L’Age du coeur de glace. La pandémie de l’indifférence

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Le sort, cruel et injuste, réservé aux vieux dans nos sociétés en dit long sur notre état de déliquescence morale et spirituelle.

Et d’abord sur notre obsession phobique de la mort, que nous cherchons par tous les moyens à soustraire à notre regard, alors qu’elle s’étale chaque jour avec son cortège d’horreurs, mais à distance, dans des reportages télé que nous ingurgitons chaque soir avec notre escalope pommes dauphines.

Réalité inéluctable qui donne pourtant un sens à nos choix existentiels, mais que nous croyons pouvoir parvenir à gommer de nos préoccupations, de nos discours, de notre vocabulaire codifié, de notre quotidien angoissé et de nos sociétés postmodernes. En la réduisant tout au plus à une hypothèse, dans une utopie chimérique transhumaniste, dernier avatar du matérialisme scientiste.

La mort est une frontière effrayante, dont nous préférons conjurer l’effroi qu’elle nous inspire en circonscrivant son échéance inéluctable entre les murs dénudés d’hôpitaux, en confiant les corps mourants aux hospices de la Science et de l’Administration funéraire, incapables que nous sommes d’accompagner nos proches à domicile et d’entourer leur transit vers l’au-delà de nos présences aimantes et rassurantes.

Si la naissance est général un évènement visible, accessible et entouré d’amour, son corollaire, la mort physique, est une chose honteuse, angoissante, que nous fuyons et déléguons à d’autres, spécialistes de soins palliatifs, médecins, infirmières, ministres du culte et employés de pompes funèbres.

Ce faisant, nous trahissons nos angoisses et nos fragilités. Et nos fausses croyances. Car pour un très grand nombre d’entre nous en 2020, la certitude que nous partageons c’est que nous sommes notre corps. Et rien d’autre. Sinon éventuellement doté d’un esprit, lequel n’est que la résultante de processus biochimiques nés dans le cerveau.

La science a beau avoir démontré depuis 30 ans que ce schéma déterministe etait faux, que la conscience existait et même préexistait indépendamment du bon ou du mauvais fonctionnement de notre cerveau, qu’elle survivrait même à la mort cérébrale, rien n’y fait.

Il est vrai que cette société hédoniste, matérialiste, consumériste, superficielle, rationaliste, qui survalorise le domaine physique et maintient sous assistance respiratoire, du moins en France, des dogmes dépassés d’une médecine mécaniste, déterministe, matérialiste, cette société nous pousse à croire que rien, aucune vie n’existerait au-delà de la mort physique du corps. Et donc à repousser la confrontation impossible avec cette réalité que « je » vais mourir un jour, en nous croyant exempts de cette condamnation, ou à faire comme si nous étions immortels.

Immortels nous le sommes, puisque nous sommes des consciences individuées, temporairement équipées d’un corps biologique, vulnérable et mortel.

Sauf qu’on ne peut vraiment commencer à vivre cette existence tant qu’on n’a pas accepté la mort, c’est à dire qu’on passera un jour à autre chose. A moins de vivre toute sa vie dans une sorte de rêve infantile d’invincibilité et de toute puissance. Ce que beaucoup d’adultes immatures continuent de faire.

Pour peu qu’on accepte le caractère reel et inéluctable de la mort physique, reste à affronter l’hypothèse de sa propre déchéance physique ou psychologique, du grand âge, de la maladie, de la sénilité, de la souffrance voire l’éventualité de l’agonie. Autant de réalités que tout nous porte à fuir, mais auxquelles nous renvoie l’image de nos propres parents vieillissants.

Il est alors toujours facile de nous disculper de nos lâchetés en prétextant être trop occupés par notre travail, nos responsabilités professionnelles, sociales, familiales, pour avoir les temps et les moyens de nous consacrer à nos vieux parents vieillissants, dont l’autonomie diminue, et dont le devoir filial comme les liens affectifs intimeraient pourtant que nous nous occupions nous-mêmes. Nous préférons alors nous en remette à des « professionnels », à des organismes spécialisés qui en ont la charge.

Nous acceptons même l’idée révoltante que l’État ne s’occupe pas du tout ou si peu des vieux, en remettant la charge de prendre soin de nos concitoyens les plus âgés qui ont bossé, cotisé et contribué au bien commun toute leur vie, parfois avec dévouement, génie ou héroïsme, à des vampires privés dont l’unique but est de faire le plus d’argent possible en en dépensant le moins possible pour leur confort.

Trop heureux d’être débarrassés de l’angoisse d’avoir à prendre en charge un vieux père Alzheimer ou une vieille mère impotente et incontinente, nous ne songeons même plus à nous insurger contre ces rapaces qui vivent de nos lâchetés, de nos démissions, avec la bénédiction d’une société pour laquelle un invidividu qui n’est pas ou plus productif, qui ne travaille pas, consomme peu et ne génère pas de la plus-value, est un poids-mort, une charge inutile. Une charge qu’il faut bien « gérer » le temps nécessaire puisqu’on ne peut pas s’en débarrasser comme un simple déchet. Alors autant que cette charge soit rentable pour quelques intérêts privés.

C’est ainsi que moyennant quelques aides sociales on accepte de confier ses plus proches à des EHPAD à 3.000€ minimum par mois. Avec les risques liés à ce confinement dans ce qu’il faut bien appeler des camps de concentration asseptisés pour personnes âgées dépendantes. Maltraitance, souvent davantage due au sous-effectif et au stress des soignants qu’à des malveillances volontaires. Promiscuité avec d’autres personnes très âgées dépendantes, souvent séniles ou gavés de sédatifs pour rester tranquilles. Absence ou carence de sorties, d’activités. En tout cas rien qui puisse remplacer la seule chose qui rende la fin de vie supportable pour des personnes âgées livrées à leur solitude, à leur impuissance, à leurs angoisses et à la dépression : des proches aimants, une vie de famille, le rire des petits-enfants…

Se débarrasser tout simplement des vieux en les éliminant n’est pas une option. Enfin en principe. Certains futurologues eugénistes n’hésitent pas à évoquer froidement cette éventualité, comme une nécessité pour les générations à venir : dans la perspective d’une surpopulation mondiale devenue ingérable, se débarrasser des vieux au-delà d’un certain âge comme des improductifs et des bouches inutiles est une option raisonnablement envisageable.

Bien sûr une telle horreur ne pourrait se produire en France ! Pas si sûr… Car faisons fi des pudibonderies et hypocrisies d’usage : le décret du 28 mars signé par le Premier ministre et le Ministre de la Santé, et qui incite les médecins à prescrire l’usage du Rivotril, un puissant sédatif, à des personnes âgées souffrant de formes aiguës de Covid-19 à titre de soins palliatifs (alors que ce médicament potentiellement létal est formellement contrindiqué en cas d’insuffisance respiratoire), n’est ni plus ni moins qu’une incitation à l’euthanie active, décomplexée bien qu’illégale, et même considérée comme un meurtre passible de 30 ans de prison.

L’épidémie de Covid-19, les peurs archaïques qu’elle réveille, l’arrêt de l’activité économique et le confinement de milliards d’êtres humains qui l’accompagnent, nous incite à réfléchir. A nous confronter à nos angoisses, nos lâchetés, nos erreurs, nos fausses croyances et vaines perspectives. En posant des questions essentielles comme celle de la mort physique, de la maladie, des interactions et liens qui nous unissent, du but de l’existence, du sens de l’engagement collectif, de notre façon de faire humanité, dans nos familles, nos sociétés, nos états ou cette civilisation mondiale qui se cherche des contours et un sens. Notre facon d’être unis, solidaires ou simplement interdépendants. Notre façon de donner du sens commun à cette existence en honorant ceux qui s’apprêtent à la quitter.

Ce sont ces questions dont il faudrait urgemment débattre, plutôt que de savoir si nous ferons -8% ou -9,% de PIB cette année, et s’il faut relocaliser d’urgence pour être moins dépendants de la Chine.

DICTATURA ET INSURRECTIO

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Dictatura.

Dans la République romaine, magistrature exceptionnelle qui attribuait tous les pouvoirs à un seul homme, le « dictateur » : celui qui parle.

Cette magistrature suprême, désignée pour une durée temporaire de six mois maximum, était accordée en cas de péril grave contre la République. Elle fut abolie après Jules César.

Le mot « dictateur » désigne aujourd’hui celui qu’on appelait plutôt un tyran dans l’Antiquité, ou despote dans l’Ancien Régime. Cette acception s’est développée pendant la Révolution française et surtout pendant la période contemporaine.

Dans L’esprit des lois, Montesquieu considère le despotisme comme un gouvernement qui ne respecte pas les libertés individuelles et qui se fonde sur la crainte.

Insurrectio.

La Déclaration des droits de l’homme de 1793, promulguée dans une période d’effervescence révolutionnaire maximale marquée par la guerre des armées françaises contre les armées étrangères « contre-révolutionnaires » et l’adoption par le Comité de Salut public de mesures exceptionnelles pour « sauver la Révolution », précise que désobéir est un devoir pour tout homme qui aspire à un monde meilleur…

« Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. »
(Article 35)

Qu’en est-il aujourd’hui ?

En France, certains qui dénoncent la dérive autoritaire du régime de Macron, n’hésitent plus à le qualifier de dictature.

Pourtant Macron ne correspond pas vraiment au profil du dictateur tel que l’Histoire récente nous en a livré quelques sinistres exemples. A gauche : Staline, Mao, Pol Pot, Caucescu, Castro, Chavez. Et à droite : Hitler, Mussolini, Franco, Pinochet.

Le champion du « ni ni » ressemble plutôt à l’un de ces hauts fonctionnaires falots et autres lampistes ambitieux du Système, un valet servile de l’élite ploutocrate, et un parfait maître d’ouvrage de la normalisation progressiste, plutôt qu’à un autocrate aventurier prêt à embarquer son peuple dans une aventure périlleuse selon son seul bon vouloir et ses seules lubies.

Repéré très jeune par ses mentors, son personnage politique a été fabriqué de toutes pièces par quelques druides du marketing, en gommant soigneusement les aspérités un peu gênantes du personnage privé (comme son homosexualité) pour construire un mythe fondé sur du vide, comme on fabrique l’aura d’un nouveau produit pour le lancer sur le marché.

Macron est un pur mirage. Un hologramme. Une illusion collective. Aujourd’hui sérieusement abîmée. Un écran sur lequel sont venues se projeter les attentes du peuple et les fausses promesses de l’oligarchie ultralibérale.

Macron est tout sauf un chef d’Etat, encore moins le portrait d’un « grand homme » comme de Gaulle, ou de « l’homme providentiel » qui émerge en tant de crise et cristallise sur sa personne les espoirs, l’âme et le destin d’une nation.

C’est même l’exact opposé. Un pur gestionnaire, brillant et intelligent certes, bien formé et bien rodé aux arcanes de la finance et de l’économie de marché, mais de fait radicalement incapable de s’émanciper d’une politique qui se veut efficace et pragmatique, et se considère de facto comme « objective », alors qu’elle n’est que la traduction en actes d’une idéologie éminemment totalitaire. Tout entière dévolue à la prééminence du Marché, à l’appropriation de tous les pouvoirs et à la gouvernance du monde par une micro-élite d’ultra-riches vivant dans l’ombre et à l’abri des soubresauts du monde qu’ils instrumentalisent à leur profit.

Macron est bien « l’homme qui parle ». C’est même la seule chose qu’il sache faire ; tout le reste de ses gesticulations n’est qu’exécution d’un programme écrit ou relayé par d’autres : Commission Européenne, OMC, groupe Bilderberg, lobbies industriels et financiers, puissances étrangères comme les Etats-Unis.

La vraie dictature que nous subissons aujourd’hui n’est donc pas celle d’un seul homme. Mais celle d’une élite déterminée à nous esclavagiser en nous transformant en producteurs-consommateurs, en machines à fabriquer de la plus-value, à rembourser les intérêts de la dette, puis en produits tout court, customisables et commercialisables à l’infini selon les caprices du Marché.

Face aux émeutes de 2018-2019, à l’insoumission populaire face aux violences policières et à la cadence des réformes, ou même face à cette crise sanitaire inédite une nous traversons, Macron n’est nullement le chef d’une armée qu’il rêverait d’être avec ses accents grandiloquents pastichant Clémenceau, un héros de la France qui mènerait une « guerre » contre un ennemi invisible. Mais davantage un proviseur de lycée chargé de maintenir l’ordre dans une cour de récré.

S’il échoue à rétablir l’ordre et à mettre la France au pas comme d’autres nations dans le monde, il n’aura pas droit à sa retraite dorée en 2022 comme patron d’une banque d’affaires aux bénéfices grossis par les nouveaux produits de capitalisation.

Qu’en est-il de la situation dans le monde ?

Au cours de l’année 2019, 27 pays, peuples ou territoires autonomes, parmi lesquels l’Algérie, la Tunisie, le Liban, l’Egypte, le Soudan, l’Irak, la Syrie, le Kurdistan, l’Iran, Haïti, la France, l’Allemagne, la Catalogne, le Chili, la Bolivie, l’Argentine, l’Equateur, le Venezuela, Hong Kong et même la Suisse, sont entrés en ébullition comme jamais auparavant en période de paix.

Touchés par des mouvements contestataires anti-régime, antisystèmes, pro-climat ou autre. Avec des manifestations et des mouvements de foules irréductibles, des émeutes, des insurrections, voire d’authentiques guerres civiles opposant des peuples à des régimes autoritaires ou dictatoriaux, des gouvernants corrompus ou incapables.

Le point commun de ces émeutes : opposer non pas deux forces politiques organisées et antagonistes, mais pousser des mouvements populaires inorganisés contre des pouvoirs qui se croyaient établis. Ce qu’on peut objectivement considérer comme un signe de santé démocratique chez ces peuples qui refusent l’exercice autoritaire du pouvoir, et se dressent contre différentes formes de normalisation par la force.

Et puis, avec l’hiver et la nouvelle année, est arrivée de Chine cette épidémie sournoise de coronavirus. Une épidémie mortelle. Bien plus en tout cas qu’une simple grippe saisonnière.

En quelques jours ou semaines, des mouvements de contestation dont certains s’éternisaient depuis plus d’un an ont été anéantis par les mesures de « précaution » sanitaire puis de confinement plus ou moins drastiques mis en place par les dirigeants de ces pays.

Dire que cette épidémie est une aubaine pour des régimes autoritaires qui peinaient à mater la rébellion est une douce litote.

De là à en conclure que le Covid-19 serait un coup monté, il ne faudrait sombrer dans le péché de conspirationnisme ! D’autant qu’une évidence crève les yeux : face à l’urgence sanitaire, tout genou rebelle a aujourd’hui plié. Les grognards sont rentrés chez eux. La guéguerre civile comme le processus démocratique sont gelés, le temps de vaincre ce fléau planétaire. Du moins c’est ce qu’on nous assure. Pas d’autre choix que se serrer les coudes, et de faire bloc autour du chef, élu ou pas.

Dictatura.

En France, dès le mois de février les rassemblements de plus de 5000 personnes ont été interdits. Puis ceux de plus de 1000 personnes, 500 personnes, 100 puis 5 personnes.

En clair, plus aucune réunion, manifestation, déclarée ou non, n’est désormais possible. Plus aucun événement privé non plus. Ni aucun rassemblement à caractère politique, syndical, associatif, sportif, culturel, religieux ou festif. D’ailleurs cafés, restaurants, commerces non vitaux, musées, salles de spectacles, discothèques, salles de sport, salles de jeux, espaces de loisirs, festivals, fêtes foraines, et tous les lieux de cultes sont désormais fermés. Et pas prêts de rouvrir.

Impossible donc depuis le 17 mars de se marier, de se faire baptiser, ou même enterrer. Sinon en catimini. Ceux qui veulent mourir sont priés de se faire discrets.

Bien avant que l’économie ne soit sérieusement impactée, c’est toute la vie sociale, culturelle, religieuse, sportive, relationnelle, familiale voire affective des Français qui s’est retrouvée pétrifiée.

Ceci n’a pas empêché le gouvernement de faire adopter sa fameuse réforme des retraites grâce au 49.3 un dimanche après-midi dans une Assemblée déserte, après des mois de fronde unanime des Français tous corps de métiers confondus, du Conseil de la Magistrature et du Conseil d’Etat.

Ne reste aujourd’hui aux Français assignés à résidence et interdits de sortie sauf en cas d’extrême nécessité que la télé qui débite toute la journée les mêmes Editions spéciales angoissantes sur la progression galopante de l’épidémie et la carence de moyens pour la combattre. Le même décompte de morts, de personnes touchées et d’hôpitaux pris d’assaut. Les mêmes consignes de prévention et gestes barrière répétés en boucle. Ou bien les réseaux sociaux, seul moyen de conserver une vie sociale « distanciée » et de faire vivre une conscience collective cannibalisée par la politique-spectacle et les minutes de la Fin du monde diffusées en direct continu sur toutes les chaînes mondiales.

Et pour ceux qui voudraient à tout prix échapper à la petite boutique des horreurs et au grand Flip Pour Tous, reste la solution d’une plongée autiste en apnée loin de tout, dans une bergerie des Causses sans électricité ni connexions, ou dans une cave blindée au 5e sous-sol d’un immeuble de bureaux déserté par les rats.

On pourrait se contenter d’en rire si la situation n’était extrême grave, et totalement inédite dans une démocratie en tant de paix.

On pourrait se contenter de déplorer les « erreurs » de l’exécutif en se promettant le jour venu de lui réclamer des comptes, si ce faisceau de dysfonctionnements administratifs et de choix politiques inacceptables ne convergeaient vers une seule et même conséquence fâcheuse : l’abolition pure et simple de la démocratie.

Bien sûr il y a les propos dramatiques et en même temps rassurants du chef de l’État et de son Premier ministre : « Nous sommes en guerre« . « Ces mesures sont exceptionnelles et destinées à soutenir l’économie » (s’agissant des nouvelles entorses graves au Droit du Travail décidées « dans l’urgence » pour permettre la continuité d’une économie a minima). « Saluons le travail exceptionnel… » blablabla, etc…

Mais les faits sont têtus : jamais aucun gouvernement sous notre République, et jamais aucun dirigeant depuis que Macron avait commencé à piloter la politique sociale et économique de la France en tant que « conseiller » de Hollande puis Ministre de l’Economie en 2014, n’avaient autant fait dans notre pays pour détruire méthodiquement et en quelques années seulement notre système de protection sociale. Pour réduire à ce point les droits des travailleurs, des chômeurs, des syndicats. Puis réduire considérablement en un temps record les libertés fondamentales.

Passons sur le « cafouillage » des municipales. Un premier tour maintenu contre toute raison, mais un second tour reporté dès le lendemain. Au plus tôt au 21 juin. Une situation inédite et d’ailleurs inconstitutionnelle. Est-ce parce que les résultats de LREM étaient moins catastrophiques que prévus que ce premier tour n’a pas été tout simplement annulé ? Compte tenu de l’urgence sanitaire aucun commentateur politique ne s’est posé la question. Passons donc à la suite…

Atteinte à la liberté de manifester avec cette répression policière sans précédent depuis la Commune de Paris (même en mai 1968) contre des manifestants défilant légalement pour défendre des droits et réclamer plus de justice sociale.

Atteinte à la liberté de réunion, quand le gouvernement interdit les rassemblements même familiaux au motif de confiner la population selon une stratégie de lutte contre un épidémie très contestée par nos partenaires.

Atteinte à la liberté d’expression, quand au motif de « lutter contre les atteintes à la vie privée » ou « les fake news » le gouvernement fait adopter plusieurs mesures visant à limiter considérablement la liberté d’expression en public, dans les médias, sur internet et les réseaux sociaux.

Atteinte à la liberté d’expression, mais aussi à la liberté de la presse, quand au nom de cette même « défense de la vie privée » comme au nom de la lutte contre le racisme, le sexisme, la xénophobie, l’homophobie, contre tout propos jugé « insultant » voire attentatoire à la « liberté de conscience« , le gouvernement ou l’un de ses ministres voudrait censurer toute opinion non politiquement correcte, ou tout propos qui « insulte les croyances religieuses » (comme si une croyance pouvait se sentir insultée…) d’une personne ou d’une communauté. Rétablissant ainsi le délit de blasphème propre aux théocraties et le délit d’opinion propre aux dictatures. De plus, une entrave explicite au principe de laïcité, et au principe constitutionnel d’unité et d’indivisibilité de la nation qui préserve celle-ci de toute fragmentation communautariste.

Atteinte à la liberté de se déplacer, quand au nom d’un confinement renforcé très contestable tous les citoyens sont assignés à résidence, interdits de sortir de chez eux sauf motif impérieux, et interdits de circuler même en voiture confinée pour rendre visite à leur conjoint, un ami, ou simplement changer de lieu de confinement.

Tous confinés. Et ceux même parmi le corps scientifique qui mettraient en doute le bien-fondé de ces mesures ou refuseraient de s’y plier scrupuleusement seraient considérés comme des traîtres, des renégats et des ennemis de la Nation. Puisque notre bon Président vient tout justement de redécouvrir le sens vertueux de « faire nation, au fond« .

« Solidarité » en macronie est le nouveau verbiage à la mode pour désigner cette obéissance zélée doublée d’une soumission inconditionnelle de tous à un seul.

Dans la nomenclature politique cela s’appelle une ?…

Dictature !

« Allez donc voir à quoi ressemble une dictature !« , rétorquait il y a peu le Général Pinocchio à ces philosophes insoumis comme Onfray qui se permettaient de sous-entendre que son régime et ses violences policières faisaient de plus en plus ressembler la « démocratie française » au Chili de Pinochet plutôt qu’à la Norvège ou à l’Islande (les 2 pays reconnus comme les plus démocratiques en 2019 par The Economist).

En tout cas, si les « Gaulois réfractaires » sont aujourd’hui priés de rentrer dans le rang et chez eux, cette consigne ne s’applique par de façon démocratique et égalitaire à tous.

Ainsi ceux qui sont jugés par l’Etat ou leur patron indispensables au bon fonctionnement de l’économie ou de l’entreprise n’ont pas vraiment la possibilité de faire valoir leur droit de retrait. Descendre sa poubelle avec une autorisation de sortie signée de la veille vous vaut de sérieuses remontrances et 135€ d’amende. Mais si l’on vous ordonne d’aller au front pour sauver l’économie, pas question de tergiverser !

Autre inégalité tout aussi problématique, celle qui oppose les grandes villes aux banlieues.

Et ces images sidérantes de places vides à Paris, Bordeaux ou Lyon comme après un cataclysme atomique qui tranchent avec celles des quartiers insurgés de Saint-Denis ou Argenteuil noirs de monde comme à Alger même à 2 heures du matin, avec ces mômes qui jouent à taquiner les keufs en leur jetant des pierres au milieu des bagnoles cramées.

Tous confinés ? Non. Les « territoires perdus » résistent encore et toujours au césarisme macronien. Lequel ne cherche d’ailleurs absolument pas à les mettre au pas. La potion magique de ces irréductibles ? Le vote islamiste ! Officiellement il faut éviter à tout prix de voir s’embraser des banlieues déjà très susceptibles. Et laisser les trafics se perpétuer, les racailles aller et venir, tabasser policiers et pompiers pour se défouler, sans trop y regarder. Comme les voyous faire la loi dans les cités, peu importe qu’ils ajoutent le terrorisme ordinaire à l’angoisse sanitaire pour des habitants otages de ces caïds, et condamnés à vivre dans ces états dans l’État totalement en marge de la République.

Cette démission, pire cette collusion de l’autorité publique avec des voyous sécessionnistes et des djihadistes fichés S pour acheter une paix sociale très relative et négocier des voix avec les chefs de fiefs islamistes, relève de la haute trahison. En tant de guerre, c’est la Cour martiale. En tant de paix, la Haute Cour de Justice, que Macron tente opportunément depuis 2 ans de supprimer…

Une telle attitude indéfendable relève de l’abdication volontaire d’une des missions régaliennes de l’Etat, qui est d’assurer la sécurité de tous citoyens et le respect de loi sur tout le territoire, notamment durant l’état d’urgence. Mais aussi de garantir l’indivisibilité de la République et l’intégrité territoriale, avec une égalité de maintien des services publics, notamment les forces de l’ordre, sur tout le territoire national.

Face à une telle démission des pouvoirs publics, à de tels manquements dans l’exercice des missions régaliennes de l’État, à des erreurs ou des choix partisans aussi coupables en période de crise majeure, une telle restriction de ses libertés fondamentales sans garantie de la protection qui lui est due en termes sanitaire ou sécuritaire, le peuple est aujourd’hui face à une impasse radicale.

Le Parlement est aujourd’hui neutralisé. On l’a vérifié encore tout récemment avec l’adoption de la réforme des retraites grâce au 49.3 face à l’obstruction, qui constitue un vrai déni de démocratie : le Parlement n’est plus en mesure aujourd’hui d’assumer son rôle de contrôle du gouvernement et de sanction de l’exécutif. Notamment en engageant comme le prévoit l’Article 68 de la Constitution une procédure de destitution immédiate du Président pour manquement grave à ses devoirs, abus de pouvoir ou haute trahison. Dans le contexte politique actuel, une telle procédure demandée par un groupe de citoyens qui saisiraient leurs parlementaires n’aurait aucune chance d’être mise en œuvre. Encore moins d’aboutir avec des députés LREM qui détiennent la majorité absolue.

En conséquence, la seule alternative qui reste au peuple français en l’absence d’élections présidentielles et législatives anticipées, élections dont on connaît de toutes façons le degré de manipulation, c’est l’insurrection.

Cette hypothèse est non seulement possible, elle est conforme à nos principes républicains. Même si elle n’est pas dans la culture française, du moins depuis l’époque des « révolutions » antimonarchistes des 18e et 19e siècles.

« Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. »

Sans doute serait-il bon de méditer ensemble ce principe dans une période comme la nôtre, « critique » à bien des égards.

Insurrectio.
HIC ET NUNC !

Dans l’échelle des valeurs, laquelle faut-il placer au pinacle ? La vie et la santé ? Et cette fausse « solidarité » dictée par la trouille de clamser à son tour et le sentimentalisme nourri par les images de malades et l’énumération des victimes diffusées en boucle ? Au risque de continuer à vivre sainement et longtemps mais enfermés dans une dictature ? Ou bien la liberté, l’égalité, la fraternité ? Avec le risque de perdre quelques années de vie mais la chance de voir grandir ses enfants dans un pays libre, un monde libre, ouvert, uni, apaisé et vraiment fraternel ?

Autrement dit, quelle est aujourd’hui la motivation du Français moyen ? Se serrer les coudes et se serrer à 5 dans 60 m2 pour sauver égoïstement sa peau et son petit confort ? Alors que d’autres crèvent dans la rue, que d’autres pays moins nantis comme en Afrique seront demain atrocement impactés par cette pandémie et connaîtront des millions de morts ?

Attendre la prochaine pandémie engendrée par notre appétit irraisonné de conquête et de consommation, notre inconscience collective à l’égard des autres espèces et des grands équilibres écologiques ?

Ou bien sauver l’esprit de la République, les valeurs de la démocratie, le sens de l’intérêt général et du bien commun à l’échelle planétaire ? Promouvoir la liberté et les droits humains pour tous les terriens ? Construire un monde pacifique et fraternel, face à une pandémie ultralibérale qui utilise un virus et la peur qu’il inspire pour imposer son Nouvel Ordre Mondial, cynique et totalitaire ? Au risque de mettre sa propre vie en danger pour défendre un Idéal plus élevé que la vie individuelle. Un Idéal qui n’est pas un mirage marketing big brotherien mais une réalité choisie, vécue et partagée.

Une réalité pour laquelle nos pères ont sacrifié leur vie par millions. En 1914, en 1939, et à d’autres moments de notre Histoire. Chaque fois que la menace de la tyrannie, intérieure ou extérieure, a justifié que le peuple s’insurge, que la nation se dresse comme un seul homme, avec ses dirigeants ou contre eux, afin de défendre ses droits, son territoire, sa culture et ses valeurs. Dans une optique humaniste et universaliste, et non pour se recroqueviller sur une « préférence nationale », une « nation » jalouse et étriquée, des privilèges de naissance, de race ou de caste.

« FAIRE NATION » ?… Chiche !

Et pourquoi pas, face à l’objective oppression que constitue ce régime autoritaire, cette « démocrature » mondiale qui ne s’avoue pas, qui promet de façon mensongère d’étendre la démocratie au monde entier pour mieux resserrer son étau sur des états-nations exsangues, et faire main basse sur leurs ressources, face à cette contamination de la République, de ses institutions et de son logiciel éthique par un virus qui la délite et l’asphyxie en promettant une liberté factice…

Pourquoi pas à nouveau tenter de… FAIRE RÉPUBLIQUE ?

Pourquoi pas oser enfin FAIRE HUMANITÉ ?

Plus que jamais menacée par l’islamisme et l’islamo-gauchisme, la France porte pourtant en elle les germes du monde de demain

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Selon un scénario plausible, nous risquons dans les années à venir de nous retrouver en France dans une situation de guerre insurrectionnelle ouverte entre des nationalistes identitaires pourtant minoritaires, et des populations marginales devenues idéologiquement sinon numériquement majoritaires, fanatisées par l’Islam politique et regroupées en marge de la République par la propagande islamiste.

Une propagande largement étayée par les discours islamo-gauchistes, de plus en plus hostiles à la République et à son idéal humaniste, universaliste, égalitaire et fraternel. Un poison rhétorique et politique qui aura peu à peu ruiné tout effort visant à préserver l’idéal républicain d’unité, de fraternité, de paix et de cohésion sociale. Pour réduire le vivre-ensemble (concept frauduleux s’il en est) a une rivalité mimétique et un combat victimaire de chaque instant entre des « communautés » de plus en plus segmentées, refermées sur leurs identités particulières, suspicieuses et hostiles les unes envers les autres, animées de ressentiments puissants et d’urgentes pulsions centrifuges.

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Un affrontement fratricide où l’acrimonie vengeresse et la haine de l’autre se seront progressivement substituées à la célébration des différences comme moteur de la relation sous l’égide de l’appartenance à une seule et unique communauté – la République – fondée sur l’égalité de tous devant la loi, l’assimilation généreuse des nouveaux arrivants, la construction d’une société juste et solidaire, et la quête du Bien commun.

C’est tout notre Idéal républicain, forgé durant plus de deux siècles dans le sang et les larmes, qui est en train de partir en cendres sous nos yeux. Et nous, nous soufflons sur les braises. Nous laissons s’agiter les pyromanes. Nous regardons sans réagir une bande d’excités crier vengeance et ressortir les guillotines contre notre belle République. Certains applaudissent même les autodafés, relaient les appels au meurtre.

Si la France se relève de ce chaos tragique, viendra alors un jour pour les juges et les historiens le devoir de juger tous ces islamo-gauchistes : identitaires musulmans, indigénistes, antiracistes, décoloniaux, pseudo droits-de-l’hommistes, pseudo-féministes, communautaristes. Et d’évaluer leurs responsabilités dans cet hallali sanguinaire contre nos valeurs et nos institutions.

Comment sera-t-il alors possible de comprendre toutes ces trahisons objectives ? Ces coins méthodiquement enfoncés dans le sentiment d’appartenance républicaine et l’unité nationale ? Ces perversions des Droits de l’homme et des principes républicains ? Avec la bénédiction aussi sournoise que zélée des chiens de garde du politiquement correct. Et celle de ces médias et intellectuels, thuriféraires de la Pensée unique.

Comment a-t-on pu, au nom de la liberté d’expression, de la bonne conscience, et pire, des Droits de l’homme, laisser des propagandistes aussi coupables et aussi duplices qu’Edwy Plenel, pape de l’islamo-gauchisme, gangrener les esprits faibles ? Et tous ces journaleux du Monde, de Libération ou de l’Obs, relais objectifs de la propagande islamiste ? Et ces furies indigénistes haineuses, tout droit sorties d’un film d’épouvante, comme Danièle Obono ou Rokhaya Diallo ?

Comme au sortir de la guerre (si l’on en sort un jour), comme lors des procès de Nuremberg, il faudra un jour instruire celui de ces traîtres à la République et à la patrie. De ces collaborateurs qui ont sciemment pactisé avec le principal ennemi de la France en ce 21e siècle : l’islamisme. Qui se sont faits les apôtres d’une propagande insigne destinée à semer le doute, le mensonge et la haine. A diviser les Français entre communautés rivales, à victimiser pour mieux tromper et endoctriner les Français de confession ou d’origine musulmane dans un rejet de la France, d’un Etat accusé d’être un persécuteur raciste. Cet Etat qui leur avait pourtant attribué les mêmes droits, le même statut que n’importe quel autre citoyen français, indépendamment de son origine, sa couleur de peau ou sa religion.

Cette idéologie qui, à la fierté d’être français, voulait substituer la morgue de ne pas l’être. Qui désignait la France comme l’éternel oppresseur, le colon, l’esclavagiste, le persécuteur. Et tous les Français comme des ennemis hostiles, ceux qui méprisent, stigmatisent, rejettent.

Et tous ces apôtres autoproclamés de la Vérité, du Bien et de la Justice, investis du devoir de défendre le faible et l’opprimé contre un pouvoir dominant fondé sur la race, la caste ou la nation. Ces justiciers drapés dans leur conscience fourbe et leur mission fausse, pressés de s’acheter une gloire que leur absence de talent intellectuel ne leur vaudrait jamais.

Il faudra bien un jour faire l’inventaire de toutes ces duperies, de toutes ces complaisances, de tous ces faux-semblants. De cette escroquerie morale et intellectuelle, relayée au plus haut niveau de l’Etat.

Comme de cette alliance des politiques de gauche avec la Bête immonde. Notamment celle, officialisée dans les années 1980, de l’extrême gauche trotskyste avec l’extrême droite islamiste. Ce mariage contre-nature entre Lénine, Tariq Ramadan et Hitler.

Des politiques largement suivis, quoique plus sournoisement, par la cohorte des « progressistes » et des « réformistes » qui auront fait alliance avec l’islamisme.

A commencer par Sarkozy, pressé contre l’avis de tous de faire entrer en 2003 ses « amis orthodoxes » de l’UOIF dans le tout nouveau CFCM, où ils siègent toujours en bonne place. En passant par Hollande, qui juste après les attentats de 2015 et 2016, s’empressait, sur fond de déni de réalité panique (« pas d’amalgame ») et pour éviter toute éruption anti-Charlie, de renouveler cette alliance insensée de la République avec ses pires ennemis.

Jusqu’à Macron, sans doute le pire et le plus cynique de tous, qui malgré les alertes de ses conseillers spécialistes de l’Islam politique, s’entête à vouloir offrir les clés d’un « Islam de France » qui n’a jamais existé aux seuls Frères musulmans, avec ce projet scandaleux d’AMIF. Auquel s’ajoute cette bénédiction insensée donnée à des « listes communautaires » financées par le Qatar, l’Arabie Saoudite et les Frères musulmans : l’étape suivante du Projet de conquête du pouvoir par la Confrérie. Mais aussi la déculpabilisation a priori des attentats « isolés », requalifiés par une Justice infiltrée en « pathologie psychiatrique ». Voire cette jurisprudence inimaginable qui vise à déresponsabiliser des auteurs d’attentats islamistes au motif qu’ils auraient consommé du cannabis.

Les politiques savent, ils sont informés par leurs services de renseignement. En choisissant de pactiser avec l’ennemi, ils se rendent ni plus ni moins coupables de haute trahison. Et devront être jugés comme tels.

Quant aux furies haineuses et autres « intellectuels » contempteurs de la haine de soi et du suicide national, ils devront être jugés pour ce qu’ils sont : des idéologues de la haine, du sabotage national et de la soumission à l’ennemi. C’est à dire des collabos.

Mais pour que la Justice passe et que l’Histoire puisse juger, encore faudrait-il que la vérité triomphe de l’extrême confusion ambiante. Hélas la tentation nationaliste ne fait qu’exacerber les divisions et une rivalité mimétique délétère entre « la nation » et ces « « communautés » aussi fantasmatiques que frauduleuses, au premier rang desquelles « l’Islam ».

Il n’y a pas d’autre voie pour sortir de ce péril qui nous ronge que de renoncer aux discours de haine quels qu’il soient. Et de s’engager dans un salutaire aggiornamento rhétorique, éthique et idéologique.

Il faut en finir enfin avec tous ces discours qui ne visent qu’à segmenter l’humanité et la France en particulier selon des critères ethniques, néoracialistes, sexistes ou religieux.

Cesser d’opposer les « méchants blancs » dominateurs, racistes et colonialistes, aux malheureux Noirs et Arabes discriminés, stigmatisés, exploités. Il faut mettre un terme définitif à ces discours fondés exclusivement sur la haine anticolonialiste, près de 60 ans après l’enterrement des colonies.

Il faut en finir avec ces discours pseudo historiques érigés en stéréotypes néocolonialistes, comme ces fantasmes paranoïaques de « choc des civilisations » qui opposent « les racines chrétiennes de la France » à « l’islam guerrier et conquérant ».

Parce que même si la culture française et européenne doit beaucoup à son passé chrétien, et même si l’Islam a été et continue (du moins pour son versant politique) d’être une religion conquérante, la très grande majorité des Français de confession musulmane aujourd’hui ne se définissent pas selon un projet de conquête. En revanche, c’est clairement le but que poursuivent les islamistes, qui voudraient les entraîner dans ce funeste projet en utilisant les frustrations et ressentiments d’une partie d’entre eux comme levier d’endoctrinement et d’agrégation.

Comme il faut en finir avec ces vieux clichés féministes qui opposent sans cesse « les mâles dominants harceleurs et violeurs » aux femmes, éternelles victimes par essence. Car ces clichés ne servent pour une poignée de féministes névrosées qu’à justifier leur haine viscérale de la gent masculine.

Et accessoirement l’assujettissement de la femme selon la charia ! Une charia dont certaines féministes schizophrènes se font les apôtres lorsqu’elles défendent le voile islamiste au nom des « droits des femmes ».

Idem dans une moindre mesure pour les droits LGBT. Une fois le mariage pour tous, l’adoption et les PMA votés, il est inutile voire dangereux de définir les identités personnelles selon le critère très discutable de l’orientation ou de l’identité sexuelle. Car cela ouvre la porte à des phénomènes de stigmatisation en retour. L’homophobie pénalisée et les discours homophobes réprimés, ceux-ci reviennent fatalement comme un retour du refoulé, dès que les mécanismes de décompensation et de stigmatisation mimétique reprennent le dessus sur la répression des discours. En France, les actes homophobes augmentent de façon préoccupante. Dans d’autres pays comme la Pologne, l’homophobie d’Etat est désormais un fait avéré et soutenu par la population.

Et que dire ce ces humoristes et marchands de soupe du politiquement correct qui font leur beurre sur les thèmes éculés des races et de la couleur de peau ? Et qui opposent jusqu’à l’indigestion les clichés sur les Noirs, les Arabes, les Asiatiques et les Blancs forcément racistes.

Il faut sortir enfin de ces tentations qui consistent à se raccrocher en permanence à une appartenance réelle ou supposée à une race, une origine, une religion, une communauté. Il ne suffit pas pour conjurer le spectre du racisme tel un sorcier vaudou de rappeler sans cesse pour s’en convaincre que « les races n’existent pas, puisqu’il n’existe qu’une seule race : la race humaine ! » La science prétend une chose aujourd’hui, tout en ayant prétendu exactement le contraire pendant des siècles. La mauvaise conscience est passée par là après les horreurs des camps nazis. Et la science qui y a étroitement collaboré en est aujourd’hui pétrie.

Non seulement il n’y a pas de race, mais ce qu’il faut rappeler avec force et conviction, c’est que l’humanité est UNE ET INDIVISIBLE. Comme l’est notre République. Laquelle porte l’Idéal humaniste et démocratique appelé à fonder l’humanité future.

Il ne s’agit pas de nier les différences objectives, comme certains schizophrènes de l’antiracisme atteints de cécité obsessionnelle à la seule évocation d’un « Noir » ou d’un « Jaune ». Mais d’admettre que toutes ces différences sont RELATIVES.

Et surtout de choisir de nous concentrer sur ce qui nous unit, ce qui nous relie, plutôt que sur ce qui pourrait nous opposer.

Encore une fois, la différence devrait toujours être le moteur et le sel de la relation, jamais un motif de suspicion, de jalousie ou de conflit.

Quant aux religions, si beaucoup croient trouver leur salut face aux désordres du monde dans un retour à des formes de pratique fondamentaliste, ou en construisant leur identité personnelle sur le seul critère des convictions ou d’appartenance religieuses communes, ils se trompent de siècle !

Chaque religion porte en elle une perspective vers l’Universel. Le message chrétien proclame la différence radicale entre le pouvoir politique et le spirituel, entre l’Empire et le Royaume des cieux, qui « n’est pas de ce monde ». En cela, il laisse le Ciel ouvert mais non pas vide. Il trace une perspective d’évolution et de salut offerte à l’homme, qui va des détermines et asservissements séculiers vers un « à venir » de paix et d’amour partagés au-delà du temps et de l’espace social. Il s’abstient toutefois d’en subordonner l’accès à un conformisme normatif qui devrait nécessairement se concrétiser dans un modèle exclusif d’organisation des sociétés et de direction des peuples.

Hélas les empires chrétiens ont dès le début trahi cet Idéal. En affirmant au contraire que le Salut ne pouvait passer que pas l’allégeance à Dieu, à l’Eglise et à l’Empire, Rome et Byzance ont érigé des dogmes tout aussi normatifs et justifié une autorité tout aussi implacable que ceux dont le message initial était supposé affranchir. Et cédé à la tentation totalitaire en concluant une alliance contre-nature entre les pouvoirs spirituel et temporel.

Dans son projet social et politique, l’Islam s’inscrit dès l’origine en parfaite opposition avec le message chrétien. A un projet émancipateur d’odre dynamique tourné vers le Ciel s’oppose un projet normalisateur d’ordre totalitaire et de soumission totale à Dieu. Un universalisme politique et idéologique qui réduit, assigne et assujettit au lieu de libérer, de réconcilier et d’élever .

Rien n’échappe à cette subordination théocratique, reflet de la Soumission à Allah : croyances, théologie, rites, vie politique, sociale, institutionnelle, économique, familiale, professionnelle, sexuelle, relations entre hommes et femmes… Il oppose radicalement le « croyant » aux « mécréants », lesquels sont voués à la destruction, la soumission ou l’esclavage.

L’Islam, c’est l’absence totale de liberté et de dignité hors de l’Oumma et des canons de la charia.

C’est l’exact opposé aussi de notre idéal démocratique, fondé sur l’Etat de Droit, l’Egalité, le Bien commun, le respect radical de la vie et des convictions privées. Un Idéal construit sur l’alliance du christianisme et de l’humanisme, du Logos divin et de la Raison humaine. Les notions inscrites dans les droits de l’homme et le projet républicain – état de droit, séparation des pouvoirs, primat de l’individu, liberté devant la loi, égalité de tous, fraternité et même laïcité sont toutes un lointain héritage de principes inscrits en germe dans le message émancipateur des Évangiles .

L’Idéal républicain aspire aussi lui aussi à l’Universel. Mais un universel fondé sur l‘humanité et non le Cosmos. La question de la Transcendance divine est renvoyée à la sphère privée. Et les convictions personnelles en la matière sont inaliénables, selon le principe de liberté de conscience.

Un des pires avatars de cet Idéal démocratique, c’est le communisme. Une perversion du principe émancipateur de Liberté au bénéfice de celui de dictature du prolétariat. Un système idéologique et politique fondé sur une athéisme radical, qui remplace toute référence possible à une Transcendance divine par celle du Collectif. Et le mythe eschatologique de la Parousie par celui de la Révolution comme moteur de la Fin de l’Histoire et Avènement d’un société fondée sur la justice social et le bonheur matérialiste. Une impasse totale qui a démontré sa violence au cours du siècle dernier.

Son pendant exact, sur lequel il se construit en miroir, c’est le capitalisme. Dont l’ultralibéralisme constitue l’ultime avatar contemporain, sous la forme d’une société hyper productiviste et matérialiste condamnée à une croissance irraisonnée, à une obsolescence programmée et un renouvellement incessant des produits, à une sanctification des échanges au service d’une concentration maximale des richesses, à la dilution des tous les liens sociaux dans un individualisme exacerbé, une hyper concurrence des modèles identitaires, et une utopie postmoderne de bonheur narcissique, technologique, voire transhumaniste voué à la déshumanisation totale des individus réduits au seul rôle d’esclaves ou de robots.

Ce modèle a clairement remplacé toute idée de transcendance divine par la seule allégeance au dieu Mammon – l’Argent – et substitué à toute promesse d’émancipation individuelle par le Collectif celle d’un accomplissement factice de chaque individu comme travailleur-consommateur entièrement au service Marché.

Ce système est en train de conduire l’humanité à sa perte en accentuant jusqu’au paroxysme les violences mimétiques, les inégalités et injustices entre les hommes, en décimant toutes les espèces et en ruinant les grands équilibres écologiques.

Nul ne peut dire aujourd’hui si l’une des conséquences de la mondialisation aux cours des décennies ou siècles à venir sera la disparation totale des religions. Ce qui est en revanche certain, c’est qu’une identité nouvelle et universelle est déjà en cours d’émergence pour le genre humain : celle d’humain, de terrien, de « citoyen du monde » disent certains.

Une identité dont la réalité est pour le moment occultée par l’appartenance à d’autres identités, la première d’entre elles étant la nationalité.

La rapidité et la violence de cette mondialisation, ajoutées à la conscience des multiples périls qui menacent les peuples et l’humanité (périls écologiques, périls sanitaires, périls économiques, politiques, technologiques, cosmiques…), nourrissent une angoisse existentielle et entraînent des phénomènes de replis identitaires. Le repli nationaliste et le repli communautaire de type religieux n‘étant pas des moindres.

Ces phénomènes, essentiellement réactifs, seront de courte durée. A mesure que la mondialisation se sera plus perçue comme un danger, un phénomène exclusivement économique ou institutionnel promu par une élite au pouvoir, mais comme un phénomène d’unification et d’élévation de la conscience planétaire, de dépassement des conflits mimétiques, des peurs et mécanismes d’appropriation qui les nourrissent au bénéfice d’une nouvelle ère de paix et de coopération entre les peuples, celle-ci finira par susciter un engouement et une confiance supérieurs aux angoisses et aux replis qu’elle suscite aujourd’hui.

A ce titre, tous les discours qui tendent à renforcer les phénomènes de cristallisation identitaire, au premier rang desquels les discours islamo-gauchistes, indigénistes, racialistes, etc… vont dans le sens inverse de l’Histoire et empêche une prise de conscience plus vaste et confiante de l’avenir.

C’est d’ailleurs bien pour cela que ces discours et ces modèles d’agrégation identitaire sont instrumentalisés par les progressistes comme Macron et ses sponsors, qui ne rêvent de dynamiter les états-nations au profit d’institutions supranationales et bientôt mondiales comme l’UE ou l’OMC. Le communautarisme joue pour eux le rôle d’opposant aux réflexes de régression nationaliste ou de durcissement républicaniste face à une mondialisation qu’ils voudraient strictement économique et financière, en vue d’instaurer une dictature mondiale du Marché.

En conclusion, la seule issue, le seul avenir, le seul modèle, le seul rempart à tous les périls pour la France, pour l’Europe et pour le monde, est d’ores et déjà inscrit dans l’idéal universaliste républicain.

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La France n’a pas à rougir de son modèle. Mais elle doit urgemment en retrouver la valeur et le sens authentiques. Parce que ce modèle, celui de la démocratie universelle, est précisément la matrice de la civilisation mondiale, la seule possible, à laquelle nous sommes destinés.

Mais pour parvenir à cette résurrection, nous devons impérativement tourner le dos à nos peurs et à nos orgueils. Et nous ouvrir avec confiance au monde.

Le réflexe de repli nationaliste est la pire chose pour nous. Parce qu’il nous enfermerait dans un rêve d’une France qui n’a jamais existé. L’idée de la France a toujours été universaliste. Du temps des rois et des empires, elle s’est opposée à d’autres modèles en Europe, portés par d’autres familles régnantes. De Charlemagne à de Gaulle, en passant par Louis XIV et Napoléon, la France a toujours eu un destin et un projet universel, émancipateur et fédérateur.

Les valeurs résumées dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, portées par une République née dans le sang, le monde se les est appropriées avec la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, promulguée en 1948 au terme de deux guerres mondiales et plus de 100 millions de morts.

Ce sont ces idéaux, éprouvés depuis plus de 200 ans et adoptés par de multiples nations, qui fondent les bases de l’humanité unifiée et réconciliée de demain.

Israël enterre officiellement la démocratie dans l’indifférence générale

Mis en avant

Commentaire de l’article de Danièle Kriegel dans Le Point du 19/7/2018

Le jour où Israël a retiré le mot « démocratie » de sa loi fondamentale

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La longue descente aux enfers de l’état hébreu continue.

Voilà bientôt 30 ans, dont quasiment 22 ans au pouvoir, que le pire Premier Ministre et le plus corrompu qu’Israël ait connu en 70 ans d’existence sape méthodiquement les valeurs fondatrices de l’Etat hébreu.

Valeurs universelles héritières de la fine fleur du judaïsme. Comme de l’idéal sioniste des pères fondateurs, pétris d’humanisme, d’esprit d’égalité, de liberté, de solidarité, de justice sociale. Et d’une volonté clairement affichée d’accorder un statut citoyen et des droits égaux à toutes les minorités.

Au lieu de cela, ce qui sert aujourd’hui de parodie d’armature morale à cette clique de mafieux au pouvoir s’appuie sur la plus sombre des idéologies mélangeant ultranationalisme et intégrisme religieux, violence arbitraire et arrogance frondeuse.

S’en suit une politique ouvertement cynique, xénophobe, ségrégationniste et guerrière, qui profite à un nombre de plus en plus restreint d’élus. Et relègue tous les autres au rang de citoyens de seconde zone, de sous-hommes, ou d’ennemis de fait du Grand Israël victorieux.

Rien de nouveau sous le soleil me direz-vous. Depuis 3000 ans c’est peu ou prou la même rengaine. Et l’éclaircie durant les 40 ou 50 premières années d’existence d’un Israël moderne, laïc et démocratique, fait presque aujourd’hui figure d’irréelle exception et de flambée utopique.

Il suffit de relire la Bible pour trouver les mêmes attitudes parmi les rois corrompus et les élites jalouses qui ont tour à tour dirigé la cité de David, les royaumes de Juda et d’Israël, ou la province romaine de Palestine au temps de la dynastie hérodienne. En s’alliant à l’occasion aux occupants les plus détestables pour se maintenir au pouvoir et accroître leurs privilèges de caste.

Voilà donc aujourd’hui la démocratie officiellement enterrée en Israël.

Sans qu’apparemment aucun dirigeant occidental ne songe à s’en émouvoir.

Le boulevard est désormais une autoroute à huit voies pour tous ceux qui entendent à l’Ouest du Jourdain continuer à prospérer sur cet abominable mensonge institutionnalisé.

Faut-il rappeler que cette idéologie ultranationaliste et ultrareligieuse qui fait le sel de Netanyahu et de ses pairs n’est pas qu’une mascarade de circonstance destinée à rallier les sionistes les plus endurcis ou les citoyens les plus angoissés afin de bétonner leur pouvoir.

Netanyahu est l’héritier direct d’une famille d’idéologues du sionisme messianiste. Son grand-père, rabbin, en fut l’une des figures phares, aux côtés du célèbre rabbin Abraham Isaac Kook.

L’homme a maintes fois démontré ses talents d’expert dans l’art de manipuler les esprits et de brouiller les pistes. Affectant de prétendre ne pas être lui-même pas religieux et s’affichant à l’occasion dans des restaurants non cashers pour donner le change.

Ce que peu d’Israéliens savent en vérité, c’est que Benyamin Netanyahu n’est pas que « le petit-fils de ». Mais qu’il est lui-même un idéologue patenté du sionisme messianique dont il incarne la politique. Ses nombreux écrits sur le sujet sont pour une bonne part consultables en ligne, et ne laissent aucune place au doute.

Quoi d’étonnant à ce qu’à l’image d’un Erdogan, d’un Ahmadinejad ou de ses nouveaux alliés de Riyad avec lesquels il pactise aujourd’hui pour continuer à s’enrichir, Netanyahu poursuive méthodiquement son travail de destruction en imposant sournoisement un régime nationaliste, théocratique et totalitaire en lieu et place de l’état laïc et démocratique qui l’a vu élire ? Comme d’autres ont imposé avant lui la charia la plus rétrograde dans leur pays.

Netanyahu est hélas beaucoup plus intelligent, plus cérébral et machiavélique que Trump. Un clown populiste qui ne fonctionne qu’aux affects et aux réflexes, sans réel projet ni autre vision que de ménager ses propres intérêts en flattant les plus bas instincts de son peuple. Il sait parfaitement comment manipuler les clivages politiques, les mythes nationaux, et une opinion inquiète, versatile et volontiers frondeuse.

Une société beaucoup plus éclectique et authentiquement démocratique en vérité que ne l’est la société française. Dont la tradition du débat parfois houleux s’enracine non seulement dans une volonté de favoriser le pluralisme d’identités et d’idées selon les principes démocratiques élémentaires. Mais aussi dans cette pratique très juive du questionnement permanent, de l’interprétation voire de la controverse à propos de chaque aspect de la vie juridique, sociale, communautaire, et non seulement de points d’éthique ou de théologie. En se gardant de tout dogmatique à caractère totalisant, mais en pratiquant au contraire un certain relativisme et en cherchant à actualiser en permanence les principes et les lois qui fondent la vie en société sinon le rapport à la Transcendance.

Plus qu’un principe strictement démocratique comme la liberté d’opinion, d’association ou d’expression, c’est là l’un des fondements essentiels du judaïsme depuis son origine. Et qui devrait s’il était respecté, y compris et surtout par tous les religieux, garantir à la démocratie sa légitimité et sa pérennité.

Voilà donc un double coup de maître à l’actif de Netanyahu avec cet amendement de la Loi fondamentale.

D’abord imposer dans cette loi le principe longtemps défendu et ultra contesté d’un état d’Israël conçu comme un état juif pour les seuls Juifs.

Ensuite retirer toute référence à la démocratie.

Et donc au pluralisme et à la laïcité. Principes défendus avec ardeur par les pères fondateurs contre les Haredim. Une minorité en passe de devenir bientôt majoritaire dans le pays à la faveur d’une natalité galopante. Et qui tirent des bénéfices conséquents d’un statut d’exception proprement scandaleux. La plupart de ces Juifs ultraorthodoxes vivant pour la plupart reclus dans de véritables ghettos refusent en effet de travailler tout en étant payés par l’Etat, prétendant en tant que religieux n’être tenus de se consacrer qu’à l’étude de la Torah et à l’éducation de leur abondante progéniture.

Jusqu’à une époque récente ils veillaient à ne se se compromettre d’aucune manière avec un état et des institutions auxquels ils ne reconnaissent aucune légitimité. Vivant dans la schizophrénie la plus totale en tant que citoyens d’un état qu’ils combattent par ailleurs avec vigueur. N’hésitant pas pour certains à soutenir ouvertement ou à s’allier avec l’ennemi iranien ou les terroristes du Hamas hostiles à Israël, afin de précipiter la chute de ce qui n’est à leurs yeux qu’une ignoble imposture, et de hâter ainsi la venue du Messie.

Selon une vision messianique passablement archaïque de l’Histoire, seul le Messie quand il paraîtra pourra en effet selon eux restaurer la légitimité, la grandeur et la pureté religieuse de l’ancien Royaume d’Israël.

Une minorité qui pèse de plus en plus, et qui est en passe de devenir majoritaire dans un pays dont ils ont peu à peu noyauté toutes les institutions. Du moins dans ses fondements idéologiques sinon en prenant directement les manettes du pouvoir. Jusqu’à parvenir à imposer méthodiquement leur vision, saper les valeurs démocratiques, et substituer à un régime démocratique un modèle de société objectivement totalitaire.

Un modèle en passe de devenir une réalité. Et que certains intellectuels, officiers de l’armée ou des services de renseignement, et personnalités israéliennes de premier plan n’hésitent plus à comparer à l’Allemagne nazie.

Les victimes de ce scénario qui menace la paix et les équilibres stratégiques dans la région en flirtant avec des thèmes apocalyptiques ne sont pas seulement les vrais démocrates. En particulier ceux de de la gauche historique, depuis les premiers colons socialistes et les pionniers des kibboutzim. Ces grandes figures qui certes n’étaient pas des enfants de chœurs et savaient manier un fusil mais avaient à cœur de défendre un idéal de société vraiment démocratique, vraiment juste, fraternel, ouvert, solidaire et favorable aux minorités. Tout en assurant aux Juifs souhaitant vivre en Israël accueil, liberté, sécurité, solidarité et prospérité, notamment après les persécutions récentes ou plus anciennes dont ils furent les victimes.

Les victimes directes de ce basculement progressif dans les ténèbres sont évidemment les minorités ethniques et religieuses qui vivent ou travaillent en Israël : Arabes israéliens, musulmans, Palestiniens des Territoires. Mais aussi chrétiens, druzes, samaritains et autres. Lesquels vivent pour certains depuis des millénaires et de façon ininterrompue sur cette terre.

Mais aussi à plus long terme les Israéliens eux-mêmes. Dont la survie comme celle de l’état hébreu est à plus ou moins long terme mise en péril par les multiples provocations et égarements de ceux qui spéculent sur la xénophobie, la guerre et le chaos. En bafouant ouvertement tous les principes du Droit international et les engagements qu’ils ont eux-mêmes fait semblant d’accepter. Engagements sinon en faveur de la création d’un état palestinien voisin d’Israël (auquel une majorité de l’opinion publique demeure aujourd’hui favorable bien que les dirigeants actuels déclarent aujourd’hui clairement combattre cette idée), du moins en faveur d’un règlement pacifique et négocié d’un conflit qui s’éternise depuis au moins 70 ans.

Quitte à s’allier discrètement à l’occasion avec leurs ennemis déclarés afin d’entretenir un rapport de forces qu’il font mine de dénoncer mais qui leur est favorable politiquement et s’avère économiquement très rentable : de tous temps et en tous lieux la guerre a toujours été beaucoup plus profitable que la paix.

Enfin, cette politique est évidemment préjudiciable aux Juifs du monde entier. Lesquels dans leur majorité – du moins pour les Juifs américains – se sont peu à peu désolidarisés du soutien considéré comme acquis de la diaspora juive à Israël. Et qui condamnent ouvertement cette politique ultranationaliste, anti-démocratique et contraire aux valeurs du judaïsme, soutenue certes par le lobby juif proche de Washington, mais désavouée par une majorité de Juifs soucieux de défendre leurs valeurs.

Comme de lutter contre un antisémitisme résurgent dont ils sont parfois victimes. Un antisémitisme sur lequel spécule Netanyahu pour attiser les peurs et rallier de nouveaux soutiens. Et qui est largement alimenté par les ressentiments que nourrit un sionisme messianique conquérant et arrogant, brutal et cynique, que sa politique incarne depuis qu’il est revenu aux affaires. Et qui concentrent sur Israël comme sur les Juifs l’animosité de ses voisins et de ses ennemis. Notamment auprès des jeunes musulmans issus des minorités vivant en Occident, parfois tentés par des discours radicalement « antisionistes » sinon antisémites. Et qui parfois franchissent le Rubicon d’un engagement actif qui n’est pas simple complaisance envers le Djihad islamique.

Curieux monde que celui dans lequel nous vivons !

Un monde où fanatiques, religieux ou politiques véreux conspirent pour assassiner les démocrates et torpiller les efforts de paix. De Kennedy à Rabbin, combien ont succombé pour avoir osé tenter l’impossible ?

Un monde où l’on préfère souvent pactiser pour de sombres calculs d’intérêt personnel et de vils marchandages stratégiques ou économiques avec les pires régimes et les pires dictateurs : Erdogan, Trump, Netanyahu…

Alors qu’on vient officiellement d’enterrer la démocratie en Israël, la France s’honorerait de s’exprimer avec courage et raison d’une voix ferme sur ce sujet.

Quitte à rompre avec la coupable omerta européenne et occidentale sur un sujet ultra clivant, à propos duquel les politiques davantage soucieux de clientéliste communautariste que d’éthique s’accordent de plus en plus à renoncer à s’aventurer.

Merci à Danièle Kriegel pour cet édifiant article.

Aider les réfugiés, c’est sortir enfin de nos « refuges » !

Se réfugier : Se retirer en un lieu ou auprès de quelqu’un pour échapper à un danger ou à une chose désagréable : Se réfugier à l’étranger. (dictionnaire Larousse)

Ironie du mimétisme : qui est le réfugié de qui ? Le migrant qui sillonne les routes ? Ou le sédentaire qui lui ferme sa porte ?…

Terrain glissant : le sort des réfugiés en 2018 et le juste cap à adopter, entre devoir humanitaire et responsabilité politique…

On s’épargnera de commenter les offuscations outrancières et passablement pavloviennes qui ont accompagné l’annonce des mesures du ministère Collomb, pour hisser le débat au-dessus de ces chicaneries hexagonales.

Ce qui paraît évident pour tout esprit épris d’honnêteté, c’est qu’on ne peut prétendre faire « humanité » comme on fait peuple ou nation compte tenu des enjeux du 21e siècle, en subordonnant le sort des réfugiés à des préoccupations d’ordre strictement démographique, économique ou politique.

A ce titre, la persévérance admonitoire d’un homme d’exception comme le pape François, embarrassante pour certains esprits très pieux mais trop frileux, à vouloir placer les principes de l’éthique universelle héritée de la fine fleur du message évangélique au-dessus de tout autre impératif catégoriel, et à faire de l’accueil de l’étranger un devoir absolu, doit non seulement forcer l’admiration mais ouvrir les consciences les plus autistes et inspirer les décisions idoines.

Car en cette matière on ne saurait ni céder aux égoïsmes et aux angoisses des uns, ni au sentimentalisme béat des autres.

Car il en va non seulement de la cohérence de nos actes avec nos étendards droits-de-l’hommistes, de l’exigence morale et du devoir d’ingérence humanitaire attendus de nations libres et prospères, mais aussi tout simplement de l’avenir de l’humanité et de la planète.

Selon un simple calcul pragmatique, ne rien faire ou si peu reviendrait à subir passivement l’apocalypse migratoire annoncée comme un tsunami. Au risque de n’avoir pour alternative que la bunkérisation orwellienne de nos sociétés, sur fond de montées des fascismes et des nationalismes.

Mais la gestion de la crise migratoire ne saurait se résumer à des spéculations stratégiques.

Et il ne suffit pas de déplacer le problème comme le fait l’UE depuis 2 ans, en se débarrassant de la gestion des migrants à la faveur d’accords avec un dictateur turc qui s’amuse avec le goupillon de la grenade migratoire pour faire chanter les démocraties, en les obligeant à débourser des milliards et à fermer les yeux sur ses exactions liberticides.

Agir en faveur des réfugiés et non seulement « gérer la crise » suppose audace et concertation.

Ignorer ou repousser le problème, c’est créer des barrages chimériques qui céderont tôt ou tard avec une pression dévastatrice.

Angela Merkel a failli payer très cher sa fidélité aux valeurs humanistes portées par la CDU en ouvrant les frontières de l’Allemagne à plusieurs millions de réfugiés, non sans quelques calculs économiques à la clé pour accueillir une main d’œuvre fraîche apte à compenser le déficit démographique d’un pays vieillissant.

Aujourd’hui ce n’est pas l’Europe seule mais toutes les nations du monde qui doivent se concerter pour trouver des solutions afin d’encadrer les flux migratoires et accueillir ceux qui frappent à la porte des plus riches pour échapper à la guerre, la famine, la dictature, ou s’engouffrent dans la brèche pour tenter d’améliorer leur sort.

On ne résoudra pas la question avec des jumelles hexagonales braquées sur des arguties oiseuses à propos du droit d’asile, la porosité de l’espace Schengen, avec des atermoiements impuissants sur les naufragés qui viennent s’échouer sur nos côtes ou des leçons de morale assénées aux plus réfractaires à la souffrance d’autrui.

La solidarité due à nos frères en humanité qui paient le prix fort de la mondialisation et des violences qu’elle alimente peu ou prou partout sur la planète relève de notre responsabilité commune.

Elle devrait être hissée au rang de « Grande Cause Mondiale » par les Nations Unies, si ce machin n’était pas asservi aux intérêts des grandes puissances et corrompu par des préoccupations à trop court terme.

L’Europe seule ne peut pas grand-chose, même si elle peut davantage que ses nations isolées.

Sans les Etats-Unis dont il faut briser l’isolationnisme coupable, sans la Russie, sans la Chine ou des superpuissances montantes comme l’Inde, sans la collaboration des pétromonarchies du Golfe et de ce qu’il reste des nations du Moyen-Orient ravagées par les guerres et l’avidité des grandes puissances, sans le concert des peuples du continent africain, rien ne sera possible.

Prendre ensemble à bras le corps la question des flux migratoires alors que le changement climatique ne fait que commencer à en précipiter l’urgence, permettra non seulement d’y répondre efficacement et dans l’intérêt de tous. Mais cela conduira aussi à l’un des plus grands aggiornamentos éthiques que l’humanité ait jamais connu.

La question des réfugiés n’est pas qu’une délicate équation. C’est un défi et un aiguillon qui s’inscrit dans le gigantesque saut de conscience que nous sommes tous appelés à vivre durant ce siècle.

Comme les questions écologiques et la gestion équitable et responsable des ressources sur une planète qui comptera dans la seconde moitié de ce siècle plus de 10 milliards d’habitants.

Certains comme à Washington poursuivent encore des rêves arrogants et illusoires, prétendant ignorer les changements qui très vite les balayeront. Le monde forgé et dirigé par le capitalisme ultralibéral assujetti à la toute-puissance de l’argent-roi vit ses dernières heures.

De gré ou de force, la réalité s’imposera demain à tous et aucune infrastructure idéologique, économique, aucun étayage institutionnel ou politique ne pourra plus résister au plus grand bouleversement que l’humanité ait jamais connu.

Celle-ci devra s’adapter, muter, innover, grandir ; ou disparaître en précipitant sa chute.

La question des réfugiés est l’une des saillies de l’iceberg sur lequel le Titanic de nos orgueils viendra demain se fracasser.

Encore une fois ce n’est pas d’abord l’efficacité gestionnaire qui sauvera l’humanité ou le portefeuille des spéculateurs du Néant. C’est d’abord l’éthique et l’ouverture des consciences à un paradigme plus élevé que celui sur lequel toute notre civilisation postmoderne repose encore.

On parle beaucoup d’humanisme s’agissant de la crise des réfugiés, et bien peu de « conscience ». Or c’est le nerf du changement.

Ce que nous ferons demain ou ne ferons pas pour aider ceux qui n’ont d’autre solution que de s’arracher à leur terre pour survivre, déterminera de façon essentielle quel sens nous aurons su donner à cette grande question : « Qu’est-ce qu’être humain ».

La question n’est pas qu’une affaire d’humanisme et de solidarité. Mais avant tout de conscience et d’identité communes ! D’évolution et de survie.

Et par conséquence, plutôt que par nécessité causale, une question de capacité à agir. De responsabilité.

C’est-à-dire de liberté et de faculté à créer du sens, de la vie, de l’espace et de la réalité partagée.

La question est donc d’abord philosophique et spirituelle.

Elle transcende et dépasse tous les clivages politiques, idéologiques, religieux.

Elle est la matrice de l’humanité future.

En découleront notamment notre rapport futur à la propriété, aux richesses, à la terre, à l’habitat. Les nouvelles modalités de la citoyenneté et de la mobilité, la valeur des échanges et les valeurs et objectifs auxquels ceux-ci seront subordonnés : enrichir quelques-uns ou viser toujours l’intérêt commun ?…

Camps de réfugiés en Jordanie

Ce faisant, saurons-nous accoucher en toute conscience de nous-mêmes ? Donner corps et sens à cette entité supérieure dont nous ne sommes que les briques particulaires et qu’on nomme l’Humanité ?

Accepterons-nous enfin de subordonner nos appétits égoïstes, nos frilosités, nos intérêts particuliers, nos individualismes passagers, nos singularités caduques à la conscience globale émergente ? A abdiquer nos craintes et nos paresses pour enfin faire corps, faire Un ? Avec chaque autre semblable à nous, mais aussi avec chaque vivant ? Et, en filant l’asymptote, avec l’Univers entier ?

Nous sommes embarqués dans le grand manège, le grand tohu-bohu du Changement. Prêts à dévaler la pente et à vivre le grand frisson.

Nous cramponner ne ralentira pas l’allure. Nous agiter ne risque que de nous faire chavirer. Il faut suivre le mouvement, l’accompagner et même l’anticiper.

Ne pas céder au vertige mais accepter d’être catapultés hors de notre préhistoire avec confiance et enthousiasme.

Le crépuscule des pleureuses : sortir du « handicap » permanent

Message de Marine Toro, handicapée, au Président Macron, publié sur Facebook le 2 juillet 2017.

Voir aussi la vidéo sur Facebook.


Je comprends cette femme et compatis à ses difficultés.

Mais pleurnicher sur son sort et « quémander » comme elle dit en cherchant à apitoyer les foules et culpabiliser les gouvernants ne sert à rien.

Qui plus est, c’est une façon narcissique de se conforter dans un statut de victime éternellement dépendante des autres, en rejetant la responsabilité de ses problèmes sur des politiques boucs émissaires, forcément insensibles et ignorants des difficultés rencontrées par les plus fragiles.

Il y a de multiples « causes », justes et souvent oubliées, qui mériteraient d’être portées à la connaissance du plus grand nombre et justifieraient qu’on fasse appel à la solidarité citoyenne ou à la responsabilité des pouvoirs publics. Et pas uniquement ces causes entendues que la République a héritées de siècles de charité chrétienne : la Trinité compassionnelle pour « les pauvres », « les étrangers » et « les infirmes ».

Ce genre de méthodes qui consistent à publier des jérémiades et des doléances sur les réseaux sociaux est non seulement obscène, inefficace mais aussi franchement has been.

Plus que jamais nous devons rester vigilants à l’action concrète du Président et du gouvernement en faveur des plus démunis. Et ne pas nous contenter de belles promesses et de beaux discours.

Mais à toujours vouloir jeter la suspicion et le discrédit sur nos responsables politiques, on creuse un fossé toujours plus profond entre ceux-ci et nous.

Et on fait le jeu des aigris, des défaitistes et des extrêmes.

Sans comprendre que la « solidarité » n’est ni un droit acquis ni une dépendance exclusive à l’Etat-Providence.

Elle se construit dans l’action au quotidien par le souci de l’intérêt général au-delà des intérêts particuliers, et l’engagement constant de tous pour tous.

Or pour s’impliquer avec sincérité et efficacité dans cette démarche et ne pas se contenter de bons sentiments ou de harangues mélodramatiques, de même que pour défendre et faire vivre réellement notre démocratie, il faut aussi se retrousser les manches.

Multiplier les initiatives locales, participer à des actions concertées et solidaires pour aider concrètement ceux qui nous côtoient, et que nous ignorons trop souvent malgré nos belles déclarations sur les Droits de l’homme.

Et ne pas tout attendre du politique. Comme des enfants gâtés jouant sans cesse les victimes pour réclamer toujours plus de considération, de droits, du pain et du cirque.

Certes les personnes handicapées rencontrent des difficultés objectives, matérielles et financières, dans leur vie personnelle, sociale ou professionnelle.

Mais la France n’est sans doute pas le pire des pays au monde, loin de là, en matière d’aide aux personnes handicapées.

Bien au contraire, beaucoup est fait ici, même si c’est sans doute insuffisant et que ça ne doit pas nous exonérer d’une attention à l’autre. Notamment dans nos grandes villes, pour aménager l’espace public, faciliter les démarches, octroyer des aides et rendre la vie quotidienne plus facile aux handicapés.

Je me faisais cette réflexion il y quelques jours en constatant que les nouveaux bus électriques parisiens de la RATP étaient tous équipés de plateformes pour faciliter la montée et la descente des fauteuils roulants. Et que des espaces de plus d’un mètre-carré leur étaient réservés, avec des boutons à hauteur de fauteuil pour signaler le prochain arrêt.

Sans compter les nombreuses places de stationnement réservées à personnes handicapées sous peine d’amende sévère pour les contrevenants. Et qui souvent restent vides toute la journée dans des rues surchargées, où trouver une place pour se garer relève du parcours du combattant.

Plutôt que de nous venger de frustrations que nous avons en partie nourries par nos lâchetés, et assécher nos rancœurs en pratiquant une dégagisme forcené, il serait peut-être temps de prendre conscience que ce qui tue notre démocratie bien plus sûrement que la corruption des élites, ce qui stérilise notre capacité à « vivre ensemble » bien plus sûrement que le communautarisme ou le fondamentalisme, c’est cet esprit individualiste, égoïste et corporatiste dont nous crevons à petit feu.

Ce souci permanent du quant-à-soi, du « Moi je ! », du « Tout pour moi et rien pour les autres ».

Et cette incapacité à concevoir la solidarité autrement qu’au travers de nos petits bobos et de nos petits malheurs. En nous crispant sur nos chers « pauvres », qu’on plaint et qu’on cajole dans les talk-shows pour se donner bonne conscience, mais jamais sans leur tendre la pièce au carrefour.

Et surtout sans voir que d’autres beaucoup plus malheureux qu’eux viennent frapper à nos portes par millions.

Cette commisération convenue traduit une attitude proprement puérile, irresponsable, stupide et contre-productive.

Il faut en finir avec cette forme d’autisme égocentrique. Sans quoi nous nous condamnerions toujours à n’être que des victimes impuissantes et aigries. A pleurnicher et culpabiliser l’autre, surtout nos dirigeants, pour des malheurs et des injustices dont on les rend injustement responsables.

Jamais en nous comportant ainsi nous ne nous réconcilierons avec nos politiques. Et encore moins avec les autres, c’est-à-dire avec nous-mêmes.

Notre génération, celles des « bobos » nés au lendemain de la guerre, a grandi dans ces Trente glorieuses d’expansion euphorique, d’idéalisme romantique et de quête du bonheur matérialiste avec en toile de fond cette libéralisation des mœurs qui a déchaîné tous les caprices.

Elle a porté en en tirant les dividendes le triomphe d’une société matérialiste tout entière tournée vers la consommation effrénée et la satisfaction immédiate, compulsive et illimitée de tous les désirs et de toutes les revendications. Et elle n’a découvert « la crise » qu’une fois bien installée dans la vie professionnelle.

Cette génération vieillissante, et à juste titre souvent critiquée, n’a pas pris acte qu’une nouvelle génération venait d’accéder au pouvoir.

Celles des « momos » (mobiles moraux)*. Ces jeunes quadras qui ont grandi dans les années 1990, ont dû apprendre très tôt à s’adapter à un marché du travail précaire y compris pour les plus diplômés, à être en permanence réactifs, mobiles, attentifs aux changements. A se former toute leur vie pour continuer à évoluer. Et à changer souvent de métier sinon de pays.

Cette génération ne conçoit pas l’accès au bonheur autrement qu’au terme d’efforts, de travail, et selon une vision pragmatique des choses, quoique souvent hyper normative.

L’appel d’air créé par le dégagisme et La République en Marche a également aspiré vers les hautes sphères du pouvoir la génération suivante : celle des « yoyos » (young yobbos ou jeunes loubards).

Ces jeunes trentenaires nés au seuil des années 1980. Une génération totalement désabusée. Les yoyos sont revenus de tout. Ils sont hyper lucides et opportunistes, individualistes et jouisseurs. Ils ne croient plus en rien, surtout pas dans les gimmicks politiquement corrects. Mais ils croient à l’engagement concret, à la détermination et à l’initiative individuelle. Ils jonglent avec zèle avec les paradoxes de l’époque et surfent sur les opportunités qu’offre la société. Leur but est de profiter au maximum du moment présent, et d’assurer leur propre survie sinon leur bonheur en se moquant des règles, des convenances et de l’ordre établi. Non par esprit de révolte comme leurs parent bobos qu’ils trouvent trop rêveurs, mais par opportunisme.

A leur yeux cette société mensongère aux mains de manipulateurs cyniques, qui ressemble plus à une jungle impitoyable qu’à un paradis pour tous, n’a plus rien à leur offrir. Alors autant se démerder tout seul, naviguer en tribus mobiles, en se moquant des modèles qu’elle nous vend pour mieux nous asservir. Puisque le monde est violent, implacable, sans idéaux, sans perspective d’avenir et sans morale, alors c’est chacun pour soi et Dieu pour personne.

Une génération qui a pigé très vite que pour survivre il faut se lever tôt, saisir toutes les opportunités offertes par une société hyper marketée, hyper mondialisée et hyper technologique, faire du lobbying propre et du networking malin, s’aider soi-même en bousculant les normes et en ignorant les scrupules des moutons.

Mais aussi aider ses proches, sans attendre que les autres ou l’Etat volent à leur secours et résolvent leurs problèmes. Qu’il s’agisse de trouver du taf, un logement, un moyen de contourner les règles et les blocages kafkaïens de l’administration.

Pour ces ados mûris trop vite et malins comme des singes, les « pauvres » et tous ceux qui font profession de leur misère, les chômeurs qui se plaignent de ne pas trouver de travail et pointent à Pôle Emploi en réclamant plus de droits sans jamais rien foutre, ces Roms incapables de s’intégrer et de bosser sinon en faisant la manche, les poches ou la pute, et tous ces « handicapés de la vie » à qui des pleureuses bobasses viennent servir la soupe et tendre le crachoir, ne sont que des parasites méprisables qui jouent de la mandoline en apitoyant des bonnes âmes naïves sans jamais se bouger le cul, et qu’on ferait mieux de dégager fissa.

Ce n’est pas qu’il n’ont ni cœur, ni foi ni loi. Mais on ne la leur fait plus.

C’est cette « Génération Macron » bien en marche qui vient d’arriver au pouvoir. En invitant des quadras et des trentenaires de la « société civile » à devenir ministres pour conduire les transformations en profondeur voulues par le plus jeune dirigeant politique au monde. Et à grossir les rangs de cette nouvelle Assemblée constituée de novices en politique formés dans des « séminaires d’intégration ». Et qui ont remplacé des vieux carriéristes plan-plan et corrompus, clientélistes et népotiques, exclusivement préoccupés par leurs intérêts et ceux de leur petite cour.

Macron est un « momo » pur jus.

Élève brillant, enfant de la méritocratie, dynamique et volontaire. Mais aussi très marqué par ce trait générationnel qui veut que tout en restant tendu vers l’efficacité, en se voulant lucide et pragmatique, sans concession avec les aspects les plus sombres du réel ,mais sans esquiver pour autant les difficultés, on doit rester toujours par ailleurs sensible aux causes justes. Et attentif à tous ceux que la société a laissés de côté. Ceux qui n’ont pas eu la chance d’avoir des parents derrière eux pour les aider ou leur payer des études dans les écoles privées à 50.000€ l’année. Ou que leur sexe, leur âge, leur origine ou leur handicap rend plus vulnérables aux violences de l’époque.

Je n’ai aucun souci sur la capacité du nouveau Président à prendre à bras le corps les défis, et à tout faire pour trouver des réponses durables aux dysfonctionnements de notre vieille démocratie.

Comme je n’ai plus aujourd’hui aucun doute sur sa volonté sincère de construire une société « efficace et juste » qui temporise les chocs et rende les changements plus supportables pour les plus fragiles.

C’était d’ailleurs l’un des thèmes chers à son ami le philosophe Paul Ricœur. Un protestant et un socialiste, pour qui toute action politique et tout engagement collectif ne pouvaient se construire de façon efficace sans une volonté de compenser les violences de la société libérale. Un défi qu’aucune utopie ne saurait relever. Pas plus qu’elle ne saurait nous soustraire à ce monde injuste et violent. Sinon au risque de générer plus de malheurs en dénonçant la responsabilité des élites. Et plus de violences en prétendant la combattre par des révolutions plutôt que des réformes.

C’est pourtant ce à quoi conduiraient très exactement le projet de repli nationaliste du Front National. Comme le caillassage des institutions vendues au capitalisme voulu par les Insoumis.

Plus généralement, ce genre de comportements qui consistent à se justifier de sa passivité inconsciente ou volontaire en se réfugiant derrière une incapacité objective ou surjouée, est symptomatique de la difficulté qu’ont certains à entériner le changement de paradigme actuel.

Nous sortons d’une société marquée par une organisation verticale du pouvoir et des liens hiérarchiques, une société où tous les liens étaient fondés sur des rapports de forces, de dépendance et de vassalité. Et nous entrons dans une société radicalement nouvelle, où les citoyens seront vraiment libres, égaux et frères. Totalement interdépendants et interconnectés.

Une société vraiment « démocratique », une humanité unifiée au plan global, une civilisation du partage, de l’échange et de la solidarité. Où le sens de l’action ne s’appuiera plus sur la libre entreprise, la volonté d’accaparer pouvoirs et richesses au bénéfice d’une élite minuscule, mais sur la nécessité d’oeuvrer pour le bien de tous, chacun à son niveau.

Une société sans « rois » ni monarques élus dont le peuple « souverain » attendrait tout. Et qui se bercerait d’illusion en se prétendant le berceau de la démocratie et des Droits de l’Homme. Sans s’apercevoir que ses excès libertaires, égalitaristes, et son obsession du « social » et de la « solidarité » ne sont qu’un paravent pour dissimuler son incapacité à vivre concrètement ces valeurs inscrites aux frontons des mairies que sont la Liberté, l’Egalité et la Fraternité.

Cette société n’est pas encore advenue mais elle est bien en marche, même si les médias n’en font pas leurs choux gras.

La France depuis ces dernières élections vient enfin de prendre acte qu’un siècle nouveau s’était ouvert et qu’une nouvelle ère avait commencé. Que les choses ne pouvaient plus rester en l’état comme dans « le monde d’avant« . Qu’il était encore plus illusoire de chercher à revenir en arrière pour restaurer une « France éternelle » qui n’a jamais existé.

Qu’on ne pouvait non plus ni se satisfaire des purges ultralibérales facteur d’injustices, d’insatisfaction, de grogne, de délitement du corps social et de réactions violentes en retour. Ni des illusions socialisantes auxquelles mêmes les intéressés ne croyaient plus. Mais qu’à force de refuser d’ouvrir les yeux sur les bouleversements du monde et de s’enfoncer dans un déclinisme mortifère, on risquait fort de disparaître en tant que nation.

Si Macron a autant la cotte auprès des Français et séduit autant nos partenaires, c’est parce qu’il est en phase avec l’époque et symbolise un modèle d’exercice du pouvoir qui ne se contente pas d’être new look mais saisit en profondeur les enjeux et les défis du temps.Et entend y répondre de façon efficace et pertinente en n’oubliant personne sur le bas-côté.

Mais il ne faudrait surtout pas voir dans sa volonté de tout maîtriser en ne laissant rien au hasard ni aux polémiques une quelconque « dérive monarchique ».

Au contraire, Emmanuel Macron n’est pas un monarque absolu. Même si c’est un homme conscient de sa valeur et de ses capacités à offrir une alternative audacieuse au bourbier dans lequel se dépatouillaient ses prédécesseurs.

Une erreur serait de voir en lui un messie ou un homme providentiel. Disons que son élection marque une meilleure adéquation entre l’offre politique et les aspirations profondes des Français, leur désir de renouvellement et leur volonté de sortir du marasme décliniste.

Comme le dit le dicton : « Aide-toi et le ciel t’aidera ! »

Ou plutôt : « Lève-toi et marche ! »

Quand le Sauveur relevait les infirmes, les malades et les impurs de leurs infirmités, de leur maladies et de leur indignité, ce n’était pas pour les rendre dépendants. Au contraire, toute rédemption réelle est une libération. Un pied de nez à tous les déterminismes politiques, économiques, sociaux, culturels ou religieux. A toutes les assignations et à toutes les formes d’oppression.

Attendre un Rédempteur c’est se condamner à rater sa vie. Abdiquer son pouvoir de créer et changer les choses. Ne serait-ce qu’en changeant son regard sur une situation qu’on n’a pas nécessairement choisie.

« En marche les pauvres en esprit, les doux, les affligés, les affamés et assoiffés de justice, les miséricordieux, les cœurs purs, les artisans de paix, les persécutés pour la justice, les calomniés… »

« En marche » (vraie traduction du terme « bienheureux« ), ce n’est pas « Prends l’oseille et tire-toi ! »

« Soyez dans la joie et l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux. »

Ceux qui se lèvent quand la Vie appelle à se redresser, à recouvrer ses forces, à se mettre debout pour marcher, ceux-là sont déjà dans la joie.

Les autres, ceux qui se plaignent toujours, s’apitoient sur leur sort et demandent des comptes à la terre entière, aux autres ou à Dieu, ceux-là ont déjà leur salaire de malheur. Et il ne leur sera rien donné de plus. Au contraire, le peu qu’ils ont leur sera retranché.

A cette vérité spirituelle faisons correspondre des choix conscients et des comportements à même de nous servir vraiment.

Cessons de cultiver cette faiblesse, cette compassion feinte pour les délaissés. Une façon de nous conforter dans notre statut de privilégiés. Et de nous enorgueillir de la considération que nous cultivons à leur égard.

L’heure n’est plus à ces mensonges et à ces enfantillages.

L’heure est à la vérité.

Dont acte.

Exit les pleureuses. Et ceux qui se montrent en exemple en défendant leur cause, plus souvent en paroles qu’en actes.

Exit le business de la misère et les distributeurs de bonne conscience.

Place à la vraie solidarité, à la vraie charité, à la vraie fraternité.

Celle qui ne calcule pas et ne fait pas de différence entre un prince ou un SDF.

Celle qui considère que tout homme est digne et qu’aucune infirmité, aucun handicap ne saurait justifier ni une stigmatisation ni un statut d’exception.


Cf. Ne dites plus Génération X, Y, Z mais zozos, momos, bobos, cocos, yoyos...
Jean-Luc Excousseau présente la génération Zozos (les zoom zombies)