Le « cas Finkielkraut » et ce qu’il révèle de la culture et des médias français

Mis en avant

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Il y a ce qu’on appelle le point Godwin, qui consiste à faire de façon systématique référence au nazis ou à Hitler sitôt arrivé à un point crucial d’un débat qui s’éternise.

Il y aura bientôt le « point Finkie », tant aujourd’hui l’intellectuel honni est systématiquement cité à contre-exemple dans les discussions, sur internet ou dans les médias.

Pourquoi cette image si négative ? Est-elle vraiment justifiée ? Et pourquoi cette détestation si violente de la part d’une partie aujourd’hui devenue majoritaire de l’opinion publique, en particulier les jeunes ? Alors que celui-ci était encore célébré il y a dix ou quinze ans comme « le dernier » des philosophes sensés ?

Comment a-t-on pu aujourd’hui en arriver à assimiler de façon aussi indiscutable un ancien gauchiste de Mai 68, ex membre actif de l’Union des jeunesses communistes marxistes-léninistes et figure de prou du mouvement de la nouvelle philosophie, à un suppôt de l’extrême droite et un inspirateur de Marine Le Pen ? Assimilé presque systématiquement à la clique des  » nouveaux réacs » qui comprend des polémistes de second rang comme Eric Zemmour. Ou, plus délirant encore aux pires antisémites, ces pseudos intellectuels de l’extrême droite radicale comme Renaud Camus ou Alain Soral.

Ou bien plus hallucinant encore, jusqu’à l’assimiler à des intellectuels du siècle dernier  adorateurs de Vichy et défenseurs de la Shoah comme Lauis-Ferdinand Céline ?

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Pour comprendre ce paradoxe et cette violence, il faut examiner comment les choses ont évolué.

Alain Finkielkraut est aujourd’hui devenu le symptôme d’une confusion qui s’est établie dans l’opinion française à la faveur des médias entre deux aspects bien distincts.

D’une part cette mode de l’insolence télévisuelle quasi systématique envers les élites. Dont le seul but est d’amuser le peuple et de faire du buzz… En détournant au passage l’attention du public des vrais problèmes.

Et d’autre part, la « conscience politique » de l’opinion majoritaire et de ceux qui la fabriquent, reflétée, « sacralisée » pourrait-on dire, sinon « déformée » par le prisme grossissant des émissions télé.

On aurait tort de congédier d’un revers de manche cette complaisance pour des modes de pensée arbitraires qui érigent la contestation en spectacle. Car ils sont les héritiers d’une tradition bien française. Celle de la farce, des bouffons, de la caricature burlesque et des polémistes. Lesquels jouaient autrefois le rôle indispensable de soupape pour exprimer et mettre en scène les frustrations et mécontentements populaires. Et constituent aujourd’hui un mode d’expression des libertés publiques et un moyen de faciliter la confrontation des idées dans une démocratie.

Encore que si les médias prétendent jouer le rôle de garants de la pluralité de l’information, ils sont surtout le gardien du Temple des idées considérées comme « justes » comme des « vérités » supposées factuelles.

Et donc sacralisent des discours autorisés plus qu’ils n’en constituent l’émulation et la critique.

Cette conscience politique était autrefois (depuis le Siècle des Lumières) l’apanage des esprits éclairés par la Raison. Que dès la Révolution française une certaine presse d’idées plus que d’opinion avait pour mission de relayer. Une presse qui comptait parmi ses éditeurs des écrivains et des philosophes progressistes. Soucieuse de publier pour le plus le bouillonnement des idées nouvelles qui inspiraient le débat au sein des assemblées, les nouvelle lois et les grands bouleversement politiques, idéologiques et sociétaux au noms des valeurs et grands principes humanistes.

Cet exercice du débat fondé sur des valeurs humanistes s’est imposé avec une prétention universaliste.

Et la philosophie, la vraie, pas celle des salons mondains et des lucarnes, tenait alors le haut du pavé. Inspirant aux politiques les changements selon un Idéal des plus élevé fondé sur la Raison, et centré la quête du bien commun, l’application des principes « révolutionnaires » énoncés dans les Droits de l’homme naissants pour remplacer l’ordre ancien.

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Finkielkraut est l’authentique héritier de cette tradition « progressiste », comme on dit souvent aujourd’hui.

Une tradition devenue au fil du temps « classique », même si les discours du politiquement correct s’y réfèrent toujours. Des discours renouvelés et bousculés par les valeurs libertaires de Mai 1968 et du siècle finissant, que Finkielkraut avait lui-même portées.

Il est donc compréhensible que dans la France de 2018, ce qu’on admet être « l’opinion majoritaire », pour peu qu’elle respecte les principes de notre République et de sa Constitution, fasse force de loi et s’impose à tous comme le modèle légitime.

Et cela justifie aux magistrats pour ce qui est des délits ou des crimes, d’un pouvoir de jugement critique  allant jusqu’à la sanction pour ce qui relèvent des idées, lesquelles sont plus rarement pénalisables.

C’est ce qu’on appelle le Quatrième Pouvoir. Autrefois simple « contre-pouvoir », devenu dans notre société de l’Information à l’heure d’internet et des médias de masse le seul et vrai pouvoir.

Hals, ce pouvoir est aujourd’hui devenu dans un petit pays comme la France encore très marqué par le centralisme jacobin un véritable temple souvent il faut le dire jalousement gardé par des plumitifs de seconde zone. Lesquels irriguent de leur orgueilleuse prose tous les caniveaux intellectuels de la presse quotidienne et de la télévision, dont le niveau, il faut le reconnaître avec objectivité, et sans passion ni concession, a considérablement chuté depuis 40 ans.

Il est même de bon ton de critiquer quasiment tous les jours l’indigence des programmes télé.

Et même le président Macron s’est saisi tout récemment de ce problème, en promettant de remédier au déficit criant de qualité des programmes du service public.

On ne va pas refaire l’histoire du journalisme et de la télévision. Mais il faut bien s’accorder à reconnaitre que la « téloche », mis à part quelques rares chaînes exigeantes et quelques très rares émission de qualité pour ce qui est du service public, n’est aujourd’hui rien de mieux qu’une vulgaire machine à divertir et abrutir le bon peuple. Entièrement soumise aux lois de l’audimat et totalement tournée vers l’unique objectif de satisfaire ses sponsors par le biais de la réclame. Laquelle impose des programmes découpés et formatés selon la quête de l’efficacité marketing maximale.

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De servir ses sponsors, les grandes marques, mais aussi ses actionnaires : des conglomérats industriels souvent centrés autour des mêmes activités : industries de l’armement, équipementiers ou immobilier…

Pas étonnant que ces mêmes groupes soient aussi investis dans le capitale de l’industrie du divertissement et forment de véritables empires maîtrisant toute la filière de l’information et de la consommation de masse.

Mais c’est un autre débat.

En tout cas on ne peut dénoncer les dérives médiatiques sans prendre en compte ces critères politiques ou économiques.

La télévision n’a aujourd’hui plus rien à voir avec celle des années de la France d’Après-guerre du Général De Gaulle. Epoque où l’unique chaîne du service public était chargée autant d’informé que de divertir. Elle était alors totalement soumise au « Ministère de la Culture et de l’Information ».

Mais ce ministère était dirigé par un certain André Malraux. Et la qualité des programmes du service public n’avait rien à envier au prétendu « pluralisme » actuel. Elle était au contraire bien supérieure à celles des programmes actuels, toutes proportions gardées et compte tenu des usages de l’époque.

Aujourd’hui cette conscience politique reflétée par la télévision et qui avant faisait débat dans des cercles où se réunissait l’élite est devenue l’objet d’un spectacle permanent. Qu’on relise Guy Debord pour s’en convaincre.

Elle ne se résume plus qu’à ce qu’on appelle la « Pensée unique », orientée selon les exigences du « politiquement correct ». Dont les valeurs sont verrouillées toujours autour des mêmes thèmes souvent plus approximatifs qu’inspirés pour ces idéaux qu’ils sont sensés défendre : droits-de-l’homme, liberté, égalité, justice, laïcité, défense du droit des femmes, des homosexuels, des minorités, antifascisme, antiracisme, communautarisme, anticolonialisme, écologie, parfois altermondialisme, culte de la « nouveauté » et de la branchitude, voire de la provocation érigée en art, reflets de la société « postmoderne »…

Bref, une conscience qui n’en est plus un mais qui traduit l’embonpoint las et la sclérose intellectuelle du parisianisme bobo et de ses icônes. Celui d’une caste qui ne songe qu’à se contempler le nombril, à se rassurer et à festoyer en célébrant le vide abyssal de ses pseudos idéaux tel un Veau d’or.

On a donc assimilé des réflexes anti-ceci ou anti-cela comme autant d’offuscations et d’exaspérations obligatoires et passablement sectaires bidouillé en prêt-à-penser étalé dans les médias et les talk-shows. Celui-ci fait office de conscience pour ceux qui ont renoncé à leur libre arbitre et se contentent de répéter les mêmes poncifs pour satisfaire leur narcissisme et faire montre envers leurs semblables d’une véritable conscience « démocratique », « républicaine », « humaniste », « progressiste », etc…

Toutes ces étiquettes ronflantes qui ont vidé de leur sens les référents éthiques qu’elles avaient kidnappés ou plagiés pour flatter l’ego de leurs héroïques défenseurs.

Depuis l’élection de François Mitterrand en 1981 et la libération de la parole qui s’en est suivie à la télé, depuis l’apparition d’émissions d’un genre nouveau comme Droit de Réponse, les producteurs et les journalistes ont imaginé en presque 40 ans une foultitude d’avatars. Depuis les émissions d’Ardisson, de Lunettes noires pour nuit blanches à Salut les Terriens, celles de Fogiel, de Ruquier. Et plus récemment, avec le succès de la téléréalité, les missions « populaires » sinon populistes d’un Cyril Hanouna, héritier d’Arthur, pour ce qui est de la version la plus bas-de-gamme et la plus beauf qu’on a concoctée pour les plus téléspectateurs les plus imbéciles, incapables de suivre les saillies de Yann Moix et Christine Angot…

Cette mode de l’insolence qui fait le sel des émissions prétendument « culturelles », est devenue et une véritable « culture ».

Celle de la vulgarité, de l’outrance et de l’arrogance.

Une culture que les bobos parisiens ont copiée, adoptée puis imposée à tous dans les discours et les postures mondaines, au cours des décennies 1990 et 2000.

Cette culture a assimilé comme pour s’en protéger en prétendant les défendre, les tics, le vocabulaire, l’attitude arrogante, les postures provocantes et le ton ultra-agressif et désinvolte des « cailleras, véritables icônes de la décennie 2000.

Avec cette certitude qu’il fallait flatter la médiocrité par souci de plaire aux minorités, et jeter du même coup au feu toutes les vieilles gloires poussiéreuses de la « tradition » classique. Tous les us et les discours hérités du passé, représentant le savoir, l’esprit et le «  bon goût » français. Tout ce Panthéon désuet et ridicule incarné par les académiciens ou les éditorialistes du Figaro.

C’est un parti-pris. Mais on s’est accoutumé à le considérer comme juste, « moderne » et inéluctable.

Eric Zemmour n’a pas tout à fait tort quand il dénonce cette évolution dans son livre Le Suicide français. Même s’il manque profondément de nuance,  de recul et d’honnêteté, et ne sert que ses propres lubies en creusant encore le vide qu’il dénonce pour servir un boulevard à Marine Le Pen.

Quoi qu’il en soit, force est de reconnaître qu’on a bien vite congédié et remisé au rang des pièces de musée Apostrophe et Bernard Pivot. Pour les remplacer par Ardisson, Jamel, Joey Starr et autres Booba. Et tous ces humoristes et artistes originaires des banlieues et icônes vivantes de la culture  » djeune » de se faire exciter et applaudir par des amuseurs aux dents longues.

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On a inventé un nouveau concept d’émission culturelle new-look.

Une véritable imposture au demeurant, puisque la « culture » la plus bas de gamme n’y sert plus que de vague caution pour faire le buzz en mixant le pire ou le plus banal et le plus commercial de l’actualité de la semaine : sorties éditoriales, pseudo écrivains qui viennent se pavaner et se féliciter d’avoir réinventé la roue, spectacles à succès… Et surtout agenda des copains – toujours les mêmes – qu’on invite à se polir le nombril sur les plateaux.

Ajoutez quelques people et quelques politiques égarés en manque de popularité, un pincée de sketchs burlesques (souvent très bons d’ailleurs) pour rythmer et pimenter la soirée, des ficelles de cirque ENEAURMES pour faire réagir le public, piéger les invités et les pousser au dérapage verbal ou à la contradiction en direct, parodiez la scène dramatique de l’exécution publique, n’oubliez jamais de mettre en scène des clashes soigneusement préparés pour faire le buzz… Secouez bien et vous avez la recette qui fait bingo en termes d’audimat !

Pour continuer de s’indigner ou de se bidonner, arrosez les réseaux sociaux des meilleurs moments de l’émission et le tout est joué.

Là où le bât blesse, c’est que cette prétention ronflante à illustrer l’esprit parisien et à défendre des valeurs engagées qui est celle des émissions comme On n’est pas couché, est cautionnée par la présence récurrente de philosophes de foire habitués des sunlights : les BHL, Onfray et autres Comte-Sponville.

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On n’est pas couché 21/11/2017 : la comédienne Camille Chamoux interpelle Alain Finkielkraut sur le thème « Islam et féminisme ».

Hélas, un intellectuel comme Finkielkraut, plus que son ancien comparse et coauteur du Nouveau désordre amoureux Pascal Bruckner, plus prudent à se montrer à la télé, s’est laissé piéger par les flatteries de certains puis la tentation de devoir se justifier une fois mis au ban des intellectuels respectables par une clique de bobos garants de la pensée unique.

Du coup on le voit trop souvent dans nos lucarnes et les animateurs pervers ne l’invitent plus aujourd’hui que pour ses tics nerveux et ses crispations inquiètes sur des thématiques éculées.

L’homme est intelligent, a encore de la ressource, et arrive souvent au terme d’un laborieux exercice d’explication de sa pensée à s’autojustifier et à retourner l’auditoire. Mais immanquablement il y a toujours ce moment où un mot mal interprété est monté en épingle par l’un des cabots vicelards qui lui tendent le crachoir et aussitôt jeté en pâture aux aboiements de la Plèbe.

On finit donc toujours par en conclure que l’horrible Finkielkraut n’est autre qu’un de ces intellos réac de l’ultra-droite. On l’assimile honteusement à Zemmour ou Marine Le Pen. Et on reste injustement sourds à ses propres dénégations quant à quelque complaisance que ce soit aux idées d’extrême droite.

Las !

La seule faute d’un homme d’esprit et de nuances qui incarne le monde ancien bousculé par la jeunesse, les stéréotypes, le goût du spectacle et de la jouissance immédiate et les modes du siècle, c’est de s’être prostitué dans ces défouloirs qui prétendent représenter la culture et être garant des valeurs.

Or ces bouffonneries télévisuelles ne sont rien de moins que des spectacles pour amuser la plèbe dignes des jeux du cirque. Dont ils reprennent d’ailleurs tous les codes. Combats de gladiateurs sous forme de clashes au scénario bien huilé. Mises en scène de tortures et d’exécutions publiques de condamnés à mort bouffés par les fauves : les « chroniqueurs ». Présence obligatoire des césars et des patriciens du moment : les politiques et les vedettes. Contribution du public inviter à confirmer ou infirmer la sentence prononcée envers les condamnés, musique tonitruante et interventions de bateleurs pour scander le rythme et faire plus d’audience, etc…

On n’y célèbre jamais la culture, la vraie. Pas nécessairement celle un brin surannée des beaux esprits, des encyclopédies et des académies. Mais celle de l’honnête homme, qui suppose élégance de l’esprit, érudition, intelligence, esprit critique et surtout ouverture, bienveillance envers l’autre, celui qui diffère ou qui surprend par sa singularité, et amour pour le présent et ses évolutions. Au lieu de complaisance crasse pour « l’actualité » et ses épiphénomènes, sensationnels et voyeuristes, dont elle se pourlèche en y abîmant la conscience des masses.

En définitive, Alain Finkielkraut ferait plus pitié que hurler. Parce que c’est un vestige du passé. Du « monde d‘avant ».

En qu’en vieillissant il se ternit, ressemble à une caricature de lui-même, se laisse salir et obligé de répondre aux injures, au lieu d’ignorer superbement les crapauds qui bavent sur sa robe d’académicien.

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La télé l’a tué. La popularité a entachée sa notoriété. Elle l’a livré aux appétits féroces de la basse-cour. Des nains.

Evidemment, qui aujourd’hui pourrait imaginer qu’on invite de grands intellectuels comme Jankélévitch, Raymond Aron, Michel Foucault ou même Paul Ricœur à débattre sur les plateaux des atermoiements du public face aux soubresauts de l’actualité ?

On a changé et de siècle et d’époque.

Qui ouvre d’ailleurs encore les livres de pareils monuments de la culture ?

Il ne s’agit pas d’être passéiste.

On peut tout à fait lire Proust le matin, Foucault l’après-midi, et Charlie hebdo le soir !

Ecouter Mozart en prenant son café, et Stromae ou NTM en faisant sa gym…

La question n’est pas de hiérarchiser à outrance les grands noms de la culture élevés au rang d’icônes.

La question est d’éviter de les banaliser en les noyant dans la soupe consensuelle et vulgaire des médias de masse.

Et de stariser de façon grossière des histrions insignifiants qui prétendent s’élever au niveau des grands félins de l’Olympe culturelle et leur voler la vedette.

En somme, ce qui manque à notre époque c’est la mesure, la tempérance et le discernement.

Et surtout les référents qui permettre de juger avec autorité qui est à considère comme une grande figure de l’esprit, et qui n’est qu’un comptempteurs du néant ou un avatar de l’ère du vide.

Soyons optimistes.

Et gageons qu’à la faveur des épreuves présentes et à venir, grâce à l’élévation statistique – toujours à espérer sinon promouvoir – du niveau d’instruction des jeunes, grâce à internet qui donne accès souvent au pire mais aussi parfois au meilleur, grâce à la conscience qui ne cesse d’évoluer et de grandir, on saura bien vite congédier ces excès coupables et sanctifier à nouveau des vraies valeurs.

Après tout, ce n’est pas parce Tout–le-monde-en-parle qu’un homme, une idée, une mode, une indignation, n’est autre chose que le reflet de coquetteries du moment, du Zeitgeist, ou de la pataugeoire où s’égayent les indigents du bulbe.

Et si personne n’en parle plus ou voudrait le taire, si personne n’en parle encore, c’est peut-être un signe qu’il faudrait revoir les priorités du moment.

Y a quà…

Et Si Au coin de la rue* on trouve parfois l’Aventure, il en sera toujours ainsi Des hommes et de bêtes*.

Au nom de l’autre*, Nous autres modernes* devrons toujours rester vigilants, mais aussi bienveillants les uns envers les autres pour éviter La Discorde*.

Car si l’on s’abîme à La Querelle de l’école*, que l’on s’aventure trop En terrain miné*, si l’on cède au chant des sirènes mondialistes au point de renoncer à jamais se demander Qu’est-ce que la France*, on se condamne à L’Identité malheureuse*.

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Celle de la violence qui plus jamais ne peut encore se dire :

« Et si l’amour durait* ? ».

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* Titres d’ouvrages d’Alain Finkielkraut

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La « fin du travail », ou le commencement d’autre chose ?

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Les élections présidentielles de 2017 ont fait de la question du travail comme ressource et comme valeur un thème central des débats.

Pour la plupart des candidats (principalement Macron, Fillon et Mélenchon), il faudrait s’en tenir au modèle classique : seule la contribution sous la forme d’un travail fourni à la collectivité peut justifier l’attribution d’un revenu à chaque individu valide et en âge d’exercer une activité.

Les candidats de gauche (Hamon et Mélenchon) font toutefois du thème de la protection sociale l’un des acquis à préserver impérativement compte tenu des menaces que font peser leurs remise en cause par les aménagements comme la loi El Khomri, symbole de la victoire du libéralisme et des « cadeaux faits au patronat » par un gouvernement prétendument socialiste.

Benoît Hamon bouleverse radicalement l’équilibre classique entre la vision classique des revenus issus du travail soumis à l’arbitraire des entreprises et celle du protectionnisme social étatique. En proposant pour la première fois dans l’histoire française de créer un revenu universel sans conditions d’attribution.

Une mesure polémique que son promoteur justifie par la perspective d’un proche avenir marqué par la raréfaction du travail, du fait de l’essor des nouvelles technologies et de l’amélioration de la performance productiviste, et conduisant au remplacement généralisé des employés par des robots.

Selon cette conception nouvelle, le travail ne serait plus la condition principale pour se voir attribuer un revenu dépendant de sa force de travail et de la valeur ajoutée produite, des mérites obtenus au terme d’une vie de travail passée à cumuler des points de retraite, ou de sa situation provisoire ou définitive d’incapacité à exercer une activité : chômage, invalidité, maladie, congé de maternité, formation…). Ce serait un revenu attribué à tous, de façon exclusive ou complémentaire à d’autres rémunérations, qui permettrait à chacun de vivre décemment, de se loger, se soigner et d’élever ses enfants. Sans pour autant être tenu à exercer une mission d’intérêt général pour justifier l’octroi d’une aide minimum comme le RSA, ou une tout autre contribution citoyenne pour mériter d’être payé sans travailler.

Quant au Front National, il bouleverse les clivages politiques habituels entre droite et gauche en proposant un modèle fondé à la fois sur le protectionnisme et la préférence nationale, un scepticisme radical à l’égard du système et des institutions mondiales et européennes qui en sont l’armature institutionnelle, et une volonté de « protéger » les catégories populaires contre toutes les « insécurités » liées à l’économie sauvage, au pourvoir de la finance, au terrorisme, à la violence sociale et au communautarisme.

Outre son coût exorbitant, la plupart de ceux qui réfutent l’idée de revenu universel qualifiée d’irréaliste, utopiste, démagogique voire scandaleuse, le font par fidélité au principe qu’on ne peut rémunérer quiconque sans contrepartie. Que tout revenu suppose sinon un travail du moins un échange d’intérêts réciproques, qu’il s’agisse de négocier de gré à gré ou de matérialiser par un échange financier le lien qui relie chaque individu à l’ensemble de la société.

Selon cette vision traditionnelle, rien n’est gratuit, tout se gagne. Et toute rémunération ne peut être conçue que comme la contrepartie d’un apport personnel au bien-être collectif. Le revenu est donc de fait la sanction du mérite personnel. Principe qui fonde la valeur travail autrement que selon le critère économique de « valeur ajoutée », mais selon le concept sociétal de « plus-value sociale ».

Une vision totalement contredite par les usages de la finance mondialisée, qui crée de la richesse instantanée par des simples jeux d’écritures comptables gérés par des ordinateurs, et permettent de constituer en un temps record des fortunes colossales sans aucun effort sinon l’aptitude à jouer avec les flux financiers.

La vision protestante qui fonde les valeurs du capitalisme et donne son sens au travail avait accrédité l’idée que la prospérité et la fortune personnelle, loin d’être un motif de honte ou d’envie liés à la possession des uns au détriment des autres, était au contraire la manifestation d’une gratification divine en vertu des mérites personnels. Notamment pour ceux qui par leurs efforts et leur persévérance à entreprendre utilisent leur richesse personnelle pour créer des usines, du travail, faire ainsi fructifier leur bien en investissant ou en faisant circuler le capital dans l’intérêt du plus grand nombre.

Selon ce modèle, le travail n’est aucunement une fatalité à laquelle chacun doit se soumettre pour vivre, mais au contraire une source d’épanouissement aussi bien pour le chef d’entreprise qui voit celle-ci prospérer que pour ses employés qui ont la chance d’y contribuer.

A la fin du 20e siècle, on en est même venu à croire et à faire croire que le travail était non seulement un motif de satisfaction et de fierté personnelles, mais un lieu, sinon « LE » lieu par excellence d’épanouissement individuel et collectif.

On a ainsi fait de l’entreprise une nouvelle religion. Et l’archétype de la société idéale, où chacun viendrait échanger des compétences, des ressources, des savoirs, des savoir-faire et même des savoir-être, au sein d’un espace conçu pour l’efficacité maximale et le bien-être de tous. Mais aussi un lieu régi par culture et un système de valeurs unanimement partagés, et sanctifié dans de véritables « constitutions » locales que sont les « projets d’entreprise » et autres « chartes éthiques ».

On a vite compris que ces belles déclarations orgueilleuse étaient en réalité plus des outils de management destinés à s’assurer l’allégeance totale et béate des cadres et des employés pour atteindre plus facilement les objectifs de l’entreprise, qu’elles ne reflétaient une volonté sincère de construire une société de l’Excellence visant sur la réalisation du bonheur pour tous au travail, en permettant à chacun d’exprimer tout son potentiel et de donner le meilleur de lui-même en tendant vers toujours plus d’efficacité et de perfection.

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Quelques précisions pour comprendre comment la valeur travail a évolué au cours des derniers siècles.

1/ « S’épanouir dans un travail » est en réalité un dogme plus qu’une réalité. Un dogme qui s’est généralisé très fortement dans les sociétés occidentales à partir des années 1980. Il a conduit à faire admettre à des employés et des cadres stressés et asservis à leur fonction qu’ils peuvent se réaliser intellectuellement, psychologiquement, socialement et culturellement en accomplissant un travail pour lequel il n’était pas forcément faits et qu’ils n’appréciaient pas forcément. Un moyen éprouvé pour créer de « bons petits soldats » efficaces, consentants et heureux de fabriquer du bonheur en toc pour les masses ou de vendre les produits phares de Procter & Gamble, Nestlé ou Apple.

2/ En Occident, ce mensonge institutionnel a remplacé la vision traditionnelle héritée du judéo-christianisme selon laquelle le « labeur », à savoir l’enchaînement à un travail physique éprouvant pour cultiver une terre hostile et « gagner sa vie à la sueur de son front », et partant de « la souffrance », constituaient la condition existentielle de tout être humain depuis péché originel et la chute d’Adam. Avec l’idée tordue développé par le catholicisme doloriste que la souffrance était non seulement nécessaire et inévitable mais un facteur de rédemption : plus on trime dur, plus on rame, plus on souffre en silence en acceptant son sort, et plus on gagne son Ciel, à défaut de mériter une considération légitime.

3/ De la même manière que les serfs et les tâcherons dans la société féodale étaient à peine plus émancipés que les esclaves de leurs maîtres dans l’Antiquité romaine, le capitalisme industriel a utilisé ce mythe du « travail » comme valeur soumise à ‘arbitraire des décideurs issus de la classe possédante pour exploiter toute une catégorie de travailleurs payés juste de quoi survivre en échange d’un travail mécanisé, segment, souvent répétitif et à valeur intellectuelle quasi nulle. Qui plus est sans garantie de maintien dans l’emploi, sans couverture sociale, dans des conditions sanitaires, de pénibilité et de sécurité déplorables qui diminuaient considérablement leur espérance de vie.

4/ Marx qui croyait à cette vision économique d’une société productiviste scindée entre Capital et Travail a cru pouvoir émanciper les masses laborieuses grâce au mythe de la Révolution prolétarienne sensée redonner la prépondérance au travail sur le capital et précipiter l’avènement d’une société juste, égalitaire et apte à garantir le Bonheur universel. On a vu les résultats partout où cette idéologie a été mise en place sous forme de système politique et économique étatique…

5/ Après l’effondrement du bloc soviétique, la conversion de la Chine au capitalisme et la fin des idéologies totalitaires qui avaient failli détruire le monde au 20e siècle, le libéralisme dit « progressiste » (capitalisme teinté de social-démocratie) s’est imposé comme la seul modèle a priori « juste » et viable pour garantir la croissance continue, seule moteur possible du développement économique, mais aussi les libertés individuelles, la justice sociale, l’extension des droits de l’homme à tous les peuples et la paix mondiale. Un modèle formalisé dans le concept de « Nouvel Ordre Mondial » promu à partir de la décennie 1990 par les néoconservateurs américains, les élites occidentales et incarné par les grandes institutions mondiales (ONU, OMC, UE, Banque Mondiale…) conçues comme l’embryon d’un futur « gouvernement mondial » jugé indispensable pour maintenir la paix et construire et encadrer une société prospère fondée sur la liberté totale des échanges et l’autorégulation par les marchés.

6/ Après la chute du mur de Berlin, avec la multiplication des guerres « préventives » conduites par les néoconservateurs et justifiées par le projet de renverser des dictatures ou de lutter contre le terrorisme pour instaurer la démocratie au Moyen-Orient, face aux injustices engendrées par le libre-échange et la financiarisation de l’économie, ce modèle incarné par la mondialisation économique est vite apparu non pas comme la réalité libérée de l’idéologie et le meilleur des monde souhaitable, mais come ce qu’il est : une idéologie comme une autre qui s’était imposée comme le modèle dominant imposé à toute la planète. Avec les restructurations industrielles, les mutations technologiques, l’augmentation du chômage de masse et l’avènement de la société des loisirs, on a commencé à s’interroger sur la valeur « travail » et à considérer que celui-ci n’était pas nécessairement le but de l’existence, une nécessité universelle et absolue pour gagner sa vie, ni la seule voie d’épanouissement personnel pour les individus et le seul facteur de création de lien social à valeur ajoutée.

7/ La critique de ce modèle s’est renforcée avec les excès et l’échec des politiques ultralibérales d’austérité conduisant une majorité de salariés à travailler toujours plus pour gagner moins alors que leur pouvoir d’achat diminuait et qu’une grande partie étaient condamnés à un assistanat chronique précarisant et dévalorisant sous forme de chômage de longue durée, de départ en retraire forcé et anticipé, de contrats précaires et autre voies de garage destinées à faire baisser les statistiques du chômage : formation de longue durée, reconversion, congé sabbatique, etc… L’alternative fournie par d’autres modèles émergents (altermondialisme, décroissance, écologie, développement durable, économie participative…) a accru cette suspicion à l’égard d’un modèle incapable de juguler les crises systémiques, de redresser l’économie, de vaincre le chômage et d’assurer le bonheur consumériste pour tous.

8/ Aujourd’hui le travail n’apparaît plus comme LA valeur universelle et le passage obligé pour vivre, s’épanouir, contribuer au bien-être collectif et trouver sa justification existentielle, sociale ou même spirituelle. Force est de reconnaître qu’il existe bien d’autres voies et modèles. Et ceux qui se cramponnent au travail comme seule activité contributive à la collectivité justifiant une rémunération ou seul mode d’existence paraissent archaïques et en perte de vitesse.

9/ Le Revenu Universel défendu par Benoît Hamon est la seule mesure qui pose en terme de projet social, économique et politique les bases d’une société en émergence où tous les êtres humains adultes et aptes ne seraient plus condamnés à travailler la majeure partie leur vie et la plupart du temps à contrecœur ou en réalisant des tâches ingrates, en prenant ou appliquant des décisions contraires à leur éthique, afin de gagner leur vie, d’être rémunérés à hauteur de leur valeur ajoutée sinon de leurs talents, de consommer toujours plus pour répondre à des besoins artificiels, de justifier leur existence et leur place dans la société en fonction de leur contribution au système, de leurs compétences et de leur efficacité.

10/ L’idée libérale et marxiste que le travail non seulement produit des biens et services mais « crée de la richesse » (valeur ajoutée) est aujourd’hui caduque. Avec le développement de la société de l’information et du partage des connaissances, la véritable valeur ajoutée apparaît non plus en termes d’unité d’échange à somme nulle, mais de jeux à somme positive. Selon ce modèle, toute connaissance partagée augmente la richesse de tous les acteurs de façon géométrique, au lieu de la répartir de façon arithmétique comme c’est le cas pour les biens matériels et de l’argent dès qu’ils changent de mains entre le vendeur et l’acheteur.

11/ Un nouveau paradigme économique et éthique se développe aujourd’hui, où les échanges ne sont plus fondés sur l’appauvrissement des uns au bénéfice des autres mais sur l’augmentation exponentielle de la richesse cumulée à mesure que les échanges se multiplient. Plus il y a d’acteurs interconnectés et plus il y a d’accroissement de la richesse globale également répartie. A l’inverse du système libéral où pour qu’une infime minorité concentre le maximum de richesses, il faut organiser économiquement la raréfaction des ressources, la pauvreté du plus grand nombre, et l’esclavagisation de ceux qui produisent loin de centres de décision.

12/ Le travail dans sa version classique n’est donc plus viable. Il faut urgemment imaginer et mettre en place d’autres modèles.

13/ Si le travail n’est pas le seul moyen d’épanouissement personnel et de contribution au bien commun, il peut parfois l’être. En tout cas, toute activité peut remplir ce double rôle. Y compris les activités non monnayables et dont l’efficacité ou la valeur ajouté n’est pas apparente. Comme les activités artistiques qui créent du sens ou les activités spirituelles qui créent de la réalité. En effet selon les lois de la physique quantique, rien n’existe autrement que créé par la conscience. Toute apparente réalité physique expérimentée comme extérieure à nous n’est qu’illusion. Donc tout effort conscient de la conscience se concentrant sur la création de représentation de représentations positives par la méditation ou la prière, surtout collectives crée immédiatement les champs d’attraction et de forme qui rendent la réalisation effective de ces concepts possible et plus facile.

14/ La civilisation de demain sera donc une civilisation de l’Esprit, de l’interconnexion vécue dans la contribution consciente de tous au bien de tous, de paix et d’intrication universelle de l’homme à l’Univers tout entier. Et non une société de l’abondance matérielle comme le rêvent les partisans du modèle. Pour l’heure la transition vers ce nouveau paradigme de conscience et d’humanité passe par la « société de l’information », dans laquelle les distances, les différences et les modes d’appropriation et de contrôle des savoirs tendent à se dissoudre pour générer un système ouvert d’échanges libres, permanents et aux effets infinis.

Pourquoi l’idée d’un revenu universel déplaît autant aux gens de droite que de gauche ? Adam, Marx et Matrix

Mis en avant

Au commencement était le Diable
Et le Diable s’est fait chair
Et il a envahi nos esprits.

Voici à quoi l’on pourrait résumer le 3e chapitre de la Genèse qui évoque le mythe de la Tentation au jardin d’Eden et la Chute d’Adam.

Masaccio – Adam et Ève chassés du Paradis

Les religions judéo-chrétiennes ont accrédité l’idée bien enracinée dans nos archétypes que l’homme, déchu de son insouciance à cause de son illusoire prétention à égaler les dieux, devait travailler durement toute son existence et gagner sa vie à la sueur de son front pour expier sa faute.

Et qu’il devrait passer son existence à tenter vainement de remonter une à une au prix de maintes souffrances les marches d’un Paradis inaccessible, qu’il ne pourrait éventuellement réintégrer que par l’intervention providentielle d’un hypothétique sauveur.

Ce mythe est si profondément ancré dans nos esprits que même les plus farouches athées en sont imprégnés.

Jusqu’à Luther il a justifié que l’Eglise catholique pût exercer un pouvoir totalitaire sur les esprits, en promettant le Paradis aux brebis égarées contre une obéissance servile à l’autorité des clercs supposés représenter Dieu sur terre.

Il a aussi construit l’image d’un Dieu méchant et jaloux qui aurait condamné l’homme à ramper comme un ver sur une planète aride pour avoir osé rivaliser avec lui.

Cette vision totalement absurde de nos origines et de notre relation à la Réalité Ultime conditionne pourtant notre rapport à l’existence, à la souffrance et au travail.

Ainsi la souffrance serait justifiée. Elle serait le salaire de notre excès d’orgueil. De notre prétention à vouloir être des dieux à l’égal de Dieu.

Et le labeur serait la sanction de notre folie. Pour survivre, nous n’aurions pas d’autre choix que trimer comme des bêtes pour arracher à une terre hostile notre pitance quotidienne.

De là à valoriser la souffrance comme une voix de rédemption il n’y a qu’un pas. Que le dolorisme chrétien s’est empressé de franchir.

On le comprend : un tel schéma est une perversion totale des vérités ontologiques et des valeurs les plus essentielles, comme d’ailleurs du message évangélique avant qu’il ne soit abâtardi en petite morale par la religion. En venir à valoriser la souffrance, à la rechercher et à en jouir, ou trouver sa justification dans une forme d’asservissement laborieux, quoi de plus absurde et quoi de plus contraire à notre nature profonde ?

Ce mythe judéo-chrétien est aussi le fondement d’un théologie de la rétribution : comme on gagne sa vie, on gagne son ciel en additionnant les bons points. Et Dieu est un Juge parfait qui nous récompensera dans une vie future (pour les catholiques) ou nous gratifie d’ores et déjà de ses bénédictions en nous nous donnant des fils (pour les Juifs), ou en nous assurant bonheur et prospérité dans cette vie-ci et une place parmi les élus (pour les protestants).

Lui obéir en le servant c’est être assuré de ses grâces, n’en faire qu’à sa tête et se la couler douce c’est courir à la damnation.

Une théologie aussi fausse qu’infantile.

De la résignation stoïcienne au nihilisme athée, c’est aussi cette vision d’un monde tissé de malheurs et d’une quête de bonheur impossible ici-bas qui a servi de trame aux philosophies qui se sont détournées de l’aspiration la plus universelle et la plus élevée inscrite dans l’âme humaine : se réaliser dans la félicité la plus parfaite.

Elle a justifié qu’une caste de seigneurs puisse jouir de tous les droits, s’arrogent la propriété exclusive de la terre, la jouissance de ses fruits et le droit de vie et de mort sur leurs sujets, en ne laissant aux serfs que des miettes acquises au prix d’un travail servile, d’une entière obéissance et du renoncement totale à leur liberté.

L’argent est devenu non seulement une monnaie d’échange substituée au troc, mais aussi l’étalon de la valeur. Et le salaire comme la fortune l’aune pour jauger du rang et du mérite des uns et des autres dans la société : de la même facon que Dieu rétribue ses créatures en fonction des oeuvres, le salarié se voit rétribué selon la plus-value degagée par son travail.

Marx et ses disciples ont conceptualisé ce modèle social, politique et économique dans une dialectique du Progrès, substituant ainsi au mythe de la Chute celui du relèvement par la Révolution prolétarienne.

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Ainsi les masses opprimées guidées par un messie politique et non plus spirituel pourraient s’affranchir de leur joug au terme d’une lutte inscrite dans une marche de l’Histoire vers une parousie non plus spirituelle mais matérialiste.

Mais Marx était juif autant que protestant et croyait sans le savoir au mythe du travail sanctificateur. D’ailleurs n’a-t-il pas opposé la valeur Travail à celle du Capital, considérant le premier comme la seule source admissible de toute valeur ?

On connaît la suite.

Et comme l’a montré Max Weber l’éthique protestante qui imprègne les valeurs du capitalisme industriel autant que sa critique marxiste sont toutes deux également engluées dans cette fascination pour le culte de l’effort et du mérite. Qu’il s’agisse de l’audace de celui qui entreprend et consacre sa vie à travailler pour faire fructifier son bien, ou de celui qui contribue par sa force de travail à édifier une société où chacun à sa place dès lors qu’il ne ménage pas ses efforts.

Dans cette perspective, l’indolence et l’oisiveté sont non seulement des vices condamnables qui doivent être à tout prix combattus avec vigueur.

Pas étonnant que l’oisiveté soit considérée comme la mère de tous les vices. Et que chômeurs, mendiants et nomades qui vivent au crochet de la société traînent toujours un parfum de scandale derrière eux, soient considérés comme des parasites et suscitent la réprobation des gens comme il faut qui se lèvent tôt le matin pour offrir une vie décente à leur progéniture.

Le repos n’est concevable qu’au terme d’une journée ou d’une semaine de travail bien remplie ou une fois la moisson engrangée. Et gare à ceux qui voudraient s’échapper avec la cloche !

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Quant aux utopies politiques, sociales ou religieuses, de la cité grecque au New age en passant par Cythère, les phalanstères et Auroville, elles ont toutes fourni aux esclaves à peine réveillés de leur torpeur et pas encore libérés de leur servitude la perspective d’un monde meilleur fait de partage, de justice et d’harmonie.

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Aujourd’hui les thuriféraires du système ultralibéral nous vendent comme seule perspective de réalisation collective une société de clones totalement transparente où chacun peut s’acheter des artefacts de bonheur customisé dans des mégatemples consuméristes.

A condition de donner en échange à la Matrice son temps, sa force de travail, son âme et surtout d’abdiquer toute faculté de réflexion au bénéfice de la Pensée unique : inutile de réfléchir, Big Brother le fait à notre place. Et il a songé à tout : la télé fabrique des sous-produits conceptuels en images et des slogans faciles à consommer pour des masses totalement infantilisées qui n’ont plus qu’à téter la Bonne Parole sur leurs écrans full HD, leurs smartphones et leurs tablettes.

La Matrice a tout prévu puisque même la révolte est savamment canalisée et mis en scène dans des spectacles, des jeux et des divertissements abrutissants, ou soigneusement orchestrée dans une parodie de démocratie.

L’idéologie au pouvoir veut aussi nous fait croire que le travail est la seule voie pour gagner sa liberté. Et qu’on l’acquiert uniquement au prix de l’effort, de la persévérance et du mérite.

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Rien n’est moins vrai puisque la seule perspective de liberté offerte aux ouvriers comme aux cadres les plus zélés c’est celle d’une retraite douillette avec maison, jardin, labrador, croisières de luxe et fonds de pension afin de continuer à consommer en remerciant la Matrice pour les certificats de bonne conduite délivrés au terme d’une vie de misère.

Ou un burnout assuré pour les stakhanovistes les plus obstinés.

Les robots pourraient demain remplacer l’homme et le travail disparaître ? « Foutaise ! » répondent ceux qui ne veulent surtout pas voir disparaître les chaînes de l’esclavage.

Au pire on nous implantera des puces dans le cerveau pour continuer à servir la Matrice ou croire qu’on est encore utile et qu’on vit une vie palpitante, grâce aux scénarios en 3D projetés directement sur la conscience par des programmes de réalité augmentée.

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Le meilleur des mondes transhumaniste est l’ultime étape de notre déshumanisation, et non comme le prétendent ses prophètes une promesse de toute puissance et d’immortalité.

Il est assez amusant de constater que dans la trilogie Matrix le héros de cette allégorie de la Révélation post-moderne s’appelle Néo, son mentor Morpheus, son adversaire holographique répliqué à l’infini Smith et la cité des rebelles Sion.

Néo c’est bien sûr l’Homme Nouveau des mythes modernes.

Mais lu à l’envers, c’est aussi « éon », terme qui signifie à la fois une très longue période de temps de durée arbitraire dans l’histoire géologique. Et chez les gnostiques, l’ensemble des puissances éternelles émanées de l’être avec lesquelles il exerce son action sur le monde, l’esprit servant d’intermédiaire entre Dieu et le monde.

Néo c’est donc une sorte de « messie immanent », non pas envoyé par Dieu pour sauver l’humanité, mais émergeant sous les traits d’un Éveillé arraché à l’ignorance lors du stade ultime de réveil de la conscience collective. Un héros qui comme le Christ offrira sa vie pour anéantir le Mensonge incarné par l’univers des machines et conduire le peuple de Sion vers sa libération ultime.

Le sacrifice de Néo marque la fin d’un cycle et le début d’une ère nouvelle, où l’homme et la machine vivront réconciliés. Et l’achèvement du processus d’évolution de l’humain devenu enfin libre de réaliser son potentiel divin.

Néo c’est une allégorie de notre état de conscience actuel, pas encore totalement libéré du joug de l’illusion, et pas encore totalement réalisé comme être de pure lumière.

Quant à Smith, c’est Monsieur tout le monde, à qui la Matrice donne l’illusion d’exister et des pouvoirs sur-mesure en échange de son obéissance inconditionnelle et de son zèle à pourchasser les rebelles.

Morpheus, c’est le songe (Morphée). Mais aussi l’Eveil. Pilule bleue ou pilule rouge ? D’un côté le sommeil narcotique d’une vie artificielle, de l’autre le réveil pénible mais au bout la liberté.

Ces considérations ésotériques et symboliques peuvent sembler bien éloignées de la question du revenu universel.

Et pourtant.

En s’affranchissant du travail, en refusant de travailler toujours plus pour vivre moins, l’idée de donner à chacun les moyens d’assurer sa subsistance sans aucune contrepartie n’est pas une façon nouvelle de tenir en laisse les masses obéissantes, mais au contraire la reconnaissance que notre société hyper technologique a acquis les moyens suffisants de créer de la richesse et faire tourner le moteur sans avoir besoin d’esclaves pour entretenir la chaudière.

Et que le but de l’existence n’est pas de gagner sa vie à la sueur de son front, mais de jouir de la liberté de consacrer son temps à la pleine réalisation de ses talents ou à ne rien faire si l’on en a envie.

Voilà le vrai scandale ! Ce qui choque les détracteurs de ce projet ce n’est tant pas en réalité l’idée absurde d’attribuer aux SDF comme à Madame Bétancourt le même revenu minimum, c’est qu’on n’exige aucune contribution de leur part en contrepartie.

Pendant ce temps les dirigeants du MEDEF voudraient encore réduire le SMIC et pouvoir virer l’excès de graisse de façon discrétionnaire.

medef-gattaz-ferie-smicQuant aux « libéraux sociaux », ils voudraient conditionner l’attribution du RSA à des travaux d’intérêt général, histoire croient-il de faire comprendre aux fainéants qui le perçoivent que rien n’est acquis gratuitement et que tout salaire mérite travail. Et accessoirement leur permettre de se remettre dans une « dynamique d’accès à l’emploi ».

Hypocrites ! Ce qui les motivent en vérité c’est que l’idée de donner à des gueux de quoi se nourrir sans bosser alors qu’eux-mêmes ont consacré leur vie à être de bons élèves leur paraît inadmissible. Qu’en plus une majorité d’incapables et de parasites puissent en profitent pour glander, c’est le pompon !

Ceux-là mêmes passent leur temps à ânonner le Cantique des Droits de l’homme auquel personne ne croit plus sincèrement tant il est démenti par les faits.

Mais ils trouveront toujours pour un « pauvre » à l’autre bout de la planète, un réfugié qu’aucun d’entre eux ne voudrait de toute façon accueillir chez lui, ou un « jeune des quartiers issu des minorités » grenouillant bien loin au-delà d’un périph qu’ils ne franchiront jamais, mais qu’ils regardent avec délectation faire son sketch de rebelle dans des émissions pour bobos.

Pourtant, quelle plus belle illustration des principes de liberté, d’égalité, de fraternité et de justice que d’attribuer à chacun non pas l’égalité des chances de devenir un bon petit soldat, mais juste de pouvoir manger autre chose que la pitance servie par les Restos du Cœur, en baissant la tête pour honorer ses bienfaiteurs qui cotisent aux ONG « par solidarité envers les plus démunis ».

Car il est tout à fait concevable de donner à ces manants de quoi manger, se loger, se soigner et s’instruire un minimum, au moins pour ne pas passer sa vie à dealer de la coke et violer les filles en attendant de rejoindre le Djihad. Mais en revanche il est inadmissible qu’ils puissent percevoir un revenu minimum pour continuer à regarder leurs clips débiles sur le dernier iPhone !

Que reste-t-il comme modèle alternatif à la pensée unique libérale ? A part l’indignation érigée en slogan politique pour fédérer les déclassés, ce qui est un peu juste et pas très constructif.

Mis à part quelques nostalgiques du Grand Soir, aujourd’hui plus personne ne croit à la vision marxiste de l’Histoire. Mis à part des dinosaures comme Mélenchon, cramponné à une lutte de classes teintée d’écologie, la majorité des politiques socialistes se sont convertis au libéralisme.

Seul parmi les candidats à la présidentielle Benoît Hamon n’est ni marxiste ni libéral. C’est bien ce qui dérange ceux qui voudraient lui coller une étiquette de gauchiste et qui s’emportent contre son projet de revenu universel.

On l’aura compris : l’idée du revenu universel n’est admissible ni par les réacs de droite qui veulent garder leurs privilèges et rêvent de revenir à l’Ancien régime, ni par les réacs de gauche qui se donnent l’apparence de progressistes mais méprisent le peuple.

Plus sérieusement, l’idée du revenu universel fait scandale parce qu’elle casse tout l’édifice de la société capitaliste et des modèles ultralibéraux ou « socialistes progressistes », fondés sur l’asservissement au Système par l’argent et le travail.

Adam, Marx et Néo ont en commun cette même vision d’un monde où une petite élite cherche à pérenniser son emprise sur la masse des sous-hommes réduits à du bétail : glébeux chassés du Paradis par les Elohim, lumpenprolétariat sous la férule du Grand Capital, ou foules d’anonymes englués dans la Matrice.

Le revenu universel s’imposera pourtant demain comme une évidence. Quand nous aurons abandonné nos attachements délétères qui nous retiennent dans l’ignorance de notre condition et de notre destin. Quand nous aurons enfin compris que ce n’est pas le mérite qui fait notre valeur, c’est le simple fait d’être humain. C’est-à-dire une parcelle de Lumière et les mêmes membres d’un Tout commun indivisible : l’Humanité, et l’Univers tout entier.

Peu importe que les uns travaillent 10 ou 100 fois plus que les autres. Peu importe que certains consacrent leur vie à construire le bonheur collectif alors que d’autres se contentent de méditer. Ou qu’une majorité en soit encore au stade primaire de la satisfaction égoïste des appétits les plus bas.

Car tous nous évoluons consciemment ou non vers un avenir commun qui nous réunira bientôt sous le même ciel infini.

Nous sommes des dieux mais nous ne le savons pas. Nous le refusons ou prétendons l’être devenus avant l’heure et nous enorgueillissons, comme des enfants qui jouent aux adultes avant de l’être devenus.

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Sachons mettre de côté nos égoïsmes, nos mesquineries, nos étroitesses d’esprit et surtout nos peurs. Et apprenons à écouter notre cœur, seul lieu où réside notre âme et d’où jaillit la lumière qui nous fait être.

Car comme le dit l’Evangile : « Là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur.[i] »

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[i] Matthieu 6:21