13 novembre : A quoi servent les commémorations ?

Mis en avant

Pendant plusieurs années, j’ai eu beaucoup de mal avec ces commémorations obligées des attentats de Charlie et du 13 novembre.

Comme tous les Français, j’avais été bouleversé par ces attentats. Mais la mémoire, individuelle et collective est un être vivant, qui pour vivre et se développer a besoin constamment de se renouveler.

Tout travail de deuil, personnel ou national, suppose à un moment donné une mise à distance volontaire du traumatisme vécu. Une mise au repos des émotions et de la conscience, notamment par respect pour des êtres fauchés prématurément par le tragique.

Les rescapés qui revenaient des camps de la mort étaient les premiers à ne pas vouloir évoquer ce qu’ils avaient vécu. A vouloir célébrer la vie et ne surtout pas se laisser enfermer dans une culture morbide d’un passé indicible. Tout comme les poilus qui revenaient de l’horreur de Verdun, ou les soldats du front russe.

En 2016 et 2107 j’ai tenté d’alerter sur les dangers de cette crispation mortifère sur des commémorations à n’en plus finir, qui ne faisaient que rouvrir des blessures et empêcher cette cicatrisation de la mémoire. Et qui avaient pour autre conséquence d’enfermer la France et les Français dans un statut de victimes sidérées et impuissantes face au terrorisme : l’un des buts précisément de la terreur.

DFWDE6B27EEGVPGTM3MO46XCRA

4 ou 5 ans après ces attentats, les choses ont commencé à évoluer. La mémoire s’est davantage apaisée. Le temps a fait son ouvrage. Et ces événements tragiques nous apparaissent avec une tonalité différente, moins aiguisée.

Daesh, au moins en Syrie, a été vaincu. La menace terroriste n’a pourtant pas disparu. Pas plus que l’idéologie islamiste ne s’est évaporée. Le combat a juste changé de visage.

L’attentat de la Préfecture début octobre est venu nous rappeler que le terrorisme existait toujours, qu’il avait juste changé de forme. Moins spectaculaire, plus insidieux.

Comme un cancer l’idéologie djihadiste s’est infiltrée dans les esprits, a produit des métastases inattendues chez certains de nos concitoyens gagnés par le fondamentalisme musulman. Peut-être le danger est-il même aujourd’hui plus menaçant parce que plus profond et plus diffus, protéiforme.

Aujourd’hui le « devoir de mémoire » et ces commémorations prennent une toute autre allure. Il ne s’agit plus simplement de commémorer des événements que personne n’a oubliés. Mais d’en revisiter la signification pour donner du sens à ce que nous vivons aujourd’hui.

3 jours après la marche de la honte qui a réuni quelques 13.000 « musulmans » français emmenés par des officines et des personnalités clairement gagnées à l’islamisme, après ces amalgames honteux entre des symboles de la Shoah comme l’étoile jaune et cette imposture intellectuelle et politique qu’est « l’islamophobie », nous célébrons aujourd’hui les attentats de Paris de la nuit du 13 novembre 2015. Et les 130 victimes que firent ces massacres dans les rues de la capitale et au Bataclan.

« Ne pas oublier » ces victimes : c’est évident. Mais ne pas oublier surtout que ceux qui encore aujourd’hui osent prétendre qu’ils n’ont « aucun lien » avec le terrorisme, comptent parmi eux des idéologues qui ont endoctriné de jeunes Français, les ont convertis à une vision radicale, rétrograde, haineuse et agressive de l’Islam, ont contribué à leur radicalisation, et les ont poussés un jour à rejoindre les rangs djihadistes.

« Pas d’amalgame ! », « Pas en mon nom ! », « Rien à voir » : tous ces slogans simplistes ne peuvent plus fonctionner aujourd’hui.

C’est aux musulmans eux-mêmes qu’il appartient en premier lieu de faire ce travail de discernement, de libération, de lutte contre toute forme d’endoctrinement, d’embrigadement au nom de l’Islam, de conscience, de sanctuarisation de la limite qui sépare le juste de l’injuste, le vrai du faux, et acceptable de l’inacceptable.

C’est le contraire de l’adhésion à une religion morte, figée dans le littéralisme, ce qu’en principe ne permettent pas les langues sémitiques comme l’hébreu, l’araméen ou l’arabe, la langue du Coran, parce que leur structure consonantique interdit toute interprétation monolithique et offre à l’esprit une pluralité de sens.

Il y a donc dans le cœur-même de la tradition musulmane une impérieuse nécessité d’actualisation du sens. Ce que réprouvent les fondamentalistes qui voudraient se l’accaparer en le refermant sur une seule et même lecture licite.

C’est donc tout un travail de relecture de leur tradition, de son articulation avec les fondements éthiques de la République, un travail de conscience et de mémoire qui attend les musulmans de France. Un travail identitaire et éthique, collectif et non seulement individuel, surtout pas communautariste mais authentiquement républicain.

Et ce travail honnête et courageux passe notamment par un travail de mémoire sur ces attentats contre l’unité de la nation et des citoyens français.

Un travail nécessaire pour ne pas céder, par crainte d’être déclarés complices ou coupables, à la tentation d’occulter sous le sceau de l’oubli une mémoire qui risque de hanter certains comme un spectre, et de revenir un jour frapper à leur porte comme le retour du refoulé.

Il est facile de vouloir séparer les bons des méchants, les terroristes des vrais musulmans, les « Je suis Charlie » des anti-Charlie.

Sauf que la réalité ne se résume pas à ces schémas binaires. Il y a toute une frange nombreuse de musulmans honnêtes et attachés à la République, mais qui risquent de se laisser piéger par les discours mensongers des islamistes sur « l’islamophobie ». De se laisser gagner par des peurs qu’on fabrique et qu’on instrumentalise pour les amalgamer. Ou bien de voir sa propre conscience neutralisée par un tiraillement entre son appartenance à la communauté nationale et son attachement une « communauté musulmane » qu’on prétend menacée.

Le virus de l’islamisme s’apparente plus à un sida qu’à un cancer. Un sida qui trompe les mécanismes de défense immunitaire, qui déjoue les mécanismes de congruence identitaire afin de semer le doute, de s’insinuer et d’amener ses victimes à ne plus se reconnaître qui elles sont : des citoyens français à part entière. Et qui finit par les retourner contre un pays qui les aurait rejetés.

C’est contre cette maladie qu’il faut lutter. Et pas seulement contre l’idéologie qui en est responsable et ceux qui la propagent.

Tout combat contre l’islamisme, le fondamentalisme, les dérives sectaires qui les accompagnent et les menacent qu’ils font peser sur la cohésion nationale, sur la sécurité publique, sur les lois et les principes républicains doit se faire AVEC Les musulmans, surtout pas sans eux ou contre eux.

Ce combat diot être fondé sur une volonté de rassembler. Non sur une illusion de tolérance libertaire aveugle à toutes les dérives. C’st pourquoi il doit fédérer autour d’un socle de valeurs communes sans cesse rappelées, y compris dans leurs applications les plus basiques.

Quant aux commémorations elles n’ont de sens que si elles participent à un travail de réconciliation de la mémoire collective traumatisée par des actes admonitoires qui visent à la profaner et la diviser.

Paris, la fête est finie ! Hidalgo, les poubelles et les bobos

Mis en avant

anne-hidalgo-grand-paris-bobos

Les touristes qui visitent Paris sont souvent surpris de découvrir à quel point la Ville Lumière est une ville sale.

Elle l’est en effet. Et pour ses habitants c’est devenu insupportable.

Anne Hidalgo a-t-elle pour autant raison de réagir de façon aussi désinvolte, en incitant les Parisiens à se prendre « en charge », alors qu’un article dans la presse étrangère parle de « Paris poubelle » ?

« On ne vas pas mettre un éboueur derrière chaque Parisien. » Selon elle, « tout est question d’éducation et de respect. » Réaction éloquente…

830x532_anne-hidalgo-laveuse-electrique

En stigmatisant ainsi le manque d’éducation des Parisiens, la maire de Paris montre son vrai visage. Derrière la femme de gauche, engagée dans toutes les causes sociales et chantre du Paris écolo, se cache une bobo issue de la gauche caviar qui méprise le populo.

Hidalgo oublie qu’elle a milité pour la retraite à 60 ans, puisqu’elle est aujourd’hui en campagne pour sa réélection. Les Parisiens vont-ils lui offrir une veste en guise de cadeau d’anniversaire ?

L’élue se cabre dès qu’on critique son bilan. Et reste sourde au mécontentement des Parisiens, pour qui la propreté demeure la préoccupation numéro 1, devant la pollution.

Car si la saleté de Paris écorne son standing de grande capitale, elle le doit en partie à la négligence de ses élus.

Car si l’espace public pâtit de nombreuses incivilités, ce n’est pas tant dû aux déficiences du nettoyage et du ramassage d’ordures qu’à des erreurs de taille dans les messages adressés aux Parisiens lancés par la municipalité quant au bon usage de l’espace public.

Ces erreurs concernent la politique sociale, d’urbanisme et de transports de la Ville de Paris.

Ainsi la politique de « mixité sociale » systématique mise en œuvre en matière de logement n’est pas sans conséquences sur les négligences et dégradations causées à l’environnement. Cette politique initiée par Bertrand Delanoë pour contrer le risque de gentrification a été intensifiée par Anne Hidalgo. Et érigé en credo pour les critères attribution de logement sociaux.

Il est délicat de le souligner mais certains habitants du parc de logement social appartenant à des populations d’immigration récente ont tendance à être moins soucieuses de l’espace public que d’autres. Dans les quartiers à forte population immigrée les employés municipaux remarquent par exemple que les dégradations, les dépôts de déchets et autres incivilités se sont multipliées.

Si Paris doit conserver sa diversité et éviter de devenir un ghetto pour riches, si chacun doit pouvoir y habiter sans que s’instaure une sélection par l’argent, l’entêtement de certains élus à privilégier des populations immigrées par simple parti-pris idéologique pose plusieurs problèmes. Comme celui de l’équité face à l’accès au logement. Ou celui de la responsabilité des élus quand certains ne respectent pas l’environnement où ils vivent.

Ce rêve pluraliste d’une ville où toutes les communautés communieraient en célébrant béatement le vivre ensemble se heurte parfois au réel. Vouloir isoler les populations est une autre erreur. Les mélanger artificiellement pourrait sembler naïf s’il n’y avait pas derrière ce choix d’évidentes arrière-pensées électoralistes.

Et la volonté de masquer sous un vernis idéologique une réalité : Paris devient une ville inaccessible – la plus chère du monde selon certaines statistiques – où bientôt seuls les très riches pourront accéder à la propriété. Et où les logements locatifs seront attribués en priorité sinon aux plus défavorisées, du moins à des communautés chouchoutées.

Ceux qui font les frais de ce choix politique sont les classes moyennes, contraintes de plus en plus de déserter la capitale.

Gare ! Car ce sont eux qui jusqu’à présent votaient le plus socialiste aux échéances municipales. Par conviction et non par intérêt.

Ces classes moyennes constituent les plus gros bataillons de bobos parisiens. Attachés à leur confort de vie, à la mobilité, à l’innovation, à un Paris social, écolo, rigolo mais pas crado.

Si Paris veut continuer à offrir le visage d’une capitale vivante, ouverte sur le monde et multiculturelle, qui favorise rencontres, brassages et métissages et donne sa chance à tous, ses élus se trompent en pendant qu’on combat l’uniformité par une cohabitation forcée, en secouant les disparités sociales dans un shaker.

D’autant plus contestable est ce principe de mixité pétri de bons sentiments quand il obéit à une volonté sournoise et très « gauchiste » d’emmerder le bourgeois. En le obligeant à partager son territoire avec des gueux. Un peu comme ces révolutionnaires qui invitait la plèbe à Versailles pour chahuter Marie-Antoinette.

Ian Brossat, élu communiste au passé trotskiste, illustre bien cette ardeur militante qui se plaît à multiplier les provocations. Adjoint au logement d’Anne Hidalgo, le jeune élu avait ainsi tenté en 2013 d’imposer l’idée saugrenue d’implanter un village de Roms dans le 16e arrondissement. Une façon de clouer le bec à ceux qui osent stigmatiser injustement cette minorité opprimée et l’accusant de nuisances parfaitement chimériques.

-

Tout aussi condamnable est l’attitude complaisante et irresponsable des élus vis-à-vis des migrants et des associations qui les soutiennent, qui consiste à laisser se développer de véritables bidonvilles sur le périphérique dans le Nord-Est de Paris. Avec l’intention louable de les rendre plus « visibles » pour alerter l’opinion sur leur situation.

migrants-touristes-Paris-poubelle-coupe-gorge-Hidalgo-e1499800964401

Le résultat est contraire à l’objectif affiché : à l’indifférence face au sort des migrants succède l’exaspération de voir ces squats dégrader l’espace public et l’irresponsabilité des pouvoirs publics cautionner la politique du fait accompli. Les abords du périphérique de la Porte de la Villette à la Porte de Clignancourt sont ainsi devenus un gigantesque dépotoir. Sans compter d’autres effets pervers : près de la Porte de la Chapelle s’est développée la « colline du crack », le plus grand spot de deal à ciel ouvert de l’hexagone. Les habitués parmi lesquels beaucoup de migrants ont établi leur campement juste à côté.

Le spectacle de la misère et de la déchéance dans les rues de Paris, autant que l’indifférence qui l’entoure sont choquants. A quoi bon en rajouter en exhibant ces chapelets de tentes et de cabanes où les migrants s’entassent ? Si la France accepte d’accueillir des migrants, ce n’est pas pour les laisser vivre dans ces conditions insalubres. En laissant à quelques ONG le soin de s’en charger.

Aux politiques d’abord de prendre leurs responsabilités pour mettre fin à cette exhibition complaisante de la misère. De s’occuper vraiment des personnes SDF comme des migrants sans les laisser envahir les rues en comptant sur la charité privée.

Quant aux populations plus sédentarisées, si certains se singularisent par des comportements inciviques, il faut agir pour promouvoir un meilleur esprit civique. En faisant valoir que c’est l’intérêt de tous de prendre soin du cadre de vie.

Il ne s’agit pas de trouver des excuses – ignorance, différences culturelles, impuissance des parents à éduquer leurs enfants – pour éveiller les esprits à plus de conscience de l’espace public, de respect d’autrui et de responsabilité civique.

Prenons l’exemple de la Porte Dorée et du Lac Daumesnil. Lieu de promenade et d’agrément créé sous Napoléon III au bord du Bois de Vincennes, c’est aussi l’un des plus beaux paysages de nature artificielle emblématique de l’esthétique romantique. Chaque été durant la Foire du Trône, il n’est pas rare de voir des groupes s’installer sur les pelouses autour du lac pour pique-niquer, faire bronzette et s’adonner à des jeux. Certains n’hésitent pas à faire des barbecues. Le soir venu, les pelouses sont laissées dans un état de dégradation affligeant, jonchées de détritus divers en dépit de la présence de poubelles à proximité.

On ne peut pas imaginer que tous ces parents et ces jeunes adultes qui se comportent ainsi n’ont pas conscience de salir et que d’autres devront passer derrière eux pour ramasser. De tels comportements ne sont pas admissibles. Ils témoignent d’une attitude frondeuse et d’un mépris évident pour le lieu qu’ils utilisent, pour le bien commun, pour les autres et pour les services chargés de la surveillance ou de la propreté. En un mot, pour l’autorité.

Il ne s’agit pas seulement d’un manque d’éducation, de savoir vivre, de respect de l’environnement ou de la communauté. Mais aussi d’une inconscience totale du lieu où ils se trouvent. Et que la puissance publique entend maintenir ouvert à la jouissance de tous.

Paris regorge de semblables lieux, jardins, places, esplanades, avenues, promenades, qui font la fierté de son patrimoine, aménagés pour permettre au plus grand nombre d’en bénéficier. Certains ont conscience du « prix » de tels lieux. De leur valeur foncière, artistique, du coût de leur entretien. Mais aussi parce qu’ils font partie de l’histoire et de l’âme de Paris. Et méritent plus d’attention qu’une simple pelouse flanquée sur une aire d’autoroute.

L’erreur d’Anne Hidalgo ce n’est pas d’avoir voulu venir en aide à des populations défavorisées, de prôner plus d’égalité sociale ou d’éviter que l’homo parisianus ne se renferme dans un entre-soi. L’erreur c’est de croire qu’il suffit de distribuer des privilèges et des prébendes sous forme de logements, de places en crèche ou d’aides sociales pour que l’intégration de nouvelles populations se réalise par magie.

Toute aide, toute chance accordée au nom de légalité ou de la mixité suppose une réciprocité. Au moins sous forme de gratitude manifestée dans des actes quotidiens.

Ce que la « Reine de Paris » oublie, c’est que le choix d’accorder un logement ou d’ouvrir au public des espaces de liberté dans une ville surpeuplée comme Paris, où bien peu ont la chance de pouvoir vivre, ce n’est pas comme faire des cadeaux pour se faire aimer du bon peuple.

Cela suppose pour les bénéficiaires des devoirs et des responsabilité

Une autre erreur coupable d’Anne Hidalgo et qui ne va pas manquer de lui revenir bientôt à la figure c’est d’avoir voulu vendre du rêve, et une image de Paris totalement utopique.

Des expressions comme « promouvoir la mixité sociale« , « rendre la ville aux Parisiens« , l’incitation à « se réapproprier la ville » avaient marqué la politique de la précédente mandature. Mais ces ruptures et audacieux voulus par Bertrand Delanoë s’enracinaient dans un constant souci d’équilibre, de réalisme, de rigueur budgétaire.

Avec Anne Hidalgo on est passé au stade du rêve éveillé et du blabla. Ces expressions ne sont plus que des slogans démagogiques justifiant une obsession à poursuivre les mêmes schémas, sans véritable projet ni capacité d’innover.

On surfe sur les mythes de Paris Plage. Celui d’une ville tournée vers l’hédonisme, où chacun est invité à célébrer selon ses goûts et ses lubies sa manière de vivre, sa fierté d’être soi et sa quête d’un bonheur permanent et sans entraves.

Le Paris d’Hidalgo est un peu à l’image de Tel Aviv : « The Bubble » – la Bulle. Une ville ignorante des soubresauts du monde, une utopie vivante vouée à l’édification d’une cité douce, radieuse et aseptisée, où le soleil brille toujours sur les visages souriants d’heureux privilégiés.

Une ville à la pointe de l’innovation en matière d’urbanisme ou d’écologie. Où la qualité de l’air, de l’eau et des tomates bios qui poussent sur les toits est toujours sous contrôle. Où chaque citoyen est invité à planter des petites fleurs aux pieds des arbres et à cultiver ses légumes sur son balcon.

paris plage.jpg

Une ville où chacun peut se déplacer librement en utilisant des « circulations douces », fluides, simples, ludiques, de préférence décalées ou partagées. Où l’abondance du réseau de transports publics rend obsolète le recours à la voiture, un vestige du passé.

Une ville où l’on peut à toute heure du jour ou de la nuit se promener en famille ou entre amis au beau milieu de places arborées, aérées et apaisées, tapissées de larges pelouses et enrichies d’espaces ludiques et connectés.

Une ville dans la lumière ne faiblit jamais, attirant le monde à découvrir son lot de fêtes et de créations originales si merveilleusement intégré à son patrimoine unique.

Pour édifier la capitale dont elle rêve, la maire s’est ainsi entêtée à entreprendre des grands chantiers d’une envergure quasi-mitterrandienne. Mais avec un style plus light, plus soft, plus fun. En se voulant plus proche des gens, à l’écoute des « attentes des Parisiennes et des Parisiens« .

Beaucoup d’enfumage et de baratin. Comme cette prétention à faire participer les Parisiens aux choix relatifs à l’aménagement des 5 grandes places qu’elle s’est entichée de révolutionner, promettant des « débats citoyens » et des « ateliers » pour définir les arbitrages, avant même de savoir si initiative de bouleverser ces places constituait une priorité en terme d’urbanisme ou répondait à une attente des usagers.

Grisée par l’attribution à Paris des JO 2024, Anne Hidalgo s’est ainsi prise pour la Reine Soleil en engageant une frénésie de travaux éreintants, iniques et somptuaires. Quitte à rendre la vie impossible aux Parisiens et courir le risque de se faire dégager aux prochaines municipales.

Blocage des grands axes, saleté, niveaux record de pollution, cette volonté obsessionnelle d’imprimer sa marque dans le paysage urbain, sans réel souci d’esthétique, de cohérence ou de rigueur budgétaire, a fini d’exaspérer les Parisiens après que leur maire s’est obstinée à vouloir leur rendre la vie impossible pour filer son grand rêve. Résultat : en 2019 plus personne ne veut entendre parler d’elle et tous espèrent bientôt tourner la page.

nation travaux

Un autre grief qui rend cette politique du n’importe quoi quasiment obscène qui excèdent les Parisiens, c’est le mauvais goût des équipes chargées du mobilier urbain.

Que dire tant de ridicule quand on voit la laideur des fontaines installée sur le Rond-Point des Champs-Elysées ?

Comment justifier l’idée de supprimer tous les kiosques à journaux de la capitale pour les remplacer par des boîtes en platique maronnasse ? Avant de voir les plus beaux kiosques historiques de la capitale transformés en kiosques de fleuristes. Les petites fleurs plutôt que la culture : tout un symbole !…

Et que dire de ce Cœur de Paris inauguré en mars 2019 Porte de Clignancourt ? Comme s’il suffisait de planter une énorme « machin » d’art moderne à 650.000€, avec un coeur de parisgros cœur tournant sur un poteau comme un lollipop incongru au beau milieu de la place pour faire entrer tout le quartier dans la post-modernité ! Il eût été plus inspiré de commencer par déblayer autour.

Mais non. « Paris sera toujours Paris »… Ce Paris auquel les édiles s’identifient, jaloux de son prestige, se perd tel un mirage dans la contemplation de lui-même.

Et pour revenir au réaménagement des grandes places parisiennes, la bêtise et l’arbitraire avec lesquels ces espaces ont été dénaturés et remodelés est consternante.

Ainsi les élégants bosquets de la Place de la Nation, ses platanes plusieurs fois centenaires, son esthétique concentrique et ses dénivelés rythmant l’espace ont cédé la place à une pelouse hideuse traversée de diagonales sans cohérence, tout juste plantée de quelques arbustes et équipée de bancs rustiques pour venir s’y vautrer. Hormis les travaux d’étanchéité nécessaires au-dessus du métro, il s’agissait évidement de réduire au maximum l’espace de circulation pour créer un « espace de vie » apaisé, ludique, convivial… Mais le résultat aux proportions disproportionnées et sans aucune ambition montre que les architectes n’ont rien compris à l’esthétique XVIIIe de la place, aux proportions conçues pour mettre en valeur l’enfilade de façades haussmanniennes et le plan d’avenues en étoile autour de la magnifique statue Le Triomphe de la République de Dalou.

Qu’en est-il de la politique de transports ?

Concilier les choix urbanistiques, les choix d’infrastructures, les choix écologiques dans une ville aussi dense que Paris n’est certes pas une mince affaire. Vouloir réduire la pollution, inciter les gens à ne pas utiliser leur voiture et limiter les véhicules à moteur en centre-ville, tout le monde s’y accorde. Mais la grave erreur de l’équipe Hidalgo et de ses khmers verts est d’avoir voulu imposer à tout prix son idéologie anti-bagnoles. En dépit de lucidité toute lucidité et du plus élémentaire bon sens.

Libérer les voies sur berge pour les rendre aux piétons et aux vélos est une décision sympathique. Mais si c’est pour laisser vides ces axes de circulation plusieurs heures par jour, à quoi bon ? Et si cela génère davantage d’embouteillages en surface, le remède s’avère pire que le mal.

Il suffit d’observer l’état d’engorgement et de suffocation des quais de Seine tous les jours de semaine à partir de 16 heures entre le Louvre et Hôtel de Ville pour comprendre que le choix de piétonniser les voies sur berge toute l’année 24h/24 crée des désordres et des nuisances bien supérieurs à la situation précédente.

des-vehicules-coinces-le-13-octobre-2016-dans-des-bouchons-sur-le-quai-des-tuileries-rive-droite-a-paris-ou-le-tunnel-menant-aux-voies-sur-berges-a-ete-ferme_5725887 (1)

Il faudrait faire preuve de réalisme. On n’éliminera jamais totalement les véhicules à moteur dans les grandes villes. Même s’ils fonctionnent dans quelques années à l’électricité ou à l’hydrogène. Les centres-villes ne deviendront jamais ces espaces de liberté fantasmatiques où chacun glisse en apesanteur au-dessus de la chaussée, sans effort, sans pollution, sans bruit et sans risque, comme Aladdin sur son tapis volant.

Que davantage de verdure contribue à plus d’oxygène et plus de fraîcheur l’été, tout le monde s’en réjouit. Mais le bonheur collectif dépend-il du nombre d’arbustes plantés un peu partout ?

Ce rêve bucolique digne de La Petite maison dans la prairie, qui voudrait inciter chaque Parisien à célébrer le retour à la terre en foulant des « espaces apaisés » ou en communiant dans l’arrosage de tomates bios, comme Marie-Antoinette qui jouait à la fermière dans son Hameau avec ses dames de compagnie, a quelque chose de franchement burlesque.

Vouloir développer une agriculture locale sur le toit des immeuble est un projet intéressant et ambitieux. Mais quand on connaît la toxicité des particules qui saturent le couvercle de pollution stagnant au-dessus de Paris et que les pluies ne manqueront pas de déverser sur les salades, on est plus perplexe.

Quant aux projets de végétaliser les espaces verticaux, encore faut-il que ce ne soit pas qu’une coûteuse coquetterie. Et que dire de ces barges sur la Seine laissées à l’état sauge pour inviter le Parisien à contempler le biotope naturel ? Le plus symptomatique du ridicule de ces projets déconnectés du réel est sans doute ces plantations d’arbustes prévues dans certaines projets d’aménagement de places comme celles de l’Hôtel de Ville ou de l’Opéra baptisées pompeusement « nouvelles forêts urbaines« .

On voit bien qu’il s’agit d’un délire ou d’un vernis. D’un gadget, un trompe-l’œil, une façon de se faire plaisir.

Cette obsession du pointillisme vert est sans doute façon de faire oublier que Paris est très en retard sur les critères de la COP 21.

Si Hidalgo vante autant ses projets pour verdir quelques places parisiennes, elle est beaucoup moins loquace quant aux plans d’urbanisme qui visent à multiplier les immeubles de grande hauteur à la périphérie de Paris…

L’erreur de cette utopie parisienne est résumée dans ce projet d’aménagement d’un parc de 64 ha au pied de la Tour Eiffel, symbole de Paris, pour l’ouverture des JO.

Le leurre est d’inciter les Parisiens à concevoir la ville comme un gigantesque terrain de jeu tapissé de verdure et ouvert à toutes les fantaisies individuelles.

Cette façon de « rendre la ville aux Parisiens », d’inviter chacun à « se réapproprier l’espace public », à se comporter comme si l’on vivait à l’abri des nuisances et des menaces qui pèsent sur les habitants de la cité (pollution, bruit, stress) de se préserver artificiellement de la dureté du monde, des risques économiques, climatiques, sociaux,  de toutes les formes de désordre ou violence, est vraiment une illusion et un piège. Un scénario digne d’Alice au pays des merveilles.

Rappelons le traumatisme qu’ont constitué pour les Parisiens les attentats de 2015. Comme un retour forcé à une réalité dont on se croyait préservé par cette la culture très parisienne de l’insouciance symbolisée par les terrasses de café.

Au lieu d’encourager les Parisiens à plus de réalisme, de solidarité réelle et de responsabilité, l’utopie parisienne a encouragé les comportements individualistes, l’attitude superficielle, la tentation de s’alléger des contraintes, de faire fi des obstacles et des règles établies. Une manière d’affirmer sa soif de liberté, son originalité, sa volonté de s’émanciper des codes et des limites.

Un exemple symbolise cette attitude. Ce qui autrefois constituait une contravention, à savoir le fait pour un vélo de remonter à contresens une rue à sens unique, est vite devenue une habitude à mesure que le nombre de vélos s’est développé. Puis c’est devenu une tolérance réglementaire accordée par la Mairie, matérialisée par la présence d’une étroite file pour les vélos sur les axes concernés. Dans l’esprit de beaucoup de cyclistes c’est devenu aujourd’hui un droit de foncer tout droit qui ne souffre aucune limite.

La politique d’Hidalgo a ainsi transformé le Parisien moyen en éternel adolescent, gâté, capricieux et immature, à qui la municipalité est pressée d’ouvrir de nouveaux espaces pour s’ébattre en exprimer sa créativité, sa singularité et son narcissisme sans limite.

Le symbole le plus éloquent qui restera de l’ère Hidalgo, même si celle-ci n’en est pas l’instigatrice, c’est la trottinette électrique. Un jouet détourné en hochet pour grands imbéciles décidés à se jouer des vicissitudes de la vie urbaine, ignorer les règles, les obstacles comme les autres usagers, et filer à bonne allure n’importe où n’importe comment au gré de leur humeur.

Un symbole qui illustre à merveille la connerie bobo.

lime-paris-trottinette-electrique_210618

Pour le coup cette grande régression infantile collective orchestrée par Hidalgo ignore tous les clivages d’âges ou d’origines. De l’étudiant en informatique à la bourgeoise quinquagénaire, c’est tous les Parisiens qui communient dans ce culte de la stupidité hédoniste.

Quoi d’étonnant qu’abîmés dans un tel mirage, beaucoup aient à ce point oublié le sens du « respect de l’autre » que la maire appelle de ses vœux aujourd’hui ?

De l’aménagement de l’espace urbain à la culture, la Mairie n’a eu de cesse que d’inviter tous les Parisiens à célébrer ce rêve d’une cité idéale entièrement vouée au bonheur de ses habitants, vivante, inventive, attractive, écoresponsable, sécurisée et avant-gardiste. En surfant sur les modes tout en cultivant le non-conformisme, quitte à flirter avec le n’importe quoi.

En un mot, ce que la Mairie a encouragé chez les Parisiens, ce n’est pas le respect de l’autre, c’est au contraire l’égoïsme contenté.

La saleté que tout le monde déplore aujourd’hui est à l’image de ce laisser-aller, de ce je-m’en-foutisme irresponsable et généralisé.

« Maman », comme certains la surnomment, a choisi pour se rendre populaire de flatter l’esprit d’anticonformisme frondeur du Parisien, plutôt que de faire appel à son exigence et son sens des réalités.

Un piètre bilan en terme d’éducation.

Le sujet de la propreté est comme l’écume qui remonte à la surface. Les sujets de grogne sont multiples. Et aujourd’hui les Parisiens en ont vraiment marre de leur maire (mère), de sa gestion irresponsable et de son incapacité.

Mais l’absence d’alternatives crédibles à gauche comme à droite laisse craindre que la plaisanterie puisse durer encore cinq années.

Pour ceux qui ont voulu croire que Paris était éternellement une fête, l’heure du dégrisement est arrivée.

Et de consentir à se baisser pour ramasser les amas de bouteilles vides, les flyers tachés de vomi et les confettis.

paris

Les Gay Games ont-ils encore un sens et une utilité ?

Dans trois semaines s’ouvriront à Paris les 10e Gay Games, qui se tiendront pour la première fois en France, et pour la deuxième fois sur le continent européen, 20 ans après ceux d’Amsterdam en 1998.

Mis à part les médias LGBT, peu y consacrent leur actualité. Une simple recherche sur Google Actualités montre que le sujet intéresse très peu médias et opinion publique mainstream.

Quelles en sont les raisons ?

Les Gay Games peinent-ils à toucher leur cœur de cible, personnes et militants LGBT ? Souffrent-ils d’un manque de moyens ? D’un manque de réflexion sur le positionnement à adopter face à l’éventail des « causes » et surtout d’événements susceptibles de rassembler en période d’été ?

L’été justement, Français et Parisiens ont-ils les yeux rivés vers d’autres horizons et d’autres préoccupations ? Le sujet n’intéresse-t-il personne au-delà de la communauté LGBT et de ses amis ?

Les Gay Games sont-ils trop calés sur la culture américaine et en décalage par rapport à la réalité française ? Notamment pour les personnes LGBT qui vivent en province, loin des métropoles où se concentrent les communautés ? Sont-ils trop élitistes ? Le concept a-t-il vieilli ? Sont-ils tout simplement has been ?…

Sport populaire et creux estival

Au lendemain du match suivi par 19 millions de téléspectateurs qui a vu la France se qualifier pour la finale de la Coupe du Monde de Football, les Français regardent davantage vers Moscou que vers le stade Jean Bouin où se tiendra la cérémonie d’ouverture des Gay Games le 4 août prochain.

Quelle que soit l’issue de cette finale tant attendue, les médias s’intéresseront ensuite aux dernières étapes du Tour de France précédant la traditionnelle arrivée sur les Champs-Elysées le 29 juillet.

Viendra ensuite le creux estival du 1er au 15 août. Durant lequel Paris est plus désertée par les Parisiens, livrée aux touristes et à ceux qui ne peuvent pas partir ou choisissent de rester.

Alors comment attirer l’attention sur ces jeux ?

Des jeux aujourd’hui encore presque totalement inconnus du grand public, contrairement à des événements incontournables, très médiatisés, bien inscrits dans le paysage urbain et la culture parisienne, comme la Marche des Fiertés.

Force est de constater que les Gay Games n’intéressent qu’une part minoritaire des personnes concernées parmi les plus motivées. Plus quelques hétérosexuels solidaires ou proches de leurs amis sportifs LGBT.

Et bien sûr ceux qui les courtisent, soutiennent la communauté et cet événement pour des motifs divers.

Paris sera toujours… noyé sous les fêtes !

Quant à Paris, la Ville Lumière autrefois vidée de ses habitants et ennuyeuse au possible du 15 juillet au 15 août est devenue une capitale attractive, un pôle touristique de premier plan en période estivale. La ville la plus visitée au monde est aussi l’une de celles qui attirent le plus de touristes l’été.

Et les occasions de s’y divertir n’y manquent pas. 

Icône de la culture festive et jalouse de son prestige, Paris est aujourd’hui noyée toute l’année y compris durant l’été sous une avalanche de fêtes, d’évènements, de festivals et happenings divers, musicaux, culturels, sportifs ou festifs. Tous plus créatifs, originaux, ambitieux, ludiques et décalés les uns que les autres.

A moins d’être un militant ou un représentant LGBT, membre d’un club sportif ou d’une association, ce qui n’est pas le cas de la majorité des personnes concernées, ou de vouloir profiter de ces jeux pour visiter Paris, il semble particulièrement difficile pour les Gay Games d’attirer des hordes de touristes vers les stades, à l’instar des vrais J.O.

Qui plus est avec un concept qui n’a quasiment pas varié en 36 ans d’existence.

Comment apparaître comme « nouveau », mobiliser au-delà du noyau dur et se démarquer, même auprès des gays et lesbiennes, face à une offre de loisirs de plus en plus innovante, hétéroclite et pléthorique ?

Tous égaux ?… Pas vraiment !

All equal! – Tous égaux !

C’est le slogan retenu par la Federation des Gay Games pour ces 10e jeux.

C’est aussi le thème central qui a porté les revendications de la communauté LGBT au cours des dernières années, notamment au cours des débats pour le vote du mariage pour tous, fondé sur des revendications égalitaristes.

On peut d’ailleurs regretter que ce slogan dénature l’esprit des jeux tel que l’a voulu son fondateur.

Lequel entendait rassembler, inclure et montrer l’exemple. Et non gommer des différences objectives entre hommes et femmes, homos et hétéros. Comme on le fait aujourd’hui dans une indifférenciation confusionnelle plus propre à réactiver les réflexes homophobes qu’à voir ces différences effectivement et définitivement acceptées, reconnues et valorisées.

Si l’égalité des droits est un principe républicain, humaniste et universaliste qui mérite d’être défendu, l’égalitarisme à tout crin conduit à terme à une vison schizophrène de la société incarnée par des discours politiquement corrects qui tendent à effacer artificiellement les différences, à les nier, à cause de l’angoisse que ces celles-ci ne redeviennent des motifs d’injustices, d’exclusion ou de persécution.

Ajouté à la traque permanente et parfois excessive de tout stigmate « homophobe », utilisée comme argument rhétorique et politique pour empêcher tout discours contradictoire normalement admis dans une société démocratique (un peu comme certains musulmans avec le chantage à « l’islamophobie »). Et l’on aboutit à une attitude contre-productive qui risque à terme de nourrir ressentiments et feedbacks négatifs à l’égard des LGBT, par un effet de retour du refoulé.

Comme on le voit ici ou là avec la réapparition de certains actes et propos homophobes.

Il eût été plus intelligent, plus efficace et surtout plus respectueux de la réalité de promouvoir comme le voulurent les fondateurs des Gay Games l’aspiration légitime à une égalité de statut, de reconnaissance et de droits (fait aujourd’hui quasiment acquis au plan juridique sinon pour ce qui est  des mentalités, toujours sujettes à des revirements). Mais aussi de valoriser ces différences en tant que telles, pour ce qu’elles portent de valeurs d’exemplarité propres.

Et ce depuis des siècles.

Ce dont les promoteurs de ces jeux, leurs supporters et la communauté LGBT dans son ensemble n’ont aucunement conscience.

All equal, all different, all One ! : voilà qui aurait plus de sens, plus d’ambition, plus de fidélité aux idéaux portés à l’origine par ces jeux, et plus de gueule !

Au lieu de cela, derrière le prétexte de vanter l’Egalité pour tous, les Gay Games version 2018 créent d’objectives inégalités, notamment d’ordre économique, renforçant ainsi l’image d’un événement élitiste, cloisonné et déconnecté de certaines réalités.

Il suffit pour s’en convaincre de consulter la grille tarifaire des évènements sportifs, culturels ou festifs proposés lors de ces jeux très parisiens. Et d’admettre que le ticket d’entrée est franchement dissuasif.

Sinon scandaleusement rédhibitoire pour beaucoup de gays et de lesbiennes fauchés, en France et surtout ailleurs, qui n’auront jamais la chance de s’y rendre.

Un seul exemple assez éloquent : 50€ à 65€ pour la soirée d’ouverture au Grand Palais avec le DJ israélien Offer Nissim en tête d’affiche. On parle ici du tarif « normal » ; les VIP sont invités quant à eux à débourser 95€ à 3000€ pour une table, selon le « rang » où l’on souhaite être vu.

Le ton est tout de suite donné.

L’objectif de rentabilité sera peut-être atteint. Quitte à sacrifier les principes mêmes d’égalité et d’inclusivité qui sous-tendent ces jeux.

Malgré les appels aux dons, au mécénat d’entreprise et aux sponsors, et les efforts affichés de solidarité pour permettre une plus large participation des athlètes les plus éloignés ou les moins fortunés, le coût de la participation à ces jeux reste un élément dissuasif pour beaucoup de personnes tentées de s’y joindre en tant que participant ou simple spectateur. En plus des frais de voyage et de séjour à Paris, 2e ville la plus chère d’Europe après Londres.

Les Gay Games restent donc un événement communautaire réservé à un public de gays et lesbiennes, jeunes ou un peu moins jeunes, plutôt urbains, issus des classes moyennes ou supérieures, qui voyagent beaucoup, et avec un bon voire un très bon niveau de revenus.

Ces fameux « dinks » (double income no kids) très prisés des stratèges du marketing. Encore qu’aujourd’hui beaucoup de couples de même sexe conçoivent, adoptent ou élèvent des enfants.

En tout cas un segment de consommateurs très courtisé par les multinationales. Lesquelles depuis une vingtaine d’années ont flairé le filon et multiplient à l’envi ronds de jambe et offres ciblées pour attirer cette frange de consommateurs aussi exigeants qu’hédonistes et prompts à dépenser facilement leur agent pour se faire plaisir.

Notamment en affichant leur soutien sous forme de sponsoring ou de chars d’entreprises bien visibles lors des Marches des Fiertés.

Les Gay Games sont donc représentatifs de cette culture consumériste, insouciante sinon arrogante, réservée à de véritables « enfants gâtés », aujourd’hui chouchoutés par les politiques, les médias et la société marchande.

Des personnes qui affichent sans complexe leur différence, ou entendent au contraire qu’on ignore celle-ci.

Une communauté autrefois précurseur de modes et de changements sociétaux, solidaires de multiples causes et d’autres minorités stigmatisées. Et qui s’est aujourd’hui pour une large part « embourgeoisée », endormie sur ses lauriers, à force d’être flattée par ses mécènes et une opinion publique qui a aujourd’hui quasiment acceptée l’homosexualité et ses avatars comme autant de nouvelles normes.

Une caste de quasi privilégiés, choyés, jaloux de leur statut de « victimes » indéfiniment ressassé et de leurs droits chèrement conquis au terme de décennies de lutte et de souffrances, notamment à l’époque de la flambée de l’épidémie de sida.

Il faut reconnaître aussi que les gays et lesbiennes sont aujourd’hui objectivement beaucoup plus libres et plus aisés, du moins dans les grandes villes des pays démocratiques, que leurs homologues issus de pays où l’homosexualité est encore pénalisée, les personnes pourchassées, et où le niveau de vie est sensiblement moins élevé qu’à Paris.

Des jeux réservés à une élite ?

Face à des sociétés hostiles, la découverte de sa propre différence et la nécessité de se faire accepter (différence objective qu’on voudrait aujourd’hui gommer comme si elle n’existait pas en la noyant dans des discours politiquement corrects sur l’égalité ou des circonvolutions souvent franchement hystériques sur le « genre »), a toujours poussé les jeunes homosexuels qui voulaient s’en sortir à se singulariser sinon à s’auto-justifier.

Longtemps beaucoup d’homosexuels pas forcément « bien nés » n’avaient d’autre choix que de s’acheter une place au soleil en aiguisant leurs talents, en se battant pour être reconnus, acceptés grâce à leurs mérites, accéder à des prébendes ou à des postes de responsabilité, et servir d’exemples aux autres.

Quitte à toujours devoir en rajouter pour se démarquer du lot commun, adhérer aux discours dominants puis imposer ensuite des modèles alternatifs une fois arrivés au pouvoir, suivre les courants ascendants jusqu’à être en mesure d’imposer leurs différences et imprimer leur marque, grâce à des efforts et des mérites fondés sur une culture de l’excellence.

Cette attitude commune à beaucoup d’homosexuels illustres, passés ou actuels, leur a permis durant des siècles de jouir d’un statut d’exception. De se protéger des menaces auxquels leurs mœurs pouvaient les exposer. Et de vivre  bien au-dessus du sort réservé aux homosexuels issus du peuple et croupissant dans les bas-fonds de la société, sans cesse menacés de sanctions, d‘arrestations et d’humiliations diverses. Quand ils n’étaient pas traduits en justice ou conduits sur des bûchers publics par une société incapable d’admettre ses propres différences, ou des institutions incapables de reconnaître leurs propres ambiguïtés.

Servir d’exemple et promouvoir de vraies valeurs

Avant d’inventer les Gay Games, Tom Waddell, un jeune médecin homosexuel né en 1937 dans une famille catholique du New Jersey, a ainsi d’abord rejoint les rangs de l’armée américaine et servi en tant qu’officier parachutiste et médecin des armées.

Ce n’est que plus tard, après avoir concouru comme décathlonien et remporté une médaille d’or aux J.O. de Mexico, qu’il eut l’idée d’inventer des jeux olympiques d’un nouveau genre, ouverts à tous mais destinés avant tout à rehausser l’image négative dont souffraient les minorités sexuelles dans l’Amérique puritaine et figée des années d’Après-guerre, jusqu’aux années 1960 et 1970 où des revendications politiques ou catégorielles sont venu en bousculer les fondements.

C’est à cette époque qu’une jeunesse contestataire et hippy a initié de gigantesques rassemblements et défilés comme à Woodstock ou dans les grandes villes américaines, où contre-culture et slogans politiques se confondaient pour s’opposer à la Guerre du Vietnam, à la ségrégation dont étaient victimes les Noirs américains, les femmes, les minorités ethniques ou sexuelles.

Du poing levé des athlètes noirs sur les podiums olympiques en signe de protestation, aux harangues de Martin Luther King ou Malcom X, des représentants de minorités ont ainsi incité leurs semblables à prendre en mains leur destin pour forcer l’Amérique à leur octroyer des droits égaux.

C’est dans ce contexte que naquirent les Gay Games.

Un événement directement inspiré des Jeux Olympiques, mais décliné pour promouvoir les aspirations à une reconnaissance des LGBT.

Des jeux qui entendaient aussi revisiter et revitaliser les valeurs de fraternité, d’humanisme et d’universalisme, qui de la Grèce antique aux premiers J.O. de l’ère moderne imaginés par Pierre de Coubertin nourrissent la flamme de l’idéal olympique.

Selon la vision plus ou moins mythique accréditée par les spécialistes des gay studies, les émeutes de Stonewall avaient constitué un tournant majeur et l’événement fondateur propre à l’émergence d’une conscience politique et à l’engagement des minorités sexuelles dans une lutte pour être reconnues et accéder à de nouveaux droits. Une sorte de Bastille Day (14 Juillet) qui entendait substituer la révolte puis la fierté, le combat et la visibilité, à des années marquées par la honte, l’humiliation, la clandestinité, le silence, la soumission passive aux autorités, à l’opprobre et aux persécutions.

Initié à San Francisco en 1982, les Gay Games constituent une alternative positive sinon complémentaire à ces luttes et revendications politiques. En déplaçant la tension dynamique sur le terrain symbolique des arènes du sport.

Mais aussi par la promotion de valeurs d’engagement, d’exemplarité, de dépassement de soi, de participation, d’inclusion à l’égard de personnes plus limitées ou handicapées, notamment à l’époque où le sida faisait des ravages. Des valeurs propres à changer l’image du public sur les personnes LGBT, et de permettre une reconnaissance plus objective de leur contribution à l’édification d’une société plus juste, plus unie et plus fraternelle.

Au-delà de l’humanisme

Ces valeurs ne sont toutefois pas totalement nouvelles. Et ne constituent pas non plus un horizon inamovible et indépassable.

Elles existaient en germe et sous une autre forme dans les sociétés d’Ancien régime, bien avant  l’Idéal humaniste des Lumières et les révolutions démocratiques qui en portèrent le flambeau en renversant l’ordre établi. Même si celles-ci ont permis d’instaurer et continuent de promouvoir aujourd’hui partout dans le monde un modèle de société fondé sur les principes universels des Droits de l’Homme. Socle commun à l’édification d’une civilisation humaine vraiment juste, libre, égalitaire, unie et solidaire.

Philippe Auguste et Richard Cœur de Lion, rois de de France et d’Angleterre et amants

Depuis l’Antiquité et le haut Moyen-Âge, qu’il s’agisse de valeurs comme l’Amitié ou la Fraternité, les homosexuels puisqu’on les appellent ainsi depuis l’invention de ce concept au 19e siècle, ont toujours incarné et promu des formes de relations transversales qui contribuaient à souder les liens entre leurs partisans, tout en bousculant les usages, les modèles, les règles, les lois, la morale ou l’ordre établi.

Dans des sociétés très hiérarchisées, verticales et patriarcales, des hommes de haut rang et des femmes courageuses mus par leurs désirs et leurs affinités électives ont ainsi initié, inventé et cultivé des relations fondées sur des amitiés ou des amours autres que ce à quoi les conventions assignaient tout un chacun.

Ils ont ainsi jeté des ponts, scellé des alliances, briser des conformismes et bousculé les règles.

Quitte pour y parvenir à ouvertement se moquer de leurs détracteurs, à braver les interdits, transgresser les lois et prendre tous les risques pour s’exposer au grand jour.

Suscitant au passage l’opprobre et le scandale, ou forçant au contraire l’admiration de tous par leur caractère exemplaire et singulier, ils se firent une place souvent enviée en rejoignant les élites de leur temps, jusquà accéder enfin au rang qu’ils convoitaient.

Aujourd’hui encore, mêmes si les codes de la méritocratie républicaine et les voies d’accès au pouvoir ne sont plus les mêmes que sous l’Ancien régime ou dans la société bourgeoise des Lumières à la société industrielle, les mécanismes restent à peu près les mêmes.

Et les élites politiques, sociales, économiques, financières, culturelles, artistiques et autres comptent en leur sein beaucoup de brillants hommes et femmes homosexuels, bisexuels, sinon transgenres, déclarés ou non.

De l‘actuel Président de la République et de ministres de premier plan à l’ancien maire de Paris Bertrand Delanoë. En passant par tous les rouages de l’Etat, la gouvernance des grands groupes économiques, les institutions culturelles, médiatiques, artistiques ou intellectuelles, des secteurs de la création, de la mode, du spectacle ou des loisirs, on retrouve partout des gays et lesbiennes souvent issus des grandes écoles de la République, ou qui se sont hissés par eux-mêmes jusqu’au sommet à force de courage, de talent, d’opiniâtreté, d’engagement au service des autres, mais aussi grâce à leur entregent et leur aptitude à cultiver leurs réseaux.

Ceux qui crient au « complot », ou fustigent le « lobby gay » ignorent souvent les efforts et les sacrifices que ces personnes ont dû pour une large part consentir afin d’arriver là où ils sont et se faire accepter ; dans leurs écoles, leur milieu professionnel ou par leur hiérarchie.

On s’est tellement habitué, on a aussi tellement abusé des discours victimaires tissés autour de l’homosexualité et de l’homophobie, depuis les sodomites autrefois pourchassés par l’Eglise et la police des mœurs jusques aux gays, lesbiennes et transgenres caillassés par des extrémistes ou des caïds de banlieue, pourchassés ou persécutés dans certains régimes autoritaires à cause de leurs différences, qu’il paraît aujourd’hui difficile aux intéressés vivant dans les grandes cités les plus ouvertes et tolérantes à l’égard de l’homosexualité, notamment les plus jeunes, de prendre du recul et conscience des réalités actuelles.

Or c’est un fait attesté par bon nombre d’historiens LGBT : en dépit de périodes de réelle intolérance parfois dramatiques pour les minorités sexuelles, leurs membres ont toujours été très présents, en France comme dans l’ensemble du monde occidental, dans toutes les plus hautes sphères du pouvoir.

Qu’il s’agisse de l’aristocratie de robe ou d’épée sous l’ancien régime, de la chevalerie et de l’armée, de l’Eglise, des confréries artistiques, de métiers, des cercles intellectuels, politiques, philosophiques, économiques, notamment ceux qui ont porté les grands changements, les grandes innovations qui ont marqué l’Histoire et les idéaux les plus progressistes, ont toujours compté des hommes et femmes brillants, puissants et reconnus qui se singularisaient par leurs préférences ou leur orientation sexuelle.

L’étoffe des héros : promouvoir l’Homme ou le Surhomme ?

Pourquoi des tels jeux, porteurs de valeurs si exemplaires, sont-ils alors autant ignorés pour ce qu’ils étaient, ce qu’ils sont ou ce qu’ils devraient être ?

A force de trop rester centré sur des discours et revendications égalitaristes, de vouloir gommer les différences, par peur d’un retour de bâton et de voir ses droits grignotés, on en oublie les valeurs originales dont on est porteur.

Et puis, s’agissant des événements sportifs de haut niveau comme des J.O., les enjeux qui les sous-tendent et leur l’hypermédiatisation font que ceux qui les organisent comme ceux qui y participent privilégient bien plus souvent le spectacle et l’exhibition des performances par rapport aux principes éthiques.

Le public cherche à se projeter sur la figure de ces héros du stade plus proche du Surhomme quant à leurs capacités physiques que de l’Homme lui-même en tant que modèle de Citoyen porteur de valeurs universelles de dépassement de soi au bénéfice de tous et non juste de soi-même ou des couleurs qu’on porte, d’équité, de fraternité et de justice.

L’important c’est de créer l’événement, le buzz, en crevant le plafond. Quitte à fabriquer des gladiateurs modernes ou des monstres de foire totalement éloignés du commun des mortels, qui paieront ensuite très cher une fois retirés de la compétition cette course inhumaine et effrénée à la performance, à l’exploit et au succès.

La performance et la compétition n’étant pas le propos central des Gay Games, du moins pas selon les modèles du sport mainstream, il est normal que ceux-ci intéressent aujourd’hui peu de monde.

De fait le succès tant attendu en 2017 de la candidature de Paris pour les J.O. 2024, après des années d’efforts et 2 tentatives infructueuses, face à Pékin en 2008 et Londres en 2012, a aussitôt relégué les Gay Games au rang de « fétiche » destinés aux seuls intéressés.

Il faut dire que les enjeux politiques, économiques, urbanistiques et financiers ne sont absolument pas comparables.

Quant aux élus de la Mairie de Paris et de la Région Ile-de-France, les liens clientélistes qu’ils entretiennent avec la communauté LGBT auront sans doute facilité l’organisation de ces jeux gays, mais malgré les discours enthousiastes de façade le cap est désormais clairement fixé sur 2024.

Les Gays Games sont-ils devenus has been ?

Et puis n’en déplaise aux tenants du politiquement correct, le concept même des Gays Games a sans doute pas mal vieilli et mériterait d’être repensé.

Il n’est sans doute plus aussi adapté à la société d’aujourd’hui. Et accuse même un certain décalage par rapport à la réalité et aux enjeux de l’époque s’agissant de la situation des personnes LGBT.

Du moins sous nos latitudes.

Un décalage dont participants, organisateurs, partenaires et promoteurs n’ont sans doute pas eux-mêmes pris conscience.

Décalage culturel et historique d’abord.

Inventé sur le sol américain, les gays Games sont indissociables de la culture américaine.

A l’image des standards identitaires, politiques et culturels de la culture gay qui a essaimé des pays anglo-saxons à l’ensemble du monde démocratique en passant par la vieille Europe, faisant fi des particularismes régionaux.

Même si les personnes LGBT appartenant aux communautés locales tentent de cultiver leurs propres différences et spécificités, ces modèles entrent souvent en conflit avec la culture locale où leurs revendications tentent de s’exprimer. Leurs promoteurs se contentent de les reproduire en cherchant à imposer artificiellement des discours et des codes en décalage parfois complet avec la  culture locale. Nourrissant dans des sociétés réfractaires aux avancées progressistes des crispations et des rejets à l’opposé des buts affichés.

Le mythe du « Progrès » social et politique tend à occulter ces différences aux yeux des militants. Et tend à les enfermer dans une posture de lutte parfois préjudiciable aux intéressés.

Ainsi dans des pays d’Asie, d’Afrique ou du Moyen-Orient l’homosexualité et l’identité gay (ou queer) demeurent des concepts totalement étrangers à la culture locale. Ils sont plaqués du dehors par ceux qui entendent avec de louables intentions lutter contre les persécutions et stigmatisations dont sont victimes les personnes LGBT, faire avancer leurs droits, en surfant sur une mondialisation favorisant l’uniformisation des modèles culturels, idéologiques et politiques.

Comme s’il existait de facto une communauté LGBT mondiale constituée de toutes celles et ceux qui partagent le même désir pour le semblable, ont des pratiques similaires ou pourfendent les identités et modèles de genre établis comme légitimes dans leur société.

Rien n’est pourtant moins évident.

En France les choses peuvent paraître a priori plus simples qu’à Grozny, Riyad ou Kampala. Ou même Istanbul, Marrakech, Pékin ou Moscou.

Pays latin jaloux de ses particularismes, la France s’est en effet beaucoup rapproché au cours de ces dernières décennies du modèle américain et des standards culturels des pays anglo-saxons ou nord-européens.

Mais malgré le paravent trompeur des discours en vogue politiquement corrects, les mentalités ont parfois tendance, notamment en période de crise, à se rétracter sur des modèles plus traditionnels et moins tendance.

Ainsi la situation dans des grandes villes comme Paris, Lyon, Marseille ou Bordeaux, est sans commune mesure avec les mentalités dans des régions plus rurales, plus reculées, plus excentrées, où les identités locales sont plus affirmées, et plus réfractaires à l’uniformisation en marche.

Le clivage est aussi historique. Car ce qu’ignorent beaucoup de militants LGBT attachés aux mêmes discours, aux mêmes réflexes identitaires et aux mêmes méthodes, c’est que les temps changent.

En France les bouillonnants événements de mai 1968, dont on a discrètement fêté le cinquantenaire tout récemment, avaient marqué un tournant dans les luttes portées notamment par les féministes (dont un grand nombre étaient lesbiennes ou bisexuelles) pour l’émancipation des femmes.

D’autres revendications minoritaires et d’autres luttes se sont ainsi agrégées, jusqu’à former un front commun pour être entendues, visibles, et forcer politiques conservateurs et opinion publique frileuse à entendre leurs revendications, en précipitant le rapport de force et en mobilisant la parole dans la rue et les médias.

Importée des Etats-Unis, la Gay Pride a fini par s’imposer au fil du temps comme un rituel et une institution en France.

Elle est l’héritière directe de ces luttes des gays et lesbiennes, portées au départ par des groupuscules minoritaires proches de l’extrême gauche comme le FHAR.

A l’exemple des grandes marches américaines puis européennes et mondiales, elle est peu à peu devenue un carnaval gay, une fête de rue colorée, provocante, extravagante et festive, un rituel politique et communautaire, et une institution incontournable sinon attractive dans le paysage urbain.

Les Gay Games au contraire, offre un visage beaucoup plus clean, presque sage voire ascétique du gay qui par l’effort tente de se dépasser, de servir de modèle et de montrer l’exemple à des pairs moins courageux ou moins chanceux au sein d’une minorité stigmatisée.

Un idéal de héros plus proche du modèle de l’athlète grec que du « pervers dépravé », ou de ces forcenés du sexe adeptes des pratiques les plus marginales ou extrêmes.

Encore que l’extravagance y compris sur les stades ne soit pas absente de ces jeux. Mais elle offre une facette beaucoup plus ludique, bon enfant et très second degré, que les excès communs aux giga-fêtes gaies comme La Démence ou aux orgies communes aux backrooms du Marais.

Ce modèle est toujours intéressant à promouvoir. Mais à l’heure où tout le monde ou presque se désintéresse de l’image que peuvent donner d’elles-mêmes les personnes LGBT, ils n’intéressent en vérité que les LGBT eux-mêmes. Et ne constituent pas a priori un événement d’une originalité radicale ou d’une force admonitoire propre à attirer l’attention des médias et du grand public.

Tout au plus les Gay Games apparaissent comme un rassemblement communautaire de plus.

Et ceux qui gagneraient à être convaincus par les messages qui les avaient inspirés au départ se contrefichent de slogans à peine audibles mis en avant lors de ces jeux.

Tout au plus laisse-t-on les LGBT faire leurs petits J.O. entre eux, comme on laisse les enfants s’amuser dans leur bac à sable.

Il serait beaucoup plus intéressant et efficace de s’investir au sein des institutions et lors des grands événements sportifs internationaux, pour en révéler les défaillances, les ambiguïtés et les dérives.

Et autrement plus éloquent si des athlètes de haut niveau, LGBT ou pas, osaient plus souvent prendre la parole pour dénoncer les discriminations dans le sport dont eux-mêmes ou leurs collègues sont victimes.

Mais surtout pour promouvoir ces belles valeurs humanistes qui devraient toujours inspirer le sport et sont aujourd’hui dénaturées, trahies, souillées par les affaires de dopage, la corruption, la quête exclusive de la performance, de l’exhibition, de la compétition à outrance et de l’audimat.

Dérives qui résument le sport à une succession de spectacles à sensation, plus propices à occuper ou exciter les esprits qu’à les élever. Et remplir les caisses des sponsors qu’à faire oeuvre éthique.

Promouvoir un autre modèle d’humanité devrait être pourtant la motivation principale et l’objectif affiché de ces jeux.

Plutôt qu’une simple occasion de rassembler des LGBT de toutes les nations ou presque, juste pour singer les vrais J.O., pour faire la fête et s’amuser entre soi.

Enfin il serait temps de prendre conscience que les temps ont changé, que la situation des LGBT dans les grandes démocraties n’a plus de rien commun avec celle des décennies passées, et que le concept est aujourd’hui usé.

Force est de constater que depuis les premiers Gay Games de San Francisco en 1982, les personnes LGBT ne sont plus du tout confrontées aux mêmes difficultés que dans les années 1960 ou 1970. Du moins sous nos latitudes. Le Droit a évolué, la visibilité est désormais un fait indiscutable sinon acquis, la société a changé, le mariage se généralise, l’homophobie a reculé et l’homosexualité est quasiment devenue une norme sociétale à égalité avec l’hétérosexualité.

Dépénalisée en France par François Mitterrand en 1982, retirée de la liste des maladies mentales par l’OMS en 1993, l’homosexualité est en effet peu à peu devenue, notamment depuis le vote du pacs en 1999, puis du mariage pour tous en 2013, une nouvelle norme.

C’est du moins l’objectif poursuivi par les représentants de la communauté LGBT. Et quasiment atteint aujourd’hui, du moins du point de vue juridique et dans les discours, avec l’adoption du Pacs en 1999, puis du mariage pour tous et de l’adoption pour les couples de même sexe en 2013. La pénalisation des actes et propos homophobes constituent un rempart juridique et éthique, certes toujours fragile, pour garantir contre toute résurgence des discriminations et violences à l’égard des personnes concernées.

En Europe, les grandes métropoles comme Paris, Londres, Amsterdam, Barcelone ou Berlin ont vu se développer des communautés et une culture LGBT très influentes et très structurées. Ces grandes villes constituent de véritables eldorados pour les personnes LGBT, inimaginables il y a encore 40 ou 50 ans.

Même si violences et discriminations homophobes peuvent toujours resurgir ici ou là, notamment en temps de crise comme envers toute minorité, selon les mécanismes habituels de désignation de boucs émissaires.

Regarder vers l’avenir avec audace

On ne saurait comparer la situation des LGBT en France en 2018 avec celle des années 1960. Ni avec celle autrement plus dramatique des minorités sexuelles dans des pays comme la Tchétchènie, la Russie, l’Arabie Saoudite, le Yémen, l’Ouganda ou la Somalie.

Pour tout esprit sensé, véritablement pétri d’humanisme et de justice, il est en effet assez révoltant de constater les distorsions dans les discours et l’attention portée à des situations aussi objectivement critiques qui mériteraient de mobiliser de façon autrement plus responsable l’attention des élus, des institutions, des représentants LGBT, des médias et de l’opinion publique.

Certes on ne saurait mettre en concurrence les revendications. Mais n’y a-t-il pas un hiatus troublant entre la culture hédoniste du Marais et les geôles tchétchènes ?

L’accession aux PMA et à la GPA pour les couples homosexuels est sans doute une revendication utile à promouvoir sinon a priori légitime. Mais n’apparaît-elle pas un peu secondaire ou dérisoire face à l’urgence de répondre aux pendaisons, aux décapitations publiques d’homosexuels, aux tortures, aux viols, aux castrations, aux emprisonnements arbitraires et autres crimes dont sont victimes chaque jour les homosexuels dans certains régimes dictatoriaux ?

Autant de crimes sur lesquels nous préférons souvent fermer les yeux pour ne pas déranger notre confort, égratigner notre bonne conscience, ou nous confronter à nos propres lâchetés. Notamment quand un pays démocratique et fier de ses valeurs comme la France cherche à développer des liens avec des partenaires comme la Chine, la Russie ou les pays du Golfe, en mettant parfois un mouchoir sur ses principes.

Il serait temps de rectifier le tir. Et de redonner du sens et du souffle à ces grands événements comme la Marche annuelle des Fiertés. Ou les Gay Games qui n’ont lieu que tous les 4 ans dans une grande capitale du monde.

Plutôt que de chercher à se contenter ou créer un business gay concurrent des J.O., fût-ce au nom de généreux principes, la fédération organisatrice de ces jeux devrait réfléchir à sa mission, surtout dans les temps troublés que nous vivons. Et au message qu’entendent donner les LGBT les plus aisés à leurs frères, aux autres humains et au monde entier.

Il ne s’agit plus de se poser en victimes et de réclamer toujours plus d’égalité dans des démocraties où les différences sexuelles ne sont quasiment plus un problème. Ni de jouer la comédie de la « visibilité » en s’affichant lors de rassemblements sportifs organisés exclusivement dans des métropoles gaies où celle-ci est déjà acquise.

Le lobbying communautaire a ses limites. Il faut aller de l’avant, bousculer paresses et certitudes, faire preuve d’audace, de détermination et d’esprit d’innovation.

Les valeurs humanistes et universalistes d’unité, de fraternité, de solidarité et d’exemplarité, portées par tous, pour tous, et au nom de tous, ne peuvent plus être conçues selon les mêmes modèles éthiques, philosophiques, rhétoriques et politiques qui prévalaient au début du 20e siècle (pour les J.O modernes) ou à la fin de ce même 20e siècle (pour les gay Games).

Il faut donc repenser de fond en combles la philosophie de ces jeux.

Et soit en infléchir la forme et le fond en privilégiant un objectif de soutien actif et non juste symbolique aux minorités vraiment opprimées, dans des pays où ils sont condamnés à la mort, au silence et à l’oubli par des régimes fondamentalistes ou dictatoriaux. Et donc braver les peurs et mobiliser les énergies pour sortir ces personnes des prisons physiques, mentales ou spirituelles où on les enferme dans l’indifférence générale.

Soit consacrer les moyens et soutiens rassemblés autour de ces jeux pour travailler de l’intérieur comme de l’extérieur les instituions des J.O. et le milieu sportif en général.

Objectif ultra ambitieux, irréalistes diront certains. Mais qui constituent un défi propre à mobiliser bien au-delà des seules communautés LGBT, et qui honorerait grandement ceux qui s’y consacrent.

 

Cassé Cassius !

 

CASSIUS ?

Oui… mais non !

Pourquoi je n’irai pas voir Cassius aux Nuits Fauves le 16 février, ou n’importe où ailleurs ?

Parce que Cassius symbolise la quintessence de la French Touch tête-à-claques.

Pire encore que Justice, c’est dire !

Que Guetta ? Non, on parle musique tout de même.

Tout ce que j’abhorre dans la musique électronique, bien que leurs productions soient d’une indéniable qualité.

Revenons au point de départ. Chicago, Detroit, New York. Puis Londres et toute la planète.

Ceux qui ont 50 ans et plus, ou qui étaient à la soirée Let There Be House avec Marshall Jefferson et Tony Humphries au Rex Club le 25 janvier, voient très bien de quoi je veux parler.

Les gamins fauchés du South Side qui ont inventé ces musiques il y a 30 ans et plus, surtout la house de Chicago, n’étaient pas des musiciens à proprement parler. Encore moins des stars. Tout au plus des DJs qui gagnaient péniblement leur vie en mixant dans des clubs totalement inclusifs, ouverts à tous, aux prolos, aux Blacks, aux pédés, aux moches, surtout pas qu’aux VIP.

L’esprit Midwest et la débrouillardise. Une 808 ou une 909 empruntée à un pote, un vieux DX7 et hop ! C’est parti pour un loop à faire hurler les dancefloors.

Ils ne cherchaient pas à gérer un plan de carrière, à se rendre inaccessibles, en méprisant le marigot des teuffeurs et des musicos du dimanche qui rament des nuits entières dans leur chambre pour pondre un track correct.

Pour mieux comprendre ou rafraîchir ses souvenirs, voir cet excellent documentaire I was there when House music took over the world.

 

 

Vers 1994/1995, 10 ans après ces débuts héroïques, les musiques électroniques avaient envahi le monde. Du moins tous les recoins underground de la planète. Wake Up vivait ses derniers moments de folie (encore au Rex), Garnier et la techno entraient en dissidence, les raves commençaient à s’essouffler, le hardcore avait brisé la magie, les esctas étaient frelatées, les teuffeurs partis sur les routes dont certains ne reviendraient jamais.

Et puis soudain, patatras !

1997. Deux fils-à-Papa versaillais aux airs d’ados bien sages balancent un OVNI sur les ondes radio et les clubbers fatigués. Around the World signait la fin des outrances trance, rave et hardcore. Et les vrais débuts de la French Touch version mondialisée. Avec un clip totalement décalé, millimétré et soigneusement chorégraphié par Michel Gondry.

Dans la foulée, Thomas et Guy-Man inventeront un son nouveau, révolutionnaire, l’électrohouse, qui sera la bande-son des années 2000, copié à l’infini.

Mais pour l’heure, avec l’album Homework, on est plutôt dans une resucée de sons bien funky voire disco, avec des samples éneaurmes montés en boucle, hystérisés par une distorsion, une compression et une dynamique incroyables, saupoudrés de quelques gimmicks obsédants au vocoder et emmenés par un beat binaire et entêtant.

Et pis c’est tout.

Bien malin celui dont on allait lui aussi beaucoup parler, et qui avait propulsé ces ritournelles disco à peine filtrées au rang d’hymnes planétaires. Et les deux robots sur les starting-blocks d’une carrière brillantissime.

Zdar et Boom Bass (Philippe et Hubert pour les intimes), les deux membres du duo Cassius, ont débarqué à la même époque, ou quelques années après. Eux aussi savamment marketés par le petit label de Barbès qui deviendra très très grand : Ed Bangers. Créé par Pedro Winter, un Versaillais lui aussi mais bien plus déjanté, au look de Viking, fana de skate, de rock, de hip hop, de drogues psychédéliques, et surtout au nez très creux et hyper malin.

Alors que les musiques électroniques sortaient de la clandestinité et d’une réputation de merde grâce à Jack Lang et des labels ambitieux comme F Com, Ed Bangers allait brouiller les pistes, produire des OVNI mélangeant house, hip hop, pop-rock et tout ce qui pouvait trancher avec les standards de la dance.

Rien n’était laissé au hasard : visuel coloré et décalé, clips rétro-pop léchés, look néo grunge ou dandy électro pour les artistes, buzz parisien impitoyable et promo mondiale avec des connexions auprès des plus grands : on a vu le résultat en 2013 avec l’album Random Access Memories… La machine Ed Bangers allait vite catapulter ses protégés vers les plus hauts sommets.

1999 (référence au meilleur album de Prince, what else ?…) et sa house léchée, sophistiquée, intello, élitiste, presque froide, « française » quoi, allait faire le tour du globe.

Mais ces icônes de la French Touch unanimement célébrées, auxquels ont pourraient ajouter tous les groupes phares des années 2000, les Air, Justice, Kandinsky, Vitalic… ont tous en commun le même ressort marketing : L’ATTITUDE !

Electropop un peu évanescente pour Air, franchement plus rock, crasseuse et putassière pour Justice, disco ou électroplouf pour les 2 autres.

Cassius c’est la classe. Ils ont joué avec les plus grands. Et ne se produisent (du moins à l’époque) que dans les clubs les plus hype de la planète. Ou dans des mini-clubs hyper confidentiels pour happy fews triés sur le volet (« Quoi, t’es pas sur la guestlist ? Dégage ! ») Comme le Paris Paris pas loin du Palais Royal, où je les avais vus en concert privé avec -M- et quelques potes k1ris, sur invitation uniquement. Mehdi et Pedro à moitié à poil et totalement ecstasiés aux platines : une soirée mémorable !

Quand on pense à l’humilité absolue et sincère d’un génie comme Frankie Knuckles, franchement les gars, allez vous rhabiller !

Et puis au fond, Cassius, c’est chiant !

La pose, toujours la pose… Saint Trop’ ou le dernier spot à la mode : « Ah tiens, on a enregistré tout l’album (15 Again) en 15 jours dans une grande villa à Ibiza, c’était top ! »

Cassius, c’est l’exact opposé du house spirit : One nation under a groove. Un truc planétaire qui ne connaît aucune frontière. De race, de genre, et surtout d’origine sociale : « You may be Black, you may be white… »

Cassius c’est le parisianisme le plus contenté qui se reluque le nombril parce que quelques journaleux ont décidé que la French Touch était un truc à part et so chic : Sacré Français !

Beaucoup ont exploité le filon. Avec du meilleur comme du pire. Les 90s et 2000s ont été marquées par des succès comme Music sounds better with you qui ont fait le tour du monde et pas qu’une fois.

De Cassius que retiendra-t-on ? The Sound of violence, of course (référence implicite à The Sound of silence de Simon & Garfunkel, c’est dire le côté arty et élitiste…) 1999, bien classieux tout de même. Plus quelques tubes qu’on a déjà oubliés.

Mais pour le good spirit, passez les gars !

Cassius c’est un peu la revanche du clubbing VIP branché et faussement cool version 2000 sur les mégateufs underground, déjantées et inclusives des 80s/90s, vaincues par le business de la dance music, la gentrification de l’électro, la radicalisation et la marginalisation des teuffeurs abrutis par le hardcore et les mauvaises dopes.

Quand même pas Retour vers l’Elysées Mat’ ou l’Apocalypse (boîtes hyper sélect et disco phares du Triangle d’or dans les 80s), mais so happy fews bien fake tout de même.

Que Cassius se produise aujourd’hui aux Nuits Fauves c’est tout un symbole.

Du film éponyme de Cyril Collard qui a marqué les années sida, ce club aussi célèbre pour sa programmation pointue que pour ses excès de dope en tout genre a voulu capté la quintessence d’une époque. Que reste-t-il de ce spot de drague, temple du bareback (les quais d’Austerlitz), où l’on ne touchait pas que du French ?… Et qui à l’heure de l’Institut de la Mode et du Wanderlust n’est plus qu’un lointain souvenir : glauque, poisseux, dangereux.

Le vertige devenu vestige.

Un frisson customisé pour clubbers trentenaires sortis des beaux quartiers.

Si Cassius n’a plus rien pour entretenir la flamme que cet ersatz de décadence c’est tout un symbole.

Pas grave, il y a tant d’autres artistes et tant d’autres lieux qui méritent aujourd’hui d’être célébrés.

Hélas pour l’ego démesuré de l’écurie Ed Bangers, pinacle de la French Touch années 2000 qui aurait presque fait oublier les pionniers comme Garnier, les années 2010 ont vu débarquer un florilège d’innombrables jeunes producteurs et DJs hexagonaux hyper doués et hyper talentueux. Qui ont tout pigé du B-A-BA de la house et de la meilleure. Qui écoutent de tout, phagocytent tout, recyclent tout – house, techno, hip hop, électro, soul, pop, disco, funk, dubstep, glitch hop, world music… – avec un style, une aisance et une effronterie déconcertantes.

En 30 minutes ils vous pondent un machin dément avec un son qui tue, à la fois dégoulinant de sensualité et qui cartonne grave, à faire pâlir les godfathers de Chicago.

Etre né avec une Gameboy dans la main et maitriser le potentiel infini des nouveaux joujoux électroniques, ça aide…

Ces Disclosure français n’ont pas d’ego à monnayer aux platines du Faust ou du Yoyo. Juste leurs 20 ans et quelques tubes irrésistibles comme unique passeport.

Gare les Cassius et autres pédants ! La relève va vite vous dégager. En vous servant une standing ovation en plus…

Gay trip : sortez des sentiers battus !

Le site gayvoyageur.com recommandait cette semaine 7 destinations gays où passer un long week-end.

Paris, Londres, Madrid, Amsterdam, Oslo, Rome, Reykjavik.

Quelle merveille d’originalité !

Si vous voulez vous dépayser sortez des sentiers battus, que diable !

Terrasse du Cox l’été, Paris Le Marais

Paris on oublie. Y vivre heureux en sachant profiter de l’extraordinaire qualité de vie, de l’offre culturelle inégalable, sans subir les vicissitudes d’une grande capitale polluée, surpeuplée, orgueilleuse et passablement insupportable, y vivre une vie relationnelle et une sexualité épanouies en évitant les Barbies barbues parigotes, laides, stupides et névrosées du Marais, requiert des qualités d’organisation et une créativité hors pair.

Rome. Unique objet de mon assentiment… A voir et revoir bien sûr si l’on a un tant soit peu de goût. Mais comment faire abstraction de ses habitants en particlier les commerçants si hautains et exécrables avec les touristes ? Quant à la vie gay, elle est sinistre au possible (Vatican oblige…) A moins d’aimer les saunas où cardinaux et prélats viennent s’empapaouter gaiment.

A Rome l’éternelle préférez Naples l’éphémère, flanquée aux pieds du fumant Vésuve. Pour la gentillesse des Napolitains, beaucoup plus sexys surtout pour ceux qui aiment les nounours bien velus. Pour l’atmosphère virile – macho même – ambiguë et franchement homophile de ses bars hétéros, où l’on boit des canons en se tapant sur

Zio Paps, Naples

l’épaule devant un match de foot (Zio Paps par exemple). Pour son ambiance méridionale, populaire et métissée. Pour la richesse de son patrimoine et la beauté de la région. Les grandes dames parisiennes pourront toujours aller montrer leurs robes griffées à Capri ou Ischia…

Plus au Sud, allez explorer le Mezzogiorno : Calabre, Pouilles, Basilicate et bien sûr la Sicile. Là vous trouverez de vrais ragazzi au beau milieu de magnifiques ruines, dans les ruelles étroites autour des églises baroques, sur les places des villages alanguis ou sur des plages désertes aux eaux préservées. Des bien virils, bien hâlés et bien poilus. Le Sud de l’Italie est beaucoup plus fun en réalité que sa réputation macho et coinços le laisse croire. A condition de sortir des codes de la tapiolerie et de savoir surfer sur l’équivoque. C’est tellement plus excitant que des piercings sur chaque centimètre-carré de peau ridée !

Madrid. Une capitale aux airs de ville de province. Un mythe. Devenue finalement plutôt ennuyeuse comparée à ce qu’elle a été (la movida, Almodovar et la belle époque de Chueca c’était dans les 80s, chérie…). Avec son Tataland standardisé et segmenté au possible. Encore que Chueca soit mille fois préférable au Marais, et ait bien d’autres attraits que ses bars gays. Comme ses boutiques arty, différentes et pas pareilles (quoique un peu trop bobasses). Quitte à passer un weekend à Madrid, traversez la Gran Via et allez explorer les hauteurs de Lavapies, le vrai quartier branché du moment. Avec ses épiceries indiennes et pakis, ses concerts en plein air, ses bars et boutiques décalées, et sa population jeune et très mélangée. Et puis ses bars bear, parce que pour les vrais amateurs c’est là-bas que ça passe…

Mais non, oubliez Madrid et ses dindes barbues, arrogantes et méprisantes comme des Parisiennes.

Night, Eixample, Barcelone

Foncez à Barcelone. Atmosphère plus européenne garantie. Et puis il y a la mer : on respire. Ah le côté mégalo et déjanté de l’architecture moderniste ! Ces boîtes insensées, ces cruising bars dantesques où l’on ne s’embarrasse pas de chichiteries pour fourrer la main dans la culotte de son voisin. Et où le mélange des genres et la franche camaraderie nous changent des clones dépressifs au faciès délavé du Cox. Ne vous cantonnez pas à Gayxample, encore moins à Sitges franchement has been et peuplé des mêmes tapioles à barbe interchangeables qui ne connaissent que le Triangle Rose Sitges-Mykonos-Gran Canaria. Explorez plutôt Raval si vous aimez les Pakis bien roots. Et surtout les quartiers branchouilles et créatifs comme Poble Sec ou San Antoni (plus chic) au Sud. Ou Gracia au Nord qui se cherche encore une âme…

Séville et Alhambra

Plus authentique, descendez jusqu’en Andalousie. Pour ses trésors culturels évidemment : Cordoue, Séville, Grenade, L’Alhambra, Cadix, Jerez, Malaga… Non, Torremolinos on oublie ! Pour la beauté de ses paysages, de ses villes et de son littoral. Pour le charme mauresque, le sentimentalisme irrésistible de ses autochtones. Et la sevillana. Enfin allez-y quoi !

London ? Oui, c’est une ville fascinante et incontournable. Surtout si l’on aime le vrai métissage (pardon, le « multiculturalisme ») avec un standing autrement plus soigné que nos banlieues pouraves… Mais n’espérez pas y faire autre chose que du tourisme et du sexe. Ici on ne connaît pas les sentiments. Et tous les gays londoniens vous diront d’un air blasé qu’ils ont renoncé à y trouver l’âme sœur. Il faut dire que Londres a été créée par les Romains pour faire du fric, et que c’est toujours sa raison d’être Number one… Mais pour ceux qui aiment la musique et les fêtes déjantées, difficile de rivaliser. Fuyez les boîtes gays. Surtout Vauxhall, le nouveau quartier gay hyper chiant en semaine et trop loin du centre de toute façon. Faites éventuellement un saut au XXL (le samedi soir uniquement), en vous rappelant que vous entrez dans le temple mondial de l’Arrogance et des Divas. Evidement faites un tour à Soho à l’heure du happy hour, ou pour flâner dans les boutiques l’après-midi. Toujours beaucoup plus excitant, plus vaste et surtout et éclectique que le Ma-raie. Sinon pour vous éclater sur la meilleure musique du monde, oubliez le Heaven et foncez au Fabric, l’un des meilleurs clubs house de la planète (et de loin !), ranké dans le Top 5 mondial. Si vous y croisez Harry, faites-lui un bisou pour moi.

Dublin

Plutôt que Londres, trop convenue, essayez donc Dublin, ses bars à bière (rousse, évidemment) et ses Rouquins si chaleureux. Ou l’Ecosse : dépaysement garanti !

Amsterdam. Oui bien sûr… Coffee shops, bars cuirs, musées sublimes, balades à pied ou à vélo sur les canaux, galeries d’art hyper tendance. Le côté aristo un brin décadent des Amstellodamois. Mais le bon goût tout de même, ça ne s’invente pas ! No fumette à l’extérieur, comme ces jeunes touristes cuvant leur bédos foncedés sur le macadam : habitude méprisable aux yeux des locaux ! Quand on est bien élevé on organise une fête chez soi, avec quelques amis chics et choisis, quelques bons plats, quelques bons alcools, éventuellement un bon DJ, et un bon stock de meilleure beuh. Suivie d’une touze décomplexée le cas échéant. Ou d’une sortie dans un de ces clubs où l’on joue une Nu house intelligente et sublime.

Comparativement à Amsterdam, Bruxelles offre l’avantage d’être plus proche, plus abordable, moins élitiste, résolument internationale, et franchement marrante (encore que, depuis les attentats…) Ah le côté bon vivant, gouailleur et rigolard des Belges ! Même les keufs près du commissariat du centre sont hyper sympas (hyper mignons et très coquins…) Ah le trip moule-frites après une Jupiler à la terrasse du Baroque, « LE » bear bar de la rue du Marché-au-Charbon… Les soirs de Démence la rue est blindée de grands gaillards barbus venus de toute l’Europe. La Démence justement, on évitera soigneusement. A moins d’être une grosse truie cocaïnée. Une fois dans sa vie c’est rigolo, après ça devient vite une addiction vulgos. Quant à celles qui s’embarquent sur la Croisière Démence, elles sont irrécupérables.

Place Jules Dillens, Quartier Saint-Gilles, Bruxelles

Allez faire un tour dans le quartier Saint-Gilles, métissé, branché, rempli de boutiques rigolotes, de galeries d’art sans chichi, de terrasses où savourer toutes les spécialités du monde, et de kikis espagnols, rebeux ou d’ailleurs. Mais gare aux quiproquos : on n’est pas au Dépôt et certains rêveraient de vous faire les poches…

Oslo ? Reykjavik ? Pas vu pas pris.

En Europe on ne saurait oublier Lisbonne. Prague pour les baroqueuses. Berlin, incontournable et l’une des capitales les moins chères d’Europe.

Prague

La Suisse on oublie carrément. Sauf pour emmener Belle-maman en cure thermale ou y planquer ses biffetons. Déprime garantie et porte-flouze vidé en 3 secondes chrono : Genève, ennuyeuse au possible, demeure et de très loin la capitale la plus chère de toute l’Europe. Lausanne, avec ses ruelles en pente et ses étudiants, paraît plus fréquentable. Mais on ne risque guère la frénésie.

Istanbul ? Allez-y très vite avant que le glacis de la dictature islamiste du tyran Erdogan ait tout recouvert. Mais quelle ville ! L’ambiance Shéhérazade dans les quartiers touristiques comme Sultanahmet ou Galata, les mosquées sublimissimes, le Grand Bazar, ou plus roots le Bazar égyptien. La folie de Taksim de jour comme de nuit, les immenses clubs bears blindés de costauds carrément massifs, hyper poilus et hilares

Taksim la nuit

venus de tout le Moyen-Orient. Les quartiers ultra modernes et très européens comme Mecidiyeköy. Ceux plus plan-plans comme Kadıköy (ne pas rater son marché…) ou Üsküdar sur la rive asiatique… Et ses innombrables hammams dont certains feraient pâlir d’envie les saunas les plus hots de Paname.

Pour une atmosphère plus méditerranéenne, moins empesantie par la religion et beaucoup plus libérale, préférez Izmir. Pas franchement jolie mais beaucoup plus cool. En évitant bien sûr les infernales usines à touristes comme Kusadaçi. En revanche si vous avez le temps, une escapade à Ceçme, le Saint-Trop’ turc, s’impose. Une journée de plus et traversez les 7 km de mer qui séparent la Turquie de l’île grecque de Chios. Un écrin d’authenticité oublié, des eaux turquoise si limpides qu’elles paraissent irréelles : à des années-lumière de Mykonos. Et sa capitale, Chios, pourrait vous réserver quelques surprises… Pourquoi pas descendre jusqu’à Ephèse à 80 km au Sud, pour visiter le site archéologique.

Pour les amateurs de fêtes torrides et de bears Middle-East, allez passer un long week-end à Beyrouth. On y afflue par charters entiers de tout le Moyen-Orient pour ses fêtes bears. En plus il y a de quoi visiter. Le Liban est un pays très beau et très attachant. Et les Libanais n’en parlons pas : ce sont les plus beaux hommes du monde et les plus grands charmeurs !

Si vous craignez de vous faire trucider par le Hezbollah, allez passer quelques jours à Tel Aviv, la New York de la Méditerranée. Une ville qui ne dort jamais, elle non plus. On s’y amuse toujours beaucoup, la température de l’air frise les 30° à Noël et celle de l’eau est sublime toute l’année. On y croise des beautés du monde entier. On y mange une cuisine étonnante, avant-gardiste, souvent bio et métissée. Et le choix des ambiances est varié. Passer le Nouvel An dans les rues bondées de Tel Aviv par 25° la nuit est une expérience inoubliable ! Quant aux fameuses soirées Papa Party et Arisa, est-il besoin de les présenter ?

Dubaï c’est plus loin. On n’a pas encore testé mais il parait qu’on s’y amuse pas mal. A condition de rester discret et prudent si l’on veut frayer avec quelques ressources locales. Mieux vaut avoir un compte bancaire bien ronflant et un forfait mobile étendu : pour les rencontres gays tout se passe sur les applis, en surchauffe le week-end… Pour le tourisme, l’hébergement et les sorties, à moins d’être invité et guidé par un habitant local, mieux vaut prévoir un beau budget : Dubaï est TRES CHERE, mon fils !

Pour des séjours plus longs qu’un simple week-end, pensez à Mexico City, Buenos Aires, Rio ou Sao Paulo. Santiago (Chili) n’est pas mal non plus à ce qu’il paraît. Si l’on tient à rester vivant on évitera Quito (Equateur), Caracas et bien sûr tout le Venezuela, beaucoup trop dangereux. La Havane et Cuba ont toujours un charme fou, le sexe y est plus volcanique que jamais, mais l’américanisation en marche sur fond de fin de règne castriste aura bientôt recouvert l’extraordinaire culture cubaine. Voilà pour l’Amérique latine.

Montréal est toujours charmante l’été (indien). Et pourquoi pas Toronto.

L’Extrême Orient on connaît moins, mais Tokyo, Hong Kong voire Shanghai doivent valoir le détour. Même si ce ne sont pas vraiment des destinations gays de premier plan.

Quoi qu’il en soit, bon voyage et sortez couverts !

En mai, fais ce qu’il leur plaît ! – Macron, mai 68 et les bobos

Mis en avant

Etudiant lançant des pavés lors des manifestations étudiantes le 25 mai 1968 dans le Quartier latin à Paris

On fêtera bientôt les 50 ans de mai 68.

Vous vous rendez compte ?

Le Président Macron, c’est le moins que l’on puisse dire, a d’autres priorités à son agenda et semble peu pressé de fêter l’événement.

Plus à l’aise dans les salons parisiens qu’avec les symboles de la gauche populaire.

Plus en phase avec le très politiquement correct « esprit du 11 janvier » qui reflète bien l‘atmosphère anémiée du moment qu’avec la Grande Récré des enfants du baby-boom, le souffle révolutionnaire des barricades et ce genre de commémorations un peu casse-gueule.

Pas de risques, pas de vagues, et surtout pas question de donner une caution à la rue.

Et gare à ceux qui contreviendraient au devoir de réserve : ils seront sévèrement sanctionnés !

Après le temps des cerises, le temps des prunes.

Pas d’artistes du moment, de stars ni de people conviés pour scénariser ce Cinquantenaire. Comme au temps des grand-messes mitterrandiennes qui avaient élevé le fameux « Bicentenaire » au rang de rite planétaire.

Même pas un entrefilet dans la presse pour rappeler que cela fera 50 ans dans trois mois que quelques étudiants chevelus de la Sorbonne et de Nanterre emmenés par un rouquin très agité déclenchaient toute une série de grèves et de manifs qui allaient mettre la France cul par-dessus tête et faire chanceler le régime gaulliste.

Aurait-on à ce point changé d’époque ? Que plus personne ne semble s’en préoccuper ?

Certes, la Génération Macron ou celle d’En Marche ! n’a rien à voir avec celle des bobos (bourgeois bohêmes).

Bretecher1

Les jeunes quadras d’aujourd’hui, à peine dépucelés de leur virginité politique à la faveur d’un fin stratège qui a dynamité tout l’échiquier, n’ont ni les référents ni les aspirations de leurs aînés, abîmés dans le confort et « l’esprit Canal ».

Cette génération au seuil de la quarantaine à laquelle appartient Emmanuel Macron, et que les sociologues du marketing appellent les momos (mobiles moraux), ont grandi dans les années 1990 : ils n’ont connu que la crise, le chômage et un marché du travail tendu. Ils ont dû sacrifier à de longues études, apprendre à s’adapter aux contraintes économiques, accepter d’être hyper mobiles et réactifs pour changer souvent de métier, de secteur, voire de pays au cours de leur carrière.

Serge July, Emmanuel Macron et Mark Zuckerberg, icônes des générations « bobo », « momo » et « yoyo »

Ces braves petits soldats de la mondialisation obéissants et angoissés ne partagent absolument pas les rêves et les luttes rebelles de leurs parents les bobos.

Autant les bobos sont volontiers décalés, frondeurs, rebelles et contestataires – du moins dans la posture – autant leurs enfants les momos sont hypernormés, et à fond dans le Système !

Autant les baby-boomers ont rêvé d’un autre monde où la terre serait ronde, d’être réalistes en demandant l’impossible, de réinventer la société et de changer la vie, autant les momos sont de véritables gardiens zélés du Temple ultralibéral et « progressiste ». Prêts à dénoncer tout dérapage verbal, tout écart de comportement ou de langage qui risquerait d’écorner la Pensée unique et de dévier un tant soit peu de la ligne orthodoxe imposée par le politiquement correct.

Quant à la génération suivante, celle des yoyos (young yobs : jeunes loubards) qui composent une bonne partie de l’équipe Macron, ces trentenaires malins comme des bonobos et opportunistes comme par deux, ils n’en ont strictement rien à cirer des discours des élites et des politiques.

A eux on ne la fait plus ! On leur a tellement bourré le mou avec des discours moralisateurs, culpabilisateurs et anxiogènes, avec ces vieilles rengaines humanistes, droits-de-l’hommistes, libertaristes, égalitaristes, communautaristes ou féministes, qu’ils s’en moquent avec une effronterie aussi calculée que jubilatoire.

Ils se servent de tout, détournent tout, customisent tout, n’ont aucune morale, aucun scrupule et aucune préoccupation, sinon de saisir les opportunités à leur portée, et d’utiliser les failles du système à leur avantage. Pour s’en sortir, pour réussir, gagner de d’argent ou pour aider leurs potes.

Ils ne cherchent ni à flamber comme les bobos ni à placer leurs économies en s’angoissant à propos de l’avenir et de leurs gosses qu’ils n’ont pas encore comme les momos.

Eventuellement ils réalisent à l’occasion de juteux placements boursiers dans quelque startup, aussitôt réinvestis dans des achats dictés par leur fantaisie du moment.

Ce sont des jouisseurs, des opportunistes, des pragmatiques, qui n’en font toujours qu’à leur tête. Qui vivent l’instant présent et se moquent éperdument que le monde puisse s’écrouler autour d’eux, sinon pour kiffer sa race sur leur console de jeux.

Ils vivent en tribus, et en changent comme de paires de Nike.

Ils sont à fond dans les nouvelles technologies, car ils ont grandi avec une Gameboy entre les mains, surfent sur internet dès leur plus jeune âge, et en maîtrisent tous les rouages.

Ils anticipent sinon inventent eux-mêmes les modes et les nouveaux courants, plus pour s’amuser ou par opportunisme que par snobisme.

Ces yoyos ne sont pas ceux qu’on entend le plus dans le staff Macron. Sinon au travers de ce pragmatisme très réactif et sans réelles convictions sauf pour flatter la galerie. L‘esprit momo tient encore le haut du pavé, pour la vitrine du moins.

Ces deux générations sont les enfants de la mondialisation.

Mais ils ne fantasment pas comme leurs aînés sur un universalisme très idéaliste et politisé en prétendant bousculer l’ordre établi. L’ordre ou le désordre, ils s’en tapent.

L’ordre et les règles ils savent parfaitement les contourner. Et le désordre leur permet de tirer leurs biles au milieu de la confusion.

Si les momos sont à fond dans l’humanitaire, les yoyos s’en foutent royalement, sinon quand ça les touche directement ou pour faire mine de plaire à leurs grands-frères.

Pour les momos comme pour les yoyos, Mai 68 c’est comme la bataille de Marignan : un truc appris dans les livres d’Histoire.

Ou éventuellement un refrain barbant dont leurs parents les ont suffisamment bassinés pour qu’ils en ignorent la teneur.

Les momos regardent leurs vieux comme des pauvres ados rêveurs abîmés dans des glorioles pitoyables et leurs souvenirs de fac. En leur confiant à l’occasion la garde du petit dernier sagement endormi dans son landau connecté signé Stark ou Pinifarina.

Les yoyos quant à eux observent ces vieux darons avec amusement et respect, parce que quand même, Mai 68 ça devait être un sacré kif !

Mais ils en parlent comme d’un truc de ouf, exactement comme ils s’excitent sur le méga set de leur DJ favori dans le prochain festival électro.

Bobos et yoyos sont souvent potes.

Les premiers offrent aux seconds une conscience par procuration. Et les seconds permettent aux premiers de ne pas devenir gâteux en les initiant au vertige néo-psychédélique des réalités augmentées.

Globalement on est aujourd’hui en France aux antipodes des lendemains qui chantent.

Des couplets maoïstes, trotskistes ou castristes lancés depuis la tribune ou vomis sur les CRS-SS.

On est bien loin des expérimentations loufoques, de la révolution sexuelle, de la musique de Pink Floyd, des Doors, du pop art, des chemises à fleurs, des colliers hippies, de l’encens, de Woodstock, du LSD, des partouzes géantes et des slogans comme « Il est interdit d’interdire »…

Même si, la nostalgie aidant et la mode rétro 70s ou 90s des années 2010 faisant loi, on revisite ces icônes de la génération hippie.

Pour le reste, ça fait plusieurs décennies que c’est Back to reality!

Et pour les plus téméraires, un rail de coke, volume à fond, binge drinking et baise à tout va jusqu’au prochain after.

Mai 68, c’est au mieux un mythe sympa, au pire un truc ringard de musée.

Les bobos ont du mal à en démordre, mais on a changé de siècle.

Les crises économiques, la chute du Mur de Berlin, le 11 septembre, internet et Twitter sont passés par là.

Les idéologies qui ont bercé leur jeunesse ont été remisées sur les étagères de l’Histoire.


Leurs idoles, Marx, le Che ou Sartre, n’ont même pas leur statue au Musée Grévin.

Ceux qui ont portées ces années du Changement se sont recyclés pour les plus chanceux dans le journalisme ou la politique (mais ils ont été balayés par le tsunami En Marche ! ou sont devenus de sages courtisans du Prince…).

Ils bossent et parfois ont fait fortune dans l’écologie, l’économie verte ou le numérique, le multimédia, le marché de l’art moderne, le business du bio, du bien-être ou du développement personnel.

Et pour les plus largués, le Grand Soir se résume le plus souvent à croupir dans une ONG en attendant la ménopause du cadre, à tenter de reconstruire un château de sable en pleurant sur les ruines du PS, à publier des compiles rééditant les tubes de leurs groupes fétiches, ou bien à faire le guignol dans les talk-shows le samedi soir pour les nunuches engagées qui prétendent avoir une conscience et qui lisent Philo Magazine.

Quant aux plus endurcis, nombreux sont ceux ont pas finis fauchés par le sida, une overdose, un infarctus ou un cancer, ecstasiés et pesant 30 ans kilos sur une plage de Goa, ou carrément suicidés, soit à cause de leurs excès de sexe et de drogues qui leur ont ravagé la capsule, soit parce que leurs doux rêves se sont fracassés sur le roc des flamboyantes mais austères années 80.

Les rescapés ont quitté les radars et vivent planqués dans leur salon germanopratin, ou toujours scotchés dans leur ashram en Inde, une communauté new age ou une ferme dans les Cévennes.

Alors, faut-il ou non fêter Mai 68 ?

Si c’est pour ressortir les vieux gimmicks, sûrement pas !

Qui plus est, l’aspect politique et contestataire de cette ultime « révolution » n’est pas forcément bon à titiller.

Une bonne grève générale pour faire barrage à la Loi Travail est justement ce qu’a soigneusement voulu éviter le Président Macron, fort de son expérience d’éminence grise puis de ministre du quinquennat Hollande et des fameuses Nuits debout qui s’en suivirent.

Aujourd’hui tout le monde est rentré dans le rang. Et beaucoup s’extasient toujours devant ce jeune président si nouveau, si intelligent, si bien élevé, si propre sur lui, si posé, si courtois avec les femmes et si sympathique.

Les Français ont troqué un excité narcissique et corrompu, suivi d’un gros balourd qui les a roulés dans la farine sitôt élu en s’asseyant sur ses promesses socialistes, contre une sorte de Prime Minister brittanique, au style très monarchique, bon teint, sage et moderne. Et totalement à la solde des molochs américains et européens. Un peu comme Tony Blair.

Alors le Général à côté c’est Che Guevara !…

L’esprit et les valeurs libertaires de Mai 68 ont depuis l’ère Mitterrand totalement imprégné la société, ses modèles et ses discours.

Au point qu’on n’en a même plus conscience.

Même Sarko a été présenté récemment par certains commentateurs comme un héritier de l’Après-Mai 68. Qu’il avait pourtant combattu.

Sauf qu’aujourd’hui, voir des filles à poil à 18 heures à la télé comme au bon vieux temps des Coco girls du Collaro Show c’est totalement impensable !

De nos jours les normes sont bien verrouillées. Et quiconque s’en écarte risque le pilori médiatique dans la seconde qui suit, voire un procès ou le zonzon s’il refuse de faire repentance et continue d’alimenter le scandale.

On peut sacrifier à tous les écarts, toutes les perversions, toutes les outrances, tous les excès et tous les délires, du moment qu’ils sont soigneusement répertoriés et labélisés.

Pour le reste, si l’on s’écarte un tant soit peu de la Pensée unique, on est aussitôt taxé au mieux de « complotiste », au pire de « terroriste ».

Alors faire la révolution, vous n’y pensez pas !

Nos contemporains sont frileux, formatés, lobotomisés, partagent des indignations téléguidées et à géométrie variable.

L’indignation réflexe est une posture obligée si l’on veut s’afficher comme un bon citoyen équipé d’une conscience éthique.

Mais le libre arbitre et l’esprit critique – le vrai – ou la contestation de l’ordre établi au nom d’un Idéal ou d’un projet alternatif de société sont des crimes de lèse-conformisme inadmissibles en « démocrassie » !

Alors on se contente de faire semblant d’être un rebelle. On s’agite et l’on s’offusque aussitôt que son voisin fait un pet de travers. On monte des kabbales hystériques sur Facebook pour des boulettes. Et c’est ce cirque burlesque et grandiloquent qui constitue l’Alpha et l’Oméga des moutons de panurge.

Dont les neurones sont totalement grippés par leur flip incessant, soigneusement monté en neige par les médias à propos du terrorisme, de la vache folle ou de la bombinette nord-coréenne.

Pourtant, il serait urgent de réapprendre à rêver.

Urgent de s’enivrer.

Et de remettre l’imagination au pouvoir.

D’ouvrir les yeux sur l’avenir au lieu d’ânonner le même catéchisme. D’inventer le monde de demain. Un monde qui sera fraternel, universel, unifié et pacifié.

Ou ne sera pas.

Un monde qui verra toutes les consciences planétaires totalement interconnectées. Et en tout cas par autre chose que l’écran mensonger des logiques du Système.

Mais ça, soyons certain que les milices du Zeitgeist s’empressent de nous en dissuader.

Nous incitant au contraire à nous vautrer dans la fascination du Vide, le culte de l’Ephémère, de l’Insignifiant. A nous prosterner devant les idoles consuméristes de leur Panthéon des Vanités.

Plus qu’une nouvelle « révolution », politique, sociale ou institutionnelle, c’est un Grand Saut de la conscience qu’il convient pour nous tous ensemble d’opérer en ce siècle.

Un siècle qui verra s’accomplir les plus grands bouleversements que l’humanité ait jamais connus. Et qui l’obligera à faire face aux plus grands défis de son histoire.

Mais il faut plus que de la lucidité, de l’imagination ou de l’audace pour s’engouffrer dans la brèche de ce Changement radical qui nous aspire à lui.

Il faut accepter de mourir totalement à soi-même pour renaitre tout autre. De ne plus rien savoir ni connaître ni contrôler.

Et d’abdiquer son cher Ego au bénéfice du Bien commun.

Mais ce sacrifice, l’homo post-modernicus qui se vante pourtant d’être un rebelle et s’éprend de toutes les causes n’est pas prêt d’y consentir !

On peut se piquer d’avoir une conscience et rêver éventuellement de prolonger l’utopie matérialiste dans une fiction transhumaniste, mais de là à faire passer le sort des réfugiés climatiques avant sa tisane bio, NO WAY!

Alors oui, il serait temps de célébrer le joli mois de mai, avant que l’hiver ne s’abatte définitivement sur nos belles illusions.

La Marche des Forcenés

Mis en avant

Une fois de plus je ne vais pas me faire que des amis mais j’assume.

Loin d’être une manifestation utile, décalée, drôle et surtout représentative des aspirations des gays et lesbiennes, plus de 40 ans après sa création la Marche des Fiertés LGBT est devenue un carnaval burlesque sans surprise ni saveur.

Toujours les mêmes clichés. Les mêmes chars bariolés. Les muscles saillants débordant des strings et les seins arrogants de camionneuses carrées. Les drag queens et les folles déchaînées.

Toujours la même cacophonie, la même hystérie, la même bêtise outrancière.

Et les mêmes slogans ressassés.

Quand on pense aux années « révolutionnaires », où quelques militants du FHAR et quelques féministes du MLF osaient braver la pudibonderie de la France post-gaulliste.

Quand on se souvient des années sida qui avaient précipité toute une communauté dans le tragique et l’urgence.

Et puis, il y a 20 ans, cette « accession à la visibilité » tant espérée. Enfin ! Près d’un million de personnes défilant de Montparnasse à Bastille lors de l’Europride 1997. Du jamais vu. Une sortie du placard déculottée pour les uns. Un phénomène voyeuriste pour les autres. Une métamorphose pour la société. Dont les mentalités commençaient à peine à se décrisper pour découvrir la réalité de millions de ses enfants autrement qu’aux travers des stéréotypes de Zaza et Rénato.

Les choses se sont accélérées avec le vote du pacs en 1999, la pénalisation de l’homophobie dans les années 2000. Puis le Mariage pour tous en 2013, qu’aucun n’aurait imaginé possible quelques années auparavant.

Que reste-t-il de ces combats et de ces paillettes ?

Aujourd’hui la gay pride est définitivement un « machin » du passé. Un éternel bégaiement sur les mêmes thèmes. Un défouloir pour les plus jeunes. Et un rituel imposé pour les apparatchiks de la cause et leurs supporters clientélistes.

La communauté LGBT devrait s’interroger sur l’image qu’elle donne d’elle-même lors de ce cirque annuel. Je ne parle évidemment pas d’autres grandes manifestations comme les Gay Games qui s’ouvriront à Paris à l’été 2018. Lesquels relèvent sérieusement le niveau, et offrent un autre visage de l’homosexualité que ces stéréotypes convenus dans lesquels 95% des gays et lesbiennes de 2017 ne se reconnaissent pas.

Quand une manifestation destinée à faire valoir des droits légitimes devient une institution nombriliste, quand l’avant-gardisme et la provocation politique s’abîment en conformisme contenté et en vulgarité affligeante, quand l’aiguillon de l’époque en vient à pasticher les modes des autres, il est temps de jeter l’éponge !

Comment oser pareil blasphème ?… Et les défenseurs de la cause de nous bassiner aussitôt avec « les droits LGBT », conquis de haute lutte, et auxquels ces marches auraient largement contribué.

Certes, mais quels « droits » ?…

Les LGBT ont tout conquis. L’homosexualité est devenue une norme. Que personne ne songe aujourd’hui à contester. Au moins ici, mis à part quelques aliens intégristes de La Manif pour Tous.

Reste à assurer la vigilance nécessaire pour éviter un retour de balancier, qu’on a d’ailleurs en partie suscité par trop d’excès, d’orgueil et de caprices.

Mais ça n’est sûrement pas avec ce genre de gay prides qu’on y arrivera.

A-t-on mis la Tchétchénie au pinacle des slogans de la Marche 2017 ?

Niet !

Tout un symbole. Triste et éloquent.

Les LGBT ont perdu le sens des réalités. Après que le sida les avait précipités il y a 35 ans dans un réel sombre et glacé. Passée la sidération, l’urgence les avait contraints à devenir des héros du changement. Aujourd’hui ils ne sont plus que des rentiers spéculant sur les dividendes arrachés à une société frileuse sommée de les aduler.

L’avenir me direz-vous ? Mais l’avenir n’est certainement pas aux identités fragmentées ! L’avenir est à une humanité diverse mais unifiée, solidaire et fraternelle. Pas à ces caricatures figées, égoïstes, héritées d’une autre époque.

Mais il n’y a pas que les droits ou l’avenir qui sont en jeu. Tout n’est pas qu’histoire de marchandage avec la société et le temps. Il y a aussi ce que l’on choisit d’être, de montrer et de partager avec le monde qui nous entoure.

Et dans ce domaine – l’identité – acquise ou construite et toujours en perpétuel renouvellement, tout n’est pas qu’affaire de genre ni de sexualité.

La seule chose que nous ayons à offrir à nos semblables et au monde qui nous entoure, c’est le meilleur de nous-mêmes. Ou bien le pire.

Encore faut-il en être conscient.

Les psychiatres en blouse blanche pétris de puritanisme et d’esprit scientiste qui avaient inventé au 19e siècle « l’homosexualité », ce douloureux concept, nous avaient assignés à vivre dans la déviance pathologique, la honte et l’exclusion. A moins de se plier aux aveux contrits sur le divan, et d’accepter de réformer ses perversions par des procédés plus ou moins barbares pour rentrer dans la normalité, et redevenir l’homme ou la femme à part entière que l’on aurait jamais dû cessé d’être.

Ceux qui ont par la suite inventé l’identité gay ont voulu nous persuader que loin d’être un motif de honte, cette homosexualité qu’on nous collait sur le visage en nous crachant dessus était au contraire un motif de fierté qu’il fallait assumer, revendiquer et même jeter à la figure de ceux qui nous insultaient en gueulant plus fort qu’eux pour les contraindre à nous regarder, nous considérer et même nous accepter.

Stonewall : autopsie d’un mythe…

Ou comment la fronde de quelques folles virées d’un bar de travelos à New York par une descente de police dégénéra en combat de rue. Une émeute qui fit couler de l’encre, et que les chroniqueurs des fanzines gay puis les historiens des gay studies érigèrent en acte de résistance, en Trois Glorieuses et en événement fondateur de la cause homosexuelle.

La gay pride est censée commémorer cet événement mythique et symbolique, en descendant dans la rue une fois l’an pour prendre possession du pavé, bousculer les codes de convenances, rejouer la tragédie antique des esclaves libérés de leurs chaîner et forcer la meute des citoyens indifférents à voir et à s’interroger.

Voir quoi ? Un spectacle. Une mise en scène. A l’origine celle du scandale de la répression et de ces marginaux qu’on ne voulaient voir que dans des cabarets burlesques pour s’en moquer.

Le but ? Transférer la honte des victimes sur leurs bourreaux. Forcer la société à se regarder en face. A prendre acte de ses paradoxes et de ses lâchetés. Puis fédérer d’autres parias pour rejoindre le Grande Marche toujours grossissante des rebelles sortis des placards et dont la conscience s’éveille. Un peu comme Gandhi forçant la Perfide Albion à accorder la liberté et des droits à ces millions d’intouchables. Et puis enfin, forts de ce nombre impressionnant, demander aux autorités des comptes et au politique de se bouger les fesses pour nous accorder des droits.

Le droit d’être ce que l’on est et qu’on n’a pas choisi d’être. Le droit d’agir et de vivre en accord avec une nature qui s’est imposée à nous, souvent dans la douleur et les larmes. Le droit de ne plus être systématiquement montré du doigt, stigmatisé, raillé, rejeté, banni de sa famille, de l’accès à un travail décent, de son église et finalement de la société. Sinon insulté, tabassé, voire assassiné par des coups ou des paroles meurtrières.

Le droit ensuite de partager à égalité les avantages politiques, juridiques et sociaux d’une société de consommation en plein boom. De jouir de tout et de demander l’impossible. Le droit de pouvoir choisir à son gré son identité, d’être un homme ou une femme, ou quelque chose entre les deux. Ou une « chose », un monstre, un queer, selon sa fantaisie ou sa démence…

Le droit de faire ce que les constantes anthropologiques, les normes sociales et les déterminisme biologiques ne nous avaient pas autorisés à croire possible. Comme se marier comme un couple « normal », comme papa-maman ou Blanche Neige et son Prince charmant. Faire des enfants, quitte à recourir à la science. En adopter et les élever au grand jour. Bénéficier des mêmes droits que n’importe quelle autre famille. Et voir la sienne reconnue comme telle. Après tout ce n’était qu’une façon d’entériner enfin ce qui existait déjà dans toutes les sociétés depuis la nuit des temps.

Certes. Mais quitte ce faisant à tordre le cou au réel ou à s’enfermer pour certains dans le déni de réalité. A franchir le Rubicon qui sépare la revendication légitime d’un statut et de droits égaux à celle d’un égalitarisme radical mué en désir d’identification. A prétendre que puisque que hommes et femmes sont égaux en droit, ceux-ci doivent aussi être en tous points identiques. Que la différence des sexes, archétype de toutes les autres et fondatrice de la dynamique des relations humaines sinon pour tous de la dynamique du désir, doit être abolie. Dénoncée comme un archaïsme d’un passé marqué par la domination machiste et hérérosexiste.

Cette revendication excessive à se dévoiler au grand jour, à se montrer et à donner de la voix pour son plus grand bonheur, cette obstination sectaire et totalitaire consistant à assigner toute personne attirée peu ou prou par le même sexe à se déclarer publiquement et à rejoindre la masse, à endosser sans honte ni nuance aucune cette identité elle aussi assignée du dehors par la milice communautaire et non plus la médecine, a certes permis de faire front, de forger des images et un discours qui allaient marquer des points durant 5 décennies.

Il faut reconnaître à ces pionniers et ces militants de l’audace et du mérite. Sans eux rien n’aurait bougé et nous en serions encore à draguer dans les pissotières ou les bars clandestins des bas-fonds des cités.

Mais leur excès de zèle, tout efficace et porteur de changements qu’il ait pu être, a aussi créé des normes et une idéologie. Aujourd’hui assumer ses goûts et son orientation sexuelle, vivre une sexualité, une vie affective, de couple, de famille, une vie sociale, professionnelle, intellectuelle et spirituelle épanouie tout en refusant de se déclarer « gay » être un motif de lynchage.

Si l’on a le malheur de partager ce plus petit dénominateur commun qui consiste à préférer les personnes de son sexe, on DOIT absolument endosser cette identité fabriquée et tout aussi factice que celle, pathologique, de l’homosexualité !

Au risque sinon d’être déclaré traître à la cause voire allié des forces oppressives : « l’autre », l’hétéro, forcément toujours quelque part hostile, brutal, agressif et prêt à casser du pédé pour se défouler, faire payer à à un bouc émissaire commode ses propres frustrations, ou la peur d’en être lui aussi.

A cause de ce terrorisme communautariste, beaucoup passent à côté de qui ils sont vraiment en réalité. Car l’identité est une chose complexe, protéiforme, délicate et changeante. Et qui ne se résume pas à de la zizologie.

Cocteau disait : « Il faut suivre sa pente naturelle… Vers le haut ! »

Le moins que l’on puisse dire c’est que ces gay prides n’incitent pas les jeunes ados un peu paumés qui se découvrent une attirance pour leur meilleur ami à se poser les bonnes questions ni à réfléchir avec sérénité et esprit de nuance sur ce qu’ils vivent sinon sur ce qui ils sont.

Et que les clichés qu’elles brandissent, à l’origine pour choquer, aujourd’hui pour répéter toujours les mêmes gimmicks, ne présentent pas à la société dont elles attendent tout le visage le plus amène ni le plus nuancé. Même si celle-ci fait mine d’applaudir parce que c’est dans l’air du temps.

Aujourd’hui il ne s’agit plus de conquérir de nouveaux droits. Ni même seulement de bétonner sur nos acquis par crainte de se les voir un jour rogner par Sens Commun ou le FN.

Aujourd’hui il s’agit d’intégrer cette nouvelle identité qu’est l’identité gay, devenue une norme sociale, culturelle et politiquement correcte, à la diversité des autres normes identitaires, comportementales, culturelles et même éthiques.

Il s’agit de lui donner du contenu et du sens. Et non juste de rajouter encore quelques tonnes de paillettes pour la faire briller plus fort et oublier les tourments qu’elle nous inflige.

Dont acte !

Dire ce genre de vérités demande plus de courage que de suivre l’esprit du temps. Mais sans discernement critique, on passe à côté des vrais changements.

Le temps n’est plus aux luttes héroïques ni aux harangues romantiques. Aux provocations calculées pour forcer le bourgeois à renoncer à son mépris envers les minorités et leur conférer des droits justes.

L’époque est aux identités sereines, décomplexées, vécues dans la simplicité et la joie du commerce avec l’autre. Pas aux revendications arrogantes, pendant d’une honte travestie en « fierté ».

Il est temps de prendre acte de ce changement. Au risque sinon de devenir encore plus ringards, ridicules et exaspérants.

Les jeunes générations des 18-30 ans, ces zozos et yoyos qui battent le pavé pour rigoler, se moquent éperdument des luttes de leurs aînés. S’ils plagient la langue de bois LGBT, c’est parce que ses slogans font partie du paysage de la pensée unique. La vérité c’est qu’ils s’en foutent royalement. Pour eux l’homosexualité n’est ni un « problème » ni même une identité. Etre gay ne leur pose pas plus de question qu’être black ou tismé. Sauf peut-être quand on habite Sarcelles et qu’il faut prendre le RER pour pouvoir afficher ses goûts devant ses potes à la terrasse du Cox. Encore que…

Le sida n’est plus un frein à la sexualité, à peine une maladie. Après tout il y a la PrEP. No comment…

En 2017 on peut se marier avec son pote, inviter parents, amis et collègues à faire la teuf, et même élever des gosses. Que demander de plus ?

Ah oui il y a bien des pays comme l’Arabie Saoudite ou la Russie où être pédé ça n’est pas vraiment rose. Mais c’est tellement loin… Et puis les djeunes kiffent plus Miami, Barcelone ou Berlin que Riyad ou Moscou…

Que reste-t-il de nos gay prides ?

Un musée à ciel ouvert chaque dernier samedi de juin. Où les irréductibles viennent se contempler le nombril en rejouant le sketch factice du Grand Soir arc-en-ciel.

Et puis sinon ? Quelques tonnes de flyers, bouteilles plastique et déchets divers déversés dans les rues en quelques heures. Que les camions verts de la Mairie de Paris ramassent méthodiquement en lessivant le macadam sitôt le dernier char passé.

Et une nuit de délires et de débauches où le Marais et ses métastases parisiennes entrent en éruption volcanique jusqu’au lendemain soir. Quand plumes et harnais rangés, les esprits dégrisés reprendront leur train-train quotidien en se disant à l’année prochaine. Pour refaire la même Marche des Forcenés.

Sans même s’apercevoir qu’à part quelques touristes chinois, leurs excentricités d’un autre âge font bailler tout le monde.