France : l’heure de vérité

Mis en avant

La France vit une page cruciale de son histoire.

Après un examen de conscience des plus âpres, marqué par le voyeurisme des affaires, le dégagisme des vieilles figures, la suspicion à l’égard d’élites corrompues, les peurs, les colères et les doutes, voici la France lancée sur de nouveaux rails.

Avec un Président assuré d’une marge de manœuvre des plus confortables pour mettre en œuvre sa politique.

J’ai beaucoup critiqué Emmanuel Macron avant qu’il ne soit élu. Je n’ai pas voté pour lui. Mais le jour de son investiture j’avais pourtant senti un profond changement dans l’âme du pays.

Depuis, comment ne pas être satisfait de notre nouveau Président ?

C’est un homme intelligent, compétent, conscient des enjeux et de l’état du monde actuel. Et qui semble à l’écoute des préoccupations des Français.

Il a su bien s’entourer, renouveler et rajeunir le personnel politique en fin tacticien habité par une vraie volonté de rupture avec des pratiques d’un autre siècle. Il continue de modifier en profondeur le paysage et les usages de la politique en France. Ce qui dans un pays comme le nôtre relève de l’exploit.

Certes, c’est un pur produit de la méritocratie et du système. Franchement européiste et libre-échangiste. Bon élève brillant. Mais c’est aussi un esprit fin, aigu et teinté de nuances. Visiblement plus complexe que son ascension téléguidée ne le laissait présager.

Sa culture humaniste et son amitié passée avec Paul Ricœur, qui s’était prononcé en faveur d’une humanisation du libéralisme, me laissent espérer que la coloration sociale et humaniste du candidat ne soit pas qu’un slogan de campagne destiné à faire passer une pilule amère.

Pour le moment le Président et son gouvernement font du bon travail.

La France va mieux, semble apaisée et en partie réconciliée avec elle-même.

L’abstention record aux dernières législatives masque un regain d’intérêt des Français pour la politique. Elle traduit davantage selon moi l’acquiescement majoritaire et la confiance des Français face au renouvellement incarné par La République en Marche qu’une défiance à l’égard des nouveaux élus.

La fonction présentielle a retrouvé du lustre et de la hauteur. Elle en avait bien besoin. Après cinq années d’agitation outrancière sous Sarkozy, puis cinq autres années de vide abyssal, de mollesse et de bassesses people sous Hollande, la France a enfin retrouvé une crédibilité et une dignité que les excès et les hésitations des deux précédents quinquennats lui avait ôtées.

L’Allemagne et la France parlent à nouveau d’une même voix. Ce qui peut agacer les eurosceptiques. Mais cette lune de miel entre les deux moteurs de la construction européenne est nettement préférable aux incompréhensions et ratés des deux précédents quinquennats.

Notamment dans le climat actuel de défiance des peuples à l’égard des institutions, de compétition et de tensions internationales, de crise migratoire, de menace terroriste, de montée des communautarismes et des populismes. Ajoutés à la menace toujours possible d’un nouveau choc sur les marchés financiers qui mettrait en péril nos économies, nos emplois et une monnaie commune déjà critiquée et fragilisée par la faillite des pays les plus endettés.

Reste à faire preuve de vigilance sinon d’optimisme. Et à conspirer pour que les appels à réformer cette Europe des marchés vers plus de social, de justice et d’humanisme afin de redonner davantage la parole aux peuples ne soient pas juste un vœu pieu ni une entourloupe de plus.

Sans quoi et la France et l’Europe signeraient leur déclin assuré. Et les pays qui la composent seraient totalement soumis aux lobbies, aux intérêts outre-atlantistes, à l’appétit des spéculateurs chinois ou qataris. Et livrés aux flambées nationalistes, aux affrontements communautaristes, aux tentations de repli protectionniste attisés par le doute, les frustrations, la colère et l’esprit de revanche des plus délaissés.

Le chaos ouvrirait alors le champ libre à la fronde sociale voire à la guerre civile, à l’éclatement de nos institutions, à la xénophobie, à la désignation de boucs émissaires, à la multiplication de violences envers des minorités, au rejet sans appel de ces populations qui viennent frapper à nos portes pour échapper à des violences encore plus grandes.

Passé l’état de grâce, Emmanuel Macron, son équipe et ceux qui le soutiennent sont condamnés à réussir. Et à marquer rapidement des points en se confrontant au réel et non juste au symbolique. Il est d’usage d’affirmer cela à chaque élection. Mais cette fois-ci, la France joue sa dernière carte.

C’est pourquoi nous devons tous tempérer nos doutes, nos exigences et nos critiques, fussent-ils légitimes. Et nous unir pour le meilleur et dans l’intérêt de tous. Non pour signer un blanc-seing à un nouveau monarque « jupitérien ». Mais pour prendre acte de ce tournant et l’accompagner en unissant nos énergies.

Il n’y a pas d’alternative. Le rêve d’un pied de nez au réel et à l’Europe incarné par un Jean-Luc Mélenchon aveuglé par son orgueil et enfermé dans une posture réactive, n’a aucun avenir.

Il n’y pas d’autre choix que de prendre à bras le corps le monde tel qu’il est. Nous pour l’étouffer mais pour orienter les changements cruciaux qui façonnent notre avenir dans le sens de l’intérêt collectif et d’une conscience plus élevée de nos interdépendances.

Sans abdiquer nos droits élémentaires. Sans combattre la marche du temps ni nous épuiser à naviguer à contre-courant. Sans non plus nous laisser imposer une direction contraire à nos intérêts, aux valeurs universelles, aux libertés fondamentales et à la vitalité des peuples qui le compose.

Tempérance, exigence, audace, persévérance, lucidité et loyauté : voilà les qualités qu’il faut attendre d’Emmanuel Macron. Et qui doivent désormais guider son action tant au plan intérieur qu’en lien étroit avec nos partenaires internationaux.

Bonne chance au nouveau Président ! Bonne chance au gouvernement ! Bonne chance à la nouvelle Assemblée !

Tous les atouts sont désormais réunis pour que le pays réussisse enfin son entrée dans le nouveau siècle. Qu’il retrouve tonus, jeunesse et imagination. Et redevienne ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être : une nation jeune, forte, dynamique, unie, heureuse, juste et fraternelle. Un tremplin pour l’avenir et pour tous ces peuples qui attendent d’elle davantage que des subventions en échange du pillage de leurs ressources. Une voix qui porte et un modèle envié. Et non plus une vieille dame alanguie sur sa splendeur passée.

Car comme le disait fort justement le Général De Gaulle : « La France ne peut être la France sans la grandeur. »