DICTATURA ET INSURRECTIO

Mis en avant

Dictatura.

Dans la République romaine, magistrature exceptionnelle qui attribuait tous les pouvoirs à un seul homme, le « dictateur » : celui qui parle.

Cette magistrature suprême, désignée pour une durée temporaire de six mois maximum, était accordée en cas de péril grave contre la République. Elle fut abolie après Jules César.

Le mot « dictateur » désigne aujourd’hui celui qu’on appelait plutôt un tyran dans l’Antiquité, ou despote dans l’Ancien Régime. Cette acception s’est développée pendant la Révolution française et surtout pendant la période contemporaine.

Dans L’esprit des lois, Montesquieu considère le despotisme comme un gouvernement qui ne respecte pas les libertés individuelles et qui se fonde sur la crainte.

Insurrectio.

La Déclaration des droits de l’homme de 1793, promulguée dans une période d’effervescence révolutionnaire maximale marquée par la guerre des armées françaises contre les armées étrangères « contre-révolutionnaires » et l’adoption par le Comité de Salut public de mesures exceptionnelles pour « sauver la Révolution », précise que désobéir est un devoir pour tout homme qui aspire à un monde meilleur…

« Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. »
(Article 35)

Qu’en est-il aujourd’hui ?

En France, certains qui dénoncent la dérive autoritaire du régime de Macron, n’hésitent plus à le qualifier de dictature.

Pourtant Macron ne correspond pas vraiment au profil du dictateur tel que l’Histoire récente nous en a livré quelques sinistres exemples. A gauche : Staline, Mao, Pol Pot, Caucescu, Castro, Chavez. Et à droite : Hitler, Mussolini, Franco, Pinochet.

Le champion du « ni ni » ressemble plutôt à l’un de ces hauts fonctionnaires falots et autres lampistes ambitieux du Système, un valet servile de l’élite ploutocrate, et un parfait maître d’ouvrage de la normalisation progressiste, plutôt qu’à un autocrate aventurier prêt à embarquer son peuple dans une aventure périlleuse selon son seul bon vouloir et ses seules lubies.

Repéré très jeune par ses mentors, son personnage politique a été fabriqué de toutes pièces par quelques druides du marketing, en gommant soigneusement les aspérités un peu gênantes du personnage privé (comme son homosexualité) pour construire un mythe fondé sur du vide, comme on fabrique l’aura d’un nouveau produit pour le lancer sur le marché.

Macron est un pur mirage. Un hologramme. Une illusion collective. Aujourd’hui sérieusement abîmée. Un écran sur lequel sont venues se projeter les attentes du peuple et les fausses promesses de l’oligarchie ultralibérale.

Macron est tout sauf un chef d’Etat, encore moins le portrait d’un « grand homme » comme de Gaulle, ou de « l’homme providentiel » qui émerge en tant de crise et cristallise sur sa personne les espoirs, l’âme et le destin d’une nation.

C’est même l’exact opposé. Un pur gestionnaire, brillant et intelligent certes, bien formé et bien rodé aux arcanes de la finance et de l’économie de marché, mais de fait radicalement incapable de s’émanciper d’une politique qui se veut efficace et pragmatique, et se considère de facto comme « objective », alors qu’elle n’est que la traduction en actes d’une idéologie éminemment totalitaire. Tout entière dévolue à la prééminence du Marché, à l’appropriation de tous les pouvoirs et à la gouvernance du monde par une micro-élite d’ultra-riches vivant dans l’ombre et à l’abri des soubresauts du monde qu’ils instrumentalisent à leur profit.

Macron est bien « l’homme qui parle ». C’est même la seule chose qu’il sache faire ; tout le reste de ses gesticulations n’est qu’exécution d’un programme écrit ou relayé par d’autres : Commission Européenne, OMC, groupe Bilderberg, lobbies industriels et financiers, puissances étrangères comme les Etats-Unis.

La vraie dictature que nous subissons aujourd’hui n’est donc pas celle d’un seul homme. Mais celle d’une élite déterminée à nous esclavagiser en nous transformant en producteurs-consommateurs, en machines à fabriquer de la plus-value, à rembourser les intérêts de la dette, puis en produits tout court, customisables et commercialisables à l’infini selon les caprices du Marché.

Face aux émeutes de 2018-2019, à l’insoumission populaire face aux violences policières et à la cadence des réformes, ou même face à cette crise sanitaire inédite une nous traversons, Macron n’est nullement le chef d’une armée qu’il rêverait d’être avec ses accents grandiloquents pastichant Clémenceau, un héros de la France qui mènerait une « guerre » contre un ennemi invisible. Mais davantage un proviseur de lycée chargé de maintenir l’ordre dans une cour de récré.

S’il échoue à rétablir l’ordre et à mettre la France au pas comme d’autres nations dans le monde, il n’aura pas droit à sa retraite dorée en 2022 comme patron d’une banque d’affaires aux bénéfices grossis par les nouveaux produits de capitalisation.

Qu’en est-il de la situation dans le monde ?

Au cours de l’année 2019, 27 pays, peuples ou territoires autonomes, parmi lesquels l’Algérie, la Tunisie, le Liban, l’Egypte, le Soudan, l’Irak, la Syrie, le Kurdistan, l’Iran, Haïti, la France, l’Allemagne, la Catalogne, le Chili, la Bolivie, l’Argentine, l’Equateur, le Venezuela, Hong Kong et même la Suisse, sont entrés en ébullition comme jamais auparavant en période de paix.

Touchés par des mouvements contestataires anti-régime, antisystèmes, pro-climat ou autre. Avec des manifestations et des mouvements de foules irréductibles, des émeutes, des insurrections, voire d’authentiques guerres civiles opposant des peuples à des régimes autoritaires ou dictatoriaux, des gouvernants corrompus ou incapables.

Le point commun de ces émeutes : opposer non pas deux forces politiques organisées et antagonistes, mais pousser des mouvements populaires inorganisés contre des pouvoirs qui se croyaient établis. Ce qu’on peut objectivement considérer comme un signe de santé démocratique chez ces peuples qui refusent l’exercice autoritaire du pouvoir, et se dressent contre différentes formes de normalisation par la force.

Et puis, avec l’hiver et la nouvelle année, est arrivée de Chine cette épidémie sournoise de coronavirus. Une épidémie mortelle. Bien plus en tout cas qu’une simple grippe saisonnière.

En quelques jours ou semaines, des mouvements de contestation dont certains s’éternisaient depuis plus d’un an ont été anéantis par les mesures de « précaution » sanitaire puis de confinement plus ou moins drastiques mis en place par les dirigeants de ces pays.

Dire que cette épidémie est une aubaine pour des régimes autoritaires qui peinaient à mater la rébellion est une douce litote.

De là à en conclure que le Covid-19 serait un coup monté, il ne faudrait sombrer dans le péché de conspirationnisme ! D’autant qu’une évidence crève les yeux : face à l’urgence sanitaire, tout genou rebelle a aujourd’hui plié. Les grognards sont rentrés chez eux. La guéguerre civile comme le processus démocratique sont gelés, le temps de vaincre ce fléau planétaire. Du moins c’est ce qu’on nous assure. Pas d’autre choix que se serrer les coudes, et de faire bloc autour du chef, élu ou pas.

Dictatura.

En France, dès le mois de février les rassemblements de plus de 5000 personnes ont été interdits. Puis ceux de plus de 1000 personnes, 500 personnes, 100 puis 5 personnes.

En clair, plus aucune réunion, manifestation, déclarée ou non, n’est désormais possible. Plus aucun événement privé non plus. Ni aucun rassemblement à caractère politique, syndical, associatif, sportif, culturel, religieux ou festif. D’ailleurs cafés, restaurants, commerces non vitaux, musées, salles de spectacles, discothèques, salles de sport, salles de jeux, espaces de loisirs, festivals, fêtes foraines, et tous les lieux de cultes sont désormais fermés. Et pas prêts de rouvrir.

Impossible donc depuis le 17 mars de se marier, de se faire baptiser, ou même enterrer. Sinon en catimini. Ceux qui veulent mourir sont priés de se faire discrets.

Bien avant que l’économie ne soit sérieusement impactée, c’est toute la vie sociale, culturelle, religieuse, sportive, relationnelle, familiale voire affective des Français qui s’est retrouvée pétrifiée.

Ceci n’a pas empêché le gouvernement de faire adopter sa fameuse réforme des retraites grâce au 49.3 un dimanche après-midi dans une Assemblée déserte, après des mois de fronde unanime des Français tous corps de métiers confondus, du Conseil de la Magistrature et du Conseil d’Etat.

Ne reste aujourd’hui aux Français assignés à résidence et interdits de sortie sauf en cas d’extrême nécessité que la télé qui débite toute la journée les mêmes Editions spéciales angoissantes sur la progression galopante de l’épidémie et la carence de moyens pour la combattre. Le même décompte de morts, de personnes touchées et d’hôpitaux pris d’assaut. Les mêmes consignes de prévention et gestes barrière répétés en boucle. Ou bien les réseaux sociaux, seul moyen de conserver une vie sociale « distanciée » et de faire vivre une conscience collective cannibalisée par la politique-spectacle et les minutes de la Fin du monde diffusées en direct continu sur toutes les chaînes mondiales.

Et pour ceux qui voudraient à tout prix échapper à la petite boutique des horreurs et au grand Flip Pour Tous, reste la solution d’une plongée autiste en apnée loin de tout, dans une bergerie des Causses sans électricité ni connexions, ou dans une cave blindée au 5e sous-sol d’un immeuble de bureaux déserté par les rats.

On pourrait se contenter d’en rire si la situation n’était extrême grave, et totalement inédite dans une démocratie en tant de paix.

On pourrait se contenter de déplorer les « erreurs » de l’exécutif en se promettant le jour venu de lui réclamer des comptes, si ce faisceau de dysfonctionnements administratifs et de choix politiques inacceptables ne convergeaient vers une seule et même conséquence fâcheuse : l’abolition pure et simple de la démocratie.

Bien sûr il y a les propos dramatiques et en même temps rassurants du chef de l’État et de son Premier ministre : « Nous sommes en guerre« . « Ces mesures sont exceptionnelles et destinées à soutenir l’économie » (s’agissant des nouvelles entorses graves au Droit du Travail décidées « dans l’urgence » pour permettre la continuité d’une économie a minima). « Saluons le travail exceptionnel… » blablabla, etc…

Mais les faits sont têtus : jamais aucun gouvernement sous notre République, et jamais aucun dirigeant depuis que Macron avait commencé à piloter la politique sociale et économique de la France en tant que « conseiller » de Hollande puis Ministre de l’Economie en 2014, n’avaient autant fait dans notre pays pour détruire méthodiquement et en quelques années seulement notre système de protection sociale. Pour réduire à ce point les droits des travailleurs, des chômeurs, des syndicats. Puis réduire considérablement en un temps record les libertés fondamentales.

Passons sur le « cafouillage » des municipales. Un premier tour maintenu contre toute raison, mais un second tour reporté dès le lendemain. Au plus tôt au 21 juin. Une situation inédite et d’ailleurs inconstitutionnelle. Est-ce parce que les résultats de LREM étaient moins catastrophiques que prévus que ce premier tour n’a pas été tout simplement annulé ? Compte tenu de l’urgence sanitaire aucun commentateur politique ne s’est posé la question. Passons donc à la suite…

Atteinte à la liberté de manifester avec cette répression policière sans précédent depuis la Commune de Paris (même en mai 1968) contre des manifestants défilant légalement pour défendre des droits et réclamer plus de justice sociale.

Atteinte à la liberté de réunion, quand le gouvernement interdit les rassemblements même familiaux au motif de confiner la population selon une stratégie de lutte contre un épidémie très contestée par nos partenaires.

Atteinte à la liberté d’expression, quand au motif de « lutter contre les atteintes à la vie privée » ou « les fake news » le gouvernement fait adopter plusieurs mesures visant à limiter considérablement la liberté d’expression en public, dans les médias, sur internet et les réseaux sociaux.

Atteinte à la liberté d’expression, mais aussi à la liberté de la presse, quand au nom de cette même « défense de la vie privée » comme au nom de la lutte contre le racisme, le sexisme, la xénophobie, l’homophobie, contre tout propos jugé « insultant » voire attentatoire à la « liberté de conscience« , le gouvernement ou l’un de ses ministres voudrait censurer toute opinion non politiquement correcte, ou tout propos qui « insulte les croyances religieuses » (comme si une croyance pouvait se sentir insultée…) d’une personne ou d’une communauté. Rétablissant ainsi le délit de blasphème propre aux théocraties et le délit d’opinion propre aux dictatures. De plus, une entrave explicite au principe de laïcité, et au principe constitutionnel d’unité et d’indivisibilité de la nation qui préserve celle-ci de toute fragmentation communautariste.

Atteinte à la liberté de se déplacer, quand au nom d’un confinement renforcé très contestable tous les citoyens sont assignés à résidence, interdits de sortir de chez eux sauf motif impérieux, et interdits de circuler même en voiture confinée pour rendre visite à leur conjoint, un ami, ou simplement changer de lieu de confinement.

Tous confinés. Et ceux même parmi le corps scientifique qui mettraient en doute le bien-fondé de ces mesures ou refuseraient de s’y plier scrupuleusement seraient considérés comme des traîtres, des renégats et des ennemis de la Nation. Puisque notre bon Président vient tout justement de redécouvrir le sens vertueux de « faire nation, au fond« .

« Solidarité » en macronie est le nouveau verbiage à la mode pour désigner cette obéissance zélée doublée d’une soumission inconditionnelle de tous à un seul.

Dans la nomenclature politique cela s’appelle une ?…

Dictature !

« Allez donc voir à quoi ressemble une dictature !« , rétorquait il y a peu le Général Pinocchio à ces philosophes insoumis comme Onfray qui se permettaient de sous-entendre que son régime et ses violences policières faisaient de plus en plus ressembler la « démocratie française » au Chili de Pinochet plutôt qu’à la Norvège ou à l’Islande (les 2 pays reconnus comme les plus démocratiques en 2019 par The Economist).

En tout cas, si les « Gaulois réfractaires » sont aujourd’hui priés de rentrer dans le rang et chez eux, cette consigne ne s’applique par de façon démocratique et égalitaire à tous.

Ainsi ceux qui sont jugés par l’Etat ou leur patron indispensables au bon fonctionnement de l’économie ou de l’entreprise n’ont pas vraiment la possibilité de faire valoir leur droit de retrait. Descendre sa poubelle avec une autorisation de sortie signée de la veille vous vaut de sérieuses remontrances et 135€ d’amende. Mais si l’on vous ordonne d’aller au front pour sauver l’économie, pas question de tergiverser !

Autre inégalité tout aussi problématique, celle qui oppose les grandes villes aux banlieues.

Et ces images sidérantes de places vides à Paris, Bordeaux ou Lyon comme après un cataclysme atomique qui tranchent avec celles des quartiers insurgés de Saint-Denis ou Argenteuil noirs de monde comme à Alger même à 2 heures du matin, avec ces mômes qui jouent à taquiner les keufs en leur jetant des pierres au milieu des bagnoles cramées.

Tous confinés ? Non. Les « territoires perdus » résistent encore et toujours au césarisme macronien. Lequel ne cherche d’ailleurs absolument pas à les mettre au pas. La potion magique de ces irréductibles ? Le vote islamiste ! Officiellement il faut éviter à tout prix de voir s’embraser des banlieues déjà très susceptibles. Et laisser les trafics se perpétuer, les racailles aller et venir, tabasser policiers et pompiers pour se défouler, sans trop y regarder. Comme les voyous faire la loi dans les cités, peu importe qu’ils ajoutent le terrorisme ordinaire à l’angoisse sanitaire pour des habitants otages de ces caïds, et condamnés à vivre dans ces états dans l’État totalement en marge de la République.

Cette démission, pire cette collusion de l’autorité publique avec des voyous sécessionnistes et des djihadistes fichés S pour acheter une paix sociale très relative et négocier des voix avec les chefs de fiefs islamistes, relève de la haute trahison. En tant de guerre, c’est la Cour martiale. En tant de paix, la Haute Cour de Justice, que Macron tente opportunément depuis 2 ans de supprimer…

Une telle attitude indéfendable relève de l’abdication volontaire d’une des missions régaliennes de l’Etat, qui est d’assurer la sécurité de tous citoyens et le respect de loi sur tout le territoire, notamment durant l’état d’urgence. Mais aussi de garantir l’indivisibilité de la République et l’intégrité territoriale, avec une égalité de maintien des services publics, notamment les forces de l’ordre, sur tout le territoire national.

Face à une telle démission des pouvoirs publics, à de tels manquements dans l’exercice des missions régaliennes de l’État, à des erreurs ou des choix partisans aussi coupables en période de crise majeure, une telle restriction de ses libertés fondamentales sans garantie de la protection qui lui est due en termes sanitaire ou sécuritaire, le peuple est aujourd’hui face à une impasse radicale.

Le Parlement est aujourd’hui neutralisé. On l’a vérifié encore tout récemment avec l’adoption de la réforme des retraites grâce au 49.3 face à l’obstruction, qui constitue un vrai déni de démocratie : le Parlement n’est plus en mesure aujourd’hui d’assumer son rôle de contrôle du gouvernement et de sanction de l’exécutif. Notamment en engageant comme le prévoit l’Article 68 de la Constitution une procédure de destitution immédiate du Président pour manquement grave à ses devoirs, abus de pouvoir ou haute trahison. Dans le contexte politique actuel, une telle procédure demandée par un groupe de citoyens qui saisiraient leurs parlementaires n’aurait aucune chance d’être mise en œuvre. Encore moins d’aboutir avec des députés LREM qui détiennent la majorité absolue.

En conséquence, la seule alternative qui reste au peuple français en l’absence d’élections présidentielles et législatives anticipées, élections dont on connaît de toutes façons le degré de manipulation, c’est l’insurrection.

Cette hypothèse est non seulement possible, elle est conforme à nos principes républicains. Même si elle n’est pas dans la culture française, du moins depuis l’époque des « révolutions » antimonarchistes des 18e et 19e siècles.

« Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. »

Sans doute serait-il bon de méditer ensemble ce principe dans une période comme la nôtre, « critique » à bien des égards.

Insurrectio.
HIC ET NUNC !

Dans l’échelle des valeurs, laquelle faut-il placer au pinacle ? La vie et la santé ? Et cette fausse « solidarité » dictée par la trouille de clamser à son tour et le sentimentalisme nourri par les images de malades et l’énumération des victimes diffusées en boucle ? Au risque de continuer à vivre sainement et longtemps mais enfermés dans une dictature ? Ou bien la liberté, l’égalité, la fraternité ? Avec le risque de perdre quelques années de vie mais la chance de voir grandir ses enfants dans un pays libre, un monde libre, ouvert, uni, apaisé et vraiment fraternel ?

Autrement dit, quelle est aujourd’hui la motivation du Français moyen ? Se serrer les coudes et se serrer à 5 dans 60 m2 pour sauver égoïstement sa peau et son petit confort ? Alors que d’autres crèvent dans la rue, que d’autres pays moins nantis comme en Afrique seront demain atrocement impactés par cette pandémie et connaîtront des millions de morts ?

Attendre la prochaine pandémie engendrée par notre appétit irraisonné de conquête et de consommation, notre inconscience collective à l’égard des autres espèces et des grands équilibres écologiques ?

Ou bien sauver l’esprit de la République, les valeurs de la démocratie, le sens de l’intérêt général et du bien commun à l’échelle planétaire ? Promouvoir la liberté et les droits humains pour tous les terriens ? Construire un monde pacifique et fraternel, face à une pandémie ultralibérale qui utilise un virus et la peur qu’il inspire pour imposer son Nouvel Ordre Mondial, cynique et totalitaire ? Au risque de mettre sa propre vie en danger pour défendre un Idéal plus élevé que la vie individuelle. Un Idéal qui n’est pas un mirage marketing big brotherien mais une réalité choisie, vécue et partagée.

Une réalité pour laquelle nos pères ont sacrifié leur vie par millions. En 1914, en 1939, et à d’autres moments de notre Histoire. Chaque fois que la menace de la tyrannie, intérieure ou extérieure, a justifié que le peuple s’insurge, que la nation se dresse comme un seul homme, avec ses dirigeants ou contre eux, afin de défendre ses droits, son territoire, sa culture et ses valeurs. Dans une optique humaniste et universaliste, et non pour se recroqueviller sur une « préférence nationale », une « nation » jalouse et étriquée, des privilèges de naissance, de race ou de caste.

« FAIRE NATION » ?… Chiche !

Et pourquoi pas, face à l’objective oppression que constitue ce régime autoritaire, cette « démocrature » mondiale qui ne s’avoue pas, qui promet de façon mensongère d’étendre la démocratie au monde entier pour mieux resserrer son étau sur des états-nations exsangues, et faire main basse sur leurs ressources, face à cette contamination de la République, de ses institutions et de son logiciel éthique par un virus qui la délite et l’asphyxie en promettant une liberté factice…

Pourquoi pas à nouveau tenter de… FAIRE RÉPUBLIQUE ?

Pourquoi pas oser enfin FAIRE HUMANITÉ ?

Comment la gauche a inventé « le musulman »

L’islamo-gauchisme n’a pas seulement idéalisé l’Islam, un Islam dont il ignore à peu près tout, il a littéralement inventé une nouvelle figure : « le musulman ».

Dans une société qu’ils avaient contribué à séculariser, reléguant le religieux dans les geôles de la « sphère privée », les islamo-gauchistes ont réinventé une sacralité en faisant de « l’Islam » une religion intouchable et du « musulman » un être paré de tous les attributs de la pureté. Mieux qu’un bon sauvage, une sorte d’humain entier que sa foi aurait préservé de toutes les corruptions du colonialisme, de la modernité et de la mondialisation.

Dans l’imaginaire de cette gauche égalitariste et anticolonialiste, pétrie de mauvaise conscience et de ressentiment introjecté, le « musulman » est en effet revêtu de toutes les vertus archétypiques de « l’homme de foi » : un modèle forgé justement selon les stéréotypes d’une catholicité policée revisitée.

Sa volonté de se préserver des pollutions d’une société démocratique décadente et de vivre en retrait sinon en autarcie en se gardant de toute perversion occidentale en fait un archétype de la sagesse, de la mesure, de la force de caractère et de la vertu, à une époque où la perte d’identité et le brouillage des repères nourrissent toutes les violences.

Les islamo-gauchistes, comme les progressistes, sont les fervents partisans du communautarisme. Bien qu’ils clament que tous les hommes sont égaux, ils pensent qu’ils le sont d’autant plus que chacun reste prudemment chez soi.

A une époque où il n’y a plus de sacralité partagée, il est d’autant plus aisé de sacraliser les différences. Or quand son propre rapport au sacré est perturbé parce qu’on demeure prisonnier de la mauvaise conscience, la seule issue est de projeter sur l’autre ce désir qu’on refoule.

Ainsi ce que cette gauche athée avait cru refouler dans les ténèbres obscurantistes – l’homme de foi, le croyant, le lien vécu avec une Transcendance – elle le fantasme de façon positive chez le « musulman ». Un « croyant » dont la foi et la vitalité primordiales n’auraient pas été corrompues par les perversions occidentales liées à l’avoir, au pouvoir et à la cupidité prédatrice.

Car chacun sait que dans l’imaginaire occidental, le « musulman », et plus largement « l’Orient », représentent le contraire du matérialisme, de l’individualisme, de la dénaturation scientiste : le détachement, la dilution de l’ego dans le Collectif, le lien avec la nature comme avec le spirituel. L’exact contraire de notre société décadente tout entière tournée vers la frénésie consumériste, la possession exclusive des richesses, l’individualisme forcené, la déconnexion d’avec la terre-mère et la perte du Sens.

« Le musulman » est donc le sous-produit de la mauvaise conscience occidentale. Un fantasme total qui opère à plein régime face à l’impossible retour aux origines spirituelles d’un Occident dont la simple évocation des « racines chrétiennes » devient un casus belli.

Ainsi ces pieuses femmes voilées qui errent dans les rues comme des fantômes sont fantasmées comme de vertueuses bonnes sœurs, la répression sexuelle en moins puisqu’elles sont aussi épouses et mères. Le port de cet accoutrement n’est aucunement la marque d’un « état sauvage », encore moins d’un étendard politique, mais celle d’une forme de civilité perdue, à la fois simple et naturelle. Et surtout égalitaire : le rêve des gauchistes. Elle s’oppose aux icônes classieuses et décadentes des femmes-fauves des magazines. Et à la customisation à outrance des corps et des apparences. Le voile, c’est la version 2.0 du col Mao.

Toute cette mythologie inversée est d’autant puissante qu’elle est inconsciente.

Fantasmé comme un être spirituel et civilisé, le « musulman » est donc incapable de toute violence. Puisque dans l’imaginaire « new age » des boomers occidentaux « Spiritualité = Peace & Love ».

Il y a du Pierre Rabhi chez tout musulman tel que le voit cette gauche nourrie de tiers-mondisme, d’antiracisme et d’écologie. Et donc tout discours qui prétend accoler la violence commise au nom d’Allah à l’Islam est forcément faux ou « ignorant » du « véritable » Islam : lequel n’est que spiritualité pacifique et amour du prochain.

En réalité, en inventant « le musulman », une gauche « humaniste » oublieuse de ses racines culturelles et spirituelles réinvente dans un avatar fantasmé la matrice chrétienne qui l’a longtemps nourrie et qu’elle avait cru bon de jeter aux oubliettes de l’Histoire au nom du Progrès. Dans une volonté idéaliste, œcuménique, irénique, totalement déconnectée du Réel.

Car bien évidemment ces fameux droits-de-l’homme, nos beaux idéaux de liberté, d’égalité et de fraternité, nos ronflants concepts de « mixité sociale » et de « vivre-ensemble », notre souci maniaque pour les plus faibles, les minorités opprimées, les femmes, les étrangers, comme nos plus grands principes, la démocratie, l’état de droit et même la laïcité, sont d’évidents sous-produits des valeurs christiques portées par les églises primitives et élevés au rang de principes politiques par les royaumes chrétiens, bien avant d’être sécularisées en principes universels.

« Le musulman » est donc, après « le pauvre », « le paysan » puis « l’ouvrier », l’ultime avatar de ces mécanismes de refoulement et de projection des antiennes chrétiennes. On ne peut pas comprendre vraiment l’islamo-gauchisme et sa fascination pour l’Islam si l’on s’en tient uniquement à une explication fondée sur le déplacement de la logique de lutte des classes et du combat révolutionnaire du prolétariat ouvrier au prolétariat musulman. Il y a aussi dans la fascination qu’exerce « le musulman » sur cette gauche marxiste orpheline de sa classe ouvrière quelque chose qui relève du messianisme retrouvé.

Comment expliquer sinon que ce soient les mêmes qui hier défendaient la laïcité contre les assauts du cléricalisme qui soient devenus aujourd’hui aussi aveugles face à une volonté prosélyte autrement plus offensive de la part de l’Islam politique ?

Il y a un vertige proprement « féminin » chez cette gauche à se soumettre à ces musulmans que leurs méchants aïeux colonialistes avaient soumis et « civilisés » près de deux siècles auparavant.

Zemmour n’a pas tout à fait tort quand il rapproche cette soumission contemporaine de la gauche à l’Islam d’une « féminisation » de la société occidentale. Il y aurait même beaucoup à dire sur l’érotisation de l’homme arabe dans les modèles forgés depuis une trentaine d’années par la publicité, la mode, le cinéma, la musique, le show biz, les séries télé.

Combien d’articles ont été écrits sur le rap et la mode « caillera » d’il y a 15 ou 25 ans ? Sur ces icônes testostéronées, body-buidées, surérotisées. Au muscle aussi saillant que le verbe. A l’arrogance haineuse, à l’identité jalouse et rebelle érigée contre une société injuste, impuissante et décadente.

L’Islam n’y est pas toujours clairement mis en avant, au moins est-il savamment suggéré dans ce mix de rébellion, d’insolence et de surenchère transgressive tant vanté par les amuseurs du P.A.F.

Il faut oser le dire : l’évocation du mythe du soldat djihadiste, ce criminel terroriste qui déflore la pureté d’un Islam « religion de paix et d’amour » tel que le fantasment les islamo-gauchistes n’est que l’envers négatif et nécessaire de l’idéalisation pacifiste du « musulman », icône de la brebis injustement opprimée au milieu du troupeau. Et cette évocation nourrie une charge érotique – inconsciente bien sûr – y compris chez ces zélateurs de l’islam qui sont les premiers à condamner le terrorisme islamiste comme un aberration en tous points contraire à leur cher Islam.

Le « bon musulman », comme autrefois le « bon chrétien » ne peut exister sans son corollaire sombre : le diable djihadiste. Tous deux sont du point de vue occidental deux figures symétriques d’une même projection du Bien et du Mal. Et d’un point de vue symbolique, deux figures de la masculinité ordonnées selon les codes contemporains du licite et de l’illicite, du social et de l’anarchique. A l’image d’une masculinité « civilisée » mais non désexualisée, celle du « bon musulman », répond celle d’une masculinité agressive, mortifère, destructive, en laquelle la pulsion sexuelle confine à la pulsion de mort, celle du « faux musulman » qui n’aurait retenu de l’Islam que sa face sombre, archaïque, immorale.

Il est impossible pour un islamo-gauchiste inconsciemment pétri de cet imaginaire de penser qu’un musulman lambda puisse être aussi un homme violent qui bat sa femme, un violeur qui abuse de celle-ci, un polygame, un homophobe qui harcèle et violente les homosexuels, qu’il puisse nourrir des croyances archaïques qui défient la science ou rester indifférent au sort d’un de ses semblables parce qu’il n’est pas musulman. Tous ces crimes ne peuvent qu’être le fait de ces « faux musulmans » dévoyés qui font dire au Coran le contraire de ce qu’il affirme et n’ont rien à voir avec l’Islam. Surtout « pas d’amalgame ! »

En conclusion, un « musulman » qui serait arriéré, brutal, violent ne serait pas un vrai musulman ! Car chacun sait que pour les islamo-gauchistes « l’Âge d’or de l’Islam » qui au passage n’a d’existence que celui du mythe, ne s’est jamais arrêté. L’Islam c’est même l’avenir de la civilisation : un messianisme émancipateur et égalitaire tellement plus exotique et authentique que l’original.

Sortir du féminicisme, version extrémiste du féminisme

Mis en avant

Dans un article paru aujourd’hui, Marianne revient sur le sujet très débattu des violences conjugales en posant une question évidente mais essentielle : « Violences conjugales : qui voudra voir que l’agresseur peut être une femme ? 

Agresseur – femme : un oxymore ?

Est-il si difficile d’admettre que la violence conjugale est une réalité qui ne concerne pas que les femmes ? Qu’elle n’est pas un phénomène univoque ?

La violence ne serait-elle qu’une spécificité masculine ? Les hommes, parce qu’ils seraient perçus comme « plus forts » que les femmes selon des critères physiques, ou « plus agressifs » selon des critères hormonaux ou psychiques, seraient-ils les seuls capables d’user de violence envers leur conjointe ?

Une femme n’est pas capable aussi de se montrer violente, de harceler un homme verbalement, physiquement, psychologiquement, ou sexuellement ?

Et si l’on va plus loin, n’existe-t-il pas au cœur du féminisme une forme d’hyperviolence manifeste et arbitraire, travestie en prétention justicière, égalitaire ou libertaire ?

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Nos croyances sexistes ont la vie dure ! Toujours cette fameuse différenciation sexuelle et physique, matrice de tous les stéréotypes ou croyances véhiculées depuis des lustres quant aux déterminismes comportementaux liés au sexe.

Nous sommes tellement conditionnés par les discours que le terme même de « violences conjugales » évoque immédiatement des violences infligées par un mari à sa femme : menaces, intimidations, humiliation, cris, coups et blessures, viols conjugaux, allant parfois jusqu’au meurtre – pardon, au « féminicide ».

Nous reviendrons sur le sens de l’imposition de ce néologisme…

Soyons très clairs : il n’y a nul lieu ici de relativiser, de minimiser, de prétendre occulter ou d’ironiser sur une réalité qui est un drame réel pour beaucoup trop de femmes. Un drame personnel pour les victimes elles-mêmes, mais aussi souvent pour leurs enfants et leur entourage. Un drame social et collectif pour une société incapable de les prévenir et d’y apporter des solutions efficaces.

La violence conjugale, et plus largement les violences faites aux femmes, sont une réalité statistique et juridique. Mais aussi un thème récurrent qui traverse depuis des générations les discours, les représentations, les schémas culturels et même politiques.

Cette violence est aujourd’hui partout commentée, condamnée, reproduite et mise en scène dans un très grand nombre de films, de romans, de talk-shows, de séries télé.

Un thème « social » souvent associé aux ravages de l’alcoolisme, du chômage, à la délinquance, aux frustrations personnelles, à des déséquilibres psychiques ou une « enfance malheureuse ». Mais aussi au fanatisme religieux, notamment musulman, qui en excuse et en préconise même l’usage d’une façon déclarée « licite », comme le viol conjugal.

Au 19e siècle, sous la plume d’écrivains comme Zola dans La Bête humaine, il était d’usage pour dépeindre la misère propre à cette classe dite « prolétarienne », de décrire avec les codes du roman naturaliste ces violences conjugales comme un fait coutumier, un phénomène social parmi d’autres, et de présenter cette violence comme un synecdoque ou une allégorie de la violence propre à toute la société.

Cette société injuste, « capitaliste et bourgeoise » fondée sur « l’oppression de l’homme par l’homme », selon la bonne vieille grille de lecture marxiste. Une violence sociale génératrice d’autres violences publiques ou privées.

Cependant ce n’est ni Marx ni la Révolution ni les utopies en vogue qui libéreront les femmes.

Ce sont les femmes elles-mêmes !

Le mouvement d’émancipation des femmes dans la société industrielle démarre en Europe à la fin du 19e siècle et se structure au début du 20e siècle.

Notamment après cette Grande guerre où les femmes auront joué un rôle essentiel, prenant en mains les rênes des nécessités domestiques, agricoles, économiques, politiques, pendant que les hommes étaient occupés à combattre au front. Pendant que ces « poilus » s’entretuaient pour pas grand-chose, leurs femmes prirent leur place, faisant tourner les fermes, les écoles, les dispensaires, les mairies, les ateliers, les usines, les administrations… pour que la vie continue.

Les très festives et permissives Années folles qui suivirent virent exploser le mouvement des suffragettes : les femmes britanniques, suivies de près par les sœurs américaines, n’entendirent plus cette fois se contenter de faire tourner la boutique pendant que leurs maris jouaient à la guerre. Elles exigèrent droits, à égalité avec les hommes, et le firent savoir haut et fort !

Un tremblement de terre. Une révolution. Dans cette société victorienne encore très corsetée, puritaine, où chaque lady se devait de rester à sa place, respecter son mari, bien élever ses enfants, être une mère attentive et dévouée et une épouse modèle.

En France il faudra tout de même attendre 1947 pour que les Françaises accèdent au droit de vote au suffrage universel. Et 1965 pour qu’elles aient le droit d’ouvrir un compte sans l’autorisation de leur mari.

Ces turbulentes années 1960/70 sonnèrent précisément le grand Réveil pour toutes les aspirations aux « Changement ». Elles marquèrent le tournant majeur pour les nombreuses revendications libertaires portées par une jeunesse rebelle aux cheveux longs, bercée par le rock, enivrée par de nouveaux rêves de liberté et des idéaux fleuris, parfumés de marijuana et irisés par le LSD.

Un grand bazar éclectique et bon enfant où venaient se brasser toutes les utopies. Et qui donna une conscience politique à une jeunesse de baby-boomers gâtés par la croissance économique et une société de consommation matérialiste dont ils contestaient pourtant ardemment les fondements. Une jeunesse non-conformiste, altruiste et désinvolte qui manifestait volontiers, et faisait beaucoup de bruit pour réclamer de nouveaux droits, proclamer la liberté sans limites et la paix universelle, en dénonçant cette absurde Guerre du Vietnam.

Parmi les causes humanistes qui ont le plus progressé durant cette décennie glorieuse qui marqua l’apothéose des gauchistes et des hippies de toutes tendances (1966-1974), il y a bien sûr les droits civiques pour les Afro-américains, ceux des « travailleurs » avec les accords de Grenelle, et surtout cette fameuse Révolution sexuelle, cette frénésie de plaisirs militant pour l’abolition de tous les interdits moraux liés au sexe. Une révolution des mœurs et de la sexualité favorisée par l’invention de la pilule contraceptive (1968), l’exploration des paradis artificiels et des substances désinhibitrices, et le triomphe des théories psychologiques et psychanalytiques prônant la liberté sexuelle absolue comme celles de Wilhelm Reich.

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Les minorités LGBT ont été parmi les premières à porter ces revendications sur la scène publique et politique aux côtés des féministes, forçant une majorité frileuse et moraliste à jeter leur regard sur ces réalités honteuses et refoulées.

Quant aux mouvements féministes, souvent alliés des mouvements défendant la cause homosexuelle, ils accèdent à partir de cette période à une visibilité politique et médiatique jusqu’alors inégalée.

Une véritable prise de conscience sur le rôle des femmes dans la société et les identités sexuelles se produisit alors, qui toucha toutes les femmes, mais aussi de nombreux hommes engagés à leurs côtés pour faire évoluer la société.

Mais le mouvement féministe qui défendait leur cause, porté ou relayé par de brillants intellectuels progressistes de renom, prit aussi un tournant idéologique et politique beaucoup plus « radical » à partir de cette période.

Il ne s’agissait plus alors simplement de revendiquer des droits à égalité avec les hommes, mais de mettre carrément à bas cette « société oppressive, bourgeoise et capitaliste » et « l’ordre patriarcal, machiste et hétérosexiste » sur lequel elle se fondait.

La lutte pour les droits des femmes s’inscrivait alors quasi immanquablement dans une perspective « révolutionnaire ». Dont l’objectif était de ruiner les fondements de la société, de l’ordre établi, de la morale et de la politique. D’abattre les « pouvoirs » conservateurs qui le maintenaient et organisaient la répression, afin de bâtir une nouvelle société idéale, plus libre, plus juste, plus égalitaire, plus humaine, dans un vaste mouvement d’émancipation global qui marquerait le triomphe de tous les opprimés contre leurs anciens oppresseurs.

Ce lyrisme romantique directement inspiré des mythes et de la dialectique marxistes, cette mythologie libertaire, cette rhétorique révolutionnaire, ce rêve émancipateur et cette épopée héroïque digne de la Sortie d’Egypte, ont été bien entendu exagérés, surjoués et reproduits à l’infini.

Les années 1980, beaucoup plus froides et cyniques, allaient marquer la fin de ce rêve « révolutionnaire ». Et le retour au réalisme pragmatique sur fond de crise économique. Avant cela, il était pratiquement impossible aux intellectuels et aux acteurs de la gauche révolutionnaire ou de progrès d’élaborer un discours social et politique qui s’affranchissent des canons idéologiques, politiques et rhétoriques imposés par la doxa freudo-marxiste.

Les droits des femmes et surtout leur place dans la société a considérablement évolué. Mais ces acquis n’ont cependant pas totalement évacué les prétentions « révolutionnaires » de certaines féministes.

Sauf que la révolution a depuis changé de visage, et le combat de forme.

Il a abandonné pour l’essentiel ses référents freudo-marxistes, trop démodés.

Encore qu’il en reste de sérieux vestiges et de curieuses résurgences dans ces réflexes discursifs propres à la rhétorique féministe. « Patriarcat », « sexisme » ou « hétérosexisme », « l’oppression masculine »… : autant de thèmes toujours actuels qui recouvrent des clichés idéologiques fondés comme toujours sur une vision caricaturale, manichéenne et hyper morale de la réalité : les bons d’un côté, les méchants de l’autre, les bourreaux d’un côté, les victimes de l’autre, etc…

Depuis les années 2000, ces clichés ont été acclimatés et édulcorés par la fameuse « théorie du genre ». Laquelle n’a jamais existé que dans les fantasmes des conservateurs hostiles aux progrès juridiques et sociétaux concernant les droits LGBT ou les avancées médicales en matière de procréation assistée.

En revanche les études de genre, principalement anglo-saxonnes, ont apporté un éclairage nouveau sur les réalités liées au genre. En permettant notamment de différencier sexe et genre. Et de distinguer les assignations culturelles, anthropologiques ou sociales liées aux stéréotypes de genre de l’appartenance personnelle à tel ou tel genre.

Les discours sur le genre tendent aujourd’hui de plus en plus à privilégier une compréhension selon une logique « constructiviste » du genre (masculin, féminin et autres genres intermédiaires comme neutre ou « non-binaire », trans, androgyne, queer…) plutôt que sur une logique « déterministe » selon laquelle chaque individu en fonction de son sexe de naissance (mâle ou femelle) est automatiquement déclaré « homme » ou « femme ». Avec toutes les assignations identitaires, psychiques, comportementales, culturelles, sociales attachées à chaque genre. Toute écart par rapport à ces modèles étant considérée comme anormal ou transgressif, et devant être réprimé.

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Cette évolution est d’une importance capitale et sans doute irréversible.

Car désormais le fait d’être un homme ou une femme n’est plus considéré comme un critère imprescriptible pour se conformer et se limiter à des rôles et des comportementaux sociaux, des stéréotypes et des attributions supposés relever de façon exclusive d’un genre ou de l’autre.

En d’autres termes les jeunes garçons n’ont pas à jouer aux mecs en se bagarrant, et les petites filles à rester bien sages en jouant à la poupée, pour correspondre à ce que leurs parents ou la société attend d’eux.

En outre il devient de plus en plus admissible que des personnes, pour des raisons multiples, ne se définissent pas par rapport à une vision dichotomique et segmentée du genre : homme vs. femme.

Ces réalités ont toujours existé mais pendant longtemps elles n’avaient pas été admises ni validées de façon positive dans les discours. Ceux qui s’écartaient de la norme en raison d’une sexualité ou d’un comportement jugé « déviant » (les homosexuels par exemple), ceux qui refusaient de se plier à des obligations sociales prescrites par leur appartenance au genre masculin (comme le fait de se faire réformer de service militaire) étaient montrés du doigt, raillés, voire persécutés.

Aujourd’hui un homme n’a pas besoin d’exhiber son phallus, de monter ses muscles, d’afficher ses conquêtes ou de vanter ses prouesses sexuelles, encore moins d’être une brute épaisse, un prédateur sexuel ou une star du ring pour prouver qu’il est un homme, « un vrai ».

Aujourd’hui les hommes ont le droit d’exprimer leurs émotions, leur sensibilité, leur fragilité, de s’occuper de leur bébé avec délicatesse, sans que l’on doute de leur virilité.

D’ailleurs la virilité, qui est une authentique qualité et même une vertu quand elle est bien comprise, n’a rien à voir avec des démonstrations de force, avec la vigueur sexuelle, ni même avec l’exhibition d’une barbe fournie comme substitut de masculinité, comme beaucoup de jeunes hommes se sentent obligés de la faire depuis une dizaine d’années.

La virilité, qui se définissait autrefois comme la vertu de l’homme mûr, dans la force de l’âge, mais aussi celui du soldat et du citoyen prêt à défendre son honneur et celui de l’empire, est aux antipodes de ce que beaucoup de sous-hommes frustrés s’imaginent.

La virilité en vérité, est une qualité « morale » (et politique).

Elle ne ressemble en rien à cette caricature grossière à laquelle s’attachent beaucoup d’hommes pour combler un déficit personnel de virilité ou d’estime de soi et qui se traduit par une exaspération forcée, exhibitionniste et narcissique des caractères physiques considérés comme « positifs » de la masculinité : musculature développée, force physique supérieure à la moyenne, insensibilité à la douleur, puissance agressive et conquérante, libido surdéveloppée, exhibition de signes extérieurs de pouvoir ou de richesse…

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Cette vertu morale qu’est la virilité peut se résumer à la capacité à faire face à toutes circonstances, à combattre l’adversité tout en restant juste et maître de soi.

Cette compréhension de la virilité a ses codes culturels et une histoire.

Dans la Grèce hellénistique, puis dans l’Empire romain, cette conception de la virilité au cœur de l’édification politique et sociale de la Cité, s’exprimait notamment dans les codes de la statuaire antique représentant des modèles masculins sous les traits de soldats, de champions, de gladiateurs, de héros mythologiques, de patriciens ou d’empereurs romains.

Ces représentations n’avaient pas pour objectif de montrer des hommes bien faits et virils en apparence, mais de laisser entrevoir au travers de ces modèles les qualités et les vertus morales qui fondent l’Idéal de l’homme viril et vertueux. En construisant un « type » physique constitué de formes, de représentations, de codes symboliques et esthétiques qui synthétisent et donnent à contempler ce qui est a priori impossible à figurer plastiquement et relève de l’essence plutôt que de l’apparence. Du fond plutôt que de la surface. De l’intériorité plutôt que de l’extériorité.

Ce qui est suggéré au travers de ces formes ce n’est pas les qualités objectives d’un guerrier ou d’un homme de pouvoir, mais les qualités morales et le caractère exemplaire du parfait citoyen de la République. Du patricien ou de l’empereur qui incarne les vertus romaines. Une vertu personnelle, collective et politique qui ordonne la société et fonde l’Etat. Et qui se caractérise souvent par l’éducation, l’aptitude à affronter l’adversité, à combattre pour défendre le rayonnement, les idéaux et l’honneur de l’empire ou de la patrie.

Mais aussi également une rigueur morale personnelle et comportementale centrée sur la maîtrise de soi.

Un homme vertueux et « viril », était celui qui savait maîtriser sa force, ses désirs, ses pulsions, ses appétits, ses passions. Et qui jamais ne se complaisait à y céder de façon excessive ou désordonnée. Que ce soit dans la débauche, l’avilissement physique, psychique ou moral, l’usage immodéré des plaisirs, le relâchement, l’intempérance, la paresse, la cupidité, la gourmandise, la forfaiture, les excès et bassesses en tous genres.

Un homme était celui qui en toutes circonstances pouvait rester maître de lui-même. Qui jamais ne se laissait déchoir de son rang et jamais ne défaillait à sa mission, à ses obligations politiques, militaires, morales et citoyennes. Démontrant ainsi qu’il était capable de diriger les autres, sa famille, son clan, sa cité, son armée ou son pays, avec une égale et constante vertu.

On retrouve à peu près le même schéma d’idéalisation des vertus dans la société féodale et chrétienne. Notamment dans le chevalerie, les codes d’allégeance et ceux de l’amour courtois. Un chevalier, même encore aujourd’hui dans le langage courant, n’est-il pas un homme qui sait bien se conduire de façon noble et courtoise avec les femmes, comme il sait se montrer vaillant au combat, juste et généreux envers les faibles et loyal avec son suzerain ?

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Si l’on extrapole cette vertu morale qui déterminent les traits de la « noblesse » non pas de sang mais d’esprit, cette conception de la virilité qui n’a rien de « sexiste » peut tout aussi bien être considérée comme une vertu dont peuvent également faire preuve beaucoup de femmes. Des femmes dont la force morale, la droiture, la capacité à se gouverner et à gouverner les apparentes à ces qualités a priori attribuées aux hommes. Sans pour autant que cela ne nuise à leur nature ni à leur féminité.

Une femme vertueuse selon ces canons éthiques appliqué à l’homme viril démontre un esprit viril, ferme et juste. Ce qui n’enlève rien nécessairement à sa sensibilité, sa douceur, son charme, toutes des qualités réputées féminines.
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Les femmes n’ont pas besoin de pasticher les hommes pour prouver leur légitimité à exercer le pouvoir. A s’habiller en tailleur et pantalon, voire cravate, pour jouer les business women, montant ainsi qu’elle ont pris la place de hommes.

Ce serait fétichiser et le pouvoir et les codes qui régissent les apparences extérieures de la fonction comme de la masculinité.

Hélas notre époque préfère les raccourcis et les schémas réducteurs aux nuances. Beaucoup s’y laissent malheureusement piéger.

Du côté des hommes en manque de virilité, se prétendent aujourd’hui « virils » tous ces petits caïds de banlieue rebelles et ridicules, immatures, vulgaires, misogynes, homophobes, arrogants et provocateurs. Des pervers narcissiques esclaves de leurs complexes permanents d’infériorité, et qui confondent arrogance et autorité, violence et force, intimidation et ascendant, obscénité et séduction. Des faux hommes, des « spécieux ridicules« , qui n’ont absolument aucune considération ni pour les autres ni pour une société qu’ils haïssent, parce qu’ils lui reprochent injustement de leur refuser cette reconnaissance qu’il mérite par le seul fait d’exister.

Les violences sexistes actuelles sont sans doute en grande partie le fruit de cette valorisation excessive par les médias et les bien-pensants d’une déshérence, d’une vacuité morale et d’une médiocrité arrogante érigées en modèle subversifs et en fausses vertus.

Cette perversion, cette inversion des valeurs, cette perversion des modèles de la virilité contaminent même les femmes. Et surtout les féministes les plus radicales qui s’en réapproprient inconsciemment la charge subversive et violente, par un phénomène réactif de confusion mimétique.

Il est ainsi très fréquent de voir ces féministes ultra, piégées par les stéréotypes qu’elles combattent et par leurs distorsions symboliques, mettre en scène leur hostilité viscérale à la gent masculine en s’appropriant ces stéréotypes et en les utilisant comme des armes lancées contre leurs oppresseurs déclarés.

Ce n’est plus le théâtre héroïque de « la guerre des sexes » de nos parents, c’est la tragédie pathétique et funeste de « la haine de l’autre ». Une tragédie qui traverse tous les clivages identitaires et communautaires, notamment des identités sexuelles ou de genre. Et qui transforme l’arène politique et médiatique en ring de catch.

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Un exemple particulièrement éloquent à ce sujet est la dramaturgie et la symbolique utilisées par les Femen.

Leur « uniforme » joue en effet sur une symbolique excessivement perverse et équivoque. Leurs seins dénudés (une signature) n’évoquent aucunement quoi que ce soit qui pourrait attiser désir. Ni correspondre à l’icône des seins dénudés de la « mère nourricière ».

Au contraire les seins et la poitrine projeté vers le regard comme une main qui agresse sont souvent lacérés de slogans peints en noir qui zèbrent le corps d’une façon agressive, admonitoire voire volontairement blasphématoire.

La nudité surexposée capte le regard et assigne à la provocation. Elle n’est pas « montrée », mais exhibée, projeté, jeté à la figure. Avec une charge de violence subversive calculée selon les lieux publics où elle d’affiche : rue, place, et même parfois certains lieux « sacrés » volontairement profanés : églises, temples, hauts lieux voués au culte de Dieu ou de la République…

Quant au reste de l’uniforme Femen, il est invariablement composé pour le bas du corps d’un pantalon noir, souvent un jean sombre, plus rarement un treillis ou une jupe uniforme noire assortie de bas noirs et de chaussures noires. Le tout accompagné de poses guerrières ou pastichant l’attitude dominatrice et flagellante des maîtresses dans les rituels sadomasos.

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La symbolique est évidente, soulignée par la mise en scène très théâtrale (cris et slogans ultra violents, attitude rebelle et agressive…) : transgression, provocation, admonition, violence, castration voire plagiat sataniste (comme le plagiat du film l’Exorciste avec crucifix plantés dans le vagin sur la Place Saint-Pierre de Rome pour protester contre la venue du pape à l’ONU…)

Cette dramaturgie n’est ni fortuite ni gratuite. Elle n’entend pas seulement choquer, provoquer et attirer l’attention forcer le regard mais délivrer un message.

Un message explicite peint sur la poitrine et hurler aux passants. Et un message implicite beaucoup plus subliminal.

Car cette exhibition militante n’a paradoxalement rien de ludique, de situationniste ni de sexuel.

Au contraire, ce qu’évoquent les manifestations Femen, c’est la répression la plus noire du sexe. Ces femmes sont exhibées volontairement comme celles que l’on traînait autrefois ligotées et seins nues sur des charrettes pour les conduire à l’échafaud. Comme ces furies sorties de l’enfer pour emporter les âmes impies.

La façon dont leur corps semble tourmenté, lacéré, profané, presque martyrisé évoque plus la souffrance et la violence que l’image d’une féminité heureuse, aimable et sereine. Encore moins hyper lascive.

Ces corps sont des corps de femmes, et pourtant ils paraissent souvent androgynes. Seuls les seins et la chevelure attestent que ce sont bien des femmes qui s’exhibent. Les hanches, l’abdomen et tout ce qui se rapporte au sexe de la femme dans ses rondeurs et ses cavités intimes est obéré, inexistant, noirci, absent.

Quant à leur attitude, elle est éminemment « phallique ».

Ces êtres hermaphrodites, fanatiques et démoniaques, semblent surjouer l’hybridation, la souffrance de ne pouvoir être soi. Celle d’une identité confisquée, ligaturée, accaparée. Sans doute par leurs propres discours dont elles deviennent les panneaux d’affichage et les porte-voix consentants.

Surjouée à l’excès semble être aussi cette violence brutale et irascible reprochée habituellement aux mâles ou à la société pour en produire un avatar monstrueux, incarné sur le mode de l’hystérie vengeresse.

Mais il y a plus que cette exhibition malsaine. Derrière ce fracas théâtral et provoquant, il y a une idéologie beaucoup plus insidieuse qu’on ne saurait considérer à la légère.

Une idéologie qui accapare autant les hommes que les femmes, pour en faire les marionnettes d’une tragédie éternelle, factice et désespérée. D’un combat démiurgique et primitif dont la haine est le seul moteur et la seule issue.

Cette idéologie qu’on peut nommer féminicisme est un avatar pervers et extrémiste du juste combat féministe.

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Un avatar d’autant plus injustifié et nocif qu’il tend à cannibaliser de façon totalitaire tout le mouvement féministe, et à kidnapper les femmes dans un chantage odieux du type « Avec nous ou contre nous ! »

Exactement comme les islamistes qui pour réaliser leur agenda opèrent un véritable kidnapping sur toute la « communauté » musulmane.

Cette idéologie qui n’est plus du tout libertaire ni égalitaire mais identitaire et totalitaire, est extrêmement pernicieuse. Pour les femmes, pour les hommes et pour la société.

Ceci est particulièrement flagrant avec la campagne démagogique et totalement instrumentalisée en 2018 sur le thème #balancetonporc.

L’outrance était évidente, qui prétendait vouloir faire croire que tous les hommes étaient peu ou prou des violeurs et des harceleurs en puissance. Que derrière chaque désir masculin pour une femme se cachait un porc lubrique sans aucune manière ou un loup sanguinaire.

Beaucoup de femmes dont beaucoup de féministes se sont heureusement élevées contre cette campagne. Elles ont été aussitôt insultées, traitées de « salopes », de « putes », de « collabos ». Simplement parce qu’elles avaient osé défendre le droit à la séduction. Et se sont opposées à une culpabilisation universelle des hommes allant jusqu’à la pénalisation du flirt ou de la galanterie.

Ces féminicistes castratrices n’ont que faire du féminisme ou des droits des femmes. Encore moins de la féminité. Ces discours militants ne sont tout au plus qu’une façade, un prétexte, une justification à leur haine. Ce qu’elles veulent c’est uniquement assouvir leur misandrie réactive, pathologique et meurtrière. Tuer tous ces sales mecs. Ou, si ce n’est pas possible, les castrer dès la naissance afin qu’ils ne puissent pas nuire aux femmes et à la société.

Un tel excès de haine relève évidemment de la pathologie psychiatrique. Et d’un sexisme radical qui s’ulcère à la seule idée que le sexe mâle puisse encore exister.

Qu’en est-il de l’avenir ?

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Aujourd’hui, entre les outrances machistes de Zemmour et celles hystériques des Femen, c’est à se demander s’il est encore possible en France de défendre sereinement des causes justes, sans sombrer dans l’exhibitionnisme et les manipulations hystériques, ces méthodes duplices et ces propos disproportionnés, qui au final desservent autant les femmes que les hommes.

Tout nous permet de douter que la complaisance politiquement correcte et clientéliste des politiques qui continuent d’aboyer avec « celles et ceux » qui crient le plus fort pour se donner bonne conscience, en perdant le sens des priorités et de la façon la plus efficace d’engager la responsabilité des politiques publiques, soit de nature à faire avancer les choses en faveur des femmes.

Encore moins à faire reculer les violences.

Qu’on songe à cette ridicule et démagogique « Grande cause national » consacrée aux « féminicides » l’an dernier.

Un sujet certes très important et qui mérite qu’on engage rapidement des moyens appropriés pour protéger, éduquer et prévenir. Mais surtout une mise en scène gratuite et même obscène qui joue plus sur les affects, le spectaculaire, la manipulation, la surenchère, et une culpabilisation victimaire permanente des hommes et de l’opinion, que sur une volonté sincère de résoudre efficacement le problème.

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D’ailleurs moins de 150 cas recensés par an, c’est certes 150 de trop, mais force est de reconnaitre honnêtement qu’il y a en France bien des tragédies, et des « causes » ô combien essentielles, qui mériteraient d’être promues au rang de « Grande cause nationale ».

Car le but de ce néologisme féminicide, de cette politique ultra agressive, de ce décompte quotidien obscène des morts, et des discours dogmatiques qui les accompagnent, c’est avant tout d’essentialiser les femmes dans un statut de « victimes par nature ».

Une femme, parce qu’elle est une femme, et parce que les hommes – ou « la société machiste, sexiste et patriarcale… » – sont ce qu’ils sont, sont toutes par essence des victimes.

Et les hommes, parce qu’ils ont un pénis et vénèrent leur phallus, sont tous par essence des bourreaux.

Ce sont irrémédiablement par essence des êtres lubriques, stupides, agressifs, violents, des flambeurs, des dragueurs, des emmerdeurs, des harceleurs, des violeurs et des assassins en puissance.

Une façon d’essentialiser des caractéristiques animales fort discutables sur le comportement des mammifères. Et de transformer cette éthologie de l’homo sexualis en une anthropologie universelle du masculin qui résume l’homme à ses pulsions sexuelles, reproductives et agressives.

Une façon d’évacuer toute forme de civilité ou de culture dans la gestion des comportements humains entre les hommes et mes femmes, et d’abolir ainsi des centaines de milliers d’année d’évolution de l’espèce humaine.

Une façon implicite de sous-entendre que seules les femmes auraient pu jouer dans l’Histoire humaine et dans nos sociétés contemporaines un rôle « civilisateur », en réprimant les pulsions agressives de l’espèce dont les mâles sont esclaves au bénéfice des qualités régulatrices et civilisatrices réputées abusivement « féminines ».

Un vieux thème ressassé par le mouvement féministe depuis les années 1960, fondée sur de vieilles rengaines obsessives accréditées par certains historiens, sociologues ou anthropologues féministes plus ou moins sincères et leurs théories sur la prise du pouvoir par les hommes dans les sociétés matriarcales transformées en sociétés patriarcales.

Avec tous les mythes et clichés habituels selon lesquels les sociétés matriarcales seraient plus pacifiques, moins violentes, plus proches et plus respectueuses de la nature, des autres espèces, plus égalitaires, moins individualistes et davantage tournées vers le collectif. Des sociétés qui valoriseraient une sexualité libre et non réprimée, seraient fondées sur une économie du partage et de la redistribution, seraient moins axées sur la rivalité, la compétition, la conquête, le pouvoir, et qui auraient développé des formes d’organisation et de transmission plus équitables, moins centrées sur la propriété, moins idéalistes. Des sociétés plus humaines en somme.

Avec en arrière-plan le mythe du « bon sauvage » et la fascination contemporaine pour les sociétés primitives qualifiées abusivement de « non-violentes », proche de la nature, à une époque ou l’écologie nourrit fantasmes, angoisses et culpabilités.

A l’inverse les sociétés dites patriarcales seraient dominées par des mâles grossiers et brutaux, jaloux et dominateurs, souvent polygames, considérant les femmes comme du simple bétail. Elles seraient davantage tournées vers la chasse, la conquête de nouveaux territoires, la guerre, la compétition, la technique, des systèmes politiques et organisationnels hiérarchiques, la sacralisation du pouvoir et de l’autorité, une justice plus arbitraire et impitoyable. Ces sociétés auraient tendance à réprimer, codifier et normaliser la sexualité selon des modèles et des coutumes strictes, à proscrire l’homosexualité et les « déviances ».

Elles se caractériseraient par des formes religieuses fondées sur la vénération de dieux masculins, tout-puissants, colériques et autoritaires, souvent associés aux forces célestes, cosmiques et telluriques comme le soleil, le tonnerre, la foudre, les volcans. Elles seraient tout entière organisé selon une symbolique « phallique », militaire, idéalisant la force brute, réprimant ce qui relève de l’intime, de l’émotionnel, du sensible et du sensuel, assimilés à des faiblesses féminines. Les hommes auraient tendance à préconiser une indifférence envers les plus faibles, les malades et les peuples jugés inférieurs. Etc, etc…

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Isis et Osiris

Bien entendu tout ceci n’est pas entièrement faux. Mais comporte une large part de subjectivité et d’arbitraire. La réalité est beaucoup plus complexe et continue que ces schémas à l’emporte-pièces. Surtout lorsqu’ils sont nourris de préjugés qui orientent le regard de ceux qui élaborent ces théories.

Les discours qui ordonnent et orientent ces modèles anthropologiques construits à partir du 20e siècle à propos des sociétés anciennes comportent à l’évidence une part d’idéalisme mais aussi de projections morales dictées par la mauvaise conscience de « l’homme blanc occidental hétérosexuel ».

Le pire c’est que beaucoup aujourd’hui croient encore honnêtement à tous ces stéréotypes comme des vérités sacrées et irrévocables. Des vérités qui sonnent d’autant plus justes sous la petite musique du « Progrès » que notre société semble de plus en plus obsédée par une surenchère moralisante et politiquement correcte sur le questionnement ses « stéréotypes de genre ».

Toutes ces spéculations et théorisations fondées sur cette thématique binaire et dialectique entre cultures patriarcales et matriciales est une formidable bévue et une impasse conceptuelle. Elles ne servent qu’à légitimer et renouveler des schémas anciens et dépassés où le monde serait segmenté et le mouvement de l’Histoire orienté selon des logiques d’organisation et de pouvoir calibrées à partir de critères de différenciation sexiste élargie au référents anthropologiques, structurels, institutionnels, politiques, économiques et culturels.

Cette ordonnancement de l’Histoire humaine est encore moins pertinente quand elle s’amalgame avec d’autres angoisses et préoccupations générales et des prospectives futurologiques sur la mondialisation ou l’écologie. Notamment par exemple avec ces théories américaines fondées sur le concept d’écoféminisme qui associe la conscience écologique planétaire à la redistribution des modèles et critères différenciatifs du féminin et du masculin, à l’articulation des valeurs et des rôles politiques respectifs incarnés par les hommes et les femmes dans les sociétés.

Derrière une apparence de renouvellement de la pensée, cette philosophie écoféministe n’est rien de moins qu’une projection de type idéaliste et sentimentalo-romantique sur fond d’angoisse écologique et d’une tentative supplémentaire d’essentialiser le combat féministe en le reliant aux questions environnementales. Et, d’un point de vue symbolique et spirituel, une volonté de revisiter des mythes archaïques ou plus contemporains et des archétypes symboliques associés à la « nature » (Terre Mère, Gaïa…) ou projetés sur une « Nature » idéalisée dont la genèse remonte pour sa partie occidentale aux conceptions philosophique et théologiques médiévales sur l’Ordre de la Nature, reflet d’un prétendu Ordre Divin.

519128-c-est-quoi-l-ecofeminisme-953x0-2En définitive l’écoféminisme n’a d’autre racine véritable que la culpabilité occidentale de l’homme blanc face aux ravages causés à son environnement par une frénésie de conquête, de soumission et d’exploitation, et la perturbation catastrophique des équilibres qui menacent la survie de l’espèce. Une façon de conjurer l’angoisse, de refréner les appétits « masculins » de conquête, et d’anticiper un retour de flamme de « la Nature » qui sonne comme une punition infligée par une une divinité courroucée à une humanité intempérante. Une façon de se réfugier gans le giron d’une « Nature » fantasmée comme bonne et nourricière en abdiquant toute prétention trop « masculine » à la dominer, et en renversant l’ordre symboliques des valeurs pour se conformer aux stéréotypes d’une sagesse « harmonieuse et pacifique » projetés sur le féminin.

Une partie de notre société adopte sans le dire ni le savoir ces stands écoféministes. A tel point que la conformité à tout stéréotype du masculin dans les formes, les codes sociaux ou les discours devient parfois immédiatement suspecte.

Un véritable tyrannie s’instaure, notamment depuis une ou deux décennies aux Etats-Unis, où plus aucun conflit, plus aucune friction ni vexation, et plus aucune suspicion de questionnement de critères personnels identitaires ou communautaire n’est toléré. Tout écart de langage ou de comportemental aussi minime soit-il, toute parole qui met en cause implicitement la qualité d’un individu, est aussitôt qualifié d’agressif ou de violent. Un seul terme résume cette hystérisation des relations : celui de micro-agression. Un concept qui est un peu l’enfant naturel de la violence des sociétés postmodernes ajoutée à la tyrannie du politiquement correct hypernormatif. Toute expression ou geste public, aussi banal soit-il, qui peut-être interprété comme une insinuation, une intimidation, une dénégation de critères identitaires, peut valoir à son auteur l’accusation de micro-agression.

Cette tendance à la répression constante des opinions, des affects, du langage produit une infinité de phénomènes réactifs et de décompensations sur le registre de la provocation, de l’exhibition, de la rebellion et de l’outrance. Lesquels renforcent cette angoisse et cette suspicion en retour.

S’agissant de modes d’affirmation identitaire propre à la masculinité, le simple fait pour un homme de cultiver son apparence, de mettre en scène des postures, des comportements ou des discours pour se valoriser en affichant une virilité décomplexée est immédiatement catalogué comme une forme de  « machisme ».

De même, dans certains milieux rigoristes, une femme qui fait étalage de sa beauté et de ses charmes ou construit son personnage en un intégrant des codes de la séduction peut aussitôt être taxée de « femme légère », de « salope » ou de « putain ». Alors que les médias et les couvertures de magazines surjouent en permanence les codes de la masculinité comme de la féminité, incitant hommes et femmes à se définir à partir de ces standards dictés par le marketing.

L’exemple le plus éloquent de répression de la féminité est évidemment symbolisé par le voile islamiste, qui oblige toutes les femmes à disparaître derrière un accoutrement qui dissimile les formes, la chevelure, une partie du visage et parfois le corps tout entier. La seule manière aux dires de certaines musulmanes des quartiers sensibles d’échapper à la prédation masculine. Mais aussi en dehors de toute question religieuse une façon d’assigner les femmes à un modèle comportemental sinon à un uniforme derrière lequel toute identité personnelle et sexuée disparaît.

Ainsi notre siècle offre un vertigineux paradoxe puisqu’il prétend émanciper les femmes, briser les assignations identitaires et sexistes, mais dans le même temps il jette occasionnellement la suspicion sur l’affichage de critères distinctifs évoquant des caractères forts du féminin ou du masculin.

C’est justement de cette confusion et de ces injonctions paradoxales dont il faudrait sortir.

Les femmes sont-elles plus libres aujourd’hui qu’hier ? Oui, évidement ! Mes hommes sont plus conscients et respectueux du statut des femmes dans notre sociétés postmoderne ? Encore oui dans leur écrasante majorité.

Reste la question de la régulation des violences dont les femmes font l’objet. Et celles dont certains sont aussi victimes de la part des femmes.

L’évolution historique de ces réalités est complexe et a connu des avancées comme des régressions. Le mythe du Progrès nous aveugle quand nous le plaquons sur une vision rétrospective des siècles passés et projetons nos angoisses sur un passé mythifié de façon positive ou négative.

En tout cas la place qu’occupaient réellement les femmes dans les sociétés antiques, médiévales durant la Renaissance, le Grand Siècle ou celui des Lumières n’a souvent rien à voir avec cette désopilante caricature d’une lente montée des ténèbres machistes vers la lumière féministe.

Rien que si l’on considère la France du Grand siècle à partir du règne de Louis XIV, les femmes y occupaient une place de premier rang et jouissaient d’un pouvoir considérable. La préciosité chère à Molière avait codifié jusqu’au paroxysme les usages de la société aristocratique et des salons mondains des belles marquises. Une invention aussi intelligente et raffinée que redoutable, qui permettait aux femmes les plus brillantes de tenir à distance leurs prétendants, de multiplier les codes et les rites de la séduction selon la Carte du tendre, et se mettre en scène dans un théâtre très privé et très prisé voué au bel esprit, à la galanterie, aux fastes et aux élégances de la Cour.

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Combien de favorites, de duchesses et de reines d’un soir rayonnaient ainsi en faisant tournoyer autour d’elles, dans leurs appartements pleins d’apparat, tout un aréopage de satellites masculins en pourpoint, perruque et jabot, au verbe flûté, au visage poudré, maquillés, emplumés, aux mimiques plus maniérées que des folles de music-hall ? Tout cela pour arracher un soupir à ces précieuses pas si ridicules que cela et ces femmes savantes.

Ce sont bien les femmes qui tenaient le pouvoir sur bien des points. Le roi s’en amusait. Elles en usaient parfois avec une jouissance et une cruauté sadique, aussi décomplexée qu’offerte au regard de tous.

On pourrait citer ainsi bien d’autres époques et d’autres lieux que Versailles où les femmes ont dicté leur loi à des hommes réduits à faire les singes pour espérer un jour parvenir à leurs fins.

Evidemment en comparaison notre époque est beaucoup plus trash.

La vulgarité, l’obscénité, l’arrogance, l’insolence, l’impertinence, la désinvolture, l’outrance, la provocation, la transgression, l’exhibitionnisme, le cynisme, la méchanceté gratuite, la fatuité, la vanité sont autant de « vertus » dont il faut savoir user si l’on veut se faire entendre, considérer et respecter. Pas de places les mous, les fades et les faibles !

Plutôt que de cataloguer tous les hommes (et parallèlement toutes les femmes) selon les canons du politiquement corrects et de s’entêter dans une surenchère culpabilisatrice, castratrice et moralisatrice, peut-être serait-il plus constructif de considérer que la recrudescence des violences infligées est un symptôme de dysfonctionnements structurels de nos sociétés.

Au lieu de justifier ces angoisses, ces ressentiments réactifs et la haine mimétique de certaines femmes envers les hommes alimentée par ces violences par des discours idéologiques et victimaires qui essentialisent la gent féminine comme une éternelle victime.

L’enjeu n’est pas comme le voudraient certaines salafistes d’émasculer physiquement ou symboliquement tous les mâles afin de conjurer dans l’espoir de conjurer définitivement ces dérives « machistes » et ces violences. Ni de réclamer vengeance en désignant des coupables dans tous les milieux où le pouvoir couvre d’objectives injustices voire des crimes comme le viol ou le harcèlement sexuel. Encore moins de jeter a priori le discrédit sur l’autorité du mari et du « père de famille » au seul motif qu’une infime proportion des hommes mariés se comportent comme d’authentiques goujats ou commettent des violences envers leur épouse.

Sans reconnaissance sereine et de honnête de l’existence d’une violence féminine spécifique incarnée par ces militantes ultra du « féminicisme », mais aussi par les violences conjugales commises par des femmes à l’égard de leur conjoint, symétriques sinon égales à celles des hommes violents, il est impossible d’opérer un rééquilibrage et de pacifier l’éternelle « guerre des sexes » qui envenime les relations interpersonnelles et sociales et contaminent les discours politiques, selon les logiques du rapport de forces, de la concurrence victimaire, de l’arbitrage des pouvoirs selon les schémas de domination-rébellion, autant de mécanismes qui alimentent le cycle infini de la violence.

C’est aux femmes autant qu’aux hommes de démontrer que nous vivons dans une époque civilisée et toujours civilisable. De prouver que chacun est capable de rencontrer l’autre, de respecter les écarts et les différences pour ce qu’elles ont de positivement structurant, sans inhiber la dynamique du désir, de rencontre et de la relation, et sans ignorer la nécessité de la limite comme fondement de la sémantique identitaire, amoureuse, conjugale, sociale, juridique et politique.

Mais aussi de ne pas céder aux injonctions de l’esprit du temps. A cette dictature morale de type totalitaire du politiquement correct. Une morale faite d’injonctions discursives et comportementales qui dénaturent la dynamique relationnelle, faussent l’expression et la considération envers toute forme d’altérité, figent les modèles de l’agir personnel et collectif selon une hypervalorisation de l’image, du paraître et de la norme. Et stimulent en retour toutes les déviations, toutes les décompensations, toutes les transgressions et tous les désordres.

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Il serait temps qu’hommes et femmes s’accordent non pas sur des comportements admis ou proscrits, tous également fondés sur la suspicion ou le rejet, mais sur une éthique commune de la dignité, du respect bienveillant de l’autre et de la coresponsabilité. Au lieu de rejeter indéfiniment la faute sur l’autre dans des processus de victimisation, de culpabilisation, de condamnation qui engendrent toujours plus de suspicion, plus de haine et plus de violence.

Il serait temps qu’hommes et femmes en conflit les uns envers les autres s’accordent sur la nécessité de conjurer leurs peurs réciproques par effort commun de reconnaissance, de pacification, d’apprivoisement et de rééducation mutuels, plutôt que de nourrir trop facilement des schémas réactifs de type misogyne ou misandre. Ou de nourrir les rapports de force, la guerre des sexes et la justification du désir de domination de l’autre.

Et pour cela, il faut impérativement sortir des schémas binaires, identitaires et sexistes. Des logiques qui conduisent à pérenniser artificiellement des stéréotypes sociaux et comportementaux fondés sur le genre associé au sexe, des stéréotypes aujourd’hui totalement démentis par les discours et les modèles dominants, mais aussi et surtout par l’évolution objective, historique, culturelle, sociale et anthropologique des sociétés postmodernes occidentales.

Les changements rapides imprimés par les évolutions sociétales liées à l’identité, aux différents types d’unions, de familles, à la sexualité, à la procréation, à la filiation, à la parentalité, à la responsabilité partagée ou fragmentée au sein de la société ont totalement bouleversé les arcanes traditionnels qui fixaient la norme des pouvoirs et de l’ordre établis. En assignant hommes et femmes à des identités, des rôles et des comportements précis.

La rapidité et la profondeur de ces changements affectent non seulement nos représentations culturelles sur le masculin et le féminin, Elles réveillent aussi des peurs archaïques sur l’être personnel et l’être social de chacune et de chacun. Les angoisses souvent inconscientes que ces bouleversements génèrent se traduise souvent par un retour du refoulé, par des crispations et des réactions agressives, une volonté de se réapproprier de façon outrancière ou falsifiée une identité, une légitimité, un statut sources de pouvoir et d’autorité qui paraissent perdus.

Les hommes sont autant sinon plus en crise aujourd’hui que les femmes avant d’accéder à leur émancipation. Les modèles traditionnels du masculin sont désavoués et donc la plupart du temps surjoués par bon nombres d’adolescents pour satisfaire un désir d’affirmation égotique et sociale.

Face aux revendications du féminisme émerge une forme symétrique toute aussi idéologique, sociale et politique de masculinisme, notamment aux Etats-Unis. Un mouvement qui vise à compenser les effets dévastateurs sur les hommes des excès du féminisme. Un effort de reconstruction et de réappropriation identitaire collectif au travers notamment de « groupes d’hommes » destinés à stimuler la confiance en soi, le sentiment d’appartenance à une même fratrie et guérir les blessures narcissiques infligées aux hommes par l’agressivité et la culpabilisation féministes de leurs mères, de leurs sœurs ou de leurs conjointes.

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Ce mouvement tend à promouvoir une forme d’homophilie réparatrice destinée à compenser le manque de proximité amicale, sensuelle et affective éprouvée au contact intime mais non sexuel avec d’autres hommes. Une façon d’intégrer, d’accepter et de vivre une sensibilité et une émotivité que beaucoup d’hommes se refusent ou se voient refuser, sinon en devenant le jouet de femmes perverses qui cherchent à les déviriliser ou les manipuler.

Parallèlement, les hommes en quête d’eux-mêmes réapprennent les vertus du défi, de l’audace, du courage, la maîtrise de la force physique, de la compétition, de la combativité, de l’endurance, de la réussite, de la fierté, sinon d’une certaine forme positive d’agressivité, autant de vertus masculines qu’ils s’étaient habitués à refouler ou réprimer et réapprennent à vivre de façon honorable et positive. Une façon de s’émanciper des injonctions contemporaines dévirilisantes liées aux « persécutions » féministes, aux discours culpabilisants identifiant la violence à la masculinité, au brouillage des genres, et à une certaine forme consciente ou insidieuse de féminisation des hommes.

Au final, les violences que l’on désigne uniquement comme des crimes appelant sentence collective et justice impartiale sont bien plus des stigmates d’une société en souffrance et d’individus qui peinent à remodeler leurs repères.

Plutôt qu’une volonté impitoyable de traquer en chaque homme ou en chaque femme les signes d’une violence plaquée par les projections victimaires, il serait bien plus juste et efficace de cultiver l’indulgence, la bienveillance, la patience, la modération. Autant de vertus personnelles mais aussi culturelles et sociales qui relève d’une forme d’amour et de pardon.

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Hommes et femmes sont blessés. Inutile de tirer sur un cortège d’ambulances. A nous de réparer, de faire preuve de vigilance mais aussi de magnanimité. De renoncer à condamner en bloc l’autre sexe à cause de comportements isolés et de crimes qui doivent être prévus et sanctionnés.

Ne nous identifions pas à ce désir, juste a priori, de justice. Un désir qui au lieu d’apporter la paix peut nourrir la guerre, le désordre et les violences de tous ordres. Car si ce désir traduit un amour bon et légitime pour soi-même, il ne peut y avoir de justice qui ait de vraie valeur sans l’exercice parallèle d’une certaine miséricorde.

Sans elle, individus et sociétés se condamnent à répéter sempiternellement le cycle meurtrier de la violence, pour finir un jour par s’autodétruire.

Mélenchon, le crépuscule d’un ambitieux

Mis en avant

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Autopsie d’un ténia politique, réduit à cureter les égouts de l’islamisme, du racisme, de l’antisémitisme et du complotisme pour faire croire encore à son existence.

Depuis 25 ans qu’il pavoise comme un cador de la politique dissident du PS, qu’on lui prête des qualités de « tribun », de « rebelle », d’« esprit libre », Mélenchon a dû en décevoir plus d’un qui s’étaient laissé piéger par ses harangues populistes et antisystème.

L’homme est intelligent, érudit, fin politique, opportuniste, bon orateur. Mais son orgueil himalayesque aura eu raison de lui.

S’il quitte le PS en 2002 c’est parce que ses camarades n’auront pas su reconnaître son « génie ». Il se jure alors de leur faire rendre gorge et de dynamiter ce parti falot, ramolli par le pouvoir, et vendu aux sirènes du libéralisme.

Lors des présidentielles de 2012 il gagne ses galons de tribun de la politique, mais n’atteint pas un score digne d’un destin national.

Le vent tourne en 2017 avec la candidature de la marionnette très libérale du système Emmanuel Macron. Un OVNI sans aucune réelle expérience politique, propulsée en cinq années seulement au sommet de l’Etat après une carrière de directeur associé chez Rothschild et une rampe de lancement comme conseiller spécial de Hollande chargé de piloter le logiciel économique du navire France.

Le PS est alors en pleine déconfiture. Valls échouant aux primaires, la droite du parti se rue chez Macron. Benoit Hamon remporte la primaire mais ne rassemble autour de lui que ce qu’il reste de réformateurs, quelques écolos égarés et des apparatchiks qui n’ont nulle part où se reconvertir.

Fiasco annoncé pour la gauche. Victoire un temps annoncé pour la droite et son champion François Fillon, vite rattrapé par le cyclone des affaires. Un boulevard s’ouvre pour Macron. Avec, dans le rôle du repoussoir utile, une Marine Le Pen chouchoutée par les médias et qu’on s’empresse de propulser au second tour.

Reste la carte, ardue mais jouable, de la gauche radicale incarnée par Méluche et ses Insoumis. Une autre manière de partir à l’assaut de la macronie, de l’Europe de la finance et des lobbies, et du système mondialiste, en agitant le hochet du Frexit sans toutefois tomber dans les travers nationalistes et xénophobes du FN.

Et Méluche de grimper dans les sondages. Allant même jusqu’à devenir poli avec les journalistes, qui le flattent en lui prédisant une ouverture possible pour le second round de ces présidentielles.

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Méluche exulte, boit du petit lait, se voit déjà en challenger de Macron, se paye le luxe de chambouler les cartes d’un scénario écrit longtemps à l’avance par les mécènes de ce gamin zozotant.

Le grain de sable que sauront exploiter les stratèges du chouchou des médias, c’est l’orgueil incommensurable de Mélenchon et sa rivalité irréductible avec Hamon.

Peu les séparent, sur le papier ils pourraient s’entendre, mais ils ne parviendront jamais à se mettre d’accord, l’un devant nécessairement s’effacer devant l’autre. Or faute d’un accord entre le candidat du PS et celui de LFI, aucune chance pour la gauche de conserver l’Elysée.

Hamon sans doute insuffisamment préparé fait une campagne déplorable et s’effondre vite dans les sondages. Mélenchon quant à lui ne parvient pas à transformer l’essai.

Le soir du premier tour signe pour lui un échec cuisant, même si l’on pouvait s’y attendre. Pas de ticket pour le second tour !

Pire, il se retrouve 4e derrière Macron et Le Pen, mais aussi Fillon.

Sa déclaration télévisée après les sondages sortie des urnes qui le donnent largement battu laisse transparaître une aigreur indicible.

A partir de ce moment, Mélenchon n’aura de cesse de cultiver sa rancœur. Et commencera une lente descente aux enfers d’où il ne se relèvera plus.

L’échec aux présidentielles n’est pas encore digéré que les affaires lui tombent sur le nez. Une épreuve supplémentaire qu’il interprétera évidemment comme un complot politique contre son génie. Lui qui est le seul à pouvoir représenter le peuple. Quand on veut se débarrasser de quelqu’un c’est qu’il est gênant, donc qu’il compte.

Dans ces conditions, impossible de se positionner comme leader de l’opposition à Emmanuel Macron, ce dont il aurait rêvé. D’ailleurs l’opposition, il n’y en a plus : les partis traditionnels de gauche comme de droite sont en lambeaux, siphonnés par LREM ou dynamités par la vague de dégagisme des dernières législatives dans la foulée des présidentielles de 2017.

Le seul arbitre désormais, c’est la rue. Notamment ce mouvement des irréductibles Gilets jaunes, que La France Insoumise, tout comme le Rassemblement National, n’auront de cesse de vouloir récupérer.

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« La République, c’est moi ! » C’est par cette tautologie sidérante que le tribun de gauche qui n’est déjà plus que l’ombre ou la caricature sinistre de lui-même tentera une ultime ruade en octobre 2018 contre un réel qui s’obstine à le pousser vers une condamnation judiciaire certaine et bien humiliante.

La France Insoumise et son leader décrédibilisés, le parti essaiera bien de mettre en avant d’autres personnalités, comme Alexis Corbière ou Jean-François Ruffin. Mais la débandade est entérinée. Déjà des voix s’élèvent en interne contre le patron qu’on juge tyrannique et à qui l’on attribue la responsabilité des mauvais scores du parti dans les sondages puis aux européennes.

Mais Mélenchon n’en démord pas. La France Insoumise, c’est lui ! La gauche c’est lui ! Le peuple, c’est lui ! La République, c’est lui ! La France, c’est lui !

Sauf que plus personne n’en veut.

De dégringolade en dégringolade, le vieil homme aigri tentera de s’accrocher aux seules branches qui lui offrent encore un appui. Au risque de se saborder politiquement et de virer dans l’abjection la plus totale.

D’abord en faisant le choix conscient et délibéré de trahir ses propres valeurs républicaines, laïques et antifascistes en pactisant avec les islamistes.

Contrairement à certains égarés de l’extrême gauche qui ont sombré dans l’islamo-gauchisme par idéalisme et désarroi une fois la classe ouvrière disparue, qui ont cru voir dans les musulmans et les immigrés le nouveau prolétariat, et dans l’Islam politique un nouvel adversaire crédible contre le capitalisme, Mélenchon a agi selon un calcul des plus froids et cyniques.

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La gauche sociale-libérale l’ayant trahi, le peuple l’aillant dédaigné, voici qu’il trouve en la personne des minorités musulmanes endoctrinées par les islamistes et ces islamo-gauchistes qui les soutiennent une nouvelle clientèle politique.

N’ayant plus rien à perdre sinon un semblant de morale, Mélenchon est donc allé se prostituer aux pires ennemis de la République. Lui qui n’avait jamais voulu s’allier avec le Front National en réalisant l’union des populistes de droite et de gauche, choisit bien pire que Marine Le Pen. Une clique d’extrémistes de droite islamistes, dont le but avoué est la conquête inexorable du pouvoir, la destruction de la démocratie et le remplacement de la République par un régime théocratique et totalitaire.

C’est un peu comme si Maurice Thorez avait fait alliance avec les Waffen SS pour s’assurer une survie politique.

Mais cela n’étouffe nullement Jean-Luc Mélenchon. Pas plus que manifester aux côtés des prêcheurs de haine salafistes, de ces imams et ces idéologues de l’Islam politique qui justifient le viol et les violences conjugales, font hurler « Allahu Akbar ! » à la foule dans les rues de Paris, en osant prétendre que ce sont les journalistes qui ont transformé cette expression religieuse en cri de guerre, qui distribuent des étoiles jaunes aux manifestants et osent comparer les musulmans français d’aujourd’hui aux Juifs durant l’Occupation…

A voir son sourire réjoui aux côtés de ces « mamans voilées » on devine même que le tribun fatigué s’est trouvé un nouveau « peuple » à défendre.

Mélenchon apparaît du coup pour ce qu’il a toujours été : un menteur et un manipulateur, qui méprise sans doute davantage le peuple que tous les autres politicards réunis. Un peuple qui ne l’a jamais intéressé, comme tous ceux qui prétendent parler en son nom. Et qu’il a toujours méprisamment appelé « les gens », en prenant des postures populos dans ses costumes Mao.

L’ultime éructation de haine de ce fourbe à l’agonie aura été cette saillie aussi odieuse qu’inattendue à propos des Juifs du CRIF qui seraient responsables de la déconfiture du Labour aux dernières élections britanniques.

Si Mélenchon a fini de s’accomplir, c’est donc dans l’ignoble. Après l’imposture et le mensonge, l’orgueil mythomaniaque et paranoïaque, l’alliance contre-nature avec l’extrême droite islamiste, sa seule façon d’attirer encore quelques oreilles, c’est de se vautrer dans la boue des caniveaux antisémites, révisionnistes, racistes et complotistes.

Tel Voldemort à la fin de Harry Potter qui meurt en se consumant lentement dans sa propre haine, Mélenchon nous offre ce spectacle pitoyable d’une baudruche bouffie d’elle-même, et qui dans un ultime soupir de haine exhale son vomi le plus fétide.

A l’image de ces matadors révolutionnaires à l’origine des pires dictatures latinos et qui furent ses modèles, Mélenchon qui n’en aura été que la caricature bouffonne finit ainsi délaissé de tous, y compris de ceux qui l’avaient un temps suivi ou s’étaient laissé abuser par sa faconde.

En mai, fais ce qu’il leur plaît ! – Macron, mai 68 et les bobos

Etudiant lançant des pavés lors des manifestations étudiantes le 25 mai 1968 dans le Quartier latin à Paris

On fêtera bientôt les 50 ans de mai 68.

Vous vous rendez compte ?

Le Président Macron, c’est le moins que l’on puisse dire, a d’autres priorités à son agenda et semble peu pressé de fêter l’événement.

Plus à l’aise dans les salons parisiens qu’avec les symboles de la gauche populaire.

Plus en phase avec le très politiquement correct « esprit du 11 janvier » qui reflète bien l‘atmosphère anémiée du moment qu’avec la Grande Récré des enfants du baby-boom, le souffle révolutionnaire des barricades et ce genre de commémorations un peu casse-gueule.

Pas de risques, pas de vagues, et surtout pas question de donner une caution à la rue.

Et gare à ceux qui contreviendraient au devoir de réserve : ils seront sévèrement sanctionnés !

Après le temps des cerises, le temps des prunes.

Pas d’artistes du moment, de stars ni de people conviés pour scénariser ce Cinquantenaire. Comme au temps des grand-messes mitterrandiennes qui avaient élevé le fameux « Bicentenaire » au rang de rite planétaire.

Même pas un entrefilet dans la presse pour rappeler que cela fera 50 ans dans trois mois que quelques étudiants chevelus de la Sorbonne et de Nanterre emmenés par un rouquin très agité déclenchaient toute une série de grèves et de manifs qui allaient mettre la France cul par-dessus tête et faire chanceler le régime gaulliste.

Aurait-on à ce point changé d’époque ? Que plus personne ne semble s’en préoccuper ?

Certes, la Génération Macron ou celle d’En Marche ! n’a rien à voir avec celle des bobos (bourgeois bohêmes).

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Les jeunes quadras d’aujourd’hui, à peine dépucelés de leur virginité politique à la faveur d’un fin stratège qui a dynamité tout l’échiquier, n’ont ni les référents ni les aspirations de leurs aînés, abîmés dans le confort et « l’esprit Canal ».

Cette génération au seuil de la quarantaine à laquelle appartient Emmanuel Macron, et que les sociologues du marketing appellent les momos (mobiles moraux), ont grandi dans les années 1990 : ils n’ont connu que la crise, le chômage et un marché du travail tendu. Ils ont dû sacrifier à de longues études, apprendre à s’adapter aux contraintes économiques, accepter d’être hyper mobiles et réactifs pour changer souvent de métier, de secteur, voire de pays au cours de leur carrière.

Serge July, Emmanuel Macron et Mark Zuckerberg, icônes des générations « bobo », « momo » et « yoyo »

Ces braves petits soldats de la mondialisation obéissants et angoissés ne partagent absolument pas les rêves et les luttes rebelles de leurs parents les bobos.

Autant les bobos sont volontiers décalés, frondeurs, rebelles et contestataires – du moins dans la posture – autant leurs enfants les momos sont hypernormés, et à fond dans le Système !

Autant les baby-boomers ont rêvé d’un autre monde où la terre serait ronde, d’être réalistes en demandant l’impossible, de réinventer la société et de changer la vie, autant les momos sont de véritables gardiens zélés du Temple ultralibéral et « progressiste ». Prêts à dénoncer tout dérapage verbal, tout écart de comportement ou de langage qui risquerait d’écorner la Pensée unique et de dévier un tant soit peu de la ligne orthodoxe imposée par le politiquement correct.

Quant à la génération suivante, celle des yoyos (young yobs : jeunes loubards) qui composent une bonne partie de l’équipe Macron, ces trentenaires malins comme des bonobos et opportunistes comme par deux, ils n’en ont strictement rien à cirer des discours des élites et des politiques.

A eux on ne la fait plus ! On leur a tellement bourré le mou avec des discours moralisateurs, culpabilisateurs et anxiogènes, avec ces vieilles rengaines humanistes, droits-de-l’hommistes, libertaristes, égalitaristes, communautaristes ou féministes, qu’ils s’en moquent avec une effronterie aussi calculée que jubilatoire.

Ils se servent de tout, détournent tout, customisent tout, n’ont aucune morale, aucun scrupule et aucune préoccupation, sinon de saisir les opportunités à leur portée, et d’utiliser les failles du système à leur avantage. Pour s’en sortir, pour réussir, gagner de d’argent ou pour aider leurs potes.

Ils ne cherchent ni à flamber comme les bobos ni à placer leurs économies en s’angoissant à propos de l’avenir et de leurs gosses qu’ils n’ont pas encore comme les momos.

Eventuellement ils réalisent à l’occasion de juteux placements boursiers dans quelque startup, aussitôt réinvestis dans des achats dictés par leur fantaisie du moment.

Ce sont des jouisseurs, des opportunistes, des pragmatiques, qui n’en font toujours qu’à leur tête. Qui vivent l’instant présent et se moquent éperdument que le monde puisse s’écrouler autour d’eux, sinon pour kiffer sa race sur leur console de jeux.

Ils vivent en tribus, et en changent comme de paires de Nike.

Ils sont à fond dans les nouvelles technologies, car ils ont grandi avec une Gameboy entre les mains, surfent sur internet dès leur plus jeune âge, et en maîtrisent tous les rouages.

Ils anticipent sinon inventent eux-mêmes les modes et les nouveaux courants, plus pour s’amuser ou par opportunisme que par snobisme.

Ces yoyos ne sont pas ceux qu’on entend le plus dans le staff Macron. Sinon au travers de ce pragmatisme très réactif et sans réelles convictions sauf pour flatter la galerie. L‘esprit momo tient encore le haut du pavé, pour la vitrine du moins.

Ces deux générations sont les enfants de la mondialisation.

Mais ils ne fantasment pas comme leurs aînés sur un universalisme très idéaliste et politisé en prétendant bousculer l’ordre établi. L’ordre ou le désordre, ils s’en tapent.

L’ordre et les règles ils savent parfaitement les contourner. Et le désordre leur permet de tirer leurs biles au milieu de la confusion.

Si les momos sont à fond dans l’humanitaire, les yoyos s’en foutent royalement, sinon quand ça les touche directement ou pour faire mine de plaire à leurs grands-frères.

Pour les momos comme pour les yoyos, Mai 68 c’est comme la bataille de Marignan : un truc appris dans les livres d’Histoire.

Ou éventuellement un refrain barbant dont leurs parents les ont suffisamment bassinés pour qu’ils en ignorent la teneur.

Les momos regardent leurs vieux comme des pauvres ados rêveurs abîmés dans des glorioles pitoyables et leurs souvenirs de fac. En leur confiant à l’occasion la garde du petit dernier sagement endormi dans son landau connecté signé Stark ou Pinifarina.

Les yoyos quant à eux observent ces vieux darons avec amusement et respect, parce que quand même, Mai 68 ça devait être un sacré kif !

Mais ils en parlent comme d’un truc de ouf, exactement comme ils s’excitent sur le méga set de leur DJ favori dans le prochain festival électro.

Bobos et yoyos sont souvent potes.

Les premiers offrent aux seconds une conscience par procuration. Et les seconds permettent aux premiers de ne pas devenir gâteux en les initiant au vertige néo-psychédélique des réalités augmentées.

Globalement on est aujourd’hui en France aux antipodes des lendemains qui chantent.

Des couplets maoïstes, trotskistes ou castristes lancés depuis la tribune ou vomis sur les CRS-SS.

On est bien loin des expérimentations loufoques, de la révolution sexuelle, de la musique de Pink Floyd, des Doors, du pop art, des chemises à fleurs, des colliers hippies, de l’encens, de Woodstock, du LSD, des partouzes géantes et des slogans comme « Il est interdit d’interdire »…

Même si, la nostalgie aidant et la mode rétro 70s ou 90s des années 2010 faisant loi, on revisite ces icônes de la génération hippie.

Pour le reste, ça fait plusieurs décennies que c’est Back to reality!

Et pour les plus téméraires, un rail de coke, volume à fond, binge drinking et baise à tout va jusqu’au prochain after.

Mai 68, c’est au mieux un mythe sympa, au pire un truc ringard de musée.

Les bobos ont du mal à en démordre, mais on a changé de siècle.

Les crises économiques, la chute du Mur de Berlin, le 11 septembre, internet et Twitter sont passés par là.

Les idéologies qui ont bercé leur jeunesse ont été remisées sur les étagères de l’Histoire.


Leurs idoles, Marx, le Che ou Sartre, n’ont même pas leur statue au Musée Grévin.

Ceux qui ont portées ces années du Changement se sont recyclés pour les plus chanceux dans le journalisme ou la politique (mais ils ont été balayés par le tsunami En Marche ! ou sont devenus de sages courtisans du Prince…).

Ils bossent et parfois ont fait fortune dans l’écologie, l’économie verte ou le numérique, le multimédia, le marché de l’art moderne, le business du bio, du bien-être ou du développement personnel.

Et pour les plus largués, le Grand Soir se résume le plus souvent à croupir dans une ONG en attendant la ménopause du cadre, à tenter de reconstruire un château de sable en pleurant sur les ruines du PS, à publier des compiles rééditant les tubes de leurs groupes fétiches, ou bien à faire le guignol dans les talk-shows le samedi soir pour les nunuches engagées qui prétendent avoir une conscience et qui lisent Philo Magazine.

Quant aux plus endurcis, nombreux sont ceux ont pas finis fauchés par le sida, une overdose, un infarctus ou un cancer, ecstasiés et pesant 30 ans kilos sur une plage de Goa, ou carrément suicidés, soit à cause de leurs excès de sexe et de drogues qui leur ont ravagé la capsule, soit parce que leurs doux rêves se sont fracassés sur le roc des flamboyantes mais austères années 80.

Les rescapés ont quitté les radars et vivent planqués dans leur salon germanopratin, ou toujours scotchés dans leur ashram en Inde, une communauté new age ou une ferme dans les Cévennes.

Alors, faut-il ou non fêter Mai 68 ?

Si c’est pour ressortir les vieux gimmicks, sûrement pas !

Qui plus est, l’aspect politique et contestataire de cette ultime « révolution » n’est pas forcément bon à titiller.

Une bonne grève générale pour faire barrage à la Loi Travail est justement ce qu’a soigneusement voulu éviter le Président Macron, fort de son expérience d’éminence grise puis de ministre du quinquennat Hollande et des fameuses Nuits debout qui s’en suivirent.

Aujourd’hui tout le monde est rentré dans le rang. Et beaucoup s’extasient toujours devant ce jeune président si nouveau, si intelligent, si bien élevé, si propre sur lui, si posé, si courtois avec les femmes et si sympathique.

Les Français ont troqué un excité narcissique et corrompu, suivi d’un gros balourd qui les a roulés dans la farine sitôt élu en s’asseyant sur ses promesses socialistes, contre une sorte de Prime Minister brittanique, au style très monarchique, bon teint, sage et moderne. Et totalement à la solde des molochs américains et européens. Un peu comme Tony Blair.

Alors le Général à côté c’est Che Guevara !…

L’esprit et les valeurs libertaires de Mai 68 ont depuis l’ère Mitterrand totalement imprégné la société, ses modèles et ses discours.

Au point qu’on n’en a même plus conscience.

Même Sarko a été présenté récemment par certains commentateurs comme un héritier de l’Après-Mai 68. Qu’il avait pourtant combattu.

Sauf qu’aujourd’hui, voir des filles à poil à 18 heures à la télé comme au bon vieux temps des Coco girls du Collaro Show c’est totalement impensable !

De nos jours les normes sont bien verrouillées. Et quiconque s’en écarte risque le pilori médiatique dans la seconde qui suit, voire un procès ou le zonzon s’il refuse de faire repentance et continue d’alimenter le scandale.

On peut sacrifier à tous les écarts, toutes les perversions, toutes les outrances, tous les excès et tous les délires, du moment qu’ils sont soigneusement répertoriés et labélisés.

Pour le reste, si l’on s’écarte un tant soit peu de la Pensée unique, on est aussitôt taxé au mieux de « complotiste », au pire de « terroriste ».

Alors faire la révolution, vous n’y pensez pas !

Nos contemporains sont frileux, formatés, lobotomisés, partagent des indignations téléguidées et à géométrie variable.

L’indignation réflexe est une posture obligée si l’on veut s’afficher comme un bon citoyen équipé d’une conscience éthique.

Mais le libre arbitre et l’esprit critique – le vrai – ou la contestation de l’ordre établi au nom d’un Idéal ou d’un projet alternatif de société sont des crimes de lèse-conformisme inadmissibles en « démocrassie » !

Alors on se contente de faire semblant d’être un rebelle. On s’agite et l’on s’offusque aussitôt que son voisin fait un pet de travers. On monte des kabbales hystériques sur Facebook pour des boulettes. Et c’est ce cirque burlesque et grandiloquent qui constitue l’Alpha et l’Oméga des moutons de panurge.

Dont les neurones sont totalement grippés par leur flip incessant, soigneusement monté en neige par les médias à propos du terrorisme, de la vache folle ou de la bombinette nord-coréenne.

Pourtant, il serait urgent de réapprendre à rêver.

Urgent de s’enivrer.

Et de remettre l’imagination au pouvoir.

D’ouvrir les yeux sur l’avenir au lieu d’ânonner le même catéchisme. D’inventer le monde de demain. Un monde qui sera fraternel, universel, unifié et pacifié.

Ou ne sera pas.

Un monde qui verra toutes les consciences planétaires totalement interconnectées. Et en tout cas par autre chose que l’écran mensonger des logiques du Système.

Mais ça, soyons certain que les milices du Zeitgeist s’empressent de nous en dissuader.

Nous incitant au contraire à nous vautrer dans la fascination du Vide, le culte de l’Ephémère, de l’Insignifiant. A nous prosterner devant les idoles consuméristes de leur Panthéon des Vanités.

Plus qu’une nouvelle « révolution », politique, sociale ou institutionnelle, c’est un Grand Saut de la conscience qu’il convient pour nous tous ensemble d’opérer en ce siècle.

Un siècle qui verra s’accomplir les plus grands bouleversements que l’humanité ait jamais connus. Et qui l’obligera à faire face aux plus grands défis de son histoire.

Mais il faut plus que de la lucidité, de l’imagination ou de l’audace pour s’engouffrer dans la brèche de ce Changement radical qui nous aspire à lui.

Il faut accepter de mourir totalement à soi-même pour renaitre tout autre. De ne plus rien savoir ni connaître ni contrôler.

Et d’abdiquer son cher Ego au bénéfice du Bien commun.

Mais ce sacrifice, l’homo post-modernicus qui se vante pourtant d’être un rebelle et s’éprend de toutes les causes n’est pas prêt d’y consentir !

On peut se piquer d’avoir une conscience et rêver éventuellement de prolonger l’utopie matérialiste dans une fiction transhumaniste, mais de là à faire passer le sort des réfugiés climatiques avant sa tisane bio, NO WAY!

Alors oui, il serait temps de célébrer le joli mois de mai, avant que l’hiver ne s’abatte définitivement sur nos belles illusions.