Comprendre et combattre les mécanismes du sectarisme, de la haine et de la violence terroriste

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Comment la haine peut-elle envahir entièrement un homme au point de lui ôter tout sentiment humain ?

Et cette haine viscérale propre aux terroristes qui tuent froidement, méthodiquement et aveuglement des hommes, des femmes et des enfants innocents au nom de Dieu est-elle un préalable personnel à leur engagement djihadiste ou une conséquence collective de celui-ci ?

Comment se fait-il que la haine puisse prendre l’apparence d’une sacralité au point de recouvrir chez certains religieux toute aspiration à la paix, à la joie, à l’amour, au pardon pourtant inscrites au cœur des religions ?

 

Les jeunes en France qui sont séduits par l’idéologie des terroristes et rejoignent le Djihad sont déjà dans un processus d’auto-exclusion de la société et de radicalisation. Ils ont pour beaucoup déjà été condamnés pour des délits liés à la délinquance, au trafic de stupéfiants ou d’armes. Ils ont rompu avec leur milieu d’origine même si leur propre famille semble parfois ignorante de leur radicalisation. Ils ont fait sécession et en décidant d’adhérer aux discours djihadistes et de rejoindre ses rangs ils en acceptent les dogmes et les principes et en assument les conséquences.

Ils ne subissent donc pas à proprement parler un « lavage de cerveau » comme dans d’autres sectes et ne sont pas conditionnés malgré eux quand ils partent en Syrie ou rejoignent des réseaux clandestins en France. Sinon sous la forme d’un endoctrinement et d’une préparation militaire orientés vers l’action. Ils savent exactement ce qu’ils font lorsqu’ils prennent librement ce choix de rejoindre le Djihad. Personne ne les y contraint.

La haine dont ils sont animés à l’égard de la société occidentale et française en particulier est donc antérieure à leur engagement.

Mais le fantasme de rejoindre une cause juste et de lutter aux côtés de frères d’armes au nom d’une mission divine donne sens à leur vie et une justification à cette haine. Le passage à l’acte donne un sentiment d’enthousiasme qui enracine plus profondément cette haine radicale dans une résolution tendue vers l’action.

La perspective éventuelle de mourir en martyr leur apporte la possibilité d’une glorification.

Les mythes qui fondent le « marketing du Djihad » ne sont pas à prendre avec légèreté. Ils procèdent des mêmes mécanismes qui alimentent toutes les sociétés sacrificielles.

D’abord en désignant des boucs émissaires. En l’occurrence tous les « mécréants », les « impies » : musulmans qui refusent de se conformer à leur lecture biaisée de l’Islam. Et « l’Occident croisé » et son « allié sioniste » Israël.

Mais ces cibles ne sont pas que des boucs émissaires selon le mode habituel. Les djihadistes s’autodésignent comme une minorité de justes au sein d’un monde gouverné par la confusion entretenue par une majorité d’impies. Ils se vivent comme une minorité d’élus, éclairés par leur adhésion radicale à un credo religieux qui leur désigne la seule voie possible pour se conformer aux dessins divins et accomplir la mission purificatrice sur terre, selon une lecture fondamentaliste, apocalyptique et manipulée du texte coranique.

Cette entreprise sacrificielle et purificatrice est ensuite confirmée par la figure du martyr. Dès lors qu’ils s’engagent, ces jeunes acceptent volontairement de mourir en héros et en martyrs. Leur désir de vie se voit même perverti en un ardent désir de mort. Et cette perspective peut leur procurer une intense jouissance de type mystique. Ou, d’un point de vue psychologique, d’une « exaltation schizophrène et morbide ».

René Girard a bien analysé ces mécanismes qui font du martyr celui qui vient confirmer le bien-fondé de la violence sacrificielle au sein des sociétés et en prolonger indéfiniment le cycle.

Cette croyance en une justification de la haine et de la violence s’appuie sur une distorsion complète du message, des textes, des mythes  et des icônes véhiculés par la religion dont ils se réclament.

Le dieu des djihadistes, qu’ils ne cessent de nommer selon l’une de ses attributs selon l’Islam « Le Miséricordieux » n’est absolument pas un dieu de miséricorde, un dieu qui aime et qui pardonne. C’est au contraire un dieu de colère, un dieu violent, qui appelle toujours plus de sang dans une soif insatiable de vengeance et de justice. C’est le vieux dieu des sociétés archaïques régies par les mythes et le cycle ininterrompu de la violence mimétique.

Dans une perspective théologique de la figure de Dieu dans les trois religions monothéistes, notamment de l’islam auquel ces sectes terroristes se réfèrent, cette figure subit une évidente distorsion manipulatrice. Il est instrumentalisé pour servir le dessein des terroristes. Le dieu invoqué est l’exact contraire de celui présenté par les trois religions. Ce n’est pas un dieu de la Vie, un dieu de l’Amour, un dieu de Justice. Mais un dieu de la Haine, de la Mort et de la Destruction.

La référence à Dieu est un mensonge absolu. Parce que ce dieu-là qu’il vénère c’est en vérité une idole et son Adversaire désignés par les textes religieux : Satan, l’Accusateur, celui désigne des coupables et appelle la sentence sur eux.

Un dieu qui fascine et avilie et non un dieu qui invite, qui appelle et qui relève.

C’est aussi un dieu absolutiste et totalitaire, qui ne tolère aucun écart à la voie normative et exclusive de croyance et de conduite censées l’agréer. Et comme dans tout système de pensée totalitaire, il n’y a aucune place pour l’individualité. Tout est entièrement assujetti au Collectif qui se confond avec la Transcendance.

Enfin c’est un dieu destructeur, dont le projet n’est pas l’édification d’une nation sainte ou d’un monde juste ni de sauver l’humanité, mais l’anéantissement de tout caractère humain et de toute l’humanité. Le retour au chaos et à la barbarie. La violence comme seul horizon transcendantal. Et le règne d’un monde effroyable et démoniaque constitué d’êtres plus bas que le règne animal, entièrement voués à la dissémination de la terreur et de la mort, jusqu’à leur propre anéantissement.

La Gloire de ce dieu est tissée d’un sombre manteau de sang et de mort et non de lumière. Une gloire que rien ne célèbre sinon un abominable et éternel cri de souffrance et d’effroi.

Il faut bien comprendre que les mêmes mécanismes d’inversion symbolique alimentent toutes ces sectes qui prétendent œuvrer pour le Salut au nom d’une divinité bienfaisante mais servent en réalité des archétypes diaboliques.

Hélas aucune religion n’y échappe car le plus grand mal côtoie toujours le plus grand bien. Et les religions, aussi élevés soient leurs desseins, engendrent à un moment ou un autre toujours leur exact contraire.

L’islamisme radical qui prône le terrorisme n’est donc nullement étranger à l’Islam. C’est l’un de ses sous-produits. Non pas uniquement d’un point de vue théologique sous la forme d’un sectarisme fondamentaliste. Mais d’un point de vue spirituel par l’inversion des polarités dans le domaine du sacré.

La meilleure façon de lutter contre ces mécanismes fondés sur le Mensonge, c’est de les déconstruire, de les mettre en lumière et d’y opposer les armes de la Vérité.

On ne combat pas uniquement le terrorisme en lui faisant la guerre. Parce que celui-ci trouve sa justification dans le combat qu’on mène contre lui et que le Mal est toujours prompt à resurgir

Il faut lui opposer la Lumière de la Vérité. Une vérité qui n’est pas froide et accusatrice. Mais une vérité aussi déterminée et implacable qu’aimante, inclusive, consolatrice. Une vérité qui donne vie aux êtres et qui confère corps, sens et dynamisme aux sociétés humaines.

death life

Le meilleur moyen de briser le règne du Mensonge pour lequel œuvrent toutes les sectes vouées au Mal, c’est d’œuvrer pour le Bien. Et de puiser en soi-même, individuellement et collectivement, les forces nécessaires pour orienter notre conscience et notre existence vers ce qui produit du Sens, ce qui développe, nourrit ou restaure le lien entre les êtres, ce qui rend l’humanité davantage cohérente, congruente, féconde et créatrice, avec un respect bienveillant pour nos différences et une tendresse compatissante pour nos lâchetés, nos erreurs et nos manquements.

La défaite des terroristes c’est notre adhérence puissante à l’énergie de la Vie sous toutes ses formes. Une énergie si puissante que même la mort n’a aucune prise sur elle.

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