En mai, fais ce qu’il leur plaît ! – Macron, mai 68 et les bobos

Mis en avant

Etudiant lançant des pavés lors des manifestations étudiantes le 25 mai 1968 dans le Quartier latin à Paris

On fêtera bientôt les 50 ans de mai 68.

Vous vous rendez compte ?

Le Président Macron, c’est le moins que l’on puisse dire, a d’autres priorités à son agenda et semble peu pressé de fêter l’événement.

Plus à l’aise dans les salons parisiens qu’avec les symboles de la gauche populaire.

Plus en phase avec le très politiquement correct « esprit du 11 janvier » qui reflète bien l‘atmosphère anémiée du moment qu’avec la Grande Récré des enfants du baby-boom, le souffle révolutionnaire des barricades et ce genre de commémorations un peu casse-gueule.

Pas de risques, pas de vagues, et surtout pas question de donner une caution à la rue.

Et gare à ceux qui contreviendraient au devoir de réserve : ils seront sévèrement sanctionnés !

Après le temps des cerises, le temps des prunes.

Pas d’artistes du moment, de stars ni de people conviés pour scénariser ce Cinquantenaire. Comme au temps des grand-messes mitterrandiennes qui avaient élevé le fameux « Bicentenaire » au rang de rite planétaire.

Même pas un entrefilet dans la presse pour rappeler que cela fera 50 ans dans trois mois que quelques étudiants chevelus de la Sorbonne et de Nanterre emmenés par un rouquin très agité déclenchaient toute une série de grèves et de manifs qui allaient mettre la France cul par-dessus tête et faire chanceler le régime gaulliste.

Aurait-on à ce point changé d’époque ? Que plus personne ne semble s’en préoccuper ?

Certes, la Génération Macron ou celle d’En Marche ! n’a rien à voir avec celle des bobos (bourgeois bohêmes).

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Les jeunes quadras d’aujourd’hui, à peine dépucelés de leur virginité politique à la faveur d’un fin stratège qui a dynamité tout l’échiquier, n’ont ni les référents ni les aspirations de leurs aînés, abîmés dans le confort et « l’esprit Canal ».

Cette génération au seuil de la quarantaine à laquelle appartient Emmanuel Macron, et que les sociologues du marketing appellent les momos (mobiles moraux), ont grandi dans les années 1990 : ils n’ont connu que la crise, le chômage et un marché du travail tendu. Ils ont dû sacrifier à de longues études, apprendre à s’adapter aux contraintes économiques, accepter d’être hyper mobiles et réactifs pour changer souvent de métier, de secteur, voire de pays au cours de leur carrière.

Serge July, Emmanuel Macron et Mark Zuckerberg, icônes des générations « bobo », « momo » et « yoyo »

Ces braves petits soldats de la mondialisation obéissants et angoissés ne partagent absolument pas les rêves et les luttes rebelles de leurs parents les bobos.

Autant les bobos sont volontiers décalés, frondeurs, rebelles et contestataires – du moins dans la posture – autant leurs enfants les momos sont hypernormés, et à fond dans le Système !

Autant les baby-boomers ont rêvé d’un autre monde où la terre serait ronde, d’être réalistes en demandant l’impossible, de réinventer la société et de changer la vie, autant les momos sont de véritables gardiens zélés du Temple ultralibéral et « progressiste ». Prêts à dénoncer tout dérapage verbal, tout écart de comportement ou de langage qui risquerait d’écorner la Pensée unique et de dévier un tant soit peu de la ligne orthodoxe imposée par le politiquement correct.

Quant à la génération suivante, celle des yoyos (young yobs : jeunes loubards) qui composent une bonne partie de l’équipe Macron, ces trentenaires malins comme des bonobos et opportunistes comme par deux, ils n’en ont strictement rien à cirer des discours des élites et des politiques.

A eux on ne la fait plus ! On leur a tellement bourré le mou avec des discours moralisateurs, culpabilisateurs et anxiogènes, avec ces vieilles rengaines humanistes, droits-de-l’hommistes, libertaristes, égalitaristes, communautaristes ou féministes, qu’ils s’en moquent avec une effronterie aussi calculée que jubilatoire.

Ils se servent de tout, détournent tout, customisent tout, n’ont aucune morale, aucun scrupule et aucune préoccupation, sinon de saisir les opportunités à leur portée, et d’utiliser les failles du système à leur avantage. Pour s’en sortir, pour réussir, gagner de d’argent ou pour aider leurs potes.

Ils ne cherchent ni à flamber comme les bobos ni à placer leurs économies en s’angoissant à propos de l’avenir et de leurs gosses qu’ils n’ont pas encore comme les momos.

Eventuellement ils réalisent à l’occasion de juteux placements boursiers dans quelque startup, aussitôt réinvestis dans des achats dictés par leur fantaisie du moment.

Ce sont des jouisseurs, des opportunistes, des pragmatiques, qui n’en font toujours qu’à leur tête. Qui vivent l’instant présent et se moquent éperdument que le monde puisse s’écrouler autour d’eux, sinon pour kiffer sa race sur leur console de jeux.

Ils vivent en tribus, et en changent comme de paires de Nike.

Ils sont à fond dans les nouvelles technologies, car ils ont grandi avec une Gameboy entre les mains, surfent sur internet dès leur plus jeune âge, et en maîtrisent tous les rouages.

Ils anticipent sinon inventent eux-mêmes les modes et les nouveaux courants, plus pour s’amuser ou par opportunisme que par snobisme.

Ces yoyos ne sont pas ceux qu’on entend le plus dans le staff Macron. Sinon au travers de ce pragmatisme très réactif et sans réelles convictions sauf pour flatter la galerie. L‘esprit momo tient encore le haut du pavé, pour la vitrine du moins.

Ces deux générations sont les enfants de la mondialisation.

Mais ils ne fantasment pas comme leurs aînés sur un universalisme très idéaliste et politisé en prétendant bousculer l’ordre établi. L’ordre ou le désordre, ils s’en tapent.

L’ordre et les règles ils savent parfaitement les contourner. Et le désordre leur permet de tirer leurs biles au milieu de la confusion.

Si les momos sont à fond dans l’humanitaire, les yoyos s’en foutent royalement, sinon quand ça les touche directement ou pour faire mine de plaire à leurs grands-frères.

Pour les momos comme pour les yoyos, Mai 68 c’est comme la bataille de Marignan : un truc appris dans les livres d’Histoire.

Ou éventuellement un refrain barbant dont leurs parents les ont suffisamment bassinés pour qu’ils en ignorent la teneur.

Les momos regardent leurs vieux comme des pauvres ados rêveurs abîmés dans des glorioles pitoyables et leurs souvenirs de fac. En leur confiant à l’occasion la garde du petit dernier sagement endormi dans son landau connecté signé Stark ou Pinifarina.

Les yoyos quant à eux observent ces vieux darons avec amusement et respect, parce que quand même, Mai 68 ça devait être un sacré kif !

Mais ils en parlent comme d’un truc de ouf, exactement comme ils s’excitent sur le méga set de leur DJ favori dans le prochain festival électro.

Bobos et yoyos sont souvent potes.

Les premiers offrent aux seconds une conscience par procuration. Et les seconds permettent aux premiers de ne pas devenir gâteux en les initiant au vertige néo-psychédélique des réalités augmentées.

Globalement on est aujourd’hui en France aux antipodes des lendemains qui chantent.

Des couplets maoïstes, trotskistes ou castristes lancés depuis la tribune ou vomis sur les CRS-SS.

On est bien loin des expérimentations loufoques, de la révolution sexuelle, de la musique de Pink Floyd, des Doors, du pop art, des chemises à fleurs, des colliers hippies, de l’encens, de Woodstock, du LSD, des partouzes géantes et des slogans comme « Il est interdit d’interdire »…

Même si, la nostalgie aidant et la mode rétro 70s ou 90s des années 2010 faisant loi, on revisite ces icônes de la génération hippie.

Pour le reste, ça fait plusieurs décennies que c’est Back to reality!

Et pour les plus téméraires, un rail de coke, volume à fond, binge drinking et baise à tout va jusqu’au prochain after.

Mai 68, c’est au mieux un mythe sympa, au pire un truc ringard de musée.

Les bobos ont du mal à en démordre, mais on a changé de siècle.

Les crises économiques, la chute du Mur de Berlin, le 11 septembre, internet et Twitter sont passés par là.

Les idéologies qui ont bercé leur jeunesse ont été remisées sur les étagères de l’Histoire.


Leurs idoles, Marx, le Che ou Sartre, n’ont même pas leur statue au Musée Grévin.

Ceux qui ont portées ces années du Changement se sont recyclés pour les plus chanceux dans le journalisme ou la politique (mais ils ont été balayés par le tsunami En Marche ! ou sont devenus de sages courtisans du Prince…).

Ils bossent et parfois ont fait fortune dans l’écologie, l’économie verte ou le numérique, le multimédia, le marché de l’art moderne, le business du bio, du bien-être ou du développement personnel.

Et pour les plus largués, le Grand Soir se résume le plus souvent à croupir dans une ONG en attendant la ménopause du cadre, à tenter de reconstruire un château de sable en pleurant sur les ruines du PS, à publier des compiles rééditant les tubes de leurs groupes fétiches, ou bien à faire le guignol dans les talk-shows le samedi soir pour les nunuches engagées qui prétendent avoir une conscience et qui lisent Philo Magazine.

Quant aux plus endurcis, nombreux sont ceux ont pas finis fauchés par le sida, une overdose, un infarctus ou un cancer, ecstasiés et pesant 30 ans kilos sur une plage de Goa, ou carrément suicidés, soit à cause de leurs excès de sexe et de drogues qui leur ont ravagé la capsule, soit parce que leurs doux rêves se sont fracassés sur le roc des flamboyantes mais austères années 80.

Les rescapés ont quitté les radars et vivent planqués dans leur salon germanopratin, ou toujours scotchés dans leur ashram en Inde, une communauté new age ou une ferme dans les Cévennes.

Alors, faut-il ou non fêter Mai 68 ?

Si c’est pour ressortir les vieux gimmicks, sûrement pas !

Qui plus est, l’aspect politique et contestataire de cette ultime « révolution » n’est pas forcément bon à titiller.

Une bonne grève générale pour faire barrage à la Loi Travail est justement ce qu’a soigneusement voulu éviter le Président Macron, fort de son expérience d’éminence grise puis de ministre du quinquennat Hollande et des fameuses Nuits debout qui s’en suivirent.

Aujourd’hui tout le monde est rentré dans le rang. Et beaucoup s’extasient toujours devant ce jeune président si nouveau, si intelligent, si bien élevé, si propre sur lui, si posé, si courtois avec les femmes et si sympathique.

Les Français ont troqué un excité narcissique et corrompu, suivi d’un gros balourd qui les a roulés dans la farine sitôt élu en s’asseyant sur ses promesses socialistes, contre une sorte de Prime Minister brittanique, au style très monarchique, bon teint, sage et moderne. Et totalement à la solde des molochs américains et européens. Un peu comme Tony Blair.

Alors le Général à côté c’est Che Guevara !…

L’esprit et les valeurs libertaires de Mai 68 ont depuis l’ère Mitterrand totalement imprégné la société, ses modèles et ses discours.

Au point qu’on n’en a même plus conscience.

Même Sarko a été présenté récemment par certains commentateurs comme un héritier de l’Après-Mai 68. Qu’il avait pourtant combattu.

Sauf qu’aujourd’hui, voir des filles à poil à 18 heures à la télé comme au bon vieux temps des Coco girls du Collaro Show c’est totalement impensable !

De nos jours les normes sont bien verrouillées. Et quiconque s’en écarte risque le pilori médiatique dans la seconde qui suit, voire un procès ou le zonzon s’il refuse de faire repentance et continue d’alimenter le scandale.

On peut sacrifier à tous les écarts, toutes les perversions, toutes les outrances, tous les excès et tous les délires, du moment qu’ils sont soigneusement répertoriés et labélisés.

Pour le reste, si l’on s’écarte un tant soit peu de la Pensée unique, on est aussitôt taxé au mieux de « complotiste », au pire de « terroriste ».

Alors faire la révolution, vous n’y pensez pas !

Nos contemporains sont frileux, formatés, lobotomisés, partagent des indignations téléguidées et à géométrie variable.

L’indignation réflexe est une posture obligée si l’on veut s’afficher comme un bon citoyen équipé d’une conscience éthique.

Mais le libre arbitre et l’esprit critique – le vrai – ou la contestation de l’ordre établi au nom d’un Idéal ou d’un projet alternatif de société sont des crimes de lèse-conformisme inadmissibles en « démocrassie » !

Alors on se contente de faire semblant d’être un rebelle. On s’agite et l’on s’offusque aussitôt que son voisin fait un pet de travers. On monte des kabbales hystériques sur Facebook pour des boulettes. Et c’est ce cirque burlesque et grandiloquent qui constitue l’Alpha et l’Oméga des moutons de panurge.

Dont les neurones sont totalement grippés par leur flip incessant, soigneusement monté en neige par les médias à propos du terrorisme, de la vache folle ou de la bombinette nord-coréenne.

Pourtant, il serait urgent de réapprendre à rêver.

Urgent de s’enivrer.

Et de remettre l’imagination au pouvoir.

D’ouvrir les yeux sur l’avenir au lieu d’ânonner le même catéchisme. D’inventer le monde de demain. Un monde qui sera fraternel, universel, unifié et pacifié.

Ou ne sera pas.

Un monde qui verra toutes les consciences planétaires totalement interconnectées. Et en tout cas par autre chose que l’écran mensonger des logiques du Système.

Mais ça, soyons certain que les milices du Zeitgeist s’empressent de nous en dissuader.

Nous incitant au contraire à nous vautrer dans la fascination du Vide, le culte de l’Ephémère, de l’Insignifiant. A nous prosterner devant les idoles consuméristes de leur Panthéon des Vanités.

Plus qu’une nouvelle « révolution », politique, sociale ou institutionnelle, c’est un Grand Saut de la conscience qu’il convient pour nous tous ensemble d’opérer en ce siècle.

Un siècle qui verra s’accomplir les plus grands bouleversements que l’humanité ait jamais connus. Et qui l’obligera à faire face aux plus grands défis de son histoire.

Mais il faut plus que de la lucidité, de l’imagination ou de l’audace pour s’engouffrer dans la brèche de ce Changement radical qui nous aspire à lui.

Il faut accepter de mourir totalement à soi-même pour renaitre tout autre. De ne plus rien savoir ni connaître ni contrôler.

Et d’abdiquer son cher Ego au bénéfice du Bien commun.

Mais ce sacrifice, l’homo post-modernicus qui se vante pourtant d’être un rebelle et s’éprend de toutes les causes n’est pas prêt d’y consentir !

On peut se piquer d’avoir une conscience et rêver éventuellement de prolonger l’utopie matérialiste dans une fiction transhumaniste, mais de là à faire passer le sort des réfugiés climatiques avant sa tisane bio, NO WAY!

Alors oui, il serait temps de célébrer le joli mois de mai, avant que l’hiver ne s’abatte définitivement sur nos belles illusions.

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La chute de l’Empire – Les gays… suiveurs de tendances

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Une question me taraude : pourquoi les gays, autrefois précurseurs de modes et toujours à la pointe de l’avant-gardisme, sont-ils devenus aujourd’hui une tribu archi ringarde ?

Un seul exemple : la musique.

Il y a 30 ou 40 ans, les gays ont lancé toutes les modes musicales après que les punks ont enterré le rock.

Le Disco.

Studio 54

Studio 54

Son beat minimaliste (boum boum boum), ses violons, ses tenues fluo, paillettes et pattes d’eph. Les râles orgasmiques de Donna Summer sur 18 minutes de version maxi. Le mélange érotico-œcuménique des castes et des classes, 20 ans avant la France « black-blanc-beur ». Et l’ambiance torride des dancefloors du Paradise Garage, du Studio 54 ou du Palace.

Le Funk.

Prince

Prince

Ses cuivres clinquants, ses grosses basses gavées d’adrénaline et ses synthés obsédants. Michael Jackson en alien décoloré et asexué, King of Pop aux déhanchements extra-terrestres, entre Joséphine Baker, Charlie Chaplin et Mime Marceau. Et son versant techno-funk, Prince : le surdoué. Icône d’éphèbe androgyne, dégoulinant de stupre et noyé sous des kilos de dentelle et de fanfreluches baroques.

La New Wave.

Boy George

Boy George

Son esthétique décadente, sexy et sa fausse normalité rebelle. Entre rockeurs modasses (Simple Minds), kikounets électro-constipés (Depeche Mode), néoromantiques empoudrés (Tears for Fears), golden boys métrosexués (Duran Duran), pop starlettes affectées (The Smith), drags queens néo-hippies (Culture Club) et grosses tarentules maniaco-dépressives (The Cure).

acidEt puis, à la fin des années 80, ce déferlement de sons inouïs venus de Chicago, Detroit, New York, Londres ou Bruxelles : (Acid) House, Techno, New Beat. En 1988, en pleine apothéose du clubbing sélect et VIP version Elysées-Matignon, descendre dans le sous-sol du Boy (boîte gay du faubourg  Caumartin) c’était franchir le seuil du 3e millénaire, en mode Apocalypse Now. Stroboscopes hachant une foule ecstasiée, torses nus et bras en l’air, hurlant « Aciiiiiiiiiiiiiiiiiiied ! » sur des rythmes minimalistes et hallucinogènes tout droit sortis de Matrix. Une claque magistrale !

On pourrait aussi évoquer les looks.

Mais depuis que les jeunes hétéros à peine pubère arborent une barbe réglementaire pour affirmer leur virilité tout en surlignant leurs yeux de khôl, on ne sait plus très bien à qui se fier.

Car avant le mâle hétéro était forcément un gros bourrin beauf et ringard. Forcément.

Il suivait péniblement et balourdement des modes lancées par les gays avec 10 ans de retard. I will survive reconverti en hymne fouteux repris par des milliers de cacochymes sous Despé, il fallait le faire !

Ceux qui ont cassé les règles, ce sont les cailleras des banlieues.

Refoulés à l’entrée des clubs branchés (et donc gays pour la plupart) comme le Queen à une époque (1998) où la première « pekno-tarade » se terminait en affrontements sanglants entre techno-kids (forcément pédés) et foncedés du pera (forcément homophobes), les cailleras ont compris qu’il fallait troquer le look gangsta rap, trop stigmatisant, pour le look fashion victim métrosexuée, plus segmentant.

r&b kidExit la capuche et les skets Requin, bonjour la casquette Kangol négligemment posée de travers sur un crâne aux motifs capillaires savamment dessinés. Et raccord avec les tatouages. Baise-en-ville Vuitton hyper follasse en bandoulière, ceinture Dolce & Gabbana sur un baggy très couture taille XXL laissant dépasser un boule bien épilé et serré dans son écrin Calvin Klein. Chez le jeune mâle du 9.3, il n’y a aucune place à l’impro : tout est hyper étudié. Et abondamment copié des icônes du R&B US, pour une large part bis soit dit en passant. Lesquels ne tarderont pas à importer le son électro version eurodance 90s peaufinés par des DJs blockbusters de la French Touch pour booster une carrière un peu flageolante : les Guetta, Martin Solveig et autres Daft Punk.

Et les gays dans tout ça ? A l’heure où la tendance est au brassage des tribus et des identités, les rares qui se cantonnent encore aux soirées 100% gays comme Scream, Pulp ou La Démence sont devenus des dinosaures qui ne se reproduisent que par clonage. Look réglo : bear diffusion. A savoir : pilosité, musculature et look mec-mec de rigueur. Mais tellement surjoué qu’on est plus proche de Conchita Wurst que des icônes pornos de Titan.

Quant à la musique, depuis 10 ans c’est la même soupe totalement abjecte que des DJs exsangues resservent à une foule atone : house totalement régressive à force d’être progressive. Ou house tribale totalement décérébrée. Quand ce n’est pas de l’électro commerciale pour coiffeuses style énième remix de Rihanna.

A croire qu’en troquant l’ecstasy pour le GBH les teuffeurs gays ont perdu leur dignité et leur audition.

Car tout de même ! On est aux antipodes de la sensualité d’un Larry Levan ou d’un Frankie Knuckles. A l’opposé de l’avant-gardisme de Giorgio Moroder (I feel love, 1977), de Kraftwerk ou de Depeche Mode (version Speak & Spell, 1981).

Le 1er novembre 2014, la soirée phare des 25 ans de La Démence à Bruxelles, méga orgie techno gay européenne initiée en 1989, fut une cérémonie plus proche de L’Enfer de Dante que du Paradise Garage.

5 à 6000 matrones hautaines, arrogantes et stupides, stéroïdées et cocaïnées condensées en une marée de torses. Musique abrutissante (la même note et le même rythme minimal tribal pendant 3 heures), backroom plus proche d’un plateau technique de film hard que des Mille et Une Nuits. Et pour clore une panne de clim à 3 heures du mat qui transforma cet immense théâtre reconverti en bordel sodomite en fournaise surbondée.

Un comble : La Démence, hier fête underground, inclusive et conviviale, a aujourd’hui accouché d’un produit dérivé très bankable… une croisière pour happy fiouzes !…

Pour prolonger l’ambiance des fêtes mensuelles entre bogoss body-buildés, on peut désormais s’embarquer pour quelques 400€ sur un paquebot et naviguer gay entre soi pendant 5 jours.

La Démence Cruise

La Démence Cruise

Les raisons de ce déclin de la culture gay ?

Une normalisation à marche forcée des éléments qui firent longtemps la spécificité et le sel d’une culture de la marge et de la dissidence. De la limite, de l’exceptionnel, de l’éphémère et de l’extrême.

PACS puis Mariage pour tous. Petits fours et voituriers à l’entrée du Pavillon Dauphine. Les gays se sont tellement assimilés aux canons de la bourgeoisie bobasse qu’ils en sont devenus hyper chiants et infréquentables.

Aujourd’hui les « extrêmes » de la culture gay transgressive, autrefois destinés à choquer le bourgeois et dynamiter la société patriarcale – abattage sexuel, bondage, SM, drags queens… – sont devenus tellement formatés, conventionnels et merchandisés qu’ils ne choquent ni n’amusent plus personne.

Ce sont des produits comme des autres, qu’on consomme comme un soda édulcoré.

Aujourd’hui plus personne ne songe à se différencier de la masse. A se singulariser. Tout juste à se customiser (mais pas trop) pour descendre boire un verre le vendredi soir en sortant du bureau avec les copines dans le Marais.

On est passé du droit à la différence au droit à l’indifférence. Et, avec la pression du lobby LGBT, de ses mécènes et de ses bienfaiteurs politiques, du droit à l’indifférence au droit à la déférence.

Les gays sont tellement sûrs d’eux et arrogants, veulent tellement être adulés, qu’ils en sont devenus des précieuses ridicules. Ridicules surtout.

Et les profils des chatrooms voient se multiplier les appels à l’air frais stipulant de façon drastique, sélective et proscriptive : « hors milieu ». Comme si en être étant le comble de la ringardise. Il est vrai que la culture du Marais ne doit pas être représentative que d’à peine 10% des individus concernés par l’homosexualité en France… Des gays prudes aux gays prides on a glissé vers une dissidence revendiquée des artefacts du gaytho. Un anticonformiste centrifuge des modèles gays ringardisés par l’excès de conformisme communautaire et gagnés par l’ère du vide.

Et la créativité dans tout ça, où est-elle passée?

Difficile de le savoir à une époque où la surenchère de provocation a anesthésié tout sens critique.

En revanche, si l’on prend la peine de fureter en dehors des sentiers battus, on peut encore déceler des enclaves d’authenticité.

fr-djoon-logoPar exemple pour ceux qui aiment la vraie musique soulful, il existe à Paris un club résolument hors des codes obligés de la branchitude parisienne : le Djoon.

Sa programmation alterne des soirées régulières destinées à une jeunesse de zazous à peine sortis du lycée et qui se défient dans des battles de danse bon enfant sur des tubes de James Brown ou des Jackson 5. Et des soirées plus pointues pour clubbers exigeants où se succède la crème de la crème de la house mondiale : Todd Terry, Glenn Underground, Boo Williams…

On y croise des danseurs amateurs et professionnels qui expriment leurs talents sur de la deep house, qu’il faut bien reconnaître comme étant l’aboutissement de la musique noire américaine, de Duke Ellington à Pharell Williams en passant par Aretha Franklin, Herbie Hancock, Nile Rogers ou George Clinton.

Il y a bien quelques gays rescapés de l’hécatombe progressive, mais ce sont surtout des hétéros trentenaires ou à peine quadra qui font le gros de ces soirées, où l’on vient avant tout par amour de la musique et volonté de communier entre gens de goût, loin des pâmoisons convenues et désabusées d’un parisianisme mortifère.

Il faut le dire : en 2014 le gay est devenu un standard terriblement triste.

Un consommateur-suiveur. Même plus une tête de gondole. Ou alors sous sa forme pastichée et très normalisée, façon Conchita Wurst. Le temps d’une grand-messe de l’Eurovision très politiquement correcte pour célébrer dans un uniformisme consensuel « l’égalité pour tous ».

Au final, faut-il être stigmatisé pour être inventif ? Persécuté pour être créatif ? Rejeté pour être subversif ?

Le beau est toujours bizarre. Et il n’y a pas de vraie création sans transgression. Pas comme parti pris idéologique, mais comme volonté de dépasser les habitudes et les codes. Pour révéler ce qu’il y a derrière le piège des apparences.

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Il devient urgent et salutaire de braver la chape de plomb du politiquement correct pour montrer à quel point les gays sont devenus has been, conformistes, stériles et ennuyeux.