Les réseaux sociaux entre désinhibition, scandale et conscience collective

Dans un article intitulé De la perte des inhibitions sur les réseaux sociaux publié dans la revue Jésuites de Suisse Romande, Christian Rutishauser, analyse les phénomènes de désinhibition sur les réseaux sociaux. Et la montée des insultes, propos haineux aussi violents que décomplexés permis par la distance et l’anonyme du « monde virtuel ».

Cette analyse est juste, bien que peu nouvelle. Les réseaux sociaux autorisent en effet toutes les dérives, tous les excès, toutes les bassesses.

Enfin presque : un centimètre carré de peau illicite publié sur Facebook et l’on est aussitôt cloué au piloris, éjecté ou mis en quarantaine. Dans la culture puritaine anglo-saxonne, la liberté d’expression est bien plus large qu’en France. En revanche l’exhibition des parties intimes du corps équivaut à un crime de sang.

Je précise cela parce que même si cette réflexion n’a pas été motivée par l’affaire Griveaux, sa concomitance force à aborder le sujet.

En fait la question à se poser serait plutôt : que se passerait-il aujourd’hui si les réseaux sociaux n’existaient pas ? Ou s’ils étaient censurés de la même façon que les discours publics, interdisant tout écart de langage et de pensée hors des sentiers balisés de la dictature du politiquement correct ?

Les réseaux sociaux sont un espace ouvert à tout et à tous. Et donc le reflet de notre société, de ses attentes, de ses engouements et de ses angoisses. Ils ne sont ni bons ni mauvais. On y trouve ce qu’on y apporte ou ce qu’on vient y chercher.

Si la parole y est davantage désinhibée qu’ailleurs c’est à cause de la distance que crée l’écran, lequel paradoxalement rapproche en rendant presque intimes des interlocuteurs parfois situés à des milliers de kilomètres. Le tutoiement y est plus naturel que dans la « vraie vie ». On y décline son identité ou pas un peu comme on veut sur son profil. Mais aucune présentation n’est nécessaire pour rentrer abruptement dans le vif d’un échange. Il suffit d’un mot qui accroche, et hop ! On réagit aussitôt. Pas de salamalecs, pas de codes sociaux complexes : on like, on râle ou on passe.

Toutefois, on aurait tort d’opposer le monde réel où la proximité physique permettrait de limite la charge violente dans les rapports humains, et le « monde virtuel » dont le caractère presque « irréel » permettrait toutes les décompensations.

Car les réseaux sociaux sont des médias d’interaction et d’échange tout aussi « réels » qu’un dialogue à une terrasse de café, une conférence dans un amphithéâtre ou une rencontre impromptue dans la rue. La seule différence, c’est l’absence d’interaction physique et le recours à un médium : ici l’écran et le clavier d’ordinateur, le réseau télématique et un « espace » virtuel appelé « réseau social » qui fixe le cadre et les modalités de l’échange : Facebook, Twitter ou autre.

Il ne viendrait à personne l’idée de désigner comme « virtuel » une conversation téléphonique ou un échange épistolaire, au motif que les interlocuteurs ne pourraient se voir ou se toucher. Tout ce qui se fait et se dit sur les réseaux sociaux est bien « réel », même si la densité du message paraît moins prégnante et plus éphémère.

Cette dichotomie arbitraire entre le « réel » et le « virtuel » révèle une confusion il est vrai très commune entre la réalité et la matérialité. Or la réalité, ce n’est pas la matière. Selon la physique quantique, c’est même tout l’inverse : ce que nous nommons habituellement « réalité » n’est en vérité que le produit d’une conscience qui interagit avec elle. Rien n’est intrinsèquement, objectivement « réel », sinon la conscience elle-même.

En conséquence, les réseaux sociaux ne sont que des moyens (physiques : câbles, serveurs, ordinateurs…) permettant à des consciences humaines parfois très éloignées physiquement d’interagir consciemment entre elles. Ce phénomène est tout à fait réel, quand bien même il n’y a pas d’interaction physique de proximité entre ces êtres conscients.

C’est d’ailleurs sans doute pour cela que ce qui rend perceptible comme « réel » la présence de ces consciences les unes aux autres, c’est précisément la charge émotionnelle qui accompagne les messages, et la façon dont ils sont perçus, interprétés. D’où l’usage fréquent d’emoticons pour transcrire les états émotionnels, sincères ou mimés, des interlocuteurs et colorer affectivement les échanges.

Or quand ces émotions s’emballent, on atteint vite les sommets. D’autant que l’absence d’interaction physique interdit toute régulation naturelle des affects selon le jeu habituel des émotions, des réactions et de la violence physique contenue : quand deux individus sont face-à-face, ils n’en viennent pas aux mains chaque fois qu’il y a un désaccord entre eux. Le langage joue un rôle de compensation et de sublimation émotionnelle. Quand deux individus sont à une distance telle qu’ils ne peuvent s’atteindre, il est plus facile et moins dangereux de se lancer des anathèmes. Le langage joue alors le rôle de substitut aux intimidations sournoises, aux menaces contenues et au rapport de forces physique et dynamique qui orientent l’échange vers une résolution non violente des conflits quand deux interlocuteurs se font face.

Les réseaux sociaux servent donc souvent d’exutoire. Et l’on peut très vite se fâcher avec un véritable ami, ou adresser des insultes à un parfait inconnu pour une virgule de travers.

D’où la nécessité de fixer des limites, pour éviter les atteintes aux personnes, les violences verbales, les propos racistes, xénophobes, homophobes. Tout ce que notre société « civilisée » croit avoir évacué en le déclarant illégal. Mais qui revient toujours ici ou là comme un retour du refoulé quand la parole est trop jugulée.

Qu’il y ait des phénomènes de décompensation verbale et affective sur les réseaux sociaux c’est un truisme. C’est même l’une de leurs fonctions de base. Les réseaux sociaux sont un café du commerce mondial. Même pas besoin d’être un peu ivre pour être désinhibé. Ça fait partie du jeu et chacun part du principe que cela ne prête pas à conséquence. Au pire on renouvelle son stock d’« amis » ou on dégage en un clic celui ou celle dont les propos nous ont ulcéré. Avec l’arme létale du « signalement » lorsqu’on a affaire à un énergumène qui dépasse les bornes. Si tu dépasses la limite, je te grille. Game over.

Tant qu’on reste dans les clous définis par les règles du réseau social, tant qu’on n’attaque pas directement un autre utilisateur avec des menaces, des insultes ou des propos graveleux, on peut se lâcher, user de toutes les provocations, se défouler sur un personnage public en le traitant de tous les noms.

Les réseaux sociaux c’est un peu la farce médiévale, le punching ball, et un théâtre populaire où chacun se met en scène pour jouer tout à tour le procureur, le défenseur, le justicier, le sage, le docte, le fou, l’indifférent…

Politiques, VIPs et starlettes d’un jour en prennent pour leur grade. Comme tous les arrogants qui se prennent pour des lumières. Ça fait partie du jeu.

Sans les réseaux sociaux, comment expurger toute cette hargne, ce ressentiment, cet esprit révolté, contestataire, parfois excessif et surjoué, mais aussi parfois fort salutaire en démocratie ? Pour ceux qui ne sont pas inscrit dans un club de boxe ou qui ne jouent pas à Mortal Kombat sur leur console, reste Twitter, Facebook, où l’on peut se payer une célébrité, un ministre, un artiste bidon à coup de Tweet assassin. Et si l’on est malin, ruiner son image en quelques heures grâce à l’effet viral.

Quand les mécanismes habituels de régulation politique entre pouvoirs et contre-pouvoirs ne fonctionnent plus, les réseaux sociaux et les phénomènes de masse qu’ils engendrent restent un moyen de mettre en scène les conflits.

On le voit aujourd’hui en France avec cette opposition entre un pouvoir autoritaire qui méprise objectivement le peuple, et une partie croissante de ce peuple déterminée à en découdre contre une Police dernier rempart d’un pouvoir délégitimé.

Sans la liberté de parole sur les réseaux sociaux, les forums de discussion, sans les médias et journalistes indépendants, il ne reste plus que la rue et le rapport de forces physique pour régler les conflits.

Le rôle des réseaux sociaux est encore plus évident dans les pays qui ne sont pas démocratiques, où la liberté d’expression, la liberté de la presse, la liberté de réunion sont limitées ou inexistantes. Twitter, Facebook, Instagram quand ils ne sont pas interdits ou bridés, sont les seuls espaces où peut s’exprimer la parole de citoyens opprimés par la dictature, qu’elle soit militaire, idéologique ou religieuse. Et de prendre à témoin la conscience mondiale au nom de valeurs universelles.

Un véritable progrès pour l’émergence d’une conscience planétaire unifiée.

Revenons à Griveaux. Bien sûr ça n’est pas très joli d’exposer ainsi à la vindicte publique une vidéo très « privée » et pas franchement élégante d’un homme politique pris la main dans le slip en train de révéler ses parties intimes à une inconnue.

Mais ce qui doit nous interroger c’est cet empressement soudainement unanime des politiques à dénoncer la méthode – objectivement illégale – sans prendre le recul nécessaire pour en décrypter les motivations.

« Démocratie en danger« , « complot de Poutine » : quelles outrances n’a-t-on pas entendues à propos d’une anecdote somme toute banale, même si elle a coûté sa carrière à un politique corrompu émanant du sérail présidentiel.

« Malheur à celui par qui le scandale arrive ! », dit l’Evangile (Mt 18:7). S’empressant aussitôt d’ajouter : « Il est nécessaire que des scandales arrivent. »

Jésus parle ici des enfants « scandalisés », pas des adultes coquins qui jouent au docteur pendant que bobonne fait la tambouille. Inutile de chercher bien loin dans l’actualité de l’Eglise pour comprendre quel genre de scandales ce verset peut aujourd’hui évoquer…

S’agissant de l’affaire Griveaux et du rôle de propagation virale des scandales que jouent les réseaux sociaux, l’affaire n’est pas tant morale que politique. Il s’agit de ternir l’image d’un politique qui s’était présenté lui-même comme un bon père de famille, en révélant à ses électeurs et à l’opinion publique que la réalité est tout autre.

D’ailleurs dans ce jeu de l’arroseur arrosé on peut se demander qui est vraiment celui « par qui le scandale arrive ». Est-ce Piotr Pavlenski, cet activiste russe qui a publié la vidéo ? Ou n’est-ce pas plutôt Benjamin Griveaux lui-même, qui s’est rendu coupable de tartuferie en désavouant sa famille, sa respectabilité personnelle, sociale et politique ?

Le procédé permis par les réseaux sociaux est certes immoral et illégal, puisqu’on porte ainsi atteinte à la vie privée d’un homme et à l’honorabilité de sa famille. Mais n’est-ce pas in fine un acte qui sert la démocratie puisqu’il met fin à une hypocrisie, à une tromperie électorale ?

Griveaux avait lui-même utilisé son image de « bon père de famille » comme un argument de campagne pour donner l’image de ce qu’il n’est pas. Il avait donc choisi de rendre public ce qui relève a priori de la vie privée : son couple et ses enfants. Le seul moyen d’apporter un démenti à cette évidente tromperie était donc de rendre public certains éléments de sa vie privé qui infirment objectivement les précédents.

En fait, toute forme de tromperie délibérée de l’opinion quant à la personnalité ou à l’honorabilité d’un candidat est en soi un scandale en puissance. Elle l’est déjà pour ceux qui sont dans la confidence. Elle le devient de façon irréfutable quand le scandale est rendu public.

Bien sûr la fonction des réseaux sociaux ne doit pas devenir de rendre public tout ce qui est privé dans la vie des autres, dans une traque frénétique de la vérité, de la transparence et d’une moralité souvent de façade, utilisée comme arme de pouvoir et de contre-pouvoir. Ce qui reviendrait à établir un régime de terreur.

Mais utilisée à bon escient, cette arme de l’outing politique peut s’avérer fort utile pour dénoncer la corruption, le mensonge.

« Il est nécessaire que des scandale arrivent »… Le scandale ne doit pas être recherché a priori. Pas plus que l’exercice de la désinhibition sur les réseaux sociaux. Mais comme la désinhibition est un phénomène de décompensation personnelle de la charge émotive et affective en grande partie nourrie par l’hyperviolence d’une société normative tout entière ordonnée par la pensée unique, le politiquement correct et l’autocensure permanente, le scandale politique est une arme démocratique parfois nécessaire pour désavouer des responsables coupables de corruption, de tromperie, de mensonge, de dissimulation. Autant de dérives qui mettent en cause leur capacité à représenter leurs électeurs et à exercer des fonctions publiques.

On doit se protéger des dérives de l’étalage public, des accusations gratuites et des sentences prononcés par les effets de meute favorisés par les réseaux sociaux.

Mais on doit aussi se protéger contre l’excès d’hypocrisie, la violence et le ressentiment légitime qu’il nourrit quand la morale publique devient une supercherie, un écran de discours et de comportements conformistes faux destinés à masquer la lâcheté de ceux qui sont supposés montrer l’exemple.

Celui qui mettait en garde contre la survenue des scandales dénonçait avec une vigueur bien plus grande l’hypocrisie, la duperie, le mensonge des hommes de pouvoir. En particulier ceux qui s’autoproclamaient les gardiens de la norme légale, comportementale, identitaire et de la morale sociale ou religieuse.

Ce qui serait souhaitable qu’il advienne à propos des réseaux sociaux, c’est une conscience majoritaire et citoyenne. Une conscience qui utilise ces réseaux comme un outil pour préserver la vitalité et l’authenticité des principes universels contre leur instrumentalisation par tous les pouvoirs.

Plutôt qu’un espace d’exhibition et de contentement narcissique égoïste, comme c’est souvent le cas aujourd’hui.

Que les indignations individuelles et collectives ne visent pas à conforter les egos dans des jeux de rivalité mimétique exacerbée, mais qu’elles servent l’intérêt général et le Bien commun.

Toute colère, toute indignation, toute rupture volontaire avec le consensus imposé n’est pas mauvaise en soi. Si elle sert la vérité, la dignité, la justice, l’intérêt du plus grand nombre.

Mais on ne peut « moraliser » les réseaux sociaux en imposant des règles supplémentaires, comme le fait souvent Facebook. Encore moins en prétendant les réguler de l’extérieur en surveillant davantage les profils, les échanges, comme voudraient le faire certains politiques orwelliens.

On ne peut rendre ces réseaux plus éthiques et utiles à l’humanité qu’en élevant le niveau de conscience global. En s’interrogeant sur la meilleure façon de les utiliser face à l’infinité des possibles. Et cela passe par chacun d’entre nous.

La guerre contre le terrorisme et l’islamisme n’est pas une guerre de bombes et de fusils mais une guerre « spirituelle », une guerre de conscience, universelle, multiforme et globale

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Dans un article publié le 30 janvier 2020 à propos de l’affaire Mila, le magazine Charlie Hebdo souligne fort justement le lien entre le terrorisme djihadiste « classique » et les menaces de mort dont est victime la jeune adolescente.

Si l’on veut combattre efficacement le terrorisme djihadiste et l’idéologie islamiste qui l’alimente, il est en effet indispensable de comprendre que le terrorisme n’utilise pas que des bombes, des kalachnikovs, des couteaux ou des gibets. Il commence avec les intimidations et les menaces.

Le terrorisme est avant tout une idéologie et une doctrine politiques avant d’être un phénomène caractérisé par sa violence et ses revendications. Et les armes auxquelles ils recours ne sont que des moyens parmi d’autre pour parvenir à ses fins en semant la terreur.

Le Djihad est même une stratégie méthodiquement élaborée, appliquée et relayée par les Frères musulmans et les salafistes, et dont une des étapes comprend l’endoctrinement et l’entraînement de musulmans radicalisés à la « résistance » à « l’islamophobie« , aux « humiliations » et « persécutions » infligées aux musulmans par une société déclarée hostile et un Etat qui les « haïssent ». Un entraînement à la persuasion, à la contradiction, à la coercition, à la pression et à l’offensive. Par l’usage sélectif de petites ou de grandes violences. Des violences psychologiques, verbales, sociales, idéologiques et communautaires, justifiées par la « liberté de conscience », la lutte contre la haine ou l’injustice sociale.

C’est pourquoi il faut atomiser radicalement ces prisons rhétoriques qui empêchent de voir le réel tel qu’il est. Comme ces discours sur le « pas d’amalgame« , « rien à voir« , « pas en mon nom« . Et ce chantage permanent à « l’islamophobie » en guise de censure idéologique.

Car le but de ces discours mensongers, aveuglants, victimisants, culpabilisants est d’isoler le phénomène du terrorisme dans un « ailleurs » imaginaire. De le circonscrire dans un halo d’anathèmes conjurateurs pour en occulter le pouvoir virulent de contamination mimétique. Et de le repousser vers un horizon « hérétique » qui ne concernerait en rien ni l’Islam authentique ni les musulmans totalement étrangers à cette dénaturation. Des musulmans totalement disculpés a priori et exonérés de tout soupçon de collusion avec le Diable.

Une façon d’asseoir le mythe de « l’Islam, religion de paix et d’amour » qui serait totalement étranger et étanche à cette « perversion de l’Islam » que serait le terrorisme islamiste.

En vérité il existe une continuité indissoluble entre la révélation coranique, « LES » islams, leurs mouvances orthodoxes ou fondamentalistes, leurs transcriptions en idéologies politiques, le djihadisme, le terrorisme moral, intellectuel ou psychologique islamiste et le Djihad armé.

Les musulmans qui se réfugient derrière cette fausse justification de la liberté de conscience, de « l’islamophobie« , du « blasphème » ou de la « haine anti-musulmans » pour harceler, menacer et agresser des personnes qui ont osé s’en prendre à leur religion sont d’authentiques terroristes, même s’ils ne brandissent pas des couteaux.

Car même s’ils ne font pas péter des bombes, s’ils ne défenestrent pas une grand-mère juive sous l’effet de « bouffées délirantes », la plupart de ces justiciers autoproclamés qui veulent défendre leur Islam applaudissent souvent ces « héros » qui commettent en son nom les crimes les plus abominables.

Les armées de justiciers d’un Islam profané embrigadés par le CCIF constituent à n’en point douter l’arrière-front des djihadistes qui passent à l’acte en prenant les armes contre des innocents.

Il y a plusieurs façons de passer à l’acte. La frontière entre intégrisme, fanatisme et terrorisme ne s’arrête pas à la définition que donne aujourd’hui la loi du crime de sang ou de l’attentat terroriste. On peut aussi passer à l’acte en harcelant, en insultant, en proférant des menaces de mort, en portant atteinte à l’intégrité morale, sociale ou à la vue privée d’une personne. En la privant de la faculté de circuler librement, de s’exprimer librement, de faire ses courses, d’étudier, de partager ou publier ce qu’elle pense sans porter atteinte aux personnes.

Les menaces contre Charlie Hebdo qui précédèrent après la parution des caricatures l’incendie de ses bureaux puis le massacre des journalistes de sa rédaction étaient déjà une forme de terrorisme.

On ne terrorise pas seulement en tuant. La première arme du terrorisme c’est la parole. Et l’image.

Car le terrorisme ne vise pas les corps mais les consciences. Cette guerre n’est pas une guerre de territoire ni de fantassins, mais une guerre idéologique, conscientielle et spirituelle.

Il est donc urgent de mettre à jour notre définition juridique du terrorisme. Et pour cela il convient d’en comprendre toute l’articulation idéologique, stratégique et rhétorique.

Car il existe aussi et d’abord un djihadisme idéologique, qui se décline en livres pour adultes et pour enfants, en sites web, en forums de discussion sur internet et les réseaux sociaux.

Il existe un djihadisme psychologique, qui terrorise d’abord les musulmans, les fascine, les enveloppe et les contraint. Qui les soumet à une norme sociale, religieuse et politique par l’emprise psychologique qu’il exerce sur les consciences. Et qui force tous les membres d’une même « communauté » à un uniformisme normatif de la pensée et des comportements.

Il existe un djihadisme social, qui disloque le lien social entre les citoyens, distend le vivre ensemble, exacerbe les tensions identitaires, alimente la concurrence victimaire, nourrit la violence mimétique, et creuse les clivages artificiels entre « eux » et nous ».

Il existe un djihadisme économique qui normatise les modes de production, de distribution et de consommation par le marché du halal. Et en récolte les dividendes pour financer d’autres djihads.

Il existe un djihadisme financier, orchestré par le Qatar, l’Arabie Saoudite, la Turquie et les Frères musulmans. Pays et organisation qui subventionnent illégalement des associations islamistes en Europe déguisées en œuvres sociales, humanitaires ou éducatives. Mais qui sont tout entières vouées au recrutement et à l’endoctrinement des jeunes des quartiers. Comme ils financent des listes électorales islamistes illégales quoique bénies par le pouvoir exécutif.

Il existe un djihadisme judiciaire, qui s’attaque de façon systématique à tous ceux qui critiquent l’Islam radical, les ruine financièrement et psychologiquement pour les contraindre à renoncer à leur combat.

Il existe un djihadisme culturel, qui instrumentalise, subvertit ou refondent les modèles et discours culturels, réinvente l’Histoire, redéfinit « l’identité française » à sa propre mesure. Il infiltre la pensée, la littérature, la musique, les arts plastiques, les instituts culturels et départements de musées consacrés aux « cultures d’Islam ». Il influence même les canons de la mode mis en scène par les stylistes et grands couturiers, en imposant progressivement le hijab comme un accessoire « féministe », communautaire et tendance d’une mode ouvertement islamiste rebaptisée « mode pudique ».

Tous ces djihads en vérité ne sont que les différents visages d’un seul. Ils servent tous la même idéologie, les mêmes acteurs et les mêmes buts : soumettre les musulmans de France, influencer puis contrôler la société, ses modèles, ses discours, sa culture, ses institutions, ses dirigeants, sa justice, ses principes et ses lois. Puis soumettre le monde pour imposer un ordre théocratique et totalitaire.

Il agit patiemment et méthodiquement par la persuasion, l’endoctrinement, la coercition, la subversion, l’intimidation, la culpabilisation, la victimisation. Chaque fois qu’il ne peut recourir directement à la force pour atteindre ses objectifs de destruction et de conquête.

Le djihad « soft » et sournois des Frères musulmans au visage glabre et patelin n’est ni moins « radical » ni moins dangereux que le djihad offensif des terroristes salafistes barbus en kamis ou treillis. En vérité c’est le même terrorisme décliné en une multitude d’avatars tous réunis autour d’une même tête.

« Nous sommes légion ! » Cette citation tirée de l’Evangile de Marc et du possédé démoniaque guéri par Jésus, devenue au cours de la décennie 2000 le slogan des Anonymous, est un thème souvent repris sur les réseaux sociaux par les jeunes musulmans fanatiques fascinés par cette idéologie islamiste-djihadiste. Son message est clair : nous sommes nombreux, nous sommes partout et nous sommes déterminés à vous faire plier !

Ce que veulent les islamistes, ce n’est aucunement défendre l’Islam ou les musulmans qui seraient menacés dans un des pays du monde où ils sont au contraire le plus protégés et ont la chance de vivre la religion de leur choix en paix. Leur projet c’est d’imposer à tous leur idéologie et de détruire méthodiquement, progressivement et sans aucune concession les fondements d’une société qui a érigé la Liberté, notamment la liberté de conscience en absolu. Pour lui substituer un ordre totalitaire, où toutes les libertés sont abolies ou codifiées selon une norme arbitraire et universelle.

Il serait temps que la France reconnaisse la Confrérie des Frères musulmans et ses satellites français (UOIF, CCIF, AMIF notamment) non seulement comme des dérives sectaires mais comme des organisations terroristes. D’autres pays l’ont fait, qui ont condamnés les Frères musulmans comme terroriste et déclaré l’UOIF comme une organisation terroriste.

Les islamistes sont le principal ennemi de la France et des démocraties du monde aujourd’hui. Il est temps de prendre les armes, les bonnes armes, et de s’en servir avec détermination pour mener enfin une vraie guerre partout où ils s’infiltrent. Une guerre idéologique, culturelle, politique, juridique, sociale, économique, financière, autant que militaire.

Une guerre civilisatrice et non « de civilisations », ou d’une civilisation contre une autre. Car l’islamisme n’est pas une civilisation. C’est l’abolition de toute civilisation, comme l’étaient le projet hitlérien ou le projet stalinien.

 

Mises au point sur la liberté de conscience

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La « liberté de conscience » est souvent invoquée par les fondamentalistes pour faire avancer leur agenda, contourner ou contester les lois démocratiques.

Rappelons que la liberté de conscience n’est ni un droit absolu, ni indépassable, ni illimité.

La liberté de conscience s’arrête là où commencent les autres libertés garanties par la République, notamment la liberté d’expression qui comprend celle de critiquer une religion, de blasphémer, de dénoncer publiquement des atteintes au droit ou aux principes, de condamner et sanctionner des organisations ou des responsables religieux. Mais aussi la liberté de réunion et d’association, la liberté de la presse, la liberté de circuler, de voter, de jouir librement de ses biens ou de ses moyens financiers.

Elle s’arrête là où commence le devoir républicain de protéger les personnes contre les dérives sectaires, les atteintes à leurs libertés individuelles, leur libre arbitre, leur dignité, leur intégrité ou leur sécurité, les tentatives d’emprise, d’intimidation, de contrainte, d’abus, de pression, de séquestration, et toute forme de menace ou de violence physique, verbale ou psychologique. En particulier ce qui concerne la protection des plus faibles, des personnes fragilisées ou plus exposées : mineurs, femmes, personnes âgées, minorités ethniques, migrants, personnes LGBT…

Elle s’arrête là où commence la haine raciale, l’antisémitisme, le négationnisme ou le révisionnisme, la justification de la xénophobie, du génocide ou de l’épuration ethnique, de l’esclavage, des persécutions religieuse, du terrorisme et de tout autre crime.

Elle s’arrête là où commence l’égalité hommes-femmes, les droits des femmes, des mineurs des minorités, des personnes LGBT. En particulier les délits et les crimes que constituent l’obligation faite sous contrainte à une femme mineure ou majeure de porter le voile, la polygamie, les violences conjugales, le viol conjugal, le viol en réunion, le féminicide, l’homophobie, la lesbophobie, la transphobie.

Elle s’appelle là où commence la laïcité, c’est-à-dire le respect des devoirs et obligations légales concernant l’exercice des cultes et l’expression des convictions, en particulier le port de signes religieux ostentatoires ou de signes politiques à caractère religieux dans l’espace public, le prosélytisme religieux ou la volonté de se soustraire aux lois françaises au nom d’une religion. Mais aussi le principe de séparation des cultes et de l’État, le détournement de fonds publics à des fins de financement d’organismes cultuels, la tentative de corruption d’élus ou de fonctionnaires de l’État, l’infiltration de partis politiques, de syndicats ou d’administrations publiques pour promouvoir une idéologie religieuse.

Elle s’arrête là où commence le communautarisme, contraire aux valeurs et principes républicains. Notamment quand celui-ci vise à fracturer la société française, à menacer l’unité nationale et le caractère indivisible de la République. Quand elle vise à monter des populations les unes contre les autres ou contre l’État désigné comme oppresseur. Ou à isoler des populations dans une volonté séparatiste.

Elle s’arrête là où commence la volonté de pays étrangers, en particulier des dictatures islamistes, de peser sur les décisions des dirigeants français, d’orienter la politique en matière de gestion des cultes ou de droits civiques en fonction de leur idéologie ou de leurs intérêts, d’exercer un chantage sur la France, l’Europe et ses états, de s’ingérer dans les affaires publiques, d’instrumentaliser des ressortissants nationaux, binationaux ou étrangers résidant en France pour servir des intérêts partisans contraires aux principes républicains, ou de les transformer en forces hostiles à la République ou à la démocratie. Elle s’arrête là où commence la seule communauté reconnue par la France : la communauté républicaine.

Elle s’arrête là où commencent la force majeure, la raison d’État et l’intérêt supérieur de la nation qui commandent de restreindre certaines libertés individuelles quand le sort de la nation, des intérêts vitaux du pays, la sécurité ou l’ordre publics sont menacés.

Toute absence de reconnaissance de ces principes, toute volonté de faire céder l’État ou la force publique quant à leur application, constituent un chantage inacceptable et doit être dénoncé comme une atteinte aux valeurs de la République, à la cohésion sociale ou à l’ordre public.

En conclusion, la liberté de conscience ne saurait être invoquée pour justifier tout en n’importe quoi. Encore moins pour faire reculer la République.

La laïcité, également instrumentalisée et dénaturée par les islamistes ne se résume pas à la liberté de conscience. Laquelle serait conçue comme le droit de revendiquer la liberté de tout faire, tout dire tout croire ou tout imposer aux autres. La laïcité est avant tout la séparation des cultes et de l’Etat. Un principe qui garantit dans les libertés exposées ici comme la liberté de conscience et et la liberté de culte. Mais aussi qui réaffirme la prééminence des logiques et des lois républicaines, lesquelles s’imposent inconditionnellement partout et à tous, sur toute autre logique ou loi d’inspiration religieuse.

Il est essentiel de ne pas se laisser abuser par la volonté de certains de se soustraire aux lois républicaines à partir de prétentions libertaires en constituant une communauté isolée qui auraient ses propres lois.

Toute doit être fait et maintenu pour combattre ces dérives que l’on peut aisément qualifier de sectaires et qui constituent des infractions évidentes au principe d’unité et d’indivisibilité de la République.