A change has gotta come* – Quel avenir pour l’humanité ?

Mis en avant

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Ascenseur pour l’échafaud

Une chose est certaine : notre monde est violent.

Non seulement il est injuste, cruel et désenchanté, mais ceux qui sont sensés nous protéger contre ses excès se révèlent exclusivement préoccupés par leurs intérêts personnels.

L’affaire Fillon a déclenché une réaction en chaîne qui vise à moraliser au pas de charge la vie politique hexagonale en rejetant paraît-il dans les oubliettes de la préhistoire des pratiques d’un autre âge.

Le tsunami populaire balaie désormais un à un les représentants du microcosme avérés de fieffés cyniques, les branches pourries tombent plus vite que les feuilles mortes en novembre, et Marine Le Pen pourrait bientôt récolter les dividendes de ce chamboule-tout national en devenant la Marianne de l’Antisystème.

Reste Macron comme ultime rempart à l’épouvantail frontiste, au suicide français par la petite porte nationale-socialiste, et surtout comme sauveur du Système propulsé par ses généreux sponsors sur la rampe de lancement d’élections très politiquement correctes et démocratiques.

En attendant le résultat d’un suspense inédit, les Français se vengent en coupant des têtes par médias interposés. Et flirtent avec les stéréotypes révolutionnaires en déclenchant des jacqueries en banlieue. Sans voir que cette Grande Terreur version 2017 est largement mise en scène pour détourner leur attention des véritables enjeux, leur faire croire à des mirages et que cette parodie de campagne va changer leur sort parce qu’ils auraient cette fois-ci leur destin en mains.

Kapitalismus über alles !

Pendant que certains râlent, d’autres croient à la liberté d’entreprise comme clé de la réussite.

Et nos politiques libéraux de citer en exemple ces nouveaux aventuriers qui se lèvent tôt le matin pour faire fructifier leur microentreprise. Des héros érigés en modèle d’initiative et de vertu entrepreneuriale face aux assistés d’un système social condamné.

Depuis que les normes administratives et fiscales ont été simplifiées pour faciliter la déclaration d’une nouvelle entreprise et qu’on a créé le statut d’autoentrepreneur, la France s’est trouvé un nouveau héros : le jeune patron issu de banlieue qui déjoue la panne d’ascenseur social en retroussant ses manches.

Et puis il y a le succès d’Über, que les particuliers mettent en concurrence avec des corporatismes sclérosés.

Ce que révèle l’ubérisation accélérée de la société c’est un vaste jeu de dupes qui favorise et valorise les autoentrepreneurs comme les chantres de la société post-capitaliste et de la customisation égocentrique du travail.

Bien plus qu’il ne crée une nouvelle race de winners, la vérité c’est que ce modèle réhabilite l’ancien statut de « tâcheron ».

Minimum de charges pour l’employeur et maximum de risques pour l’employé. Faillite et burnout assurés en bout de course.

Pour échapper à cette dérive entretenue par le jeu de la concurrence et vanté par les médias, il est temps de rompre avec ce nouvel avatar de l’individualisme contemporain. Et d’inscrire dans nos priorités l’harmonisation à la hausse des droits et des régimes des salariés et des indépendants.

Le fric c’est chic

Plus les églises se vident, plus les centres commerciaux et les multiplex se remplissent.

Mis à part quelques aigris de la Manif pour tous et quelques tartufes qui la soutiennent pour engranger les suffrages, la religion n’a plus la cote.

Du moins dans sa version oldschool. Ceux qui savent conjuguer bonne parole et business, comme ces évangéliques alliés aux ploutocrates de Wall Street, ont eux le vent en poupe.

Quant aux mythes, ils ont la vie dure. Un quart des Américains croient dur comme fer à la théorie créationniste. Pas étonnant qu’ils aient élu Trump. Côté revers de la médaille, les idéologues du Djihad armé séduisent de plus en plus de nos jeunes banlieusards en déshérence.

Mais athées purs et durs ou religieux illuminés, tous sont peu ou prou adeptes d’un seul vrai dieu : Mammon.

La frugalité n’est plus que l’apanage de doux rêveurs alter-écolos séduits par les sirènes de la décroissance.

Tout le monde veut s’en mettre jusque-là en attendant la fin du monde.

Mais pour s’acheter ces artefacts de bonheur en toc et étaler les signes extérieurs de c’est mon choix, encore faut-il avoir les poches pleines.

Difficile quand 99% des richesses sont détenues par 1% de la population.

Alors on cherche tous les moyens possibles pour gagner du fric. Ou au moins se donner l’illusion qu’on en a. Creusant au passage ses frustrations et son désir de vengeance contre un Système qu’on rejette mais qui continue de nous mener par le bout du portefeuille en nous promettant chaque matin des joujoux plus affriolants qu’hier.

O tempora, o mores…

Dette ? Quelle dette ?

Un état c’est comme une foyer : ça doit payer ses dettes ou éviter d’en contracter.

C’est avec ce genre de croyances totalement fabriquées que les hiérarques de Bruxelles zélés thuriféraires de la religion imposée par les banques centrales veulent nous faire croire depuis les décennies que l’équilibre budgétaire est avec la croissance et l’excédent commercial l’alpha et l’oméga du bonheur collectif.

Alors que les Français sont de plus ne plus nombreux à ouvrir les yeux et vouloir claquer leur gueule à ces ventriloques du Système, comme par hasard voici qu’à moins de 90 jours de l’élection présidentielle tombe le rapport Pébereau. Et qu’on nous ressert le vieux refrain de la dette.

Voir l’article du Figaro du 15 février 2017 : Ces 5 chiffres qui montrent l’urgence de réduire les dépenses publiques en France.

Mais qui serait aujourd’hui assez naïf pour croire un apparatchik de la haute finance comme Michel Pébereau, ancien patron de BNP-Paribas, la banque la plus cynique de tout le cartel français ?

La dette ? Mais on s’en tape de la dette !

Qu’est-ce qu’une dette ? Une simple écriture dans un ordinateur. Cliquons sur « DELETE » et hop ! terminé : plus de dette !

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Ça paraît facile à dire ? Et pourtant…

Bien sûr les médias n’en parlent jamais, mais ôtons nos œillères et observons comment depuis la crise de 2008 les Islandais ont dit aux banques d’aller se faire foutre en optant pour un autre modèle social et économique à l’opposé de la doxa monolithique qu’on nous ressert depuis 50 ans comme la seule vérité vraie. Les banques n’ont pas pu faire autre chose que s’aligner…

Dont acte.

Qui plus est, la dette est un mécanisme totalement pervers au cœur du système mis en place par les banques centrales pour asservir banques, états, entreprises et particuliers.

Le vrai sens de la « dette », ce n’est pas ce lien absurde que les états continuent d’entretenir avec les banques, et que nous continuons tous d’entretenir avec les puissances de l’argent.

Non. La vérité cachée derrière ce machiavélique artifice comptable, c’est que nous sommes tous totalement interdépendants. Que nous avons tous une dette les uns envers les autres. Et que l’humanité tout entière a une dette envers elle-même. Parce que nous ne cessons d’emprunter à nos enfants pour financer notre rêve de toute puissance et de jouissance sans limite.

Changer ? Mais quoi ?

Il est temps de changer radicalement de modèle, au risque de nous autodétruire en suivant une logique qui conduit l’humanité à sa perte.

C’est sûr, quand on a été gavé de poison libéral depuis son enfance il faut du temps pour reformater le disque dur et oublier l’endoctrinement qu’on a subi. Mais c’est possible.

Quels sont les enjeux ? Quelles sont les priorités ? Quelles sont les solutions ?

Faut-il comme on le dit souvent remettre le politique au-dessus de l’économie ? Ne faudrait-il pas d’abord remettre l’homme au cœur de la politique ?

Réaffirmer le primat du politique sur l’économique c’est bien, mais ça sonne surtout comme une revanche d’une classe politique décrédibilisée, d’un discours politique désavoué par les électeurs et d’une volonté de récupérer des voix face au succès de l’abstention et à la montée des extrêmes.

On ne construit pas l’avenir en faisant marche arrière. On ne compense pas les effets néfastes de la violence des marchés en élevant des barrières protectionnistes comme s’imaginent pouvoir le faire Trump ou Marine Le Pen.

Quant à la mondialisation souvent accusée de faire le malheur des déclassés, elle arrive à son terme et jamais des murs ou des frontières ne permettront de revenir à un paradigme qui appartient au passé.

Faut-il alors laisser faire, laisser passer ? Et laisser au Système le soin de s’autoréguler ? L’avènement de la société de consommation capitaliste constitue-t-il le point ultime de l’évolution humaine, comme l’affirmait Philippe Muray, théoricien cynique préfigurateur de Houellebecq qui reprend à son compte la thèse hégélienne de la « fin de l’Histoire » ?

Certainement pas !

Faut-il ériger des contre-pouvoirs ? L’Etat doit-il réguler le marché comme le prétendent les partisans de politiques interventionnistes ou d’inspiration keynésienne ?

Force est de constater que toutes ces tentatives ont échoué.

De plus, le paradigme politique n’est certainement la clé pour comprendre le monde d’aujourd’hui.

Pas plus que la « nation » n’est le concept idoine pour retenir des identités déliquescentes et ordonner les échanges humains.

Sortir des paradigmes anciens

Comme l’a démontré le sociologue Alain Touraine[i], nous avons changé de paradigme.

Au cours de son histoire, l’humanité a d’abord connu un premier paradigme « politico-militaire ».

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Celui-ci était marqué par l’ère des batailles et des empires concentrés sur leur volonté de conquête hégémonique. Le pourvoir appartenait alors au prince. Une stratégie orientée vers la conquête de nouveaux territoires, la préservation et l’expansion d’un modèle civilisationnel inspirait alors l’action politique et militaire des états.

De Lao Tseu à Clausewitz en passant par Machiavel, le rapport de forces entre états rivaux se réglait par les armes et le gouvernement des peuples par l’usage de la force arbitraire ou légitime des puissants.

Ce système a produit des merveilles, a soumis des peuples entiers à la férule du modèle le plus puissant, mais il n’a pas assuré le bonheur de l’homme. Tout au plus a-t-il permis de pérenniser des dynasties vouées tôt ou tard au déclin.

Le succès des idéaux des Lumières et des grandes utopies sociales, l’avènement de la démocratie partout en Occident, l’effondrement des empires et l’affirmation du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes au sortir de deux guerres mondiales, les révolutions industrielles puis numérique, l’essor du capitalisme marchand, le triomphe du Marché et la mondialisation de l’économie ont conduit au début du 19e et jusqu’à la fin du 20e siècle au remplacement de cet ancien paradigme par un nouveau : le paradigme économico-social.

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Le Peuple souverain a replacé le Prince. Le Marché dans les sociétés capitalistes et l’économie planifiée dans les sociétés marxistes ont supplanté le primat du politique. La conquête de nouveaux territoires géographiques a été remplacée par celle de nouveaux territoires économiques.

Toute l’action collective s’est orientée vers l’édification d’une société fondée sur les valeurs démocratiques de liberté, d’égalité, de justice et la redistribution des richesses selon un idéal de fraternité.

Ce paradigme est aujourd’hui caduque.

La mutation rapide du capitalisme industriel en ultralibéralisme financier et le choc de la mondialisation aujourd’hui arrivée à son terme ont creusé les écarts et exacerbé la contestation d’un modèle économique inhumain.

Car celui-ci conduit à l’épuisement des individus et des ressources, à l’accroissement de la pauvreté et au creusement des écarts entre riches et pauvres, à des formes nouvelles d’esclavagisme, à la multiplication des guerres et des violences instrumentalisées pour servir les intérêts des grandes puissances, à la quête inassouvie d’un bonheur matérialiste et hédoniste fondé sur la consommation effrénée et le divertissement permanent, à la manipulation constante de l’opinion par les médias, à la dictature de la transparence, au repli des droits individuels au profit d’un monde hypernormatif, d’une surveillance permanente de la vie personnelle et sociale, à la perte totale du sentiment d’appartenance collective, du sens du bien commun, de la morale, des repères et des valeurs.

Selon Alain Touraine, le nouveau paradigme qui émerge aujourd’hui est avant tout culturel. Il se caractérise par l’opposition de modèles civilisationnels et culturels pour la domination mondiale jusqu’à l’avènement d’une culture planétaire portée par la mondialisation économique qui finira par supplanter les particularismes.

Si elle peut paraître juste, cette analyse centrée sur la culture n’est pas satisfaisante. Car elle ne rend pas compte de l’étendue et du sens profond de la crise actuelle, de ses enjeux les plus essentiels et des solutions à mettre en œuvre pour sauver l’humanité d’une destruction assurée.

Vers une conscience planétaire

Ce qu’il faut aujourd’hui c’est changer radicalement de vision et de modèle.

Non pas simplement changer de modèle de « société », car la société est un concept aujourd’hui dépassé. Tout comme la « nation », la société est un paradigme aujourd’hui englobé dans un ensemble plus vaste dont le périmètre est l’humanité tout entière en voie d’unification.

La mondialisation des échanges, non seulement des échanges économiques mais aussi la globalisation des savoirs et des cultures, l’accélération de la mobilité et la multiplication des échanges humains, qui s’accompagnent d’un déracinement généralisé de la culture d’origine mais aussi d’un enrichissement par le commerce avec une multitude d’autres, le développement d’internet et des réseaux sociaux qui permet d’échanger en temps réel les informations, de brasser les connaissances, de confronter les modèles de pensée et les habitudes de vie, tous ces phénomènes conduisent à l’émergence d’une nouvelle conscience planétaire.

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Cette métaconscience est celle de l’Humanité tout entière en voie d’unification. Et non la somme des consciences individuelles ou des éons collectifs en concurrence pour s’imposer comme l’entité dominante.

Cette unification en cours est inéluctable. Elle s’accélère, s’intensifie et s’approfondit. Il ne s’agit pas d’une « uniformisation » comme on le prétend souvent, même si les différences tendent apparemment à se niveler.

En réalité les différences jouent pleinement leur rôle moteur de la relation et de l’accélération cognitive et spirituelle.

Cette dynamique propulse la conscience collective dans une spirale ascendante vers des niveaux de plus en plus élevés. Ici et là, partout émergent des sauts de conscience qui ne sont pas à proprement parler des « prises de conscience » – encore que les crises jouent ce rôle – mais une expansion de la conscience globale, ramifiée en une infinité de connexions quantiques.

Le nouveau paradigme est donc bien plus que culturel : il est spirituel.

Inévitables régressions

La transition entre l’ancien et le nouveau paradigme passe par une étape de questionnement éthique. La passerelle entre l’idéalisme social propre au paradigme économico-social dont on voit aujourd’hui la faillite complète et le nouveau paradigme spirituel est jonchée d’angoisses existentielles, d’interrogations relatives à la morale, au sens de la vie ou à la soif d’une nouvelle transcendance.

A mesure que la réalité de cette nouvelle entité émergente qu’est l’Humanité nouvelle se fait jour et que la Conscience globale absorbe les consciences individuelles, des peurs vertigineuses se réveillent, liées au sentiment de perte d’identité personnelle ou collective.

Les crispations de la conscience qui en résultent se traduisent par des focalisations apocalyptiques sur fond de cataclysme écologique, de terreurs millénaristes, de fantasmes de 3e guerre mondiale et de destruction globale.

Ces soubresauts de la conscience en train d’accoucher se matérialisent par divers chocs, catastrophes, épidémies, flambées de violence ou emballements hystériques.

Autant de phénomènes dont on ne retient que la partie émergée de l’iceberg déformée par les lunettes de la pensée unique libérale qu’on chausse habituellement : crise économique, sociale, politique. Au mieux crise identitaire, culturelle ou civilisationnelle.

Contrairement à ce que l’on croit ce ne sont pas les désordres économiques, sociaux ou politiques qui génèrent un sentiment de panique et traversent la conscience de hantises diverses. Croire cela reviendrait à penser que les « événements factuels » déterminent nos perceptions psychologiques, qui à leur tour font fluctuer notre état d’esprit.

Passer du monde cartésien à la conscience quantique

La physique quantique nous révèle que c’est au contraire l’esprit qui tient le gouvernail. Et que notre réalité individuelle ou collective n’est pas « perçue » de l’extérieur mais que nous la créons à chaque instant. Que ce que nous croyons subir n’est pas la résultante d’événements indépendants de notre volonté mais le produit exact de nos choix et de nos représentations inconscientes.

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Ce monde en plein tourment n’est en fait qu’un gigantesque hologramme dans lequel nous nous projetons et dont nous nous croyons prisonniers.

Il suffit de penser, d’énoncer et de faire les choses différemment pour que notre réalité change immédiatement.

Cela vaut pour les individus, cela vaut pour les groupes, et demain cela sera notre réalité universelle.

Notre devoir collectif ce n’est pas aujourd’hui de changer le monde. Que ce soit par un effort « contre » une nature hostile comme le croient les partisans d’une vision anthropocentrique du réel. Ni à l’inverse en nous amendant de nos erreurs pour nous réconcilier avec une mère-nature bonne et généreuse mais qui nous renverrait aujourd’hui à notre inconscience et à nos excès. Vision infantile partagée par les partisans d’une vision « écocentrique ».

En revanche notre responsabilité collective passe par la prise de conscience des représentations que nous créons, qui à leur tour se traduisent par des modèles dont nous ne savons plus sortir.

La réalité collective est fondée sur l’intrication permanente d’égrégores collectifs, lesquels orientent à l’image de champs magnétiques et donne vie à ce que nous interprétons comme le réel, et en détermine l’apparence de réalité.

Nos pires ennemis sont nos peurs. A nous d’en prendre conscience et d’en être maîtres et non esclaves.

Le Système instrumentalise, nourrit sinon crée lui-même ces psychoses collectives par son obsession vaine et violente à affermir son pouvoir sur les êtres et les esprits.

Partout apparaissent en réaction des régressions de types religieuses, nationalistes, identitaires, communautaires.

Bien entendu toutes ces logiques qui s’appuient sur une volonté désespérée de retour aux mythes religieux, à la nation, au groupe de référence ou qui renforcent l’enfermement narcissique et l’individualisme contemporain s’appuient procèdent d’une lecture faussée par la peur et sont vouées à l’échec.

Pire, elles ne font que renforcer une dérive, une caste ou un système qu’elles prétendent combattre.

La pensée cartésienne ou rationnelle, si forte en France, qui prétend s’opposer à la pensée mythique, est aussi ce qui nous aveugle le plus. Il est temps de revêtir la conscience quantique. Que le philosophe Ken Wilber nomme « pensée centaurique ».

Cette pensée dépasse le prisme trompeur engendré par la dualité, par la pensée verbale et les concepts. Et l’apparente incompatibilité entre rationnel et irrationnel.

Pour entrer dans ce paradigme de conscience, il faut aller au-delà des mots et même des représentations.

Je ressens donc je suis

On a coutume aujourd’hui d’ironiser sur cette propension générale à privilégier les émotions et les affects par rapport aux idées.

Pourtant émotions et affects sont ce qui caractérisent les mouvements de notre âme. Et notre âme, plus que notre esprit résumé à l’intellect, est ce qui nous relie consciemment à notre être profond et à tout ce qui est.

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Nous nous sommes tellement détachés de nos émotions que nous en sommes par exemple venus à croire que l’on peut transmettre des savoirs ou des savoir-faire à de jeunes enfants en faisant totalement abstraction des émotions qui les accompagnent et de la sensibilité de ceux qui les reçoivent. Or c’est tout l’inverse. Parce qu’avant d’accéder à la pensée cartésienne, les plus petits fonctionnent naturellement dans la pensée quantique. Et vibrent instinctivement au diapason des consciences qu’ils côtoient dont ils captent les moindres frémissements.

Appliquons-nous donc à bien ressentir. C’est-à-dire à ne pas être esclaves de nos perceptions, de nos émotions ou de nos sentiments, mais à les accueillir, à les accepter, à les observer, à les nommer, à les partager et à les laisser vivre sans nous identifier à eux.

Car sans eux nous sommes détachés de qui nous sommes. Nous vivons dans les illusions engendrées par notre intellect et non au contact de l’énergie qui vibre en nous et nous fait être.

Notre travail consiste à prendre conscience de ce que nous sommes conscients, d’être conscients d’être, c’est-à-dire en perpétuelle évolution, en perpétuel devenir. De renoncer à fixer cette identité autour d’un sentiment d’avoir, de savoir, de pouvoir ou d’appartenir. Mais de nous concentrer sur la seule réalité qui est : que nous sommes des êtres totalement reliés, que toute séparation est illusoire et que nous ne faisons qu’Un avec tout ce qui est.

Lorsque le plus grand nombre aura réalisé cette étape, la conscience collective arrivera à son point d’achèvement. Toute velléité d’attachement matériel, de possession égotique, de compétition pour la conquête de nouveaux territoires, de nouveaux pouvoirs ou de nouveaux savoirs nous apparaîtra vaine.

Seule la recherche de la plus grande réalisation, du plus grand bonheur collectifs seront au cœur de notre engagement. La paix règnera éternellement. L’homme vivra éternellement (ce qui est déjà le cas même s’il le nie ou l’ignore), et il accomplira des prodiges dont il n’a même pas idée.

Ceci n’est pas une utopie, une chimère ou une illusion. C’est la seule réalité possible. A nous de la comprendre, de la choisir, de l’embrasser et de la « réaliser » collectivement. Il n’y a pas d’alternative.

Mettre l’Humanité au cœur de toutes nos préoccupations

En France, la fascination morbide pour les attentats terroristes de 2015 et 2016 a totalement anesthésié la pensée collective, en exacerbant les suspicions identitaires et en précipitant la fragmentation communautaire. La France est devenue incapable de s’inventer un avenir. Et se venge de son sort en décapitant sa classe politique.

Seule demeure dans des discours vides de sens la référence réflexe à une « République » dont on ne sait plus très bien s’il faut passer ou non à la 6e pour sortir du marasme politique, aux « Droits de l’homme » devenus un mythe démenti par les atteintes croissantes aux libertés individuelles, et à la « démocratie » qui n’est plus qu’un mirage destiné à masquer la manipulation par les élites et institutions financières, la disparition du pouvoir des individus et la limitation de l’expression démocratique aux outrances télévisuelles et à des parodies électorales mises en scène par les médias.

Faut-il revenir à une forme d’humanisme, remettre l’homme au centre de la politique ?

Non. D’abord parce qu’on l’a vu la logique politique ne fait plus sens aujourd’hui. Ensuite parce que ce n’est pas l’idéal humaniste si élevé soit-il qui nous sauvera mais l’inscription de plein pied, libre, joyeuse et active dans ce grand mouvement qui nous aspire vers un destin qui nous dépasse.

Pour devenir les acteurs de notre avenir, il faut mettre la conscience de cette appartenance à une Humanité dont nous sommes les cellules au cœur de toutes nos préoccupations, des plus anodines au plus essentielles.

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Nous sommes en marche. Mais pas pour élire un politique fantoche qui veut nous manipuler pour nous déposséder de notre pouvoir et nous rendre davantage esclaves d’un Système à bout de souffle.

Nous sommes en marche vers notre propre avènement.

Le changement ne « doit » pas arriver : il est déjà là.

Ce n’est pas pour demain, c’est ici et maintenant.
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*Un changement doit arriver

[i] Alain Touraine : Un nouveau paradigme. Comprendre le monde d’aujourd’hui. Fayard, 2005

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Le genre au prisme de Jésus

Cet article est un prolongement de celui publié par Gilles Boucomont, pasteur, sur le thème : « Jésus au prisme du genre« .

Jésus, homme juif ?

Rembrandt homme juif
Rembrandt – Jésus

Aucun doute possible : Jésus est bien un homme. Et un Juif du premier siècle. Plus précisément un Galiléen, donc sans doute plus grand, plus costaud, avec un visage plus large que les Judéens.

Ses apôtres sont tous des hommes mais il compte de nombreuses femmes parmi ses disciples. D’ailleurs sa relation aux femmes est empreinte de respect, d’affection, voire de cordialité intime. Marthe et Marie, sœurs de Lazare, sont des proches du Christ. Marie-Madeleine également.

Ce n’est pas un « enfant œdipien », comme beaucoup de fils sous l’emprise de leur « mère juive ». Il n’hésite pas à rabrouer fermement sa mère quand celle-ci exige de lui un miracle lors des noces de Cana.

On pourrait même le croire un brin macho, par exemple quand ses disciplines lui indiquent que sa mère et ses frères sont à  sa recherche et qu’il renvoie ceux-ci là leurs angoisses  : « Ma mère et mes frères sont ceux qui font la volonté de mon père. »

En tout cas, il marque clairement sa distance avec sa mère qui reste pourtant très proche de lui, y compris lors de la crucifixion. N’hésitant pas à l’appeler « femme » et non « maman », témoignant ainsi que l’homme libre et adulte devant Dieu est aussi affranchi des déterminismes familiaux.

Jésus efféminé ?

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Bernardino Luini : Jésus parmi les Docteurs

Croire que Jésus soit efféminé, ce serait céder à des clichés très occidentaux véhiculés notamment par l’art pictural, en particulier italien. Ou projeter des stéréotypes occidentaux (un homme ne pleure pas, ne manifeste pas d’émotions en public, etc…) sur la figure d’un Moyen-oriental de l’Antiquité qui les ignorait totalement.

L’homme juif est au contraire un homme puissamment émotif, affectif même. Il rit, il pleure, il se met en colère, s’emporte, il « vit » ses émotions. Aucun préjugé sur le fait de pleurer. Ceci n’est nullement l’apanage des femmes. La Bible est remplie d’exemples ou les Juifs se lamentent, « pleurent » sur leur sort, sur Jérusalem, ou au contraire s’épanchent en effusions larmoyantes pour se réjouir collectivement. Les démonstrations d’émotion, en particulier publiques, sont fort appréciées, voire théâtralisées. Qu’on songe pour s’en convaincre aux caricatures chères à l’humour juif.

L’esprit cartésien, la survalorisation de l’intellect au détriment de l’émotionnel ou de l’affectif, l’assimilation de « l’esprit » au masculin et de « l’âme » au féminin sont des traits strictement occidentaux, et plus précisément anglo-saxons, sinon français. Les Latins, les Méditerranéens (Italiens, Espagnols, Portugais, Grecs…) sont eux aussi très émotifs et s’épanchent volontiers.

En outre, la culture moyen-orientale n’opère pas de distinction encore moins d’opposition entre l’affectif et le mental, comme chez nous. On vibre autant qu’on pense. On partage un point de vue avec  ses tripes et son cœur autant qu’on l’argumente avec sa tête. L’homme moyen-oriental est « entier », là où l’Occidental se démarque et se méfie souvent de ses sentiments, de ses émotions, de son instinct ou de ses pulsions et survalorise la pensée au détriment des émotions.

Jésus célibataire ?

Jésus et Marie-Madeleine (vitrail)
Jésus et Marie-Madeleine (vitrail)

C’est la tradition et non l’évangile qui a assis le dogme selon lequel Jésus était célibataire. Qui plus est qu’il n’était pas marié à une femme parce que « fiancé à l’Eglise ». Il s’agit d’une interprétation non d’une vérité anthropologique.

D’un point de vue historique comme d’un point de vue biblique, nul ne peut affirmer avec certitude si Jésus était marié ou non. L’Evangile ne mentionne nullement de compagne. Du moins pour les textes canoniques. L’Evangile apocryphe de Philippe mentionne toutefois Marie Madeleine comme « la compagne de Jésus ». Celle « qu’il embrassait sur la bouche ». Encore que ce terme de « compagne » puisse revêtir un autre sens que celui d’épouse. Et que ce geste de s’embrasser sur la bouche puisse être compris comme la transmission ou le partage du « souffle » (pneuma), un geste symbolique voire initiatique par lequel le maître transmettait à certains disciples proches une partie de son enseignement dans le cadre d’une relation plus intime.

D’un point de vue anthropologique, il y a fort à croire qu’il eût été fort difficile à Jésus, Juif du premier siècle, rabbin et maître en Israël, d’enseigner publiquement sans être un homme « entier », c’est-à-dire qui ait connu « bibliquement » une femme. Et donc marié. On ne pouvait en effet même concevoir qu’un homme adulte puisse entrer dans une synagogue et y prendre la parole s’il n’avait connu de femme. Au risque de se voir chasser violemment sinon lapider[i].

Enfin, d’un point de vue théologique et spirituel, le théologien Jean-Yves Leloup pose comme principe que si Jésus n’a pas assumé l’intégralité de l’incarnation, y compris la sexualité, celle-ci ne peut être sauvée. Et donc l’humain ne peut être sauvé en totalité. Jésus n’était donc pas seulement sexué. Il a bien eu une sexualité. Mais laquelle ? A t-t-il connu une femme ? A-t-il été marié ? Se peut-il qu’il fût homosexuel, voire bisexuel, comme l’affirment certains théologiens gays ?…

Cependant, à la lecture de Matthieu 19, on peut s’interroger sur le fait que Jésus vivait dans un statut d’exception, sans compagne. Puisque ses coreligionnaires pharisiens viennent le « chambrer » sur la question du célibat, ne faut-il pas y voir une manière de le mettre en difficulté afin de remettre en cause son autorité ?

La réponse de l’intéressé, en particulier son affirmation qu’il existe des eunuques (littéralement des « hommes non mariés ») qui « se sont faits eunuques à cause du Royaume des cieux » a longtemps servi à l’Eglise catholique de justification théologique au célibat des clercs, lesquels choisissent de renoncer au mariage pour se consacrer entièrement à l’annonce du Royaume. Argument cependant démenti par bon nombre de théologiens contemporains, notamment Uta Ranke-Heinemann (Des eunuques pour le Royaume des cieux – L’Eglise et le célibat).

Jésus androgyne ?

Léonard de Vinci : Le Sauveur du monde
Léonard de Vinci : Le Sauveur du monde

Le thème de l’androgynie divine a fait les choux du célèbre best-seller Da Vinci Code. Lequel fait du peintre Léonard de Vinci le dépositaire d’un sacret caché depuis les origines du christianisme sur une supposée relation conjugale entre Jésus et Marie-Madeleine, d’où serait issue la lignée des rois mérovingiens.

Considérer Jésus comme une figure androgyne à partir de sa représentation dans certaines peintures italiennes (Parmigiano, Bronzino et la peinture maniériste en particulier) est non seulement absurde mais anachronique.

Jésus était fils de charpentier. Il exerçait un métier manuel, « physique ». Il devait être plus trapu et athlétique que fin et élancé. Il se déplaçait beaucoup et souvent, entre la Galilée, la Samarie, la Judée, parcourait des kilomètres, sans doute à pied ou à dos d’âne. Ce n’était donc pas une mauviette.

En outre sa seule présence physique « en imposait » à ses détracteurs. Ce n’était donc pas un être à l’apparence féminine ou hybride, mi-homme mi-femme. Sinon personne, surtout parmi ses collègues rabbins, ne l’aurait pris au sérieux. Car si les hommes pouvaient afficher des traits de personnalité que l’on jugeraient aujourd’hui « féminins », comme pleurer en public, ils se devaient d’afficher un « look » sans ambiguïté aucune : longue barbe bien fournie et carrure respectable.

Jésus était donc plus probablement un « gaillard », un homme robuste aux traits masculins, aux cheveux épais et très noirs, à la peau mate et marquée par le soleil, avec une longue barbe « biblique » et une carrure imposante. Plutôt qu’un être léger et fluet.

Si sa sensibilité peut nous paraître un trait androgyne, c’est parce qu’encore une fois nous projetons sur Jésus nos propres catégories contemporaines et occidentales. Jésus n’était pas un être « sensible » au sens de « faible ». Mais son amour était d’une profondeur telle qu’il voyait au travers de chaque être comme dans un livre ouvert, avec une tendresse particulière et infinie, une « tendresse » qui est accueil total de l’autre et non sensiblerie.

Croire, c’est pour les femmes ?

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C’est encore une fois une vision occidentale pour pourrait donner à penser à beaucoup d’hommes que la foi n’est pas faite pour les vrais mâles. Qu’elle s’apparente à une sensibilité qui relève du féminin.

En outre opposer la foi des bonnes femmes à la raison masculine et plaquer ces considérations sur Jésus est du plus pur anachronisme et ethnocentrisme. Anachronisme car on n’a coutume d’opposer foi et raison que depuis que les Lumières et le scientisme ont rejeté la foi dans la ténèbre de l’obscurantisme. Ethnocentrisme parce que si les Judéens côtoyaient la pensée grecque, et si la raison ou le Logos ne leur étaient sans doute pas étrangers, ils ne devaient pas pour autant concevoir d’opposition entre la rationalité au sens où nous l’entendons aujourd’hui et la foi qui échappe à tout critère rationnel.

Au contraire, surfer sur le Talmud ou la Mishna pour interpréter la Loi est un exercice qui fait autant appel au raisonnement logique et déductif qu’à la foi.

Quant aux préjugés que nous pouvons nourrir à l’égard du patriarcat juif qui serait moindre que la domination masculine chère à Bourdieu parce qu’enraciné dans un système de filiation matrilinéaire, c’est un contresens total. La domination des femmes était sans nul doute bien plus forte dans la Judée du premier siècle que dans la France d’avant-guerre.

En tirer des conclusions politiquement correctes sur le « féminisme » ou l’égalitarisme de Jésus avant la lettre est encore plus risible. Jésus ne conteste nullement l’ordre établi quand il s’adresse à une femme. Il ne cherche pas à modifier les règles ou les rôles sociaux. Il « dépasse » les archétypes de genre et parle à « l’être », et non plus seulement à l’humain, sexuellement ou socialement contingent.

En ce sens la familiarité de Jésus à l’égard des femmes, disciples, proches, prostituées ou Samaritaine, est une réelle violation des usages, une transgression de la Loi et une provocation inadmissible aux yeux de bon nombre de ses contemporains. C’est aussi pour ses « fréquentations » que Jésus s’est fait détester des gens comme il faut de son époque…

Jésus libérateur des aliénations sociales ?

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Malgré le caractère renversant, nouveau voire scandaleux de son message pour ses contemporains, Jésus était tout sauf un révolutionnaire ou un libertaire !

Nulle prétention chez lui de nous « affranchir d’une culture aliénante » parce que machiste et soumise aux arbitraires de genre. Ce serait burlesque de le croire.

Jésus n’est pas venu pour faire la révolution post-moderne et en finir avec les stéréotypes du masculin et du féminin. Son message va bien au-delà.

C’est de toute assignation dont il nous délivre. Non seulement culturelle, mais psychologique, familiale (« celui qui ne renie pas son père et sa mère… »), sociétale, économique, et surtout religieuse !

Là où la religion, centrée sur la conformité avec la Loi, enferme dans le péché et ferme la porte du Salut, Jésus vient donner un grand coup de pied dans la fourmilière, révéler les hypocrisies et les enjeux de pouvoir, déconstruire les discours stigmatisant et restaurer la dignité, la liberté et la santé tronquées.

Jésus ne renverse pas un ordre, fût-ce au nom de l’Amour, il fait advenir une réalité nouvelle au nom du Royaume. Il transfigure le réel au lieu de le « réformer » ou de l’amender.

Jésus, icône gay?

Jésus & l'apôtre Jean (icône)

Malgré l’intérêt de leurs hypothèses, en particulier concernant le rappel de notre nature ontologique bipolaire (masculine et féminine) et plurielle, certains historiens comme John Boswell (Christianisme tolérance sociale et homosexualité) et certains théologiens chrétiens gays se trompent quand ils laissent entendre que Jésus était homosexuel.

N’était-il pas entouré d’hommes, plutôt à l’aise avec les femmes, peu enclin à la misogynie ni soucieux de ses prérogatives viriles à l’inverse de ses contemporains ? Ne prônait-il pas l’amour universel du prochain, de s’aimer les uns les autres ? L’apôtre Jean n’était-il pas « le disciple que Jésus aimait » ? Celui qui se tenait « sur le sein du Seigneur » ? Souvent représenté dans l’iconographie chrétienne sous les traits d’un éphèbe efféminé et dans une posture d’intimité amoureuse avec le Christ ?…

En vérité ces théoriciens se trompent parce qu’ils plaquent un concept contemporain – l’homosexualité voire l’identité gay – sur une réalité qui leur est totalement étrangère : la proximité cordiale, affectueuse et physique voire « homophile » entre deux hommes ; phénomène très courant au Moyen-Orient mais qui ne signifie pas (nécessairement) qu’ils partagent une complicité homosexuelle ou entretiennent une relation sexuelle.

Toutefois, il n’est ni totalement absurde ni scandaleux de se poser la question de la relation de Jésus à certains disciples masculins plus proches de lui, comme Lazare ou Jean.

Jésus avait-il des penchants homosexuels ? Il est permis d’en douter. En revanche, Jésus « aimait » chaque homme et chaque femme profondément pour ce qu’il est, avec le regard bienveillant de Dieu, débarrassé de tout jugement et de tout désir d’appropriation.

Si l’on accepte l’idée que l’humain fut créé à l’image et la ressemblance de Dieu, qu’il est d’une nature bipolaire, « homme et femme », et plurielle, donc relationnelle dès l’origine, alors on peut accepter que l’amour se décline à plusieurs genres. Y compris dans sa dimension sexuelle.

Sans pour autant parler de bisexualité, ce qui serait anachronique s’agissant de Jésus, on peut concevoir qu’il était enclin à manifester une proximité physique, une cordialité intime et un amour tendre aussi bien envers ses disciples masculins que féminins. Et ce bien au-delà des conventions sociales ou des convenances morales de son siècle.

Jésus devait se laisser approcher, toucher, sentir par ceux qui le suivaient. L’eucharistie n’est-elle pas fondée sur le corps et le sang du Christ, ingérés sous la forme du pain et du vin partagés lors du repas qui commémore le sacrifice de jésus et le don de sa vie pour l’humanité ?

L’Église a hélas tellement perverti la notion-même d’incarnation, s’est tellement distanciée de la chair, méfiée du corps ou de sexe, et ce depuis l’origine (Paul, les Pères…) que nous en avons oublié à quelle point la rencontre avec Christ est une expérience d’abord humaine, palpable, physique, charnelle, sensuelle.

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Seuls les mystiques ont manifesté des transports et des extases dont la charge érotique, loin d’être gommée, est au contraire puissamment exaltée !

La tradition orientale, notamment orthodoxe, a su maintenir une relation relativement apaisée au corps et au sensuel, là où les églises protestantes sont à l’inverse figées dans une suspicion inquiète et obsessionnelle à l’égard du péché charnel, conduisant parfois à un puritanisme désincarnant des plus mortifères.

Jésus, archétype de l’humain et du divin par-delà les catégories de genre

Adam et Eve
Adam et Eve

Jésus est créateur de sens, de vérité et de réalité, non un idéologue des temps nouveaux. Un homme-dieu qui parachève sa Création, sans rien ôter à ce qu’elle comportait.

Il est un homme parfaitement réalisé au plan humain, « l’Adam parfait ».
Et il est une figure du Divin agissant au plan de l’incarnation humaine.

En ce sens il est tissé du masculin et du féminin, comme tout humain.

Sa Parole libère, restaure et met en mouvement. Elle brise tous les déterminismes, et pas seulement ceux liés au genre. On peut naitre homme ou femme, soumis à l’arbitraire du statut social que nous confère la culture dans laquelle nous vivons, on en est pas moins indifféremment aimé de Dieu. En tant qu’être et non en tant qu’homme ou femme, tenus par les stéréotypes et les conventions liées à notre genre.

Dieu ne cherche pas à annuler ces différences. Mais à les transcender.

Dieu procède par multiplication, par démultiplication, par progression géométrique ou factorielle, non par soustraction ou sur-ajout.

Il n’inverse pas la dynamique de la relation, fondée sur la différence, toutes les différences. Il ne retranche rien à notre identité. Il la parfait, la réalise, l’élève vers sa dimension la plus accomplie.


[i] Voir à ce sujet : Jean-Yves Leloup : « Tout est pur pour celui qui est pur » – Jésus, Marie-Madeleine, l’Incarnation… » (Albin Michel, 2005)