Recherche radicalisé, désespérément

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Le problème avec ce concept de « radicalisation », c’est qu’elle ne devient évidente que quand elle nous explose à la figure.

La difficulté à lister les signes de radicalisation en est la preuve : il n’existe pas de signes objectifs qui permettent de s’assurer de la « radicalisation » d’un suspect.

Pour la bonne et simple raison qu’il n’existe pas de frontière étanche entre « l’Islam » et « l’islamisme ».

L’islamisme n’est qu’un concept qui englobe des pratiques jugées plus fondamentalistes que d’autres, une façon de rejeter dans l’opprobre ce qui aux yeux de certains s’écarte d’une vision « orthodoxe » ou « acceptable » de l’islam.

En d’autres termes et même s’il n’est pas politiquement correct de l’affirmer, ce qu’on nomme ici « islamisme » fait partie de l’Islam.

Le rejet d’une frange plus radicale ou violente de l’Islam par certains musulmans partisans d’un Islam « pur » n’est qu’un trompe-l’œil.

Prétendre qu’il existerait une frontière étanche entre un Islam authentique et un Islam perverti est au mieux une illusion, au pire un mensonge.

Il n’existe pas de mosquées estampillées « salafistes » avec une plaque à l’entrée. Les organisations musulmanes présentes en France et qui sont rattachées à la Confrérie des Frères Musulmans ne sont jamais déclarées comme telles. Il n’y a pas non plus de pancarte à l’entrée de certains quartiers : « Attention, vous entrez en territoire salafiste. »

De même on n’entre pas en « radicalisation » en portant un brassard comme on adhère à un parti.

Tout est affaire de point de vue. Tout est relatif. Tout est sujet à interprétation.

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C’est donc à l’autorité publique que revient l’impérieuse responsabilité de fixer la limite.

D’autant que le débat qui s’ouvre actuellement quant à la nécessité d’identifier les signes de radicalisation se heurte rapidement à une impasse.

En effet, déclarer que se mettre à porter la barbe ou la djellaba peut constituer un signe de radicalisation relève autant d’une réalité que de l’arbitraire. Le simple fait d’aborder le sujet soulève déjà de la part de certains musulmans des crispations et la crainte de se voir stigmatiser.

Il n’existe pas de « panoplie » du parfait radicalisé. Tout se joue dans les esprits. Et les signes d’une évolution vers une forme plus radicale d’Islam sont à chercher dans les comportements.

Toute la difficulté dans une démocratie comme la nôtre est de repérer des comportements qui témoignent d’un engagement vers une forme de religiosité pouvant présenter d’objectifs dangers pour l’ordre public.

Toute la force des fondamentalistes est de pouvoir avancer patiemment leurs pions dans cette zone opaque, en tentant de repousser les limites sans faire obstacle au droit.

Car le droit s’intéresse aux faits, pas aux intentions ni à ce qu’il y a dans les têtes.

On ne combat pas une idéologie en s’attaquant aux apparences. On la combat en s’attaquant au fond.

On peut interdire d’arborer en public un costume SS ou des croix gammées car ce sont des symboles évidents du régime nazi. Mais à partir de quelle taille de barbe peut-on supposer qu’un individu adhère à l’idéologie salafiste ?

La grande faute de notre démocratie c’est de s’être engagée avec détermination après les attentats de 2015 sur le front de la lutte anti-terroriste, mais d’avoir renoncé à engager les moyens nécessaires pour traiter le problème de l’islamisme. Par peur de diviser et de braquer les susceptibilités musulmanes. Par électoralisme. Par complaisance envers des alliés économiques soutenant le fondamentalisme ou le terrorisme, comme le Qatar ou l’Arabie Saoudite. Par crainte de s’aventurer sur le terrain miné de la religion.

Or si l’on veut s’attaquer vraiment au problème du fondamentalisme il faut s’en donner les moyens. Identifier clairement les imams et les « influenceurs » qui répandent cette idéologie, les expulser ou les emprisonner. Fermer sans plus attendre les mosquées salafistes. Dissoudre l’association Musulmans de France (ex UOIF) et tout organisme affilié de près ou de loin aux Frères Musulmans. Interdire tout financement étranger d’organismes cultuels, caritatifs ou éducatifs musulmans. Tracer les ressources de ces organismes afin d’éviter que des financements étrangers ne transitent par des organismes établis en France. Autoriser la pratique du culte uniquement encadrée par des imams de nationalité française, formés en France et prêchant en français.

Les associations supposément représentatives du culte musulman doivent être dissoutes et remplacées par un Consistoire du culte musulman établi sur la base d’une charte. Celle-ci devra être signée par tout organisme membre du Consistoire. Aucun organisme cultuel se sera autorisé s’il n’en est pas membre.

La Charte rappellera les principes républicains qui fondent l’exercice de tout culte religieux en France : liberté de conscience et de culte, laïcité, respect du Droit, de l’autorité publique, du droit des femmes, respect des minorités…

Elle obligera chaque signataire à reconnaître la prééminence du Droit républicain sur tout autre juridiction. Comme à s’engager à dénoncer toute action contraire à l’ordre public.

Quant à la présomption de radicalisation pour tout fonctionnaire de l’Etat, celle-ci doit faire l’objet d’un signalement immédiat, d’une enquête et d’un fichage par les services de renseignements assorti d’une mention spécifique au casier judiciaire rendant impossible tout exercice d’un emploi sensible dans le public ou le privé. Et bien-sûr d’une expulsion immédiate de l’intéressé du service concerné.

En outre si l’on veut venir à bout du fondamentalisme musulman il faut se doter de tout l’arsenal législatif nécessaire.

La question de la déchéance de nationalité pour les binationaux coupables ou complices d’actes terroristes ne doit plus être évitée. Elle doit s’imposer comme une évidence et comme un symbole fort qui marque la limite au-delà de laquelle on s’exclue soi-même de l’appartenance à la communauté républicaine.

Toute personne reconnue pour son appartenance ou son soutien à des organismes à caractère terroriste ou dont l’action est susceptible de menacer l’ordre public doivent être déchue du droit de vote, du droit de se présenter à des élections, du droit à percevoir toute prestation sociale : Assedic, retraite, Sécurité Sociale, prestations familiales, aide au logement…

L’objectif doit être de rendre quasiment impossible pour une personne résolue à s’engager sur la voie djihadiste de vivre normalement sur le territoire français. A moins d’être soutenue financièrement par les organismes dont elle dépend, ce qui facilite la traçabilité des financements et la surveillance des réseaux.

Le communautarisme étant le berceau de l’islamisme, aucune liste électorale se revendiquant comme musulmane ou représentative d’une communauté ne peut être admise à quelque scrutin que ce soit. L’existence de telles listes est elle-même contraire aux principes de notre République. En outre l’idée qu’une religion puisse faire avancer ses idées par de telles voies heurte frontalement le principe de laïcité.

Concernant le port de signes religieux ostentatoires dans l’espace public qui posent problème parce qu’il se réfèrent à une forme d’Islam radical, il est temps de faire preuve de résolution et de fermeté. Notamment en ce qui concerne les vêtements qui représentent une forme d’asservissement de la femme et ne constituent pas une prescription coranique. En toute logique seul le port du hijab (simple voile) peut être toléré, à l’exclusion de tout lieu public placé sous l’autorité de la République : école, mairie, hôpital, administration… Le hiqab, la burqa, le tchador et leurs dérivés (burqini…) doivent être partout proscrits. Aucune tolérance ne peut plus être permise à ce sujet. Ceux qui les défendent doivent être pénalisés.

La prévention de la radicalisation chez les jeunes doit être envisagée dès le plus jeune âge. Des cours d’éducation civique obligatoires doivent être dispensés dans toutes les écoles, publiques ou privées, sur le territoire national. Ils doivent être animés par des professeurs laïcs et comprendre une initiation aux valeurs et principes de la République, aux règles de comportement en société, ainsi que des notions objectives sur l’histoire des grandes religions. Ils doivent veiller à stimuler l’esprit critique, l’exercice du libre arbitre, le respect d’autrui et l’engagement pour le bien commun.

Cette prévention devra aussi s’appliquer à identifier très en amont les populations les plus perméables au danger de radicalisation.

Dans un contexte d’accroissement prévisible de la pression migratoire, les pouvoirs publics doivent veiller, en concertation avec nos partenaires européens, à exercer une attention particulière au sort des migrants. Car ceux-ci figurent parmi les plus fragiles et les plus exposés aux risques de récupération par des réseaux très marqués idéologiquement.

L’Etat doit donc s’impliquer bien plus qu’il ne le fait dans l’encadrement et l’assistance aux migrants. Non seulement pour leur assurer des conditions de vie décentes, mais aussi pour éviter qu’ils ne soient livrés à des associations humanitaires présentant parfois d’objectifs dangers d’endoctrinement idéologique.

Enfin l’Etat doit mettre en œuvre tous les moyens nécessaires pour éviter que ne perdurent dans certaines banlieues des territoires de non-droit où l’autorité publique n’est plus respectée. Territoires où la criminalité se développe, où la sécurité des habitants n’est plus assurée, mais aussi où la charia s’impose parfois contre les lois républicaines. Cet objectif doit être poursuivi au nom de la liberté et de la vérité, et non d’une simple volonté sécuritaire.

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Le combat des satyres et des sorcières

Mis en avant

Désolé de revenir encore sur cette histoire de harcèlement.

Mais il me semble urgent de dénoncer les propos haineux déversés à l’encontre de cette tribune de femmes courageuses qui fait aujourd’hui polémique. Alors qu’on voudrait rejeter sur elles la honte et la culpabilité, en les assimilant à des complices de violeurs.

Je suis affligé de voir combien les esprits s’égarent, et dans quels excès on en arrive à s’enfermer.

Pardon mes cher(e)s ami(e)s, mais beaucoup d’entre vous avec qui j’échange sur les réseaux sociaux continuent de verser dans l’outrance et feraient mieux de se calmer et de réfléchir posément.

Certains ont ainsi improprement qualifié de « révolte des femmes » ce qui n’est qu’une libération spontanée de la parole à propos du harcèlement. Laquelle fait suite pour beaucoup à des années de silence, de honte ou de déni.

Cette initiative, on ne peut évidemment que la saluer.

Ce faisant, ceux qui sacrifient à ces excès de verbe s’abandonnent du même coup au lyrisme romantique des pasionarias les plus enflammées de la cause féministe. Qui battaient le pavé dans les années 70 en brûlant leur soutif et en vouant à la guillotine tous les mâles, forcément « machistes » et « dominants ». Elles qui prétendaient mettre à sac l’ordre impérialiste et bourgeois de la « société patriarcale ».

La rhétorique a changé en 50 ans mais le fond et les affects restent les mêmes.

Les nouvelles générations ont adopté inconsciemment les causes sinon quelques réflexes sémantiques hérités de ces années révolutionnaires de lutte des femmes.

Luttes qui ont tout de même permis aux femmes françaises d’accéder à des droits et à un statut de plus objective égalité, que beaucoup envieraient sous d’autres latitudes.

Qu’on songe que l’Arabie Saoudite vient tout juste de franchir un cap inouï cette année en autorisant les femmes à conduire seules un véhicule sur la voie publique !… Dans ce pays où on lapide encore arbitrairement les femmes adultères. Et où les violeurs cavalent en toute impunité, puisque ce sont les femmes violées qui sont accusées d’être des « provocatrices » et des pousse-au-crime.

Encore une fois, que l’affaire Weinstein ait suscité un vent de libération de la parole virale et que des femmes violées ou réellement harcelées sexuellement et qui n’osaient pas dénoncer leurs agresseurs aient enfin pu le dire, c’est une chose juste et qui mérite d’être saluée.

Qu’on aide des femmes battues, violées ou agressées à oser se défendre et faire les démarches pour dénoncer des criminels, c’est aussi une très bonne chose.

Le problème c’est qu’une fois cette brèche ouverte, avec l’effet amplificateur des médias et des réseaux sociaux, certaines ont voulu en profiter pour dénaturer cette juste cause et embrigader toutes les femmes dans cette croisade absurde et dégradante contre les hommes, toujours la même. Avec un paroxysme de haine et une incitation à la délation la plus abjecte.

Ainsi, tous les mecs étaient potentiellement désignés comme des « porcs ».

Le choix de ce terme n’est d’ailleurs pas anodin : il reflète bien plus qu’une simple répugnance à l’égard du désir masculin. J’y reviendrai…

Quant au désir et à la libido, qui est le moteur de la vie psychique et de la relation, à les entendre c’était désormais une chose sale, monstrueuse, coupable, qu’il fallait à tout prix réprimer. En tout cas en bannissant toute expression de sa flamme, forcément suspecte, à l’égard d’une femme désirée.

Que les femmes soient agacées d’être utilisées systématiquement par la publicité et sur les couvertures de magazines comme des objets sexuels, de faire l’objet de vannes misogynes et vulgaires dans les cafés où les mecs se lâchent après le boulot, passe encore.

Mais de là à vouloir jeter le discrédit systématique sur le désir masculin, qui n’est pas il faut le rappeler de la même nature que le désir féminin. Ce désir est par nature plus agressif, plus impérieux, parfois violent dans son aspect pulsionnel et volcanique.

Dans le règne animal comme dans les sociétés humaines, c’est la libido et la compétition pour trouver les meilleures partenaires qu poussent les mâles à se battre et à pavoiser, à rivaliser de postures orgueilleuses pour intéresser la galerie. Et les femmes sont elles-mêmes conditionnées par leurs hormones à choisir parmi ces prétendants le plus vigoureux, celui qui saura assurer au futur couple et à l’espèce une abondante descendance.

A moins de vouloir nous extraire totalement des lois de la nature, je ne vois pas comment on pourrait y échapper.

D’ailleurs ces comportements qui obéissent d’abord aux pulsions, relèvent aussi de la culture, depuis que le commerce entre hommes et femmes a été codifié dans toutes les sociétés.

Y compris dans les codes vestimentaires, selon lesquels les hommes (de pouvoir) arborent des costumes bien épaulés pour souligner leur carrure et une cravate, symbole phallique, tandis que les femmes coquettes portent un décolleté plongeant garni de bijoux étincelants mettant en valeur leur opulente poitrine, tel une corolle scintillante invitant les gros bourdons à venir butiner.

Même les dérives androgynes ou queer d’une société qui prétend abolir les stigmates du genre ne viendront jamais totalement à bout de ces codes qui rejouent au plan symbolique ceux de la parade nuptiale.

D’ailleurs après les années 1970 et sa mode unisexe, où toute une jeunesse portait uniformément les cheveux longs, des chemises à fleurs et des jeans cintrés diluant les silhouette dans une même indifférenciation filiforme, on est vite revenu aux signes bien établis de la féminité et de la masculinité. Parfois jusqu’à la caricature outrancière.

Des seins siliconés de Pamela Anderson aux muscles body-buildés d’Arnold Schwartzenegger, depuis les années 1980, rares ou éphémères sont ceux qui s’aventurent à jongler avec les codes. Et en cette fin de décennie 2010 les femmes n’hésitent pas à afficher une sensualité torride à l’image de leurs icônes, comme Rihanna ou Nabila. Alors que tout homme qui se respecte se doit d’arborer une barbe millimétrée, et si possible une toison fournie sur le torse.

Les excitées contre cet agencement pétillant des sexes voudraient même aller jusqu’à revoir la grammaire et imposer à tous les plumitifs cette délirante et fastidieuse « écriture inclusive ». Prétextant qu’une langue évolue et sinon qu’on doit l’y contraindre pour effacer tout stéréotype et toute règle héritée de la domination masculine. On ne s’attardera pas sur de telle arguties, auxquelles seuls quelques complexés du vermicelle osent sacrifier…

De toute façon on ne va pas refaire l’Histoire : depuis la plus haute antiquité et les temps bibliques, nous sommes les héritiers d’une société patriarcale.

Il ne s’agit pas de se cramponner à son phallus ni aux « traditions », en pleurant sur la décadence « déconstructiviste « des soixanthuitards, comme Eric Zemmour pour justifier sa misogynie réactionnaire.

Mais n’en déplaise à celles qui au nom de « l’égalité » voudraient en vérité supplanter le pouvoir des mâles, les dominer et les réduire en esclavage comme au bon vieux temps des Amazones, en 2018 il y toujours des hommes qui courent après les femmes.

Et comme tout pays latin la culture française demeure tout de même globalement patriarcale. Même si la France de 2018 n’a plus rien de commun avec celle de l’Après-guerre.

Et puis si les hommes ont encore le droit de draguer les filles, qu’elle se rassurent : de la haute couture aux patronnes de startups, la France met toujours en avant ses plus jolies femmes et les plus audacieuses qui font bouger les choses.

Nos sociétés ont bien évidemment évolué et continueront d’évoluer. Et le coup d’accélérateur donné par la modernité n’est pas à mettre en doute. Les femmes ont aujourd’hui, quoi qu’on puisse y redire, toute leur place à part égale avec les hommes dans un pays comme la France.

Un pays où notre jeune président est pourtant incapable d’aligner une phrase sans prendre la précaution de préciser à tout bout de champ « celles et ceux« . Par crainte de commettre un écart coupable par rapport à la ligne politiquement correcte qu’ils s’est fixée.

Est-ce un gage de progrès et une preuve supplémentaire de « civilisation » que de vouloir taxer la testostérone de drogue dure ? Ou d’interdire aux hommes d’être ce qu’ils sont : non des pourceaux mais simplement des mâles ? Non des « prédateurs » ou des criminels assimilables à Jack l’éventreur mais juste des êtres animés de désir et qui osent naturellement l’exprimer à celles qui les animent ?

Le Grand siècle avait certes octroyé le pouvoir aux élégantes pleines d’esprit, après des siècles ou les us du terroir propres au peuple autant qu’à la noblesse d’épée rimaient avec les rots, les pets, le cul, la merde et la farce la plus grasse.

Mais la Carte du tendre ou les gesticulations burlesques des laquais serviles et enrubannées de l’Étiquette ont vite été dénoncés et avec quel brio par le théâtre de Molière, à la faveur d’un roi qui méprisait les dévots et aimait beaucoup séduire les femmes.

La tyrannie des précieuses ridicules qui avaient réduit leurs prétendants à des caniches de foire travestis, poudrés, maquillés et peinturlurés comme des drag queens, mendiant un soupir, une œillade ou un aparté avec des chichiteries de tarlouzes, a vite été remisée à sa juste place au pays des troubadours, de Rabelais, puis de Sade, Maupassant ou Flaubert.

Aujourd’hui les choses sont plus drues et plus crues. On atteint vite les cimes du ridicule ou de l’extrême violence.

Quant à celle qui consiste à vouloir bannir de l’espace public toute expression du désir, tout rituel de séduction, par crainte de se voir exposer à des formes parfois trop insistantes ou non sollicitées de gringue appuyé, c’est du pur délire.

Pour un peu on assimilerait Jean d’Ormesson et Bigard !

Pire, c’est objectivement pathologique.

En langage psy on appelle ça une névrose collective. Et pour les intéressées, de « l’hystérie » caractérisée.

Partant, on doit les dénoncer comme tels et refuser de souscrire à ces excès et de à ce chantage.

Hélas, le terrorisme situationniste et médiatique de folles furieuses comme les Femen, avec leurs méthodes dignes de la guérilla urbaine, nous ont habitués à ces excès et ont endormi notre esprit critique.

La mauvaise conscience de certains hommes à l’égard des femmes et le politiquement correct aidant, on a même pu considérer que ce qui relevait au regard de la loi du délit punissable n’était après tout que des méthodes justes servant une cause juste au milieu d’un monde autiste incapable de reconnaître l’injustice faite aux femmes.

S’agissant des excès qui ont suivi la libération de la parole à propos du harcèlement, et de la violence haineuse qu’elle a suscitée, je peux comprendre que cela puisse procéder d’une souffrance trop longtemps tue et qui se déchaîne soudain dans un déluge de cris et d’aboiements vengeurs.

Mais il y a des cabinets de psys pour ça ! L’espace public et l’opinion n’ont pas à être pris en otages pour subir les assauts de ces femmes traumatisées au point de ne pouvoir exprimer que haine et violence.

Il est vrai que depuis le début des années 1980, des émissions comme Droit de réponse, Bas les masques ou Le Divan nous ont habitués à considérer comme normal qu’on instrumentalise les médias comme théâtre exhibitionniste d’une psychanalyse publique érigée en spectacle obscène. Là où la déontologie et l’efficacité de la cure supposent au contraire le huis clos et le secret professionnel.

La télé, puis les forums et les réseaux sociaux, sont ainsi devenus le déversoir de tous les traumatismes particuliers exhibés, disséqués et commentés comme un exercice de communion obligatoire. Un vomitorium de la souffrance et du « Moi je ».

Il y a sans doute dans cette dérive un phénomène d’acculturation et de pollution des esprits hexagonaux par des modes héritées du puritanisme anglo-saxon, et une assignation contre-culturelle à l’exercice de la confession publique comme dans les sociétés protestantes.

Depuis les Alcooliques Anonymes, la prise de parole publique est devenue un passage obligé. Et qui voudrait s’y soustraire serait aussitôt accusé de sécessionnisme et d’absence coupable de contribution à la vie du groupe.

La pudeur, le secret, la discrétion ne sont plus des valeurs en vogue.

L’outrance, la démesure, l’arrogance et l’exhibition, fût-elle vulgaire et forcée, les ont supplantées.

Ardisson est passé par là. Et les bobos ont érigé ces rituels au rang de culture dominante.

Revenons à cette tribune dans Le Monde conduite par une centaine de femmes courageuses qui osent braver l’unanimisme ambiant et défendre le droit pour les hommes de draguer les femmes. En avouant leur plaisir à être courtisées. Au risque de dérapages verbaux ou comportementaux qui font selon elles partie des jeux de l’amour et du hasard.

Il est parfaitement injuste maintenant que s’est libérée cette autre parole – celle du désir féminin – de vouloir culpabiliser ces femmes et les réduire à la caricature pour le coup honteusement misogyne de vieilles cougars en manque de rentre-dedans, ou d’insensées complices des violeurs. A cause de quelques maladresses ou provocations déplacées.

Comme celle de Catherine Millet qui a affirmé en provoquant regretter « de ne pas avoir été violée pour pouvoir dire que le viol on s’en sort« .

Bien sûr c’est un camouflet de trop infligé aux femmes battues ou violées et qui n’avaient pas besoin qu’on les humilie encore pour interdire aux furies qui instrumentalisent leur douleur de pousser le bouchon trop loin.

Il faut le dire tant qu’il est encore temps : vouloir culpabiliser ces femmes courageuses est aussi injuste, humiliant et totalitaire que de vouloir réduire les victimes de violeurs et de harceleurs au silence.

Sachons rester tempérants.

Et admettons de reconnaître que cette tribune, malgré quelques maladresses, vient rétablir enfin un peu d’équilibre dans le débat.

Et permettre surtout que ce débat ait lieu, en laissant libre cours à l’expression d’opinions et de témoignages de femmes parfois contradictoires.

Il faut le répéter aussi : dans un pays latin comme la France où la séduction fait partie de l’art de vivre, les excès du puritanisme érigé en arme politique comme aux Etats-Unis où on ne peut pas baiser sans consulter au préalable son avocat, n’ont pas leur place.

Enfin et non des moindres, ce dont bien peu semblent avoir conscience, c’est que les idiot(e)s utiles qui applaudissent au déversement de haine des féministes extrémistes, lesquelles voudraient castrer tous les mâles et criminaliser la séduction, font très exactement le jeu des fondamentalistes islamistes.

Lesquels ne conçoivent la femme que voilée, soumise et docile. Ou bien à l’inverse les considèrent comme des putes (des « courtisanes ») tout juste bonnes à être utilisées, ou bien sauvagement violées puis lapidées.

Pas étonnant qu’on ait utilisé ce terme insultant de « porc » pour désigner tout mâle qui oserait s’engager dans une drague appuyée, et qu’on qualifie aussitôt de « harceleur ». Sans même prendre le temps de vérifier si l’intéressé avait dépassé ou non les limites imposées par le Droit, ou simplement le respect d’autrui et de son libre arbitre.

Le porc est dans l’Islam, surtout dans l’Islam radical, le symbole par excellence de qui est haram, illicite, interdit, péché. Mais aussi répugnant, abject, immonde. Qui rabaisse l’homme au rang d’animal vivant dans le stupre et les excréments.

« Fils de porc ! » est pour tous les mômes des banlieues gavés de culture du bled, l’insulte par excellence. Là ou « Hijo de puta! » constitue le camouflet majeur dans les pays latinos bercés de catholicisme et de culte des madones.

Faire de tous les hommes des porcs, c’est donc de facto les déclarer haram !

Comme les femmes qui se prêtent à ce jeu sont nécessairement des « putes ».

Pas étonnant de voir monter au créneau des pasionarias de la cause féministe parmi les plus hystériques, comme Clémentine Autain, qui c’est à vrai a subi un viol dans sa jeunesse. Mais qui va jusqu’à renier ses engagements sur la laïcité en manifestant aux côtés des pires salafistes ennemis des femmes et de la République…

Cette récupération inconsciente des symboles islamiques sinon islamistes en dit long sur le degré de confusion et de dérèglement psychique de ces femmes phobiques du genre masculin.

Le mâle est pour elles forcément un animal. Les testicules une erreur de la nature. La testostérone une drogue dure à pénaliser. Et l’expression de tout désir d’un homme envers une femme est forcément sale, violent, insupportable.

Nul besoin d’épiloguer pour comprendre qu’il y a là un évident dérèglement de la libido et une hystérisation au sens le plus clinique et le plus étymologique.

Et ces furies, souvent lesbiennes militantes ou en tout cas misandres au plus haut point, ont érigé cette phobie vengeresse en idéologie et en combat imposé à toutes les femmes.

Que certains se déclarent consentantes, et elles sont aussitôt assimilées à des putains ou à des complices du crime.

Le plus triste c’est que ce sont souvent les plus promptes à monter au créneau pour défendre la laïcité et dénoncer les tentatives des extrémistes à kidnapper nos lois républicaines pour les plier à leur vision de la charia, qui sont aussi les premières à en rajouter dix couches dans l’outrance et cette violence féministe.

Que celles-ci soient épaulées par tous les chantres du djihadisme athéiste, si prompts à incendier la moindre crèche, à arracher leur voile aux femmes qui l’arborent dans la rue, ou à interdire toute déclaration publique de la part de dignitaires religieux au nom d’une mauvaise interprétation de la laïcité, quel comble !

Si l’on pense que j’exagère, qu’on songe à cette abominable initiative des Femen il y a deux ans à peine sur la Place Saint-Pierre de Rome. Lesquelles n’ont rien trouvé de mieux que de s’enfoncer des crucifix dans le vagin en mimant une scène du film L’Exorciste. Tout ça pour soi-disant protester contre une intervention du pape à la tribune des Nations Unies !

Quel rapport avec la cause des femmes me direz-vous ? Aucune !

Sauf que dans l’inconscient collectif le satanisme, la sorcellerie, qui a fait l’objet au Moyen-Âge de beaucoup de fantasmes de la part d’une cléricature hantée par le sexe et une misogynie outrancière, a toujours associé une violence débridée à l’égard des cultes chrétiens et des représentants de l’Eglise avec la mise en scène baroque des pulsions sexuelles les plus débridées de femmes aussitôt qualifiées de « possédées ».

Cherchez l’erreur…

Il est temps de se ressaisir.

Au risque sinon de perdre totalement le sens de la juste mesure et notre capacité de discernement.

Et de faire ressembler cette croisade pour le droit des femmes à être respectées à une Internationale du terrorisme.

La culture et l’esprit français valent beaucoup mieux que cela.

Les femmes y ont toujours eu la part belle.

Sachons donc bannir des usages communs la facilité, le chantage ou la vulgarité des harceleurs.

Mais gardons ce qui fait le sel des relations harmonieuses entre les sexes : la séduction, l’amour des coquetteries et afféteries qui bousculent un peu la pudeur et les bonnes manières. Tout ce qui pimente un quotidien trop morne ou trop sévère. Y compris sur le lieu de travail. Du moins tant que le pouvoir des uns ne justifie pas qu’ils forcent les autres à céder à leurs odieux chantages.

Si l’on s’y refuse, on se retrouvera dans quelques années dans une société totalement codifiée et aseptisée. Où le sexe sera considéré non plus comme un péché véniel mais comme un crime pénal. Et où hommes et femmes n’auront plus jamais le droit de se toucher, de se côtoyer, par crainte d’éveiller des désirs coupables.

Une folie absolue ouvrant du coup la brèche à toutes les sauvageries et perversions décompensatoires.

Ceux qui en doutent feraient bien de regarder du côté de Daesh.

Ou de relire 1984

Winston Smith et Julia, couple maudit condamné à mort pour « crime de sexe » dans le film 1984

A change has gotta come* – Quel avenir pour l’humanité ?

Mis en avant

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Ascenseur pour l’échafaud

Une chose est certaine : notre monde est violent.

Non seulement il est injuste, cruel et désenchanté, mais ceux qui sont sensés nous protéger contre ses excès se révèlent exclusivement préoccupés par leurs intérêts personnels.

L’affaire Fillon a déclenché une réaction en chaîne qui vise à moraliser au pas de charge la vie politique hexagonale en rejetant paraît-il dans les oubliettes de la préhistoire des pratiques d’un autre âge.

Le tsunami populaire balaie désormais un à un les représentants du microcosme avérés de fieffés cyniques, les branches pourries tombent plus vite que les feuilles mortes en novembre, et Marine Le Pen pourrait bientôt récolter les dividendes de ce chamboule-tout national en devenant la Marianne de l’Antisystème.

Reste Macron comme ultime rempart à l’épouvantail frontiste, au suicide français par la petite porte nationale-socialiste, et surtout comme sauveur du Système propulsé par ses généreux sponsors sur la rampe de lancement d’élections très politiquement correctes et démocratiques.

En attendant le résultat d’un suspense inédit, les Français se vengent en coupant des têtes par médias interposés. Et flirtent avec les stéréotypes révolutionnaires en déclenchant des jacqueries en banlieue. Sans voir que cette Grande Terreur version 2017 est largement mise en scène pour détourner leur attention des véritables enjeux, leur faire croire à des mirages et que cette parodie de campagne va changer leur sort parce qu’ils auraient cette fois-ci leur destin en mains.

Kapitalismus über alles !

Pendant que certains râlent, d’autres croient à la liberté d’entreprise comme clé de la réussite.

Et nos politiques libéraux de citer en exemple ces nouveaux aventuriers qui se lèvent tôt le matin pour faire fructifier leur microentreprise. Des héros érigés en modèle d’initiative et de vertu entrepreneuriale face aux assistés d’un système social condamné.

Depuis que les normes administratives et fiscales ont été simplifiées pour faciliter la déclaration d’une nouvelle entreprise et qu’on a créé le statut d’autoentrepreneur, la France s’est trouvé un nouveau héros : le jeune patron issu de banlieue qui déjoue la panne d’ascenseur social en retroussant ses manches.

Et puis il y a le succès d’Über, que les particuliers mettent en concurrence avec des corporatismes sclérosés.

Ce que révèle l’ubérisation accélérée de la société c’est un vaste jeu de dupes qui favorise et valorise les autoentrepreneurs comme les chantres de la société post-capitaliste et de la customisation égocentrique du travail.

Bien plus qu’il ne crée une nouvelle race de winners, la vérité c’est que ce modèle réhabilite l’ancien statut de « tâcheron ».

Minimum de charges pour l’employeur et maximum de risques pour l’employé. Faillite et burnout assurés en bout de course.

Pour échapper à cette dérive entretenue par le jeu de la concurrence et vanté par les médias, il est temps de rompre avec ce nouvel avatar de l’individualisme contemporain. Et d’inscrire dans nos priorités l’harmonisation à la hausse des droits et des régimes des salariés et des indépendants.

Le fric c’est chic

Plus les églises se vident, plus les centres commerciaux et les multiplex se remplissent.

Mis à part quelques aigris de la Manif pour tous et quelques tartufes qui la soutiennent pour engranger les suffrages, la religion n’a plus la cote.

Du moins dans sa version oldschool. Ceux qui savent conjuguer bonne parole et business, comme ces évangéliques alliés aux ploutocrates de Wall Street, ont eux le vent en poupe.

Quant aux mythes, ils ont la vie dure. Un quart des Américains croient dur comme fer à la théorie créationniste. Pas étonnant qu’ils aient élu Trump. Côté revers de la médaille, les idéologues du Djihad armé séduisent de plus en plus de nos jeunes banlieusards en déshérence.

Mais athées purs et durs ou religieux illuminés, tous sont peu ou prou adeptes d’un seul vrai dieu : Mammon.

La frugalité n’est plus que l’apanage de doux rêveurs alter-écolos séduits par les sirènes de la décroissance.

Tout le monde veut s’en mettre jusque-là en attendant la fin du monde.

Mais pour s’acheter ces artefacts de bonheur en toc et étaler les signes extérieurs de c’est mon choix, encore faut-il avoir les poches pleines.

Difficile quand 99% des richesses sont détenues par 1% de la population.

Alors on cherche tous les moyens possibles pour gagner du fric. Ou au moins se donner l’illusion qu’on en a. Creusant au passage ses frustrations et son désir de vengeance contre un Système qu’on rejette mais qui continue de nous mener par le bout du portefeuille en nous promettant chaque matin des joujoux plus affriolants qu’hier.

O tempora, o mores…

Dette ? Quelle dette ?

Un état c’est comme une foyer : ça doit payer ses dettes ou éviter d’en contracter.

C’est avec ce genre de croyances totalement fabriquées que les hiérarques de Bruxelles zélés thuriféraires de la religion imposée par les banques centrales veulent nous faire croire depuis les décennies que l’équilibre budgétaire est avec la croissance et l’excédent commercial l’alpha et l’oméga du bonheur collectif.

Alors que les Français sont de plus ne plus nombreux à ouvrir les yeux et vouloir claquer leur gueule à ces ventriloques du Système, comme par hasard voici qu’à moins de 90 jours de l’élection présidentielle tombe le rapport Pébereau. Et qu’on nous ressert le vieux refrain de la dette.

Voir l’article du Figaro du 15 février 2017 : Ces 5 chiffres qui montrent l’urgence de réduire les dépenses publiques en France.

Mais qui serait aujourd’hui assez naïf pour croire un apparatchik de la haute finance comme Michel Pébereau, ancien patron de BNP-Paribas, la banque la plus cynique de tout le cartel français ?

La dette ? Mais on s’en tape de la dette !

Qu’est-ce qu’une dette ? Une simple écriture dans un ordinateur. Cliquons sur « DELETE » et hop ! terminé : plus de dette !

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Ça paraît facile à dire ? Et pourtant…

Bien sûr les médias n’en parlent jamais, mais ôtons nos œillères et observons comment depuis la crise de 2008 les Islandais ont dit aux banques d’aller se faire foutre en optant pour un autre modèle social et économique à l’opposé de la doxa monolithique qu’on nous ressert depuis 50 ans comme la seule vérité vraie. Les banques n’ont pas pu faire autre chose que s’aligner…

Dont acte.

Qui plus est, la dette est un mécanisme totalement pervers au cœur du système mis en place par les banques centrales pour asservir banques, états, entreprises et particuliers.

Le vrai sens de la « dette », ce n’est pas ce lien absurde que les états continuent d’entretenir avec les banques, et que nous continuons tous d’entretenir avec les puissances de l’argent.

Non. La vérité cachée derrière ce machiavélique artifice comptable, c’est que nous sommes tous totalement interdépendants. Que nous avons tous une dette les uns envers les autres. Et que l’humanité tout entière a une dette envers elle-même. Parce que nous ne cessons d’emprunter à nos enfants pour financer notre rêve de toute puissance et de jouissance sans limite.

Changer ? Mais quoi ?

Il est temps de changer radicalement de modèle, au risque de nous autodétruire en suivant une logique qui conduit l’humanité à sa perte.

C’est sûr, quand on a été gavé de poison libéral depuis son enfance il faut du temps pour reformater le disque dur et oublier l’endoctrinement qu’on a subi. Mais c’est possible.

Quels sont les enjeux ? Quelles sont les priorités ? Quelles sont les solutions ?

Faut-il comme on le dit souvent remettre le politique au-dessus de l’économie ? Ne faudrait-il pas d’abord remettre l’homme au cœur de la politique ?

Réaffirmer le primat du politique sur l’économique c’est bien, mais ça sonne surtout comme une revanche d’une classe politique décrédibilisée, d’un discours politique désavoué par les électeurs et d’une volonté de récupérer des voix face au succès de l’abstention et à la montée des extrêmes.

On ne construit pas l’avenir en faisant marche arrière. On ne compense pas les effets néfastes de la violence des marchés en élevant des barrières protectionnistes comme s’imaginent pouvoir le faire Trump ou Marine Le Pen.

Quant à la mondialisation souvent accusée de faire le malheur des déclassés, elle arrive à son terme et jamais des murs ou des frontières ne permettront de revenir à un paradigme qui appartient au passé.

Faut-il alors laisser faire, laisser passer ? Et laisser au Système le soin de s’autoréguler ? L’avènement de la société de consommation capitaliste constitue-t-il le point ultime de l’évolution humaine, comme l’affirmait Philippe Muray, théoricien cynique préfigurateur de Houellebecq qui reprend à son compte la thèse hégélienne de la « fin de l’Histoire » ?

Certainement pas !

Faut-il ériger des contre-pouvoirs ? L’Etat doit-il réguler le marché comme le prétendent les partisans de politiques interventionnistes ou d’inspiration keynésienne ?

Force est de constater que toutes ces tentatives ont échoué.

De plus, le paradigme politique n’est certainement la clé pour comprendre le monde d’aujourd’hui.

Pas plus que la « nation » n’est le concept idoine pour retenir des identités déliquescentes et ordonner les échanges humains.

Sortir des paradigmes anciens

Comme l’a démontré le sociologue Alain Touraine[i], nous avons changé de paradigme.

Au cours de son histoire, l’humanité a d’abord connu un premier paradigme « politico-militaire ».

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Celui-ci était marqué par l’ère des batailles et des empires concentrés sur leur volonté de conquête hégémonique. Le pourvoir appartenait alors au prince. Une stratégie orientée vers la conquête de nouveaux territoires, la préservation et l’expansion d’un modèle civilisationnel inspirait alors l’action politique et militaire des états.

De Lao Tseu à Clausewitz en passant par Machiavel, le rapport de forces entre états rivaux se réglait par les armes et le gouvernement des peuples par l’usage de la force arbitraire ou légitime des puissants.

Ce système a produit des merveilles, a soumis des peuples entiers à la férule du modèle le plus puissant, mais il n’a pas assuré le bonheur de l’homme. Tout au plus a-t-il permis de pérenniser des dynasties vouées tôt ou tard au déclin.

Le succès des idéaux des Lumières et des grandes utopies sociales, l’avènement de la démocratie partout en Occident, l’effondrement des empires et l’affirmation du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes au sortir de deux guerres mondiales, les révolutions industrielles puis numérique, l’essor du capitalisme marchand, le triomphe du Marché et la mondialisation de l’économie ont conduit au début du 19e et jusqu’à la fin du 20e siècle au remplacement de cet ancien paradigme par un nouveau : le paradigme économico-social.

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Le Peuple souverain a replacé le Prince. Le Marché dans les sociétés capitalistes et l’économie planifiée dans les sociétés marxistes ont supplanté le primat du politique. La conquête de nouveaux territoires géographiques a été remplacée par celle de nouveaux territoires économiques.

Toute l’action collective s’est orientée vers l’édification d’une société fondée sur les valeurs démocratiques de liberté, d’égalité, de justice et la redistribution des richesses selon un idéal de fraternité.

Ce paradigme est aujourd’hui caduque.

La mutation rapide du capitalisme industriel en ultralibéralisme financier et le choc de la mondialisation aujourd’hui arrivée à son terme ont creusé les écarts et exacerbé la contestation d’un modèle économique inhumain.

Car celui-ci conduit à l’épuisement des individus et des ressources, à l’accroissement de la pauvreté et au creusement des écarts entre riches et pauvres, à des formes nouvelles d’esclavagisme, à la multiplication des guerres et des violences instrumentalisées pour servir les intérêts des grandes puissances, à la quête inassouvie d’un bonheur matérialiste et hédoniste fondé sur la consommation effrénée et le divertissement permanent, à la manipulation constante de l’opinion par les médias, à la dictature de la transparence, au repli des droits individuels au profit d’un monde hypernormatif, d’une surveillance permanente de la vie personnelle et sociale, à la perte totale du sentiment d’appartenance collective, du sens du bien commun, de la morale, des repères et des valeurs.

Selon Alain Touraine, le nouveau paradigme qui émerge aujourd’hui est avant tout culturel. Il se caractérise par l’opposition de modèles civilisationnels et culturels pour la domination mondiale jusqu’à l’avènement d’une culture planétaire portée par la mondialisation économique qui finira par supplanter les particularismes.

Si elle peut paraître juste, cette analyse centrée sur la culture n’est pas satisfaisante. Car elle ne rend pas compte de l’étendue et du sens profond de la crise actuelle, de ses enjeux les plus essentiels et des solutions à mettre en œuvre pour sauver l’humanité d’une destruction assurée.

Vers une conscience planétaire

Ce qu’il faut aujourd’hui c’est changer radicalement de vision et de modèle.

Non pas simplement changer de modèle de « société », car la société est un concept aujourd’hui dépassé. Tout comme la « nation », la société est un paradigme aujourd’hui englobé dans un ensemble plus vaste dont le périmètre est l’humanité tout entière en voie d’unification.

La mondialisation des échanges, non seulement des échanges économiques mais aussi la globalisation des savoirs et des cultures, l’accélération de la mobilité et la multiplication des échanges humains, qui s’accompagnent d’un déracinement généralisé de la culture d’origine mais aussi d’un enrichissement par le commerce avec une multitude d’autres, le développement d’internet et des réseaux sociaux qui permet d’échanger en temps réel les informations, de brasser les connaissances, de confronter les modèles de pensée et les habitudes de vie, tous ces phénomènes conduisent à l’émergence d’une nouvelle conscience planétaire.

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Cette métaconscience est celle de l’Humanité tout entière en voie d’unification. Et non la somme des consciences individuelles ou des éons collectifs en concurrence pour s’imposer comme l’entité dominante.

Cette unification en cours est inéluctable. Elle s’accélère, s’intensifie et s’approfondit. Il ne s’agit pas d’une « uniformisation » comme on le prétend souvent, même si les différences tendent apparemment à se niveler.

En réalité les différences jouent pleinement leur rôle moteur de la relation et de l’accélération cognitive et spirituelle.

Cette dynamique propulse la conscience collective dans une spirale ascendante vers des niveaux de plus en plus élevés. Ici et là, partout émergent des sauts de conscience qui ne sont pas à proprement parler des « prises de conscience » – encore que les crises jouent ce rôle – mais une expansion de la conscience globale, ramifiée en une infinité de connexions quantiques.

Le nouveau paradigme est donc bien plus que culturel : il est spirituel.

Inévitables régressions

La transition entre l’ancien et le nouveau paradigme passe par une étape de questionnement éthique. La passerelle entre l’idéalisme social propre au paradigme économico-social dont on voit aujourd’hui la faillite complète et le nouveau paradigme spirituel est jonchée d’angoisses existentielles, d’interrogations relatives à la morale, au sens de la vie ou à la soif d’une nouvelle transcendance.

A mesure que la réalité de cette nouvelle entité émergente qu’est l’Humanité nouvelle se fait jour et que la Conscience globale absorbe les consciences individuelles, des peurs vertigineuses se réveillent, liées au sentiment de perte d’identité personnelle ou collective.

Les crispations de la conscience qui en résultent se traduisent par des focalisations apocalyptiques sur fond de cataclysme écologique, de terreurs millénaristes, de fantasmes de 3e guerre mondiale et de destruction globale.

Ces soubresauts de la conscience en train d’accoucher se matérialisent par divers chocs, catastrophes, épidémies, flambées de violence ou emballements hystériques.

Autant de phénomènes dont on ne retient que la partie émergée de l’iceberg déformée par les lunettes de la pensée unique libérale qu’on chausse habituellement : crise économique, sociale, politique. Au mieux crise identitaire, culturelle ou civilisationnelle.

Contrairement à ce que l’on croit ce ne sont pas les désordres économiques, sociaux ou politiques qui génèrent un sentiment de panique et traversent la conscience de hantises diverses. Croire cela reviendrait à penser que les « événements factuels » déterminent nos perceptions psychologiques, qui à leur tour font fluctuer notre état d’esprit.

Passer du monde cartésien à la conscience quantique

La physique quantique nous révèle que c’est au contraire l’esprit qui tient le gouvernail. Et que notre réalité individuelle ou collective n’est pas « perçue » de l’extérieur mais que nous la créons à chaque instant. Que ce que nous croyons subir n’est pas la résultante d’événements indépendants de notre volonté mais le produit exact de nos choix et de nos représentations inconscientes.

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Ce monde en plein tourment n’est en fait qu’un gigantesque hologramme dans lequel nous nous projetons et dont nous nous croyons prisonniers.

Il suffit de penser, d’énoncer et de faire les choses différemment pour que notre réalité change immédiatement.

Cela vaut pour les individus, cela vaut pour les groupes, et demain cela sera notre réalité universelle.

Notre devoir collectif ce n’est pas aujourd’hui de changer le monde. Que ce soit par un effort « contre » une nature hostile comme le croient les partisans d’une vision anthropocentrique du réel. Ni à l’inverse en nous amendant de nos erreurs pour nous réconcilier avec une mère-nature bonne et généreuse mais qui nous renverrait aujourd’hui à notre inconscience et à nos excès. Vision infantile partagée par les partisans d’une vision « écocentrique ».

En revanche notre responsabilité collective passe par la prise de conscience des représentations que nous créons, qui à leur tour se traduisent par des modèles dont nous ne savons plus sortir.

La réalité collective est fondée sur l’intrication permanente d’égrégores collectifs, lesquels orientent à l’image de champs magnétiques et donne vie à ce que nous interprétons comme le réel, et en détermine l’apparence de réalité.

Nos pires ennemis sont nos peurs. A nous d’en prendre conscience et d’en être maîtres et non esclaves.

Le Système instrumentalise, nourrit sinon crée lui-même ces psychoses collectives par son obsession vaine et violente à affermir son pouvoir sur les êtres et les esprits.

Partout apparaissent en réaction des régressions de types religieuses, nationalistes, identitaires, communautaires.

Bien entendu toutes ces logiques qui s’appuient sur une volonté désespérée de retour aux mythes religieux, à la nation, au groupe de référence ou qui renforcent l’enfermement narcissique et l’individualisme contemporain s’appuient procèdent d’une lecture faussée par la peur et sont vouées à l’échec.

Pire, elles ne font que renforcer une dérive, une caste ou un système qu’elles prétendent combattre.

La pensée cartésienne ou rationnelle, si forte en France, qui prétend s’opposer à la pensée mythique, est aussi ce qui nous aveugle le plus. Il est temps de revêtir la conscience quantique. Que le philosophe Ken Wilber nomme « pensée centaurique ».

Cette pensée dépasse le prisme trompeur engendré par la dualité, par la pensée verbale et les concepts. Et l’apparente incompatibilité entre rationnel et irrationnel.

Pour entrer dans ce paradigme de conscience, il faut aller au-delà des mots et même des représentations.

Je ressens donc je suis

On a coutume aujourd’hui d’ironiser sur cette propension générale à privilégier les émotions et les affects par rapport aux idées.

Pourtant émotions et affects sont ce qui caractérisent les mouvements de notre âme. Et notre âme, plus que notre esprit résumé à l’intellect, est ce qui nous relie consciemment à notre être profond et à tout ce qui est.

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Nous nous sommes tellement détachés de nos émotions que nous en sommes par exemple venus à croire que l’on peut transmettre des savoirs ou des savoir-faire à de jeunes enfants en faisant totalement abstraction des émotions qui les accompagnent et de la sensibilité de ceux qui les reçoivent. Or c’est tout l’inverse. Parce qu’avant d’accéder à la pensée cartésienne, les plus petits fonctionnent naturellement dans la pensée quantique. Et vibrent instinctivement au diapason des consciences qu’ils côtoient dont ils captent les moindres frémissements.

Appliquons-nous donc à bien ressentir. C’est-à-dire à ne pas être esclaves de nos perceptions, de nos émotions ou de nos sentiments, mais à les accueillir, à les accepter, à les observer, à les nommer, à les partager et à les laisser vivre sans nous identifier à eux.

Car sans eux nous sommes détachés de qui nous sommes. Nous vivons dans les illusions engendrées par notre intellect et non au contact de l’énergie qui vibre en nous et nous fait être.

Notre travail consiste à prendre conscience de ce que nous sommes conscients, d’être conscients d’être, c’est-à-dire en perpétuelle évolution, en perpétuel devenir. De renoncer à fixer cette identité autour d’un sentiment d’avoir, de savoir, de pouvoir ou d’appartenir. Mais de nous concentrer sur la seule réalité qui est : que nous sommes des êtres totalement reliés, que toute séparation est illusoire et que nous ne faisons qu’Un avec tout ce qui est.

Lorsque le plus grand nombre aura réalisé cette étape, la conscience collective arrivera à son point d’achèvement. Toute velléité d’attachement matériel, de possession égotique, de compétition pour la conquête de nouveaux territoires, de nouveaux pouvoirs ou de nouveaux savoirs nous apparaîtra vaine.

Seule la recherche de la plus grande réalisation, du plus grand bonheur collectifs seront au cœur de notre engagement. La paix règnera éternellement. L’homme vivra éternellement (ce qui est déjà le cas même s’il le nie ou l’ignore), et il accomplira des prodiges dont il n’a même pas idée.

Ceci n’est pas une utopie, une chimère ou une illusion. C’est la seule réalité possible. A nous de la comprendre, de la choisir, de l’embrasser et de la « réaliser » collectivement. Il n’y a pas d’alternative.

Mettre l’Humanité au cœur de toutes nos préoccupations

En France, la fascination morbide pour les attentats terroristes de 2015 et 2016 a totalement anesthésié la pensée collective, en exacerbant les suspicions identitaires et en précipitant la fragmentation communautaire. La France est devenue incapable de s’inventer un avenir. Et se venge de son sort en décapitant sa classe politique.

Seule demeure dans des discours vides de sens la référence réflexe à une « République » dont on ne sait plus très bien s’il faut passer ou non à la 6e pour sortir du marasme politique, aux « Droits de l’homme » devenus un mythe démenti par les atteintes croissantes aux libertés individuelles, et à la « démocratie » qui n’est plus qu’un mirage destiné à masquer la manipulation par les élites et institutions financières, la disparition du pouvoir des individus et la limitation de l’expression démocratique aux outrances télévisuelles et à des parodies électorales mises en scène par les médias.

Faut-il revenir à une forme d’humanisme, remettre l’homme au centre de la politique ?

Non. D’abord parce qu’on l’a vu la logique politique ne fait plus sens aujourd’hui. Ensuite parce que ce n’est pas l’idéal humaniste si élevé soit-il qui nous sauvera mais l’inscription de plein pied, libre, joyeuse et active dans ce grand mouvement qui nous aspire vers un destin qui nous dépasse.

Pour devenir les acteurs de notre avenir, il faut mettre la conscience de cette appartenance à une Humanité dont nous sommes les cellules au cœur de toutes nos préoccupations, des plus anodines au plus essentielles.

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Nous sommes en marche. Mais pas pour élire un politique fantoche qui veut nous manipuler pour nous déposséder de notre pouvoir et nous rendre davantage esclaves d’un Système à bout de souffle.

Nous sommes en marche vers notre propre avènement.

Le changement ne « doit » pas arriver : il est déjà là.

Ce n’est pas pour demain, c’est ici et maintenant.
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*Un changement doit arriver

[i] Alain Touraine : Un nouveau paradigme. Comprendre le monde d’aujourd’hui. Fayard, 2005

« Vous entendrez parler de guerres et de rumeurs de guerre »

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Depuis le 13 novembre, il ne se passe pas un jour sans que les médias ne distillent abondamment les conséquences des attentats : état d’urgence, renforcement de la surveillance policière, présence militaire dans les rues, fichage, perquisitions, traque des terroristes, fermeture de mosquées, expulsions d’imams salafistes. Et bien sûr la guerre menée en Syrie pour « vaincre Daesh », comme l’a promis le Président Hollande. Coalition internationale ou pas, chacun y va de sa démonstration de force : Russes, Américains, Français, Européens. S’y ajoute même depuis la semaine dernière une « coalition islamique contre le terrorisme » emmenée par… l’Arabie Saoudite. On s’étrangle de rire quand on songe à l’infaillible soutien financier des Saoudiens, des Qataris et la Turquie aux divers groupes terroristes de la région.

Un mois après, Paris fait semblant d’oublier. Mais à Bruxelles c’est une tout autre ambiance. Magasins fermés, militaires patrouillant dans des rues désertes, état de guerre. Alors que pas un coup de feu m’a été tiré, pas une victime n’a été déplorée. Suspect selon certains observateurs avertis.

Comme si ce climat d’apocalypse savamment mis en scène par les télés officielles ne suffisait pas à nous effrayer, il suffit de zapper les programmes des chaînes publiques ou privées pour se donner une idée du climat d’insécurité et d’angoisse dans lequel Big Brother entend nous enfermer. Pas un soir depuis des mois voire des années sans une émission sur Hitler, le nazisme ou la Seconde guerre mondiale. Des reportages choc éculant les mêmes thématiques : délinquance, patrouilles policières, terrorisme, trafic de drogue, prostitution… Et d’autres déprimants sur le quotidien des RMIstes, des sans-logis, des réfugiés. Le spectacle de la misère du monde étalée au cœur de nos cités. Ajoutés à ce cocktail neuroleptique des séries d’une débilité affligeante et des divertissements de téléréalité lobotomisés, qui nous rabaissent bien au-dessous du degré zéro d’un encéphalogramme atone.


La nouveauté c’est qu’un coup d’accélérateur vient d’être donné avec la multiplication des prévisions et prédictions alarmistes quant à notre avenir proche. Ainsi le terrorisme qui nous frappe n’en serait qu’à son rodage. Le pire est devant nous. Et des attentats d’une ampleur sans précédent menaceraient la France en 2016 (Jacques Attali). De source policière, les fêtes de fin d’année seraient à très haut risque, des attentats de grande ampleur seraient envisagés durant cette période. Sans qu’on sache d’où émane de telles informations ni leur degré de sérieux.

Des rumeurs de guerre il y en a partout. Chacun y a va de son scenario catastrophe pour annoncer la 3e guerre mondiale. Déjà entamée pour certains. Prévue en 2025 ou 2035 pour d’autres, voire en 2045 (cf. cet article de La Tribune).

Et puis il ne faudrait pas oublier l’apocalypse climatique qui nous pend au nez. Et qui pointe sur nous son doigt accusateur jusque dans les moindres recoins de notre Eden consumériste, en nous sommant de consommer bio et écoresponsable.

Le spectre du fascisme qui ressurgit sous les traits d’une montée des droites nationalistes un peu partout. Celui du péril alimentaire, chimique, pharmaceutique, des plastiques qui étouffent les océans, de nos villes qui suffoquent, des pestes, des famines… N’en jetez plus !

La rumeur d’Orléans n’est qu’un battement de plume face à cette cacophonie assourdissante de malheurs qui envahit nos esprits.

Mais qu’est-ce qui se trame sur nos têtes au juste ? Qui nous manipule et dans quel but ? Qui déclenche et instrumentalise ces guerres ? Pourquoi sommes-nous incapables de réagir, d’entrer en nous-mêmes ou de descendre dans la rue pour dire autre chose que ce qu’on nous demande d’ânonner ? D’éteindre nos lucarnes, de congédier les cassandres et de réfléchir par nous-mêmes ? Et pourquoi au contraire en redemandons-nous toujours davantage ?

Pourquoi nous plaindre quand nous sommes complices de notre propre asservissement ?

Plus la confusion est grande et plus le règne du Mensonge étend son emprise avec une séduction et une perversité croissantes.

Il est temps de se réveiller. De refuser d’être les instruments d’une terreur qui n’est pas que l’arme des terroristes mais aussi celle des états dits démocratiques. De réfuter les logiques manichéennes qui nous désignent des ennemis à abattre en séparant le camp du Bien et celui du Mal. Non pas qu’il faille excuser ces bourreaux sanguinaires. Mais croire que ceux qui nous gouvernent ont les mains blanches dans cette tragédie et qu’aucun ne spécule sur le chaos serait un leurre.

Il faut voir la vérité en face. Arrêter de se voiler la face, de se contenter de formules simplistes et de bons sentiments. Car ce monde est complexe, ses enjeux intriqués, tous les acteurs sont liés par des équilibres interdépendants, et nul ne peut départager de façon binaire les bons des méchants.

Au final, vers quel monde veut-on nous entraîner ? Un monde dont l’éthique serait totalement évacuée afin de servir les intérêts d’une petite élite ? Sinon dans le spectacle fantoche d’une version édulcorée ou puissamment anxiogène des rapports de domination et de pouvoir pour endormir les masses. Mascarade qu’on appelle ici du doux nom de « démocratie ». Un monde qui sacrifie son avenir au court terme et précipite sa perte avec un cynisme démoniaque. Un monde totalitaire et tellement transparent que plus personne ne s’appartiendrait. Que rien de ce que nous ferions, dirions, penserions n’échapperait à l’exposition au regard de tous.

Ou bien un monde où la Vérité et le respect de la personne humaine priment, et pas qu’en paroles ? Ou nos actions sont déterminées par la recherche de la paix, du bonheur et de l’intérêt collectif, de l’unité, de la participation libre et consciente à un destin commun ? Et non de la jouissance immédiate, anesthésique de courte durée et source d’angoisses, de tensions mimétiques et de violences en retour.

Vous entendrez parler de guerres et de rumeurs de guerre. Mais que faire face à la rumeur ? Et que faire face à la guerre ? Se lancer dans la bataille avec rage ? Ou orienter son esprit et ses efforts à préparer le monde qui vient ? Celui qu’on occulte parce que l’ancien continue de rapporter gros et se refuse à mourir.

Comprendre et combattre les mécanismes du sectarisme, de la haine et de la violence terroriste

Mis en avant

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Comment la haine peut-elle envahir entièrement un homme au point de lui ôter tout sentiment humain ?

Et cette haine viscérale propre aux terroristes qui tuent froidement, méthodiquement et aveuglement des hommes, des femmes et des enfants innocents au nom de Dieu est-elle un préalable personnel à leur engagement djihadiste ou une conséquence collective de celui-ci ?

Comment se fait-il que la haine puisse prendre l’apparence d’une sacralité au point de recouvrir chez certains religieux toute aspiration à la paix, à la joie, à l’amour, au pardon pourtant inscrites au cœur des religions ?

 

Les jeunes en France qui sont séduits par l’idéologie des terroristes et rejoignent le Djihad sont déjà dans un processus d’auto-exclusion de la société et de radicalisation. Ils ont pour beaucoup déjà été condamnés pour des délits liés à la délinquance, au trafic de stupéfiants ou d’armes. Ils ont rompu avec leur milieu d’origine même si leur propre famille semble parfois ignorante de leur radicalisation. Ils ont fait sécession et en décidant d’adhérer aux discours djihadistes et de rejoindre ses rangs ils en acceptent les dogmes et les principes et en assument les conséquences.

Ils ne subissent donc pas à proprement parler un « lavage de cerveau » comme dans d’autres sectes et ne sont pas conditionnés malgré eux quand ils partent en Syrie ou rejoignent des réseaux clandestins en France. Sinon sous la forme d’un endoctrinement et d’une préparation militaire orientés vers l’action. Ils savent exactement ce qu’ils font lorsqu’ils prennent librement ce choix de rejoindre le Djihad. Personne ne les y contraint.

La haine dont ils sont animés à l’égard de la société occidentale et française en particulier est donc antérieure à leur engagement.

Mais le fantasme de rejoindre une cause juste et de lutter aux côtés de frères d’armes au nom d’une mission divine donne sens à leur vie et une justification à cette haine. Le passage à l’acte donne un sentiment d’enthousiasme qui enracine plus profondément cette haine radicale dans une résolution tendue vers l’action.

La perspective éventuelle de mourir en martyr leur apporte la possibilité d’une glorification.

Les mythes qui fondent le « marketing du Djihad » ne sont pas à prendre avec légèreté. Ils procèdent des mêmes mécanismes qui alimentent toutes les sociétés sacrificielles.

D’abord en désignant des boucs émissaires. En l’occurrence tous les « mécréants », les « impies » : musulmans qui refusent de se conformer à leur lecture biaisée de l’Islam. Et « l’Occident croisé » et son « allié sioniste » Israël.

Mais ces cibles ne sont pas que des boucs émissaires selon le mode habituel. Les djihadistes s’autodésignent comme une minorité de justes au sein d’un monde gouverné par la confusion entretenue par une majorité d’impies. Ils se vivent comme une minorité d’élus, éclairés par leur adhésion radicale à un credo religieux qui leur désigne la seule voie possible pour se conformer aux dessins divins et accomplir la mission purificatrice sur terre, selon une lecture fondamentaliste, apocalyptique et manipulée du texte coranique.

Cette entreprise sacrificielle et purificatrice est ensuite confirmée par la figure du martyr. Dès lors qu’ils s’engagent, ces jeunes acceptent volontairement de mourir en héros et en martyrs. Leur désir de vie se voit même perverti en un ardent désir de mort. Et cette perspective peut leur procurer une intense jouissance de type mystique. Ou, d’un point de vue psychologique, d’une « exaltation schizophrène et morbide ».

René Girard a bien analysé ces mécanismes qui font du martyr celui qui vient confirmer le bien-fondé de la violence sacrificielle au sein des sociétés et en prolonger indéfiniment le cycle.

Cette croyance en une justification de la haine et de la violence s’appuie sur une distorsion complète du message, des textes, des mythes  et des icônes véhiculés par la religion dont ils se réclament.

Le dieu des djihadistes, qu’ils ne cessent de nommer selon l’une de ses attributs selon l’Islam « Le Miséricordieux » n’est absolument pas un dieu de miséricorde, un dieu qui aime et qui pardonne. C’est au contraire un dieu de colère, un dieu violent, qui appelle toujours plus de sang dans une soif insatiable de vengeance et de justice. C’est le vieux dieu des sociétés archaïques régies par les mythes et le cycle ininterrompu de la violence mimétique.

Dans une perspective théologique de la figure de Dieu dans les trois religions monothéistes, notamment de l’islam auquel ces sectes terroristes se réfèrent, cette figure subit une évidente distorsion manipulatrice. Il est instrumentalisé pour servir le dessein des terroristes. Le dieu invoqué est l’exact contraire de celui présenté par les trois religions. Ce n’est pas un dieu de la Vie, un dieu de l’Amour, un dieu de Justice. Mais un dieu de la Haine, de la Mort et de la Destruction.

La référence à Dieu est un mensonge absolu. Parce que ce dieu-là qu’il vénère c’est en vérité une idole et son Adversaire désignés par les textes religieux : Satan, l’Accusateur, celui désigne des coupables et appelle la sentence sur eux.

Un dieu qui fascine et avilie et non un dieu qui invite, qui appelle et qui relève.

C’est aussi un dieu absolutiste et totalitaire, qui ne tolère aucun écart à la voie normative et exclusive de croyance et de conduite censées l’agréer. Et comme dans tout système de pensée totalitaire, il n’y a aucune place pour l’individualité. Tout est entièrement assujetti au Collectif qui se confond avec la Transcendance.

Enfin c’est un dieu destructeur, dont le projet n’est pas l’édification d’une nation sainte ou d’un monde juste ni de sauver l’humanité, mais l’anéantissement de tout caractère humain et de toute l’humanité. Le retour au chaos et à la barbarie. La violence comme seul horizon transcendantal. Et le règne d’un monde effroyable et démoniaque constitué d’êtres plus bas que le règne animal, entièrement voués à la dissémination de la terreur et de la mort, jusqu’à leur propre anéantissement.

La Gloire de ce dieu est tissée d’un sombre manteau de sang et de mort et non de lumière. Une gloire que rien ne célèbre sinon un abominable et éternel cri de souffrance et d’effroi.

Il faut bien comprendre que les mêmes mécanismes d’inversion symbolique alimentent toutes ces sectes qui prétendent œuvrer pour le Salut au nom d’une divinité bienfaisante mais servent en réalité des archétypes diaboliques.

Hélas aucune religion n’y échappe car le plus grand mal côtoie toujours le plus grand bien. Et les religions, aussi élevés soient leurs desseins, engendrent à un moment ou un autre toujours leur exact contraire.

L’islamisme radical qui prône le terrorisme n’est donc nullement étranger à l’Islam. C’est l’un de ses sous-produits. Non pas uniquement d’un point de vue théologique sous la forme d’un sectarisme fondamentaliste. Mais d’un point de vue spirituel par l’inversion des polarités dans le domaine du sacré.

La meilleure façon de lutter contre ces mécanismes fondés sur le Mensonge, c’est de les déconstruire, de les mettre en lumière et d’y opposer les armes de la Vérité.

On ne combat pas uniquement le terrorisme en lui faisant la guerre. Parce que celui-ci trouve sa justification dans le combat qu’on mène contre lui et que le Mal est toujours prompt à resurgir

Il faut lui opposer la Lumière de la Vérité. Une vérité qui n’est pas froide et accusatrice. Mais une vérité aussi déterminée et implacable qu’aimante, inclusive, consolatrice. Une vérité qui donne vie aux êtres et qui confère corps, sens et dynamisme aux sociétés humaines.

death life

Le meilleur moyen de briser le règne du Mensonge pour lequel œuvrent toutes les sectes vouées au Mal, c’est d’œuvrer pour le Bien. Et de puiser en soi-même, individuellement et collectivement, les forces nécessaires pour orienter notre conscience et notre existence vers ce qui produit du Sens, ce qui développe, nourrit ou restaure le lien entre les êtres, ce qui rend l’humanité davantage cohérente, congruente, féconde et créatrice, avec un respect bienveillant pour nos différences et une tendresse compatissante pour nos lâchetés, nos erreurs et nos manquements.

La défaite des terroristes c’est notre adhérence puissante à l’énergie de la Vie sous toutes ses formes. Une énergie si puissante que même la mort n’a aucune prise sur elle.