Quand la house perd les pédales. Comment les gays en sont-ils venus à danser sur une musique de merde ?

Il y a 40 ans, tous les pédés du monde dansaient sur ça :

Il y a 30 ans, ils dansaient sur ça :

Il y a 20 ans, ils dansaient sur ça :

Il y a 10 ans, ils dansaient sur ça :

Mais aussi sur ça :

Et déjà sur ça…

Et aujourd’hui, ils dansent tous sur… ÇA !

Et encore, ça c’est loin d’être le pire !

Il reste un brin d’humour décalé et de culture queer dans cette reprise d’Abba qui télescope une diva aux rondeurs baleinières et un musclor israélien déguisé en James Bond sorti d’un film de boules et qui se trémousse avec une maladresse très mâle à faire défaillir tout Tapioland.

Disco, house, garage, techno, électro, R&B, ragga… les gays ont toujours su défricher de nouveaux horizons musicaux, en ne retenant parfois que des tubes commerciaux, mais aussi souvent en dénichant le meilleur.

Larry Levan, Frankie Knuckles ou Laurent Garnier : tous ces DJs mythiques qui ont imposé sinon créé des genres nouveaux qui constituent la bande-son du siècle, ont au départ joué dans des clubs gays, quand ils ne l’étaient pas eux-mêmes.

Les choses ont commencé à se gâter quand la house et la techno sont sorties des raves, des clubs underground et des stations gays comme FG pour conquérir le macadam, les méga-usines à fête et les radios mainstream. Et des oreilles moins exigeantes.

Et qu’une fois prostituées aux majors, celles-ci ont sanctifié des DJs médiocres qui se croyaient artistes.

C’est ainsi qu’on a vu la « Péquenot Tarade » devenir rapidement un sous-produit affligeant de la Gay Pride et l’apothéose du bruit, de la bêtise et de la vulgarité. Que des faisans pas musiciens pour deux sous mais vrais businessmen comme Guetta sont devenu n° 1 mondial. Que les Tiësto, Avicii et autres Sweedish House Mafia ont détrôné des pionniers comme Larry Heard, Juan Atkins ou Todd Terry au box-office.

Et que la meute des décérébrés s’est accoutumée à appeler frauduleusement « house » et « électro » le pire du pire de la dance ressortie des oubliettes des 90s et rebaptisée pompeusement « EDM ».

La décennie 2000 a vu le hip hop s’essouffler et remplacé par cette soupe immonde.

Des stars du R&B et du gangsta rap US sont venues quémander les services de ces amuseurs pour rebooster une carrière en chute libre. Ça a donné quelques morceaux électro-pop-rap intéressants, mais ça a surtout produit des débilités clonées en batterie surfant sur un revival 90s factice et déclinant à l’infini le son rave, mais sans le second degré espiègle et le côté subversif du hardcore de l’époque.

Et puis petit à petit, les pédés qui avaient acquis entre temps une visibilité, une reconnaissance et des droits nouveaux, se sont embourgeoisés et sont devenus des tapioles orgueilleuses et vulgaires.

Les jeunes hétéros des banlieues et les hipsters métrosexués leur ont piqué tout leur attirail de séduction : fringues de marques, look de gravure de mode, barbe fournie et même leurs accessoires les plus pédale douce : sac à main Vuitton, coupes à faire pâlir la Gaga, Rimmel pour souligner le regard, rasage réglementaire du minou, et même les drogues récréatives comme la coke ou le GBH. Quand ce n’était pas carrément leurs pratiques sexuelles, les lascars décomplexés s’essayant à la turlute et au limage de fion après avoir surfé sur YouPorn…

Evidemment la musique elle aussi a été dévalisée. Les cailleras gavés de Booba ne viennent plus casser du pédé gavé de techno comme lors du concert de Garnier à Nation lors de la première techno parade de 1998.

Au point qu’aujourd’hui les meilleures soirées et les meilleurs clubs du monde entier sont tous hétéros.

Ou au mieux « inclusifs » : c’est-à-dire qu’on y tolère quelques pédés à condition qu’ils n’arrivent pas déguisés en drag-queens, qu’il ne se paluchent pas sur le dancefloor et ne se lâchent pas en faisant du vogueing au milieu des jeunes preppies qui se trémoussent avec leur copine un mojito à la main en prenant un air très inspiré. On est prié de rester couleur muraille et de ne pas faire d’excentricités, au risque de passer pour un extraterrestre ou un hippie échappé de Woodstock.

Le Queen est devenu un machin qu’on visite dans les circuits touristiques pour beaufs après la tour Eiffel et le Moulin Rouge. Et la « Marche des Fiertés LGBT-machinchose » n’attire plus que les nostalgiques de la militance, des ados qui veulent s’éclater au milieu des chars et quelques provinciaux en goguette.

Quant aux clubs et au soirées gays, on y croise les mêmes Barbie bears faussement viriles, aussi sottes qu’un cône glacé couvert de piercings et totalement foldingottes.

Et on s’y abrutit avec la même daube tribal-progressive ou des remixes de Rihanna sur lesquels s’agitent des dindes arrogantes, gonflées comme Pamela Anderson et aux neurones passablement grillés par l’excès de « chems ».

Bien sûr on y va autant pour s’éclater ce qui reste de cerveau que la rondelle. Et les soirées les plus prisées ont toutes leur arrière-salle qui fleure bon le poppers, le foutre et autres effluves moins ragoutantes.

Quant aux DJs stars (je ne citerai pas de noms pour ne vexer personne…) qui gravitent dans ces antres de la décadence et du mauvais goût, ils se doivent d’arborer un look calibré calqué sur leur clientèle : muscle saillant et barbe bien drue.

On est entre soi et on entend bien le rester !

Qu’ils sachent mixer et qu’ils passent du bon son est totalement accessoire, du moment que ça fait un max de bruit et qu’on multiplie les effets bien pourris pour que ces dames comprennent quand il faut hurler en chœur et s’aérer les dessous-de-bras.

Enfin, laissons-leur l’illusion qu’ils « jouent » pour leur public, même s’ils ne font que pousser à la queue-leu-leu des mp3 calqués les uns sur les autres, et monter le volume de temps en temps pour exciter la basse-cour.

On l’aura compris : ces clubs sont plus proches du cloaque que du septième ciel, le public plus proche de la ferme téléréalité que du Studio 54, et les amuseurs qui officient plus proches du cirque Medrano que du Warehouse.

Du Dépôt au Tekyön, c’est partout le même scénar affligeant. Sauf qu’à Istanbul, les bears du Middle East sont bien velus et gavés de testostérone : c’est pas de la Parisienne en barbe résille !

Une telle évolution est réellement tragicomique.

Pour ceux qui ont connu le Paradise Garage, le Palace, le Boy, les premières fêtes house clandestines et les premières raves, à une époque où l’on n’osait même pas rêver du PACS et où les applis pour pécho sur-mesure n’avaient pas remplacé les saunas glauques et les lieux de drague interlopes, s’aventurer dans de telles pataugeoires ne peut s’envisager qu’en cas d’extrême misère sexuelle. Et encore, avec le ciboulot raisonnablement fracassé pour faire passer la pilule, supporter le déluge de sons indigestes, les regards hautains des madones en harnais et éviter les mares de lisier qu’elles laissent derrière elles.

Sans même s’aventurer dans ces lieux dantesques, il suffit souvent de demander à un jeune gay de 20 ans ce qu’il écoute comme son. S’il répond « de la house », on a le choix entre Nacho Chapado dans le pire des cas, et Disclosure dans le meilleur.

Car si la décennie 2000 s’est abîmée dans les fosses communes des musiques électroniques que nous ont léguées les années 1990, la décennie 2010 a providentiellement réhabilité le meilleur de la house et de la techno, après une éclipse coupable de 10 ans de junk-food.

Aujourd’hui on ne compte plus les petits jeunes qui ont tout pigé au meilleur des ziks électroniques et font leur miel dans leur home-studio ou sur leur tablette en accouchant des sons ahurissants à faire pâlir les godfathers les plus pointus.

En Europe, Londres et Berlin ne tiennent plus forcément le haut du pavé.

Bien sûr il y a Disclosure, mais partout, de l’Europe de l’Est à l’Amérique du Sud, on voit sortir de nulle part des gamins surdoués qui en quelques milliers de clic sur YouTube ou SoundCloud deviennent des célébrités adulées par les jeunes clubbers et courtisés par bookers et majors.

La France n’est pas en reste, loin de là.

Loin du son obligé et très pédant des divas momifiées et panthéonisées de la French touche, les Daft Punk, Justice ou Pedro Winter qui ont amassé des monceaux de thunes depuis 20 ans en nous servant une électropop pas toujours aussi fameuse que les médias l’ont prétendu, on trouve aujourd’hui pléthore de jeunes talents qui n’ont pas d’ego à vendre en feignant d’être des artistes, qui ne passent pas leurs nuits à se déglinguer la tronche entre happy fews, mais qui font de la musique avec enthousiasme et sincérité.

A l’image des Britanniques NVoy ou Duke Dumont, des Berlinois Adryiano ou The Checkup, de l’Amstellodamois Detroit Swindle, de l’Espagnol Gilbert Le Funk, des Français comme LeMarquis servent une Nu house d’une qualité irréprochable.

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LeMarquis

On est loin des approximations très commerciales et très convenues de Kavinsky. Ça bounce, ça swingue, ça pulse, ça groove, c’est à la fois simple et sophistiqué, punchy et sensuel, frais, efficace et rigolo.

Qu’on soit expert ou novice, on n’y résiste pas !

Peu leur chaut à ces nouveaux artistes de s’abreuver à des influences éclectiques et non estampillées : ils n’ont pas de style labélisé à marchander. Deep house, électro, disco, funk, hip hop, world music, dubstep, hardcore, heavy metal, new age, musiques de film… tout est bon à prendre !

La différence entre ceux qui ont inventé ces musiques il y a 30 ans et qui phagocytaient une à une toutes les musiques dans une frénésie de sampling et de références subliminales et ces gamins nés avec une Gameboy dans la main, c’est que la technologie leur offre aujourd’hui une facilité indécente pour sortir un son qui tue et d’une pureté cristalline en 2 minutes sur leur PC.

Ensuite c’est l’inspiration et le goût qui font la différence entre un bidouilleur du dimanche et un petit génie.

Entend-on ces merveilles dans les clubs gays ? Jamais !

Pour vraiment s’amuser sur des musiques intelligentes, à Paris il faut aller au Rex, au Zig Zag, au Showcase, au Faust, parfois au Wanderlust ou au Yoyo. Ou mieux encore, loin de ces grands clubs qui brassent une clientèle branchouille pas toujours au faîte des tendances les plus pointues : dans des clubs plus intimes ou de l’autre côté du périph.

Cette décadence qu’on cultive sous PrEP dans les bordels musicaux, les clubs branchés de la capitale se l’approprient à l’occasion pour donner du frisson à leurs ouailles.

Ainsi les Nuits fauves, club ouvert en juin 2016 à l’emplacement d’un des plus grands spots de drague intra muros (Quai d’Autsrlitz), s’est approprié la référence sulfureuse au film de Cyril Collard sorti en 1992, et aux errances nocturnes du personnage dans ces friches où les mecs baisaient sans capote en pleines années sida, pour restituer l’ambiance crado des premiers warehouses où sont nées la house et la techno.

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Les Nuits fauves

beardropQuant à la Beardrop, jamais ô grand jamais elle ne se risquerait à programmer autre chose que ces jongleurs de tamtam à pédales qui cachetonnent en tripatouillant la même merde.

Même la très marrante et baroque Papa party, sans doute la seule soirée qui garde un esprit un brin décalé même si ce sont toujours les mêmes bearettes défoncées qui s’y agglutinent, ne s’aventure jamais au-delà des très convenus DJs du circuit qui balancent la même soupe tribal-progressive d’une soirée à l’autre sous toutes les latitudes de Tataland international.

Alors, déclassés, has been, les pédés ?

C’est un doux euphémisme !

Pour permettre aux gays d’aujourd’hui de retrouver le sens du bon et du beau, peut-être faudrait-ils les emmener voyager loin du Cox et de la Croisière Démence. Et découvrir qu’on peut s’amuser autrement qu’en restant collées entre filles comme au bon vieux temps des pissotières et de la Prohibition sexuelle.

L’avenir est au brassage des genres et des identités. Alors oublions ces itinéraires fléchés en rose et partons à la conquête de nouveaux territoires.

Le monde est vaste et ne se limite pas au triangle Marais-Sitges-Canaries.

Le monde de la nuit n’a jamais offert autant de lieux et d’occasions de découvrir et de s’amuser. Même si l’esprit de liberté et de dérision s’est beaucoup émoussé.

Alors WAKE UP! comme dirait l’autre.

Au risque sinon de devenir une icône ringarde à ranger au musée.

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Qui était vraiment Prince ?

Depuis la mort du géant de la pop et alors que son autobiographie devait paraître prochainement on s’interroge toujours sur l’homme caché derrière ce personnage flamboyant.

En fait la personnalité de Prince est assez facile à comprendre.

Était-il vraiment cet enfant sensible et incompris dépeint dans le film Purple rain sorti en 1984 et qui le révélera au grand public ? Privé de tendresse et livré à lui-même à cause de parents divorcés et d’un père alcoolique et violent ?

Puis meurtri par une adolescence difficile : clashes incessant avec un père exigeant et peu affectueux, fugues à répétition, manque de confiance accru par sa petite taille (1,58 m), les railleries de ses camarades et les échecs affectifs avec les filles.

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On sait en fait assez peu de chose sur l’enfance de Prince Roger Nelson sinon qu’il était épileptique (il le dira lui-même), issu d’une famille de musiciens, d’un milieu modeste et traditionaliste (famille adventiste), et d’une banlieue délaissée de Minneapolis, ville assez sinistre du Rust Belt.

Très tôt Prince se réfugie dans la musique. Servi par un talent précoce de compositeur et de musicien, il maîtrise de nombreux instruments et se singularise par une volonté opiniâtre de se faire connaître sur la scène locale.

Est-ce juste pour réussir, ou pour gagner l’affection d’un père sarcastique et orgueilleux comme le décrit le film ? Un héritage pesant qui le rendrait proche du petit prodige de la famille Jackson.

La personnalité du jeune Prince semble se construire entre violence contenue, colère refoulée, qui parfois surgit en fulgurantes décompensations, quête d’une identité incertaine, ambiguïté et désillusions affectives, besoin de s’exhiber et de provoquer pour gagner la gloire et l’impossible amour. Eléments qu’on retrouve dans sa musique et son personnage.

Prince aurait pu très bien mal tourner, devenir un bad boy, un punk ou un junky. Mais comme le Petit Prince de Saint prince1-637x325Exupéry, il reste avant tout un artiste solitaire, un idéaliste toujours insatisfait, réfugié dans sa bulle et son univers artistique qu’il élabore en mélangeant les influences et en accumulant compulsivement les créations…

A la différence de Michael Jackson, Prince n’a eu ni un père envahissant pour le pousser à devenir une star, ni un agent pour lui dicter ses choix artistiques (il est le seul artiste de sa génération à avoir refusé  à 20 ans que sa maison de disques ait le moindre mot à dire sur ses compositions), ni de mentor comme Quincy Jones pour faire d’un gamin surdoué le roi de la pop.

Il s’est fait tout seul avec une persévérance rare et ne veut surtout pas qu’on interfère dans ses choix. Ses engueulades avec ses groupes successifs sont homériques, comme sa façon de claquer la porte de la Warner puis de récupérer ses droits d’auteur au terme de 20 ans de procédure.

Dans ses lyrics comme dans l’énergie qu’il déploie dans sa musique ou sur scène, on sent clairement cette soif d’être reconnu, aimé, adulé propre à beaucoup d’artistes issus de minorités ethniques (afro ou italo-américains), de milieux modestes, imprégnés de morale puritaine, de respect de l’autorité, de culte de l’effort et d’un ardent désir de réussir brillamment en surmontant les obstacles, la ségrégation ou l’injustice.

Artistes qui ont souvent multiplié durant leur carrière postures excentriques et provocations outrancières : Bowie, Michael Jackson, Madonna, Lady Gaga…

Autre trait commun à ces artistes hors normes : revendiquer farouchement son indépendance, faire comme bon leur semble, suivre son inspiration, laisser libre cours à sa fantaisie, faire fi des diktats du business de la musique pour ne rechercher que l’assentiment de ses fans. Quitte à aligner les caprices de diva ou à connaître des bides retentissants.

Et surtout entretenir soigneusement le mystère autour de sa vie privée, s’enfermer dans un bunker doré à l’abri des regards, avec une volonté de tout contrôler, de limiter au strict minimum ses apparitions publiques et interviews, de filtrer les infos, de se méfier jusqu’à la paranoïa des médias. Et de jouer les caméléons en déstabilisant son public, passant d’un style ou d’un personnage à l’autre en se rendant aussi imprévu qu’inaccessible.

La personnalité de Prince n’est pas si mystérieuse ni exceptionnelle même sa musique l’a été assurément.

Toutefois, certains traits restent aujourd’hui méconnus du grand public. Qui en France sait que derrière l’icône lascive et hypersexuée, ses paroles, sa gestuelle, ses accoutrements et ses postures provocantes, derrière ce visage d’éternel ado à peine sorti de l’enfance exhibant une libido torride sous des traits androgynes se cachait en réalité un chrétien très conservateur, proches des idées les plus réacs et farouchement hostile au mariage gay ?

Qui sait que Prince (comme Michael Jackson pendant longtemps) s’était converti aux Témoins de Jéhovah ?…

Et qu’à côté de propos explicitement sexuels et de ces cris de guenon en rut, beaucoup de ses chansons comportaient des messages chrétiens à peine voilés. Comme le très pop et explicite The Cross (1987), Thunder, GOD, Controversy (1981) et d’autres qui tranchent à l’évidence avec des textes plein de stupre, comme Sexuality, Jack U off, D.M.S.R., ou l’un de ses premiers tubes Sexy dancer, enregistré alors qu’il n’avait que 20 ans et posait sur la pochette de l’album sous les traits ambigus d’un éphèbe nu, chevelure abondante style Donna Summer et torse poilu.

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Prince ne se contente pas d’incarner lui-même cette sexualité troublante, équivoque, débridée voire obscène. Il pousse ses propres musiciens, notamment ceux qu’il produit jusqu’aux limites de l’acceptable : Sheila E, Apollonia ou Vanity, l’une de ses nombreuses égéries chanteuses qui en 1983 sort avec ses deux consœurs un album baptisé Vanity 6, dont les paroles choquent par cette façon nouvelle pour des femmes de revendiquer une sexualité « phallique », agressive et obscène à l’égal des garçons. Une provocation de plus servie par un déluge d’électronique qui fera qualifier ce style très innovant à l’époque de « technofunk » (cf. le titre Nasty girl).

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Ce personnage unique qu’incarne Prince, mélange d’enfant pervers, provocateur et blessé, et de gay efféminé, lascif, pousse-au-vice, quoique chasseur compulsif de jolies femmes, semble à l’opposé de l’apôtre repenti, puritain et un brin prosélyte.

Dans certains textes on sent poindre une vision assez angoissée de la foi, marquée par des rumeurs d’apocalypse (1999), un cynisme extrême à l’égard de fléaux comme le sida (Positivity) et comme une volonté de rachat et d’absolution proportionnelle aux débauches affichées.

Prince reste donc un artiste complexe et un personnage ambigu. Sans doute ne se connaissait-il pas vraiment lui-même et se cherchait au travers de ses milliers de chansons écrites et pour certaines à peine ébauchées. 500 titres inédits attendraient dans les coffres de ses compagnies de disques. Et pour 30 albums édités, combien ont été sabordés ou empêchés par l’auteur de sortir à la dernière minute ?

Plus encore qu’une volonté d’explorer et de marier tous les genres musicaux (funk, soul, pop, rock, électro, hip hop, R&B, OST…) avec autant d’aisance que d’audace, cette prolifique et inépuisable créativité fut sans doute le seul refuge à une âme tourmentée, attachée autant à séduire faute d’être aimée qu’à provoquer ou bousculer les lignes.

Quant au mélange assumé entre sexe et foi, Prince le revendiquera même comme une façon de « glorifier Dieu » !

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Le dernier mystère de Prince restera sans doute celui de sa mort. Même si le voile est levé sur sa cause et ses circonstances, comme Michael Jackson 7 ans plus tôt Prince emportera une part de secret dans sa tombe. Était-il malade sans vouloir le révéler ? Souffrait-il du sida ? Ou d’un cancer incurable comme Bowie ? Personne ne le saura jamais avec certitude.

Mais de Jim Morrison à Prince, les monstres sacrés ont besoin aussi de cette aura de mystère pour nous fasciner.