiller les pistes, produire des OVNI mélangeant house, hip hop, pop-rock et tout ce qui pouvait trancher avec les standards de la dance.

Rien n’était laissé au hasard : visuel coloré et décalé, clips rétro-pop léchés, look néo grunge ou dandy électro pour les artistes, buzz parisien impitoyable et promo mondiale avec des connexions auprès des plus grands : on a vu le résultat en 2013 avec l’album Random Access Memories… La machine Ed Bangers allait vite catapulter ses protégés vers les plus hauts sommets.

1999 (référence au meilleur album de Prince, what else ?…) et sa house léchée, sophistiquée, intello, élitiste, presque froide, « française » quoi, allait faire le tour du globe.

Mais ces icônes de la French Touch unanimement célébrées, auxquels ont pourraient ajouter tous les groupes phares des années 2000, les Air, Justice, Kandinsky, Vitalic… ont tous en commun le même ressort marketing : L’ATTITUDE !

Electropop un peu évanescente pour Air, franchement plus rock, crasseuse et putassière pour Justice, disco ou électroplouf pour les 2 autres.

Cassius c’est la classe. Ils ont joué avec les plus grands. Et ne se produisent (du moins à l’époque) que dans les clubs les plus hype de la planète. Ou dans des mini-clubs hyper confidentiels pour happy fews triés sur le volet (« Quoi, t’es pas sur la guestlist ? Dégage ! ») Comme le Paris Paris pas loin du Palais Royal, où je les avais vus en concert privé avec -M- et quelques potes k1ris, sur invitation uniquement. Mehdi et Pedro à moitié à poil et totalement ecstasiés aux platines : une soirée mémorable !

Quand on pense à l’humilité absolue et sincère d’un génie comme Frankie Knuckles, franchement les gars, allez vous rhabiller !

Et puis au fond, Cassius, c’est chiant !

La pose, toujours la pose… Saint Trop’ ou le dernier spot à la mode : « Ah tiens, on a enregistré tout l’album (15 Again) en 15 jours dans une grande villa à Ibiza, c’était top ! »

Cassius, c’est l’exact opposé du house spirit : One nation under a groove. Un truc planétaire qui ne connaît aucune frontière. De race, de genre, et surtout d’origine sociale : « You may be Black, you may be white… »

Cassius c’est le parisianisme le plus contenté qui se reluque le nombril parce que quelques journaleux ont décidé que la French Touch était un truc à part et so chic : Sacré Français !

Beaucoup ont exploité le filon. Avec du meilleur comme du pire. Les 90s et 2000s ont été marquées par des succès comme Music sounds better with you qui ont fait le tour du monde et pas qu’une fois.

De Cassius que retiendra-t-on ? The Sound of violence, of course (référence implicite à The Sound of silence de Simon & Garfunkel, c’est dire le côté arty et élitiste…) 1999, bien classieux tout de même. Plus quelques tubes qu’on a déjà oubliés.

Mais pour le good spirit, passez les gars !

Cassius c’est un peu la revanche du clubbing VIP branché et faussement cool version 2000 sur les mégateufs underground, déjantées et inclusives des 80s/90s, vaincues par le business de la dance music, la gentrification de l’électro, la radicalisation et la marginalisation des teuffeurs abrutis par le hardcore et les mauvaises dopes.

Quand même pas Retour vers l’Elysées Mat’ ou l’Apocalypse (boîtes hyper sélect et disco phares du Triangle d’or dans les 80s), mais so happy fews bien fake tout de même.

Que Cassius se produise aujourd’hui aux Nuits Fauves c’est tout un symbole.

Du film éponyme de Cyril Collard qui a marqué les années sida, ce club aussi célèbre pour sa programmation pointue que pour ses excès de dope en tout genre a voulu capté la quintessence d’une époque. Que reste-t-il de ce spot de drague, temple du bareback (les quais d’Austerlitz), où l’on ne touchait pas que du French ?… Et qui à l’heure de l’Institut de la Mode et du Wanderlust n’est plus qu’un lointain souvenir : glauque, poisseux, dangereux.

Le vertige devenu vestige.

Un frisson customisé pour clubbers trentenaires sortis des beaux quartiers.

Si Cassius n’a plus rien pour entretenir la flamme que cet ersatz de décadence c’est tout un symbole.

Pas grave, il y a tant d’autres artistes et tant d’autres lieux qui méritent aujourd’hui d’être célébrés.

Hélas pour l’ego démesuré de l’écurie Ed Bangers, pinacle de la French Touch années 2000 qui aurait presque fait oublier les pionniers comme Garnier, les années 2010 ont vu débarquer un florilège d’innombrables jeunes producteurs et DJs hexagonaux hyper doués et hyper talentueux. Qui ont tout pigé du B-A-BA de la house et de la meilleure. Qui écoutent de tout, phagocytent tout, recyclent tout – house, techno, hip hop, électro, soul, pop, disco, funk, dubstep, glitch hop, world music… – avec un style, une aisance et une effronterie déconcertantes.

En 30 minutes ils vous pondent un machin dément avec un son qui tue, à la fois dégoulinant de sensualité et qui cartonne grave, à faire pâlir les godfathers de Chicago.

Etre né avec une Gameboy dans la main et maitriser le potentiel infini des nouveaux joujoux électroniques, ça aide…

Ces Disclosure français n’ont pas d’ego à monnayer aux platines du Faust ou du Yoyo. Juste leurs 20 ans et quelques tubes irrésistibles comme unique passeport.

Gare les Cassius et autres pédants ! La relève va vite vous dégager. En vous servant une standing ovation en plus…

Quand la house perd les pédales. Comment les gays en sont-ils venus à danser sur une musique de merde ?

Il y a 40 ans, tous les pédés du monde dansaient sur ça :

Il y a 30 ans, ils dansaient sur ça :

Il y a 20 ans, ils dansaient sur ça :

Il y a 10 ans, ils dansaient sur ça :

Mais aussi sur ça :

Et déjà sur ça…

Et aujourd’hui, ils dansent tous sur… ÇA !

Et encore, ça c’est loin d’être le pire !

Il reste un brin d’humour décalé et de culture queer dans cette reprise d’Abba qui télescope une diva aux rondeurs baleinières et un musclor israélien déguisé en James Bond sorti d’un film de boules et qui se trémousse avec une maladresse très mâle à faire défaillir tout Tapioland.

Disco, house, garage, techno, électro, R&B, ragga… les gays ont toujours su défricher de nouveaux horizons musicaux, en ne retenant parfois que des tubes commerciaux, mais aussi souvent en dénichant le meilleur.

Larry Levan, Frankie Knuckles ou Laurent Garnier : tous ces DJs mythiques qui ont imposé sinon créé des genres nouveaux qui constituent la bande-son du siècle, ont au départ joué dans des clubs gays, quand ils ne l’étaient pas eux-mêmes.

Les choses ont commencé à se gâter quand la house et la techno sont sorties des raves, des clubs underground et des stations gays comme FG pour conquérir le macadam, les méga-usines à fête et les radios mainstream. Et des oreilles moins exigeantes.

Et qu’une fois prostituées aux majors, celles-ci ont sanctifié des DJs médiocres qui se croyaient artistes.

C’est ainsi qu’on a vu la « Péquenot Tarade » devenir rapidement un sous-produit affligeant de la Gay Pride et l’apothéose du bruit, de la bêtise et de la vulgarité. Que des faisans pas musiciens pour deux sous mais vrais businessmen comme Guetta sont devenu n° 1 mondial. Que les Tiësto, Avicii et autres Sweedish House Mafia ont détrôné des pionniers comme Larry Heard, Juan Atkins ou Todd Terry au box-office.

Et que la meute des décérébrés s’est accoutumée à appeler frauduleusement « house » et « électro » le pire du pire de la dance ressortie des oubliettes des 90s et rebaptisée pompeusement « EDM ».

La décennie 2000 a vu le hip hop s’essouffler et remplacé par cette soupe immonde.

Des stars du R&B et du gangsta rap US sont venues quémander les services de ces amuseurs pour rebooster une carrière en chute libre. Ça a donné quelques morceaux électro-pop-rap intéressants, mais ça a surtout produit des débilités clonées en batterie surfant sur un revival 90s factice et déclinant à l’infini le son rave, mais sans le second degré espiègle et le côté subversif du hardcore de l’époque.

Et puis petit à petit, les pédés qui avaient acquis entre temps une visibilité, une reconnaissance et des droits nouveaux, se sont embourgeoisés et sont devenus des tapioles orgueilleuses et vulgaires.

Les jeunes hétéros des banlieues et les hipsters métrosexués leur ont piqué tout leur attirail de séduction : fringues de marques, look de gravure de mode, barbe fournie et même leurs accessoires les plus pédale douce : sac à main Vuitton, coupes à faire pâlir la Gaga, Rimmel pour souligner le regard, rasage réglementaire du minou, et même les drogues récréatives comme la coke ou le GBH. Quand ce n’était pas carrément leurs pratiques sexuelles, les lascars décomplexés s’essayant à la turlute et au limage de fion après avoir surfé sur YouPorn…

Evidemment la musique elle aussi a été dévalisée. Les cailleras gavés de Booba ne viennent plus casser du pédé gavé de techno comme lors du concert de Garnier à Nation lors de la première techno parade de 1998.

Au point qu’aujourd’hui les meilleures soirées et les meilleurs clubs du monde entier sont tous hétéros.

Ou au mieux « inclusifs » : c’est-à-dire qu’on y tolère quelques pédés à condition qu’ils n’arrivent pas déguisés en drag-queens, qu’il ne se paluchent pas sur le dancefloor et ne se lâchent pas en faisant du vogueing au milieu des jeunes preppies qui se trémoussent avec leur copine un mojito à la main en prenant un air très inspiré. On est prié de rester couleur muraille et de ne pas faire d’excentricités, au risque de passer pour un extraterrestre ou un hippie échappé de Woodstock.

Le Queen est devenu un machin qu’on visite dans les circuits touristiques pour beaufs après la tour Eiffel et le Moulin Rouge. Et la « Marche des Fiertés LGBT-machinchose » n’attire plus que les nostalgiques de la militance, des ados qui veulent s’éclater au milieu des chars et quelques provinciaux en goguette.

Quant aux clubs et au soirées gays, on y croise les mêmes Barbie bears faussement viriles, aussi sottes qu’un cône glacé couvert de piercings et totalement foldingottes.

Et on s’y abrutit avec la même daube tribal-progressive ou des remixes de Rihanna sur lesquels s’agitent des dindes arrogantes, gonflées comme Pamela Anderson et aux neurones passablement grillés par l’excès de « chems ».

Bien sûr on y va autant pour s’éclater ce qui reste de cerveau que la rondelle. Et les soirées les plus prisées ont toutes leur arrière-salle qui fleure bon le poppers, le foutre et autres effluves moins ragoutantes.

Quant aux DJs stars (je ne citerai pas de noms pour ne vexer personne…) qui gravitent dans ces antres de la décadence et du mauvais goût, ils se doivent d’arborer un look calibré calqué sur leur clientèle : muscle saillant et barbe bien drue.

On est entre soi et on entend bien le rester !

Qu’ils sachent mixer et qu’ils passent du bon son est totalement accessoire, du moment que ça fait un max de bruit et qu’on multiplie les effets bien pourris pour que ces dames comprennent quand il faut hurler en chœur et s’aérer les dessous-de-bras.

Enfin, laissons-leur l’illusion qu’ils « jouent » pour leur public, même s’ils ne font que pousser à la queue-leu-leu des mp3 calqués les uns sur les autres, et monter le volume de temps en temps pour exciter la basse-cour.

On l’aura compris : ces clubs sont plus proches du cloaque que du septième ciel, le public plus proche de la ferme téléréalité que du Studio 54, et les amuseurs qui officient plus proches du cirque Medrano que du Warehouse.

Du Dépôt au Tekyön, c’est partout le même scénar affligeant. Sauf qu’à Istanbul, les bears du Middle East sont bien velus et gavés de testostérone : c’est pas de la Parisienne en barbe résille !

Une telle évolution est réellement tragicomique.

Pour ceux qui ont connu le Paradise Garage, le Palace, le Boy, les premières fêtes house clandestines et les premières raves, à une époque où l’on n’osait même pas rêver du PACS et où les applis pour pécho sur-mesure n’avaient pas remplacé les saunas glauques et les lieux de drague interlopes, s’aventurer dans de telles pataugeoires ne peut s’envisager qu’en cas d’extrême misère sexuelle. Et encore, avec le ciboulot raisonnablement fracassé pour faire passer la pilule, supporter le déluge de sons indigestes, les regards hautains des madones en harnais et éviter les mares de lisier qu’elles laissent derrière elles.

Sans même s’aventurer dans ces lieux dantesques, il suffit souvent de demander à un jeune gay de 20 ans ce qu’il écoute comme son. S’il répond « de la house », on a le choix entre Nacho Chapado dans le pire des cas, et Disclosure dans le meilleur.

Car si la décennie 2000 s’est abîmée dans les fosses communes des musiques électroniques que nous ont léguées les années 1990, la décennie 2010 a providentiellement réhabilité le meilleur de la house et de la techno, après une éclipse coupable de 10 ans de junk-food.

Aujourd’hui on ne compte plus les petits jeunes qui ont tout pigé au meilleur des ziks électroniques et font leur miel dans leur home-studio ou sur leur tablette en accouchant des sons ahurissants à faire pâlir les godfathers les plus pointus.

En Europe, Londres et Berlin ne tiennent plus forcément le haut du pavé.

Bien sûr il y a Disclosure, mais partout, de l’Europe de l’Est à l’Amérique du Sud, on voit sortir de nulle part des gamins surdoués qui en quelques milliers de clic sur YouTube ou SoundCloud deviennent des célébrités adulées par les jeunes clubbers et courtisés par bookers et majors.

La France n’est pas en reste, loin de là.

Loin du son obligé et très pédant des divas momifiées et panthéonisées de la French touche, les Daft Punk, Justice ou Pedro Winter qui ont amassé des monceaux de thunes depuis 20 ans en nous servant une électropop pas toujours aussi fameuse que les médias l’ont prétendu, on trouve aujourd’hui pléthore de jeunes talents qui n’ont pas d’ego à vendre en feignant d’être des artistes, qui ne passent pas leurs nuits à se déglinguer la tronche entre happy fews, mais qui font de la musique avec enthousiasme et sincérité.

A l’image des Britanniques NVoy ou Duke Dumont, des Berlinois Adryiano ou The Checkup, de l’Amstellodamois Detroit Swindle, de l’Espagnol Gilbert Le Funk, des Français comme LeMarquis servent une Nu house d’une qualité irréprochable.

lemarquis

LeMarquis

On est loin des approximations très commerciales et très convenues de Kavinsky. Ça bounce, ça swingue, ça pulse, ça groove, c’est à la fois simple et sophistiqué, punchy et sensuel, frais, efficace et rigolo.

Qu’on soit expert ou novice, on n’y résiste pas !

Peu leur chaut à ces nouveaux artistes de s’abreuver à des influences éclectiques et non estampillées : ils n’ont pas de style labélisé à marchander. Deep house, électro, disco, funk, hip hop, world music, dubstep, hardcore, heavy metal, new age, musiques de film… tout est bon à prendre !

La différence entre ceux qui ont inventé ces musiques il y a 30 ans et qui phagocytaient une à une toutes les musiques dans une frénésie de sampling et de références subliminales et ces gamins nés avec une Gameboy dans la main, c’est que la technologie leur offre aujourd’hui une facilité indécente pour sortir un son qui tue et d’une pureté cristalline en 2 minutes sur leur PC.

Ensuite c’est l’inspiration et le goût qui font la différence entre un bidouilleur du dimanche et un petit génie.

Entend-on ces merveilles dans les clubs gays ? Jamais !

Pour vraiment s’amuser sur des musiques intelligentes, à Paris il faut aller au Rex, au Zig Zag, au Showcase, au Faust, parfois au Wanderlust ou au Yoyo. Ou mieux encore, loin de ces grands clubs qui brassent une clientèle branchouille pas toujours au faîte des tendances les plus pointues : dans des clubs plus intimes ou de l’autre côté du périph.

Cette décadence qu’on cultive sous PrEP dans les bordels musicaux, les clubs branchés de la capitale se l’approprient à l’occasion pour donner du frisson à leurs ouailles.

Ainsi les Nuits fauves, club ouvert en juin 2016 à l’emplacement d’un des plus grands spots de drague intra muros (Quai d’Autsrlitz), s’est approprié la référence sulfureuse au film de Cyril Collard sorti en 1992, et aux errances nocturnes du personnage dans ces friches où les mecs baisaient sans capote en pleines années sida, pour restituer l’ambiance crado des premiers warehouses où sont nées la house et la techno.

nuits-fauves

Les Nuits fauves

beardropQuant à la Beardrop, jamais ô grand jamais elle ne se risquerait à programmer autre chose que ces jongleurs de tamtam à pédales qui cachetonnent en tripatouillant la même merde.

Même la très marrante et baroque Papa party, sans doute la seule soirée qui garde un esprit un brin décalé même si ce sont toujours les mêmes bearettes défoncées qui s’y agglutinent, ne s’aventure jamais au-delà des très convenus DJs du circuit qui balancent la même soupe tribal-progressive d’une soirée à l’autre sous toutes les latitudes de Tataland international.

Alors, déclassés, has been, les pédés ?

C’est un doux euphémisme !

Pour permettre aux gays d’aujourd’hui de retrouver le sens du bon et du beau, peut-être faudrait-ils les emmener voyager loin du Cox et de la Croisière Démence. Et découvrir qu’on peut s’amuser autrement qu’en restant collées entre filles comme au bon vieux temps des pissotières et de la Prohibition sexuelle.

L’avenir est au brassage des genres et des identités. Alors oublions ces itinéraires fléchés en rose et partons à la conquête de nouveaux territoires.

Le monde est vaste et ne se limite pas au triangle Marais-Sitges-Canaries.

Le monde de la nuit n’a jamais offert autant de lieux et d’occasions de découvrir et de s’amuser. Même si l’esprit de liberté et de dérision s’est beaucoup émoussé.

Alors WAKE UP! comme dirait l’autre.

Au risque sinon de devenir une icône ringarde à ranger au musée.