Ich bin ein Afrikaner, aber…

Mis en avant

Cet article fait suite à un précédent du même auteur publié sur ce blog et sur Agoravox.
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Manifestation aux Etats-Unis à la mémoire de George Floyd
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Manifestation de soutien à Adama Traoré organisée à Paris le 2 juin 2020 par le Comité Adama devant le Palais de Justice de Paris

Je profite de l’occasion qui m’est donnée par les commentaires laissés à la suite de ce premier article pour préciser et prolonger ma pensée sur un sujet qui à l’évidence passionne les Français. Et remercier au passage toutes les personnes qui ont pris la peine de lire et commenter.

Beaucoup l’auront compris : l’article Ich bin ein Afrikaner abordait la question du meurtre raciste de George Floyd par un policier blanc, la vague de manifestations, les indignations et débats passionnels qu’il a suscité aux Etats-Unis, sous un angle bien précis : celui de la solidarité due à une victime emblématique d’une communauté stigmatisée et longtemps persécutée.

D’où cette expression empruntée à John Kennedy venu en juin 1963 exprimer son soutien aux Berlinois de l’Ouest à l’occasion des 15 ans du blocus de Berlin : « Ich bin ein Berliner ! »

Une occasion de rappeler qu’historiquement et génétiquement nous autres humains partageons tous la même origine lointaine, l’Afrique, d’où les premiers hommes, noirs, partirent peupler le vaste monde. Que cela plaise ou non cette origine commune est un fait et on ne pourra jamais l’effacer.

Bien sûr les critères ethniques, génétiques et linguistiques développés au cours des longues migrations de populations au fil des millénaires ont segmenté notre humanité en peuples, en races, différentes sinon opposées. Certains critères différenciant très visibles, comme la couleur de la peau, noire d’ébène pour certains, blanc porcelaine pour d’autres. D’autres plus secondaires ou subtils, comme la taille, la morphologie, les traits du visage, l’adaptation physiologique à certains climats, la résistance immunologique à certaines maladies, etc.

Et bien sûr les multiples langues, dialectes, idiomes qui fragmentent nos façons de communiquer en une multitude de parlers plus ou moins proches ou éloignés des autres.

Une réalité enfouie dans l’inconscient collectif de l’humanité. Et traduite selon les cultures par des mythes comme celui de la Tour de Babel. Lequel évoque une humanité autrefois unie, dont les membres pouvaient communiquer aisément dans une même langue. Puis fragmentée en des langues, des cultures, opposées et rivales les unes des autres.

Comme l’aurait sans doute rappelé René Girard, ce mythe évoque d’un des fondements tragiques de toutes les cultures depuis la nuit des temps : les mécanismes de la violence mimétique. Cette violence s’exprime depuis l’homme de Cro-Magnon et jusqu’à notre époque postmoderne. Notamment au travers des cristallisations raciales sur la couleur de peau, l’apparence physique, l’origine réelle ou supposée des uns et des autres.

Certains commentateurs ont souligné avec justesse qu’une majorité de Brésiliens contemporains partageaient plus de caractères génétiques avec des Européens – disons les Portugais – qu’avec des peuples africains dont les fils de ces premiers esclaves arrivés sur les côtes du Brésil sont les descendants. Ceci est exact. Et prouve la prédominance des facteurs racialistes dans les préjugés racistes ou raciaux qui jouent un rôle déterminant dans les mécanismes du mimétisme dans l’un des pays les plus métissés mais aussi les plus violents au monde.

A quoi faut-il donc s’attacher ? A raviver ou pérenniser ces stigmates qui aliment des discours et des préjugés, attisent la haine et la violence entre les hommes ? A nier au contraire l’existence de critères objectifs différenciants dans une forme de cécité coupable, comme des souris qui voudraient nier l’existence du chat devant elles juste avant de se faire dévorer ?

Ou en les combattant, en les démontant, en montrant que si des différences objectives existent, ethniques, culturelles, géographiques, linguistiques sinon « raciales », elles ne sont que relatives, partielles, et constituent des points de cristallisation de discours subjectifs ? Et qu’en aucun cas elles ne peuvent justifier qu’on en fasse des absolus, des totalités, des tabous, des prétextes pour justifier des discours visant à généraliser, à catégoriser, à inférioriser, à stigmatiser, à persécuter, haïr ou tuer.

Il ne s’agit pas non plus de combattre le racisme de façon négative, mimétique. Comme certains militants de l’antiracisme qui s’en prennent aux racistes réels ou supposés en se laissant piéger dans les mêmes discours absolutistes, totalisants sur « l’homme blanc ». Et en s’enfermant dans une haine symétrique à cause de leur blessure, qui devient à son tour une nouvelle forme de racisme. Un racisme éternellement reproduit qui enferme l’Histoire dans une dialectique macabre résumée à un combat de domination entre les races, aux violences et aux erreurs liées à l’esclavage ou à la colonisation. Une façon de figer les identités collectives. Et de transformer pour toujours le Noir en une victime innocente, et le Blanc en un éternel raciste esclavagiste, colonialiste, exploiteur, dominateur.

La seule façon de sortir de ces pièges du mimétisme, c’est de mettre l’accent sur le fond commun de l’humanité. Et sur le fait, surtout à cette époque si déterminante dans notre Histoire, que l’humanité est une entité une et indivisible. A la manière dont notre République française est conçue comme une et indivisible.

Et de considérer les différences réelles entre les êtres comme des moteurs de la relation à l’autre, le fondement de l’altérité, dans un monde qui voudrait faire de nous soit des clones, soit des pierres de scandale mimétique qui nous opposeraient nécessairement les uns aux autres.

Un autre angle d’analyse, plus politique celui-là, et qui n’avait volontairement pas été abordé dans l’article original, concerne la récupération politique qui a été faite de ce tragique événement aux-Etats, puis dans le monde. Et les différences culturelles entre la France et les Etats-Unis.

Notamment ce parallèle, mensonger et odieux à bien des égards, vite brossé entre l’affaire Floyd et l’affaire Adama Traoré. Avec ce qu’il faut bien appeler une récupération sinon un rapt politique effectué par quelques associations d’extrême gauche pour instrumentaliser une affaire typiquement américaine. En faire une généralité qui concernerait tous les Noirs dans le monde, et mettre sur la table des revendications en bravant l’interdiction de manifester liée au confinement et en forçant l’opinion publique et le pouvoir politique à se prononcer sur des sujets qui ne relèvent pas franchement de la priorité nationale.

Rappelons les faits pour démonter cet amalgame grossier. Dans un cas un policier blanc américain connu pour son goût de la violence et ses propos racistes plaque au sol un citoyen noir américain, l’immobilise, et malgré ses cris manifestant son impossibilité de respirer (« I can’t breathe », repris comme slogan par les manifestants), s’entête à le maintenir durant plus de 8 minutes dans cette position dangereuse réputée létale. Jusqu’à ce que l’intéressé s’évanouisse puis décède des suites de ces violences policières durant son transport à l’hôpital.

Il ne s’agit pas d’une simple « bavure » mais bien d’un meurtre à caractère raciste commis par un policier conscient de ses actes. Et donc d’un homicide, volontaire ou involontaire, ce sera à la justice de le déterminer.

Aussi violent et révoltant ce crime puisse-t-il paraître, il ne constitue ni un cas exceptionnel, ni un cas isolé. Mais c’est justement pour cela qu’il revêt une importance capitale et constitue un symbole dans l’Amérique de 2020. Surtout en pleine campagne électorale pour la réélection d’un homme qui avait fondé une grande partie de sa campagne en 2016 sur l’exploitation de thèmes racistes, xénophobes, en flattant dans ses meetings les plus bas instincts d’une Amérique blanche, raciste, anti-intégrationniste et frustrée par deux mandats consécutifs d’un Président noir présenté comme l’aboutissement du mouvement d’émancipation d’une communauté longtemps victime de l’esclavage, de la ségrégation, de l’absence de droits égaux.

On ne peut dissocier le meurtre de George Floyd de l’Histoire des Etats-Unis. Un pays qui s’est constitué faut-il le rappeler sur une amnésie à propos du plus grand génocide de l’Histoire, celui des Amérindiens. Puis qui s’est développé économiquement grâce au commerce et à l’exploitation d’esclaves noirs venus d’Afrique. Dont les descendants n’obtiendront la reconnaissance et des droits égaux, au terme de décennies de lutte pour les droits civiques, qu’en 1964. Ce qui n’abolira pourtant pas la haine et les crimes racistes dans certains états.

Une communauté qui subit encore aujourd’hui des humiliations quotidiennes, des insultes, des violences, qui est la cible de crimes arbitraires. Et qui représente le plus fort pourcentage de détention dans les prisons américaines.

En outre les Etats-Unis se sont construits dès le début sur une conception de la démocratie très différente de la nôtre. Le communautarisme et le multiculturalisme sont indissociables de la culture américaine. Le Rêve Américain s’est constitué sur le modèle du melting pot. Un modèle de société qui agrège des communautés de migrants venus d’Europe, d’Afrique, du Moyen-Orient ou d’Asie. Mais qui prône une séparation étroite entre celles-ci. Séparation raciale : en principe les fils de colons blancs n’épousent pas des filles d’esclaves noires, et les WASP de Manhattan ne fricotent pas avec les Juifs orthodoxes de Brooklyn. Séparation géographique : à chacun son quartier sévèrement gardé et gare à celui qui s’aventure sur les terres du voisin. A ce titre la vision très baroque des bas-fonds de New York au 19e siècle dépeinte par le réalisateur Martin Scorcèse dans Gangs of New York, ou celle plus romantique du New York des années 1950 dans West Side Story, ne sont pas très éloignées de celle plus contemporaine des ghettos des banlieues pauvres de New York ou de Los Angeles tenus par des gangs de Noirs, de Portoricains ou des descendants de colons irlandais.

L’Amérique est ségrégationniste depuis l’origine et le reste, malgré tous les discours égalitaires et le mythe de l’American Dream, sans cesse dénoncés par une réalité puissamment inégalitaire, violente et chaotique.

La France n’a ni la même Histoire, ni la même culture, ni le même socle éthique. La France est un vieux pays. L’esclavage y a été définitivement aboli, y compris dans les colonies, en 1848, sans que le sang n’ait eu besoin de couler. Quant aux USA, ce n’est qu’au terme de 5 années d’une guerre civile terrible et d’une sécession entre les Etats du Nord abolitionnistes et du Sud esclavagistes que le Président Lincoln obtint du Congrès en 1865 l’abolition de l’esclavage. Ce qui ne mettra pourtant pas fins à la ségrégation dont les Afro-américains sont victimes, et qui durera encore un siècle jusqu’au vote du Civil Rights Act en 1964.

L’élection de Barack Obama en 2009 aurait dû mettre un terme définitif à 5 siècles d’ostracisme. Hélas l’Histoire démontra 8 ans plus tard qu’elle était capable de cuisants revers. Et ce sont désormais les unionistes, les suprématistes et les groupuscules néonazis qui tinrent le haut du pavé durant les 4 ans du mandat de Trump. Du moins jusqu’à ce réveil unanime de conscience politique afro-américaine et des émeutes qui suivirent le meurtre de Floyd.

Une situation radicalement différente en France. Un pays fondé sur des idéaux libertaires, égalitaires et fraternels, où tous les citoyens jouissent réellement d’un statut et de droits égaux, qu’ils soient blancs, noirs, catholiques, juifs ou athées. Et ce depuis l’instauration de la Première République en 1792.

D’autre part la France est fondé sur le principe généreux d’assimilation pour les nouveaux arrivants, qui offrent à ceux qui désirent acquérir la nationalité française les mêmes droits que ceux sont français depuis plusieurs générations. Elle refuse radicalement et combat le communautarisme et toute forme de séparatisme identitaire, ethnique ou religieux, comme dans le cas de l’islamisme.

En conséquence, vouloir assimiler le combat de la communauté noire aux Etats-Unis, dont le symbole à la suite de milliers d’autres Noirs injustement assassinés est aujourd’hui George Floyd, aux revendications des indigénistes, des anticolonialistes, des néoracialistes, des islamistes et autres intersectionnels d’extrême gauche (ou de l’extrême droite islamiste) qui voudraient faire d’Adama Traoré un symbole au même titre que Floyd est une magistrale imposture, qu’il faut démonter et dénoncer avec la plus extrême vigueur.

La France n‘est pas un pays raciste. La Police française n’est pas raciste. A ce titre les crimes commis envers les Juifs durant l’Occupation par la Police de Vichy restent dans toutes les mémoires. Et constitue un anti-modèle pour la Police de la République.

Il y a des racistes en France. Il y a des préjugés raciaux chez certains Français. Mais il est mensonger de prétendre que tous les Français seraient racistes. Que tous les Blancs seraient tous des racistes. Et que tous les Noirs français ou étrangers ou tous les immigrés seraient tous indifféremment victimes de racisme en 2020. Comme si rien n’avait changé depuis l’esclavage et la colonisation, qu’on devrait sans cesse renvoyer à la figure à la majorité blanche. Ou comme s’il était dans l’ADN du Blanc d’être raciste et violente envers les autres races.

D’ailleurs en France il n’y a pas de « majorité blanche ». Ni de communauté ceci ou cela. Il n’y a que des citoyens français. Point barre. Rien de détermine la qualité ou l’identité de qui que ce soit selon les lois et principes républicains, relativement à sa couleur de peau ou son appartenance ethnique réelle ou supposée. Ce n’est pas la République qui isole et stigmatise. Contrairement à ce que tous les discours sociologisants sur l’urbanisme des Trente glorieuse ou les discriminations à l’embauche voudraient nous faire avaler. Certains voudraient essentialiser leur mal-être et en rendre responsables la France, la République, les citoyens français ou « les Blancs ». Mensonge !

Au passage il n’y a pas plus raciste aujourd’hui que cette attitude qui consiste à réintroduire la notion de race pour déterminer les relations entre les êtres. Et d’assigner aux Noirs un statut absolu et incontestable de victimes. Et aux Blancs celui de bourreaux.

Quant à Adama Traoré, faut-il rappeler que son décès consécutif à son arrestation n’avait absolument rien de volontaire encore moins de raciste de la part du policier.

En outre, quand on regarde à la loupe le pedigree de cette famille Traoré qui aujourd’hui s’élève en chantre de la morale, de la vertu, prétend donner des leçons à la Police, à l’exécutif, à la France et aux Blancs, il y a de quoi hurler de rire.

Il y a dans cette double imposture et dans cet amalgame frauduleux entre l’affaire Floyd et l’affaire Traoré une manipulation obscène et révoltante. Et qui ne sert en définitive qu’à justifier une haine viscérale de la France sans cesse accusée de racisme (« d’Etat » !), culpabilisée, ethnicisée, racialisée et clouée au pilori.

Disons-le tout net : ces gens n’ont rien à faire ici. Soit ils sont français et doivent respecter comme n’importe quel autre citoyen les lois de la République. Soit ils sont étrangers et doivent choisir un autre pays d’accueil plus conforme à leurs exigences. Et s’ils continuent de menacer l’ordre public comme ils le font aujourd’hui ils doivent être chassés.

On l’aura compris : lutte contre le racisme suppose discernement et détermination. Pour ne surtout pas céder aux sirènes de la culpabilisation ou de l’instrumentalisation. Et se monter ferme face aux préjugés et injustices liés au racisme n’exclue pas de l’être également face à la tentation de l’irénisme, de la mauvaise conscience ou de la confusion.

Ce n’est qu’à cette condition qu’on pourra à la fois respecter les écarts et les différences, et construire un avenir pacifique fondée sur une réelle Unité.

Le meilleur moyen de faire échec au Système ce n’est pas la révolution, c’est l’esprit

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L’imagerie complotiste est souvent hantée par l’idée que la planète serait gouvernée par une organisation fantôme regroupée sous la bannière des Illuminattis.

Une secte qui remonterait aux Illuminattis de Bavière, un courant de la Franc-maçonnerie né au 18e siècle. Voire à l’Antiquité comme l’attesterait la symbolique maçonnique qui fait référence aux dieux égyptiens Isis et Osiris en tant qu’archétypes du masculin et du féminin.

Cette société secrète serait aussi puissante que secrète. On lui prête des pratiques et des pouvoirs occultes voire sataniques. Grâce à ces pouvoirs et à sa faculté d’infiltrer tous les rouages de la société, elle tirerait les ficelles de l’Histoire et en dessinerait la trame. Elle aurait ainsi placé depuis toujours sur le trône des grands empires des hommes et des femmes de pouvoir parmi de ses plus hauts gradés, ou des marionnettes à sa botte. Aujourd’hui elle constituerait une élite mondiale ploutocratique et placerait ses pions à la tête de tous les partis politiques, des institutions mondiales, de la haute finance et des grandes multinationales.

Elle déclencherait sournoisement des guerres et des soulèvements afin de déployer une stratégie occulte à même de servir les intérêts de l’élite et de mieux asservir les peuples. Elle manipulerait les consciences grâce aux différentes religions, aux idéologies, aux croyances ancestrales ou nouvelles dont elle détiendrait les clés. Mais aussi grâce aux médias et à l’industrie du divertissement qui seraient sous la férule de ses adeptes.

Symbole de la Conscience, « l’œil qui voit tout » est souvent associé dans l’imagerie complotiste à un symbole « illuminatti », notamment parce qu’il est représenté sur le dollar américain. En réalité c’est un symbole universel qui trouve son origine dans la glande pinéale ou épiphyse, une glande de la taille d’une amande située dans le cerveau et qui agit essentiellement au moment de la naissance et de la mort en libérant de puissants médiateurs chimiques comme la DMT, dont la fonction aurait à voir avec notre esprit et le passage de celui-ci vers d’autres dimensions de la Réalité.

Cette lecture paranoïaque du monde et du pouvoir est évidemment délirante.

Bien sûr il existe des élites qui se concertent pour décider du sort des peuples sans forcément leur demander leur avis. Bien sûr la concentration des pouvoirs et des richesses est une réalité. Bien sûr il existe une petite classe de ploutocrates toujours plus étroite qui entend maintenir ses privilèges. Bien sûr les stratèges des grandes puissances économiques et militaires, les agences de renseignement, les cabinets de consulting qui conseillent les directoires des grandes banques et des multinationales, et les éminences grises des grands courants politiques font tourner leurs ordinateurs et plancher leurs think tank pour élaborer des stratégies à même d’avancer leurs pions sur l’échiquier mondial au mieux de leurs intérêts. Quitte à prendre des libertés avec l’éthique et la loi, à communiquer de façon mensongère pour paraître exemplaire tout faisant le contraire des objectifs affichés, en recourant à l’occasion à des réseaux mafieux ou terroristes pour organiser les trafics ou déstabiliser une région, etc.

Même si ces arrangements avec la morale et la vérité sont le lot commun des officines du pouvoir, pour lesquelles la fin justifie souvent les moyens, même si la démocratie est plus souvent dans les faits un mythe qu’une réalité, cela ne fait pas pour autant des puissants de ce monde des adeptes de Satan ou des mangeurs d’enfants.

Croire cela revient à penser naïvement que le Bien est d’un côté – celui des faibles et des opprimés – et le Mal du côté des riches et des princes. Une vision héritée d’un christianisme dévoyé, teinté de marxisme, d’idéologie révolutionnaire, voire de millénarisme.

Ainsi la théorie du complot judéo-maçonnique née dans les années 1930 refait surface sous les traits d’un antisémitisme déguisé en croisade antisystème. De même les réseaux anarchistes ou d’extrême droite nationaliste inondent la toile de théories fumeuses et de vidéos choc dénonçant le Nouvel ordre mondial mis en place par les Illuminattis. Recyclant au passage des fantasmes malthusiens de diminution programmée de la population mondiale, d’une 3e guerre mondiale imminente et d’un fascisme ultrasécuritaire et planétaire imposé aux peuples comme seule issue possible au chaos programmé.

Les fanatiques religieux ne sont pas en reste, qui voient dans la montée de chocs identitaires, communautaires, idéologiques et religieux les signes de l’Apocalypse qui précèdera la venue du Messie et le triomphe des élus sur les forces du mal.

D’autres théories plus fumeuses encore annoncent l’arrivée prochaine des aliens pour sauver la race humaine de sa destruction amorcée par les adorateurs de Mammon.

Dans une version plus soft, l’échiquier politique se recompose partout autour de nouveaux thèmes, non plus droite contre gauche ou libéralisme contre lutte des classes, mais partisans du système contre « souverainistes » antisystèmes.

L’élection de Donald Trump à la tête de l’état le plus puissant du monde a démontré qu’à défaut d’un vrai candidat antisystème les électeurs pouvaient préférer un clown milliardaire anticonformiste, raciste, violent et vulgaire à la figure policée de l’élite politique, économique et médiatique.

Car si les Illuminattis sont une chimère, le Système lui existe bel et bien. Et fait tout pour se maintenir même s’il craque de partout.

Essayons de comprendre les vrais enjeux actuels non pas au plan mythique ou symbolique mais au plan spirituel.

D’un côté nous sommes face à un monde qui se fissure et s’achemine vers sa destruction, entraînant dans sa chute des crises, des souffrances et des malheurs. Rien n’y fera rien : malgré l’énergie déployé pour maintenir en vie cet ancien monde, chacun sait ou sent que celui-ci est irrémédiablement condamné.

Ceux qui fantasment sur une secte qui en détiendrait les rouages et préparerait l’avènement d’un gouvernement mondial de type totalitaire ne sont pas tout à fait dans l’illusion mais commettent l’erreur de séparer d’un côté les bons dont ils feraient partie et de l’autre les méchants. D’un côté les victimes surnuméraires, et de l’autre une clique de pourris cyniques avides de fric et de pouvoir.

Ceux qui voient les choses ainsi sont esclaves sans le savoir des représentations que le système alimente chaque jour. Et plus dans une volonté de le concurrencer en prenant la place de ceux qui les asservissent, plutôt que de l’anéantir. Même quand ils prétendent vouloir se révolter, fédérer les insoumis et mettre à bas le Moloch, en vérité ils veulent réclamer leur part du gâteau et remplacer une dictature par une autre : celle du peuple contre celle de l’élite. Et un totalitarisme par un autre : celui de la transparence égalitariste contre la transparence de Big Brother.

En vérité nous sommes tous reliés et tous complices à un titre ou un autre de ce système que nous rejetons et de ceux qui l’alimentent.

Tous nous consommons les mêmes joujoux technologiques qu’on nous vend pour nous distraire et nous surveiller. Tous nous consommons les mêmes divertissements abêtissants, les mêmes films qui mettent en scène de façon allégorique ou parodique notre décadence, notre oppression et notre fantasmatique espoir de libération grâce à des héros providentiels.

Tous nous rêvons d’un ailleurs, d’un monde meilleur, plus juste et plus fraternel, mais pour l’écrasante majorité nous restons englués dans l’individualisme consumériste ou au mieux privilégions nos proches ou notre communauté quand la compétition fait rage et que la peur de l’autre s’installe.

Quant aux marchands de soupe et aux apôtres du système, ils répondent aux mêmes aspirations : servir leurs intérêts et se préserver contre l’avidité du plus grand nombre.

Une seule et même émotion gouverne l’écrasante majorité du genre humain : la peur.

C’est elle qui nous pousse à ériger des murs, des barbelés, des frontières réelles ou imaginaires, à désigner des coupables ou des boucs émissaires, à se méfier de l’autre au lieu de chercher à partager et collaborer, à vouloir toujours plus nous protéger, toujours plus de surveillance, toujours plus de transparence. Et qui conduit finalement à nous retrouver toujours plus angoissés, crispés sur nos possessions et nos certitudes, incapables de lâcher prise et d’aller de l’avant. Et ne pouvant voir l’avenir que sous les traits les plus sombres que nous présente chaque jour une actualité faite de drames et de catastrophes.

La véritable clé pour sortir de cette impasse tragique est d’ordre spirituelle.

Chacun à notre échelle individuelle, nous ne pouvons changer le monde. Même le pouvoir sur nos propres vies nous paraît de plus en plus limité. Et mêmes nos dirigeants que nous élisons pour nous gouverner, nous représenter et défendre nos intérêts n’ont objectivement plus beaucoup de marge de manœuvre face aux institutions supranationales qui décident des moindres détails de notre vie quotidienne. Quand ils ne font pas alliance avec le système pour faire carrière et penser d’abord à eux.

Faut-il décapiter tous les corrompus, au risque de nous retourner seuls incapables d’assumer des responsabilités auxquelles nous ne serions pas préparés ?

Faut-il revenir au paradigme précédent ? Arrêter la course du temps et stopper la mondialisation ? Ou au moins en limiter les effets en se barricadant chez soi comme le voudraient les nationalistes ? Faut-il régresser et sanctifier de nouveau sa patrie, sa cellule familiale, sa communauté ou son petit quartier ? Nous limiter à ces petites identités fractionnées, alors que le monde post-moderne nous pousse à voyager, à rencontrer, à nous nourrir des différences au lieu de les rejeter, quitte à nous déraciner ?

Là encore l’angoisse resurgit sous les traits d’une peur de se voir noyé, dilué, oublié dans un grand Tout indistinct. Ou d’être happé, phagocyté, avalé par un « autre » qui nous envahirait et dont la natalité galopante finirait par avoir raison de notre culture qui serait un jour balayée. C’est la théorie du « grand remplacement », qui conduit les politiciens nationalistes à faire croire à tous les déclassés qu’ils pourront retrouver leur place et leur dignité à la seule condition de virer ces envahisseurs opportunistes, ces étrangers qui viennent leur voler leur pain et substituer leurs coutumes barbares à leurs traditions les plus authentiques.

La seule façon de conjurer définitivement ces peurs et d’envisager l’avenir collectif sous un jour radieux, c’est de considérer que l’autre n’est pas un ennemi et que nous aspirons tous au même bonheur.

Et que les élites ne sont pas une caste séparée du peuple mais des hommes et des femmes sans doute plus gâtés et souvent plus égoïstes mais somme toute obéissant aux mêmes critères et aux mêmes désirs profonds.

La seule vraie différence se situe dans la façon dont nous décidons d’agir : soit pour nous-même, soit pour le bien de tous.

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Chacun à notre niveau nous avons à chaque instant cette même capacité d’élire comme dieu soit notre petit moi recroquevillé et pétrifié de peur qui réclame toujours plus d’attention, soit de lui tourner le dos et de servir avec amour celui qui est à côté de nous, et de proche en proche l’humanité tout entière.

Si chacun agit de la sorte, toute velléité de possession, tout réflexe de violence né de la crainte de mourir, d’être anéanti ou agressé, disparaîtra aussitôt.

Changer d’attitude peut paraitre risqué sinon impossible.

Car comment être certains que tout le monde jouera le jeu ? Et que cette invitation à baisser la garde ne soit pas une ruse de plus du Système pour mieux nous manipuler ? Si tout le monde ne s’engage pas en même temps sur cette voie, on peut légitimement craindre de se faire bouffer en jouant les élèves modèles ou les bons samaritains.

Alors à quoi bon ?

Sauf que rien ne change sans quelques aventuriers qui tracent la voie. Les moins peureux se sont déjà engagés sur cette voie. Le monde dont certains rêvent sans y croire existe déjà. Même si les médias n’en parlent pas parce que c’est beaucoup moins vendeur que les catastrophes et la lie puante qu’on nous sert quotidiennement.

Il suffit juste de changer de lunettes. Et de regard. Sur le monde, mais d’abord sur soi.

La seule chose que nous puissions réellement changer, c’est nous-mêmes. Et la première chose que nous pouvons facilement changer en nous-mêmes, c’est notre regard.

Osons changer notre regard sur nous-mêmes. Osons croire que nous sommes capables de penser, d’énoncer les choses et d’agir différemment. Que nous pouvons modifier nos croyances et nos représentations.

Tout est question de tentative et de persévérance. Car on ne réussit pas du premier coup à modifier des croyances et ses habitudes ancrées depuis des années voire des siècles dans nos cerveaux.

Commençons par des petites choses. Puis essayons de modifier des choses de plus en plus essentielles.

Cela peut commencer par notre façon de consommer, de choisir nos loisirs, notre façon de communiquer, nos relations avec nos proches, notre façon de travailler, notre relation à ce que nous possédons, la façon dont nous échangeons, dont nous conservons ou nous détachons de l’inutile et du superflu.

Cela peut ensuite concerner nos engagements collectifs, notre vie familiale, affective et sexuelle, nos principes d’éducation, notre système de valeurs, nos croyances religieuses, voire notre identité.

Qui sommes-nous en vérité ? Sommes-nous limités à la personne que nous sommes aujourd’hui ? Ou sommes-nous bien plus ? Sommes-nous la somme de ce que nous avons été, ou juste celui que nous croyons être aujourd’hui ? Sommes-nous ce que notre personnage public ou les autres nous renvoient comme image pour satisfaire notre ego, ou cet être profond qui aspire à de bien plus grandes choses ?

Nos capacités se limitent-elles à ce que nous avons jusqu’à présent expérimenté, ou serions-nous détenteurs d’un potentiel infini ? Notre vie s’arrête-t-elle à notre mort ou sommes-nous des êtres éternels ? Sommes-nous juste des individus séparés les uns des autres ou chacun de nous vit-il dans le cœur de ceux qui l’aiment ?…

C’est à toutes ces questions qu’il faut chercher des réponses. En n’essayant pas de nous réformer pour devenir parfaits. En ne cherchant pas à nous dénaturer pour correspondre à un idéal. Mais en expérimentant d’autres manières d’être au monde. Et surtout en allant à la rencontre de l’autre. En agissant les uns pour les autres.

Alors les peurs et les rancœurs relatives à ce monde injuste et violent, au désordre, à l’avenir, à ce système inhumain qui nous écrase, disparaîtront d’elles-mêmes peu à peu. De même que les regrets, les remords, les ressentiments et tout ce qui nous rattache à un passé qui n’est plus.

Le changement ne dépend de rien d’extérieur : ni système de remplacement, ni sécurité illusoire, ni outils ni moyens à inventer, ni amour que nous n’aurions déjà reçu. Tout est déjà là. Tout est déjà donné, et en abondance ! Il suffit de puiser.

Longtemps demeurera cette sensation du manque. Mais la seule façon de la combler et d’obtenir ce qui paraît nous faire défaut, c’est de le donner à d’autres. Ce que tu veux avoir ou réaliser, fais-le d’abord pour les autres.

Ce principe altruiste est l’exact contraire des valeurs individualistes promues par le système qui veut des individus fermés, séparés, dépendants de lui et surtout pas solidaires les uns des autres.

Il n’est pas non plus l’équivalent d’une sorte de charité sacrificielle. Ni d’un système de redistribution équitable où chacun trouverait son compte.

Car puisque la séparation n’est qu’une illusion, ce que nous donnons à l’autre, en vérité nous le recevons au moment-même où nous en faisons cadeau.

Pour anéantir le pouvoir d’un système qui semble nous opprimer, nul besoin de le combattre ni de faire la révolution. Toute violence contre lui ne fait en réalité que le renforcer. Et justifier qu’il se défende en usant de violence légitime.

Pour sortir de ce système et lui ôter tout pouvoir sur nous, il faut s’en remettre au pouvoir de l’esprit.

Car l’esprit est libre tant qu’il ne devient pas complice de son aliénation. Et aucun pouvoir, aucun système malgré toutes ses ruses, ses séductions et ses tentatives pour nous fasciner et nous garder sous son emprise ne peut gouverner notre esprit.

Si nous avions conscience de notre infinie liberté et de notre infini pourvoir de création, les murs qui nous enferment s’écrouleraient sur le champ. Et plus aucune limite ne pourrait surgir sur l’horizon de notre pleine et entière capacité à réaliser nos désirs les plus élevés.