En mai, fais ce qu’il leur plaît ! – Macron, mai 68 et les bobos

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Etudiant lançant des pavés lors des manifestations étudiantes le 25 mai 1968 dans le Quartier latin à Paris

On fêtera bientôt les 50 ans de mai 68.

Vous vous rendez compte ?

Le Président Macron, c’est le moins que l’on puisse dire, a d’autres priorités à son agenda et semble peu pressé de fêter l’événement.

Plus à l’aise dans les salons parisiens qu’avec les symboles de la gauche populaire.

Plus en phase avec le très politiquement correct « esprit du 11 janvier » qui reflète bien l‘atmosphère anémiée du moment qu’avec la Grande Récré des enfants du baby-boom, le souffle révolutionnaire des barricades et ce genre de commémorations un peu casse-gueule.

Pas de risques, pas de vagues, et surtout pas question de donner une caution à la rue.

Et gare à ceux qui contreviendraient au devoir de réserve : ils seront sévèrement sanctionnés !

Après le temps des cerises, le temps des prunes.

Pas d’artistes du moment, de stars ni de people conviés pour scénariser ce Cinquantenaire. Comme au temps des grand-messes mitterrandiennes qui avaient élevé le fameux « Bicentenaire » au rang de rite planétaire.

Même pas un entrefilet dans la presse pour rappeler que cela fera 50 ans dans trois mois que quelques étudiants chevelus de la Sorbonne et de Nanterre emmenés par un rouquin très agité déclenchaient toute une série de grèves et de manifs qui allaient mettre la France cul par-dessus tête et faire chanceler le régime gaulliste.

Aurait-on à ce point changé d’époque ? Que plus personne ne semble s’en préoccuper ?

Certes, la Génération Macron ou celle d’En Marche ! n’a rien à voir avec celle des bobos (bourgeois bohêmes).

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Les jeunes quadras d’aujourd’hui, à peine dépucelés de leur virginité politique à la faveur d’un fin stratège qui a dynamité tout l’échiquier, n’ont ni les référents ni les aspirations de leurs aînés, abîmés dans le confort et « l’esprit Canal ».

Cette génération au seuil de la quarantaine à laquelle appartient Emmanuel Macron, et que les sociologues du marketing appellent les momos (mobiles moraux), ont grandi dans les années 1990 : ils n’ont connu que la crise, le chômage et un marché du travail tendu. Ils ont dû sacrifier à de longues études, apprendre à s’adapter aux contraintes économiques, accepter d’être hyper mobiles et réactifs pour changer souvent de métier, de secteur, voire de pays au cours de leur carrière.

Serge July, Emmanuel Macron et Mark Zuckerberg, icônes des générations « bobo », « momo » et « yoyo »

Ces braves petits soldats de la mondialisation obéissants et angoissés ne partagent absolument pas les rêves et les luttes rebelles de leurs parents les bobos.

Autant les bobos sont volontiers décalés, frondeurs, rebelles et contestataires – du moins dans la posture – autant leurs enfants les momos sont hypernormés, et à fond dans le Système !

Autant les baby-boomers ont rêvé d’un autre monde où la terre serait ronde, d’être réalistes en demandant l’impossible, de réinventer la société et de changer la vie, autant les momos sont de véritables gardiens zélés du Temple ultralibéral et « progressiste ». Prêts à dénoncer tout dérapage verbal, tout écart de comportement ou de langage qui risquerait d’écorner la Pensée unique et de dévier un tant soit peu de la ligne orthodoxe imposée par le politiquement correct.

Quant à la génération suivante, celle des yoyos (young yobs : jeunes loubards) qui composent une bonne partie de l’équipe Macron, ces trentenaires malins comme des bonobos et opportunistes comme par deux, ils n’en ont strictement rien à cirer des discours des élites et des politiques.

A eux on ne la fait plus ! On leur a tellement bourré le mou avec des discours moralisateurs, culpabilisateurs et anxiogènes, avec ces vieilles rengaines humanistes, droits-de-l’hommistes, libertaristes, égalitaristes, communautaristes ou féministes, qu’ils s’en moquent avec une effronterie aussi calculée que jubilatoire.

Ils se servent de tout, détournent tout, customisent tout, n’ont aucune morale, aucun scrupule et aucune préoccupation, sinon de saisir les opportunités à leur portée, et d’utiliser les failles du système à leur avantage. Pour s’en sortir, pour réussir, gagner de d’argent ou pour aider leurs potes.

Ils ne cherchent ni à flamber comme les bobos ni à placer leurs économies en s’angoissant à propos de l’avenir et de leurs gosses qu’ils n’ont pas encore comme les momos.

Eventuellement ils réalisent à l’occasion de juteux placements boursiers dans quelque startup, aussitôt réinvestis dans des achats dictés par leur fantaisie du moment.

Ce sont des jouisseurs, des opportunistes, des pragmatiques, qui n’en font toujours qu’à leur tête. Qui vivent l’instant présent et se moquent éperdument que le monde puisse s’écrouler autour d’eux, sinon pour kiffer sa race sur leur console de jeux.

Ils vivent en tribus, et en changent comme de paires de Nike.

Ils sont à fond dans les nouvelles technologies, car ils ont grandi avec une Gameboy entre les mains, surfent sur internet dès leur plus jeune âge, et en maîtrisent tous les rouages.

Ils anticipent sinon inventent eux-mêmes les modes et les nouveaux courants, plus pour s’amuser ou par opportunisme que par snobisme.

Ces yoyos ne sont pas ceux qu’on entend le plus dans le staff Macron. Sinon au travers de ce pragmatisme très réactif et sans réelles convictions sauf pour flatter la galerie. L‘esprit momo tient encore le haut du pavé, pour la vitrine du moins.

Ces deux générations sont les enfants de la mondialisation.

Mais ils ne fantasment pas comme leurs aînés sur un universalisme très idéaliste et politisé en prétendant bousculer l’ordre établi. L’ordre ou le désordre, ils s’en tapent.

L’ordre et les règles ils savent parfaitement les contourner. Et le désordre leur permet de tirer leurs biles au milieu de la confusion.

Si les momos sont à fond dans l’humanitaire, les yoyos s’en foutent royalement, sinon quand ça les touche directement ou pour faire mine de plaire à leurs grands-frères.

Pour les momos comme pour les yoyos, Mai 68 c’est comme la bataille de Marignan : un truc appris dans les livres d’Histoire.

Ou éventuellement un refrain barbant dont leurs parents les ont suffisamment bassinés pour qu’ils en ignorent la teneur.

Les momos regardent leurs vieux comme des pauvres ados rêveurs abîmés dans des glorioles pitoyables et leurs souvenirs de fac. En leur confiant à l’occasion la garde du petit dernier sagement endormi dans son landau connecté signé Stark ou Pinifarina.

Les yoyos quant à eux observent ces vieux darons avec amusement et respect, parce que quand même, Mai 68 ça devait être un sacré kif !

Mais ils en parlent comme d’un truc de ouf, exactement comme ils s’excitent sur le méga set de leur DJ favori dans le prochain festival électro.

Bobos et yoyos sont souvent potes.

Les premiers offrent aux seconds une conscience par procuration. Et les seconds permettent aux premiers de ne pas devenir gâteux en les initiant au vertige néo-psychédélique des réalités augmentées.

Globalement on est aujourd’hui en France aux antipodes des lendemains qui chantent.

Des couplets maoïstes, trotskistes ou castristes lancés depuis la tribune ou vomis sur les CRS-SS.

On est bien loin des expérimentations loufoques, de la révolution sexuelle, de la musique de Pink Floyd, des Doors, du pop art, des chemises à fleurs, des colliers hippies, de l’encens, de Woodstock, du LSD, des partouzes géantes et des slogans comme « Il est interdit d’interdire »…

Même si, la nostalgie aidant et la mode rétro 70s ou 90s des années 2010 faisant loi, on revisite ces icônes de la génération hippie.

Pour le reste, ça fait plusieurs décennies que c’est Back to reality!

Et pour les plus téméraires, un rail de coke, volume à fond, binge drinking et baise à tout va jusqu’au prochain after.

Mai 68, c’est au mieux un mythe sympa, au pire un truc ringard de musée.

Les bobos ont du mal à en démordre, mais on a changé de siècle.

Les crises économiques, la chute du Mur de Berlin, le 11 septembre, internet et Twitter sont passés par là.

Les idéologies qui ont bercé leur jeunesse ont été remisées sur les étagères de l’Histoire.


Leurs idoles, Marx, le Che ou Sartre, n’ont même pas leur statue au Musée Grévin.

Ceux qui ont portées ces années du Changement se sont recyclés pour les plus chanceux dans le journalisme ou la politique (mais ils ont été balayés par le tsunami En Marche ! ou sont devenus de sages courtisans du Prince…).

Ils bossent et parfois ont fait fortune dans l’écologie, l’économie verte ou le numérique, le multimédia, le marché de l’art moderne, le business du bio, du bien-être ou du développement personnel.

Et pour les plus largués, le Grand Soir se résume le plus souvent à croupir dans une ONG en attendant la ménopause du cadre, à tenter de reconstruire un château de sable en pleurant sur les ruines du PS, à publier des compiles rééditant les tubes de leurs groupes fétiches, ou bien à faire le guignol dans les talk-shows le samedi soir pour les nunuches engagées qui prétendent avoir une conscience et qui lisent Philo Magazine.

Quant aux plus endurcis, nombreux sont ceux ont pas finis fauchés par le sida, une overdose, un infarctus ou un cancer, ecstasiés et pesant 30 ans kilos sur une plage de Goa, ou carrément suicidés, soit à cause de leurs excès de sexe et de drogues qui leur ont ravagé la capsule, soit parce que leurs doux rêves se sont fracassés sur le roc des flamboyantes mais austères années 80.

Les rescapés ont quitté les radars et vivent planqués dans leur salon germanopratin, ou toujours scotchés dans leur ashram en Inde, une communauté new age ou une ferme dans les Cévennes.

Alors, faut-il ou non fêter Mai 68 ?

Si c’est pour ressortir les vieux gimmicks, sûrement pas !

Qui plus est, l’aspect politique et contestataire de cette ultime « révolution » n’est pas forcément bon à titiller.

Une bonne grève générale pour faire barrage à la Loi Travail est justement ce qu’a soigneusement voulu éviter le Président Macron, fort de son expérience d’éminence grise puis de ministre du quinquennat Hollande et des fameuses Nuits debout qui s’en suivirent.

Aujourd’hui tout le monde est rentré dans le rang. Et beaucoup s’extasient toujours devant ce jeune président si nouveau, si intelligent, si bien élevé, si propre sur lui, si posé, si courtois avec les femmes et si sympathique.

Les Français ont troqué un excité narcissique et corrompu, suivi d’un gros balourd qui les a roulés dans la farine sitôt élu en s’asseyant sur ses promesses socialistes, contre une sorte de Prime Minister brittanique, au style très monarchique, bon teint, sage et moderne. Et totalement à la solde des molochs américains et européens. Un peu comme Tony Blair.

Alors le Général à côté c’est Che Guevara !…

L’esprit et les valeurs libertaires de Mai 68 ont depuis l’ère Mitterrand totalement imprégné la société, ses modèles et ses discours.

Au point qu’on n’en a même plus conscience.

Même Sarko a été présenté récemment par certains commentateurs comme un héritier de l’Après-Mai 68. Qu’il avait pourtant combattu.

Sauf qu’aujourd’hui, voir des filles à poil à 18 heures à la télé comme au bon vieux temps des Coco girls du Collaro Show c’est totalement impensable !

De nos jours les normes sont bien verrouillées. Et quiconque s’en écarte risque le pilori médiatique dans la seconde qui suit, voire un procès ou le zonzon s’il refuse de faire repentance et continue d’alimenter le scandale.

On peut sacrifier à tous les écarts, toutes les perversions, toutes les outrances, tous les excès et tous les délires, du moment qu’ils sont soigneusement répertoriés et labélisés.

Pour le reste, si l’on s’écarte un tant soit peu de la Pensée unique, on est aussitôt taxé au mieux de « complotiste », au pire de « terroriste ».

Alors faire la révolution, vous n’y pensez pas !

Nos contemporains sont frileux, formatés, lobotomisés, partagent des indignations téléguidées et à géométrie variable.

L’indignation réflexe est une posture obligée si l’on veut s’afficher comme un bon citoyen équipé d’une conscience éthique.

Mais le libre arbitre et l’esprit critique – le vrai – ou la contestation de l’ordre établi au nom d’un Idéal ou d’un projet alternatif de société sont des crimes de lèse-conformisme inadmissibles en « démocrassie » !

Alors on se contente de faire semblant d’être un rebelle. On s’agite et l’on s’offusque aussitôt que son voisin fait un pet de travers. On monte des kabbales hystériques sur Facebook pour des boulettes. Et c’est ce cirque burlesque et grandiloquent qui constitue l’Alpha et l’Oméga des moutons de panurge.

Dont les neurones sont totalement grippés par leur flip incessant, soigneusement monté en neige par les médias à propos du terrorisme, de la vache folle ou de la bombinette nord-coréenne.

Pourtant, il serait urgent de réapprendre à rêver.

Urgent de s’enivrer.

Et de remettre l’imagination au pouvoir.

D’ouvrir les yeux sur l’avenir au lieu d’ânonner le même catéchisme. D’inventer le monde de demain. Un monde qui sera fraternel, universel, unifié et pacifié.

Ou ne sera pas.

Un monde qui verra toutes les consciences planétaires totalement interconnectées. Et en tout cas par autre chose que l’écran mensonger des logiques du Système.

Mais ça, soyons certain que les milices du Zeitgeist s’empressent de nous en dissuader.

Nous incitant au contraire à nous vautrer dans la fascination du Vide, le culte de l’Ephémère, de l’Insignifiant. A nous prosterner devant les idoles consuméristes de leur Panthéon des Vanités.

Plus qu’une nouvelle « révolution », politique, sociale ou institutionnelle, c’est un Grand Saut de la conscience qu’il convient pour nous tous ensemble d’opérer en ce siècle.

Un siècle qui verra s’accomplir les plus grands bouleversements que l’humanité ait jamais connus. Et qui l’obligera à faire face aux plus grands défis de son histoire.

Mais il faut plus que de la lucidité, de l’imagination ou de l’audace pour s’engouffrer dans la brèche de ce Changement radical qui nous aspire à lui.

Il faut accepter de mourir totalement à soi-même pour renaitre tout autre. De ne plus rien savoir ni connaître ni contrôler.

Et d’abdiquer son cher Ego au bénéfice du Bien commun.

Mais ce sacrifice, l’homo post-modernicus qui se vante pourtant d’être un rebelle et s’éprend de toutes les causes n’est pas prêt d’y consentir !

On peut se piquer d’avoir une conscience et rêver éventuellement de prolonger l’utopie matérialiste dans une fiction transhumaniste, mais de là à faire passer le sort des réfugiés climatiques avant sa tisane bio, NO WAY!

Alors oui, il serait temps de célébrer le joli mois de mai, avant que l’hiver ne s’abatte définitivement sur nos belles illusions.

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Lettre ouverte à ceux qui sont passés de la Révolution à la Star Ac’ et de Tonton à Macron

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gauche

1981-2017.

Blum, Jaurès et Mendès doivent se retourner dans leur tombe !

Comment est-on passé de l’Union de la gauche sortie du choc pétrolier à la Dissolution de la gauche sortie du choc de la mondialisation ?

Comment est-on passé d’une politique qui entendait changer la vie et placer l’homme au cœur de l’économie à une soupe sans aucun goût sinon celle des billets d’euros, et d’un projet de société audacieux à un mirage tissé de vagues promesses démenties les unes après les autres ?

Comment ceux qui ont porté François Mitterrand au pouvoir au soir du 10 mai 1981 peuvent-ils s’apprêter à voter pour la plus grande arnaque politique de toute l’Histoire de la Ve République ?

Déjà en 1981 ceux-là voyaient d’un mauvais œil cette Seconde gauche vite étranglée par l’alliance fratricide du PC avec le PS. Celle des ouvriers, des grévistes et des communistes encore alliés de Moscou.

Que sont devenus ces enfants d’un autre mai, celui des barricades, de l’Imagination au pouvoir, du « Soyez exigeants, demandez l’impossible ! » et de la révolution sexuelle ? Ces enfants gâtés des Trois glorieuses qui rêvaient le temps d’une grande récré d’un autre avenir possible et s’enivraient 15 ans plus tard de leur victoire Place de la Concorde.

Cette France des beaux quartiers qui a le cœur à gauche mais le portefeuille à droite.

Cette France des plateaux télé qui adulent les génies rebelles sortis des banlieues alors qu’elle n’a jamais franchi le périphérique sinon Porte Dauphine.

Cette France orgueilleuse et sûre d’elle-même qui donne des leçons de morale et de démocratie à la planète entière mais est incapable de reconnaître une dictature rampante, celle de l’argent, surtout quand celle-ci promet de ménager les intérêts des classes moyennes supérieures.

Cette France qui parle sans cesse du « peuple » et prétend le représenter, mais qui n’a jamais serré la main pleine de boue d’un paysan, celle pleine de poux d’un SDF ou celle pleine de cambouis d’un ouvrier. Sinon quand les caméras de télé sont braquées sur elle.

Cette France qui a lu Sartre, Beauvoir et Duras, qui défendait hier le prolétariat opprimé par le patronat, les femmes opprimées par le patriarcat et qui défend aujourd’hui les jeunes de banlieues opprimés par l’injustice sociale, les réfugiés opprimés par les dictatures, et les minorités opprimées par la majorité réactionnaire. Mais qui jamais n’accueillerait chez elle un Arabe sorti de prison ou une famille Syrienne à la rue. Ou qui condamne l’homophobie et les réacs de la Manif pour tous mais pique un fard quand deux hommes osent s’embrasser en pleine rue devant leurs marmots.

Cette France qui défend becs et ongles la démocratie contre les puissances de l’argent mais méprise le peuple, le vrai. Qui s’érige pour dénoncer les injustices faites aux « défavorisés » mais déteste les pauvres, les vrais. Et surtout qui veille jalousement à ce que ses placements obligataires restent sagement défiscalisés.

Cette France qui dit incarner les Droits de l’homme, le Progrès, défend la liberté, l’égalité, le vivre ensemble et la laïcité, qui cite Amnesty International et cotise aux Restos du Cœur, est abonnée au Canard enchaîné et à Charlie Hebdo, surtout depuis le 11 janvier…

Cette France qui se pâme devant les humoristes officiels les plus vulgaires, mais qui s’offusque quand on fait de l’humour un peu grinçant dans un commentaire sur Facebook.

Cette France qui parle à tout bout de champ d’écologie et de citoyenneté, descend se balader le dimanche sur les quais de Seine en trottinette ou en roller, mais qu’on retrouve à 2 heures du matin fonçant à 150 km/h sur le périph, et qui n’échangerait jamais son break 4×4 familial qui dort au garage contre une voiture électrique partagée à vitesse bridée. Cette France qui consomme bio et équitable mais ne renoncerait jamais à ses graines de goji ou à ses fraises en février pour ne consommer que des patates et des goldens locales.

Cette France qui se laisse aujourd’hui plus facilement séduire par une sortie poujadiste sur le plateau d’On n’est pas couché par un Michel Onfray que par un poème d’Aragon chanté à la Fête de l’Huma par Hugues Auffray.

Cette France qui voit dans les blagues potaches de Stéphane Guillon, les installations bobasses de la Nuit Blanche et les doigts d’honneur du photographe Ai Wei Wei le summum de la transgression intellectuelle, culturelle et artistique.

Cette France qui a toujours sa résidence secondaire à Saint-Malo ou dans le Lubéron et s’arrange pour échapper à l’ISF, mais qui fustige les politiques corrompus qui embauchent des membres de leur famille ou planquent leur argent en Suisse.

Cette France qui s‘offusque que les socialistes au pouvoir aient trahi la gauche mais qui a applaudit le tournant de la rigueur d’un Jacques Delors en 1983, préfère l’ultralibéralisme de Blair et l’ultrasécuritaire de Valls aux égarements marxistes de Tsipras ou aux indignations altermondialistes.

Cette France prête à prostituer toutes ses valeurs, à avaler la trahison des idées de gauche, à passer l’éponge sur l’état d’urgence prolongé, le 49.3, le durcissement de la loi El Khomri, et à se jeter dans les bras d’un candidat fantoche parachuté par les banques et le système, un puceau de la politique sans expérience, un illusionniste sans consistance, sans projet et sans valeurs claires, un mirage monté en mousse par les médias, pourvu qu’il fasse barrage à l’Apocalypse lepéniste.

Cette France qui dénonce à l’occasion les méfaits du système mais trouve utopique ou trop à gauche ceux qui veulent offrir à chacun de quoi manger, s’habiller, se soigner et élever leurs enfants, ceux qui veulent donner plus de pouvoir aux salariés, taxer davantage les plus riches et les grandes entreprises, accueillir plus de réfugiés, peser sur nos partenaires pour construire une autre Europe que celle du fric et des lobbies, qui refusent clairement toute collusion avec Trump ou Poutine, qui veulent une France forte, ouverte et moderne mais aussi juste et libre, un France debout et non à genoux devant Wall Street, Bruxelles et les agences de notation, une France capable de dialoguer avec tous sans s’aligner sur aucun, qui reste indépendante, ferme sur ses convictions et dont la voix continue de compter dans le concert des nations.

A cette France qui par peur du nationalisme oublie d’être patriote, qui par peur du fondamentalisme oublie que « République » rime aussi avec « éthique », qui par peur du terrorisme accepte de voir ses libertés grignotées et applaudit l’état-policier, mais refuse de déchoir de leur nationalité des terroristes, ou qui se laisse manipuler par les médias et hurle avec des racailles brûleurs de voitures, veut lyncher tous les policiers parce que quelques-uns ont failli à leur déontologie la plus basique et déshonoré leur corporation en violant un jeune-homme innocent.

A cette France qui a des indignations à géométrie variable, qui défend des Roms voleurs et squatteurs que les braves gens désignent du doigt parce qu’ils saccagent l’espace public mais oublie les Noirs abattus froidement dans les quartiers pauvres américains. Cette France complaisante prête à descendre dans la rue pour fustiger la haine antisémite dès qu’on critique la politique des faucons israéliens mais qui reste indifférente quand on bombarde des enfants de Gaza à coup d’armes chimiques, ou qu’on massacre des familles entières de Chrétiens au Moyen-Orient.

Cette France de la gauche « humaniste et progressiste » qui s’évanouissait aux discours de Castro et se pâme aujourd’hui devant les effets de tribune d’un gamin vendu au capitalisme le plus rude.

A cette France qui a tellement perdu ses repères et sa dignité à force de s’allier au diable, mais qui prétend rester vertueuse, gardienne des valeurs laïques et républicaines, et surtout se croit toujours l’incarnation du Progrès, à cette France-là qui me fait honte, je dis : REVEILLEZ-VOUS !

Moi qui n’étais pas hier « de gauche » je dis à ces traîtres de ma génération : arrêtez de justifier ce qui est injustifiable, de pardonner ce qui est impardonnable, d’applaudir ce qui est détestable !

Eteignez votre petite lucarne qui vous grignote le cerveau et relisez vos maîtres à penser.

Ou mieux : sortez de vos petites habitudes et certitudes parisiennes et intéressez-vous vraiment au monde d’aujourd’hui. A ceux qui élaborent la pensée du siècle et façonnent les modèles de demain. Pas aux philosophes de plateau.

Cessez de vous crisper sur vos peurs, qu’on entretient pour vous interdire de voir la vérité.

Regardez le monde en face et faites votre autocritique au lieu d’accuser sans cesse votre voisin d’être un fasciste, un anarchiste ou un complotiste quand il ne pense pas comme vous et ne dit pas amen à tous les poncifs de la pensée unique servis par les chantres d’un système auquel vous obéissez sans même vous en rendre compte.

Redressez la tête, secouez votre morgue et ouvrez les yeux au lieu de vous aveuglez vous-mêmes pour ne surtout pas reconnaître que vous avez tort et donnez raison à ceux qui vous mènent droit dans le mur.

Changez de lunettes, jeter vos vieilles recettes déglinguées, abandonnez vos bons sentiments et vos ressentiments-réflexes. Et osez réfléchir en hommes et femmes indépendants, sincères et réalistes.

Et surtout prenez conscience qu’à force de vous entêter, de jouer les autruches et de répéter en boucle les mêmes refrains sans vous apercevoir qu’on a changé d’époque et que les schémas pour penser le monde d’hier ne marchent plus avec le monde d’aujourd’hui, vous êtes devenus totalement has been, tout juste bons à rattraper le train en marche quand vous croyez être toujours la vigie de la Justice et les gardiens de la Raison dans un monde en proie à la confusion et au chaos.

Vous vous êtes tellement gavés de téléréalité pour ne pas vous confronter au réel, de produits prêts à consommer mis en scène par les agences de pub, de slogans débiles rabâchés par les médias, de débats bidons pour masquer les vrais enjeux, vous avez tellement peur des vrais discours et des réflexions qui dérangent votre petit confort intellectuel, que vous ne savez plus distinguer l’authentique de l’artifice.

A trop confondre les hommes politiques avec les marionnettes de la Star Academy, vous voici prêts à confier les rênes de la France à un Pinocchio qui a érigé le flou et le mou en apothéose des vraies valeurs.

Qu’il dénature l’Histoire ou nie l’existence de l’art et de la culture française ne vous étouffe même pas ! Pourvu qu’il ait une belle gueule et surtout qu’il empêche Marine Le Pen d’accéder au pouvoir.

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Je peux comprendre que la génération des momos, ces « mobiles moraux » nés entre 1965 et 1976, puisse voter unanimement pour Macron. Eux qui n’ont connu que la crise, à qui on a oublié d’enseigner l’Histoire, qu’on a gavés de discours relativistes et qui n’ont pour seul horizon idéologique que la realpolitik et la doxa libérale.

Mais celle de leurs aînés les bobos, qui ont connu toutes les révolutions avant de conquérir tous les rouages du pouvoir politique, économique, médiatique, culturel. Auraient-ils totalement retourné leur veste au point d’adorer ce qu’il ont hier honni ?

N’avez-vous pas honte de voter pour un candidat qui ne représente pas vos idées et ne défend pas les intérêts des Français ? De voter avec votre calculette et non avec votre tête ! Vous sacralisez l’Ere du vide, vous sanctifiez le Néant !

En agissant ainsi, vous rendez-vous compte que vous abdiquez ce qui reste d’illusion de démocratie ?

Vous confiez les clés du pouvoir au candidat du système par peur d’une harpie nationale-socialiste qui vocifère contre ce même système, alors qu’elle en est issue et en incarne toute l’hypocrisie.

Car qui est Marine Le Pen ? La « candidate du peuple » ? Ou une grande bourgeoise du Domaine de Montretout, née avec une cuillère en argent dans la bouche, qui défend la République mais a inscrit ses enfants dans les bons lycées cathos de la banlieue Ouest comme tant d’autres réacs de la Manif pour tous ? Une fille d’ouvrier ? Ou celle d’un parvenu héritier d’une grosse fortune ? Une avocate vêtue d’un tailleur strict et d’un catogan blond platine.

Marine Le Pen dénonce sans cesse les institutions européennes, les élites corrompues et les puissances de l’argent ; mais la vérité c’est qu’elle se moque du peuple qu’elle prétend représenter.

Les élites, elle en fait partie. La corruption, son parti et ses élus en sont les champions. Et l’Europe, c’est elle qui la nourrit ainsi que ses assistants fictifs.

La vérité c’est que l’affrontement annoncé entre Macron et Marine Le Pen est l’alternative choisie aujourd’hui par des élites qui tirent les ficelles et choisissent leurs poulains en fonction de leurs stratégies et des fluctuations d’une opinion qu’ils manipulent par médias interposés.

Complotisme ? Non : lucidité !

Ainsi Macron est le favori du système, qui se pliera religieusement aux diktats de la haute finance et de Bruxelles.

Tandis que Marine Le Pen incarne le scénario catastrophe qui précipitera la France dans un abîme d’où seule l’allégeance consentie à un sauveur labellisé par Big Brother pourra la relever en l’asservissant totalement à la Matrice.

Ceux qui sont incapables de comprendre cela préfèrent la torpeur des anxiolytiques et des hallucinogènes qu’on leur inocule à l’âpre vérité. Et renoncent à toute responsabilité pour s’endormir dans le confort narcotique du Mensonge.

On ne pourra pas dire qu’ils n’ont pas été prévenus, quand ils se réveilleront de leur songe et découvriront qu’une fois de plus on les a dupés. Hollande et Valls ne leur ont apparemment pas suffi pour comprendre que la social-démocratie à la française était un mirage, le libéralisme social un attrape-couillons et le « socialisme progressiste » un mot creux ressorti des oubliettes pour masquer une formidable arnaque.

Avec la caution de la girouette Bayrou voici Macron maintenant flaqué d’un allié qui ancre sa candidature dans un « centre » aussi fantasmatique qu’éphémère.

Mais cela rassure pour un temps les plus dubitatifs qui ont maintenant bonne conscience à s’engouffrer dans une aventure dont ils ne ressortiront pas vivants.

Puisque les jeux semblent pliés, souhaitons bonne chance à cette pauvre France incapable de s’inventer un avenir et qui préfère s’en remettre à chaque scrutin à des marchands de rêves de plus en plus habiles, cyniques et mensongers.

Il n’y a hélas qu’au lendemain des grandes catastrophes et d’années d’humiliation que les Français savent distinguer un grand homme d’un imposteur et le suivre en se choisissant un destin d’envergure.

Pour l’heure, c’est entre la France riquiqui de Marine Le Pen et l’abandon de toute idée de la France au bénéfice du Système mondialisé qu’il va falloir choisir.

Dans les deux cas, un suicide : celui du monde orwellien des milices et des barbelés. Ou celui d’Alice au Pays des merveilles en version 3D augmentée.