En mai, fais ce qu’il leur plaît ! – Macron, mai 68 et les bobos

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Etudiant lançant des pavés lors des manifestations étudiantes le 25 mai 1968 dans le Quartier latin à Paris

On fêtera bientôt les 50 ans de mai 68.

Vous vous rendez compte ?

Le Président Macron, c’est le moins que l’on puisse dire, a d’autres priorités à son agenda et semble peu pressé de fêter l’événement.

Plus à l’aise dans les salons parisiens qu’avec les symboles de la gauche populaire.

Plus en phase avec le très politiquement correct « esprit du 11 janvier » qui reflète bien l‘atmosphère anémiée du moment qu’avec la Grande Récré des enfants du baby-boom, le souffle révolutionnaire des barricades et ce genre de commémorations un peu casse-gueule.

Pas de risques, pas de vagues, et surtout pas question de donner une caution à la rue.

Et gare à ceux qui contreviendraient au devoir de réserve : ils seront sévèrement sanctionnés !

Après le temps des cerises, le temps des prunes.

Pas d’artistes du moment, de stars ni de people conviés pour scénariser ce Cinquantenaire. Comme au temps des grand-messes mitterrandiennes qui avaient élevé le fameux « Bicentenaire » au rang de rite planétaire.

Même pas un entrefilet dans la presse pour rappeler que cela fera 50 ans dans trois mois que quelques étudiants chevelus de la Sorbonne et de Nanterre emmenés par un rouquin très agité déclenchaient toute une série de grèves et de manifs qui allaient mettre la France cul par-dessus tête et faire chanceler le régime gaulliste.

Aurait-on à ce point changé d’époque ? Que plus personne ne semble s’en préoccuper ?

Certes, la Génération Macron ou celle d’En Marche ! n’a rien à voir avec celle des bobos (bourgeois bohêmes).

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Les jeunes quadras d’aujourd’hui, à peine dépucelés de leur virginité politique à la faveur d’un fin stratège qui a dynamité tout l’échiquier, n’ont ni les référents ni les aspirations de leurs aînés, abîmés dans le confort et « l’esprit Canal ».

Cette génération au seuil de la quarantaine à laquelle appartient Emmanuel Macron, et que les sociologues du marketing appellent les momos (mobiles moraux), ont grandi dans les années 1990 : ils n’ont connu que la crise, le chômage et un marché du travail tendu. Ils ont dû sacrifier à de longues études, apprendre à s’adapter aux contraintes économiques, accepter d’être hyper mobiles et réactifs pour changer souvent de métier, de secteur, voire de pays au cours de leur carrière.

Serge July, Emmanuel Macron et Mark Zuckerberg, icônes des générations « bobo », « momo » et « yoyo »

Ces braves petits soldats de la mondialisation obéissants et angoissés ne partagent absolument pas les rêves et les luttes rebelles de leurs parents les bobos.

Autant les bobos sont volontiers décalés, frondeurs, rebelles et contestataires – du moins dans la posture – autant leurs enfants les momos sont hypernormés, et à fond dans le Système !

Autant les baby-boomers ont rêvé d’un autre monde où la terre serait ronde, d’être réalistes en demandant l’impossible, de réinventer la société et de changer la vie, autant les momos sont de véritables gardiens zélés du Temple ultralibéral et « progressiste ». Prêts à dénoncer tout dérapage verbal, tout écart de comportement ou de langage qui risquerait d’écorner la Pensée unique et de dévier un tant soit peu de la ligne orthodoxe imposée par le politiquement correct.

Quant à la génération suivante, celle des yoyos (young yobs : jeunes loubards) qui composent une bonne partie de l’équipe Macron, ces trentenaires malins comme des bonobos et opportunistes comme par deux, ils n’en ont strictement rien à cirer des discours des élites et des politiques.

A eux on ne la fait plus ! On leur a tellement bourré le mou avec des discours moralisateurs, culpabilisateurs et anxiogènes, avec ces vieilles rengaines humanistes, droits-de-l’hommistes, libertaristes, égalitaristes, communautaristes ou féministes, qu’ils s’en moquent avec une effronterie aussi calculée que jubilatoire.

Ils se servent de tout, détournent tout, customisent tout, n’ont aucune morale, aucun scrupule et aucune préoccupation, sinon de saisir les opportunités à leur portée, et d’utiliser les failles du système à leur avantage. Pour s’en sortir, pour réussir, gagner de d’argent ou pour aider leurs potes.

Ils ne cherchent ni à flamber comme les bobos ni à placer leurs économies en s’angoissant à propos de l’avenir et de leurs gosses qu’ils n’ont pas encore comme les momos.

Eventuellement ils réalisent à l’occasion de juteux placements boursiers dans quelque startup, aussitôt réinvestis dans des achats dictés par leur fantaisie du moment.

Ce sont des jouisseurs, des opportunistes, des pragmatiques, qui n’en font toujours qu’à leur tête. Qui vivent l’instant présent et se moquent éperdument que le monde puisse s’écrouler autour d’eux, sinon pour kiffer sa race sur leur console de jeux.

Ils vivent en tribus, et en changent comme de paires de Nike.

Ils sont à fond dans les nouvelles technologies, car ils ont grandi avec une Gameboy entre les mains, surfent sur internet dès leur plus jeune âge, et en maîtrisent tous les rouages.

Ils anticipent sinon inventent eux-mêmes les modes et les nouveaux courants, plus pour s’amuser ou par opportunisme que par snobisme.

Ces yoyos ne sont pas ceux qu’on entend le plus dans le staff Macron. Sinon au travers de ce pragmatisme très réactif et sans réelles convictions sauf pour flatter la galerie. L‘esprit momo tient encore le haut du pavé, pour la vitrine du moins.

Ces deux générations sont les enfants de la mondialisation.

Mais ils ne fantasment pas comme leurs aînés sur un universalisme très idéaliste et politisé en prétendant bousculer l’ordre établi. L’ordre ou le désordre, ils s’en tapent.

L’ordre et les règles ils savent parfaitement les contourner. Et le désordre leur permet de tirer leurs biles au milieu de la confusion.

Si les momos sont à fond dans l’humanitaire, les yoyos s’en foutent royalement, sinon quand ça les touche directement ou pour faire mine de plaire à leurs grands-frères.

Pour les momos comme pour les yoyos, Mai 68 c’est comme la bataille de Marignan : un truc appris dans les livres d’Histoire.

Ou éventuellement un refrain barbant dont leurs parents les ont suffisamment bassinés pour qu’ils en ignorent la teneur.

Les momos regardent leurs vieux comme des pauvres ados rêveurs abîmés dans des glorioles pitoyables et leurs souvenirs de fac. En leur confiant à l’occasion la garde du petit dernier sagement endormi dans son landau connecté signé Stark ou Pinifarina.

Les yoyos quant à eux observent ces vieux darons avec amusement et respect, parce que quand même, Mai 68 ça devait être un sacré kif !

Mais ils en parlent comme d’un truc de ouf, exactement comme ils s’excitent sur le méga set de leur DJ favori dans le prochain festival électro.

Bobos et yoyos sont souvent potes.

Les premiers offrent aux seconds une conscience par procuration. Et les seconds permettent aux premiers de ne pas devenir gâteux en les initiant au vertige néo-psychédélique des réalités augmentées.

Globalement on est aujourd’hui en France aux antipodes des lendemains qui chantent.

Des couplets maoïstes, trotskistes ou castristes lancés depuis la tribune ou vomis sur les CRS-SS.

On est bien loin des expérimentations loufoques, de la révolution sexuelle, de la musique de Pink Floyd, des Doors, du pop art, des chemises à fleurs, des colliers hippies, de l’encens, de Woodstock, du LSD, des partouzes géantes et des slogans comme « Il est interdit d’interdire »…

Même si, la nostalgie aidant et la mode rétro 70s ou 90s des années 2010 faisant loi, on revisite ces icônes de la génération hippie.

Pour le reste, ça fait plusieurs décennies que c’est Back to reality!

Et pour les plus téméraires, un rail de coke, volume à fond, binge drinking et baise à tout va jusqu’au prochain after.

Mai 68, c’est au mieux un mythe sympa, au pire un truc ringard de musée.

Les bobos ont du mal à en démordre, mais on a changé de siècle.

Les crises économiques, la chute du Mur de Berlin, le 11 septembre, internet et Twitter sont passés par là.

Les idéologies qui ont bercé leur jeunesse ont été remisées sur les étagères de l’Histoire.


Leurs idoles, Marx, le Che ou Sartre, n’ont même pas leur statue au Musée Grévin.

Ceux qui ont portées ces années du Changement se sont recyclés pour les plus chanceux dans le journalisme ou la politique (mais ils ont été balayés par le tsunami En Marche ! ou sont devenus de sages courtisans du Prince…).

Ils bossent et parfois ont fait fortune dans l’écologie, l’économie verte ou le numérique, le multimédia, le marché de l’art moderne, le business du bio, du bien-être ou du développement personnel.

Et pour les plus largués, le Grand Soir se résume le plus souvent à croupir dans une ONG en attendant la ménopause du cadre, à tenter de reconstruire un château de sable en pleurant sur les ruines du PS, à publier des compiles rééditant les tubes de leurs groupes fétiches, ou bien à faire le guignol dans les talk-shows le samedi soir pour les nunuches engagées qui prétendent avoir une conscience et qui lisent Philo Magazine.

Quant aux plus endurcis, nombreux sont ceux ont pas finis fauchés par le sida, une overdose, un infarctus ou un cancer, ecstasiés et pesant 30 ans kilos sur une plage de Goa, ou carrément suicidés, soit à cause de leurs excès de sexe et de drogues qui leur ont ravagé la capsule, soit parce que leurs doux rêves se sont fracassés sur le roc des flamboyantes mais austères années 80.

Les rescapés ont quitté les radars et vivent planqués dans leur salon germanopratin, ou toujours scotchés dans leur ashram en Inde, une communauté new age ou une ferme dans les Cévennes.

Alors, faut-il ou non fêter Mai 68 ?

Si c’est pour ressortir les vieux gimmicks, sûrement pas !

Qui plus est, l’aspect politique et contestataire de cette ultime « révolution » n’est pas forcément bon à titiller.

Une bonne grève générale pour faire barrage à la Loi Travail est justement ce qu’a soigneusement voulu éviter le Président Macron, fort de son expérience d’éminence grise puis de ministre du quinquennat Hollande et des fameuses Nuits debout qui s’en suivirent.

Aujourd’hui tout le monde est rentré dans le rang. Et beaucoup s’extasient toujours devant ce jeune président si nouveau, si intelligent, si bien élevé, si propre sur lui, si posé, si courtois avec les femmes et si sympathique.

Les Français ont troqué un excité narcissique et corrompu, suivi d’un gros balourd qui les a roulés dans la farine sitôt élu en s’asseyant sur ses promesses socialistes, contre une sorte de Prime Minister brittanique, au style très monarchique, bon teint, sage et moderne. Et totalement à la solde des molochs américains et européens. Un peu comme Tony Blair.

Alors le Général à côté c’est Che Guevara !…

L’esprit et les valeurs libertaires de Mai 68 ont depuis l’ère Mitterrand totalement imprégné la société, ses modèles et ses discours.

Au point qu’on n’en a même plus conscience.

Même Sarko a été présenté récemment par certains commentateurs comme un héritier de l’Après-Mai 68. Qu’il avait pourtant combattu.

Sauf qu’aujourd’hui, voir des filles à poil à 18 heures à la télé comme au bon vieux temps des Coco girls du Collaro Show c’est totalement impensable !

De nos jours les normes sont bien verrouillées. Et quiconque s’en écarte risque le pilori médiatique dans la seconde qui suit, voire un procès ou le zonzon s’il refuse de faire repentance et continue d’alimenter le scandale.

On peut sacrifier à tous les écarts, toutes les perversions, toutes les outrances, tous les excès et tous les délires, du moment qu’ils sont soigneusement répertoriés et labélisés.

Pour le reste, si l’on s’écarte un tant soit peu de la Pensée unique, on est aussitôt taxé au mieux de « complotiste », au pire de « terroriste ».

Alors faire la révolution, vous n’y pensez pas !

Nos contemporains sont frileux, formatés, lobotomisés, partagent des indignations téléguidées et à géométrie variable.

L’indignation réflexe est une posture obligée si l’on veut s’afficher comme un bon citoyen équipé d’une conscience éthique.

Mais le libre arbitre et l’esprit critique – le vrai – ou la contestation de l’ordre établi au nom d’un Idéal ou d’un projet alternatif de société sont des crimes de lèse-conformisme inadmissibles en « démocrassie » !

Alors on se contente de faire semblant d’être un rebelle. On s’agite et l’on s’offusque aussitôt que son voisin fait un pet de travers. On monte des kabbales hystériques sur Facebook pour des boulettes. Et c’est ce cirque burlesque et grandiloquent qui constitue l’Alpha et l’Oméga des moutons de panurge.

Dont les neurones sont totalement grippés par leur flip incessant, soigneusement monté en neige par les médias à propos du terrorisme, de la vache folle ou de la bombinette nord-coréenne.

Pourtant, il serait urgent de réapprendre à rêver.

Urgent de s’enivrer.

Et de remettre l’imagination au pouvoir.

D’ouvrir les yeux sur l’avenir au lieu d’ânonner le même catéchisme. D’inventer le monde de demain. Un monde qui sera fraternel, universel, unifié et pacifié.

Ou ne sera pas.

Un monde qui verra toutes les consciences planétaires totalement interconnectées. Et en tout cas par autre chose que l’écran mensonger des logiques du Système.

Mais ça, soyons certain que les milices du Zeitgeist s’empressent de nous en dissuader.

Nous incitant au contraire à nous vautrer dans la fascination du Vide, le culte de l’Ephémère, de l’Insignifiant. A nous prosterner devant les idoles consuméristes de leur Panthéon des Vanités.

Plus qu’une nouvelle « révolution », politique, sociale ou institutionnelle, c’est un Grand Saut de la conscience qu’il convient pour nous tous ensemble d’opérer en ce siècle.

Un siècle qui verra s’accomplir les plus grands bouleversements que l’humanité ait jamais connus. Et qui l’obligera à faire face aux plus grands défis de son histoire.

Mais il faut plus que de la lucidité, de l’imagination ou de l’audace pour s’engouffrer dans la brèche de ce Changement radical qui nous aspire à lui.

Il faut accepter de mourir totalement à soi-même pour renaitre tout autre. De ne plus rien savoir ni connaître ni contrôler.

Et d’abdiquer son cher Ego au bénéfice du Bien commun.

Mais ce sacrifice, l’homo post-modernicus qui se vante pourtant d’être un rebelle et s’éprend de toutes les causes n’est pas prêt d’y consentir !

On peut se piquer d’avoir une conscience et rêver éventuellement de prolonger l’utopie matérialiste dans une fiction transhumaniste, mais de là à faire passer le sort des réfugiés climatiques avant sa tisane bio, NO WAY!

Alors oui, il serait temps de célébrer le joli mois de mai, avant que l’hiver ne s’abatte définitivement sur nos belles illusions.

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Le crépuscule des pleureuses : sortir du « handicap » permanent

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Message de Marine Toro, handicapée, au Président Macron, publié sur Facebook le 2 juillet 2017.

Voir aussi la vidéo sur Facebook.


Je comprends cette femme et compatis à ses difficultés.

Mais pleurnicher sur son sort et « quémander » comme elle dit en cherchant à apitoyer les foules et culpabiliser les gouvernants ne sert à rien.

Qui plus est, c’est une façon narcissique de se conforter dans un statut de victime éternellement dépendante des autres, en rejetant la responsabilité de ses problèmes sur des politiques boucs émissaires, forcément insensibles et ignorants des difficultés rencontrées par les plus fragiles.

Il y a de multiples « causes », justes et souvent oubliées, qui mériteraient d’être portées à la connaissance du plus grand nombre et justifieraient qu’on fasse appel à la solidarité citoyenne ou à la responsabilité des pouvoirs publics. Et pas uniquement ces causes entendues que la République a héritées de siècles de charité chrétienne : la Trinité compassionnelle pour « les pauvres », « les étrangers » et « les infirmes ».

Ce genre de méthodes qui consistent à publier des jérémiades et des doléances sur les réseaux sociaux est non seulement obscène, inefficace mais aussi franchement has been.

Plus que jamais nous devons rester vigilants à l’action concrète du Président et du gouvernement en faveur des plus démunis. Et ne pas nous contenter de belles promesses et de beaux discours.

Mais à toujours vouloir jeter la suspicion et le discrédit sur nos responsables politiques, on creuse un fossé toujours plus profond entre ceux-ci et nous.

Et on fait le jeu des aigris, des défaitistes et des extrêmes.

Sans comprendre que la « solidarité » n’est ni un droit acquis ni une dépendance exclusive à l’Etat-Providence.

Elle se construit dans l’action au quotidien par le souci de l’intérêt général au-delà des intérêts particuliers, et l’engagement constant de tous pour tous.

Or pour s’impliquer avec sincérité et efficacité dans cette démarche et ne pas se contenter de bons sentiments ou de harangues mélodramatiques, de même que pour défendre et faire vivre réellement notre démocratie, il faut aussi se retrousser les manches.

Multiplier les initiatives locales, participer à des actions concertées et solidaires pour aider concrètement ceux qui nous côtoient, et que nous ignorons trop souvent malgré nos belles déclarations sur les Droits de l’homme.

Et ne pas tout attendre du politique. Comme des enfants gâtés jouant sans cesse les victimes pour réclamer toujours plus de considération, de droits, du pain et du cirque.

Certes les personnes handicapées rencontrent des difficultés objectives, matérielles et financières, dans leur vie personnelle, sociale ou professionnelle.

Mais la France n’est sans doute pas le pire des pays au monde, loin de là, en matière d’aide aux personnes handicapées.

Bien au contraire, beaucoup est fait ici, même si c’est sans doute insuffisant et que ça ne doit pas nous exonérer d’une attention à l’autre. Notamment dans nos grandes villes, pour aménager l’espace public, faciliter les démarches, octroyer des aides et rendre la vie quotidienne plus facile aux handicapés.

Je me faisais cette réflexion il y quelques jours en constatant que les nouveaux bus électriques parisiens de la RATP étaient tous équipés de plateformes pour faciliter la montée et la descente des fauteuils roulants. Et que des espaces de plus d’un mètre-carré leur étaient réservés, avec des boutons à hauteur de fauteuil pour signaler le prochain arrêt.

Sans compter les nombreuses places de stationnement réservées à personnes handicapées sous peine d’amende sévère pour les contrevenants. Et qui souvent restent vides toute la journée dans des rues surchargées, où trouver une place pour se garer relève du parcours du combattant.

Plutôt que de nous venger de frustrations que nous avons en partie nourries par nos lâchetés, et assécher nos rancœurs en pratiquant une dégagisme forcené, il serait peut-être temps de prendre conscience que ce qui tue notre démocratie bien plus sûrement que la corruption des élites, ce qui stérilise notre capacité à « vivre ensemble » bien plus sûrement que le communautarisme ou le fondamentalisme, c’est cet esprit individualiste, égoïste et corporatiste dont nous crevons à petit feu.

Ce souci permanent du quant-à-soi, du « Moi je ! », du « Tout pour moi et rien pour les autres ».

Et cette incapacité à concevoir la solidarité autrement qu’au travers de nos petits bobos et de nos petits malheurs. En nous crispant sur nos chers « pauvres », qu’on plaint et qu’on cajole dans les talk-shows pour se donner bonne conscience, mais jamais sans leur tendre la pièce au carrefour.

Et surtout sans voir que d’autres beaucoup plus malheureux qu’eux viennent frapper à nos portes par millions.

Cette commisération convenue traduit une attitude proprement puérile, irresponsable, stupide et contre-productive.

Il faut en finir avec cette forme d’autisme égocentrique. Sans quoi nous nous condamnerions toujours à n’être que des victimes impuissantes et aigries. A pleurnicher et culpabiliser l’autre, surtout nos dirigeants, pour des malheurs et des injustices dont on les rend injustement responsables.

Jamais en nous comportant ainsi nous ne nous réconcilierons avec nos politiques. Et encore moins avec les autres, c’est-à-dire avec nous-mêmes.

Notre génération, celles des « bobos » nés au lendemain de la guerre, a grandi dans ces Trente glorieuses d’expansion euphorique, d’idéalisme romantique et de quête du bonheur matérialiste avec en toile de fond cette libéralisation des mœurs qui a déchaîné tous les caprices.

Elle a porté en en tirant les dividendes le triomphe d’une société matérialiste tout entière tournée vers la consommation effrénée et la satisfaction immédiate, compulsive et illimitée de tous les désirs et de toutes les revendications. Et elle n’a découvert « la crise » qu’une fois bien installée dans la vie professionnelle.

Cette génération vieillissante, et à juste titre souvent critiquée, n’a pas pris acte qu’une nouvelle génération venait d’accéder au pouvoir.

Celles des « momos » (mobiles moraux)*. Ces jeunes quadras qui ont grandi dans les années 1990, ont dû apprendre très tôt à s’adapter à un marché du travail précaire y compris pour les plus diplômés, à être en permanence réactifs, mobiles, attentifs aux changements. A se former toute leur vie pour continuer à évoluer. Et à changer souvent de métier sinon de pays.

Cette génération ne conçoit pas l’accès au bonheur autrement qu’au terme d’efforts, de travail, et selon une vision pragmatique des choses, quoique souvent hyper normative.

L’appel d’air créé par le dégagisme et La République en Marche a également aspiré vers les hautes sphères du pouvoir la génération suivante : celle des « yoyos » (young yobbos ou jeunes loubards).

Ces jeunes trentenaires nés au seuil des années 1980. Une génération totalement désabusée. Les yoyos sont revenus de tout. Ils sont hyper lucides et opportunistes, individualistes et jouisseurs. Ils ne croient plus en rien, surtout pas dans les gimmicks politiquement corrects. Mais ils croient à l’engagement concret, à la détermination et à l’initiative individuelle. Ils jonglent avec zèle avec les paradoxes de l’époque et surfent sur les opportunités qu’offre la société. Leur but est de profiter au maximum du moment présent, et d’assurer leur propre survie sinon leur bonheur en se moquant des règles, des convenances et de l’ordre établi. Non par esprit de révolte comme leurs parent bobos qu’ils trouvent trop rêveurs, mais par opportunisme.

A leur yeux cette société mensongère aux mains de manipulateurs cyniques, qui ressemble plus à une jungle impitoyable qu’à un paradis pour tous, n’a plus rien à leur offrir. Alors autant se démerder tout seul, naviguer en tribus mobiles, en se moquant des modèles qu’elle nous vend pour mieux nous asservir. Puisque le monde est violent, implacable, sans idéaux, sans perspective d’avenir et sans morale, alors c’est chacun pour soi et Dieu pour personne.

Une génération qui a pigé très vite que pour survivre il faut se lever tôt, saisir toutes les opportunités offertes par une société hyper marketée, hyper mondialisée et hyper technologique, faire du lobbying propre et du networking malin, s’aider soi-même en bousculant les normes et en ignorant les scrupules des moutons.

Mais aussi aider ses proches, sans attendre que les autres ou l’Etat volent à leur secours et résolvent leurs problèmes. Qu’il s’agisse de trouver du taf, un logement, un moyen de contourner les règles et les blocages kafkaïens de l’administration.

Pour ces ados mûris trop vite et malins comme des singes, les « pauvres » et tous ceux qui font profession de leur misère, les chômeurs qui se plaignent de ne pas trouver de travail et pointent à Pôle Emploi en réclamant plus de droits sans jamais rien foutre, ces Roms incapables de s’intégrer et de bosser sinon en faisant la manche, les poches ou la pute, et tous ces « handicapés de la vie » à qui des pleureuses bobasses viennent servir la soupe et tendre le crachoir, ne sont que des parasites méprisables qui jouent de la mandoline en apitoyant des bonnes âmes naïves sans jamais se bouger le cul, et qu’on ferait mieux de dégager fissa.

Ce n’est pas qu’il n’ont ni cœur, ni foi ni loi. Mais on ne la leur fait plus.

C’est cette « Génération Macron » bien en marche qui vient d’arriver au pouvoir. En invitant des quadras et des trentenaires de la « société civile » à devenir ministres pour conduire les transformations en profondeur voulues par le plus jeune dirigeant politique au monde. Et à grossir les rangs de cette nouvelle Assemblée constituée de novices en politique formés dans des « séminaires d’intégration ». Et qui ont remplacé des vieux carriéristes plan-plan et corrompus, clientélistes et népotiques, exclusivement préoccupés par leurs intérêts et ceux de leur petite cour.

Macron est un « momo » pur jus.

Élève brillant, enfant de la méritocratie, dynamique et volontaire. Mais aussi très marqué par ce trait générationnel qui veut que tout en restant tendu vers l’efficacité, en se voulant lucide et pragmatique, sans concession avec les aspects les plus sombres du réel ,mais sans esquiver pour autant les difficultés, on doit rester toujours par ailleurs sensible aux causes justes. Et attentif à tous ceux que la société a laissés de côté. Ceux qui n’ont pas eu la chance d’avoir des parents derrière eux pour les aider ou leur payer des études dans les écoles privées à 50.000€ l’année. Ou que leur sexe, leur âge, leur origine ou leur handicap rend plus vulnérables aux violences de l’époque.

Je n’ai aucun souci sur la capacité du nouveau Président à prendre à bras le corps les défis, et à tout faire pour trouver des réponses durables aux dysfonctionnements de notre vieille démocratie.

Comme je n’ai plus aujourd’hui aucun doute sur sa volonté sincère de construire une société « efficace et juste » qui temporise les chocs et rende les changements plus supportables pour les plus fragiles.

C’était d’ailleurs l’un des thèmes chers à son ami le philosophe Paul Ricœur. Un protestant et un socialiste, pour qui toute action politique et tout engagement collectif ne pouvaient se construire de façon efficace sans une volonté de compenser les violences de la société libérale. Un défi qu’aucune utopie ne saurait relever. Pas plus qu’elle ne saurait nous soustraire à ce monde injuste et violent. Sinon au risque de générer plus de malheurs en dénonçant la responsabilité des élites. Et plus de violences en prétendant la combattre par des révolutions plutôt que des réformes.

C’est pourtant ce à quoi conduiraient très exactement le projet de repli nationaliste du Front National. Comme le caillassage des institutions vendues au capitalisme voulu par les Insoumis.

Plus généralement, ce genre de comportements qui consistent à se justifier de sa passivité inconsciente ou volontaire en se réfugiant derrière une incapacité objective ou surjouée, est symptomatique de la difficulté qu’ont certains à entériner le changement de paradigme actuel.

Nous sortons d’une société marquée par une organisation verticale du pouvoir et des liens hiérarchiques, une société où tous les liens étaient fondés sur des rapports de forces, de dépendance et de vassalité. Et nous entrons dans une société radicalement nouvelle, où les citoyens seront vraiment libres, égaux et frères. Totalement interdépendants et interconnectés.

Une société vraiment « démocratique », une humanité unifiée au plan global, une civilisation du partage, de l’échange et de la solidarité. Où le sens de l’action ne s’appuiera plus sur la libre entreprise, la volonté d’accaparer pouvoirs et richesses au bénéfice d’une élite minuscule, mais sur la nécessité d’oeuvrer pour le bien de tous, chacun à son niveau.

Une société sans « rois » ni monarques élus dont le peuple « souverain » attendrait tout. Et qui se bercerait d’illusion en se prétendant le berceau de la démocratie et des Droits de l’Homme. Sans s’apercevoir que ses excès libertaires, égalitaristes, et son obsession du « social » et de la « solidarité » ne sont qu’un paravent pour dissimuler son incapacité à vivre concrètement ces valeurs inscrites aux frontons des mairies que sont la Liberté, l’Egalité et la Fraternité.

Cette société n’est pas encore advenue mais elle est bien en marche, même si les médias n’en font pas leurs choux gras.

La France depuis ces dernières élections vient enfin de prendre acte qu’un siècle nouveau s’était ouvert et qu’une nouvelle ère avait commencé. Que les choses ne pouvaient plus rester en l’état comme dans « le monde d’avant« . Qu’il était encore plus illusoire de chercher à revenir en arrière pour restaurer une « France éternelle » qui n’a jamais existé.

Qu’on ne pouvait non plus ni se satisfaire des purges ultralibérales facteur d’injustices, d’insatisfaction, de grogne, de délitement du corps social et de réactions violentes en retour. Ni des illusions socialisantes auxquelles mêmes les intéressés ne croyaient plus. Mais qu’à force de refuser d’ouvrir les yeux sur les bouleversements du monde et de s’enfoncer dans un déclinisme mortifère, on risquait fort de disparaître en tant que nation.

Si Macron a autant la cotte auprès des Français et séduit autant nos partenaires, c’est parce qu’il est en phase avec l’époque et symbolise un modèle d’exercice du pouvoir qui ne se contente pas d’être new look mais saisit en profondeur les enjeux et les défis du temps.Et entend y répondre de façon efficace et pertinente en n’oubliant personne sur le bas-côté.

Mais il ne faudrait surtout pas voir dans sa volonté de tout maîtriser en ne laissant rien au hasard ni aux polémiques une quelconque « dérive monarchique ».

Au contraire, Emmanuel Macron n’est pas un monarque absolu. Même si c’est un homme conscient de sa valeur et de ses capacités à offrir une alternative audacieuse au bourbier dans lequel se dépatouillaient ses prédécesseurs.

Une erreur serait de voir en lui un messie ou un homme providentiel. Disons que son élection marque une meilleure adéquation entre l’offre politique et les aspirations profondes des Français, leur désir de renouvellement et leur volonté de sortir du marasme décliniste.

Comme le dit le dicton : « Aide-toi et le ciel t’aidera ! »

Ou plutôt : « Lève-toi et marche ! »

Quand le Sauveur relevait les infirmes, les malades et les impurs de leurs infirmités, de leur maladies et de leur indignité, ce n’était pas pour les rendre dépendants. Au contraire, toute rédemption réelle est une libération. Un pied de nez à tous les déterminismes politiques, économiques, sociaux, culturels ou religieux. A toutes les assignations et à toutes les formes d’oppression.

Attendre un Rédempteur c’est se condamner à rater sa vie. Abdiquer son pouvoir de créer et changer les choses. Ne serait-ce qu’en changeant son regard sur une situation qu’on n’a pas nécessairement choisie.

« En marche les pauvres en esprit, les doux, les affligés, les affamés et assoiffés de justice, les miséricordieux, les cœurs purs, les artisans de paix, les persécutés pour la justice, les calomniés… »

« En marche » (vraie traduction du terme « bienheureux« ), ce n’est pas « Prends l’oseille et tire-toi ! »

« Soyez dans la joie et l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux. »

Ceux qui se lèvent quand la Vie appelle à se redresser, à recouvrer ses forces, à se mettre debout pour marcher, ceux-là sont déjà dans la joie.

Les autres, ceux qui se plaignent toujours, s’apitoient sur leur sort et demandent des comptes à la terre entière, aux autres ou à Dieu, ceux-là ont déjà leur salaire de malheur. Et il ne leur sera rien donné de plus. Au contraire, le peu qu’ils ont leur sera retranché.

A cette vérité spirituelle faisons correspondre des choix conscients et des comportements à même de nous servir vraiment.

Cessons de cultiver cette faiblesse, cette compassion feinte pour les délaissés. Une façon de nous conforter dans notre statut de privilégiés. Et de nous enorgueillir de la considération que nous cultivons à leur égard.

L’heure n’est plus à ces mensonges et à ces enfantillages.

L’heure est à la vérité.

Dont acte.

Exit les pleureuses. Et ceux qui se montrent en exemple en défendant leur cause, plus souvent en paroles qu’en actes.

Exit le business de la misère et les distributeurs de bonne conscience.

Place à la vraie solidarité, à la vraie charité, à la vraie fraternité.

Celle qui ne calcule pas et ne fait pas de différence entre un prince ou un SDF.

Celle qui considère que tout homme est digne et qu’aucune infirmité, aucun handicap ne saurait justifier ni une stigmatisation ni un statut d’exception.


Cf. Ne dites plus Génération X, Y, Z mais zozos, momos, bobos, cocos, yoyos...
Jean-Luc Excousseau présente la génération Zozos (les zoom zombies)

France : l’heure de vérité

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La France vit une page cruciale de son histoire.

Après un examen de conscience des plus âpres, marqué par le voyeurisme des affaires, le dégagisme des vieilles figures, la suspicion à l’égard d’élites corrompues, les peurs, les colères et les doutes, voici la France lancée sur de nouveaux rails.

Avec un Président assuré d’une marge de manœuvre des plus confortables pour mettre en œuvre sa politique.

J’ai beaucoup critiqué Emmanuel Macron avant qu’il ne soit élu. Je n’ai pas voté pour lui. Mais le jour de son investiture j’avais pourtant senti un profond changement dans l’âme du pays.

Depuis, comment ne pas être satisfait de notre nouveau Président ?

C’est un homme intelligent, compétent, conscient des enjeux et de l’état du monde actuel. Et qui semble à l’écoute des préoccupations des Français.

Il a su bien s’entourer, renouveler et rajeunir le personnel politique en fin tacticien habité par une vraie volonté de rupture avec des pratiques d’un autre siècle. Il continue de modifier en profondeur le paysage et les usages de la politique en France. Ce qui dans un pays comme le nôtre relève de l’exploit.

Certes, c’est un pur produit de la méritocratie et du système. Franchement européiste et libre-échangiste. Bon élève brillant. Mais c’est aussi un esprit fin, aigu et teinté de nuances. Visiblement plus complexe que son ascension téléguidée ne le laissait présager.

Sa culture humaniste et son amitié passée avec Paul Ricœur, qui s’était prononcé en faveur d’une humanisation du libéralisme, me laissent espérer que la coloration sociale et humaniste du candidat ne soit pas qu’un slogan de campagne destiné à faire passer une pilule amère.

Pour le moment le Président et son gouvernement font du bon travail.

La France va mieux, semble apaisée et en partie réconciliée avec elle-même.

L’abstention record aux dernières législatives masque un regain d’intérêt des Français pour la politique. Elle traduit davantage selon moi l’acquiescement majoritaire et la confiance des Français face au renouvellement incarné par La République en Marche qu’une défiance à l’égard des nouveaux élus.

La fonction présentielle a retrouvé du lustre et de la hauteur. Elle en avait bien besoin. Après cinq années d’agitation outrancière sous Sarkozy, puis cinq autres années de vide abyssal, de mollesse et de bassesses people sous Hollande, la France a enfin retrouvé une crédibilité et une dignité que les excès et les hésitations des deux précédents quinquennats lui avait ôtées.

L’Allemagne et la France parlent à nouveau d’une même voix. Ce qui peut agacer les eurosceptiques. Mais cette lune de miel entre les deux moteurs de la construction européenne est nettement préférable aux incompréhensions et ratés des deux précédents quinquennats.

Notamment dans le climat actuel de défiance des peuples à l’égard des institutions, de compétition et de tensions internationales, de crise migratoire, de menace terroriste, de montée des communautarismes et des populismes. Ajoutés à la menace toujours possible d’un nouveau choc sur les marchés financiers qui mettrait en péril nos économies, nos emplois et une monnaie commune déjà critiquée et fragilisée par la faillite des pays les plus endettés.

Reste à faire preuve de vigilance sinon d’optimisme. Et à conspirer pour que les appels à réformer cette Europe des marchés vers plus de social, de justice et d’humanisme afin de redonner davantage la parole aux peuples ne soient pas juste un vœu pieu ni une entourloupe de plus.

Sans quoi et la France et l’Europe signeraient leur déclin assuré. Et les pays qui la composent seraient totalement soumis aux lobbies, aux intérêts outre-atlantistes, à l’appétit des spéculateurs chinois ou qataris. Et livrés aux flambées nationalistes, aux affrontements communautaristes, aux tentations de repli protectionniste attisés par le doute, les frustrations, la colère et l’esprit de revanche des plus délaissés.

Le chaos ouvrirait alors le champ libre à la fronde sociale voire à la guerre civile, à l’éclatement de nos institutions, à la xénophobie, à la désignation de boucs émissaires, à la multiplication de violences envers des minorités, au rejet sans appel de ces populations qui viennent frapper à nos portes pour échapper à des violences encore plus grandes.

Passé l’état de grâce, Emmanuel Macron, son équipe et ceux qui le soutiennent sont condamnés à réussir. Et à marquer rapidement des points en se confrontant au réel et non juste au symbolique. Il est d’usage d’affirmer cela à chaque élection. Mais cette fois-ci, la France joue sa dernière carte.

C’est pourquoi nous devons tous tempérer nos doutes, nos exigences et nos critiques, fussent-ils légitimes. Et nous unir pour le meilleur et dans l’intérêt de tous. Non pour signer un blanc-seing à un nouveau monarque « jupitérien ». Mais pour prendre acte de ce tournant et l’accompagner en unissant nos énergies.

Il n’y a pas d’alternative. Le rêve d’un pied de nez au réel et à l’Europe incarné par un Jean-Luc Mélenchon aveuglé par son orgueil et enfermé dans une posture réactive, n’a aucun avenir.

Il n’y pas d’autre choix que de prendre à bras le corps le monde tel qu’il est. Nous pour l’étouffer mais pour orienter les changements cruciaux qui façonnent notre avenir dans le sens de l’intérêt collectif et d’une conscience plus élevée de nos interdépendances.

Sans abdiquer nos droits élémentaires. Sans combattre la marche du temps ni nous épuiser à naviguer à contre-courant. Sans non plus nous laisser imposer une direction contraire à nos intérêts, aux valeurs universelles, aux libertés fondamentales et à la vitalité des peuples qui le compose.

Tempérance, exigence, audace, persévérance, lucidité et loyauté : voilà les qualités qu’il faut attendre d’Emmanuel Macron. Et qui doivent désormais guider son action tant au plan intérieur qu’en lien étroit avec nos partenaires internationaux.

Bonne chance au nouveau Président ! Bonne chance au gouvernement ! Bonne chance à la nouvelle Assemblée !

Tous les atouts sont désormais réunis pour que le pays réussisse enfin son entrée dans le nouveau siècle. Qu’il retrouve tonus, jeunesse et imagination. Et redevienne ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être : une nation jeune, forte, dynamique, unie, heureuse, juste et fraternelle. Un tremplin pour l’avenir et pour tous ces peuples qui attendent d’elle davantage que des subventions en échange du pillage de leurs ressources. Une voix qui porte et un modèle envié. Et non plus une vieille dame alanguie sur sa splendeur passée.

Car comme le disait fort justement le Général De Gaulle : « La France ne peut être la France sans la grandeur. »

BONNE CHANCE A NOTRE NOUVEAU PRÉSIDENT !

Dimanche 14 mai 2017
Jour de l’investiture d’Emmanuel Macron comme 8e Président de la Ve République

Lors d’une campagne on dit beaucoup de choses, des choses justes et puis aussi des bêtises.

Parfois on se fige sur ce que tel ou tel représente à ses propres yeux, sans chercher à comprendre et connaître QUI IL EST vraiment et la flamme qui l’anime. Par-delà les mots, les discours, les promesses, les programmes, les projets… On projette à son tour, c’est le jeu des miroirs, des espoirs et de la parade électorale.

Jusqu’à présent je m’étais arrêté à l’image et j’étais passé à côté de l’homme. L’homme et non le personnage, qui par bien des aspects m’agaçait au point d’être emporté par ma colère : l’intellectuel brillant mais aussi éloigné du réel, le haut fonctionnaire des finances, l’ancien banquier d’affaires, le conseiller influent, le ministre puis le candidat fin stratège bardé du soutien des puissants.

Mes irritations m’ont aveuglé, je suis passé à côté de l’essentiel : ce qu’il n’est pas encore mais pourrait incarner demain.

Mais s’il y a une chose sur laquelle jamais je ne me trompe, c’est ma capacité à sentir et percevoir les changements profonds dans l’âme collective. Surtout au lendemain d’une élection et le jour d’une passation de pourvoir. J’avais ressenti et pressenti ce que serait le quinquennat de Sarkozy puis celui de Hollande le soir-même de leur victoire et le jour de leur investiture.

Aujourd’hui j’ai senti une France réellement apaisée. J’ai côtoyé des gens pleins de beauté intérieure, fait de magnifiques rencontres. J’ai vu de parfaits inconnus se parler, ouvrir leur cœur, aller vers l’autre. J’ai vu des jeunes couples, des familles, des amis célébrer je ne sais-quoi, des bouquets de fleurs à offrir, des enfants calmes, des inconnus diserts et des solitaires contemplant l’horizon. J’ai capté des confidences et en ai fait beaucoup, en ce beau dimanche de printemps doux, ensoleillé avec quelques averses. J’ai même croisé des clochards chevelus dans les couloirs du métro qui avaient l’élégance et la présence digne et droite de vieux sages.

Assurément il y a un vrai changement. Il y a comme une élégance retrouvée, moins de fausseté, de fermeture ou de haine dans les regards, du verbe juste et plus posé, sans emphase ni travers, de la simplicité et de l’esprit dans l’air…

Reste à souhaiter bonne chance à notre nouveau président. Et à l’aider à réussir. Non pas à gouverner à la hussarde et réformer par ordonnances. Mais à donner du SENS à son action politique à la tête du pays. A bien s’entourer, à savoir écouter, dialoguer, arbitrer, décider sans être ni trop complaisant ni trop tranchant.

J’invite particulièrement ceux qui comme moi n’ont pas voté pour lui, se sont abstenus ou ont voté blanc, et qui se méfient de lui à tort ou à raison, à baisser un peu la garde, à ne pas avoir peur et surtout à conspirer avec tous pour le meilleur dans l’intérêt de tous, de la France et du monde qui l’entoure.

De rester vigilants mais aussi bienveillants.

Car c’est en imaginant ensemble dans son fort intérieur puis en échangeant qu’on crée des champs de possibles, qu’on donne ensemble corps et vie à la réalité dans laquelle nous vivons maintenant et vivrons demain.

Bonne semaine à tous !

En Marche vers le 21e siècle ! Oui, mais lequel ?

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Avec l’élection d’Emmanuel Macron au terme de 6 mois de campagne d’une violence inouïe, la France est enfin entrée aux forceps dans le 21 e siècle.

Elle vient de purger tout son appareil politique, de dynamiter les partis traditionnels, de dégager toutes les têtes d’affiches, aidée par les deux taons sécessionnistes Le Pen et Mélenchon.

Et de se faire des frayeurs avec un thriller inspiré de la Grande Terreur, du Cuirassé Potemkine et de la Nuit des longs couteaux.

La purge digne des procès de Moscou va se poursuivre lors des législatives.

Un très grand nombre d’apparatchiks et de seconds couteaux sont d’ores et déjà sur la rampe de dégagement. Ils ont perdu leurs illusions et sont contraints de solder les comptes d’une carrière trop vérolée par l’affairisme, le clientélisme, l’opportunisme et la langue de bois.

A l’image de Manuel Valls, qui après avoir trahi la gauche, trahi Hollande, trahi Hamon, trahi le PS, rêve encore de trahir Macron.

Beaucoup trop pressés de se recycler dans la nouvelle République en Marche vont bientôt y laisser des plumes. Voire la tête.

Une nouvelle génération accède au pouvoir : les momos quadragénaires et quelques yoyos trentenaires poussent la génération bobo vers la retraite anticipée.

Exit donc la drauche et les goitres.

Exit la France à Papa des nostalgiques du Général ou de Tonton.

Exit les politicards rances, réacs et corrompus.

Exit la Social-démocratie molle et les ayatollahs de l’Ecologie.

Exit le sombre spectre d’un retour à la France de Pétain et la guerre civile annoncée entre néonazis apôtres du blanchiment au Kärcher et islamo-fascistes alliés aux puissances de l’Argent-roi.

Exit les rêves d’une France mitterrando-gaullienne qui donnerait des leçons de démocratie à l’Allemagne et à l’Europe, forcerait celle-ci à un aggiornamento de valeurs en prenant la tête d’une fronde des nations méridionales en croisade contre les Nantis hanséatiques, la Banque Européenne et l’oligarchie financière mondiale.

Place au Neuf !

Le Chant du Renouveau auquel seuls quelques gogos ont vraiment cru durant la campagne s’incarne aujourd’hui enfin sous les traits d’un puissant Appel d’air.

La France de 2017 ne sera donc ni une réplique de la clownerie trumpiste, ni à la botte glacée de Poutine.

Oubliés les scénarios frexistes et frontistes de droite comme de gauche.

On en oublierait presque que désormais c’est En Marche forcée vers le Meilleur des mondes imposé par le système.

Dans le peu d’espace de souveraineté et de liberté que nous laissent encore les institutions mondialistes, quelle nouvelle configuration politique va se mette en place sur les ruines du monde ancien pour improviser une parodie de démocratie et jouer la farce du Pouvoir ?

Puisque les Français sont incapables d’étendre leur constellation au-delà du périphérique et leur contemplation au-delà de leur nombril, dans quel sens va-t-on l’écarquiller pour en faire surgir des reliefs spectaculaires ?

Le 21e siècle a commencé sans la France il y a plus de 15 ans avec les attentats du 11 Septembre.

Cet électrochoc dans la Conscience collective, instrumentalisé sinon orchestré de hautes mains, avait brutalement signé la fin de l’Histoire des états-nations.

Au concert pacifique des Nations Unies il avait substitué le spectre apocalyptique du Choc des civilisations.

On a ainsi amusé la galerie avec des croisades contre l’Axe du Mal, puis un nouveau Califat fantoche.

Afin de subtiliser aux yeux des masses subjuguées le seul axe qui désormais oriente toute la marche du Progrès planétaire. Celui d’un Nouvel Ordre Mondial soumis aux lois de la finance, tendu vers un Bonheur consumériste, en équilibre instable sur le fil de la croissance tel un équilibriste sans filet suspendu au-dessus du vide.

Ignorante de ces réalités pourtant essentielles qu’elle rejette d’un ricanement hautain en les taxant de complotisme, la France continue de jouer à faire des rois pour les guillotiner dès qu’on lui rend la main. Sans voir que l’Histoire s’est subitement accélérée et l’a abandonnée sur bas-côté telle une vieille dame aussi encombrante et inutile qu’arrogante et futile.

En à peine 6 mois entre les primaires socialistes et le second tour des présidentielles, la France s’est vue déposséder de ses défroques de douairière et kidnapper ses dernières illusions de Patrie des droits de l’homme par un gamin facétieux qui lui a tout piqué sans jamais rien lui promettre d’autre qu’un mirage pompeusement baptisé « Notre projet ».

Aujourd’hui le seul projet qui vaille a abouti avec une ample succès : faire élire Emmanuel Macron et repousser la furie frontiste dans les émonctoires d’une Histoire honteuse d’où elle n’aurait jamais dû resurgir.

Et maintenant, que vais-je faire ?
De tout ce temps que sera ma vie ?
De tous ces gens qui m’indiffèrent
Maintenant que tu es partie…

Voilà où est en Marianne après une nuit de noces à peine escamotée face à tant d’austère gravité.

Le 21e siècle dans lequel elle se réveille au lendemain du 7 mai a le parfum de l’Exil et l’aridité drue des cimes rocailleuses où personne ne l’avait jusqu’ici entraînée.

Finis les verts pâturages des collines de Normandie, les vaches rousses blanches et noires sur lesquelles tombent la pluie ! Finies les rillettes Bordeaux-Chesnel, et le petit jaja qu’on se jette en sifflant Le Temps des cerises !

Place aux rigueurs marmoréennes d’une France « efficace et juste », à peine adoucie par le refrain têtu d’un harangueur de hangars descendu de son estrade pour faire les comptes et fourbir ses bataillons de petits soldats issus de la « société civile » et en marche pour bâtir la Nouvelle Société tant promise.

Le seuil de ce 21e siècle enfin franchi, la France croit déjà recouvrer sous les vivats unanimes une place de Diva dont elle n’aurait jamais dû s’absenter. Mais derrière les cotillons en pastoc et les airs de fin de banquet, que lui réserve-t-il au juste ?

La France vient de rejoindre le concert des nations embarquées de gré ou de force dans le tourbillon de la mondialisation.

Elle frétille car ce dépucelage auquel rien ne semblait pouvoir la soustraire sera finalement consommé dans les bras d’un charmant jeune-homme au large front et aux grands yeux bleus, très poli et même un peu trop sage. Et non dans le costard poisseux d’un vieux kakou rescapé du Titanic sarkozyste, parangon de la famille tradi, pétri de Sens Commun et que rien ne peut décoincer pas même le vin de messe ou le parfum des billets de banque.

Mais sauvée du péril fasciste et propulsée dans la cour des grands, Marianne va-t-elle continuer de jouer les figurantes en faisant comme à son habitude semblant de tirer les ficelles ? Ou va-t-elle pouvoir enfin faire entendre à nouveau sa belle voix de soprane pour entonner le cantique des Droits de l’homme dont elle est la si fière et jalouse interprète ?

Pour cela il faudrait que les Français aient conscience de leur identité, de leur vraie place dans le monde, de leurs atouts et de leurs ressources face aux enjeux du siècle.

Or là c’est le blackout complet.

Déjà c’est la panique pour s’orienter sur le Monopoly hexagonal, entre la case Prison, les ors de la rue de la Paix et les trottoirs de Belleville, les Taxes & Consignations, les erreurs de la Banque en votre défaveur et une spéculation immobilière déchaînée où la Chine et le Qatar ont déjà raflé les plus belles artères.

Alors de là à s’imaginer en capitaine d’un vaisseau fantôme embarqué entre les cyclones tropicaux, les ressacs monétaires, les pirates de la finance et les ressacs du Marché, il ne faut pas trop en demander.

Pourtant ce siècle déjà bien entamé est sans doute le plus important dans toute l’Histoire de l’humanité.

L’enjeu n’en est rien de moins que l’arbitrage entre un suicide collectif annoncé et le saut de conscience vers un nouveau paradigme qui nous tend les bras.

Et ce paradigme n’a pas de « nouveau » que l’emballage.

Il s’agit d’accoucher ensemble ni plus ni moins que de l’homme de demain.

Un homme qui ne soit ni un avatar désenchanté du progrès matérialiste. Ni un barbare sanguinaire rescapé d’une mémoire trop longtemps cadenassée par la Raison triomphante portée par un Occident hégémonique. Ni un éparpillement de confettis centrifuges aussi riquiqui et obsolètes que désolidarisés. Ni un engloutissement dans un Grand Tout confusionnel aux stéréotypes dictés par la Matrice.

La France aurait un rôle éminent à jouer face à un pareil défi. Si elle acceptait de décoller son regard de ses écorchures hexagonales, de s’ouvrir pour de vrai au vaste monde en plein bouleversement, de chausser des lunettes vraiment neuves, d’abandonner ses lubies droits-de-l’hommistes totalement has been et déconnectées du réel, de cesser de s’ériger en modèle de vertu et d’apprendre à penser la réalité avec un peu moins d’orgueil idéaliste et un peu plus de pragmatisme confiant.

Pas sûr qu’il faille pour cela compter sur un nouveau monarque ni une recomposition politique.

Encore que si l’on ne s’arrête pas qu’aux petites combines médiatiques, l’occasion pourrait en fournir l’amorce sinon le prétexte.

Bienvenue dans le Monde d’après !

Reste à s’engager pour accoucher enfin du monde d’aujourd’hui !

Un monde où il fasse mieux vivre, où chacun ait vraiment sa place et sa chance, où la course au fric ne soit plus l’Alpha et l’Oméga de la raison d’exister.

Un monde qui déjà émerge et où 7 milliards d’humains ne seraient plus seulement connectés que pour produire et consommer toujours plus de machins inutiles en se retrouvant toujours plus seuls.

Un monde où les interactions de conscience à l’échelle planétaire ne serviraient pas qu’à partager la dernière pitrerie de Trump ou des gif animés de chats déféquant sur la lunette des chiottes.

Un monde où la science et les dieux, la raison et l’âme sensible seraient enfin réconciliés.

Et où tous seraient soucieux de contribuer au mieux-être collectif sans penser d’abord à soi ni devoir pour autant vendre son temps et sacrifier sa vie au bénéfice d’une poignée de thaumaturges confits dans leurs richesses et leur soif de pouvoir.

La France aurait un beau couplet à défendre dans ce nouveau monde pour le coup réellement en marche vers un Ailleurs qui est d’autant plus déjà présent et radieux qu’on accepte de tourner résolument le dos aux mirages du vieux monde agonisant.

Mais le pourra-t-elle avant de renoncer définitivement à paraître autrement que dans le souvenir d’une grande nation qui avait su jadis éclairer le monde de son génie ?

Peut-être, si nous le voulons bien. Et si nous le voulons vraiment.

Ou pas.

A nous d’en décider.

Mais sans trop tarder, car la roue tourne de plus en plus vite…

Les 23 avril et 7 mai, ne laissons pas d’autres décider de notre avenir à notre place !

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Les 23 avril et 7 mai prochains, nous ne voterons pas seulement pour élire celui ou celle qui nous représentera pour 5 ans. Un président dont les pouvoirs, nous le savons tous, sont de plus en plus limités, dans une « démocratie » qui par bien des aspects relève davantage du symbole trompeur que d’une réalité.

Dans 5 et 20 jours, nous aurons à choisir entre plusieurs modèles de société. Et entre des avenirs radicalement opposés que nous imposerons aux générations futures.

Le modèle libéral, qu’on nous présente encore aujourd’hui comme la seule voie possible dans une économie mondialisée, a non seulement montré ses limites. Il a conduit la France vers son déclin et trahi les idéaux qui ont façonné l’Europe au sortir de la guerre. Il continuera demain de mener le monde vers le chaos et la destruction si nous ne sommes pas capables de lui substituer d’autres modes de vie, d’échange et de développement.

Cette idéologie qui prétend offrir le bonheur pour tous sur des seuls critères matérialistes, sert en vérité les intérêts d’une toute petite minorité. Assujettie aux logiques intrépides de la finance mondialisée et au culte de l’argent-roi, elle condamne à la pauvreté et à de nouvelles formes d’esclavage des milliards d’êtres humains. Et concentre les richesses et les pouvoirs dans les mains d’une élite toute-puissante.

Dénoncer publiquement cette vérité pourtant évidente et attestée vaut aussitôt suspicion de « complotisme », preuve que son hégémonie sur les consciences exerce un pouvoir quasi-totalitaire qui interdit toute expression d’une contestation objective et sereine.

Les conséquences des politiques menées au nom de cette idéologie sont pourtant désastreuses sur nos vies, l’avenir de notre espèce et de notre planète.

Le modèle de croissance hyperproductiviste et consumériste qu’elle défend dégrade notre environnement, épuise les ressources, ou en confisque l’accès en privatisant des éléments aussi essentiels que l’eau, les semences végétales, et pourquoi pas demain l’air respirable dans nos grandes cités surpolluées.

Elle instrumentalise les guerres et fabrique de la terreur à des fins politiques, stratégiques et financières. Elle déstabilise des régions, et tient sous son joug états et citoyens par le levier de la dette. Elle fait et défait les gouvernements, manipule les opinions grâce à des discours monolithiques validés par des « experts » et relayés par les médias. Elle nourrit les esprits des signes et modèles qui la servent grâce à l’industrie du divertissement.

Dans les sociétés dites démocratiques, elle repère et désigne ses champions, façonne leurs politiques, oriente leurs programmes avant de les faire adouber par les électeurs afin de mettre en application ses choix politiques et stratégiques dans une parodie de démocratie.

Aujourd’hui, au moins 2 des 11 candidats en compétition pour recueillir nos suffrages sont tout entiers au service de cette idéologie : François Fillon, qui incarne la poursuite du vieux modèle ultralibéral tel qu’il a été appliqué en Europe et aux Etats-Unis depuis 4 décennies. Et Emmanuel Macron, qui en constitue la poursuite sous les traits d’une apparence de renouvellement.

La promesse que le candidat d’En Marche ! entend incarner de redéfinir l’offre politique en dépassant le vieux clivage droite-gauche n’est nullement le fruit du hasard ni un simple slogan de campagne. C’est en vérité la résultante d’une stratégie conçue et appliquée de longue date par les stratèges néolibéraux américains. Ceux-ci avaient repéré très tôt ses talents et misé sur le potentiel de ce jeune énarque dont ils ont facilité l’accession éclair vers les plus hautes sphères de l’Etat, après une « formation » aux arcanes du libéralisme au sein de l’administration des Finances puis comme directeur-associé d’une grande banque d’affaires*.

La candidature d’Emmanuel Macron n’est donc aucunement la résultante d’une ambition ni de ses seuls mérites personnels. C’est une option préparée de longue date et qui demain permettra si le peuple lui offre ses suffrages d’accéder au pouvoir et d’appliquer une politique, qui loin de renouveler quoi que ce soit constituera le parfait prolongement des 3 mandats précédents, de Jacques Chirac à François Hollande.

La campagne inédite à laquelle nous assistons depuis 4 mois s’est construite sur le rejet des candidats traditionnels, mis-à-part François Fillon, dont les affaires n’auront pas réussi à ruiner le crédit auprès de l’électorat conservateur.

Elle s’est aussi orientée autour d’un nouveau clivage qui désormais oppose des candidats libéraux (« pro-système ») et des candidats qui contestent le modèle dominant et en proposent des alternatives plus ou moins réalistes : Benoît Hamon pour la gauche du Parti Socialiste, Jean-Luc Mélenchon pour le Front de Gauche, et Marine Le Pen pour le Front National.

Cette dernière séduit des électeurs déboussolés, excédés par le carriérisme et les mensonges des politiques traditionnels, inquiets des dérives de la mondialisation, l’immigration incontrôlée, la montée des extrémismes religieux et la menace terroriste. Prêts à adhérer à cette vision d’une France repliée sur elle-même, jalouse de son identité, et lancée dans une aventure qui romprait avec ses partenaires européens et ferait fi des bouleversements planétaires. Une perspective qui loin de nous protéger, précipiterait notre pays vers une faillite et un déclin assurés.

Benoît Hamon incarne à l’inverse un projet plus apaisé, résolument humaniste et par bien des aspects antinomiques des intérêts qui entendent pérenniser le modèle dominant. Il paye aujourd’hui le prix d’une campagne pas assez offensive ni suffisamment audible, en proie à des assauts incessants. Son projet a en effet été sans cesse minimisé, décrédibilisé, caricaturé en une « utopie irréaliste » portée par un candidat accusé d’être trop frondeur, isolé et incapable de rassembler son propre camp.

Jean-Luc Mélenchon séduit par son verbe mais son programme fait peur à beaucoup. On le décrit comme un crypto-communiste aux sympathies coupables pour des dictateurs latinos comme Chavez ou Castro, aux complaisances impardonnables pour Poutine voire le régime de Bachar El Assad.

Au-delà de ces raccourcis parfois fondés, souvent déformés, qui appellent plus d’esprit de nuance envers une personnalité complexe, la candidature de Jean-Luc Mélenchon cristallise des mécontents qui refusent la poursuite d’un modèle voué à l’échec, qui a depuis longtemps montré ses limites et son incapacité à endiguer les crises ; mais aussi des électeurs qui ne se résolvent pas à tourner le dos au monde ou à l’Europe en désignant des boucs émissaires et en divisant davantage les Français.

Cependant, au-delà de l’expression de ces mécontentements légitimes, le programme du candidat de La France insoumise incarne une toute autre vision du monde et de la France. Que ses opposants s’empressent de caricaturer en la décrivant comme irréaliste, dangereuse voire suicidaire. Mais qui par bien des aspects préfigure ce que sera le monde de demain s’il consent à s’inventer un autre avenir.

L’écologie en est l’un des piliers majeurs : elle est au cœur du programme de Jean-Luc Mélenchon, dont on peut gager que la conversion récente n’est pas qu’un simple artifice de façade destiné à renouveler le chant de l’internationalisme trop daté. Beaucoup d’idées inspirées par des experts sont réellement innovantes. Elles ont été pour certaines appliquées avec succès dans d’autres pays qui ont acté le tournant de la transition écologique et initié d’autres politiques de développement.

Les chances sont nombreuses en termes de recherche et d’innovation, d’économie alternative et de créations de nouveaux emplois, associées à une volonté de renforcer notre système de protection sociale au bénéfice des plus démunis.

Mais au-delà de la substitution d’un modèle ou d’une économie à une autre, c’est un véritable basculement de conscience qu’il permettrait d’opérer. La France est un pays qui jouit d’un réel dynamisme et d’un formidable potentiel intellectuel, culturel et d’innovation, hélas souvent occulté par sa coupable propension au déclinisme nombriliste.

Quant à la volonté de redéfinir les règles de fonctionnement d’une Europe à bout de souffle, totalement vendue aux intérêts des lobbies libre-échangistes, gageons que la France si elle se tient fermement déterminée à entraîner ses partenaires vers un aggiornamento de ses valeurs et de la règle du jeu européen, pourrait reprendre à l’Allemagne le rôle de moteur de l’Europe et réorienter celle-ci vers un avenir plus en phase avec les aspirations de ses peuples. En redonnant le primat à la justice sociale, à l’harmonisation des règles économiques et fiscales, en redessinant les axes de notre politique internationale commune. Ce que le non majoritaire à la Constitution européenne confisquée par le Traité de Lisbonne n’avait pas pu entériner.

Nous voici donc face à un choix crucial, qui est sans doute le plus important que nous ayons à faire depuis la Libération. Car il définira sans doute les contours de notre avenir commun pour les décennies à venir.

Ne cédons pas aux sirènes du marketing et aux mensonges des maîtres-chanteurs. Ne nous laissons pas abuser par des discours de façade destinés à nous endormir pour demain mieux nous asservir. Ni par des peurs qui nous feraient choisir par défaut un candidat inexpérimenté et sous influence en espérant échapper au cataclysme d’une France qui ferait bégayer l’Histoire en la renvoyant à ses pires démons.

Il nous reste 4 jours pour nous déterminer.

Soyons lucides mais aussi audacieux.

Misons sur l’expérience, la culture et le sens de l’Histoire, le pari du partage dans un monde ouvert et non menaçant ou replié sur lui-même : toutes ces qualités qui à l’évidence inspirent le candidat Mélenchon. Oublions ses aspérités qui dérangent et offrons-lui au moins la chance d’amender ses égarements en misant sur la sagesse et le pragmatisme mûris par l’expérience.

L’alternative qui s’offre aujourd’hui à nous est simple : nous entêter sur une voie qui conduit immanquablement à précipiter la ruine de notre humanité et de nos valeurs universelles, ou redonner le primat à l’imagination, à l’ambition et à l’initiative collectives, à l’humain, et acquiescer enfin au changement de paradigme conscientiel et civilisationnel qui nous ouvre les bras.

Bonne semaine. Et bon vote !


*Pour ceux qui douteraient de ces affirmations, lire cet article très objectif, factuel et éminemment sourcé écrit par un observateur expert en géostratégie : Macron ciblé par la CIA ?