Le crépuscule des pleureuses : sortir du « handicap » permanent

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Message de Marine Toro, handicapée, au Président Macron, publié sur Facebook le 2 juillet 2017.

Voir aussi la vidéo sur Facebook.


Je comprends cette femme et compatis à ses difficultés.

Mais pleurnicher sur son sort et « quémander » comme elle dit en cherchant à apitoyer les foules et culpabiliser les gouvernants ne sert à rien.

Qui plus est, c’est une façon narcissique de se conforter dans un statut de victime éternellement dépendante des autres, en rejetant la responsabilité de ses problèmes sur des politiques boucs émissaires, forcément insensibles et ignorants des difficultés rencontrées par les plus fragiles.

Il y a de multiples « causes », justes et souvent oubliées, qui mériteraient d’être portées à la connaissance du plus grand nombre et justifieraient qu’on fasse appel à la solidarité citoyenne ou à la responsabilité des pouvoirs publics. Et pas uniquement ces causes entendues que la République a héritées de siècles de charité chrétienne : la Trinité compassionnelle pour « les pauvres », « les étrangers » et « les infirmes ».

Ce genre de méthodes qui consistent à publier des jérémiades et des doléances sur les réseaux sociaux est non seulement obscène, inefficace mais aussi franchement has been.

Plus que jamais nous devons rester vigilants à l’action concrète du Président et du gouvernement en faveur des plus démunis. Et ne pas nous contenter de belles promesses et de beaux discours.

Mais à toujours vouloir jeter la suspicion et le discrédit sur nos responsables politiques, on creuse un fossé toujours plus profond entre ceux-ci et nous.

Et on fait le jeu des aigris, des défaitistes et des extrêmes.

Sans comprendre que la « solidarité » n’est ni un droit acquis ni une dépendance exclusive à l’Etat-Providence.

Elle se construit dans l’action au quotidien par le souci de l’intérêt général au-delà des intérêts particuliers, et l’engagement constant de tous pour tous.

Or pour s’impliquer avec sincérité et efficacité dans cette démarche et ne pas se contenter de bons sentiments ou de harangues mélodramatiques, de même que pour défendre et faire vivre réellement notre démocratie, il faut aussi se retrousser les manches.

Multiplier les initiatives locales, participer à des actions concertées et solidaires pour aider concrètement ceux qui nous côtoient, et que nous ignorons trop souvent malgré nos belles déclarations sur les Droits de l’homme.

Et ne pas tout attendre du politique. Comme des enfants gâtés jouant sans cesse les victimes pour réclamer toujours plus de considération, de droits, du pain et du cirque.

Certes les personnes handicapées rencontrent des difficultés objectives, matérielles et financières, dans leur vie personnelle, sociale ou professionnelle.

Mais la France n’est sans doute pas le pire des pays au monde, loin de là, en matière d’aide aux personnes handicapées.

Bien au contraire, beaucoup est fait ici, même si c’est sans doute insuffisant et que ça ne doit pas nous exonérer d’une attention à l’autre. Notamment dans nos grandes villes, pour aménager l’espace public, faciliter les démarches, octroyer des aides et rendre la vie quotidienne plus facile aux handicapés.

Je me faisais cette réflexion il y quelques jours en constatant que les nouveaux bus électriques parisiens de la RATP étaient tous équipés de plateformes pour faciliter la montée et la descente des fauteuils roulants. Et que des espaces de plus d’un mètre-carré leur étaient réservés, avec des boutons à hauteur de fauteuil pour signaler le prochain arrêt.

Sans compter les nombreuses places de stationnement réservées à personnes handicapées sous peine d’amende sévère pour les contrevenants. Et qui souvent restent vides toute la journée dans des rues surchargées, où trouver une place pour se garer relève du parcours du combattant.

Plutôt que de nous venger de frustrations que nous avons en partie nourries par nos lâchetés, et assécher nos rancœurs en pratiquant une dégagisme forcené, il serait peut-être temps de prendre conscience que ce qui tue notre démocratie bien plus sûrement que la corruption des élites, ce qui stérilise notre capacité à « vivre ensemble » bien plus sûrement que le communautarisme ou le fondamentalisme, c’est cet esprit individualiste, égoïste et corporatiste dont nous crevons à petit feu.

Ce souci permanent du quant-à-soi, du « Moi je ! », du « Tout pour moi et rien pour les autres ».

Et cette incapacité à concevoir la solidarité autrement qu’au travers de nos petits bobos et de nos petits malheurs. En nous crispant sur nos chers « pauvres », qu’on plaint et qu’on cajole dans les talk-shows pour se donner bonne conscience, mais jamais sans leur tendre la pièce au carrefour.

Et surtout sans voir que d’autres beaucoup plus malheureux qu’eux viennent frapper à nos portes par millions.

Cette commisération convenue traduit une attitude proprement puérile, irresponsable, stupide et contre-productive.

Il faut en finir avec cette forme d’autisme égocentrique. Sans quoi nous nous condamnerions toujours à n’être que des victimes impuissantes et aigries. A pleurnicher et culpabiliser l’autre, surtout nos dirigeants, pour des malheurs et des injustices dont on les rend injustement responsables.

Jamais en nous comportant ainsi nous ne nous réconcilierons avec nos politiques. Et encore moins avec les autres, c’est-à-dire avec nous-mêmes.

Notre génération, celles des « bobos » nés au lendemain de la guerre, a grandi dans ces Trente glorieuses d’expansion euphorique, d’idéalisme romantique et de quête du bonheur matérialiste avec en toile de fond cette libéralisation des mœurs qui a déchaîné tous les caprices.

Elle a porté en en tirant les dividendes le triomphe d’une société matérialiste tout entière tournée vers la consommation effrénée et la satisfaction immédiate, compulsive et illimitée de tous les désirs et de toutes les revendications. Et elle n’a découvert « la crise » qu’une fois bien installée dans la vie professionnelle.

Cette génération vieillissante, et à juste titre souvent critiquée, n’a pas pris acte qu’une nouvelle génération venait d’accéder au pouvoir.

Celles des « momos » (mobiles moraux)*. Ces jeunes quadras qui ont grandi dans les années 1990, ont dû apprendre très tôt à s’adapter à un marché du travail précaire y compris pour les plus diplômés, à être en permanence réactifs, mobiles, attentifs aux changements. A se former toute leur vie pour continuer à évoluer. Et à changer souvent de métier sinon de pays.

Cette génération ne conçoit pas l’accès au bonheur autrement qu’au terme d’efforts, de travail, et selon une vision pragmatique des choses, quoique souvent hyper normative.

L’appel d’air créé par le dégagisme et La République en Marche a également aspiré vers les hautes sphères du pouvoir la génération suivante : celle des « yoyos » (young yobbos ou jeunes loubards).

Ces jeunes trentenaires nés au seuil des années 1980. Une génération totalement désabusée. Les yoyos sont revenus de tout. Ils sont hyper lucides et opportunistes, individualistes et jouisseurs. Ils ne croient plus en rien, surtout pas dans les gimmicks politiquement corrects. Mais ils croient à l’engagement concret, à la détermination et à l’initiative individuelle. Ils jonglent avec zèle avec les paradoxes de l’époque et surfent sur les opportunités qu’offre la société. Leur but est de profiter au maximum du moment présent, et d’assurer leur propre survie sinon leur bonheur en se moquant des règles, des convenances et de l’ordre établi. Non par esprit de révolte comme leurs parent bobos qu’ils trouvent trop rêveurs, mais par opportunisme.

A leur yeux cette société mensongère aux mains de manipulateurs cyniques, qui ressemble plus à une jungle impitoyable qu’à un paradis pour tous, n’a plus rien à leur offrir. Alors autant se démerder tout seul, naviguer en tribus mobiles, en se moquant des modèles qu’elle nous vend pour mieux nous asservir. Puisque le monde est violent, implacable, sans idéaux, sans perspective d’avenir et sans morale, alors c’est chacun pour soi et Dieu pour personne.

Une génération qui a pigé très vite que pour survivre il faut se lever tôt, saisir toutes les opportunités offertes par une société hyper marketée, hyper mondialisée et hyper technologique, faire du lobbying propre et du networking malin, s’aider soi-même en bousculant les normes et en ignorant les scrupules des moutons.

Mais aussi aider ses proches, sans attendre que les autres ou l’Etat volent à leur secours et résolvent leurs problèmes. Qu’il s’agisse de trouver du taf, un logement, un moyen de contourner les règles et les blocages kafkaïens de l’administration.

Pour ces ados mûris trop vite et malins comme des singes, les « pauvres » et tous ceux qui font profession de leur misère, les chômeurs qui se plaignent de ne pas trouver de travail et pointent à Pôle Emploi en réclamant plus de droits sans jamais rien foutre, ces Roms incapables de s’intégrer et de bosser sinon en faisant la manche, les poches ou la pute, et tous ces « handicapés de la vie » à qui des pleureuses bobasses viennent servir la soupe et tendre le crachoir, ne sont que des parasites méprisables qui jouent de la mandoline en apitoyant des bonnes âmes naïves sans jamais se bouger le cul, et qu’on ferait mieux de dégager fissa.

Ce n’est pas qu’il n’ont ni cœur, ni foi ni loi. Mais on ne la leur fait plus.

C’est cette « Génération Macron » bien en marche qui vient d’arriver au pouvoir. En invitant des quadras et des trentenaires de la « société civile » à devenir ministres pour conduire les transformations en profondeur voulues par le plus jeune dirigeant politique au monde. Et à grossir les rangs de cette nouvelle Assemblée constituée de novices en politique formés dans des « séminaires d’intégration ». Et qui ont remplacé des vieux carriéristes plan-plan et corrompus, clientélistes et népotiques, exclusivement préoccupés par leurs intérêts et ceux de leur petite cour.

Macron est un « momo » pur jus.

Élève brillant, enfant de la méritocratie, dynamique et volontaire. Mais aussi très marqué par ce trait générationnel qui veut que tout en restant tendu vers l’efficacité, en se voulant lucide et pragmatique, sans concession avec les aspects les plus sombres du réel ,mais sans esquiver pour autant les difficultés, on doit rester toujours par ailleurs sensible aux causes justes. Et attentif à tous ceux que la société a laissés de côté. Ceux qui n’ont pas eu la chance d’avoir des parents derrière eux pour les aider ou leur payer des études dans les écoles privées à 50.000€ l’année. Ou que leur sexe, leur âge, leur origine ou leur handicap rend plus vulnérables aux violences de l’époque.

Je n’ai aucun souci sur la capacité du nouveau Président à prendre à bras le corps les défis, et à tout faire pour trouver des réponses durables aux dysfonctionnements de notre vieille démocratie.

Comme je n’ai plus aujourd’hui aucun doute sur sa volonté sincère de construire une société « efficace et juste » qui temporise les chocs et rende les changements plus supportables pour les plus fragiles.

C’était d’ailleurs l’un des thèmes chers à son ami le philosophe Paul Ricœur. Un protestant et un socialiste, pour qui toute action politique et tout engagement collectif ne pouvaient se construire de façon efficace sans une volonté de compenser les violences de la société libérale. Un défi qu’aucune utopie ne saurait relever. Pas plus qu’elle ne saurait nous soustraire à ce monde injuste et violent. Sinon au risque de générer plus de malheurs en dénonçant la responsabilité des élites. Et plus de violences en prétendant la combattre par des révolutions plutôt que des réformes.

C’est pourtant ce à quoi conduiraient très exactement le projet de repli nationaliste du Front National. Comme le caillassage des institutions vendues au capitalisme voulu par les Insoumis.

Plus généralement, ce genre de comportements qui consistent à se justifier de sa passivité inconsciente ou volontaire en se réfugiant derrière une incapacité objective ou surjouée, est symptomatique de la difficulté qu’ont certains à entériner le changement de paradigme actuel.

Nous sortons d’une société marquée par une organisation verticale du pouvoir et des liens hiérarchiques, une société où tous les liens étaient fondés sur des rapports de forces, de dépendance et de vassalité. Et nous entrons dans une société radicalement nouvelle, où les citoyens seront vraiment libres, égaux et frères. Totalement interdépendants et interconnectés.

Une société vraiment « démocratique », une humanité unifiée au plan global, une civilisation du partage, de l’échange et de la solidarité. Où le sens de l’action ne s’appuiera plus sur la libre entreprise, la volonté d’accaparer pouvoirs et richesses au bénéfice d’une élite minuscule, mais sur la nécessité d’oeuvrer pour le bien de tous, chacun à son niveau.

Une société sans « rois » ni monarques élus dont le peuple « souverain » attendrait tout. Et qui se bercerait d’illusion en se prétendant le berceau de la démocratie et des Droits de l’Homme. Sans s’apercevoir que ses excès libertaires, égalitaristes, et son obsession du « social » et de la « solidarité » ne sont qu’un paravent pour dissimuler son incapacité à vivre concrètement ces valeurs inscrites aux frontons des mairies que sont la Liberté, l’Egalité et la Fraternité.

Cette société n’est pas encore advenue mais elle est bien en marche, même si les médias n’en font pas leurs choux gras.

La France depuis ces dernières élections vient enfin de prendre acte qu’un siècle nouveau s’était ouvert et qu’une nouvelle ère avait commencé. Que les choses ne pouvaient plus rester en l’état comme dans « le monde d’avant« . Qu’il était encore plus illusoire de chercher à revenir en arrière pour restaurer une « France éternelle » qui n’a jamais existé.

Qu’on ne pouvait non plus ni se satisfaire des purges ultralibérales facteur d’injustices, d’insatisfaction, de grogne, de délitement du corps social et de réactions violentes en retour. Ni des illusions socialisantes auxquelles mêmes les intéressés ne croyaient plus. Mais qu’à force de refuser d’ouvrir les yeux sur les bouleversements du monde et de s’enfoncer dans un déclinisme mortifère, on risquait fort de disparaître en tant que nation.

Si Macron a autant la cotte auprès des Français et séduit autant nos partenaires, c’est parce qu’il est en phase avec l’époque et symbolise un modèle d’exercice du pouvoir qui ne se contente pas d’être new look mais saisit en profondeur les enjeux et les défis du temps.Et entend y répondre de façon efficace et pertinente en n’oubliant personne sur le bas-côté.

Mais il ne faudrait surtout pas voir dans sa volonté de tout maîtriser en ne laissant rien au hasard ni aux polémiques une quelconque « dérive monarchique ».

Au contraire, Emmanuel Macron n’est pas un monarque absolu. Même si c’est un homme conscient de sa valeur et de ses capacités à offrir une alternative audacieuse au bourbier dans lequel se dépatouillaient ses prédécesseurs.

Une erreur serait de voir en lui un messie ou un homme providentiel. Disons que son élection marque une meilleure adéquation entre l’offre politique et les aspirations profondes des Français, leur désir de renouvellement et leur volonté de sortir du marasme décliniste.

Comme le dit le dicton : « Aide-toi et le ciel t’aidera ! »

Ou plutôt : « Lève-toi et marche ! »

Quand le Sauveur relevait les infirmes, les malades et les impurs de leurs infirmités, de leur maladies et de leur indignité, ce n’était pas pour les rendre dépendants. Au contraire, toute rédemption réelle est une libération. Un pied de nez à tous les déterminismes politiques, économiques, sociaux, culturels ou religieux. A toutes les assignations et à toutes les formes d’oppression.

Attendre un Rédempteur c’est se condamner à rater sa vie. Abdiquer son pouvoir de créer et changer les choses. Ne serait-ce qu’en changeant son regard sur une situation qu’on n’a pas nécessairement choisie.

« En marche les pauvres en esprit, les doux, les affligés, les affamés et assoiffés de justice, les miséricordieux, les cœurs purs, les artisans de paix, les persécutés pour la justice, les calomniés… »

« En marche » (vraie traduction du terme « bienheureux« ), ce n’est pas « Prends l’oseille et tire-toi ! »

« Soyez dans la joie et l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux. »

Ceux qui se lèvent quand la Vie appelle à se redresser, à recouvrer ses forces, à se mettre debout pour marcher, ceux-là sont déjà dans la joie.

Les autres, ceux qui se plaignent toujours, s’apitoient sur leur sort et demandent des comptes à la terre entière, aux autres ou à Dieu, ceux-là ont déjà leur salaire de malheur. Et il ne leur sera rien donné de plus. Au contraire, le peu qu’ils ont leur sera retranché.

A cette vérité spirituelle faisons correspondre des choix conscients et des comportements à même de nous servir vraiment.

Cessons de cultiver cette faiblesse, cette compassion feinte pour les délaissés. Une façon de nous conforter dans notre statut de privilégiés. Et de nous enorgueillir de la considération que nous cultivons à leur égard.

L’heure n’est plus à ces mensonges et à ces enfantillages.

L’heure est à la vérité.

Dont acte.

Exit les pleureuses. Et ceux qui se montrent en exemple en défendant leur cause, plus souvent en paroles qu’en actes.

Exit le business de la misère et les distributeurs de bonne conscience.

Place à la vraie solidarité, à la vraie charité, à la vraie fraternité.

Celle qui ne calcule pas et ne fait pas de différence entre un prince ou un SDF.

Celle qui considère que tout homme est digne et qu’aucune infirmité, aucun handicap ne saurait justifier ni une stigmatisation ni un statut d’exception.


Cf. Ne dites plus Génération X, Y, Z mais zozos, momos, bobos, cocos, yoyos...
Jean-Luc Excousseau présente la génération Zozos (les zoom zombies)

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La Marche des Forcenés

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Une fois de plus je ne vais pas me faire que des amis mais j’assume.

Loin d’être une manifestation utile, décalée, drôle et surtout représentative des aspirations des gays et lesbiennes, plus de 40 ans après sa création la Marche des Fiertés LGBT est devenue un carnaval burlesque sans surprise ni saveur.

Toujours les mêmes clichés. Les mêmes chars bariolés. Les muscles saillants débordant des strings et les seins arrogants de camionneuses carrées. Les drag queens et les folles déchaînées.

Toujours la même cacophonie, la même hystérie, la même bêtise outrancière.

Et les mêmes slogans ressassés.

Quand on pense aux années « révolutionnaires », où quelques militants du FHAR et quelques féministes du MLF osaient braver la pudibonderie de la France post-gaulliste.

Quand on se souvient des années sida qui avaient précipité toute une communauté dans le tragique et l’urgence.

Et puis, il y a 20 ans, cette « accession à la visibilité » tant espérée. Enfin ! Près d’un million de personnes défilant de Montparnasse à Bastille lors de l’Europride 1997. Du jamais vu. Une sortie du placard déculottée pour les uns. Un phénomène voyeuriste pour les autres. Une métamorphose pour la société. Dont les mentalités commençaient à peine à se décrisper pour découvrir la réalité de millions de ses enfants autrement qu’aux travers des stéréotypes de Zaza et Rénato.

Les choses se sont accélérées avec le vote du pacs en 1999, la pénalisation de l’homophobie dans les années 2000. Puis le Mariage pour tous en 2013, qu’aucun n’aurait imaginé possible quelques années auparavant.

Que reste-t-il de ces combats et de ces paillettes ?

Aujourd’hui la gay pride est définitivement un « machin » du passé. Un éternel bégaiement sur les mêmes thèmes. Un défouloir pour les plus jeunes. Et un rituel imposé pour les apparatchiks de la cause et leurs supporters clientélistes.

La communauté LGBT devrait s’interroger sur l’image qu’elle donne d’elle-même lors de ce cirque annuel. Je ne parle évidemment pas d’autres grandes manifestations comme les Gay Games qui s’ouvriront à Paris à l’été 2018. Lesquels relèvent sérieusement le niveau, et offrent un autre visage de l’homosexualité que ces stéréotypes convenus dans lesquels 95% des gays et lesbiennes de 2017 ne se reconnaissent pas.

Quand une manifestation destinée à faire valoir des droits légitimes devient une institution nombriliste, quand l’avant-gardisme et la provocation politique s’abîment en conformisme contenté et en vulgarité affligeante, quand l’aiguillon de l’époque en vient à pasticher les modes des autres, il est temps de jeter l’éponge !

Comment oser pareil blasphème ?… Et les défenseurs de la cause de nous bassiner aussitôt avec « les droits LGBT », conquis de haute lutte, et auxquels ces marches auraient largement contribué.

Certes, mais quels « droits » ?…

Les LGBT ont tout conquis. L’homosexualité est devenue une norme. Que personne ne songe aujourd’hui à contester. Au moins ici, mis à part quelques aliens intégristes de La Manif pour Tous.

Reste à assurer la vigilance nécessaire pour éviter un retour de balancier, qu’on a d’ailleurs en partie suscité par trop d’excès, d’orgueil et de caprices.

Mais ça n’est sûrement pas avec ce genre de gay prides qu’on y arrivera.

A-t-on mis la Tchétchénie au pinacle des slogans de la Marche 2017 ?

Niet !

Tout un symbole. Triste et éloquent.

Les LGBT ont perdu le sens des réalités. Après que le sida les avait précipités il y a 35 ans dans un réel sombre et glacé. Passée la sidération, l’urgence les avait contraints à devenir des héros du changement. Aujourd’hui ils ne sont plus que des rentiers spéculant sur les dividendes arrachés à une société frileuse sommée de les aduler.

L’avenir me direz-vous ? Mais l’avenir n’est certainement pas aux identités fragmentées ! L’avenir est à une humanité diverse mais unifiée, solidaire et fraternelle. Pas à ces caricatures figées, égoïstes, héritées d’une autre époque.

Mais il n’y a pas que les droits ou l’avenir qui sont en jeu. Tout n’est pas qu’histoire de marchandage avec la société et le temps. Il y a aussi ce que l’on choisit d’être, de montrer et de partager avec le monde qui nous entoure.

Et dans ce domaine – l’identité – acquise ou construite et toujours en perpétuel renouvellement, tout n’est pas qu’affaire de genre ni de sexualité.

La seule chose que nous ayons à offrir à nos semblables et au monde qui nous entoure, c’est le meilleur de nous-mêmes. Ou bien le pire.

Encore faut-il en être conscient.

Les psychiatres en blouse blanche pétris de puritanisme et d’esprit scientiste qui avaient inventé au 19e siècle « l’homosexualité », ce douloureux concept, nous avaient assignés à vivre dans la déviance pathologique, la honte et l’exclusion. A moins de se plier aux aveux contrits sur le divan, et d’accepter de réformer ses perversions par des procédés plus ou moins barbares pour rentrer dans la normalité, et redevenir l’homme ou la femme à part entière que l’on aurait jamais dû cessé d’être.

Ceux qui ont par la suite inventé l’identité gay ont voulu nous persuader que loin d’être un motif de honte, cette homosexualité qu’on nous collait sur le visage en nous crachant dessus était au contraire un motif de fierté qu’il fallait assumer, revendiquer et même jeter à la figure de ceux qui nous insultaient en gueulant plus fort qu’eux pour les contraindre à nous regarder, nous considérer et même nous accepter.

Stonewall : autopsie d’un mythe…

Ou comment la fronde de quelques folles virées d’un bar de travelos à New York par une descente de police dégénéra en combat de rue. Une émeute qui fit couler de l’encre, et que les chroniqueurs des fanzines gay puis les historiens des gay studies érigèrent en acte de résistance, en Trois Glorieuses et en événement fondateur de la cause homosexuelle.

La gay pride est censée commémorer cet événement mythique et symbolique, en descendant dans la rue une fois l’an pour prendre possession du pavé, bousculer les codes de convenances, rejouer la tragédie antique des esclaves libérés de leurs chaîner et forcer la meute des citoyens indifférents à voir et à s’interroger.

Voir quoi ? Un spectacle. Une mise en scène. A l’origine celle du scandale de la répression et de ces marginaux qu’on ne voulaient voir que dans des cabarets burlesques pour s’en moquer.

Le but ? Transférer la honte des victimes sur leurs bourreaux. Forcer la société à se regarder en face. A prendre acte de ses paradoxes et de ses lâchetés. Puis fédérer d’autres parias pour rejoindre le Grande Marche toujours grossissante des rebelles sortis des placards et dont la conscience s’éveille. Un peu comme Gandhi forçant la Perfide Albion à accorder la liberté et des droits à ces millions d’intouchables. Et puis enfin, forts de ce nombre impressionnant, demander aux autorités des comptes et au politique de se bouger les fesses pour nous accorder des droits.

Le droit d’être ce que l’on est et qu’on n’a pas choisi d’être. Le droit d’agir et de vivre en accord avec une nature qui s’est imposée à nous, souvent dans la douleur et les larmes. Le droit de ne plus être systématiquement montré du doigt, stigmatisé, raillé, rejeté, banni de sa famille, de l’accès à un travail décent, de son église et finalement de la société. Sinon insulté, tabassé, voire assassiné par des coups ou des paroles meurtrières.

Le droit ensuite de partager à égalité les avantages politiques, juridiques et sociaux d’une société de consommation en plein boom. De jouir de tout et de demander l’impossible. Le droit de pouvoir choisir à son gré son identité, d’être un homme ou une femme, ou quelque chose entre les deux. Ou une « chose », un monstre, un queer, selon sa fantaisie ou sa démence…

Le droit de faire ce que les constantes anthropologiques, les normes sociales et les déterminisme biologiques ne nous avaient pas autorisés à croire possible. Comme se marier comme un couple « normal », comme papa-maman ou Blanche Neige et son Prince charmant. Faire des enfants, quitte à recourir à la science. En adopter et les élever au grand jour. Bénéficier des mêmes droits que n’importe quelle autre famille. Et voir la sienne reconnue comme telle. Après tout ce n’était qu’une façon d’entériner enfin ce qui existait déjà dans toutes les sociétés depuis la nuit des temps.

Certes. Mais quitte ce faisant à tordre le cou au réel ou à s’enfermer pour certains dans le déni de réalité. A franchir le Rubicon qui sépare la revendication légitime d’un statut et de droits égaux à celle d’un égalitarisme radical mué en désir d’identification. A prétendre que puisque que hommes et femmes sont égaux en droit, ceux-ci doivent aussi être en tous points identiques. Que la différence des sexes, archétype de toutes les autres et fondatrice de la dynamique des relations humaines sinon pour tous de la dynamique du désir, doit être abolie. Dénoncée comme un archaïsme d’un passé marqué par la domination machiste et hérérosexiste.

Cette revendication excessive à se dévoiler au grand jour, à se montrer et à donner de la voix pour son plus grand bonheur, cette obstination sectaire et totalitaire consistant à assigner toute personne attirée peu ou prou par le même sexe à se déclarer publiquement et à rejoindre la masse, à endosser sans honte ni nuance aucune cette identité elle aussi assignée du dehors par la milice communautaire et non plus la médecine, a certes permis de faire front, de forger des images et un discours qui allaient marquer des points durant 5 décennies.

Il faut reconnaître à ces pionniers et ces militants de l’audace et du mérite. Sans eux rien n’aurait bougé et nous en serions encore à draguer dans les pissotières ou les bars clandestins des bas-fonds des cités.

Mais leur excès de zèle, tout efficace et porteur de changements qu’il ait pu être, a aussi créé des normes et une idéologie. Aujourd’hui assumer ses goûts et son orientation sexuelle, vivre une sexualité, une vie affective, de couple, de famille, une vie sociale, professionnelle, intellectuelle et spirituelle épanouie tout en refusant de se déclarer « gay » être un motif de lynchage.

Si l’on a le malheur de partager ce plus petit dénominateur commun qui consiste à préférer les personnes de son sexe, on DOIT absolument endosser cette identité fabriquée et tout aussi factice que celle, pathologique, de l’homosexualité !

Au risque sinon d’être déclaré traître à la cause voire allié des forces oppressives : « l’autre », l’hétéro, forcément toujours quelque part hostile, brutal, agressif et prêt à casser du pédé pour se défouler, faire payer à à un bouc émissaire commode ses propres frustrations, ou la peur d’en être lui aussi.

A cause de ce terrorisme communautariste, beaucoup passent à côté de qui ils sont vraiment en réalité. Car l’identité est une chose complexe, protéiforme, délicate et changeante. Et qui ne se résume pas à de la zizologie.

Cocteau disait : « Il faut suivre sa pente naturelle… Vers le haut ! »

Le moins que l’on puisse dire c’est que ces gay prides n’incitent pas les jeunes ados un peu paumés qui se découvrent une attirance pour leur meilleur ami à se poser les bonnes questions ni à réfléchir avec sérénité et esprit de nuance sur ce qu’ils vivent sinon sur ce qui ils sont.

Et que les clichés qu’elles brandissent, à l’origine pour choquer, aujourd’hui pour répéter toujours les mêmes gimmicks, ne présentent pas à la société dont elles attendent tout le visage le plus amène ni le plus nuancé. Même si celle-ci fait mine d’applaudir parce que c’est dans l’air du temps.

Aujourd’hui il ne s’agit plus de conquérir de nouveaux droits. Ni même seulement de bétonner sur nos acquis par crainte de se les voir un jour rogner par Sens Commun ou le FN.

Aujourd’hui il s’agit d’intégrer cette nouvelle identité qu’est l’identité gay, devenue une norme sociale, culturelle et politiquement correcte, à la diversité des autres normes identitaires, comportementales, culturelles et même éthiques.

Il s’agit de lui donner du contenu et du sens. Et non juste de rajouter encore quelques tonnes de paillettes pour la faire briller plus fort et oublier les tourments qu’elle nous inflige.

Dont acte !

Dire ce genre de vérités demande plus de courage que de suivre l’esprit du temps. Mais sans discernement critique, on passe à côté des vrais changements.

Le temps n’est plus aux luttes héroïques ni aux harangues romantiques. Aux provocations calculées pour forcer le bourgeois à renoncer à son mépris envers les minorités et leur conférer des droits justes.

L’époque est aux identités sereines, décomplexées, vécues dans la simplicité et la joie du commerce avec l’autre. Pas aux revendications arrogantes, pendant d’une honte travestie en « fierté ».

Il est temps de prendre acte de ce changement. Au risque sinon de devenir encore plus ringards, ridicules et exaspérants.

Les jeunes générations des 18-30 ans, ces zozos et yoyos qui battent le pavé pour rigoler, se moquent éperdument des luttes de leurs aînés. S’ils plagient la langue de bois LGBT, c’est parce que ses slogans font partie du paysage de la pensée unique. La vérité c’est qu’ils s’en foutent royalement. Pour eux l’homosexualité n’est ni un « problème » ni même une identité. Etre gay ne leur pose pas plus de question qu’être black ou tismé. Sauf peut-être quand on habite Sarcelles et qu’il faut prendre le RER pour pouvoir afficher ses goûts devant ses potes à la terrasse du Cox. Encore que…

Le sida n’est plus un frein à la sexualité, à peine une maladie. Après tout il y a la PrEP. No comment…

En 2017 on peut se marier avec son pote, inviter parents, amis et collègues à faire la teuf, et même élever des gosses. Que demander de plus ?

Ah oui il y a bien des pays comme l’Arabie Saoudite ou la Russie où être pédé ça n’est pas vraiment rose. Mais c’est tellement loin… Et puis les djeunes kiffent plus Miami, Barcelone ou Berlin que Riyad ou Moscou…

Que reste-t-il de nos gay prides ?

Un musée à ciel ouvert chaque dernier samedi de juin. Où les irréductibles viennent se contempler le nombril en rejouant le sketch factice du Grand Soir arc-en-ciel.

Et puis sinon ? Quelques tonnes de flyers, bouteilles plastique et déchets divers déversés dans les rues en quelques heures. Que les camions verts de la Mairie de Paris ramassent méthodiquement en lessivant le macadam sitôt le dernier char passé.

Et une nuit de délires et de débauches où le Marais et ses métastases parisiennes entrent en éruption volcanique jusqu’au lendemain soir. Quand plumes et harnais rangés, les esprits dégrisés reprendront leur train-train quotidien en se disant à l’année prochaine. Pour refaire la même Marche des Forcenés.

Sans même s’apercevoir qu’à part quelques touristes chinois, leurs excentricités d’un autre âge font bailler tout le monde.

France : l’heure de vérité

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La France vit une page cruciale de son histoire.

Après un examen de conscience des plus âpres, marqué par le voyeurisme des affaires, le dégagisme des vieilles figures, la suspicion à l’égard d’élites corrompues, les peurs, les colères et les doutes, voici la France lancée sur de nouveaux rails.

Avec un Président assuré d’une marge de manœuvre des plus confortables pour mettre en œuvre sa politique.

J’ai beaucoup critiqué Emmanuel Macron avant qu’il ne soit élu. Je n’ai pas voté pour lui. Mais le jour de son investiture j’avais pourtant senti un profond changement dans l’âme du pays.

Depuis, comment ne pas être satisfait de notre nouveau Président ?

C’est un homme intelligent, compétent, conscient des enjeux et de l’état du monde actuel. Et qui semble à l’écoute des préoccupations des Français.

Il a su bien s’entourer, renouveler et rajeunir le personnel politique en fin tacticien habité par une vraie volonté de rupture avec des pratiques d’un autre siècle. Il continue de modifier en profondeur le paysage et les usages de la politique en France. Ce qui dans un pays comme le nôtre relève de l’exploit.

Certes, c’est un pur produit de la méritocratie et du système. Franchement européiste et libre-échangiste. Bon élève brillant. Mais c’est aussi un esprit fin, aigu et teinté de nuances. Visiblement plus complexe que son ascension téléguidée ne le laissait présager.

Sa culture humaniste et son amitié passée avec Paul Ricœur, qui s’était prononcé en faveur d’une humanisation du libéralisme, me laissent espérer que la coloration sociale et humaniste du candidat ne soit pas qu’un slogan de campagne destiné à faire passer une pilule amère.

Pour le moment le Président et son gouvernement font du bon travail.

La France va mieux, semble apaisée et en partie réconciliée avec elle-même.

L’abstention record aux dernières législatives masque un regain d’intérêt des Français pour la politique. Elle traduit davantage selon moi l’acquiescement majoritaire et la confiance des Français face au renouvellement incarné par La République en Marche qu’une défiance à l’égard des nouveaux élus.

La fonction présentielle a retrouvé du lustre et de la hauteur. Elle en avait bien besoin. Après cinq années d’agitation outrancière sous Sarkozy, puis cinq autres années de vide abyssal, de mollesse et de bassesses people sous Hollande, la France a enfin retrouvé une crédibilité et une dignité que les excès et les hésitations des deux précédents quinquennats lui avait ôtées.

L’Allemagne et la France parlent à nouveau d’une même voix. Ce qui peut agacer les eurosceptiques. Mais cette lune de miel entre les deux moteurs de la construction européenne est nettement préférable aux incompréhensions et ratés des deux précédents quinquennats.

Notamment dans le climat actuel de défiance des peuples à l’égard des institutions, de compétition et de tensions internationales, de crise migratoire, de menace terroriste, de montée des communautarismes et des populismes. Ajoutés à la menace toujours possible d’un nouveau choc sur les marchés financiers qui mettrait en péril nos économies, nos emplois et une monnaie commune déjà critiquée et fragilisée par la faillite des pays les plus endettés.

Reste à faire preuve de vigilance sinon d’optimisme. Et à conspirer pour que les appels à réformer cette Europe des marchés vers plus de social, de justice et d’humanisme afin de redonner davantage la parole aux peuples ne soient pas juste un vœu pieu ni une entourloupe de plus.

Sans quoi et la France et l’Europe signeraient leur déclin assuré. Et les pays qui la composent seraient totalement soumis aux lobbies, aux intérêts outre-atlantistes, à l’appétit des spéculateurs chinois ou qataris. Et livrés aux flambées nationalistes, aux affrontements communautaristes, aux tentations de repli protectionniste attisés par le doute, les frustrations, la colère et l’esprit de revanche des plus délaissés.

Le chaos ouvrirait alors le champ libre à la fronde sociale voire à la guerre civile, à l’éclatement de nos institutions, à la xénophobie, à la désignation de boucs émissaires, à la multiplication de violences envers des minorités, au rejet sans appel de ces populations qui viennent frapper à nos portes pour échapper à des violences encore plus grandes.

Passé l’état de grâce, Emmanuel Macron, son équipe et ceux qui le soutiennent sont condamnés à réussir. Et à marquer rapidement des points en se confrontant au réel et non juste au symbolique. Il est d’usage d’affirmer cela à chaque élection. Mais cette fois-ci, la France joue sa dernière carte.

C’est pourquoi nous devons tous tempérer nos doutes, nos exigences et nos critiques, fussent-ils légitimes. Et nous unir pour le meilleur et dans l’intérêt de tous. Non pour signer un blanc-seing à un nouveau monarque « jupitérien ». Mais pour prendre acte de ce tournant et l’accompagner en unissant nos énergies.

Il n’y a pas d’alternative. Le rêve d’un pied de nez au réel et à l’Europe incarné par un Jean-Luc Mélenchon aveuglé par son orgueil et enfermé dans une posture réactive, n’a aucun avenir.

Il n’y pas d’autre choix que de prendre à bras le corps le monde tel qu’il est. Nous pour l’étouffer mais pour orienter les changements cruciaux qui façonnent notre avenir dans le sens de l’intérêt collectif et d’une conscience plus élevée de nos interdépendances.

Sans abdiquer nos droits élémentaires. Sans combattre la marche du temps ni nous épuiser à naviguer à contre-courant. Sans non plus nous laisser imposer une direction contraire à nos intérêts, aux valeurs universelles, aux libertés fondamentales et à la vitalité des peuples qui le compose.

Tempérance, exigence, audace, persévérance, lucidité et loyauté : voilà les qualités qu’il faut attendre d’Emmanuel Macron. Et qui doivent désormais guider son action tant au plan intérieur qu’en lien étroit avec nos partenaires internationaux.

Bonne chance au nouveau Président ! Bonne chance au gouvernement ! Bonne chance à la nouvelle Assemblée !

Tous les atouts sont désormais réunis pour que le pays réussisse enfin son entrée dans le nouveau siècle. Qu’il retrouve tonus, jeunesse et imagination. Et redevienne ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être : une nation jeune, forte, dynamique, unie, heureuse, juste et fraternelle. Un tremplin pour l’avenir et pour tous ces peuples qui attendent d’elle davantage que des subventions en échange du pillage de leurs ressources. Une voix qui porte et un modèle envié. Et non plus une vieille dame alanguie sur sa splendeur passée.

Car comme le disait fort justement le Général De Gaulle : « La France ne peut être la France sans la grandeur. »

Les 23 avril et 7 mai, ne laissons pas d’autres décider de notre avenir à notre place !

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Les 23 avril et 7 mai prochains, nous ne voterons pas seulement pour élire celui ou celle qui nous représentera pour 5 ans. Un président dont les pouvoirs, nous le savons tous, sont de plus en plus limités, dans une « démocratie » qui par bien des aspects relève davantage du symbole trompeur que d’une réalité.

Dans 5 et 20 jours, nous aurons à choisir entre plusieurs modèles de société. Et entre des avenirs radicalement opposés que nous imposerons aux générations futures.

Le modèle libéral, qu’on nous présente encore aujourd’hui comme la seule voie possible dans une économie mondialisée, a non seulement montré ses limites. Il a conduit la France vers son déclin et trahi les idéaux qui ont façonné l’Europe au sortir de la guerre. Il continuera demain de mener le monde vers le chaos et la destruction si nous ne sommes pas capables de lui substituer d’autres modes de vie, d’échange et de développement.

Cette idéologie qui prétend offrir le bonheur pour tous sur des seuls critères matérialistes, sert en vérité les intérêts d’une toute petite minorité. Assujettie aux logiques intrépides de la finance mondialisée et au culte de l’argent-roi, elle condamne à la pauvreté et à de nouvelles formes d’esclavage des milliards d’êtres humains. Et concentre les richesses et les pouvoirs dans les mains d’une élite toute-puissante.

Dénoncer publiquement cette vérité pourtant évidente et attestée vaut aussitôt suspicion de « complotisme », preuve que son hégémonie sur les consciences exerce un pouvoir quasi-totalitaire qui interdit toute expression d’une contestation objective et sereine.

Les conséquences des politiques menées au nom de cette idéologie sont pourtant désastreuses sur nos vies, l’avenir de notre espèce et de notre planète.

Le modèle de croissance hyperproductiviste et consumériste qu’elle défend dégrade notre environnement, épuise les ressources, ou en confisque l’accès en privatisant des éléments aussi essentiels que l’eau, les semences végétales, et pourquoi pas demain l’air respirable dans nos grandes cités surpolluées.

Elle instrumentalise les guerres et fabrique de la terreur à des fins politiques, stratégiques et financières. Elle déstabilise des régions, et tient sous son joug états et citoyens par le levier de la dette. Elle fait et défait les gouvernements, manipule les opinions grâce à des discours monolithiques validés par des « experts » et relayés par les médias. Elle nourrit les esprits des signes et modèles qui la servent grâce à l’industrie du divertissement.

Dans les sociétés dites démocratiques, elle repère et désigne ses champions, façonne leurs politiques, oriente leurs programmes avant de les faire adouber par les électeurs afin de mettre en application ses choix politiques et stratégiques dans une parodie de démocratie.

Aujourd’hui, au moins 2 des 11 candidats en compétition pour recueillir nos suffrages sont tout entiers au service de cette idéologie : François Fillon, qui incarne la poursuite du vieux modèle ultralibéral tel qu’il a été appliqué en Europe et aux Etats-Unis depuis 4 décennies. Et Emmanuel Macron, qui en constitue la poursuite sous les traits d’une apparence de renouvellement.

La promesse que le candidat d’En Marche ! entend incarner de redéfinir l’offre politique en dépassant le vieux clivage droite-gauche n’est nullement le fruit du hasard ni un simple slogan de campagne. C’est en vérité la résultante d’une stratégie conçue et appliquée de longue date par les stratèges néolibéraux américains. Ceux-ci avaient repéré très tôt ses talents et misé sur le potentiel de ce jeune énarque dont ils ont facilité l’accession éclair vers les plus hautes sphères de l’Etat, après une « formation » aux arcanes du libéralisme au sein de l’administration des Finances puis comme directeur-associé d’une grande banque d’affaires*.

La candidature d’Emmanuel Macron n’est donc aucunement la résultante d’une ambition ni de ses seuls mérites personnels. C’est une option préparée de longue date et qui demain permettra si le peuple lui offre ses suffrages d’accéder au pouvoir et d’appliquer une politique, qui loin de renouveler quoi que ce soit constituera le parfait prolongement des 3 mandats précédents, de Jacques Chirac à François Hollande.

La campagne inédite à laquelle nous assistons depuis 4 mois s’est construite sur le rejet des candidats traditionnels, mis-à-part François Fillon, dont les affaires n’auront pas réussi à ruiner le crédit auprès de l’électorat conservateur.

Elle s’est aussi orientée autour d’un nouveau clivage qui désormais oppose des candidats libéraux (« pro-système ») et des candidats qui contestent le modèle dominant et en proposent des alternatives plus ou moins réalistes : Benoît Hamon pour la gauche du Parti Socialiste, Jean-Luc Mélenchon pour le Front de Gauche, et Marine Le Pen pour le Front National.

Cette dernière séduit des électeurs déboussolés, excédés par le carriérisme et les mensonges des politiques traditionnels, inquiets des dérives de la mondialisation, l’immigration incontrôlée, la montée des extrémismes religieux et la menace terroriste. Prêts à adhérer à cette vision d’une France repliée sur elle-même, jalouse de son identité, et lancée dans une aventure qui romprait avec ses partenaires européens et ferait fi des bouleversements planétaires. Une perspective qui loin de nous protéger, précipiterait notre pays vers une faillite et un déclin assurés.

Benoît Hamon incarne à l’inverse un projet plus apaisé, résolument humaniste et par bien des aspects antinomiques des intérêts qui entendent pérenniser le modèle dominant. Il paye aujourd’hui le prix d’une campagne pas assez offensive ni suffisamment audible, en proie à des assauts incessants. Son projet a en effet été sans cesse minimisé, décrédibilisé, caricaturé en une « utopie irréaliste » portée par un candidat accusé d’être trop frondeur, isolé et incapable de rassembler son propre camp.

Jean-Luc Mélenchon séduit par son verbe mais son programme fait peur à beaucoup. On le décrit comme un crypto-communiste aux sympathies coupables pour des dictateurs latinos comme Chavez ou Castro, aux complaisances impardonnables pour Poutine voire le régime de Bachar El Assad.

Au-delà de ces raccourcis parfois fondés, souvent déformés, qui appellent plus d’esprit de nuance envers une personnalité complexe, la candidature de Jean-Luc Mélenchon cristallise des mécontents qui refusent la poursuite d’un modèle voué à l’échec, qui a depuis longtemps montré ses limites et son incapacité à endiguer les crises ; mais aussi des électeurs qui ne se résolvent pas à tourner le dos au monde ou à l’Europe en désignant des boucs émissaires et en divisant davantage les Français.

Cependant, au-delà de l’expression de ces mécontentements légitimes, le programme du candidat de La France insoumise incarne une toute autre vision du monde et de la France. Que ses opposants s’empressent de caricaturer en la décrivant comme irréaliste, dangereuse voire suicidaire. Mais qui par bien des aspects préfigure ce que sera le monde de demain s’il consent à s’inventer un autre avenir.

L’écologie en est l’un des piliers majeurs : elle est au cœur du programme de Jean-Luc Mélenchon, dont on peut gager que la conversion récente n’est pas qu’un simple artifice de façade destiné à renouveler le chant de l’internationalisme trop daté. Beaucoup d’idées inspirées par des experts sont réellement innovantes. Elles ont été pour certaines appliquées avec succès dans d’autres pays qui ont acté le tournant de la transition écologique et initié d’autres politiques de développement.

Les chances sont nombreuses en termes de recherche et d’innovation, d’économie alternative et de créations de nouveaux emplois, associées à une volonté de renforcer notre système de protection sociale au bénéfice des plus démunis.

Mais au-delà de la substitution d’un modèle ou d’une économie à une autre, c’est un véritable basculement de conscience qu’il permettrait d’opérer. La France est un pays qui jouit d’un réel dynamisme et d’un formidable potentiel intellectuel, culturel et d’innovation, hélas souvent occulté par sa coupable propension au déclinisme nombriliste.

Quant à la volonté de redéfinir les règles de fonctionnement d’une Europe à bout de souffle, totalement vendue aux intérêts des lobbies libre-échangistes, gageons que la France si elle se tient fermement déterminée à entraîner ses partenaires vers un aggiornamento de ses valeurs et de la règle du jeu européen, pourrait reprendre à l’Allemagne le rôle de moteur de l’Europe et réorienter celle-ci vers un avenir plus en phase avec les aspirations de ses peuples. En redonnant le primat à la justice sociale, à l’harmonisation des règles économiques et fiscales, en redessinant les axes de notre politique internationale commune. Ce que le non majoritaire à la Constitution européenne confisquée par le Traité de Lisbonne n’avait pas pu entériner.

Nous voici donc face à un choix crucial, qui est sans doute le plus important que nous ayons à faire depuis la Libération. Car il définira sans doute les contours de notre avenir commun pour les décennies à venir.

Ne cédons pas aux sirènes du marketing et aux mensonges des maîtres-chanteurs. Ne nous laissons pas abuser par des discours de façade destinés à nous endormir pour demain mieux nous asservir. Ni par des peurs qui nous feraient choisir par défaut un candidat inexpérimenté et sous influence en espérant échapper au cataclysme d’une France qui ferait bégayer l’Histoire en la renvoyant à ses pires démons.

Il nous reste 4 jours pour nous déterminer.

Soyons lucides mais aussi audacieux.

Misons sur l’expérience, la culture et le sens de l’Histoire, le pari du partage dans un monde ouvert et non menaçant ou replié sur lui-même : toutes ces qualités qui à l’évidence inspirent le candidat Mélenchon. Oublions ses aspérités qui dérangent et offrons-lui au moins la chance d’amender ses égarements en misant sur la sagesse et le pragmatisme mûris par l’expérience.

L’alternative qui s’offre aujourd’hui à nous est simple : nous entêter sur une voie qui conduit immanquablement à précipiter la ruine de notre humanité et de nos valeurs universelles, ou redonner le primat à l’imagination, à l’ambition et à l’initiative collectives, à l’humain, et acquiescer enfin au changement de paradigme conscientiel et civilisationnel qui nous ouvre les bras.

Bonne semaine. Et bon vote !


*Pour ceux qui douteraient de ces affirmations, lire cet article très objectif, factuel et éminemment sourcé écrit par un observateur expert en géostratégie : Macron ciblé par la CIA ?

La rafle de la Mémoire

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Marine Le Pen a sans doute trop été marquée par les égarements nationalistes de son mentor Paul-Marie Coûteaux, qui a méthodiquement formaté la candidate devenue présidente du FN et façonné sa « culture française » conformément à ses propres obsessions de crapaud souverainiste tout à tour idolâtre de Mitterrand, de Chevènement, de de Villiers puis du clan Le Pen.

Comme elle subit manifestement l’influence de l’un de ses maîtres à penser, l’immonde Eric Zemmour, qui ne sait plus quoi faire pour tenter de faire oublier ses origines prolétaires et juives-arabes, rêve d’une « France éternelle » aussi mythique qu’outrancière, dénature l’Histoire dans son dernier pamphlet Le Suicide français, au point de pasticher le Général en héritier de Maurras et de Barrès, et s’abîme dans un abject révisionnisme en réhabilitant la figure à ses yeux incomprise du Maréchal.

Je crois la fille du fondateur plus habile et moins marquée par l’idéologie nazie que son père. Mais ses amitiés jamais démenties pour des camarades d’Assas devenus des piliers du parti frontiste et jamais évincés malgré leur appartenance assumée aux pires factions antisémites comme le GUD en disent long sur sa complaisance et l’imposture d’un ravalement de façade orchestré uniquement pour attraper des gogos aigris par l’irresponsabilité objective des apparatchiks de « l’UMPS ».

La voici aujourd’hui face à ses contradictions, avec cette ultime provocation qui la renvoie aux outrances de son père qu’elle avait d’abord cru pouvoir remiser dans les oubliettes.

Depuis que le FN grimpe dans les sondages, les fachos qu’on avait priés de dégager des meetings relèvent la tête et donnent du coffre en multipliant les abjections.

Habile, la bourgeoise clodoaldienne qui se rêve en Madone des laissés-pour-compte n’est pas exempte d’un fatal faux pas, comme en témoigne cette sortie d’anthologie sur le Vel d’Hiv’. Il ne s’agit pas d’un dérapage contrôlé à la Papa, mais d’une bourde manifeste à peine calculée.

Car pour bien comprendre l’ignominie de son propos, il ne faut pas s’arrêter à ce qui scandalise au regard des standards éthiques contemporains et des discours admissibles quant aux pires heures de notre Histoire récente. Mais il convient de resituer sa déclaration dans un contexte historique et politique qui a vu l’opinion française opérer une mue salutaire sur un sujet hier encore tabou.

Au soir de la Libération la France s’était rachetée une bonne conscience en surfant sur les mythes de la Résistance. Tous les Français étaient subitement devenus gaullistes, défilaient sur les Champs-Elysées pour acclamer leur libérateur, quand une majorité suivaient le Maréchal quelque mois auparavant. Par peur, par fidélité au héros de Verdun qui prétendait les laver de la honte de la débâcle et des humiliations de l’Occupation, plus que par idéologie. L’Appel du 18 juin ne réunissait qu’une fronde minuscule de « terroristes » et d’hommes de l’ombre. Seuls quelques courageux ont vite compris que l’avenir de la France passait par Londres, l’alliance des vrais patriotes et des communistes alliés de Staline, si elle souhaitait en avoir un, sortir de la guerre avec les honneurs et faire entendre sa voix dans le concert des peuples libres victorieux de la barbarie nazie.

La déportation de 141.000 de ses enfants fut passée sous silence, la responsabilité de la France mise sous le tapi. Puisque l’Etat français n’était pas la République, la France ne pouvait être accusée d’avoir collaboré à ces horreurs, que beaucoup semblaient découvrir quand les premiers suivants d’Auschwitz débarquaient à l’Hôtel Lutétia.

La rhétorique républicaine, officiellement justifiée par le triomphe de la Résistance sur la collaboration, incarnée par la figure totémique du Général, et portée par le mythe gaullien de « la France éternelle », avait validé le sentiment unanime qu’il fallût mieux faire silence sur certaines vérités sombres source de désunion et passer ces crimes par pertes et profits, au nom de l’unité et de la dignité patriotiques retrouvées.

Seuls quelques historiens opiniâtres ont osé déterrer des non-dits, mais personne ne voulaient les entendre. Jusqu’à ce que les cicatrices se refermant et les générations passant on put enfin regarder notre Histoire avec davantage de sérénité et d’objectivité.

Jacques Chirac a eu ce courage blasphématoire aux yeux de certains de faire amende honorable, en présentant les excuses officielles de la France à ses enfants livrés à l’ennemi. Quitte à rouvrir des plaies et se mettre à dos une bonne partie des gaullistes qui ne goûtaient guère qu’on pût ainsi briser un tabou bien commode et renverser le tabernacle immaculé érigé par leur grand-homme.

Marine Le Pen s’attire aujourd’hui un opprobre légitime, non par son relativisme qui ravive des mémoires meurtries, mais parce qu’elle surfe sur cette ambigüité républicaine. Son but est sans doute moins de laver la France de Vichy de ses crimes bien qu’elle soit l’objective héritière de cet embarrassant courant qui porta l’extrême droite française au pouvoir entre 1940 et 1945, que de blanchir à contre-courant la France dont elle rêve et qui n’existe que dans ces lubies d’une culpabilité qu’on lui servirait injustement à propos de la Shoah et qui selon elle serait injustifiée.

On reconnaît bien là la patte de Zemmour, qui sans se compromettre dans les excès d’un Soral ou d’un Faurisson manipule les faits pour asseoir ses propres mythes d’une France qui n’a jamais existé et renvoyer la responsabilité de sa décadence sur des boucs émissaires commodes que sont les enfants d’immigrés, l’Islam et leurs thuriféraires complaisants, ces anciens soixante-huitards devenus des bobos alliés au capitalisme. Lesquels auraient abîmé la France dans un « déconstructivisme » coupable, l’auraient vendue aux intérêts américains pour la laisser aujourd’hui en lambeaux. Les mêmes thématiques qu’on retrouve à longueur de meetings dans la bouche de sa disciple dévote.

Accuser Marine Le Pen d’antisémitisme brut de décoffrage est un mauvais procès. Qui ne fera que la renforcer dès que sera de nouveau entonné le sempiternel refrain de la victimisation injuste des « vrais patriotes » défendant la France contre ceux qui veulent la détruire.

Pour résister à cette provocation, il faut plus intelligemment en appeler à l’évolution de la conscience historique, qui a exhumé du shéol de l’Histoire tout un pan rejeté de notre mémoire collective. Non pour accuser la France de crimes qu’elle a effectivement commis, même si tous les Français de l’époque ne sont évidemment pas coupables. Mais pour faire acte de repentance collective en assumant la responsabilité commune en dépit des hauts faits de la Résistance qui s’y était opposée, seule condition d’un vrai pardon et d’une vraie réconciliation de tous ses enfants.

Briser ce nouveau pacte républicain c’est revenir 70 ans en arrière et gommer tout le travail historique et l’amendement éthique réalisés trois générations après ces tragiques événements.

On n’écrit pas l’Histoire à reculons. Or c’est exactement ainsi que procède le FN dans sa mythologie, sa rhétorique et son programme fou conçus pour une France qui non seulement n’a jamais existé mais ne pourra jamais plus revivre compte tenu du chemin parcouru et des enjeux qui la situent dans une inévitable perceptive ouverte et mondiale. Sa seule chance c’est de saisir cette mondialisation tant redoutée, non comme une fatalité à repousser mais comme une chance pour redonner du sens à une Europe qui a trahi ses pères et s’est vendue sur l’autel du dieu Mammon.

Le FN est le dernier parti qui pourrait opérer cette transformation. Car il ne se nourrit que de mythes et de rancœurs accumulées et entretenues pour manipuler les esprits les plus faibles en cultivant la haine sur le terreau de ressentiments légitimes.

Si les esprits savent faire preuve de discernement plus que d’offuscations-réflexe dictées par la peur de la peur, ce parti est mort dès à présent. Faisons en le pari et ne cédons surtout pas au piège d’une condamnation qui serait vouée à l’échec si elle ne s’appuyait que sur de mauvais arguments.


Pour plus de détails sur l’évolution historique de la mémoire de Vichy, lire cet excellent article d’Henry Rousso, historien et directeur de recherches au CNRS : « Après la déclaration de Marine Le Pen sur le Vel d’Hiv, quelle responsabilité de la France et des Français sous l’Occupation« 

La « fin du travail », ou le commencement d’autre chose ?

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Les élections présidentielles de 2017 ont fait de la question du travail comme ressource et comme valeur un thème central des débats.

Pour la plupart des candidats (principalement Macron, Fillon et Mélenchon), il faudrait s’en tenir au modèle classique : seule la contribution sous la forme d’un travail fourni à la collectivité peut justifier l’attribution d’un revenu à chaque individu valide et en âge d’exercer une activité.

Les candidats de gauche (Hamon et Mélenchon) font toutefois du thème de la protection sociale l’un des acquis à préserver impérativement compte tenu des menaces que font peser leurs remise en cause par les aménagements comme la loi El Khomri, symbole de la victoire du libéralisme et des « cadeaux faits au patronat » par un gouvernement prétendument socialiste.

Benoît Hamon bouleverse radicalement l’équilibre classique entre la vision classique des revenus issus du travail soumis à l’arbitraire des entreprises et celle du protectionnisme social étatique. En proposant pour la première fois dans l’histoire française de créer un revenu universel sans conditions d’attribution.

Une mesure polémique que son promoteur justifie par la perspective d’un proche avenir marqué par la raréfaction du travail, du fait de l’essor des nouvelles technologies et de l’amélioration de la performance productiviste, et conduisant au remplacement généralisé des employés par des robots.

Selon cette conception nouvelle, le travail ne serait plus la condition principale pour se voir attribuer un revenu dépendant de sa force de travail et de la valeur ajoutée produite, des mérites obtenus au terme d’une vie de travail passée à cumuler des points de retraite, ou de sa situation provisoire ou définitive d’incapacité à exercer une activité : chômage, invalidité, maladie, congé de maternité, formation…). Ce serait un revenu attribué à tous, de façon exclusive ou complémentaire à d’autres rémunérations, qui permettrait à chacun de vivre décemment, de se loger, se soigner et d’élever ses enfants. Sans pour autant être tenu à exercer une mission d’intérêt général pour justifier l’octroi d’une aide minimum comme le RSA, ou une tout autre contribution citoyenne pour mériter d’être payé sans travailler.

Quant au Front National, il bouleverse les clivages politiques habituels entre droite et gauche en proposant un modèle fondé à la fois sur le protectionnisme et la préférence nationale, un scepticisme radical à l’égard du système et des institutions mondiales et européennes qui en sont l’armature institutionnelle, et une volonté de « protéger » les catégories populaires contre toutes les « insécurités » liées à l’économie sauvage, au pourvoir de la finance, au terrorisme, à la violence sociale et au communautarisme.

Outre son coût exorbitant, la plupart de ceux qui réfutent l’idée de revenu universel qualifiée d’irréaliste, utopiste, démagogique voire scandaleuse, le font par fidélité au principe qu’on ne peut rémunérer quiconque sans contrepartie. Que tout revenu suppose sinon un travail du moins un échange d’intérêts réciproques, qu’il s’agisse de négocier de gré à gré ou de matérialiser par un échange financier le lien qui relie chaque individu à l’ensemble de la société.

Selon cette vision traditionnelle, rien n’est gratuit, tout se gagne. Et toute rémunération ne peut être conçue que comme la contrepartie d’un apport personnel au bien-être collectif. Le revenu est donc de fait la sanction du mérite personnel. Principe qui fonde la valeur travail autrement que selon le critère économique de « valeur ajoutée », mais selon le concept sociétal de « plus-value sociale ».

Une vision totalement contredite par les usages de la finance mondialisée, qui crée de la richesse instantanée par des simples jeux d’écritures comptables gérés par des ordinateurs, et permettent de constituer en un temps record des fortunes colossales sans aucun effort sinon l’aptitude à jouer avec les flux financiers.

La vision protestante qui fonde les valeurs du capitalisme et donne son sens au travail avait accrédité l’idée que la prospérité et la fortune personnelle, loin d’être un motif de honte ou d’envie liés à la possession des uns au détriment des autres, était au contraire la manifestation d’une gratification divine en vertu des mérites personnels. Notamment pour ceux qui par leurs efforts et leur persévérance à entreprendre utilisent leur richesse personnelle pour créer des usines, du travail, faire ainsi fructifier leur bien en investissant ou en faisant circuler le capital dans l’intérêt du plus grand nombre.

Selon ce modèle, le travail n’est aucunement une fatalité à laquelle chacun doit se soumettre pour vivre, mais au contraire une source d’épanouissement aussi bien pour le chef d’entreprise qui voit celle-ci prospérer que pour ses employés qui ont la chance d’y contribuer.

A la fin du 20e siècle, on en est même venu à croire et à faire croire que le travail était non seulement un motif de satisfaction et de fierté personnelles, mais un lieu, sinon « LE » lieu par excellence d’épanouissement individuel et collectif.

On a ainsi fait de l’entreprise une nouvelle religion. Et l’archétype de la société idéale, où chacun viendrait échanger des compétences, des ressources, des savoirs, des savoir-faire et même des savoir-être, au sein d’un espace conçu pour l’efficacité maximale et le bien-être de tous. Mais aussi un lieu régi par culture et un système de valeurs unanimement partagés, et sanctifié dans de véritables « constitutions » locales que sont les « projets d’entreprise » et autres « chartes éthiques ».

On a vite compris que ces belles déclarations orgueilleuse étaient en réalité plus des outils de management destinés à s’assurer l’allégeance totale et béate des cadres et des employés pour atteindre plus facilement les objectifs de l’entreprise, qu’elles ne reflétaient une volonté sincère de construire une société de l’Excellence visant sur la réalisation du bonheur pour tous au travail, en permettant à chacun d’exprimer tout son potentiel et de donner le meilleur de lui-même en tendant vers toujours plus d’efficacité et de perfection.

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Quelques précisions pour comprendre comment la valeur travail a évolué au cours des derniers siècles.

1/ « S’épanouir dans un travail » est en réalité un dogme plus qu’une réalité. Un dogme qui s’est généralisé très fortement dans les sociétés occidentales à partir des années 1980. Il a conduit à faire admettre à des employés et des cadres stressés et asservis à leur fonction qu’ils peuvent se réaliser intellectuellement, psychologiquement, socialement et culturellement en accomplissant un travail pour lequel il n’était pas forcément faits et qu’ils n’appréciaient pas forcément. Un moyen éprouvé pour créer de « bons petits soldats » efficaces, consentants et heureux de fabriquer du bonheur en toc pour les masses ou de vendre les produits phares de Procter & Gamble, Nestlé ou Apple.

2/ En Occident, ce mensonge institutionnel a remplacé la vision traditionnelle héritée du judéo-christianisme selon laquelle le « labeur », à savoir l’enchaînement à un travail physique éprouvant pour cultiver une terre hostile et « gagner sa vie à la sueur de son front », et partant de « la souffrance », constituaient la condition existentielle de tout être humain depuis péché originel et la chute d’Adam. Avec l’idée tordue développé par le catholicisme doloriste que la souffrance était non seulement nécessaire et inévitable mais un facteur de rédemption : plus on trime dur, plus on rame, plus on souffre en silence en acceptant son sort, et plus on gagne son Ciel, à défaut de mériter une considération légitime.

3/ De la même manière que les serfs et les tâcherons dans la société féodale étaient à peine plus émancipés que les esclaves de leurs maîtres dans l’Antiquité romaine, le capitalisme industriel a utilisé ce mythe du « travail » comme valeur soumise à ‘arbitraire des décideurs issus de la classe possédante pour exploiter toute une catégorie de travailleurs payés juste de quoi survivre en échange d’un travail mécanisé, segment, souvent répétitif et à valeur intellectuelle quasi nulle. Qui plus est sans garantie de maintien dans l’emploi, sans couverture sociale, dans des conditions sanitaires, de pénibilité et de sécurité déplorables qui diminuaient considérablement leur espérance de vie.

4/ Marx qui croyait à cette vision économique d’une société productiviste scindée entre Capital et Travail a cru pouvoir émanciper les masses laborieuses grâce au mythe de la Révolution prolétarienne sensée redonner la prépondérance au travail sur le capital et précipiter l’avènement d’une société juste, égalitaire et apte à garantir le Bonheur universel. On a vu les résultats partout où cette idéologie a été mise en place sous forme de système politique et économique étatique…

5/ Après l’effondrement du bloc soviétique, la conversion de la Chine au capitalisme et la fin des idéologies totalitaires qui avaient failli détruire le monde au 20e siècle, le libéralisme dit « progressiste » (capitalisme teinté de social-démocratie) s’est imposé comme la seul modèle a priori « juste » et viable pour garantir la croissance continue, seule moteur possible du développement économique, mais aussi les libertés individuelles, la justice sociale, l’extension des droits de l’homme à tous les peuples et la paix mondiale. Un modèle formalisé dans le concept de « Nouvel Ordre Mondial » promu à partir de la décennie 1990 par les néoconservateurs américains, les élites occidentales et incarné par les grandes institutions mondiales (ONU, OMC, UE, Banque Mondiale…) conçues comme l’embryon d’un futur « gouvernement mondial » jugé indispensable pour maintenir la paix et construire et encadrer une société prospère fondée sur la liberté totale des échanges et l’autorégulation par les marchés.

6/ Après la chute du mur de Berlin, avec la multiplication des guerres « préventives » conduites par les néoconservateurs et justifiées par le projet de renverser des dictatures ou de lutter contre le terrorisme pour instaurer la démocratie au Moyen-Orient, face aux injustices engendrées par le libre-échange et la financiarisation de l’économie, ce modèle incarné par la mondialisation économique est vite apparu non pas comme la réalité libérée de l’idéologie et le meilleur des monde souhaitable, mais come ce qu’il est : une idéologie comme une autre qui s’était imposée comme le modèle dominant imposé à toute la planète. Avec les restructurations industrielles, les mutations technologiques, l’augmentation du chômage de masse et l’avènement de la société des loisirs, on a commencé à s’interroger sur la valeur « travail » et à considérer que celui-ci n’était pas nécessairement le but de l’existence, une nécessité universelle et absolue pour gagner sa vie, ni la seule voie d’épanouissement personnel pour les individus et le seul facteur de création de lien social à valeur ajoutée.

7/ La critique de ce modèle s’est renforcée avec les excès et l’échec des politiques ultralibérales d’austérité conduisant une majorité de salariés à travailler toujours plus pour gagner moins alors que leur pouvoir d’achat diminuait et qu’une grande partie étaient condamnés à un assistanat chronique précarisant et dévalorisant sous forme de chômage de longue durée, de départ en retraire forcé et anticipé, de contrats précaires et autre voies de garage destinées à faire baisser les statistiques du chômage : formation de longue durée, reconversion, congé sabbatique, etc… L’alternative fournie par d’autres modèles émergents (altermondialisme, décroissance, écologie, développement durable, économie participative…) a accru cette suspicion à l’égard d’un modèle incapable de juguler les crises systémiques, de redresser l’économie, de vaincre le chômage et d’assurer le bonheur consumériste pour tous.

8/ Aujourd’hui le travail n’apparaît plus comme LA valeur universelle et le passage obligé pour vivre, s’épanouir, contribuer au bien-être collectif et trouver sa justification existentielle, sociale ou même spirituelle. Force est de reconnaître qu’il existe bien d’autres voies et modèles. Et ceux qui se cramponnent au travail comme seule activité contributive à la collectivité justifiant une rémunération ou seul mode d’existence paraissent archaïques et en perte de vitesse.

9/ Le Revenu Universel défendu par Benoît Hamon est la seule mesure qui pose en terme de projet social, économique et politique les bases d’une société en émergence où tous les êtres humains adultes et aptes ne seraient plus condamnés à travailler la majeure partie leur vie et la plupart du temps à contrecœur ou en réalisant des tâches ingrates, en prenant ou appliquant des décisions contraires à leur éthique, afin de gagner leur vie, d’être rémunérés à hauteur de leur valeur ajoutée sinon de leurs talents, de consommer toujours plus pour répondre à des besoins artificiels, de justifier leur existence et leur place dans la société en fonction de leur contribution au système, de leurs compétences et de leur efficacité.

10/ L’idée libérale et marxiste que le travail non seulement produit des biens et services mais « crée de la richesse » (valeur ajoutée) est aujourd’hui caduque. Avec le développement de la société de l’information et du partage des connaissances, la véritable valeur ajoutée apparaît non plus en termes d’unité d’échange à somme nulle, mais de jeux à somme positive. Selon ce modèle, toute connaissance partagée augmente la richesse de tous les acteurs de façon géométrique, au lieu de la répartir de façon arithmétique comme c’est le cas pour les biens matériels et de l’argent dès qu’ils changent de mains entre le vendeur et l’acheteur.

11/ Un nouveau paradigme économique et éthique se développe aujourd’hui, où les échanges ne sont plus fondés sur l’appauvrissement des uns au bénéfice des autres mais sur l’augmentation exponentielle de la richesse cumulée à mesure que les échanges se multiplient. Plus il y a d’acteurs interconnectés et plus il y a d’accroissement de la richesse globale également répartie. A l’inverse du système libéral où pour qu’une infime minorité concentre le maximum de richesses, il faut organiser économiquement la raréfaction des ressources, la pauvreté du plus grand nombre, et l’esclavagisation de ceux qui produisent loin de centres de décision.

12/ Le travail dans sa version classique n’est donc plus viable. Il faut urgemment imaginer et mettre en place d’autres modèles.

13/ Si le travail n’est pas le seul moyen d’épanouissement personnel et de contribution au bien commun, il peut parfois l’être. En tout cas, toute activité peut remplir ce double rôle. Y compris les activités non monnayables et dont l’efficacité ou la valeur ajouté n’est pas apparente. Comme les activités artistiques qui créent du sens ou les activités spirituelles qui créent de la réalité. En effet selon les lois de la physique quantique, rien n’existe autrement que créé par la conscience. Toute apparente réalité physique expérimentée comme extérieure à nous n’est qu’illusion. Donc tout effort conscient de la conscience se concentrant sur la création de représentation de représentations positives par la méditation ou la prière, surtout collectives crée immédiatement les champs d’attraction et de forme qui rendent la réalisation effective de ces concepts possible et plus facile.

14/ La civilisation de demain sera donc une civilisation de l’Esprit, de l’interconnexion vécue dans la contribution consciente de tous au bien de tous, de paix et d’intrication universelle de l’homme à l’Univers tout entier. Et non une société de l’abondance matérielle comme le rêvent les partisans du modèle. Pour l’heure la transition vers ce nouveau paradigme de conscience et d’humanité passe par la « société de l’information », dans laquelle les distances, les différences et les modes d’appropriation et de contrôle des savoirs tendent à se dissoudre pour générer un système ouvert d’échanges libres, permanents et aux effets infinis.