Quick Charia, l’islamisme soft dans votre plateau repas

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Article mis en ligne sur Facebook le 3/8/2018: Corrigé le 4/8/2018.


Chers amis,

Je partage avec vous ce coup de gueule.

Ou plutôt cette réaction raisonnée et citoyenne face à ce que s’apparente à une nouvelle victoire du salafisme en France.

A la base une simple mésaventure.

Apparemment insignifiante. Presque dérisoire.

Pas de quoi fouetter un chat, affoler la Une des médias ou mobiliser la rue, me direz-vous.

Juste l’un de ces petits (ou gros) « détails ».

Petits mais symptomatiques d’une dérive, d’une lente évolution, d’un phénomène rampant et sournois souvent décrié et qui résiste aux tentatives d’apporter des solutions idoines.

Une évolution marquée par l’avancée progressive du salafisme et de l’extrémisme musulman en France.

Lesquels entendent ouvertement et sans complexes appliquer leur stratégie d’islamisation de la société française.

Notamment en enfonçant des coins dans les remparts d’une laïcité par ailleurs contestée et fragilisée.

Et en dénaturant avec une méthodique perversité et une rhétorique éprouvée les principes mêmes de notre République.

Certes on est loin des attentats de Charlie, du Bataclan ou de Nice.

Pourtant c’est l’un de ces petits grains de sable, qui ajoutés les uns aux autres viennent peu à peu gripper le fonctionnement de nos institutions, grignoter nos libertés fondamentales et saper les bases de notre démocratie.

Une démocratie bien menacée. Rongée de l’intérieur comme de l’extérieur par des modèles concurrents ou franchement hostiles.

Une situation qui risque à terme de mettre en péril les fondements de notre République et ses valeurs humanistes.

Et faire péricliter toute tentative de garantir les bases d’un vivre ensemble respectueux des écarts et des différences, mais attaché à faire corps, à faire peuple commun sinon Fraternité. Démarqué en tout cas des forces de dislocation centrifuges, des clivages identitaires, communautaires et des conflits mimétiques.

Une situation face à laquelle juges débordés, politiques pressés ou clientélistes, et intellectuels angoissés semblent incapables d’apporter des réponses justes, pérennes, aptes à corriger le tir. Sinon à déployer une Vision pour construire un avenir de paix et d’unité.

Un boulevard pour les pires écueils qui menacent à plus ou moins long terme notre identité, notre culture, nos valeurs et notre modèle républicain, si jalousement et chèrement défendus.

D’un côté celui d’une islamisation et d’une libanisation de la France. En marche objective et même accélérée. N’en déplaise aux partisans d’un relativisme coupable, à ceux qui craignent de renforcer la stigmatisation des musulmans en dénonçant ce danger, aux suiveurs et aboyeurs moutonniers incapables de raisonner par eux-mêmes. Et bien que l’instrumentalisation qui en est faite par l’extrême droite en brouille l’analyse et tende à discréditer toute dénonciation un peu ferme.

Et de l’autre la porte ouverte aux pires extrémismes xénophobes. Incarné par cette même extrême droite.

Sinon à une forme de totalitarisme musclée accédant au pouvoir par les voix démocratiques à la faveur de crises, une exaspération populaire sur fond de délitement moral, de perte des repères, de confusion hystérisée, conduisant à des sursauts réactifs des peuples face au sentiment de déliquescence généralisée. Comme à l’incapacité d’élites déconnectées, autistes ou cyniques à prendre en compte leurs difficultés et revendications.

On l’a vu tout récemment avec l’arrivée au pouvoir en Italie du front d’extrême droite aux relents néo-mussoliniens. Et cette vague populiste sinon crypto-fasciste qui déferle depuis 10 ans sur les démocraties européennes et aux Etats-Unis.Ce sentiment de déliquescence, terreau des extrémismes de tous bords, se nourrit d’une forme de terrorisme intellectuel beaucoup plus insidieuse que celui de Daesh, dont on parle hélas assez peu. Et dont on mesure mal les vrais dangers tant on s’y est accoutumé.

Il s’agit du terrorisme moral exercé par l’hégémonie de la Pensée unique et le Politiquement correct, instruments du Système.

Terrorisme sournois car infiltré dans les discours, les schémas de pensée et les esprits.

Et qui nivelle discours, modèles comportementaux et valeurs, en s’opposant à toute expression libre, claire et directe de vérités dérangeantes qui risqueraient de mettre en cause certains modèles établis.

Vérités aussitôt raillées et détournées en accusations réflexe (« théorie du complot », discours victimaires, moralisation outrancière, emballement névrotique sur des broutilles…) visant à verrouiller tout débat, à empêcher tout discernement serein, à culpabiliser ou marginaliser les détracteurs.

Un terrorisme très efficace en revanche pour semer la confusion, imposer des modèles de pensée simplistes, faciles à reproduire, et gommer tout esprit de discernement nuancé.

Mais aussi et surtout à manipuler les esprits en traçant et en contrôlant discours et opinions.

Un phénomène largement conceptualisé par les sociologues du début du 20e siècle qui se sont attachés à décrypter les mécanismes de la psychologie et de la manipulation des foules. Et illustrés par des romans prophétiques comme 1984 d’Orwell, ou Le Meilleur des mondes d’Aldous Huxley. Plus récemment par des films comme Matrix ou V comme Vendetta.

En tout cas ce terrorisme empêche clairement les autorités institutionnelles, juridiques, politiques, morales ou intellectuelles de ce pays de faire leur travail correctement, en toute indépendance, sans être soumises en permanence à la double pression vindicative des gardiens du Système et d’une opinion grégaire.

Comment dès lors faire appliquer la Loi, sanctionner les contrevenants, veiller au respect du Droit démocratique, défendre les libertés individuelles et les valeurs de la République ? En tout cas sans être soumis à l’exercice d’une censure permanente. Et de mécanismes réducteurs, totalisants sinon totalitaires.

Mais venons-en au fait après cette longue introduction.

Lors d’un voyage au printemps dernier dans le Midi, je me suis vu confronté à un incident assez banal, mais très symptomatique de ce qu’on peut aisément interpréter comme une volonté d’imposer la charia dans un lieu tout à fait surprenant, a priori épargné par ces dérives.

De séjour à Nîmes, je me suis rendu dans un restaurant Quick situé à deux pas des Arènes, sur l’imposante Esplanade Charles de Gaulle. L’équivalent de la Place de l’Hôtel de Ville à Paris.

J’y ai commandé un menu du type cheeseburger bacon, un classique de cette enseigne et de bien d’autres marques de fast-foods.

A ma grande surprise le serveur m’a signifié que cette spécialité emblématique de la marque ne figurait pas au menu de l’établissement.

Lequel refusait tout simplement de servir à ses clients de la viande de porc.

Stupéfait, j’ai fait part de ma surprise à l’intéressé, qui bien qu’impuissant m’a immédiatement rejoint dans mes griefs. Estimant lui aussi inadmissible qu’un restaurant Quick applique ainsi la charia, mais pourtant bien obligé d’obtempérer.

J’ai failli tourner les talons après avoir fait un scandale.

Mais j’ai préféré me raviser et employer des moyens plus efficaces pour dénoncer ce procédé scandaleux.

Lequel constitue il faut le rappeler un délit manifeste, et une atteinte non négligeable aux principes de liberté, d’égalité des citoyens devant la loi, et de laïcité.

J’ai donc écrit une lettre au directeur de ce restaurant très fréquenté par des Nîmois et des touristes en plein cœur de Nîmes.

Je la soumets à votre lecture (au bas de cet article), et vous invite à en discuter.

Face à un tel état de fait et une impunité étonnante (Nîmes une ville bien ancrée à droite, avec un maire Républicains tendance Wauquiez, et un électoral FN qui aligne des scores importants aux élections), je me suis résolu à en parler à des amis nîmois qui ont partagé mon émotion. Une colère nourrie par une exaspération croissante face à la montée réelle de la délinquance, de la criminalité et de l’insécurité à Nîmes.

Une ville et une région à fortes populations immigrées, à fort taux de chômage, confrontées ces dernières années à un afflux massif de réfugiés, qui se singularisent selon la Police par une criminalité galopante, et une forte prévalence d’islamistes doctrinaires bien actifs dans leurs rangs.

Ce n’est hélas pas un fantasme parano digne de Valeurs Actuelles. Ni un de ces mensonges alarmistes et outranciers dont le FN est coutumier. Encore moins un cas isolé. Tout le pourtour méditerranéen est en effet concerné.

Une triste réalité à laquelle sont confrontés les habitants. Y compris les jeunes Nîmois enfants fils de parents immigrés de 2e ou 3 générations. Ils en subissent eux aussi les déboires, pris en tenaille entre une xénophobie rampante et des tentatives de récupération de la part de ces fanatiques, pourtant ultra minoritaires.

Face à ce constat, comment agir ?

N’est-il pas déjà trop tard pour infléchir l’évolution et parer à des menaces plus graves ?

Il appartient à chaque citoyen, croyant ou athée, quelles que soient ses propres origines, récentes ou lointaines, son appartenance éventuelle à une communauté, de prendre ses responsabilités, d’alerter, de sensibiliser. De proche en proche, ou en prenant à partie responsables et élus.

Avant que les urnes ne parlent de façon funeste.

Il ne s’agit pas de stigmatiser, d’attiser des peurs, rivalités ou tensions qui risqueraient de nourrir les frustrations et tentations de se marginaliser.

Mais d’être clairs, rigoureux, sans ambiguïté, paresse ou complaisance, qui font le terreau quotidien des extrémistes de tous bords et des ennemis de la République.

Réveillons-nous et agissons ensemble, mais aussi chacun à sa mesure.

Ne nous laissons pas endormir par une actualité insipide qui brodé sur des questions mineures, en tout cas sans comparaison avec ces enjeux : le foot, Benalla, ou le dernier petit commentaire d’un sous-ministre sur Twitter ou à la télé.


Lettre ouverte au Directeur du Quick de Nîmes
_______________
Cher Monsieur,
Je suis journaliste indépendant, membre et ancien dirigeant de plusieurs associations citoyennes de dialogue intercommunautaire, de défense des valeurs républicaines et de la laïcité, et ancien conseiller de quartier de la Ville de Paris.
Lors d’un récent déplacement à Nîmes et dans sa région, je me suis rendu à votre restaurant pour y commander un menu au comptoir.
J’ai été alors très surpris d’apprendre que votre restaurant refusait de servir à ses clients des plats contenant de la viande de porc.
Ce qui est contraire me semble-t-il à ce que pratiquent l’ensemble des restaurants Quick présents sur le territoire français. Lesquels proposent à peu près tous les mêmes spécialités et formules.
Je crois savoir que depuis sa création, Quick comme d’autres enseignes de restauration rapide américaines ou européennes, a toujours proposé dans ses menus, en France du moins, des hamburgers contenant du bacon.
Cette décision, dont je me suis ému auprès de votre employé qui a partagé ma réprobation, constitue une contradiction flagrante avec la politique de Quick en France. Une société belge rachetée récemment par le groupe américain Burger King. Lequel que je sache n’est pas une entreprise islamique.
En effet cette décision surprenante de la part d’un restaurant Quick situé en plein centre de Nîmes, sur l’emblématique Esplanade Charles de Gaulle, à quelques mètres des Arènes de Nîmes fréquentées par de nombreux touristes, a quelque chose de proprement révoltant.
Notamment parce qu’elle s’apparente à une facon non explicite d’appliquer la charia sur le territoire français, au cœur d’une grande ville vivant presque exclusivement du tourisme. Et non dans une banlieue reculée où ne vivent que des communautés issues de l’immigration, en grande partie musulmanes.
Cette façon d’imposer sans le dire la charia à vos clients et salariés est tout à fait inadmissible.
En particulier dans un lieu public et un établissement commercial appartenant à un groupe multinational de très forte notoriété, et hors de tour contexte cultuel ou communautaire.
Et donc en contradiction complète avec la loi française.
Je vous signale que cette décision constitue un délit passible d’une amende.
A titre personnel j’ai des amis musulmans qui gèrent des restaurants halals de type kebabs. Et je ne vois aucun problème à ce que ces restaurants ne servent pas de porc à leur clientèle, mais au contraire des plats et de la viande certifiés halal, ce qui me semble tout à fait normal pour ce type de restaurants.
De même je trouve normal que des chaînes de restauration rapide proposent à leurs clients le choix entre plusieurs menus, dont certains cashers ou halals si cela correspond à une demande.
Mais concernant la chaîne Quick, une telle décision ne peut être comprise que comme une concession inacceptable au communautarisme local.
Compte tenu du contexte démographique d’une ville comme Nîmes et d’un département comme le Gard, je comprends que vos clients puissent être pour une large part issus de l’immigration africaine ou maghrébine. Et donc pour une large part sinon une majorité de confession musulmane.
Vous n’êtes pas non plus sans savoir que les tensions communautaires qui ont nourri parfois tragiquement l’actualité de notre pays obligent autorités et responsables à une vigilance particulière pour faire respecter les lois de la République, en particulier en matière de laïcité.
Notamment en refusant de céder aux pressions d’une minorité au sein de la minorité musulmane, qui entend faire fi de nos lois et imposer les siennes, en complète rupture avec la République, le respect des libertés individuelles, des principes d’égalité devant la loi, de la laïcité et du vivre ensemble.
Je vous invite donc à exercer sans plus attendre votre responsabilité de manager et de citoyen, en amendant une décision qui vous met personnellement en situation d’enfreindre la loi.
Je ne manquerai pas d’en référer le cas échéant au Maire de Nîmes et au Préfet du Gard. Afin qu’un arrêté municipal ou préfectoral soit promulgué visant la fermeture administrative provisoire de votre établissement, dans l’attente d’ouvrir une enquête administrative ou judiciaire.
J’en informe également la Direction Générale de Quick France. Et celle de Burger King aux États-Unis.
Certain qu’elles ne manqueront pas de vous rappeler vos devoirs et responsabilités concernant le respect des lois et réglementations en vigueur dans notre pays.
Cordialement,
Christophe Claudel
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Israël enterre officiellement la démocratie dans l’indifférence générale

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Commentaire de l’article de Danièle Kriegel dans Le Point du 19/7/2018

Le jour où Israël a retiré le mot « démocratie » de sa loi fondamentale

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La longue descente aux enfers de l’état hébreu continue.

Voilà bientôt 30 ans, dont quasiment 22 ans au pouvoir, que le pire Premier Ministre et le plus corrompu qu’Israël ait connu en 70 ans d’existence sape méthodiquement les valeurs fondatrices de l’Etat hébreu.

Valeurs universelles héritières de la fine fleur du judaïsme. Comme de l’idéal sioniste des pères fondateurs, pétris d’humanisme, d’esprit d’égalité, de liberté, de solidarité, de justice sociale. Et d’une volonté clairement affichée d’accorder un statut citoyen et des droits égaux à toutes les minorités.

Au lieu de cela, ce qui sert aujourd’hui de parodie d’armature morale à cette clique de mafieux au pouvoir s’appuie sur la plus sombre des idéologies mélangeant ultranationalisme et intégrisme religieux, violence arbitraire et arrogance frondeuse.

S’en suit une politique ouvertement cynique, xénophobe, ségrégationniste et guerrière, qui profite à un nombre de plus en plus restreint d’élus. Et relègue tous les autres au rang de citoyens de seconde zone, de sous-hommes, ou d’ennemis de fait du Grand Israël victorieux.

Rien de nouveau sous le soleil me direz-vous. Depuis 3000 ans c’est peu ou prou la même rengaine. Et l’éclaircie durant les 40 ou 50 premières années d’existence d’un Israël moderne, laïc et démocratique, fait presque aujourd’hui figure d’irréelle exception et de flambée utopique.

Il suffit de relire la Bible pour trouver les mêmes attitudes parmi les rois corrompus et les élites jalouses qui ont tour à tour dirigé la cité de David, les royaumes de Juda et d’Israël, ou la province romaine de Palestine au temps de la dynastie hérodienne. En s’alliant à l’occasion aux occupants les plus détestables pour se maintenir au pouvoir et accroître leurs privilèges de caste.

Voilà donc aujourd’hui la démocratie officiellement enterrée en Israël.

Sans qu’apparemment aucun dirigeant occidental ne songe à s’en émouvoir.

Le boulevard est désormais une autoroute à huit voies pour tous ceux qui entendent à l’Ouest du Jourdain continuer à prospérer sur cet abominable mensonge institutionnalisé.

Faut-il rappeler que cette idéologie ultranationaliste et ultrareligieuse qui fait le sel de Netanyahu et de ses pairs n’est pas qu’une mascarade de circonstance destinée à rallier les sionistes les plus endurcis ou les citoyens les plus angoissés afin de bétonner leur pouvoir.

Netanyahu est l’héritier direct d’une famille d’idéologues du sionisme messianiste. Son grand-père, rabbin, en fut l’une des figures phares, aux côtés du célèbre rabbin Abraham Isaac Kook.

L’homme a maintes fois démontré ses talents d’expert dans l’art de manipuler les esprits et de brouiller les pistes. Affectant de prétendre ne pas être lui-même pas religieux et s’affichant à l’occasion dans des restaurants non cashers pour donner le change.

Ce que peu d’Israéliens savent en vérité, c’est que Benyamin Netanyahu n’est pas que « le petit-fils de ». Mais qu’il est lui-même un idéologue patenté du sionisme messianique dont il incarne la politique. Ses nombreux écrits sur le sujet sont pour une bonne part consultables en ligne, et ne laissent aucune place au doute.

Quoi d’étonnant à ce qu’à l’image d’un Erdogan, d’un Ahmadinejad ou de ses nouveaux alliés de Riyad avec lesquels il pactise aujourd’hui pour continuer à s’enrichir, Netanyahu poursuive méthodiquement son travail de destruction en imposant sournoisement un régime nationaliste, théocratique et totalitaire en lieu et place de l’état laïc et démocratique qui l’a vu élire ? Comme d’autres ont imposé avant lui la charia la plus rétrograde dans leur pays.

Netanyahu est hélas beaucoup plus intelligent, plus cérébral et machiavélique que Trump. Un clown populiste qui ne fonctionne qu’aux affects et aux réflexes, sans réel projet ni autre vision que de ménager ses propres intérêts en flattant les plus bas instincts de son peuple. Il sait parfaitement comment manipuler les clivages politiques, les mythes nationaux, et une opinion inquiète, versatile et volontiers frondeuse.

Une société beaucoup plus éclectique et authentiquement démocratique en vérité que ne l’est la société française. Dont la tradition du débat parfois houleux s’enracine non seulement dans une volonté de favoriser le pluralisme d’identités et d’idées selon les principes démocratiques élémentaires. Mais aussi dans cette pratique très juive du questionnement permanent, de l’interprétation voire de la controverse à propos de chaque aspect de la vie juridique, sociale, communautaire, et non seulement de points d’éthique ou de théologie. En se gardant de tout dogmatique à caractère totalisant, mais en pratiquant au contraire un certain relativisme et en cherchant à actualiser en permanence les principes et les lois qui fondent la vie en société sinon le rapport à la Transcendance.

Plus qu’un principe strictement démocratique comme la liberté d’opinion, d’association ou d’expression, c’est là l’un des fondements essentiels du judaïsme depuis son origine. Et qui devrait s’il était respecté, y compris et surtout par tous les religieux, garantir à la démocratie sa légitimité et sa pérennité.

Voilà donc un double coup de maître à l’actif de Netanyahu avec cet amendement de la Loi fondamentale.

D’abord imposer dans cette loi le principe longtemps défendu et ultra contesté d’un état d’Israël conçu comme un état juif pour les seuls Juifs.

Ensuite retirer toute référence à la démocratie.

Et donc au pluralisme et à la laïcité. Principes défendus avec ardeur par les pères fondateurs contre les Haredim. Une minorité en passe de devenir bientôt majoritaire dans le pays à la faveur d’une natalité galopante. Et qui tirent des bénéfices conséquents d’un statut d’exception proprement scandaleux. La plupart de ces Juifs ultraorthodoxes vivant pour la plupart reclus dans de véritables ghettos refusent en effet de travailler tout en étant payés par l’Etat, prétendant en tant que religieux n’être tenus de se consacrer qu’à l’étude de la Torah et à l’éducation de leur abondante progéniture.

Jusqu’à une époque récente ils veillaient à ne se se compromettre d’aucune manière avec un état et des institutions auxquels ils ne reconnaissent aucune légitimité. Vivant dans la schizophrénie la plus totale en tant que citoyens d’un état qu’ils combattent par ailleurs avec vigueur. N’hésitant pas pour certains à soutenir ouvertement ou à s’allier avec l’ennemi iranien ou les terroristes du Hamas hostiles à Israël, afin de précipiter la chute de ce qui n’est à leurs yeux qu’une ignoble imposture, et de hâter ainsi la venue du Messie.

Selon une vision messianique passablement archaïque de l’Histoire, seul le Messie quand il paraîtra pourra en effet selon eux restaurer la légitimité, la grandeur et la pureté religieuse de l’ancien Royaume d’Israël.

Une minorité qui pèse de plus en plus, et qui est en passe de devenir majoritaire dans un pays dont ils ont peu à peu noyauté toutes les institutions. Du moins dans ses fondements idéologiques sinon en prenant directement les manettes du pouvoir. Jusqu’à parvenir à imposer méthodiquement leur vision, saper les valeurs démocratiques, et substituer à un régime démocratique un modèle de société objectivement totalitaire.

Un modèle en passe de devenir une réalité. Et que certains intellectuels, officiers de l’armée ou des services de renseignement, et personnalités israéliennes de premier plan n’hésitent plus à comparer à l’Allemagne nazie.

Les victimes de ce scénario qui menace la paix et les équilibres stratégiques dans la région en flirtant avec des thèmes apocalyptiques ne sont pas seulement les vrais démocrates. En particulier ceux de de la gauche historique, depuis les premiers colons socialistes et les pionniers des kibboutzim. Ces grandes figures qui certes n’étaient pas des enfants de chœurs et savaient manier un fusil mais avaient à cœur de défendre un idéal de société vraiment démocratique, vraiment juste, fraternel, ouvert, solidaire et favorable aux minorités. Tout en assurant aux Juifs souhaitant vivre en Israël accueil, liberté, sécurité, solidarité et prospérité, notamment après les persécutions récentes ou plus anciennes dont ils furent les victimes.

Les victimes directes de ce basculement progressif dans les ténèbres sont évidemment les minorités ethniques et religieuses qui vivent ou travaillent en Israël : Arabes israéliens, musulmans, Palestiniens des Territoires. Mais aussi chrétiens, druzes, samaritains et autres. Lesquels vivent pour certains depuis des millénaires et de façon ininterrompue sur cette terre.

Mais aussi à plus long terme les Israéliens eux-mêmes. Dont la survie comme celle de l’état hébreu est à plus ou moins long terme mise en péril par les multiples provocations et égarements de ceux qui spéculent sur la xénophobie, la guerre et le chaos. En bafouant ouvertement tous les principes du Droit international et les engagements qu’ils ont eux-mêmes fait semblant d’accepter. Engagements sinon en faveur de la création d’un état palestinien voisin d’Israël (auquel une majorité de l’opinion publique demeure aujourd’hui favorable bien que les dirigeants actuels déclarent aujourd’hui clairement combattre cette idée), du moins en faveur d’un règlement pacifique et négocié d’un conflit qui s’éternise depuis au moins 70 ans.

Quitte à s’allier discrètement à l’occasion avec leurs ennemis déclarés afin d’entretenir un rapport de forces qu’il font mine de dénoncer mais qui leur est favorable politiquement et s’avère économiquement très rentable : de tous temps et en tous lieux la guerre a toujours été beaucoup plus profitable que la paix.

Enfin, cette politique est évidemment préjudiciable aux Juifs du monde entier. Lesquels dans leur majorité – du moins pour les Juifs américains – se sont peu à peu désolidarisés du soutien considéré comme acquis de la diaspora juive à Israël. Et qui condamnent ouvertement cette politique ultranationaliste, anti-démocratique et contraire aux valeurs du judaïsme, soutenue certes par le lobby juif proche de Washington, mais désavouée par une majorité de Juifs soucieux de défendre leurs valeurs.

Comme de lutter contre un antisémitisme résurgent dont ils sont parfois victimes. Un antisémitisme sur lequel spécule Netanyahu pour attiser les peurs et rallier de nouveaux soutiens. Et qui est largement alimenté par les ressentiments que nourrit un sionisme messianique conquérant et arrogant, brutal et cynique, que sa politique incarne depuis qu’il est revenu aux affaires. Et qui concentrent sur Israël comme sur les Juifs l’animosité de ses voisins et de ses ennemis. Notamment auprès des jeunes musulmans issus des minorités vivant en Occident, parfois tentés par des discours radicalement « antisionistes » sinon antisémites. Et qui parfois franchissent le Rubicon d’un engagement actif qui n’est pas simple complaisance envers le Djihad islamique.

Curieux monde que celui dans lequel nous vivons !

Un monde où fanatiques, religieux ou politiques véreux conspirent pour assassiner les démocrates et torpiller les efforts de paix. De Kennedy à Rabbin, combien ont succombé pour avoir osé tenter l’impossible ?

Un monde où l’on préfère souvent pactiser pour de sombres calculs d’intérêt personnel et de vils marchandages stratégiques ou économiques avec les pires régimes et les pires dictateurs : Erdogan, Trump, Netanyahu…

Alors qu’on vient officiellement d’enterrer la démocratie en Israël, la France s’honorerait de s’exprimer avec courage et raison d’une voix ferme sur ce sujet.

Quitte à rompre avec la coupable omerta européenne et occidentale sur un sujet ultra clivant, à propos duquel les politiques davantage soucieux de clientéliste communautariste que d’éthique s’accordent de plus en plus à renoncer à s’aventurer.

Merci à Danièle Kriegel pour cet édifiant article.

Les Gay Games ont-ils encore un sens et une utilité ?

Dans trois semaines s’ouvriront à Paris les 10e Gay Games, qui se tiendront pour la première fois en France, et pour la deuxième fois sur le continent européen, 20 ans après ceux d’Amsterdam en 1998.

Mis à part les médias LGBT, peu y consacrent leur actualité. Une simple recherche sur Google Actualités montre que le sujet intéresse très peu médias et opinion publique mainstream.

Quelles en sont les raisons ?

Les Gay Games peinent-ils à toucher leur cœur de cible, personnes et militants LGBT ? Souffrent-ils d’un manque de moyens ? D’un manque de réflexion sur le positionnement à adopter face à l’éventail des « causes » et surtout d’événements susceptibles de rassembler en période d’été ?

L’été justement, Français et Parisiens ont-ils les yeux rivés vers d’autres horizons et d’autres préoccupations ? Le sujet n’intéresse-t-il personne au-delà de la communauté LGBT et de ses amis ?

Les Gay Games sont-ils trop calés sur la culture américaine et en décalage par rapport à la réalité française ? Notamment pour les personnes LGBT qui vivent en province, loin des métropoles où se concentrent les communautés ? Sont-ils trop élitistes ? Le concept a-t-il vieilli ? Sont-ils tout simplement has been ?…

Sport populaire et creux estival

Au lendemain du match suivi par 19 millions de téléspectateurs qui a vu la France se qualifier pour la finale de la Coupe du Monde de Football, les Français regardent davantage vers Moscou que vers le stade Jean Bouin où se tiendra la cérémonie d’ouverture des Gay Games le 4 août prochain.

Quelle que soit l’issue de cette finale tant attendue, les médias s’intéresseront ensuite aux dernières étapes du Tour de France précédant la traditionnelle arrivée sur les Champs-Elysées le 29 juillet.

Viendra ensuite le creux estival du 1er au 15 août. Durant lequel Paris est plus désertée par les Parisiens, livrée aux touristes et à ceux qui ne peuvent pas partir ou choisissent de rester.

Alors comment attirer l’attention sur ces jeux ?

Des jeux aujourd’hui encore presque totalement inconnus du grand public, contrairement à des événements incontournables, très médiatisés, bien inscrits dans le paysage urbain et la culture parisienne, comme la Marche des Fiertés.

Force est de constater que les Gay Games n’intéressent qu’une part minoritaire des personnes concernées parmi les plus motivées. Plus quelques hétérosexuels solidaires ou proches de leurs amis sportifs LGBT.

Et bien sûr ceux qui les courtisent, soutiennent la communauté et cet événement pour des motifs divers.

Paris sera toujours… noyé sous les fêtes !

Quant à Paris, la Ville Lumière autrefois vidée de ses habitants et ennuyeuse au possible du 15 juillet au 15 août est devenue une capitale attractive, un pôle touristique de premier plan en période estivale. La ville la plus visitée au monde est aussi l’une de celles qui attirent le plus de touristes l’été.

Et les occasions de s’y divertir n’y manquent pas. 

Icône de la culture festive et jalouse de son prestige, Paris est aujourd’hui noyée toute l’année y compris durant l’été sous une avalanche de fêtes, d’évènements, de festivals et happenings divers, musicaux, culturels, sportifs ou festifs. Tous plus créatifs, originaux, ambitieux, ludiques et décalés les uns que les autres.

A moins d’être un militant ou un représentant LGBT, membre d’un club sportif ou d’une association, ce qui n’est pas le cas de la majorité des personnes concernées, ou de vouloir profiter de ces jeux pour visiter Paris, il semble particulièrement difficile pour les Gay Games d’attirer des hordes de touristes vers les stades, à l’instar des vrais J.O.

Qui plus est avec un concept qui n’a quasiment pas varié en 36 ans d’existence.

Comment apparaître comme « nouveau », mobiliser au-delà du noyau dur et se démarquer, même auprès des gays et lesbiennes, face à une offre de loisirs de plus en plus innovante, hétéroclite et pléthorique ?

Tous égaux ?… Pas vraiment !

All equal! – Tous égaux !

C’est le slogan retenu par la Federation des Gay Games pour ces 10e jeux.

C’est aussi le thème central qui a porté les revendications de la communauté LGBT au cours des dernières années, notamment au cours des débats pour le vote du mariage pour tous, fondé sur des revendications égalitaristes.

On peut d’ailleurs regretter que ce slogan dénature l’esprit des jeux tel que l’a voulu son fondateur.

Lequel entendait rassembler, inclure et montrer l’exemple. Et non gommer des différences objectives entre hommes et femmes, homos et hétéros. Comme on le fait aujourd’hui dans une indifférenciation confusionnelle plus propre à réactiver les réflexes homophobes qu’à voir ces différences effectivement et définitivement acceptées, reconnues et valorisées.

Si l’égalité des droits est un principe républicain, humaniste et universaliste qui mérite d’être défendu, l’égalitarisme à tout crin conduit à terme à une vison schizophrène de la société incarnée par des discours politiquement corrects qui tendent à effacer artificiellement les différences, à les nier, à cause de l’angoisse que ces celles-ci ne redeviennent des motifs d’injustices, d’exclusion ou de persécution.

Ajouté à la traque permanente et parfois excessive de tout stigmate « homophobe », utilisée comme argument rhétorique et politique pour empêcher tout discours contradictoire normalement admis dans une société démocratique (un peu comme certains musulmans avec le chantage à « l’islamophobie »). Et l’on aboutit à une attitude contre-productive qui risque à terme de nourrir ressentiments et feedbacks négatifs à l’égard des LGBT, par un effet de retour du refoulé.

Comme on le voit ici ou là avec la réapparition de certains actes et propos homophobes.

Il eût été plus intelligent, plus efficace et surtout plus respectueux de la réalité de promouvoir comme le voulurent les fondateurs des Gay Games l’aspiration légitime à une égalité de statut, de reconnaissance et de droits (fait aujourd’hui quasiment acquis au plan juridique sinon pour ce qui est  des mentalités, toujours sujettes à des revirements). Mais aussi de valoriser ces différences en tant que telles, pour ce qu’elles portent de valeurs d’exemplarité propres.

Et ce depuis des siècles.

Ce dont les promoteurs de ces jeux, leurs supporters et la communauté LGBT dans son ensemble n’ont aucunement conscience.

All equal, all different, all One ! : voilà qui aurait plus de sens, plus d’ambition, plus de fidélité aux idéaux portés à l’origine par ces jeux, et plus de gueule !

Au lieu de cela, derrière le prétexte de vanter l’Egalité pour tous, les Gay Games version 2018 créent d’objectives inégalités, notamment d’ordre économique, renforçant ainsi l’image d’un événement élitiste, cloisonné et déconnecté de certaines réalités.

Il suffit pour s’en convaincre de consulter la grille tarifaire des évènements sportifs, culturels ou festifs proposés lors de ces jeux très parisiens. Et d’admettre que le ticket d’entrée est franchement dissuasif.

Sinon scandaleusement rédhibitoire pour beaucoup de gays et de lesbiennes fauchés, en France et surtout ailleurs, qui n’auront jamais la chance de s’y rendre.

Un seul exemple assez éloquent : 50€ à 65€ pour la soirée d’ouverture au Grand Palais avec le DJ israélien Offer Nissim en tête d’affiche. On parle ici du tarif « normal » ; les VIP sont invités quant à eux à débourser 95€ à 3000€ pour une table, selon le « rang » où l’on souhaite être vu.

Le ton est tout de suite donné.

L’objectif de rentabilité sera peut-être atteint. Quitte à sacrifier les principes mêmes d’égalité et d’inclusivité qui sous-tendent ces jeux.

Malgré les appels aux dons, au mécénat d’entreprise et aux sponsors, et les efforts affichés de solidarité pour permettre une plus large participation des athlètes les plus éloignés ou les moins fortunés, le coût de la participation à ces jeux reste un élément dissuasif pour beaucoup de personnes tentées de s’y joindre en tant que participant ou simple spectateur. En plus des frais de voyage et de séjour à Paris, 2e ville la plus chère d’Europe après Londres.

Les Gay Games restent donc un événement communautaire réservé à un public de gays et lesbiennes, jeunes ou un peu moins jeunes, plutôt urbains, issus des classes moyennes ou supérieures, qui voyagent beaucoup, et avec un bon voire un très bon niveau de revenus.

Ces fameux « dinks » (double income no kids) très prisés des stratèges du marketing. Encore qu’aujourd’hui beaucoup de couples de même sexe conçoivent, adoptent ou élèvent des enfants.

En tout cas un segment de consommateurs très courtisé par les multinationales. Lesquelles depuis une vingtaine d’années ont flairé le filon et multiplient à l’envi ronds de jambe et offres ciblées pour attirer cette frange de consommateurs aussi exigeants qu’hédonistes et prompts à dépenser facilement leur agent pour se faire plaisir.

Notamment en affichant leur soutien sous forme de sponsoring ou de chars d’entreprises bien visibles lors des Marches des Fiertés.

Les Gay Games sont donc représentatifs de cette culture consumériste, insouciante sinon arrogante, réservée à de véritables « enfants gâtés », aujourd’hui chouchoutés par les politiques, les médias et la société marchande.

Des personnes qui affichent sans complexe leur différence, ou entendent au contraire qu’on ignore celle-ci.

Une communauté autrefois précurseur de modes et de changements sociétaux, solidaires de multiples causes et d’autres minorités stigmatisées. Et qui s’est aujourd’hui pour une large part « embourgeoisée », endormie sur ses lauriers, à force d’être flattée par ses mécènes et une opinion publique qui a aujourd’hui quasiment acceptée l’homosexualité et ses avatars comme autant de nouvelles normes.

Une caste de quasi privilégiés, choyés, jaloux de leur statut de « victimes » indéfiniment ressassé et de leurs droits chèrement conquis au terme de décennies de lutte et de souffrances, notamment à l’époque de la flambée de l’épidémie de sida.

Il faut reconnaître aussi que les gays et lesbiennes sont aujourd’hui objectivement beaucoup plus libres et plus aisés, du moins dans les grandes villes des pays démocratiques, que leurs homologues issus de pays où l’homosexualité est encore pénalisée, les personnes pourchassées, et où le niveau de vie est sensiblement moins élevé qu’à Paris.

Des jeux réservés à une élite ?

Face à des sociétés hostiles, la découverte de sa propre différence et la nécessité de se faire accepter (différence objective qu’on voudrait aujourd’hui gommer comme si elle n’existait pas en la noyant dans des discours politiquement corrects sur l’égalité ou des circonvolutions souvent franchement hystériques sur le « genre »), a toujours poussé les jeunes homosexuels qui voulaient s’en sortir à se singulariser sinon à s’auto-justifier.

Longtemps beaucoup d’homosexuels pas forcément « bien nés » n’avaient d’autre choix que de s’acheter une place au soleil en aiguisant leurs talents, en se battant pour être reconnus, acceptés grâce à leurs mérites, accéder à des prébendes ou à des postes de responsabilité, et servir d’exemples aux autres.

Quitte à toujours devoir en rajouter pour se démarquer du lot commun, adhérer aux discours dominants puis imposer ensuite des modèles alternatifs une fois arrivés au pouvoir, suivre les courants ascendants jusqu’à être en mesure d’imposer leurs différences et imprimer leur marque, grâce à des efforts et des mérites fondés sur une culture de l’excellence.

Cette attitude commune à beaucoup d’homosexuels illustres, passés ou actuels, leur a permis durant des siècles de jouir d’un statut d’exception. De se protéger des menaces auxquels leurs mœurs pouvaient les exposer. Et de vivre  bien au-dessus du sort réservé aux homosexuels issus du peuple et croupissant dans les bas-fonds de la société, sans cesse menacés de sanctions, d‘arrestations et d’humiliations diverses. Quand ils n’étaient pas traduits en justice ou conduits sur des bûchers publics par une société incapable d’admettre ses propres différences, ou des institutions incapables de reconnaître leurs propres ambiguïtés.

Servir d’exemple et promouvoir de vraies valeurs

Avant d’inventer les Gay Games, Tom Waddell, un jeune médecin homosexuel né en 1937 dans une famille catholique du New Jersey, a ainsi d’abord rejoint les rangs de l’armée américaine et servi en tant qu’officier parachutiste et médecin des armées.

Ce n’est que plus tard, après avoir concouru comme décathlonien et remporté une médaille d’or aux J.O. de Mexico, qu’il eut l’idée d’inventer des jeux olympiques d’un nouveau genre, ouverts à tous mais destinés avant tout à rehausser l’image négative dont souffraient les minorités sexuelles dans l’Amérique puritaine et figée des années d’Après-guerre, jusqu’aux années 1960 et 1970 où des revendications politiques ou catégorielles sont venu en bousculer les fondements.

C’est à cette époque qu’une jeunesse contestataire et hippy a initié de gigantesques rassemblements et défilés comme à Woodstock ou dans les grandes villes américaines, où contre-culture et slogans politiques se confondaient pour s’opposer à la Guerre du Vietnam, à la ségrégation dont étaient victimes les Noirs américains, les femmes, les minorités ethniques ou sexuelles.

Du poing levé des athlètes noirs sur les podiums olympiques en signe de protestation, aux harangues de Martin Luther King ou Malcom X, des représentants de minorités ont ainsi incité leurs semblables à prendre en mains leur destin pour forcer l’Amérique à leur octroyer des droits égaux.

C’est dans ce contexte que naquirent les Gay Games.

Un événement directement inspiré des Jeux Olympiques, mais décliné pour promouvoir les aspirations à une reconnaissance des LGBT.

Des jeux qui entendaient aussi revisiter et revitaliser les valeurs de fraternité, d’humanisme et d’universalisme, qui de la Grèce antique aux premiers J.O. de l’ère moderne imaginés par Pierre de Coubertin nourrissent la flamme de l’idéal olympique.

Selon la vision plus ou moins mythique accréditée par les spécialistes des gay studies, les émeutes de Stonewall avaient constitué un tournant majeur et l’événement fondateur propre à l’émergence d’une conscience politique et à l’engagement des minorités sexuelles dans une lutte pour être reconnues et accéder à de nouveaux droits. Une sorte de Bastille Day (14 Juillet) qui entendait substituer la révolte puis la fierté, le combat et la visibilité, à des années marquées par la honte, l’humiliation, la clandestinité, le silence, la soumission passive aux autorités, à l’opprobre et aux persécutions.

Initié à San Francisco en 1982, les Gay Games constituent une alternative positive sinon complémentaire à ces luttes et revendications politiques. En déplaçant la tension dynamique sur le terrain symbolique des arènes du sport.

Mais aussi par la promotion de valeurs d’engagement, d’exemplarité, de dépassement de soi, de participation, d’inclusion à l’égard de personnes plus limitées ou handicapées, notamment à l’époque où le sida faisait des ravages. Des valeurs propres à changer l’image du public sur les personnes LGBT, et de permettre une reconnaissance plus objective de leur contribution à l’édification d’une société plus juste, plus unie et plus fraternelle.

Au-delà de l’humanisme

Ces valeurs ne sont toutefois pas totalement nouvelles. Et ne constituent pas non plus un horizon inamovible et indépassable.

Elles existaient en germe et sous une autre forme dans les sociétés d’Ancien régime, bien avant  l’Idéal humaniste des Lumières et les révolutions démocratiques qui en portèrent le flambeau en renversant l’ordre établi. Même si celles-ci ont permis d’instaurer et continuent de promouvoir aujourd’hui partout dans le monde un modèle de société fondé sur les principes universels des Droits de l’Homme. Socle commun à l’édification d’une civilisation humaine vraiment juste, libre, égalitaire, unie et solidaire.

Philippe Auguste et Richard Cœur de Lion, rois de de France et d’Angleterre et amants

Depuis l’Antiquité et le haut Moyen-Âge, qu’il s’agisse de valeurs comme l’Amitié ou la Fraternité, les homosexuels puisqu’on les appellent ainsi depuis l’invention de ce concept au 19e siècle, ont toujours incarné et promu des formes de relations transversales qui contribuaient à souder les liens entre leurs partisans, tout en bousculant les usages, les modèles, les règles, les lois, la morale ou l’ordre établi.

Dans des sociétés très hiérarchisées, verticales et patriarcales, des hommes de haut rang et des femmes courageuses mus par leurs désirs et leurs affinités électives ont ainsi initié, inventé et cultivé des relations fondées sur des amitiés ou des amours autres que ce à quoi les conventions assignaient tout un chacun.

Ils ont ainsi jeté des ponts, scellé des alliances, briser des conformismes et bousculé les règles.

Quitte pour y parvenir à ouvertement se moquer de leurs détracteurs, à braver les interdits, transgresser les lois et prendre tous les risques pour s’exposer au grand jour.

Suscitant au passage l’opprobre et le scandale, ou forçant au contraire l’admiration de tous par leur caractère exemplaire et singulier, ils se firent une place souvent enviée en rejoignant les élites de leur temps, jusquà accéder enfin au rang qu’ils convoitaient.

Aujourd’hui encore, mêmes si les codes de la méritocratie républicaine et les voies d’accès au pouvoir ne sont plus les mêmes que sous l’Ancien régime ou dans la société bourgeoise des Lumières à la société industrielle, les mécanismes restent à peu près les mêmes.

Et les élites politiques, sociales, économiques, financières, culturelles, artistiques et autres comptent en leur sein beaucoup de brillants hommes et femmes homosexuels, bisexuels, sinon transgenres, déclarés ou non.

De l‘actuel Président de la République et de ministres de premier plan à l’ancien maire de Paris Bertrand Delanoë. En passant par tous les rouages de l’Etat, la gouvernance des grands groupes économiques, les institutions culturelles, médiatiques, artistiques ou intellectuelles, des secteurs de la création, de la mode, du spectacle ou des loisirs, on retrouve partout des gays et lesbiennes souvent issus des grandes écoles de la République, ou qui se sont hissés par eux-mêmes jusqu’au sommet à force de courage, de talent, d’opiniâtreté, d’engagement au service des autres, mais aussi grâce à leur entregent et leur aptitude à cultiver leurs réseaux.

Ceux qui crient au « complot », ou fustigent le « lobby gay » ignorent souvent les efforts et les sacrifices que ces personnes ont dû pour une large part consentir afin d’arriver là où ils sont et se faire accepter ; dans leurs écoles, leur milieu professionnel ou par leur hiérarchie.

On s’est tellement habitué, on a aussi tellement abusé des discours victimaires tissés autour de l’homosexualité et de l’homophobie, depuis les sodomites autrefois pourchassés par l’Eglise et la police des mœurs jusques aux gays, lesbiennes et transgenres caillassés par des extrémistes ou des caïds de banlieue, pourchassés ou persécutés dans certains régimes autoritaires à cause de leurs différences, qu’il paraît aujourd’hui difficile aux intéressés vivant dans les grandes cités les plus ouvertes et tolérantes à l’égard de l’homosexualité, notamment les plus jeunes, de prendre du recul et conscience des réalités actuelles.

Or c’est un fait attesté par bon nombre d’historiens LGBT : en dépit de périodes de réelle intolérance parfois dramatiques pour les minorités sexuelles, leurs membres ont toujours été très présents, en France comme dans l’ensemble du monde occidental, dans toutes les plus hautes sphères du pouvoir.

Qu’il s’agisse de l’aristocratie de robe ou d’épée sous l’ancien régime, de la chevalerie et de l’armée, de l’Eglise, des confréries artistiques, de métiers, des cercles intellectuels, politiques, philosophiques, économiques, notamment ceux qui ont porté les grands changements, les grandes innovations qui ont marqué l’Histoire et les idéaux les plus progressistes, ont toujours compté des hommes et femmes brillants, puissants et reconnus qui se singularisaient par leurs préférences ou leur orientation sexuelle.

L’étoffe des héros : promouvoir l’Homme ou le Surhomme ?

Pourquoi des tels jeux, porteurs de valeurs si exemplaires, sont-ils alors autant ignorés pour ce qu’ils étaient, ce qu’ils sont ou ce qu’ils devraient être ?

A force de trop rester centré sur des discours et revendications égalitaristes, de vouloir gommer les différences, par peur d’un retour de bâton et de voir ses droits grignotés, on en oublie les valeurs originales dont on est porteur.

Et puis, s’agissant des événements sportifs de haut niveau comme des J.O., les enjeux qui les sous-tendent et leur l’hypermédiatisation font que ceux qui les organisent comme ceux qui y participent privilégient bien plus souvent le spectacle et l’exhibition des performances par rapport aux principes éthiques.

Le public cherche à se projeter sur la figure de ces héros du stade plus proche du Surhomme quant à leurs capacités physiques que de l’Homme lui-même en tant que modèle de Citoyen porteur de valeurs universelles de dépassement de soi au bénéfice de tous et non juste de soi-même ou des couleurs qu’on porte, d’équité, de fraternité et de justice.

L’important c’est de créer l’événement, le buzz, en crevant le plafond. Quitte à fabriquer des gladiateurs modernes ou des monstres de foire totalement éloignés du commun des mortels, qui paieront ensuite très cher une fois retirés de la compétition cette course inhumaine et effrénée à la performance, à l’exploit et au succès.

La performance et la compétition n’étant pas le propos central des Gay Games, du moins pas selon les modèles du sport mainstream, il est normal que ceux-ci intéressent aujourd’hui peu de monde.

De fait le succès tant attendu en 2017 de la candidature de Paris pour les J.O. 2024, après des années d’efforts et 2 tentatives infructueuses, face à Pékin en 2008 et Londres en 2012, a aussitôt relégué les Gay Games au rang de « fétiche » destinés aux seuls intéressés.

Il faut dire que les enjeux politiques, économiques, urbanistiques et financiers ne sont absolument pas comparables.

Quant aux élus de la Mairie de Paris et de la Région Ile-de-France, les liens clientélistes qu’ils entretiennent avec la communauté LGBT auront sans doute facilité l’organisation de ces jeux gays, mais malgré les discours enthousiastes de façade le cap est désormais clairement fixé sur 2024.

Les Gays Games sont-ils devenus has been ?

Et puis n’en déplaise aux tenants du politiquement correct, le concept même des Gays Games a sans doute pas mal vieilli et mériterait d’être repensé.

Il n’est sans doute plus aussi adapté à la société d’aujourd’hui. Et accuse même un certain décalage par rapport à la réalité et aux enjeux de l’époque s’agissant de la situation des personnes LGBT.

Du moins sous nos latitudes.

Un décalage dont participants, organisateurs, partenaires et promoteurs n’ont sans doute pas eux-mêmes pris conscience.

Décalage culturel et historique d’abord.

Inventé sur le sol américain, les gays Games sont indissociables de la culture américaine.

A l’image des standards identitaires, politiques et culturels de la culture gay qui a essaimé des pays anglo-saxons à l’ensemble du monde démocratique en passant par la vieille Europe, faisant fi des particularismes régionaux.

Même si les personnes LGBT appartenant aux communautés locales tentent de cultiver leurs propres différences et spécificités, ces modèles entrent souvent en conflit avec la culture locale où leurs revendications tentent de s’exprimer. Leurs promoteurs se contentent de les reproduire en cherchant à imposer artificiellement des discours et des codes en décalage parfois complet avec la  culture locale. Nourrissant dans des sociétés réfractaires aux avancées progressistes des crispations et des rejets à l’opposé des buts affichés.

Le mythe du « Progrès » social et politique tend à occulter ces différences aux yeux des militants. Et tend à les enfermer dans une posture de lutte parfois préjudiciable aux intéressés.

Ainsi dans des pays d’Asie, d’Afrique ou du Moyen-Orient l’homosexualité et l’identité gay (ou queer) demeurent des concepts totalement étrangers à la culture locale. Ils sont plaqués du dehors par ceux qui entendent avec de louables intentions lutter contre les persécutions et stigmatisations dont sont victimes les personnes LGBT, faire avancer leurs droits, en surfant sur une mondialisation favorisant l’uniformisation des modèles culturels, idéologiques et politiques.

Comme s’il existait de facto une communauté LGBT mondiale constituée de toutes celles et ceux qui partagent le même désir pour le semblable, ont des pratiques similaires ou pourfendent les identités et modèles de genre établis comme légitimes dans leur société.

Rien n’est pourtant moins évident.

En France les choses peuvent paraître a priori plus simples qu’à Grozny, Riyad ou Kampala. Ou même Istanbul, Marrakech, Pékin ou Moscou.

Pays latin jaloux de ses particularismes, la France s’est en effet beaucoup rapproché au cours de ces dernières décennies du modèle américain et des standards culturels des pays anglo-saxons ou nord-européens.

Mais malgré le paravent trompeur des discours en vogue politiquement corrects, les mentalités ont parfois tendance, notamment en période de crise, à se rétracter sur des modèles plus traditionnels et moins tendance.

Ainsi la situation dans des grandes villes comme Paris, Lyon, Marseille ou Bordeaux, est sans commune mesure avec les mentalités dans des régions plus rurales, plus reculées, plus excentrées, où les identités locales sont plus affirmées, et plus réfractaires à l’uniformisation en marche.

Le clivage est aussi historique. Car ce qu’ignorent beaucoup de militants LGBT attachés aux mêmes discours, aux mêmes réflexes identitaires et aux mêmes méthodes, c’est que les temps changent.

En France les bouillonnants événements de mai 1968, dont on a discrètement fêté le cinquantenaire tout récemment, avaient marqué un tournant dans les luttes portées notamment par les féministes (dont un grand nombre étaient lesbiennes ou bisexuelles) pour l’émancipation des femmes.

D’autres revendications minoritaires et d’autres luttes se sont ainsi agrégées, jusqu’à former un front commun pour être entendues, visibles, et forcer politiques conservateurs et opinion publique frileuse à entendre leurs revendications, en précipitant le rapport de force et en mobilisant la parole dans la rue et les médias.

Importée des Etats-Unis, la Gay Pride a fini par s’imposer au fil du temps comme un rituel et une institution en France.

Elle est l’héritière directe de ces luttes des gays et lesbiennes, portées au départ par des groupuscules minoritaires proches de l’extrême gauche comme le FHAR.

A l’exemple des grandes marches américaines puis européennes et mondiales, elle est peu à peu devenue un carnaval gay, une fête de rue colorée, provocante, extravagante et festive, un rituel politique et communautaire, et une institution incontournable sinon attractive dans le paysage urbain.

Les Gay Games au contraire, offre un visage beaucoup plus clean, presque sage voire ascétique du gay qui par l’effort tente de se dépasser, de servir de modèle et de montrer l’exemple à des pairs moins courageux ou moins chanceux au sein d’une minorité stigmatisée.

Un idéal de héros plus proche du modèle de l’athlète grec que du « pervers dépravé », ou de ces forcenés du sexe adeptes des pratiques les plus marginales ou extrêmes.

Encore que l’extravagance y compris sur les stades ne soit pas absente de ces jeux. Mais elle offre une facette beaucoup plus ludique, bon enfant et très second degré, que les excès communs aux giga-fêtes gaies comme La Démence ou aux orgies communes aux backrooms du Marais.

Ce modèle est toujours intéressant à promouvoir. Mais à l’heure où tout le monde ou presque se désintéresse de l’image que peuvent donner d’elles-mêmes les personnes LGBT, ils n’intéressent en vérité que les LGBT eux-mêmes. Et ne constituent pas a priori un événement d’une originalité radicale ou d’une force admonitoire propre à attirer l’attention des médias et du grand public.

Tout au plus les Gay Games apparaissent comme un rassemblement communautaire de plus.

Et ceux qui gagneraient à être convaincus par les messages qui les avaient inspirés au départ se contrefichent de slogans à peine audibles mis en avant lors de ces jeux.

Tout au plus laisse-t-on les LGBT faire leurs petits J.O. entre eux, comme on laisse les enfants s’amuser dans leur bac à sable.

Il serait beaucoup plus intéressant et efficace de s’investir au sein des institutions et lors des grands événements sportifs internationaux, pour en révéler les défaillances, les ambiguïtés et les dérives.

Et autrement plus éloquent si des athlètes de haut niveau, LGBT ou pas, osaient plus souvent prendre la parole pour dénoncer les discriminations dans le sport dont eux-mêmes ou leurs collègues sont victimes.

Mais surtout pour promouvoir ces belles valeurs humanistes qui devraient toujours inspirer le sport et sont aujourd’hui dénaturées, trahies, souillées par les affaires de dopage, la corruption, la quête exclusive de la performance, de l’exhibition, de la compétition à outrance et de l’audimat.

Dérives qui résument le sport à une succession de spectacles à sensation, plus propices à occuper ou exciter les esprits qu’à les élever. Et remplir les caisses des sponsors qu’à faire oeuvre éthique.

Promouvoir un autre modèle d’humanité devrait être pourtant la motivation principale et l’objectif affiché de ces jeux.

Plutôt qu’une simple occasion de rassembler des LGBT de toutes les nations ou presque, juste pour singer les vrais J.O., pour faire la fête et s’amuser entre soi.

Enfin il serait temps de prendre conscience que les temps ont changé, que la situation des LGBT dans les grandes démocraties n’a plus de rien commun avec celle des décennies passées, et que le concept est aujourd’hui usé.

Force est de constater que depuis les premiers Gay Games de San Francisco en 1982, les personnes LGBT ne sont plus du tout confrontées aux mêmes difficultés que dans les années 1960 ou 1970. Du moins sous nos latitudes. Le Droit a évolué, la visibilité est désormais un fait indiscutable sinon acquis, la société a changé, le mariage se généralise, l’homophobie a reculé et l’homosexualité est quasiment devenue une norme sociétale à égalité avec l’hétérosexualité.

Dépénalisée en France par François Mitterrand en 1982, retirée de la liste des maladies mentales par l’OMS en 1993, l’homosexualité est en effet peu à peu devenue, notamment depuis le vote du pacs en 1999, puis du mariage pour tous en 2013, une nouvelle norme.

C’est du moins l’objectif poursuivi par les représentants de la communauté LGBT. Et quasiment atteint aujourd’hui, du moins du point de vue juridique et dans les discours, avec l’adoption du Pacs en 1999, puis du mariage pour tous et de l’adoption pour les couples de même sexe en 2013. La pénalisation des actes et propos homophobes constituent un rempart juridique et éthique, certes toujours fragile, pour garantir contre toute résurgence des discriminations et violences à l’égard des personnes concernées.

En Europe, les grandes métropoles comme Paris, Londres, Amsterdam, Barcelone ou Berlin ont vu se développer des communautés et une culture LGBT très influentes et très structurées. Ces grandes villes constituent de véritables eldorados pour les personnes LGBT, inimaginables il y a encore 40 ou 50 ans.

Même si violences et discriminations homophobes peuvent toujours resurgir ici ou là, notamment en temps de crise comme envers toute minorité, selon les mécanismes habituels de désignation de boucs émissaires.

Regarder vers l’avenir avec audace

On ne saurait comparer la situation des LGBT en France en 2018 avec celle des années 1960. Ni avec celle autrement plus dramatique des minorités sexuelles dans des pays comme la Tchétchènie, la Russie, l’Arabie Saoudite, le Yémen, l’Ouganda ou la Somalie.

Pour tout esprit sensé, véritablement pétri d’humanisme et de justice, il est en effet assez révoltant de constater les distorsions dans les discours et l’attention portée à des situations aussi objectivement critiques qui mériteraient de mobiliser de façon autrement plus responsable l’attention des élus, des institutions, des représentants LGBT, des médias et de l’opinion publique.

Certes on ne saurait mettre en concurrence les revendications. Mais n’y a-t-il pas un hiatus troublant entre la culture hédoniste du Marais et les geôles tchétchènes ?

L’accession aux PMA et à la GPA pour les couples homosexuels est sans doute une revendication utile à promouvoir sinon a priori légitime. Mais n’apparaît-elle pas un peu secondaire ou dérisoire face à l’urgence de répondre aux pendaisons, aux décapitations publiques d’homosexuels, aux tortures, aux viols, aux castrations, aux emprisonnements arbitraires et autres crimes dont sont victimes chaque jour les homosexuels dans certains régimes dictatoriaux ?

Autant de crimes sur lesquels nous préférons souvent fermer les yeux pour ne pas déranger notre confort, égratigner notre bonne conscience, ou nous confronter à nos propres lâchetés. Notamment quand un pays démocratique et fier de ses valeurs comme la France cherche à développer des liens avec des partenaires comme la Chine, la Russie ou les pays du Golfe, en mettant parfois un mouchoir sur ses principes.

Il serait temps de rectifier le tir. Et de redonner du sens et du souffle à ces grands événements comme la Marche annuelle des Fiertés. Ou les Gay Games qui n’ont lieu que tous les 4 ans dans une grande capitale du monde.

Plutôt que de chercher à se contenter ou créer un business gay concurrent des J.O., fût-ce au nom de généreux principes, la fédération organisatrice de ces jeux devrait réfléchir à sa mission, surtout dans les temps troublés que nous vivons. Et au message qu’entendent donner les LGBT les plus aisés à leurs frères, aux autres humains et au monde entier.

Il ne s’agit plus de se poser en victimes et de réclamer toujours plus d’égalité dans des démocraties où les différences sexuelles ne sont quasiment plus un problème. Ni de jouer la comédie de la « visibilité » en s’affichant lors de rassemblements sportifs organisés exclusivement dans des métropoles gaies où celle-ci est déjà acquise.

Le lobbying communautaire a ses limites. Il faut aller de l’avant, bousculer paresses et certitudes, faire preuve d’audace, de détermination et d’esprit d’innovation.

Les valeurs humanistes et universalistes d’unité, de fraternité, de solidarité et d’exemplarité, portées par tous, pour tous, et au nom de tous, ne peuvent plus être conçues selon les mêmes modèles éthiques, philosophiques, rhétoriques et politiques qui prévalaient au début du 20e siècle (pour les J.O modernes) ou à la fin de ce même 20e siècle (pour les gay Games).

Il faut donc repenser de fond en combles la philosophie de ces jeux.

Et soit en infléchir la forme et le fond en privilégiant un objectif de soutien actif et non juste symbolique aux minorités vraiment opprimées, dans des pays où ils sont condamnés à la mort, au silence et à l’oubli par des régimes fondamentalistes ou dictatoriaux. Et donc braver les peurs et mobiliser les énergies pour sortir ces personnes des prisons physiques, mentales ou spirituelles où on les enferme dans l’indifférence générale.

Soit consacrer les moyens et soutiens rassemblés autour de ces jeux pour travailler de l’intérieur comme de l’extérieur les instituions des J.O. et le milieu sportif en général.

Objectif ultra ambitieux, irréalistes diront certains. Mais qui constituent un défi propre à mobiliser bien au-delà des seules communautés LGBT, et qui honorerait grandement ceux qui s’y consacrent.

 

En mai, fais ce qu’il leur plaît ! – Macron, mai 68 et les bobos

Mis en avant

Etudiant lançant des pavés lors des manifestations étudiantes le 25 mai 1968 dans le Quartier latin à Paris

On fêtera bientôt les 50 ans de mai 68.

Vous vous rendez compte ?

Le Président Macron, c’est le moins que l’on puisse dire, a d’autres priorités à son agenda et semble peu pressé de fêter l’événement.

Plus à l’aise dans les salons parisiens qu’avec les symboles de la gauche populaire.

Plus en phase avec le très politiquement correct « esprit du 11 janvier » qui reflète bien l‘atmosphère anémiée du moment qu’avec la Grande Récré des enfants du baby-boom, le souffle révolutionnaire des barricades et ce genre de commémorations un peu casse-gueule.

Pas de risques, pas de vagues, et surtout pas question de donner une caution à la rue.

Et gare à ceux qui contreviendraient au devoir de réserve : ils seront sévèrement sanctionnés !

Après le temps des cerises, le temps des prunes.

Pas d’artistes du moment, de stars ni de people conviés pour scénariser ce Cinquantenaire. Comme au temps des grand-messes mitterrandiennes qui avaient élevé le fameux « Bicentenaire » au rang de rite planétaire.

Même pas un entrefilet dans la presse pour rappeler que cela fera 50 ans dans trois mois que quelques étudiants chevelus de la Sorbonne et de Nanterre emmenés par un rouquin très agité déclenchaient toute une série de grèves et de manifs qui allaient mettre la France cul par-dessus tête et faire chanceler le régime gaulliste.

Aurait-on à ce point changé d’époque ? Que plus personne ne semble s’en préoccuper ?

Certes, la Génération Macron ou celle d’En Marche ! n’a rien à voir avec celle des bobos (bourgeois bohêmes).

Bretecher1

Les jeunes quadras d’aujourd’hui, à peine dépucelés de leur virginité politique à la faveur d’un fin stratège qui a dynamité tout l’échiquier, n’ont ni les référents ni les aspirations de leurs aînés, abîmés dans le confort et « l’esprit Canal ».

Cette génération au seuil de la quarantaine à laquelle appartient Emmanuel Macron, et que les sociologues du marketing appellent les momos (mobiles moraux), ont grandi dans les années 1990 : ils n’ont connu que la crise, le chômage et un marché du travail tendu. Ils ont dû sacrifier à de longues études, apprendre à s’adapter aux contraintes économiques, accepter d’être hyper mobiles et réactifs pour changer souvent de métier, de secteur, voire de pays au cours de leur carrière.

Serge July, Emmanuel Macron et Mark Zuckerberg, icônes des générations « bobo », « momo » et « yoyo »

Ces braves petits soldats de la mondialisation obéissants et angoissés ne partagent absolument pas les rêves et les luttes rebelles de leurs parents les bobos.

Autant les bobos sont volontiers décalés, frondeurs, rebelles et contestataires – du moins dans la posture – autant leurs enfants les momos sont hypernormés, et à fond dans le Système !

Autant les baby-boomers ont rêvé d’un autre monde où la terre serait ronde, d’être réalistes en demandant l’impossible, de réinventer la société et de changer la vie, autant les momos sont de véritables gardiens zélés du Temple ultralibéral et « progressiste ». Prêts à dénoncer tout dérapage verbal, tout écart de comportement ou de langage qui risquerait d’écorner la Pensée unique et de dévier un tant soit peu de la ligne orthodoxe imposée par le politiquement correct.

Quant à la génération suivante, celle des yoyos (young yobs : jeunes loubards) qui composent une bonne partie de l’équipe Macron, ces trentenaires malins comme des bonobos et opportunistes comme par deux, ils n’en ont strictement rien à cirer des discours des élites et des politiques.

A eux on ne la fait plus ! On leur a tellement bourré le mou avec des discours moralisateurs, culpabilisateurs et anxiogènes, avec ces vieilles rengaines humanistes, droits-de-l’hommistes, libertaristes, égalitaristes, communautaristes ou féministes, qu’ils s’en moquent avec une effronterie aussi calculée que jubilatoire.

Ils se servent de tout, détournent tout, customisent tout, n’ont aucune morale, aucun scrupule et aucune préoccupation, sinon de saisir les opportunités à leur portée, et d’utiliser les failles du système à leur avantage. Pour s’en sortir, pour réussir, gagner de d’argent ou pour aider leurs potes.

Ils ne cherchent ni à flamber comme les bobos ni à placer leurs économies en s’angoissant à propos de l’avenir et de leurs gosses qu’ils n’ont pas encore comme les momos.

Eventuellement ils réalisent à l’occasion de juteux placements boursiers dans quelque startup, aussitôt réinvestis dans des achats dictés par leur fantaisie du moment.

Ce sont des jouisseurs, des opportunistes, des pragmatiques, qui n’en font toujours qu’à leur tête. Qui vivent l’instant présent et se moquent éperdument que le monde puisse s’écrouler autour d’eux, sinon pour kiffer sa race sur leur console de jeux.

Ils vivent en tribus, et en changent comme de paires de Nike.

Ils sont à fond dans les nouvelles technologies, car ils ont grandi avec une Gameboy entre les mains, surfent sur internet dès leur plus jeune âge, et en maîtrisent tous les rouages.

Ils anticipent sinon inventent eux-mêmes les modes et les nouveaux courants, plus pour s’amuser ou par opportunisme que par snobisme.

Ces yoyos ne sont pas ceux qu’on entend le plus dans le staff Macron. Sinon au travers de ce pragmatisme très réactif et sans réelles convictions sauf pour flatter la galerie. L‘esprit momo tient encore le haut du pavé, pour la vitrine du moins.

Ces deux générations sont les enfants de la mondialisation.

Mais ils ne fantasment pas comme leurs aînés sur un universalisme très idéaliste et politisé en prétendant bousculer l’ordre établi. L’ordre ou le désordre, ils s’en tapent.

L’ordre et les règles ils savent parfaitement les contourner. Et le désordre leur permet de tirer leurs biles au milieu de la confusion.

Si les momos sont à fond dans l’humanitaire, les yoyos s’en foutent royalement, sinon quand ça les touche directement ou pour faire mine de plaire à leurs grands-frères.

Pour les momos comme pour les yoyos, Mai 68 c’est comme la bataille de Marignan : un truc appris dans les livres d’Histoire.

Ou éventuellement un refrain barbant dont leurs parents les ont suffisamment bassinés pour qu’ils en ignorent la teneur.

Les momos regardent leurs vieux comme des pauvres ados rêveurs abîmés dans des glorioles pitoyables et leurs souvenirs de fac. En leur confiant à l’occasion la garde du petit dernier sagement endormi dans son landau connecté signé Stark ou Pinifarina.

Les yoyos quant à eux observent ces vieux darons avec amusement et respect, parce que quand même, Mai 68 ça devait être un sacré kif !

Mais ils en parlent comme d’un truc de ouf, exactement comme ils s’excitent sur le méga set de leur DJ favori dans le prochain festival électro.

Bobos et yoyos sont souvent potes.

Les premiers offrent aux seconds une conscience par procuration. Et les seconds permettent aux premiers de ne pas devenir gâteux en les initiant au vertige néo-psychédélique des réalités augmentées.

Globalement on est aujourd’hui en France aux antipodes des lendemains qui chantent.

Des couplets maoïstes, trotskistes ou castristes lancés depuis la tribune ou vomis sur les CRS-SS.

On est bien loin des expérimentations loufoques, de la révolution sexuelle, de la musique de Pink Floyd, des Doors, du pop art, des chemises à fleurs, des colliers hippies, de l’encens, de Woodstock, du LSD, des partouzes géantes et des slogans comme « Il est interdit d’interdire »…

Même si, la nostalgie aidant et la mode rétro 70s ou 90s des années 2010 faisant loi, on revisite ces icônes de la génération hippie.

Pour le reste, ça fait plusieurs décennies que c’est Back to reality!

Et pour les plus téméraires, un rail de coke, volume à fond, binge drinking et baise à tout va jusqu’au prochain after.

Mai 68, c’est au mieux un mythe sympa, au pire un truc ringard de musée.

Les bobos ont du mal à en démordre, mais on a changé de siècle.

Les crises économiques, la chute du Mur de Berlin, le 11 septembre, internet et Twitter sont passés par là.

Les idéologies qui ont bercé leur jeunesse ont été remisées sur les étagères de l’Histoire.


Leurs idoles, Marx, le Che ou Sartre, n’ont même pas leur statue au Musée Grévin.

Ceux qui ont portées ces années du Changement se sont recyclés pour les plus chanceux dans le journalisme ou la politique (mais ils ont été balayés par le tsunami En Marche ! ou sont devenus de sages courtisans du Prince…).

Ils bossent et parfois ont fait fortune dans l’écologie, l’économie verte ou le numérique, le multimédia, le marché de l’art moderne, le business du bio, du bien-être ou du développement personnel.

Et pour les plus largués, le Grand Soir se résume le plus souvent à croupir dans une ONG en attendant la ménopause du cadre, à tenter de reconstruire un château de sable en pleurant sur les ruines du PS, à publier des compiles rééditant les tubes de leurs groupes fétiches, ou bien à faire le guignol dans les talk-shows le samedi soir pour les nunuches engagées qui prétendent avoir une conscience et qui lisent Philo Magazine.

Quant aux plus endurcis, nombreux sont ceux ont pas finis fauchés par le sida, une overdose, un infarctus ou un cancer, ecstasiés et pesant 30 ans kilos sur une plage de Goa, ou carrément suicidés, soit à cause de leurs excès de sexe et de drogues qui leur ont ravagé la capsule, soit parce que leurs doux rêves se sont fracassés sur le roc des flamboyantes mais austères années 80.

Les rescapés ont quitté les radars et vivent planqués dans leur salon germanopratin, ou toujours scotchés dans leur ashram en Inde, une communauté new age ou une ferme dans les Cévennes.

Alors, faut-il ou non fêter Mai 68 ?

Si c’est pour ressortir les vieux gimmicks, sûrement pas !

Qui plus est, l’aspect politique et contestataire de cette ultime « révolution » n’est pas forcément bon à titiller.

Une bonne grève générale pour faire barrage à la Loi Travail est justement ce qu’a soigneusement voulu éviter le Président Macron, fort de son expérience d’éminence grise puis de ministre du quinquennat Hollande et des fameuses Nuits debout qui s’en suivirent.

Aujourd’hui tout le monde est rentré dans le rang. Et beaucoup s’extasient toujours devant ce jeune président si nouveau, si intelligent, si bien élevé, si propre sur lui, si posé, si courtois avec les femmes et si sympathique.

Les Français ont troqué un excité narcissique et corrompu, suivi d’un gros balourd qui les a roulés dans la farine sitôt élu en s’asseyant sur ses promesses socialistes, contre une sorte de Prime Minister brittanique, au style très monarchique, bon teint, sage et moderne. Et totalement à la solde des molochs américains et européens. Un peu comme Tony Blair.

Alors le Général à côté c’est Che Guevara !…

L’esprit et les valeurs libertaires de Mai 68 ont depuis l’ère Mitterrand totalement imprégné la société, ses modèles et ses discours.

Au point qu’on n’en a même plus conscience.

Même Sarko a été présenté récemment par certains commentateurs comme un héritier de l’Après-Mai 68. Qu’il avait pourtant combattu.

Sauf qu’aujourd’hui, voir des filles à poil à 18 heures à la télé comme au bon vieux temps des Coco girls du Collaro Show c’est totalement impensable !

De nos jours les normes sont bien verrouillées. Et quiconque s’en écarte risque le pilori médiatique dans la seconde qui suit, voire un procès ou le zonzon s’il refuse de faire repentance et continue d’alimenter le scandale.

On peut sacrifier à tous les écarts, toutes les perversions, toutes les outrances, tous les excès et tous les délires, du moment qu’ils sont soigneusement répertoriés et labélisés.

Pour le reste, si l’on s’écarte un tant soit peu de la Pensée unique, on est aussitôt taxé au mieux de « complotiste », au pire de « terroriste ».

Alors faire la révolution, vous n’y pensez pas !

Nos contemporains sont frileux, formatés, lobotomisés, partagent des indignations téléguidées et à géométrie variable.

L’indignation réflexe est une posture obligée si l’on veut s’afficher comme un bon citoyen équipé d’une conscience éthique.

Mais le libre arbitre et l’esprit critique – le vrai – ou la contestation de l’ordre établi au nom d’un Idéal ou d’un projet alternatif de société sont des crimes de lèse-conformisme inadmissibles en « démocrassie » !

Alors on se contente de faire semblant d’être un rebelle. On s’agite et l’on s’offusque aussitôt que son voisin fait un pet de travers. On monte des kabbales hystériques sur Facebook pour des boulettes. Et c’est ce cirque burlesque et grandiloquent qui constitue l’Alpha et l’Oméga des moutons de panurge.

Dont les neurones sont totalement grippés par leur flip incessant, soigneusement monté en neige par les médias à propos du terrorisme, de la vache folle ou de la bombinette nord-coréenne.

Pourtant, il serait urgent de réapprendre à rêver.

Urgent de s’enivrer.

Et de remettre l’imagination au pouvoir.

D’ouvrir les yeux sur l’avenir au lieu d’ânonner le même catéchisme. D’inventer le monde de demain. Un monde qui sera fraternel, universel, unifié et pacifié.

Ou ne sera pas.

Un monde qui verra toutes les consciences planétaires totalement interconnectées. Et en tout cas par autre chose que l’écran mensonger des logiques du Système.

Mais ça, soyons certain que les milices du Zeitgeist s’empressent de nous en dissuader.

Nous incitant au contraire à nous vautrer dans la fascination du Vide, le culte de l’Ephémère, de l’Insignifiant. A nous prosterner devant les idoles consuméristes de leur Panthéon des Vanités.

Plus qu’une nouvelle « révolution », politique, sociale ou institutionnelle, c’est un Grand Saut de la conscience qu’il convient pour nous tous ensemble d’opérer en ce siècle.

Un siècle qui verra s’accomplir les plus grands bouleversements que l’humanité ait jamais connus. Et qui l’obligera à faire face aux plus grands défis de son histoire.

Mais il faut plus que de la lucidité, de l’imagination ou de l’audace pour s’engouffrer dans la brèche de ce Changement radical qui nous aspire à lui.

Il faut accepter de mourir totalement à soi-même pour renaitre tout autre. De ne plus rien savoir ni connaître ni contrôler.

Et d’abdiquer son cher Ego au bénéfice du Bien commun.

Mais ce sacrifice, l’homo post-modernicus qui se vante pourtant d’être un rebelle et s’éprend de toutes les causes n’est pas prêt d’y consentir !

On peut se piquer d’avoir une conscience et rêver éventuellement de prolonger l’utopie matérialiste dans une fiction transhumaniste, mais de là à faire passer le sort des réfugiés climatiques avant sa tisane bio, NO WAY!

Alors oui, il serait temps de célébrer le joli mois de mai, avant que l’hiver ne s’abatte définitivement sur nos belles illusions.

Ne dites plus « Au feu ! » , dites : « Au complot ! »

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Commentaire de la campagne médiatique engagée suite à la publication d’une enquête de l’Ifop en janvier 2018 révélant qu’une majorité de Français adhéreraient à des « théories du complot ».

Voir notamment cet article d’un média indépendant : Théories du complot : les médias s’emballent

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Et vas-y que je t’en remets une couche !

En venir à comptabiliser les faiblesses coupables pour ces soi-disant « théories du complot » comme on enlève des points sur un permis démontre la malhonnêteté du procédé et de ceux qui entendent culpabiliser les Français avec des messages subliminaux du type : « Tu crois à ces salades, pauv’ demeuré ? Pis 4, pis 7 ??? Non mais t’as pas honte ?… »

Question essentielle: QUI décrète que tel discours relève de la « théorie du complot » et tel autre de la simple hypothèse contradictoire ?

Et qu’entend-on par « théorie du complot » ?

A vrai dire ce terme employé à tort et à travers de « théorie du complot » est devenu aujourd’hui une expression-valise, comme « complotiste » une injure réflexe.

On y range à peu près tout ce qu’on veut, dès lors qu’on veut décrédibiliser toute volonté d’en savoir davantage ou toute question qui dérange par rapport à tel ou tel discours officiel.

Et qu’on veut ridiculiser instantanément son interlocuteur pour clore définitivement tout débat contradictoire.

« Circulez, y a rien à voir ! » : la méthode est vieille comme le monde…

Au Moyen-Âge on chassait les sorcières et les « hérétiques » qui osaient prétendre que la terre était ronde.

Plus tard c’est Darwin que certains obscurantistes encalottés ont voulu brûler parce qu’il avait osé démontrer que l’homme descendait du singe.

Aujourd’hui c’est la Pensée unique, dogmatique, « officielle » qui verrouille toute contradiction, en vouant au bûcher ceux qui osent demander des comptes aux pouvoirs en place.

Quid de ces journalistes courageux qui osèrent enquêter sur les fameuses « armes de destruction massive » durant la campagne de désinformation conduite par l’administration Bush afin de préparer les guerres « préventives » au Moyen-Orient, conceptualisées de longue date par les faucons néoconservateurs et dans lesquelles ils entendaient entraîner tous leurs alliés ?

Non contents d’instrumentaliser les institutions mondiales pour servir leurs intérêts stratégiques, l’ivresse du pouvoir et l’arrogance des nouveaux empires les poussent à toujours faire reculer le bouchon trop loin.

Qu’un obstacle se présente pour titiller leur rêve d’hégémonie et ces maîtres du monde n’hésitent pas à utiliser en premier lieu la caricature ou le ridicule comme armes pour faire taire les impénitents.

Si ça ne suffit pas on rouvre les tribunaux d’inquisition, on flique à tout va tous les comportements déclarés suspects sur la toile et on instaure le régime de la transparence obligatoire et de la délation de tous par tous.

D’abord on assimile les esprits trop curieux à de pauvres imbéciles mous du bulbe, qui gobent tous les fantasmes circulant sur internet et font flipper la brave ménagère en agitant des spectres.

Puis on convie la meute à l’hallali médiatique autour de ces parias. Comme autrefois on exécutait sur les places publiques les criminels et les hérétiques.

Michel Foucault avait très bien analysé dans Surveiller et punir comment le pouvoir fabrique des discours et des représentations, invente des catégories de parias et de marginaux comme le « fou », pour mieux surveiller, délimiter, encadrer ce qui relève du licite, du normatif ou de l’acceptable, et ce qu’il convient de réprimer, de pénaliser ou d’éliminer.

La science moderne a pris le relai des inquisiteurs en inventant de nouveaux concepts pour justifier la mise à l’écart des individus et des discours qui échappent à la norme et perturbent l’ordre établi : la psychiatrie naissante a ainsi scrupuleusement catégorisé des « névroses », des « déviances » ou des maladies psychiques qu’il convenait de cartographier, de repérer, de traiter ou d’éliminer, dans un souci hygiéniste et pour le bien de tous, surtout des intéressés récalcitrants. Reprenant à son compte l’obsession des enquêteurs de police ou des directeurs de conscience qui traquaient le crime dans les bas fonds des cités ou le péché tapis au cœur de l’âme corrompue des bonnes ouailles.

A l’ère de la postmodernité et du numérique où c’est la maîtrise de l’information qui fonde le vrai pouvoir, les critères de la marginalité, de l’acceptable et de l’inacceptable qui fondent la vérité normative et lui confèrent l’illusoire valeur d’objectivité ont changé.

Qui plus est, le respect des plus élémentaires principes démocratiques, du moins en apparence, suppose que les règles et modes de fabrique de l’information apparaissent comme accessibles et contrôlables par le plus grand nombre. Ni l’idéologie totalitaire ni l’usage de la violence légitime ou du seul charisme de l’homme providentiel pour sacraliser les discours ne sont compatibles avec l’exercice du débat démocratique, lequel suppose la confrontation et l’arbitrage permanents entre des opinions divergentes relatives à des intérêts particuliers.

Ainsi, aujourd’hui les discours qui servent les pouvoirs en place fondent leur authenticité et leur autorité en rejetant dans la marge ce qui aux yeux des officines chargées d’élaborer et de valider l’information de masse relève de l’objectif, et ce qui relève du subjectif, sinon du mensonge ou de l’information biaisée et notamment taxée de «théorie du complot ».

A une praxis de l’information orthodoxe supposément branchée sur le réel et servie par les médias agrémentés s’opposent des théories relevant de spéculations imaginaires et donc potentiellement erronées, fausses ou délibérément conçues pour égarer les esprits.

Seule la méthodologie a changé. A l’inverse des cartographes du vice ou de la démence des 19e et 20e siècles, un seul mot d’ordre permet aujourd’hui aux gardiens de la Vérité du 21e siècle d’interdire tout écart discursif et d’assujettir tout discernement critique : L’AMALGAME.

Pour être sûr de noyer le poisson, on range méthodiquement dans un même panier les têtes décapitées des chasseurs d’OVNI, des schizos enlevés par les Reptiliens, des drogués d’X-Files, des néonazis en croisade contre la juiverie, la franc-maçonnerie et l’oligarchie mondiales, des islamistes mouillant Israël et les Juifs à toutes kabbales modernes pour justifier leur haine antisémite…

Tout ça pour étouffer au passage les contre-enquêtes sérieuses, les témoignages gênants, les associations de victimes qui cherchent à défendre leurs droits ou celles de consommateurs responsables qui entendent contrer l’omnipotence des lobbies, les enquêteurs, reporters ou commissions scientifiques qui font juste honnêtement leur métier et ont encore un peu d’éthique et de sens civique.

Tous ensemble recouverts du voile opaque de la « conspiration », la seule la vraie : celle des obsédés du « complot » !

Tout ce qui s’écarte de la Pravda imposée au Lumpen-surfer amateur de sites taxés de déviance par les maîtres du monde avides de fric et de pouvoir, qu’ils soient politiques, stratèges, banquiers, hommes d’affaires ou vendeurs de camelote, se voit aussitôt recouvert de l’étiquette infamante et qui vaut condamnation immédiate de « complotiste ».

Et les médias serviles suivis par les esprits imbéciles qui s’en délectent de relayer cette propagande grosse comme un iceberg.

La ficelle est énorme.

Mais comme le disait Joseph Goebbels, fin connaisseur du procédé : « Plus le mensonge est gros, et plus les gens y croient. »

En somme la question cachée derrière ce procès pipé n’est pas : « Faut-il croire aux théories du complot ? » Mais : « A-t-on encore le droit de réfléchir sans gober tout cru les bobards des puissants comme un môme avale son carambar ? »

En somme c’est la base de la démocratie, fondée sur les libertés essentielles, notamment celle de s’exprimer et d’informer, qui est sournoisement mise à sac.

Mais il y a toujours des idiots utiles pour hurler au loup et crier « Au complot ! » en faisant enfler l’intox comme la rumeur d’Orléans.

C’est triste.

C’est surtout très inquiétant.

Car plus les choses avancent, plus l’idée s’insinue dans les esprits que le monde est divisé entre la vérité forcément servie par les forts et les « complots » fomentés par les rebelles, plus ce monde ressemble à la caricature qu’en ont faite avant l’heure des romans de science-fiction comme 1984 ou V comme Vendetta.

Au passage, c’est tout l’espace ouvert aux nuances qui est balayé par les schémas binaires.

Ainsi il n’y aurait plus aucune alternative possible, mis à part être un « bon citoyen » ou un « horrible complotiste ».

Le procédé est digne des pires régimes totalitaires, la propagande est subtile mais évidente.

Et le plus incroyable c’est que ça passe comme une lettre à la poste !

C’est à désespérer de nos orgueilleux esprits et de nos veilleurs autoproclamés. Qui tous semblent prendre un malin plaisir à se laisser gruger et à traquer l’apostat.

Est-ce la faillite de l’esprit ? La fin du libre arbitre ? Le crépuscule des libres penseurs ?

On pourrait le craindre tant le nuage de fumée est épais.

Plus dur sera le réveil pour certains, pourtant inéluctable.

Car la conscience évolue, l’ère du mensonge recule partout.

Et tôt ou tard les spéculateurs de l’Intox seront à leur tour désignés comme les criminels à abattre et mordront la poussière.

Il en va ainsi de la dialectique de l’Histoire depuis que le monde est monde. Pas besoin de lire Hegel ou d’être marxiste pour le constater.

Espérons que la tempérance et l’art de la nuance n’y laisseront pas cette fois toutes leurs plumes…

 

Aider les réfugiés, c’est sortir enfin de nos « refuges » !

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Se réfugier : Se retirer en un lieu ou auprès de quelqu’un pour échapper à un danger ou à une chose désagréable : Se réfugier à l’étranger. (dictionnaire Larousse)

Ironie du mimétisme : qui est le réfugié de qui ? Le migrant qui sillonne les routes ? Ou le sédentaire qui lui ferme sa porte ?…

Terrain glissant : le sort des réfugiés en 2018 et le juste cap à adopter, entre devoir humanitaire et responsabilité politique…

On s’épargnera de commenter les offuscations outrancières et passablement pavloviennes qui ont accompagné l’annonce des mesures du ministère Collomb, pour hisser le débat au-dessus de ces chicaneries hexagonales.

Ce qui paraît évident pour tout esprit épris d’honnêteté, c’est qu’on ne peut prétendre faire « humanité » comme on fait peuple ou nation compte tenu des enjeux du 21e siècle, en subordonnant le sort des réfugiés à des préoccupations d’ordre strictement démographique, économique ou politique.

A ce titre, la persévérance admonitoire d’un homme d’exception comme le pape François, embarrassante pour certains esprits très pieux mais trop frileux, à vouloir placer les principes de l’éthique universelle héritée de la fine fleur du message évangélique au-dessus de tout autre impératif catégoriel, et à faire de l’accueil de l’étranger un devoir absolu, doit non seulement forcer l’admiration mais ouvrir les consciences les plus autistes et inspirer les décisions idoines.

Car en cette matière on ne saurait ni céder aux égoïsmes et aux angoisses des uns, ni au sentimentalisme béat des autres.

Car il en va non seulement de la cohérence de nos actes avec nos étendards droits-de-l’hommistes, de l’exigence morale et du devoir d’ingérence humanitaire attendus de nations libres et prospères, mais aussi tout simplement de l’avenir de l’humanité et de la planète.

Selon un simple calcul pragmatique, ne rien faire ou si peu reviendrait à subir passivement l’apocalypse migratoire annoncée comme un tsunami. Au risque de n’avoir pour alternative que la bunkérisation orwellienne de nos sociétés, sur fond de montées des fascismes et des nationalismes.

Mais la gestion de la crise migratoire ne saurait se résumer à des spéculations stratégiques.

Et il ne suffit pas de déplacer le problème comme le fait l’UE depuis 2 ans, en se débarrassant de la gestion des migrants à la faveur d’accords avec un dictateur turc qui s’amuse avec le goupillon de la grenade migratoire pour faire chanter les démocraties, en les obligeant à débourser des milliards et à fermer les yeux sur ses exactions liberticides.

Agir en faveur des réfugiés et non seulement « gérer la crise » suppose audace et concertation.

Ignorer ou repousser le problème, c’est créer des barrages chimériques qui céderont tôt ou tard avec une pression dévastatrice.

Angela Merkel a failli payer très cher sa fidélité aux valeurs humanistes portées par la CDU en ouvrant les frontières de l’Allemagne à plusieurs millions de réfugiés, non sans quelques calculs économiques à la clé pour accueillir une main d’œuvre fraîche apte à compenser le déficit démographique d’un pays vieillissant.

Aujourd’hui ce n’est pas l’Europe seule mais toutes les nations du monde qui doivent se concerter pour trouver des solutions afin d’encadrer les flux migratoires et accueillir ceux qui frappent à la porte des plus riches pour échapper à la guerre, la famine, la dictature, ou s’engouffrent dans la brèche pour tenter d’améliorer leur sort.

On ne résoudra pas la question avec des jumelles hexagonales braquées sur des arguties oiseuses à propos du droit d’asile, la porosité de l’espace Schengen, avec des atermoiements impuissants sur les naufragés qui viennent s’échouer sur nos côtes ou des leçons de morale assénées aux plus réfractaires à la souffrance d’autrui.

La solidarité due à nos frères en humanité qui paient le prix fort de la mondialisation et des violences qu’elle alimente peu ou prou partout sur la planète relève de notre responsabilité commune.

Elle devrait être hissée au rang de « Grande Cause Mondiale » par les Nations Unies, si ce machin n’était pas asservi aux intérêts des grandes puissances et corrompu par des préoccupations à trop court terme.

L’Europe seule ne peut pas grand-chose, même si elle peut davantage que ses nations isolées.

Sans les Etats-Unis dont il faut briser l’isolationnisme coupable, sans la Russie, sans la Chine ou des superpuissances montantes comme l’Inde, sans la collaboration des pétromonarchies du Golfe et de ce qu’il reste des nations du Moyen-Orient ravagées par les guerres et l’avidité des grandes puissances, sans le concert des peuples du continent africain, rien ne sera possible.

Prendre ensemble à bras le corps la question des flux migratoires alors que le changement climatique ne fait que commencer à en précipiter l’urgence, permettra non seulement d’y répondre efficacement et dans l’intérêt de tous. Mais cela conduira aussi à l’un des plus grands aggiornamentos éthiques que l’humanité ait jamais connu.

La question des réfugiés n’est pas qu’une délicate équation. C’est un défi et un aiguillon qui s’inscrit dans le gigantesque saut de conscience que nous sommes tous appelés à vivre durant ce siècle.

Comme les questions écologiques et la gestion équitable et responsable des ressources sur une planète qui comptera dans la seconde moitié de ce siècle plus de 10 milliards d’habitants.

Certains comme à Washington poursuivent encore des rêves arrogants et illusoires, prétendant ignorer les changements qui très vite les balayeront. Le monde forgé et dirigé par le capitalisme ultralibéral assujetti à la toute-puissance de l’argent-roi vit ses dernières heures.

De gré ou de force, la réalité s’imposera demain à tous et aucune infrastructure idéologique, économique, aucun étayage institutionnel ou politique ne pourra plus résister au plus grand bouleversement que l’humanité ait jamais connu.

Celle-ci devra s’adapter, muter, innover, grandir ; ou disparaître en précipitant sa chute.

La question des réfugiés est l’une des saillies de l’iceberg sur lequel le Titanic de nos orgueils viendra demain se fracasser.

Encore une fois ce n’est pas d’abord l’efficacité gestionnaire qui sauvera l’humanité ou le portefeuille des spéculateurs du Néant. C’est d’abord l’éthique et l’ouverture des consciences à un paradigme plus élevé que celui sur lequel toute notre civilisation postmoderne repose encore.

On parle beaucoup d’humanisme s’agissant de la crise des réfugiés, et bien peu de « conscience ». Or c’est le nerf du changement.

Ce que nous ferons demain ou ne ferons pas pour aider ceux qui n’ont d’autre solution que de s’arracher à leur terre pour survivre, déterminera de façon essentielle quel sens nous aurons su donner à cette grande question : « Qu’est-ce qu’être humain ».

La question n’est pas qu’une affaire d’humanisme et de solidarité. Mais avant tout de conscience et d’identité communes ! D’évolution et de survie.

Et par conséquence, plutôt que par nécessité causale, une question de capacité à agir. De responsabilité.

C’est-à-dire de liberté et de faculté à créer du sens, de la vie, de l’espace et de la réalité partagée.

La question est donc d’abord philosophique et spirituelle.

Elle transcende et dépasse tous les clivages politiques, idéologiques, religieux.

Elle est la matrice de l’humanité future.

En découleront notamment notre rapport futur à la propriété, aux richesses, à la terre, à l’habitat. Les nouvelles modalités de la citoyenneté et de la mobilité, la valeur des échanges et les valeurs et objectifs auxquels ceux-ci seront subordonnés : enrichir quelques-uns ou viser toujours l’intérêt commun ?…

Camps de réfugiés en Jordanie

Ce faisant, saurons-nous accoucher en toute conscience de nous-mêmes ? Donner corps et sens à cette entité supérieure dont nous ne sommes que les briques particulaires et qu’on nomme l’Humanité ?

Accepterons-nous enfin de subordonner nos appétits égoïstes, nos frilosités, nos intérêts particuliers, nos individualismes passagers, nos singularités caduques à la conscience globale émergente ? A abdiquer nos craintes et nos paresses pour enfin faire corps, faire Un ? Avec chaque autre semblable à nous, mais aussi avec chaque vivant ? Et, en filant l’asymptote, avec l’Univers entier ?

Nous sommes embarqués dans le grand manège, le grand tohu-bohu du Changement. Prêts à dévaler la pente et à vivre le grand frisson.

Nous cramponner ne ralentira pas l’allure. Nous agiter ne risque que de nous faire chavirer. Il faut suivre le mouvement, l’accompagner et même l’anticiper.

Ne pas céder au vertige mais accepter d’être catapultés hors de notre préhistoire avec confiance et enthousiasme.

Le crépuscule des pleureuses : sortir du « handicap » permanent

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Message de Marine Toro, handicapée, au Président Macron, publié sur Facebook le 2 juillet 2017.

Voir aussi la vidéo sur Facebook.


Je comprends cette femme et compatis à ses difficultés.

Mais pleurnicher sur son sort et « quémander » comme elle dit en cherchant à apitoyer les foules et culpabiliser les gouvernants ne sert à rien.

Qui plus est, c’est une façon narcissique de se conforter dans un statut de victime éternellement dépendante des autres, en rejetant la responsabilité de ses problèmes sur des politiques boucs émissaires, forcément insensibles et ignorants des difficultés rencontrées par les plus fragiles.

Il y a de multiples « causes », justes et souvent oubliées, qui mériteraient d’être portées à la connaissance du plus grand nombre et justifieraient qu’on fasse appel à la solidarité citoyenne ou à la responsabilité des pouvoirs publics. Et pas uniquement ces causes entendues que la République a héritées de siècles de charité chrétienne : la Trinité compassionnelle pour « les pauvres », « les étrangers » et « les infirmes ».

Ce genre de méthodes qui consistent à publier des jérémiades et des doléances sur les réseaux sociaux est non seulement obscène, inefficace mais aussi franchement has been.

Plus que jamais nous devons rester vigilants à l’action concrète du Président et du gouvernement en faveur des plus démunis. Et ne pas nous contenter de belles promesses et de beaux discours.

Mais à toujours vouloir jeter la suspicion et le discrédit sur nos responsables politiques, on creuse un fossé toujours plus profond entre ceux-ci et nous.

Et on fait le jeu des aigris, des défaitistes et des extrêmes.

Sans comprendre que la « solidarité » n’est ni un droit acquis ni une dépendance exclusive à l’Etat-Providence.

Elle se construit dans l’action au quotidien par le souci de l’intérêt général au-delà des intérêts particuliers, et l’engagement constant de tous pour tous.

Or pour s’impliquer avec sincérité et efficacité dans cette démarche et ne pas se contenter de bons sentiments ou de harangues mélodramatiques, de même que pour défendre et faire vivre réellement notre démocratie, il faut aussi se retrousser les manches.

Multiplier les initiatives locales, participer à des actions concertées et solidaires pour aider concrètement ceux qui nous côtoient, et que nous ignorons trop souvent malgré nos belles déclarations sur les Droits de l’homme.

Et ne pas tout attendre du politique. Comme des enfants gâtés jouant sans cesse les victimes pour réclamer toujours plus de considération, de droits, du pain et du cirque.

Certes les personnes handicapées rencontrent des difficultés objectives, matérielles et financières, dans leur vie personnelle, sociale ou professionnelle.

Mais la France n’est sans doute pas le pire des pays au monde, loin de là, en matière d’aide aux personnes handicapées.

Bien au contraire, beaucoup est fait ici, même si c’est sans doute insuffisant et que ça ne doit pas nous exonérer d’une attention à l’autre. Notamment dans nos grandes villes, pour aménager l’espace public, faciliter les démarches, octroyer des aides et rendre la vie quotidienne plus facile aux handicapés.

Je me faisais cette réflexion il y quelques jours en constatant que les nouveaux bus électriques parisiens de la RATP étaient tous équipés de plateformes pour faciliter la montée et la descente des fauteuils roulants. Et que des espaces de plus d’un mètre-carré leur étaient réservés, avec des boutons à hauteur de fauteuil pour signaler le prochain arrêt.

Sans compter les nombreuses places de stationnement réservées à personnes handicapées sous peine d’amende sévère pour les contrevenants. Et qui souvent restent vides toute la journée dans des rues surchargées, où trouver une place pour se garer relève du parcours du combattant.

Plutôt que de nous venger de frustrations que nous avons en partie nourries par nos lâchetés, et assécher nos rancœurs en pratiquant une dégagisme forcené, il serait peut-être temps de prendre conscience que ce qui tue notre démocratie bien plus sûrement que la corruption des élites, ce qui stérilise notre capacité à « vivre ensemble » bien plus sûrement que le communautarisme ou le fondamentalisme, c’est cet esprit individualiste, égoïste et corporatiste dont nous crevons à petit feu.

Ce souci permanent du quant-à-soi, du « Moi je ! », du « Tout pour moi et rien pour les autres ».

Et cette incapacité à concevoir la solidarité autrement qu’au travers de nos petits bobos et de nos petits malheurs. En nous crispant sur nos chers « pauvres », qu’on plaint et qu’on cajole dans les talk-shows pour se donner bonne conscience, mais jamais sans leur tendre la pièce au carrefour.

Et surtout sans voir que d’autres beaucoup plus malheureux qu’eux viennent frapper à nos portes par millions.

Cette commisération convenue traduit une attitude proprement puérile, irresponsable, stupide et contre-productive.

Il faut en finir avec cette forme d’autisme égocentrique. Sans quoi nous nous condamnerions toujours à n’être que des victimes impuissantes et aigries. A pleurnicher et culpabiliser l’autre, surtout nos dirigeants, pour des malheurs et des injustices dont on les rend injustement responsables.

Jamais en nous comportant ainsi nous ne nous réconcilierons avec nos politiques. Et encore moins avec les autres, c’est-à-dire avec nous-mêmes.

Notre génération, celles des « bobos » nés au lendemain de la guerre, a grandi dans ces Trente glorieuses d’expansion euphorique, d’idéalisme romantique et de quête du bonheur matérialiste avec en toile de fond cette libéralisation des mœurs qui a déchaîné tous les caprices.

Elle a porté en en tirant les dividendes le triomphe d’une société matérialiste tout entière tournée vers la consommation effrénée et la satisfaction immédiate, compulsive et illimitée de tous les désirs et de toutes les revendications. Et elle n’a découvert « la crise » qu’une fois bien installée dans la vie professionnelle.

Cette génération vieillissante, et à juste titre souvent critiquée, n’a pas pris acte qu’une nouvelle génération venait d’accéder au pouvoir.

Celles des « momos » (mobiles moraux)*. Ces jeunes quadras qui ont grandi dans les années 1990, ont dû apprendre très tôt à s’adapter à un marché du travail précaire y compris pour les plus diplômés, à être en permanence réactifs, mobiles, attentifs aux changements. A se former toute leur vie pour continuer à évoluer. Et à changer souvent de métier sinon de pays.

Cette génération ne conçoit pas l’accès au bonheur autrement qu’au terme d’efforts, de travail, et selon une vision pragmatique des choses, quoique souvent hyper normative.

L’appel d’air créé par le dégagisme et La République en Marche a également aspiré vers les hautes sphères du pouvoir la génération suivante : celle des « yoyos » (young yobbos ou jeunes loubards).

Ces jeunes trentenaires nés au seuil des années 1980. Une génération totalement désabusée. Les yoyos sont revenus de tout. Ils sont hyper lucides et opportunistes, individualistes et jouisseurs. Ils ne croient plus en rien, surtout pas dans les gimmicks politiquement corrects. Mais ils croient à l’engagement concret, à la détermination et à l’initiative individuelle. Ils jonglent avec zèle avec les paradoxes de l’époque et surfent sur les opportunités qu’offre la société. Leur but est de profiter au maximum du moment présent, et d’assurer leur propre survie sinon leur bonheur en se moquant des règles, des convenances et de l’ordre établi. Non par esprit de révolte comme leurs parent bobos qu’ils trouvent trop rêveurs, mais par opportunisme.

A leur yeux cette société mensongère aux mains de manipulateurs cyniques, qui ressemble plus à une jungle impitoyable qu’à un paradis pour tous, n’a plus rien à leur offrir. Alors autant se démerder tout seul, naviguer en tribus mobiles, en se moquant des modèles qu’elle nous vend pour mieux nous asservir. Puisque le monde est violent, implacable, sans idéaux, sans perspective d’avenir et sans morale, alors c’est chacun pour soi et Dieu pour personne.

Une génération qui a pigé très vite que pour survivre il faut se lever tôt, saisir toutes les opportunités offertes par une société hyper marketée, hyper mondialisée et hyper technologique, faire du lobbying propre et du networking malin, s’aider soi-même en bousculant les normes et en ignorant les scrupules des moutons.

Mais aussi aider ses proches, sans attendre que les autres ou l’Etat volent à leur secours et résolvent leurs problèmes. Qu’il s’agisse de trouver du taf, un logement, un moyen de contourner les règles et les blocages kafkaïens de l’administration.

Pour ces ados mûris trop vite et malins comme des singes, les « pauvres » et tous ceux qui font profession de leur misère, les chômeurs qui se plaignent de ne pas trouver de travail et pointent à Pôle Emploi en réclamant plus de droits sans jamais rien foutre, ces Roms incapables de s’intégrer et de bosser sinon en faisant la manche, les poches ou la pute, et tous ces « handicapés de la vie » à qui des pleureuses bobasses viennent servir la soupe et tendre le crachoir, ne sont que des parasites méprisables qui jouent de la mandoline en apitoyant des bonnes âmes naïves sans jamais se bouger le cul, et qu’on ferait mieux de dégager fissa.

Ce n’est pas qu’il n’ont ni cœur, ni foi ni loi. Mais on ne la leur fait plus.

C’est cette « Génération Macron » bien en marche qui vient d’arriver au pouvoir. En invitant des quadras et des trentenaires de la « société civile » à devenir ministres pour conduire les transformations en profondeur voulues par le plus jeune dirigeant politique au monde. Et à grossir les rangs de cette nouvelle Assemblée constituée de novices en politique formés dans des « séminaires d’intégration ». Et qui ont remplacé des vieux carriéristes plan-plan et corrompus, clientélistes et népotiques, exclusivement préoccupés par leurs intérêts et ceux de leur petite cour.

Macron est un « momo » pur jus.

Élève brillant, enfant de la méritocratie, dynamique et volontaire. Mais aussi très marqué par ce trait générationnel qui veut que tout en restant tendu vers l’efficacité, en se voulant lucide et pragmatique, sans concession avec les aspects les plus sombres du réel ,mais sans esquiver pour autant les difficultés, on doit rester toujours par ailleurs sensible aux causes justes. Et attentif à tous ceux que la société a laissés de côté. Ceux qui n’ont pas eu la chance d’avoir des parents derrière eux pour les aider ou leur payer des études dans les écoles privées à 50.000€ l’année. Ou que leur sexe, leur âge, leur origine ou leur handicap rend plus vulnérables aux violences de l’époque.

Je n’ai aucun souci sur la capacité du nouveau Président à prendre à bras le corps les défis, et à tout faire pour trouver des réponses durables aux dysfonctionnements de notre vieille démocratie.

Comme je n’ai plus aujourd’hui aucun doute sur sa volonté sincère de construire une société « efficace et juste » qui temporise les chocs et rende les changements plus supportables pour les plus fragiles.

C’était d’ailleurs l’un des thèmes chers à son ami le philosophe Paul Ricœur. Un protestant et un socialiste, pour qui toute action politique et tout engagement collectif ne pouvaient se construire de façon efficace sans une volonté de compenser les violences de la société libérale. Un défi qu’aucune utopie ne saurait relever. Pas plus qu’elle ne saurait nous soustraire à ce monde injuste et violent. Sinon au risque de générer plus de malheurs en dénonçant la responsabilité des élites. Et plus de violences en prétendant la combattre par des révolutions plutôt que des réformes.

C’est pourtant ce à quoi conduiraient très exactement le projet de repli nationaliste du Front National. Comme le caillassage des institutions vendues au capitalisme voulu par les Insoumis.

Plus généralement, ce genre de comportements qui consistent à se justifier de sa passivité inconsciente ou volontaire en se réfugiant derrière une incapacité objective ou surjouée, est symptomatique de la difficulté qu’ont certains à entériner le changement de paradigme actuel.

Nous sortons d’une société marquée par une organisation verticale du pouvoir et des liens hiérarchiques, une société où tous les liens étaient fondés sur des rapports de forces, de dépendance et de vassalité. Et nous entrons dans une société radicalement nouvelle, où les citoyens seront vraiment libres, égaux et frères. Totalement interdépendants et interconnectés.

Une société vraiment « démocratique », une humanité unifiée au plan global, une civilisation du partage, de l’échange et de la solidarité. Où le sens de l’action ne s’appuiera plus sur la libre entreprise, la volonté d’accaparer pouvoirs et richesses au bénéfice d’une élite minuscule, mais sur la nécessité d’oeuvrer pour le bien de tous, chacun à son niveau.

Une société sans « rois » ni monarques élus dont le peuple « souverain » attendrait tout. Et qui se bercerait d’illusion en se prétendant le berceau de la démocratie et des Droits de l’Homme. Sans s’apercevoir que ses excès libertaires, égalitaristes, et son obsession du « social » et de la « solidarité » ne sont qu’un paravent pour dissimuler son incapacité à vivre concrètement ces valeurs inscrites aux frontons des mairies que sont la Liberté, l’Egalité et la Fraternité.

Cette société n’est pas encore advenue mais elle est bien en marche, même si les médias n’en font pas leurs choux gras.

La France depuis ces dernières élections vient enfin de prendre acte qu’un siècle nouveau s’était ouvert et qu’une nouvelle ère avait commencé. Que les choses ne pouvaient plus rester en l’état comme dans « le monde d’avant« . Qu’il était encore plus illusoire de chercher à revenir en arrière pour restaurer une « France éternelle » qui n’a jamais existé.

Qu’on ne pouvait non plus ni se satisfaire des purges ultralibérales facteur d’injustices, d’insatisfaction, de grogne, de délitement du corps social et de réactions violentes en retour. Ni des illusions socialisantes auxquelles mêmes les intéressés ne croyaient plus. Mais qu’à force de refuser d’ouvrir les yeux sur les bouleversements du monde et de s’enfoncer dans un déclinisme mortifère, on risquait fort de disparaître en tant que nation.

Si Macron a autant la cotte auprès des Français et séduit autant nos partenaires, c’est parce qu’il est en phase avec l’époque et symbolise un modèle d’exercice du pouvoir qui ne se contente pas d’être new look mais saisit en profondeur les enjeux et les défis du temps.Et entend y répondre de façon efficace et pertinente en n’oubliant personne sur le bas-côté.

Mais il ne faudrait surtout pas voir dans sa volonté de tout maîtriser en ne laissant rien au hasard ni aux polémiques une quelconque « dérive monarchique ».

Au contraire, Emmanuel Macron n’est pas un monarque absolu. Même si c’est un homme conscient de sa valeur et de ses capacités à offrir une alternative audacieuse au bourbier dans lequel se dépatouillaient ses prédécesseurs.

Une erreur serait de voir en lui un messie ou un homme providentiel. Disons que son élection marque une meilleure adéquation entre l’offre politique et les aspirations profondes des Français, leur désir de renouvellement et leur volonté de sortir du marasme décliniste.

Comme le dit le dicton : « Aide-toi et le ciel t’aidera ! »

Ou plutôt : « Lève-toi et marche ! »

Quand le Sauveur relevait les infirmes, les malades et les impurs de leurs infirmités, de leur maladies et de leur indignité, ce n’était pas pour les rendre dépendants. Au contraire, toute rédemption réelle est une libération. Un pied de nez à tous les déterminismes politiques, économiques, sociaux, culturels ou religieux. A toutes les assignations et à toutes les formes d’oppression.

Attendre un Rédempteur c’est se condamner à rater sa vie. Abdiquer son pouvoir de créer et changer les choses. Ne serait-ce qu’en changeant son regard sur une situation qu’on n’a pas nécessairement choisie.

« En marche les pauvres en esprit, les doux, les affligés, les affamés et assoiffés de justice, les miséricordieux, les cœurs purs, les artisans de paix, les persécutés pour la justice, les calomniés… »

« En marche » (vraie traduction du terme « bienheureux« ), ce n’est pas « Prends l’oseille et tire-toi ! »

« Soyez dans la joie et l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux. »

Ceux qui se lèvent quand la Vie appelle à se redresser, à recouvrer ses forces, à se mettre debout pour marcher, ceux-là sont déjà dans la joie.

Les autres, ceux qui se plaignent toujours, s’apitoient sur leur sort et demandent des comptes à la terre entière, aux autres ou à Dieu, ceux-là ont déjà leur salaire de malheur. Et il ne leur sera rien donné de plus. Au contraire, le peu qu’ils ont leur sera retranché.

A cette vérité spirituelle faisons correspondre des choix conscients et des comportements à même de nous servir vraiment.

Cessons de cultiver cette faiblesse, cette compassion feinte pour les délaissés. Une façon de nous conforter dans notre statut de privilégiés. Et de nous enorgueillir de la considération que nous cultivons à leur égard.

L’heure n’est plus à ces mensonges et à ces enfantillages.

L’heure est à la vérité.

Dont acte.

Exit les pleureuses. Et ceux qui se montrent en exemple en défendant leur cause, plus souvent en paroles qu’en actes.

Exit le business de la misère et les distributeurs de bonne conscience.

Place à la vraie solidarité, à la vraie charité, à la vraie fraternité.

Celle qui ne calcule pas et ne fait pas de différence entre un prince ou un SDF.

Celle qui considère que tout homme est digne et qu’aucune infirmité, aucun handicap ne saurait justifier ni une stigmatisation ni un statut d’exception.


Cf. Ne dites plus Génération X, Y, Z mais zozos, momos, bobos, cocos, yoyos...
Jean-Luc Excousseau présente la génération Zozos (les zoom zombies)