Climat : Thunberg–Macron 1-0

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Ainsi Macron n’a pas apprécié le discours de Greta Thunberg à l’ONU. Ni son initiative de porter plainte contre 5 pays dont la France, qu’il juge injuste et trop « radicale ».

Tout comme il ne semble pas apprécier ces grandes marches de jeunes pour le climat qui grossissent chaque vendredi partout dans le monde. Selon lui, c’est « sympathique » mais « ce n’est pas le problème ».

Le tout nouveau « Champion de la Terre » est sans doute vexé d’être désavoué par sa jeunesse alors qu’on vient de lui décerner un prix à l’ONU pour son coup de comm sur l’Amazonie.

Jupiter est trop habitué au rôle de premier de la classe. Persuadé d’être plus intelligent que tout le monde et d’avoir raison sur tout, il est aussi le pur produit du dégagisme. Lui qui a envoyé tous les vieux barbons du sérail au musée de la politique se croit sans doute irremplaçable.

Il est également conscient qu’il ne doit pas son succès à la pertinence de sa vision du monde, mais à son habileté politique et à ses bienfaiteurs, qui en quelques années l’ont catapulté au sommet de l’Etat.

Sans doute goûte-t-il aujourd’hui avec amertume le fait qu’une gamine de 16 ans dénonce avec force l’hypocrisie des dirigeants du monde qui multiplient promesses et déclarations sans agir.

« Il ne faut pas créer une génération de déprimés. » Cette phrase de Jean-Michel Blanquer en écho à l’ire jupitérienne traduit bien plus qu’une volonté d’afficher un déterminisme confiant.

En affirmant qu’« on ne mobilise pas avec du désespoir, presque de la haine », le gouvernement laisse deviner une angoisse sur fond de crise des gilets jaunes. En vérité, Macron sait pertinemment que le désespoir est bien plus mobilisateur que les promesses et les coups de comm.

Et que le désespoir d’une jeunesse sacrifiée pourrait être un jour bien plus cuisant que celui de gilets jaunes réclamant plus de pouvoir d’achat. Quand on a fait l’ENA le « pouvoir d’achat » on sait bidouiller. S’agissant du climat c’est une autre affaire…

Si Macron fait mine de botter en touche, de crier à l’injustice en rappelant que la France est leader en matière de lutte contre le réchauffement, c’est parce que l’enfant chéri du libéralisme et de la finance, le soldat zélé du système et des lobbies, sait que cette génération demande bien plus que quelques déclarations ou mesures pour rassurer.

Si les générations précédentes mesurent aujourd’hui la réalité du changement climatique, l’ampleur des menaces et l’urgence d’y répondre, elles ne sont pas prêtes à engager un changement radical pour sauver la planète. Les jeunes eux savent que c’est la survie de l’espèce humaine, la leur en premier lieu, qui est en jeu. Et qu’on ne pourra éviter le pire sans un changement complet de modèle de société.

Alors que personne ne croit à son virage social ni à sa conversion à l’écologie, Macron craint d’être démasqué pour ce qu’il est : un illusionniste de plus soucieux de servir le système en veillant à éviter les remous. Incapable d’être plus qu’un simple gestionnaire et d’apporter une vision, des solutions et de l’audace face aux enjeux les plus cruciaux auxquels l’humanité est confrontée durant ce siècle.

Il faudra encore beaucoup de Greta Thunberg pour que les nations du monde et leurs dirigeants décident de se mobiliser pour autre chose que se donner bonne conscience avec quelques points de bilan carbone en moins.

Quand on voit la complaisance du gouvernement à propos des pesticides on se dit qu’il n’y a pas grand-chose à attendre sur le réchauffement climatique. Macron a eu beau jeu de pavoiser au G7 de Biarritz en s’en prenant au cynique Bolsonaro à propos de la déforestation.

Aucun pays ne peut s’ériger en modèle ou en juge ni agir seul pour le climat. Le problème ne peut être résolu que d’un point de vue global. Les économies, les infrastructures et les systèmes sont interdépendants. Et la pression des lobbies pèse trop sur les politiques et les institutions mondiales pour dégager une marge de manœuvre suffisamment efficace.

Pour parvenir à mobiliser toute l’humanité et toutes les nations du monde, il faut un changement radical de la conscience collective, de notre identité et de nos valeurs communes, de nos priorités et des moyens que nous voulons mettre en œuvre.

C’est tout le système sur lequel est fondée notre civilisation mondialisée qu’il faut revoir.

On ne réussira pas en tentant d’abattre la forteresse du système actuel, fondé sur la course à la productivité, à la consommation, aux richesses et à l’argent. Car les résistances qu’opposent ce système aux assauts qu’il pourrait subir sont trop puissantes pour ne pas entraîner l’humanité dans un chaos supplémentaire.

Rien d’efficace ne se produira non plus en cherchant à réformer ce système de l’intérieur. Car les mécanismes qui lui permettent de se préserver empêchent d’atteindre un niveau de transformation suffisant pour en modifier les grandes orientations.

Des initiatives comme celle Greta Thunberg qui vont dans le sens d’une plus grande prise de conscience, d’une dénonciation de l’inaction et de l’hypocrisie des dirigeants, et d’une mobilisation des jeunes générations sont sans doute porteuses d’espoir.

Plus cette tension va devenir critique, plus la perspective d’une issue pourra se dégager. L’étymologie du mot crise traduit un double sens : celui de la « manifestation d’une maladie grave », mais aussi celui de « jugement ».

Il ne suffit pas de répéter de façon anxiogène qu’il faut agir vite. Encore faut-il voir les leviers d’action. Et que les efforts consentis pour les mettre en œuvre s’inscrivent dans une nouvelle perspective de sens.

La crise du climat ne se résoudra pas en accumulant les mesures sans changer les fondements de notre civilisation. Elle ne se résoudra pas non plus par une utopie.

Elle ne se résoudra – et d’autres crises avec elle – que quand l’humanité aura acquis la pleine conscience du prix et du sens de la vie, de sa place dans l’univers, de ses immenses capacités, de son destin commun et de ses facultés infinies à collaborer pour le meilleur avec les autres espèces et tout ce qui l’entoure.

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Paris, la fête est finie ! Hidalgo, les poubelles et les bobos

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Les touristes qui visitent Paris sont souvent surpris de découvrir à quel point la Ville Lumière est une ville sale.

Elle l’est en effet. Et pour ses habitants c’est devenu insupportable.

Anne Hidalgo a-t-elle pour autant raison de réagir de façon aussi désinvolte, en incitant les Parisiens à se prendre « en charge », alors qu’un article dans la presse étrangère parle de « Paris poubelle » ?

« On ne vas pas mettre un éboueur derrière chaque Parisien. » Selon elle, « tout est question d’éducation et de respect. » Réaction éloquente…

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En stigmatisant ainsi le manque d’éducation des Parisiens, la maire de Paris montre son vrai visage. Derrière la femme de gauche, engagée dans toutes les causes sociales et chantre du Paris écolo, se cache une bobo issue de la gauche caviar qui méprise le populo.

Hidalgo oublie qu’elle a milité pour la retraite à 60 ans, puisqu’elle est aujourd’hui en campagne pour sa réélection. Les Parisiens vont-ils lui offrir une veste en guise de cadeau d’anniversaire ?

L’élue se cabre dès qu’on critique son bilan. Et reste sourde au mécontentement des Parisiens, pour qui la propreté demeure la préoccupation numéro 1, devant la pollution.

Car si la saleté de Paris écorne son standing de grande capitale, elle le doit en partie à la négligence de ses élus.

Car si l’espace public pâtit de nombreuses incivilités, ce n’est pas tant dû aux déficiences du nettoyage et du ramassage d’ordures qu’à des erreurs de taille dans les messages adressés aux Parisiens lancés par la municipalité quant au bon usage de l’espace public.

Ces erreurs concernent la politique sociale, d’urbanisme et de transports de la Ville de Paris.

Ainsi la politique de « mixité sociale » systématique mise en œuvre en matière de logement n’est pas sans conséquences sur les négligences et dégradations causées à l’environnement. Cette politique initiée par Bertrand Delanoë pour contrer le risque de gentrification a été intensifiée par Anne Hidalgo. Et érigé en credo pour les critères attribution de logement sociaux.

Il est délicat de le souligner mais certains habitants du parc de logement social appartenant à des populations d’immigration récente ont tendance à être moins soucieuses de l’espace public que d’autres. Dans les quartiers à forte population immigrée les employés municipaux remarquent par exemple que les dégradations, les dépôts de déchets et autres incivilités se sont multipliées.

Si Paris doit conserver sa diversité et éviter de devenir un ghetto pour riches, si chacun doit pouvoir y habiter sans que s’instaure une sélection par l’argent, l’entêtement de certains élus à privilégier des populations immigrées par simple parti-pris idéologique pose plusieurs problèmes. Comme celui de l’équité face à l’accès au logement. Ou celui de la responsabilité des élus quand certains ne respectent pas l’environnement où ils vivent.

Ce rêve pluraliste d’une ville où toutes les communautés communieraient en célébrant béatement le vivre ensemble se heurte parfois au réel. Vouloir isoler les populations est une autre erreur. Les mélanger artificiellement pourrait sembler naïf s’il n’y avait pas derrière ce choix d’évidentes arrière-pensées électoralistes.

Et la volonté de masquer sous un vernis idéologique une réalité : Paris devient une ville inaccessible – la plus chère du monde selon certaines statistiques – où bientôt seuls les très riches pourront accéder à la propriété. Et où les logements locatifs seront attribués en priorité sinon aux plus défavorisées, du moins à des communautés chouchoutées.

Ceux qui font les frais de ce choix politique sont les classes moyennes, contraintes de plus en plus de déserter la capitale.

Gare ! Car ce sont eux qui jusqu’à présent votaient le plus socialiste aux échéances municipales. Par conviction et non par intérêt.

Ces classes moyennes constituent les plus gros bataillons de bobos parisiens. Attachés à leur confort de vie, à la mobilité, à l’innovation, à un Paris social, écolo, rigolo mais pas crado.

Si Paris veut continuer à offrir le visage d’une capitale vivante, ouverte sur le monde et multiculturelle, qui favorise rencontres, brassages et métissages et donne sa chance à tous, ses élus se trompent en pendant qu’on combat l’uniformité par une cohabitation forcée, en secouant les disparités sociales dans un shaker.

D’autant plus contestable est ce principe de mixité pétri de bons sentiments quand il obéit à une volonté sournoise et très « gauchiste » d’emmerder le bourgeois. En le obligeant à partager son territoire avec des gueux. Un peu comme ces révolutionnaires qui invitait la plèbe à Versailles pour chahuter Marie-Antoinette.

Ian Brossat, élu communiste au passé trotskiste, illustre bien cette ardeur militante qui se plaît à multiplier les provocations. Adjoint au logement d’Anne Hidalgo, le jeune élu avait ainsi tenté en 2013 d’imposer l’idée saugrenue d’implanter un village de Roms dans le 16e arrondissement. Une façon de clouer le bec à ceux qui osent stigmatiser injustement cette minorité opprimée et l’accusant de nuisances parfaitement chimériques.

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Tout aussi condamnable est l’attitude complaisante et irresponsable des élus vis-à-vis des migrants et des associations qui les soutiennent, qui consiste à laisser se développer de véritables bidonvilles sur le périphérique dans le Nord-Est de Paris. Avec l’intention louable de les rendre plus « visibles » pour alerter l’opinion sur leur situation.

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Le résultat est contraire à l’objectif affiché : à l’indifférence face au sort des migrants succède l’exaspération de voir ces squats dégrader l’espace public et l’irresponsabilité des pouvoirs publics cautionner la politique du fait accompli. Les abords du périphérique de la Porte de la Villette à la Porte de Clignancourt sont ainsi devenus un gigantesque dépotoir. Sans compter d’autres effets pervers : près de la Porte de la Chapelle s’est développée la « colline du crack », le plus grand spot de deal à ciel ouvert de l’hexagone. Les habitués parmi lesquels beaucoup de migrants ont établi leur campement juste à côté.

Le spectacle de la misère et de la déchéance dans les rues de Paris, autant que l’indifférence qui l’entoure sont choquants. A quoi bon en rajouter en exhibant ces chapelets de tentes et de cabanes où les migrants s’entassent ? Si la France accepte d’accueillir des migrants, ce n’est pas pour les laisser vivre dans ces conditions insalubres. En laissant à quelques ONG le soin de s’en charger.

Aux politiques d’abord de prendre leurs responsabilités pour mettre fin à cette exhibition complaisante de la misère. De s’occuper vraiment des personnes SDF comme des migrants sans les laisser envahir les rues en comptant sur la charité privée.

Quant aux populations plus sédentarisées, si certains se singularisent par des comportements inciviques, il faut agir pour promouvoir un meilleur esprit civique. En faisant valoir que c’est l’intérêt de tous de prendre soin du cadre de vie.

Il ne s’agit pas de trouver des excuses – ignorance, différences culturelles, impuissance des parents à éduquer leurs enfants – pour éveiller les esprits à plus de conscience de l’espace public, de respect d’autrui et de responsabilité civique.

Prenons l’exemple de la Porte Dorée et du Lac Daumesnil. Lieu de promenade et d’agrément créé sous Napoléon III au bord du Bois de Vincennes, c’est aussi l’un des plus beaux paysages de nature artificielle emblématique de l’esthétique romantique. Chaque été durant la Foire du Trône, il n’est pas rare de voir des groupes s’installer sur les pelouses autour du lac pour pique-niquer, faire bronzette et s’adonner à des jeux. Certains n’hésitent pas à faire des barbecues. Le soir venu, les pelouses sont laissées dans un état de dégradation affligeant, jonchées de détritus divers en dépit de la présence de poubelles à proximité.

On ne peut pas imaginer que tous ces parents et ces jeunes adultes qui se comportent ainsi n’ont pas conscience de salir et que d’autres devront passer derrière eux pour ramasser. De tels comportements ne sont pas admissibles. Ils témoignent d’une attitude frondeuse et d’un mépris évident pour le lieu qu’ils utilisent, pour le bien commun, pour les autres et pour les services chargés de la surveillance ou de la propreté. En un mot, pour l’autorité.

Il ne s’agit pas seulement d’un manque d’éducation, de savoir vivre, de respect de l’environnement ou de la communauté. Mais aussi d’une inconscience totale du lieu où ils se trouvent. Et que la puissance publique entend maintenir ouvert à la jouissance de tous.

Paris regorge de semblables lieux, jardins, places, esplanades, avenues, promenades, qui font la fierté de son patrimoine, aménagés pour permettre au plus grand nombre d’en bénéficier. Certains ont conscience du « prix » de tels lieux. De leur valeur foncière, artistique, du coût de leur entretien. Mais aussi parce qu’ils font partie de l’histoire et de l’âme de Paris. Et méritent plus d’attention qu’une simple pelouse flanquée sur une aire d’autoroute.

L’erreur d’Anne Hidalgo ce n’est pas d’avoir voulu venir en aide à des populations défavorisées, de prôner plus d’égalité sociale ou d’éviter que l’homo parisianus ne se renferme dans un entre-soi. L’erreur c’est de croire qu’il suffit de distribuer des privilèges et des prébendes sous forme de logements, de places en crèche ou d’aides sociales pour que l’intégration de nouvelles populations se réalise par magie.

Toute aide, toute chance accordée au nom de légalité ou de la mixité suppose une réciprocité. Au moins sous forme de gratitude manifestée dans des actes quotidiens.

Ce que la « Reine de Paris » oublie, c’est que le choix d’accorder un logement ou d’ouvrir au public des espaces de liberté dans une ville surpeuplée comme Paris, où bien peu ont la chance de pouvoir vivre, ce n’est pas comme faire des cadeaux pour se faire aimer du bon peuple.

Cela suppose pour les bénéficiaires des devoirs et des responsabilité

Une autre erreur coupable d’Anne Hidalgo et qui ne va pas manquer de lui revenir bientôt à la figure c’est d’avoir voulu vendre du rêve, et une image de Paris totalement utopique.

Des expressions comme « promouvoir la mixité sociale« , « rendre la ville aux Parisiens« , l’incitation à « se réapproprier la ville » avaient marqué la politique de la précédente mandature. Mais ces ruptures et audacieux voulus par Bertrand Delanoë s’enracinaient dans un constant souci d’équilibre, de réalisme, de rigueur budgétaire.

Avec Anne Hidalgo on est passé au stade du rêve éveillé et du blabla. Ces expressions ne sont plus que des slogans démagogiques justifiant une obsession à poursuivre les mêmes schémas, sans véritable projet ni capacité d’innover.

On surfe sur les mythes de Paris Plage. Celui d’une ville tournée vers l’hédonisme, où chacun est invité à célébrer selon ses goûts et ses lubies sa manière de vivre, sa fierté d’être soi et sa quête d’un bonheur permanent et sans entraves.

Le Paris d’Hidalgo est un peu à l’image de Tel Aviv : « The Bubble » – la Bulle. Une ville ignorante des soubresauts du monde, une utopie vivante vouée à l’édification d’une cité douce, radieuse et aseptisée, où le soleil brille toujours sur les visages souriants d’heureux privilégiés.

Une ville à la pointe de l’innovation en matière d’urbanisme ou d’écologie. Où la qualité de l’air, de l’eau et des tomates bios qui poussent sur les toits est toujours sous contrôle. Où chaque citoyen est invité à planter des petites fleurs aux pieds des arbres et à cultiver ses légumes sur son balcon.

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Une ville où chacun peut se déplacer librement en utilisant des « circulations douces », fluides, simples, ludiques, de préférence décalées ou partagées. Où l’abondance du réseau de transports publics rend obsolète le recours à la voiture, un vestige du passé.

Une ville où l’on peut à toute heure du jour ou de la nuit se promener en famille ou entre amis au beau milieu de places arborées, aérées et apaisées, tapissées de larges pelouses et enrichies d’espaces ludiques et connectés.

Une ville dans la lumière ne faiblit jamais, attirant le monde à découvrir son lot de fêtes et de créations originales si merveilleusement intégré à son patrimoine unique.

Pour édifier la capitale dont elle rêve, la maire s’est ainsi entêtée à entreprendre des grands chantiers d’une envergure quasi-mitterrandienne. Mais avec un style plus light, plus soft, plus fun. En se voulant plus proche des gens, à l’écoute des « attentes des Parisiennes et des Parisiens« .

Beaucoup d’enfumage et de baratin. Comme cette prétention à faire participer les Parisiens aux choix relatifs à l’aménagement des 5 grandes places qu’elle s’est entichée de révolutionner, promettant des « débats citoyens » et des « ateliers » pour définir les arbitrages, avant même de savoir si initiative de bouleverser ces places constituait une priorité en terme d’urbanisme ou répondait à une attente des usagers.

Grisée par l’attribution à Paris des JO 2024, Anne Hidalgo s’est ainsi prise pour la Reine Soleil en engageant une frénésie de travaux éreintants, iniques et somptuaires. Quitte à rendre la vie impossible aux Parisiens et courir le risque de se faire dégager aux prochaines municipales.

Blocage des grands axes, saleté, niveaux record de pollution, cette volonté obsessionnelle d’imprimer sa marque dans le paysage urbain, sans réel souci d’esthétique, de cohérence ou de rigueur budgétaire, a fini d’exaspérer les Parisiens après que leur maire s’est obstinée à vouloir leur rendre la vie impossible pour filer son grand rêve. Résultat : en 2019 plus personne ne veut entendre parler d’elle et tous espèrent bientôt tourner la page.

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Un autre grief qui rend cette politique du n’importe quoi quasiment obscène qui excèdent les Parisiens, c’est le mauvais goût des équipes chargées du mobilier urbain.

Que dire tant de ridicule quand on voit la laideur des fontaines installée sur le Rond-Point des Champs-Elysées ?

Comment justifier l’idée de supprimer tous les kiosques à journaux de la capitale pour les remplacer par des boîtes en platique maronnasse ? Avant de voir les plus beaux kiosques historiques de la capitale transformés en kiosques de fleuristes. Les petites fleurs plutôt que la culture : tout un symbole !…

Et que dire de ce Cœur de Paris inauguré en mars 2019 Porte de Clignancourt ? Comme s’il suffisait de planter une énorme « machin » d’art moderne à 650.000€, avec un coeur de parisgros cœur tournant sur un poteau comme un lollipop incongru au beau milieu de la place pour faire entrer tout le quartier dans la post-modernité ! Il eût été plus inspiré de commencer par déblayer autour.

Mais non. « Paris sera toujours Paris »… Ce Paris auquel les édiles s’identifient, jaloux de son prestige, se perd tel un mirage dans la contemplation de lui-même.

Et pour revenir au réaménagement des grandes places parisiennes, la bêtise et l’arbitraire avec lesquels ces espaces ont été dénaturés et remodelés est consternante.

Ainsi les élégants bosquets de la Place de la Nation, ses platanes plusieurs fois centenaires, son esthétique concentrique et ses dénivelés rythmant l’espace ont cédé la place à une pelouse hideuse traversée de diagonales sans cohérence, tout juste plantée de quelques arbustes et équipée de bancs rustiques pour venir s’y vautrer. Hormis les travaux d’étanchéité nécessaires au-dessus du métro, il s’agissait évidement de réduire au maximum l’espace de circulation pour créer un « espace de vie » apaisé, ludique, convivial… Mais le résultat aux proportions disproportionnées et sans aucune ambition montre que les architectes n’ont rien compris à l’esthétique XVIIIe de la place, aux proportions conçues pour mettre en valeur l’enfilade de façades haussmanniennes et le plan d’avenues en étoile autour de la magnifique statue Le Triomphe de la République de Dalou.

Qu’en est-il de la politique de transports ?

Concilier les choix urbanistiques, les choix d’infrastructures, les choix écologiques dans une ville aussi dense que Paris n’est certes pas une mince affaire. Vouloir réduire la pollution, inciter les gens à ne pas utiliser leur voiture et limiter les véhicules à moteur en centre-ville, tout le monde s’y accorde. Mais la grave erreur de l’équipe Hidalgo et de ses khmers verts est d’avoir voulu imposer à tout prix son idéologie anti-bagnoles. En dépit de lucidité toute lucidité et du plus élémentaire bon sens.

Libérer les voies sur berge pour les rendre aux piétons et aux vélos est une décision sympathique. Mais si c’est pour laisser vides ces axes de circulation plusieurs heures par jour, à quoi bon ? Et si cela génère davantage d’embouteillages en surface, le remède s’avère pire que le mal.

Il suffit d’observer l’état d’engorgement et de suffocation des quais de Seine tous les jours de semaine à partir de 16 heures entre le Louvre et Hôtel de Ville pour comprendre que le choix de piétonniser les voies sur berge toute l’année 24h/24 crée des désordres et des nuisances bien supérieurs à la situation précédente.

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Il faudrait faire preuve de réalisme. On n’éliminera jamais totalement les véhicules à moteur dans les grandes villes. Même s’ils fonctionnent dans quelques années à l’électricité ou à l’hydrogène. Les centres-villes ne deviendront jamais ces espaces de liberté fantasmatiques où chacun glisse en apesanteur au-dessus de la chaussée, sans effort, sans pollution, sans bruit et sans risque, comme Aladdin sur son tapis volant.

Que davantage de verdure contribue à plus d’oxygène et plus de fraîcheur l’été, tout le monde s’en réjouit. Mais le bonheur collectif dépend-il du nombre d’arbustes plantés un peu partout ?

Ce rêve bucolique digne de La Petite maison dans la prairie, qui voudrait inciter chaque Parisien à célébrer le retour à la terre en foulant des « espaces apaisés » ou en communiant dans l’arrosage de tomates bios, comme Marie-Antoinette qui jouait à la fermière dans son Hameau avec ses dames de compagnie, a quelque chose de franchement burlesque.

Vouloir développer une agriculture locale sur le toit des immeuble est un projet intéressant et ambitieux. Mais quand on connaît la toxicité des particules qui saturent le couvercle de pollution stagnant au-dessus de Paris et que les pluies ne manqueront pas de déverser sur les salades, on est plus perplexe.

Quant aux projets de végétaliser les espaces verticaux, encore faut-il que ce ne soit pas qu’une coûteuse coquetterie. Et que dire de ces barges sur la Seine laissées à l’état sauge pour inviter le Parisien à contempler le biotope naturel ? Le plus symptomatique du ridicule de ces projets déconnectés du réel est sans doute ces plantations d’arbustes prévues dans certaines projets d’aménagement de places comme celles de l’Hôtel de Ville ou de l’Opéra baptisées pompeusement « nouvelles forêts urbaines« .

On voit bien qu’il s’agit d’un délire ou d’un vernis. D’un gadget, un trompe-l’œil, une façon de se faire plaisir.

Cette obsession du pointillisme vert est sans doute façon de faire oublier que Paris est très en retard sur les critères de la COP 21.

Si Hidalgo vante autant ses projets pour verdir quelques places parisiennes, elle est beaucoup moins loquace quant aux plans d’urbanisme qui visent à multiplier les immeubles de grande hauteur à la périphérie de Paris…

L’erreur de cette utopie parisienne est résumée dans ce projet d’aménagement d’un parc de 64 ha au pied de la Tour Eiffel, symbole de Paris, pour l’ouverture des JO.

Le leurre est d’inciter les Parisiens à concevoir la ville comme un gigantesque terrain de jeu tapissé de verdure et ouvert à toutes les fantaisies individuelles.

Cette façon de « rendre la ville aux Parisiens », d’inviter chacun à « se réapproprier l’espace public », à se comporter comme si l’on vivait à l’abri des nuisances et des menaces qui pèsent sur les habitants de la cité (pollution, bruit, stress) de se préserver artificiellement de la dureté du monde, des risques économiques, climatiques, sociaux,  de toutes les formes de désordre ou violence, est vraiment une illusion et un piège. Un scénario digne d’Alice au pays des merveilles.

Rappelons le traumatisme qu’ont constitué pour les Parisiens les attentats de 2015. Comme un retour forcé à une réalité dont on se croyait préservé par cette la culture très parisienne de l’insouciance symbolisée par les terrasses de café.

Au lieu d’encourager les Parisiens à plus de réalisme, de solidarité réelle et de responsabilité, l’utopie parisienne a encouragé les comportements individualistes, l’attitude superficielle, la tentation de s’alléger des contraintes, de faire fi des obstacles et des règles établies. Une manière d’affirmer sa soif de liberté, son originalité, sa volonté de s’émanciper des codes et des limites.

Un exemple symbolise cette attitude. Ce qui autrefois constituait une contravention, à savoir le fait pour un vélo de remonter à contresens une rue à sens unique, est vite devenue une habitude à mesure que le nombre de vélos s’est développé. Puis c’est devenu une tolérance réglementaire accordée par la Mairie, matérialisée par la présence d’une étroite file pour les vélos sur les axes concernés. Dans l’esprit de beaucoup de cyclistes c’est devenu aujourd’hui un droit de foncer tout droit qui ne souffre aucune limite.

La politique d’Hidalgo a ainsi transformé le Parisien moyen en éternel adolescent, gâté, capricieux et immature, à qui la municipalité est pressée d’ouvrir de nouveaux espaces pour s’ébattre en exprimer sa créativité, sa singularité et son narcissisme sans limite.

Le symbole le plus éloquent qui restera de l’ère Hidalgo, même si celle-ci n’en est pas l’instigatrice, c’est la trottinette électrique. Un jouet détourné en hochet pour grands imbéciles décidés à se jouer des vicissitudes de la vie urbaine, ignorer les règles, les obstacles comme les autres usagers, et filer à bonne allure n’importe où n’importe comment au gré de leur humeur.

Un symbole qui illustre à merveille la connerie bobo.

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Pour le coup cette grande régression infantile collective orchestrée par Hidalgo ignore tous les clivages d’âges ou d’origines. De l’étudiant en informatique à la bourgeoise quinquagénaire, c’est tous les Parisiens qui communient dans ce culte de la stupidité hédoniste.

Quoi d’étonnant qu’abîmés dans un tel mirage, beaucoup aient à ce point oublié le sens du « respect de l’autre » que la maire appelle de ses vœux aujourd’hui ?

De l’aménagement de l’espace urbain à la culture, la Mairie n’a eu de cesse que d’inviter tous les Parisiens à célébrer ce rêve d’une cité idéale entièrement vouée au bonheur de ses habitants, vivante, inventive, attractive, écoresponsable, sécurisée et avant-gardiste. En surfant sur les modes tout en cultivant le non-conformisme, quitte à flirter avec le n’importe quoi.

En un mot, ce que la Mairie a encouragé chez les Parisiens, ce n’est pas le respect de l’autre, c’est au contraire l’égoïsme contenté.

La saleté que tout le monde déplore aujourd’hui est à l’image de ce laisser-aller, de ce je-m’en-foutisme irresponsable et généralisé.

« Maman », comme certains la surnomment, a choisi pour se rendre populaire de flatter l’esprit d’anticonformisme frondeur du Parisien, plutôt que de faire appel à son exigence et son sens des réalités.

Un piètre bilan en terme d’éducation.

Le sujet de la propreté est comme l’écume qui remonte à la surface. Les sujets de grogne sont multiples. Et aujourd’hui les Parisiens en ont vraiment marre de leur maire (mère), de sa gestion irresponsable et de son incapacité.

Mais l’absence d’alternatives crédibles à gauche comme à droite laisse craindre que la plaisanterie puisse durer encore cinq années.

Pour ceux qui ont voulu croire que Paris était éternellement une fête, l’heure du dégrisement est arrivée.

Et de consentir à se baisser pour ramasser les amas de bouteilles vides, les flyers tachés de vomi et les confettis.

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Zemmour, l’Islam et la République

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Éric Zemmour a été condamné le 17 septembre 2019 à 3000€ d’amende pour provocation à la haine religieuse, après des propos tenus en 2016 dans l’émission « C à vous ».

On connaît le goût de l’intéressé pour la polémique.

Mais à y regarder de plus près, si ces propos relèvent de la provocation politique et s’apparentent à la rhétorique classique de l’extrême droite, ils ne constituent pas à proprement parler une « provocation à la haine » ni une exhortation dirigée contre les musulmans.

S’ils paraissent offensants aux yeux de certains, c’est parce qu’ils pourfendent le petit confort intellectuel commun, qui par souci d’être politiquement correct s’affranchit de dénoncer les dangers de l’islamisme, et au nom de la « tolérance » préfère s’abîmer dans la complaisance.

Les propos d’Éric Zemmour torpillent les réflexes de peur et les non-dits dictés par la mauvaise conscience. Ces réflexes qui poussent souvent les bonnes âmes à éviter les sujets qui dérangent pour ne pas heurter la sensibilité des minorités.

Dire qu’il faut donner aux musulmans « le choix entre l’islam et la France », cela peut sembler abrupt.

En vérité la provocation vise à dénoncer une ambiguïté, coupablement entretenue par les politiques soucieux d’électoralisme d’un côté, et par les religieux et certains intellectuels soucieux de défendre les minorités stigmatisées de l’autre.

Il y a un moment où les choses doivent être pour de bon clarifiées, et un choix doit être posé : entre l’appartenance à la République et le fait que dans un pays laïc toute religion doit se soumettre à ses lois, et la volonté de voir certains préceptes religieux primer sur les lois civiles.

Et il y a un moment où il faut avoir le courage de trancher. Au risque de nourrir des tensions, des réflexes victimaires, et la violence en retour.

Et c’est aux musulmans eux-mêmes de faire acte de clarification.

Quand Zemmour affirme qu’il y a en France une « lutte pour islamiser un territoire », « un djihad », il exagère sans doute. Mais il serait malhonnête d’affirmer que c’est totalement faux.

Il existe en effet une stratégie propre à certains islamistes, parfois clairement revendiquée, qui consiste à vouloir faire reculer les lois de la République et leur substituer peu à peu celles de la charia. Le but ultime étant que la France devienne un pays musulman. C’est la définition même du djihad.

Il serait faux d’affirmer que tous les musulmans s’inscrivent dans cette perspective. Et mènent un combat visant à saborder les lois de la République.

Il faut aussi reconnaître que toutes les religions ne se ressemblent pas, et n’ont pas la même vision du monde, la même histoire ni le même dessein universaliste.

Or que ça plaise ou non, le désir de conquête – spirituelle autant que territoriale – et l’absence de notion d’Etat de Droit comme en Occident, au bénéficie d’une conception théocratique de l’Etat, font partie de l’ADN de l’Islam depuis ses origines.

Certains musulmans parmi les plus pratiquants peuvent donc, à un degré ou à un autre, ressentir d’objectifs tiraillements sinon contradictions entre leur foi, leur obéissance à Dieu et aux préceptes du Coran, et leur sentiment d’appartenance à la nation française en tant que citoyens à part entière.

Les désigner du doigt ne peut qu’exacerber leur inconfort. En appeler à leur sens civique, à leur responsabilité, et à un devoir collectif de clarification, est en revanche une attitude saine et salutaire.

Il ne s’agit pas de défendre Éric Zemmour. Mais plutôt de s’interroger sur cette propension maladive de notre société à ériger des repoussoirs pour s’exonérer de penser.

Repoussoir de l’Islam radical et du djihadisme d’un côté, lesquels n’auraient aucun rapport avec l’Islam authentique. Repoussoir du racisme et de l’islamophobie de l’autre, qui renvoient dans les ténèbres de la « peur de l’autre » et de la « haine » tout discours qui prétend s’opposer à l’aspiration juste d’une minorité à voir ses particularismes s’exprimer.

Dans un cas on s’affranchit de toute tentation de déroger au sacro-saint principe de laïcité. De l’autre on échappe à l’accusation de faire le jeu d’un ethnocentrisme pétri de colonialisme, d’une tendance à vouloir tout niveler contraire au beau mythe d’une France inclusive, plurielle et égalitaire, ou de désigner une minorité comme bouc émissaire.

Notre société est malade de ses contradictions. De sa culpabilité. Et de sa tendance à préférer ses illusions au face-à-face avec la réalité.

Cette culpabilité et la mauvaise conscience qui la nourrit rongent son libre arbitre. Au point de lui interdire toute capacité de jugement. Et de fermer tout espace de parole qui lui permettrait de poser des limites claires à l’exercice de son cher « vivre ensemble ».

Pour sortir de cet écueil et éviter de multiplier les repoussoirs type Zemmour, il faut déconnecter toute réflexion sur l’Islam de tout amalgame avec la suspicion de racisme.

Et pour cela traiter le problème du racisme et toute forme de rejet de l’autre avec l’attirail juridique nécessaire. Et aborder la question de l’Islam non sous l’angle de la religion opposée à la République selon le principe de laïcité (laquelle n’existe pas au sein de l’Islam), mais sous l’angle des valeurs qui font socle commun.

Il faut surtout veiller à ne pas se laisser prendre dans les pièges tendus par les islamistes. Ceux-là utilisent nos propres contradictions et le manque de foi en nos propres valeurs pour semer le doute, nourrir la culpabilité et la mauvaise conscience dans les esprits. En entretenant l’idée fausse que tout attachement aux principes républicains et à la loi française qui se heurterait à leur volonté d’imposer leurs propres lois constituerait une forme de stigmatisation, d’islamophobie, de racisme, de rejet des particularismes culturels ou religieux. Et donc de l’Islam et des musulmans eux-mêmes.

Les musulmans sont les premiers pris en otages dans cette rhétorique mensongère qui vise à opposer et diviser. Et empêcher tout libre arbitre et tout libre choix.

Le premier mensonge est celui de l’existence d’une « communauté musulmane » en France. Il ne s’agit pas seulement de lutter contre une supposée revendication communautariste. Laquelle serait contraire avec notre conception de la nation républicaine.

Car on ne peut parler de « communauté musulmane » sans faire référence à la notion d’Oumma. La communauté des croyants, définie dans le Coran comme clairement distincte des « infidèles ». Distinction essentielle puisqu’elle confère aux premiers un statut supérieur, et impose aux autres vivant en terre d’Islam des règles strictes et des droits restreints.

Réalité totalement contraire à l’article premier de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, qui établit une liberté et une égalité parfaite des hommes face au Droit dès la naissance.

Cette notion de « communauté musulmane » est donc implicitement contraire aux valeurs de notre République. Elle est par ailleurs démentie par les faits : il n’y a pas en France de « communauté musulmane » monolithique. Pour la bonne et simple raison qu’il existe toute une panoplie de composantes hétérogènes, entre des Français musulmans pratiquants et d’autres originaire d’un pays musulman mais n’ayant aucune pratique religieuse. De même qu’il existe en France plusieurs islams issus de différentes obédiences souvent concurrents les uns aux autres. La difficulté à voir se constituer des institutions représentatives d’un « l’Islam de France », reconnues par tous et aptes à parler au nom de tous les musulmans, en est la preuve.

Le seul périmètre éthique et juridique légitime ne peut être que celui de la République.

On a donc toujours raison de rappeler avec fermeté quels discours, quelles pratiques ou comportements s’inscrivent dans les lois de la République, et ceux qui y dérogent ou les menacent.

Zemmour a raison de parler de « choix ». Si nous étions définis par nos seules appartenances ethniques, religieuses ou autre, il n’y aurait aucune liberté possible. Nous serions les esclaves d’un régime ou d’une pensée totalitaire. Ce que l’Islam radical est manifestement, quand il prétend tout soumettre au filtre de la religion.

L’erreur de Zemmour est de présenter ce choix comme un choix radical et binaire entre la République et l’Islam. Et implicitement entre deux communautés : la communauté des croyants et la communauté des citoyens.

En posant ainsi le débat, il fait évidemment le jeu des islamistes et de leur rhétorique de division. Laquelle voudrait laisser croire qu’on ne peut être un vrai musulman si l’on se conforme à certaines lois républicaines au détriment de la charia.

Il ne s’agit pas de choisir entre l’Islam et la France. Mais de reconnaître qu’il y a une hiérarchie de valeurs qui s’applique à tous les citoyens français. Laquelle interdit de subordonner les lois républicaines à quelque religion que ce soit.

Entre la nécessité de garantir la liberté de culte et celle de lutter contre des formes violentes de fondamentalisme, toute la difficulté est de gérer l’entre-deux.

Comment poser des arbitrages qui fasse consensus et soit compris par le plus grand nombre ? Encore un piège où les islamistes excellent à brouiller les pistes. D’autant que les sujets sur lesquels ils avancent leurs pions, comme la question du burkini, obligent à poser la question du symbolique.

Le port d’un vêtement qui fait signe ne constitue pas a priori une forme d’agression violente, d’offensive manifeste du religieux envers la sphère civile.

Tout réside dans l’interprétation et le sens qu’on donne à ce choix. Conformité à un précepte religieux ? Volonté de fronder les lois de la République ? De signifier son appartenance à un groupe en se démarquant du reste de la société ? Souci de préserver sa pudeur ? Ou simplement désir d’exprimer sa différence ?

Assurément ce genre d’initiative constitue une provocation. D’autant plus sournoise qu’elle surfe sur les ambiguïtés du Droit et des principes républicains en en pervertissant le sens. Entre la défense des libertés individuelles, du statut des femmes, des minorités, voire les revendications féministes, ces femmes qui exhibent fièrement leur burkini et les imams qui les y poussent prennent à contre-courant discours et repères en enfermant leurs détracteurs dans le discours victimaire.

Le but est toujours le même : enfoncer des coins, tester les résistances et diviser l’opinion pour masquer les vrais enjeux.

Le problème de la France, ce dont elle est malade et qui permet aux régressions religiocentriques de prospérer, c’est qu’elle a érigé le républicanisme laïciste en absolu. Et interdit toute référence possible à quelque forme de spiritualité ou de Transcendance que ce soit.

Ce que les commentateurs perçoivent moins, c’est que tous ces stratagèmes pour exhiber son appartenance religieuse dans l’espace public profitent justement du vide créé par l’exercice de la laïcité pur occuper l’espace là où la République a choisi de se retirer : l’espace du symbolique et du Sens.

En un siècle qui voit l’aspiration spirituelle refleurir sur fond de crise du rationalisme, il n’est pas étonnant que la tentation théocratique refasse surface. Notamment pour des populations davantage en quête de verticalité et de Sens du fait de leur statut minoritaire ou de leur sentiment d’hétérogénéité sinon de stigmatisation.

En rejetant systématiquement la religion dans la sphère privée comme on pousse la poussière sous le tapi, en refusant d’aborder dans le débat public la question du religieux autrement que sous l’angle de la laïcité, la République annihile toute capacité pour les valeurs qui la fondent d’exercer leur pouvoir fédérateur et unificateur. Sinon sous l’angle du mythe.

La laïcité à la française s’est imposée « contre » la religion catholique. Depuis les prêtres réfractaires guillotinés durant la Terreur jusqu’à la Loi de 1905, la République a certes ouvert un espace à la liberté de conscience et de culte, mais elle a aussi imposé la Raison comme ultime Transcendance.

La stratégie des islamistes s’inscrit justement dans ce fossé. Elle se nourrit de cette absence de « Dieu », réduit au mieux à une croyance privée, au pire à un archaïsme désuet.

Il y a au tréfonds des consciences une forme de tiraillement entre la foi émancipatrice dans les idéaux humanistes et, face aux béances existentielles et aux injustices creusées par l’arrogance du Progrès, le sentiment que la vérité est ailleurs.

Dans le cas d’une religion minoritaire comme l’Islam, a fortiori quand les populations concernées se sentent stigmatisées, plus les discours sur la laïcité se durcissent, plus le risque est grand de voir des formes religieuses radicales resurgir comme le retour du refoulé.

La seule façon de sortir de ce piège, c’est de redécouvrir qu’il y a au cœur de l’idéal humaniste et républicain plus qu’une promesse d’émancipation, de justice et de liberté.

Et que le progrès collectif peut être conçu non seulement comme un mouvement horizontal mais vertical. Non seulement sous l’angle de la conquête de nouveaux droits, de nouveaux territoires, de nouvelles capacités et connaissance, mais aussi comme une évolution de la conscience vers la Conscience.

Mais aussi que cet Idéal a sans doute aujourd’hui beaucoup à offrir pour permettre à la conscience de l’humanité de s’affranchir des limites et déterminismes de la pensée religieuse. Sans pour autant décrédibiliser les apports spirituels et éthiques des différentes religions. Que l’esprit est un territoire neuf à explorer, non une collection linéaire d’archives.

Quick Charia, l’islamisme soft dans votre plateau repas

Mis en avant

Article mis en ligne sur Facebook le 3/8/2018: Corrigé le 4/8/2018.


Chers amis,

Je partage avec vous ce coup de gueule.

Ou plutôt cette réaction raisonnée et citoyenne face à ce que s’apparente à une nouvelle victoire du salafisme en France.

A la base une simple mésaventure.

Apparemment insignifiante. Presque dérisoire.

Pas de quoi fouetter un chat, affoler la Une des médias ou mobiliser la rue, me direz-vous.

Juste l’un de ces petits (ou gros) « détails ».

Petits mais symptomatiques d’une dérive, d’une lente évolution, d’un phénomène rampant et sournois souvent décrié et qui résiste aux tentatives d’apporter des solutions idoines.

Une évolution marquée par l’avancée progressive du salafisme et de l’extrémisme musulman en France.

Lesquels entendent ouvertement et sans complexes appliquer leur stratégie d’islamisation de la société française.

Notamment en enfonçant des coins dans les remparts d’une laïcité par ailleurs contestée et fragilisée.

Et en dénaturant avec une méthodique perversité et une rhétorique éprouvée les principes mêmes de notre République.

Certes on est loin des attentats de Charlie, du Bataclan ou de Nice.

Pourtant c’est l’un de ces petits grains de sable, qui ajoutés les uns aux autres viennent peu à peu gripper le fonctionnement de nos institutions, grignoter nos libertés fondamentales et saper les bases de notre démocratie.

Une démocratie bien menacée. Rongée de l’intérieur comme de l’extérieur par des modèles concurrents ou franchement hostiles.

Une situation qui risque à terme de mettre en péril les fondements de notre République et ses valeurs humanistes.

Et faire péricliter toute tentative de garantir les bases d’un vivre ensemble respectueux des écarts et des différences, mais attaché à faire corps, à faire peuple commun sinon Fraternité. Démarqué en tout cas des forces de dislocation centrifuges, des clivages identitaires, communautaires et des conflits mimétiques.

Une situation face à laquelle juges débordés, politiques pressés ou clientélistes, et intellectuels angoissés semblent incapables d’apporter des réponses justes, pérennes, aptes à corriger le tir. Sinon à déployer une Vision pour construire un avenir de paix et d’unité.

Un boulevard pour les pires écueils qui menacent à plus ou moins long terme notre identité, notre culture, nos valeurs et notre modèle républicain, si jalousement et chèrement défendus.

D’un côté celui d’une islamisation et d’une libanisation de la France. En marche objective et même accélérée. N’en déplaise aux partisans d’un relativisme coupable, à ceux qui craignent de renforcer la stigmatisation des musulmans en dénonçant ce danger, aux suiveurs et aboyeurs moutonniers incapables de raisonner par eux-mêmes. Et bien que l’instrumentalisation qui en est faite par l’extrême droite en brouille l’analyse et tende à discréditer toute dénonciation un peu ferme.

Et de l’autre la porte ouverte aux pires extrémismes xénophobes. Incarné par cette même extrême droite.

Sinon à une forme de totalitarisme musclée accédant au pouvoir par les voix démocratiques à la faveur de crises, une exaspération populaire sur fond de délitement moral, de perte des repères, de confusion hystérisée, conduisant à des sursauts réactifs des peuples face au sentiment de déliquescence généralisée. Comme à l’incapacité d’élites déconnectées, autistes ou cyniques à prendre en compte leurs difficultés et revendications.

On l’a vu tout récemment avec l’arrivée au pouvoir en Italie du front d’extrême droite aux relents néo-mussoliniens. Et cette vague populiste sinon crypto-fasciste qui déferle depuis 10 ans sur les démocraties européennes et aux Etats-Unis.Ce sentiment de déliquescence, terreau des extrémismes de tous bords, se nourrit d’une forme de terrorisme intellectuel beaucoup plus insidieuse que celui de Daesh, dont on parle hélas assez peu. Et dont on mesure mal les vrais dangers tant on s’y est accoutumé.

Il s’agit du terrorisme moral exercé par l’hégémonie de la Pensée unique et le Politiquement correct, instruments du Système.

Terrorisme sournois car infiltré dans les discours, les schémas de pensée et les esprits.

Et qui nivelle discours, modèles comportementaux et valeurs, en s’opposant à toute expression libre, claire et directe de vérités dérangeantes qui risqueraient de mettre en cause certains modèles établis.

Vérités aussitôt raillées et détournées en accusations réflexe (« théorie du complot », discours victimaires, moralisation outrancière, emballement névrotique sur des broutilles…) visant à verrouiller tout débat, à empêcher tout discernement serein, à culpabiliser ou marginaliser les détracteurs.

Un terrorisme très efficace en revanche pour semer la confusion, imposer des modèles de pensée simplistes, faciles à reproduire, et gommer tout esprit de discernement nuancé.

Mais aussi et surtout à manipuler les esprits en traçant et en contrôlant discours et opinions.

Un phénomène largement conceptualisé par les sociologues du début du 20e siècle qui se sont attachés à décrypter les mécanismes de la psychologie et de la manipulation des foules. Et illustrés par des romans prophétiques comme 1984 d’Orwell, ou Le Meilleur des mondes d’Aldous Huxley. Plus récemment par des films comme Matrix ou V comme Vendetta.

En tout cas ce terrorisme empêche clairement les autorités institutionnelles, juridiques, politiques, morales ou intellectuelles de ce pays de faire leur travail correctement, en toute indépendance, sans être soumises en permanence à la double pression vindicative des gardiens du Système et d’une opinion grégaire.

Comment dès lors faire appliquer la Loi, sanctionner les contrevenants, veiller au respect du Droit démocratique, défendre les libertés individuelles et les valeurs de la République ? En tout cas sans être soumis à l’exercice d’une censure permanente. Et de mécanismes réducteurs, totalisants sinon totalitaires.

Mais venons-en au fait après cette longue introduction.

Lors d’un voyage au printemps dernier dans le Midi, je me suis vu confronté à un incident assez banal, mais très symptomatique de ce qu’on peut aisément interpréter comme une volonté d’imposer la charia dans un lieu tout à fait surprenant, a priori épargné par ces dérives.

De séjour à Nîmes, je me suis rendu dans un restaurant Quick situé à deux pas des Arènes, sur l’imposante Esplanade Charles de Gaulle. L’équivalent de la Place de l’Hôtel de Ville à Paris.

J’y ai commandé un menu du type cheeseburger bacon, un classique de cette enseigne et de bien d’autres marques de fast-foods.

A ma grande surprise le serveur m’a signifié que cette spécialité emblématique de la marque ne figurait pas au menu de l’établissement.

Lequel refusait tout simplement de servir à ses clients de la viande de porc.

Stupéfait, j’ai fait part de ma surprise à l’intéressé, qui bien qu’impuissant m’a immédiatement rejoint dans mes griefs. Estimant lui aussi inadmissible qu’un restaurant Quick applique ainsi la charia, mais pourtant bien obligé d’obtempérer.

J’ai failli tourner les talons après avoir fait un scandale.

Mais j’ai préféré me raviser et employer des moyens plus efficaces pour dénoncer ce procédé scandaleux.

Lequel constitue il faut le rappeler un délit manifeste, et une atteinte non négligeable aux principes de liberté, d’égalité des citoyens devant la loi, et de laïcité.

J’ai donc écrit une lettre au directeur de ce restaurant très fréquenté par des Nîmois et des touristes en plein cœur de Nîmes.

Je la soumets à votre lecture (au bas de cet article), et vous invite à en discuter.

Face à un tel état de fait et une impunité étonnante (Nîmes une ville bien ancrée à droite, avec un maire Républicains tendance Wauquiez, et un électoral FN qui aligne des scores importants aux élections), je me suis résolu à en parler à des amis nîmois qui ont partagé mon émotion. Une colère nourrie par une exaspération croissante face à la montée réelle de la délinquance, de la criminalité et de l’insécurité à Nîmes.

Une ville et une région à fortes populations immigrées, à fort taux de chômage, confrontées ces dernières années à un afflux massif de réfugiés, qui se singularisent selon la Police par une criminalité galopante, et une forte prévalence d’islamistes doctrinaires bien actifs dans leurs rangs.

Ce n’est hélas pas un fantasme parano digne de Valeurs Actuelles. Ni un de ces mensonges alarmistes et outranciers dont le FN est coutumier. Encore moins un cas isolé. Tout le pourtour méditerranéen est en effet concerné.

Une triste réalité à laquelle sont confrontés les habitants. Y compris les jeunes Nîmois enfants fils de parents immigrés de 2e ou 3 générations. Ils en subissent eux aussi les déboires, pris en tenaille entre une xénophobie rampante et des tentatives de récupération de la part de ces fanatiques, pourtant ultra minoritaires.

Face à ce constat, comment agir ?

N’est-il pas déjà trop tard pour infléchir l’évolution et parer à des menaces plus graves ?

Il appartient à chaque citoyen, croyant ou athée, quelles que soient ses propres origines, récentes ou lointaines, son appartenance éventuelle à une communauté, de prendre ses responsabilités, d’alerter, de sensibiliser. De proche en proche, ou en prenant à partie responsables et élus.

Avant que les urnes ne parlent de façon funeste.

Il ne s’agit pas de stigmatiser, d’attiser des peurs, rivalités ou tensions qui risqueraient de nourrir les frustrations et tentations de se marginaliser.

Mais d’être clairs, rigoureux, sans ambiguïté, paresse ou complaisance, qui font le terreau quotidien des extrémistes de tous bords et des ennemis de la République.

Réveillons-nous et agissons ensemble, mais aussi chacun à sa mesure.

Ne nous laissons pas endormir par une actualité insipide qui brodé sur des questions mineures, en tout cas sans comparaison avec ces enjeux : le foot, Benalla, ou le dernier petit commentaire d’un sous-ministre sur Twitter ou à la télé.


Lettre ouverte au Directeur du Quick de Nîmes
_______________
Cher Monsieur,
Je suis journaliste indépendant, membre et ancien dirigeant de plusieurs associations citoyennes de dialogue intercommunautaire, de défense des valeurs républicaines et de la laïcité, et ancien conseiller de quartier de la Ville de Paris.
Lors d’un récent déplacement à Nîmes et dans sa région, je me suis rendu à votre restaurant pour y commander un menu au comptoir.
J’ai été alors très surpris d’apprendre que votre restaurant refusait de servir à ses clients des plats contenant de la viande de porc.
Ce qui est contraire me semble-t-il à ce que pratiquent l’ensemble des restaurants Quick présents sur le territoire français. Lesquels proposent à peu près tous les mêmes spécialités et formules.
Je crois savoir que depuis sa création, Quick comme d’autres enseignes de restauration rapide américaines ou européennes, a toujours proposé dans ses menus, en France du moins, des hamburgers contenant du bacon.
Cette décision, dont je me suis ému auprès de votre employé qui a partagé ma réprobation, constitue une contradiction flagrante avec la politique de Quick en France. Une société belge rachetée récemment par le groupe américain Burger King. Lequel que je sache n’est pas une entreprise islamique.
En effet cette décision surprenante de la part d’un restaurant Quick situé en plein centre de Nîmes, sur l’emblématique Esplanade Charles de Gaulle, à quelques mètres des Arènes de Nîmes fréquentées par de nombreux touristes, a quelque chose de proprement révoltant.
Notamment parce qu’elle s’apparente à une facon non explicite d’appliquer la charia sur le territoire français, au cœur d’une grande ville vivant presque exclusivement du tourisme. Et non dans une banlieue reculée où ne vivent que des communautés issues de l’immigration, en grande partie musulmanes.
Cette façon d’imposer sans le dire la charia à vos clients et salariés est tout à fait inadmissible.
En particulier dans un lieu public et un établissement commercial appartenant à un groupe multinational de très forte notoriété, et hors de tour contexte cultuel ou communautaire.
Et donc en contradiction complète avec la loi française.
Je vous signale que cette décision constitue un délit passible d’une amende.
A titre personnel j’ai des amis musulmans qui gèrent des restaurants halals de type kebabs. Et je ne vois aucun problème à ce que ces restaurants ne servent pas de porc à leur clientèle, mais au contraire des plats et de la viande certifiés halal, ce qui me semble tout à fait normal pour ce type de restaurants.
De même je trouve normal que des chaînes de restauration rapide proposent à leurs clients le choix entre plusieurs menus, dont certains cashers ou halals si cela correspond à une demande.
Mais concernant la chaîne Quick, une telle décision ne peut être comprise que comme une concession inacceptable au communautarisme local.
Compte tenu du contexte démographique d’une ville comme Nîmes et d’un département comme le Gard, je comprends que vos clients puissent être pour une large part issus de l’immigration africaine ou maghrébine. Et donc pour une large part sinon une majorité de confession musulmane.
Vous n’êtes pas non plus sans savoir que les tensions communautaires qui ont nourri parfois tragiquement l’actualité de notre pays obligent autorités et responsables à une vigilance particulière pour faire respecter les lois de la République, en particulier en matière de laïcité.
Notamment en refusant de céder aux pressions d’une minorité au sein de la minorité musulmane, qui entend faire fi de nos lois et imposer les siennes, en complète rupture avec la République, le respect des libertés individuelles, des principes d’égalité devant la loi, de la laïcité et du vivre ensemble.
Je vous invite donc à exercer sans plus attendre votre responsabilité de manager et de citoyen, en amendant une décision qui vous met personnellement en situation d’enfreindre la loi.
Je ne manquerai pas d’en référer le cas échéant au Maire de Nîmes et au Préfet du Gard. Afin qu’un arrêté municipal ou préfectoral soit promulgué visant la fermeture administrative provisoire de votre établissement, dans l’attente d’ouvrir une enquête administrative ou judiciaire.
J’en informe également la Direction Générale de Quick France. Et celle de Burger King aux États-Unis.
Certain qu’elles ne manqueront pas de vous rappeler vos devoirs et responsabilités concernant le respect des lois et réglementations en vigueur dans notre pays.
Cordialement,
Christophe Claudel

Israël enterre officiellement la démocratie dans l’indifférence générale

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Commentaire de l’article de Danièle Kriegel dans Le Point du 19/7/2018

Le jour où Israël a retiré le mot « démocratie » de sa loi fondamentale

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La longue descente aux enfers de l’état hébreu continue.

Voilà bientôt 30 ans, dont quasiment 22 ans au pouvoir, que le pire Premier Ministre et le plus corrompu qu’Israël ait connu en 70 ans d’existence sape méthodiquement les valeurs fondatrices de l’Etat hébreu.

Valeurs universelles héritières de la fine fleur du judaïsme. Comme de l’idéal sioniste des pères fondateurs, pétris d’humanisme, d’esprit d’égalité, de liberté, de solidarité, de justice sociale. Et d’une volonté clairement affichée d’accorder un statut citoyen et des droits égaux à toutes les minorités.

Au lieu de cela, ce qui sert aujourd’hui de parodie d’armature morale à cette clique de mafieux au pouvoir s’appuie sur la plus sombre des idéologies mélangeant ultranationalisme et intégrisme religieux, violence arbitraire et arrogance frondeuse.

S’en suit une politique ouvertement cynique, xénophobe, ségrégationniste et guerrière, qui profite à un nombre de plus en plus restreint d’élus. Et relègue tous les autres au rang de citoyens de seconde zone, de sous-hommes, ou d’ennemis de fait du Grand Israël victorieux.

Rien de nouveau sous le soleil me direz-vous. Depuis 3000 ans c’est peu ou prou la même rengaine. Et l’éclaircie durant les 40 ou 50 premières années d’existence d’un Israël moderne, laïc et démocratique, fait presque aujourd’hui figure d’irréelle exception et de flambée utopique.

Il suffit de relire la Bible pour trouver les mêmes attitudes parmi les rois corrompus et les élites jalouses qui ont tour à tour dirigé la cité de David, les royaumes de Juda et d’Israël, ou la province romaine de Palestine au temps de la dynastie hérodienne. En s’alliant à l’occasion aux occupants les plus détestables pour se maintenir au pouvoir et accroître leurs privilèges de caste.

Voilà donc aujourd’hui la démocratie officiellement enterrée en Israël.

Sans qu’apparemment aucun dirigeant occidental ne songe à s’en émouvoir.

Le boulevard est désormais une autoroute à huit voies pour tous ceux qui entendent à l’Ouest du Jourdain continuer à prospérer sur cet abominable mensonge institutionnalisé.

Faut-il rappeler que cette idéologie ultranationaliste et ultrareligieuse qui fait le sel de Netanyahu et de ses pairs n’est pas qu’une mascarade de circonstance destinée à rallier les sionistes les plus endurcis ou les citoyens les plus angoissés afin de bétonner leur pouvoir.

Netanyahu est l’héritier direct d’une famille d’idéologues du sionisme messianiste. Son grand-père, rabbin, en fut l’une des figures phares, aux côtés du célèbre rabbin Abraham Isaac Kook.

L’homme a maintes fois démontré ses talents d’expert dans l’art de manipuler les esprits et de brouiller les pistes. Affectant de prétendre ne pas être lui-même pas religieux et s’affichant à l’occasion dans des restaurants non cashers pour donner le change.

Ce que peu d’Israéliens savent en vérité, c’est que Benyamin Netanyahu n’est pas que « le petit-fils de ». Mais qu’il est lui-même un idéologue patenté du sionisme messianique dont il incarne la politique. Ses nombreux écrits sur le sujet sont pour une bonne part consultables en ligne, et ne laissent aucune place au doute.

Quoi d’étonnant à ce qu’à l’image d’un Erdogan, d’un Ahmadinejad ou de ses nouveaux alliés de Riyad avec lesquels il pactise aujourd’hui pour continuer à s’enrichir, Netanyahu poursuive méthodiquement son travail de destruction en imposant sournoisement un régime nationaliste, théocratique et totalitaire en lieu et place de l’état laïc et démocratique qui l’a vu élire ? Comme d’autres ont imposé avant lui la charia la plus rétrograde dans leur pays.

Netanyahu est hélas beaucoup plus intelligent, plus cérébral et machiavélique que Trump. Un clown populiste qui ne fonctionne qu’aux affects et aux réflexes, sans réel projet ni autre vision que de ménager ses propres intérêts en flattant les plus bas instincts de son peuple. Il sait parfaitement comment manipuler les clivages politiques, les mythes nationaux, et une opinion inquiète, versatile et volontiers frondeuse.

Une société beaucoup plus éclectique et authentiquement démocratique en vérité que ne l’est la société française. Dont la tradition du débat parfois houleux s’enracine non seulement dans une volonté de favoriser le pluralisme d’identités et d’idées selon les principes démocratiques élémentaires. Mais aussi dans cette pratique très juive du questionnement permanent, de l’interprétation voire de la controverse à propos de chaque aspect de la vie juridique, sociale, communautaire, et non seulement de points d’éthique ou de théologie. En se gardant de tout dogmatique à caractère totalisant, mais en pratiquant au contraire un certain relativisme et en cherchant à actualiser en permanence les principes et les lois qui fondent la vie en société sinon le rapport à la Transcendance.

Plus qu’un principe strictement démocratique comme la liberté d’opinion, d’association ou d’expression, c’est là l’un des fondements essentiels du judaïsme depuis son origine. Et qui devrait s’il était respecté, y compris et surtout par tous les religieux, garantir à la démocratie sa légitimité et sa pérennité.

Voilà donc un double coup de maître à l’actif de Netanyahu avec cet amendement de la Loi fondamentale.

D’abord imposer dans cette loi le principe longtemps défendu et ultra contesté d’un état d’Israël conçu comme un état juif pour les seuls Juifs.

Ensuite retirer toute référence à la démocratie.

Et donc au pluralisme et à la laïcité. Principes défendus avec ardeur par les pères fondateurs contre les Haredim. Une minorité en passe de devenir bientôt majoritaire dans le pays à la faveur d’une natalité galopante. Et qui tirent des bénéfices conséquents d’un statut d’exception proprement scandaleux. La plupart de ces Juifs ultraorthodoxes vivant pour la plupart reclus dans de véritables ghettos refusent en effet de travailler tout en étant payés par l’Etat, prétendant en tant que religieux n’être tenus de se consacrer qu’à l’étude de la Torah et à l’éducation de leur abondante progéniture.

Jusqu’à une époque récente ils veillaient à ne se se compromettre d’aucune manière avec un état et des institutions auxquels ils ne reconnaissent aucune légitimité. Vivant dans la schizophrénie la plus totale en tant que citoyens d’un état qu’ils combattent par ailleurs avec vigueur. N’hésitant pas pour certains à soutenir ouvertement ou à s’allier avec l’ennemi iranien ou les terroristes du Hamas hostiles à Israël, afin de précipiter la chute de ce qui n’est à leurs yeux qu’une ignoble imposture, et de hâter ainsi la venue du Messie.

Selon une vision messianique passablement archaïque de l’Histoire, seul le Messie quand il paraîtra pourra en effet selon eux restaurer la légitimité, la grandeur et la pureté religieuse de l’ancien Royaume d’Israël.

Une minorité qui pèse de plus en plus, et qui est en passe de devenir majoritaire dans un pays dont ils ont peu à peu noyauté toutes les institutions. Du moins dans ses fondements idéologiques sinon en prenant directement les manettes du pouvoir. Jusqu’à parvenir à imposer méthodiquement leur vision, saper les valeurs démocratiques, et substituer à un régime démocratique un modèle de société objectivement totalitaire.

Un modèle en passe de devenir une réalité. Et que certains intellectuels, officiers de l’armée ou des services de renseignement, et personnalités israéliennes de premier plan n’hésitent plus à comparer à l’Allemagne nazie.

Les victimes de ce scénario qui menace la paix et les équilibres stratégiques dans la région en flirtant avec des thèmes apocalyptiques ne sont pas seulement les vrais démocrates. En particulier ceux de de la gauche historique, depuis les premiers colons socialistes et les pionniers des kibboutzim. Ces grandes figures qui certes n’étaient pas des enfants de chœurs et savaient manier un fusil mais avaient à cœur de défendre un idéal de société vraiment démocratique, vraiment juste, fraternel, ouvert, solidaire et favorable aux minorités. Tout en assurant aux Juifs souhaitant vivre en Israël accueil, liberté, sécurité, solidarité et prospérité, notamment après les persécutions récentes ou plus anciennes dont ils furent les victimes.

Les victimes directes de ce basculement progressif dans les ténèbres sont évidemment les minorités ethniques et religieuses qui vivent ou travaillent en Israël : Arabes israéliens, musulmans, Palestiniens des Territoires. Mais aussi chrétiens, druzes, samaritains et autres. Lesquels vivent pour certains depuis des millénaires et de façon ininterrompue sur cette terre.

Mais aussi à plus long terme les Israéliens eux-mêmes. Dont la survie comme celle de l’état hébreu est à plus ou moins long terme mise en péril par les multiples provocations et égarements de ceux qui spéculent sur la xénophobie, la guerre et le chaos. En bafouant ouvertement tous les principes du Droit international et les engagements qu’ils ont eux-mêmes fait semblant d’accepter. Engagements sinon en faveur de la création d’un état palestinien voisin d’Israël (auquel une majorité de l’opinion publique demeure aujourd’hui favorable bien que les dirigeants actuels déclarent aujourd’hui clairement combattre cette idée), du moins en faveur d’un règlement pacifique et négocié d’un conflit qui s’éternise depuis au moins 70 ans.

Quitte à s’allier discrètement à l’occasion avec leurs ennemis déclarés afin d’entretenir un rapport de forces qu’il font mine de dénoncer mais qui leur est favorable politiquement et s’avère économiquement très rentable : de tous temps et en tous lieux la guerre a toujours été beaucoup plus profitable que la paix.

Enfin, cette politique est évidemment préjudiciable aux Juifs du monde entier. Lesquels dans leur majorité – du moins pour les Juifs américains – se sont peu à peu désolidarisés du soutien considéré comme acquis de la diaspora juive à Israël. Et qui condamnent ouvertement cette politique ultranationaliste, anti-démocratique et contraire aux valeurs du judaïsme, soutenue certes par le lobby juif proche de Washington, mais désavouée par une majorité de Juifs soucieux de défendre leurs valeurs.

Comme de lutter contre un antisémitisme résurgent dont ils sont parfois victimes. Un antisémitisme sur lequel spécule Netanyahu pour attiser les peurs et rallier de nouveaux soutiens. Et qui est largement alimenté par les ressentiments que nourrit un sionisme messianique conquérant et arrogant, brutal et cynique, que sa politique incarne depuis qu’il est revenu aux affaires. Et qui concentrent sur Israël comme sur les Juifs l’animosité de ses voisins et de ses ennemis. Notamment auprès des jeunes musulmans issus des minorités vivant en Occident, parfois tentés par des discours radicalement « antisionistes » sinon antisémites. Et qui parfois franchissent le Rubicon d’un engagement actif qui n’est pas simple complaisance envers le Djihad islamique.

Curieux monde que celui dans lequel nous vivons !

Un monde où fanatiques, religieux ou politiques véreux conspirent pour assassiner les démocrates et torpiller les efforts de paix. De Kennedy à Rabbin, combien ont succombé pour avoir osé tenter l’impossible ?

Un monde où l’on préfère souvent pactiser pour de sombres calculs d’intérêt personnel et de vils marchandages stratégiques ou économiques avec les pires régimes et les pires dictateurs : Erdogan, Trump, Netanyahu…

Alors qu’on vient officiellement d’enterrer la démocratie en Israël, la France s’honorerait de s’exprimer avec courage et raison d’une voix ferme sur ce sujet.

Quitte à rompre avec la coupable omerta européenne et occidentale sur un sujet ultra clivant, à propos duquel les politiques davantage soucieux de clientéliste communautariste que d’éthique s’accordent de plus en plus à renoncer à s’aventurer.

Merci à Danièle Kriegel pour cet édifiant article.

Les Gay Games ont-ils encore un sens et une utilité ?

Dans trois semaines s’ouvriront à Paris les 10e Gay Games, qui se tiendront pour la première fois en France, et pour la deuxième fois sur le continent européen, 20 ans après ceux d’Amsterdam en 1998.

Mis à part les médias LGBT, peu y consacrent leur actualité. Une simple recherche sur Google Actualités montre que le sujet intéresse très peu médias et opinion publique mainstream.

Quelles en sont les raisons ?

Les Gay Games peinent-ils à toucher leur cœur de cible, personnes et militants LGBT ? Souffrent-ils d’un manque de moyens ? D’un manque de réflexion sur le positionnement à adopter face à l’éventail des « causes » et surtout d’événements susceptibles de rassembler en période d’été ?

L’été justement, Français et Parisiens ont-ils les yeux rivés vers d’autres horizons et d’autres préoccupations ? Le sujet n’intéresse-t-il personne au-delà de la communauté LGBT et de ses amis ?

Les Gay Games sont-ils trop calés sur la culture américaine et en décalage par rapport à la réalité française ? Notamment pour les personnes LGBT qui vivent en province, loin des métropoles où se concentrent les communautés ? Sont-ils trop élitistes ? Le concept a-t-il vieilli ? Sont-ils tout simplement has been ?…

Sport populaire et creux estival

Au lendemain du match suivi par 19 millions de téléspectateurs qui a vu la France se qualifier pour la finale de la Coupe du Monde de Football, les Français regardent davantage vers Moscou que vers le stade Jean Bouin où se tiendra la cérémonie d’ouverture des Gay Games le 4 août prochain.

Quelle que soit l’issue de cette finale tant attendue, les médias s’intéresseront ensuite aux dernières étapes du Tour de France précédant la traditionnelle arrivée sur les Champs-Elysées le 29 juillet.

Viendra ensuite le creux estival du 1er au 15 août. Durant lequel Paris est plus désertée par les Parisiens, livrée aux touristes et à ceux qui ne peuvent pas partir ou choisissent de rester.

Alors comment attirer l’attention sur ces jeux ?

Des jeux aujourd’hui encore presque totalement inconnus du grand public, contrairement à des événements incontournables, très médiatisés, bien inscrits dans le paysage urbain et la culture parisienne, comme la Marche des Fiertés.

Force est de constater que les Gay Games n’intéressent qu’une part minoritaire des personnes concernées parmi les plus motivées. Plus quelques hétérosexuels solidaires ou proches de leurs amis sportifs LGBT.

Et bien sûr ceux qui les courtisent, soutiennent la communauté et cet événement pour des motifs divers.

Paris sera toujours… noyé sous les fêtes !

Quant à Paris, la Ville Lumière autrefois vidée de ses habitants et ennuyeuse au possible du 15 juillet au 15 août est devenue une capitale attractive, un pôle touristique de premier plan en période estivale. La ville la plus visitée au monde est aussi l’une de celles qui attirent le plus de touristes l’été.

Et les occasions de s’y divertir n’y manquent pas. 

Icône de la culture festive et jalouse de son prestige, Paris est aujourd’hui noyée toute l’année y compris durant l’été sous une avalanche de fêtes, d’évènements, de festivals et happenings divers, musicaux, culturels, sportifs ou festifs. Tous plus créatifs, originaux, ambitieux, ludiques et décalés les uns que les autres.

A moins d’être un militant ou un représentant LGBT, membre d’un club sportif ou d’une association, ce qui n’est pas le cas de la majorité des personnes concernées, ou de vouloir profiter de ces jeux pour visiter Paris, il semble particulièrement difficile pour les Gay Games d’attirer des hordes de touristes vers les stades, à l’instar des vrais J.O.

Qui plus est avec un concept qui n’a quasiment pas varié en 36 ans d’existence.

Comment apparaître comme « nouveau », mobiliser au-delà du noyau dur et se démarquer, même auprès des gays et lesbiennes, face à une offre de loisirs de plus en plus innovante, hétéroclite et pléthorique ?

Tous égaux ?… Pas vraiment !

All equal! – Tous égaux !

C’est le slogan retenu par la Federation des Gay Games pour ces 10e jeux.

C’est aussi le thème central qui a porté les revendications de la communauté LGBT au cours des dernières années, notamment au cours des débats pour le vote du mariage pour tous, fondé sur des revendications égalitaristes.

On peut d’ailleurs regretter que ce slogan dénature l’esprit des jeux tel que l’a voulu son fondateur.

Lequel entendait rassembler, inclure et montrer l’exemple. Et non gommer des différences objectives entre hommes et femmes, homos et hétéros. Comme on le fait aujourd’hui dans une indifférenciation confusionnelle plus propre à réactiver les réflexes homophobes qu’à voir ces différences effectivement et définitivement acceptées, reconnues et valorisées.

Si l’égalité des droits est un principe républicain, humaniste et universaliste qui mérite d’être défendu, l’égalitarisme à tout crin conduit à terme à une vison schizophrène de la société incarnée par des discours politiquement corrects qui tendent à effacer artificiellement les différences, à les nier, à cause de l’angoisse que ces celles-ci ne redeviennent des motifs d’injustices, d’exclusion ou de persécution.

Ajouté à la traque permanente et parfois excessive de tout stigmate « homophobe », utilisée comme argument rhétorique et politique pour empêcher tout discours contradictoire normalement admis dans une société démocratique (un peu comme certains musulmans avec le chantage à « l’islamophobie »). Et l’on aboutit à une attitude contre-productive qui risque à terme de nourrir ressentiments et feedbacks négatifs à l’égard des LGBT, par un effet de retour du refoulé.

Comme on le voit ici ou là avec la réapparition de certains actes et propos homophobes.

Il eût été plus intelligent, plus efficace et surtout plus respectueux de la réalité de promouvoir comme le voulurent les fondateurs des Gay Games l’aspiration légitime à une égalité de statut, de reconnaissance et de droits (fait aujourd’hui quasiment acquis au plan juridique sinon pour ce qui est  des mentalités, toujours sujettes à des revirements). Mais aussi de valoriser ces différences en tant que telles, pour ce qu’elles portent de valeurs d’exemplarité propres.

Et ce depuis des siècles.

Ce dont les promoteurs de ces jeux, leurs supporters et la communauté LGBT dans son ensemble n’ont aucunement conscience.

All equal, all different, all One ! : voilà qui aurait plus de sens, plus d’ambition, plus de fidélité aux idéaux portés à l’origine par ces jeux, et plus de gueule !

Au lieu de cela, derrière le prétexte de vanter l’Egalité pour tous, les Gay Games version 2018 créent d’objectives inégalités, notamment d’ordre économique, renforçant ainsi l’image d’un événement élitiste, cloisonné et déconnecté de certaines réalités.

Il suffit pour s’en convaincre de consulter la grille tarifaire des évènements sportifs, culturels ou festifs proposés lors de ces jeux très parisiens. Et d’admettre que le ticket d’entrée est franchement dissuasif.

Sinon scandaleusement rédhibitoire pour beaucoup de gays et de lesbiennes fauchés, en France et surtout ailleurs, qui n’auront jamais la chance de s’y rendre.

Un seul exemple assez éloquent : 50€ à 65€ pour la soirée d’ouverture au Grand Palais avec le DJ israélien Offer Nissim en tête d’affiche. On parle ici du tarif « normal » ; les VIP sont invités quant à eux à débourser 95€ à 3000€ pour une table, selon le « rang » où l’on souhaite être vu.

Le ton est tout de suite donné.

L’objectif de rentabilité sera peut-être atteint. Quitte à sacrifier les principes mêmes d’égalité et d’inclusivité qui sous-tendent ces jeux.

Malgré les appels aux dons, au mécénat d’entreprise et aux sponsors, et les efforts affichés de solidarité pour permettre une plus large participation des athlètes les plus éloignés ou les moins fortunés, le coût de la participation à ces jeux reste un élément dissuasif pour beaucoup de personnes tentées de s’y joindre en tant que participant ou simple spectateur. En plus des frais de voyage et de séjour à Paris, 2e ville la plus chère d’Europe après Londres.

Les Gay Games restent donc un événement communautaire réservé à un public de gays et lesbiennes, jeunes ou un peu moins jeunes, plutôt urbains, issus des classes moyennes ou supérieures, qui voyagent beaucoup, et avec un bon voire un très bon niveau de revenus.

Ces fameux « dinks » (double income no kids) très prisés des stratèges du marketing. Encore qu’aujourd’hui beaucoup de couples de même sexe conçoivent, adoptent ou élèvent des enfants.

En tout cas un segment de consommateurs très courtisé par les multinationales. Lesquelles depuis une vingtaine d’années ont flairé le filon et multiplient à l’envi ronds de jambe et offres ciblées pour attirer cette frange de consommateurs aussi exigeants qu’hédonistes et prompts à dépenser facilement leur agent pour se faire plaisir.

Notamment en affichant leur soutien sous forme de sponsoring ou de chars d’entreprises bien visibles lors des Marches des Fiertés.

Les Gay Games sont donc représentatifs de cette culture consumériste, insouciante sinon arrogante, réservée à de véritables « enfants gâtés », aujourd’hui chouchoutés par les politiques, les médias et la société marchande.

Des personnes qui affichent sans complexe leur différence, ou entendent au contraire qu’on ignore celle-ci.

Une communauté autrefois précurseur de modes et de changements sociétaux, solidaires de multiples causes et d’autres minorités stigmatisées. Et qui s’est aujourd’hui pour une large part « embourgeoisée », endormie sur ses lauriers, à force d’être flattée par ses mécènes et une opinion publique qui a aujourd’hui quasiment acceptée l’homosexualité et ses avatars comme autant de nouvelles normes.

Une caste de quasi privilégiés, choyés, jaloux de leur statut de « victimes » indéfiniment ressassé et de leurs droits chèrement conquis au terme de décennies de lutte et de souffrances, notamment à l’époque de la flambée de l’épidémie de sida.

Il faut reconnaître aussi que les gays et lesbiennes sont aujourd’hui objectivement beaucoup plus libres et plus aisés, du moins dans les grandes villes des pays démocratiques, que leurs homologues issus de pays où l’homosexualité est encore pénalisée, les personnes pourchassées, et où le niveau de vie est sensiblement moins élevé qu’à Paris.

Des jeux réservés à une élite ?

Face à des sociétés hostiles, la découverte de sa propre différence et la nécessité de se faire accepter (différence objective qu’on voudrait aujourd’hui gommer comme si elle n’existait pas en la noyant dans des discours politiquement corrects sur l’égalité ou des circonvolutions souvent franchement hystériques sur le « genre »), a toujours poussé les jeunes homosexuels qui voulaient s’en sortir à se singulariser sinon à s’auto-justifier.

Longtemps beaucoup d’homosexuels pas forcément « bien nés » n’avaient d’autre choix que de s’acheter une place au soleil en aiguisant leurs talents, en se battant pour être reconnus, acceptés grâce à leurs mérites, accéder à des prébendes ou à des postes de responsabilité, et servir d’exemples aux autres.

Quitte à toujours devoir en rajouter pour se démarquer du lot commun, adhérer aux discours dominants puis imposer ensuite des modèles alternatifs une fois arrivés au pouvoir, suivre les courants ascendants jusqu’à être en mesure d’imposer leurs différences et imprimer leur marque, grâce à des efforts et des mérites fondés sur une culture de l’excellence.

Cette attitude commune à beaucoup d’homosexuels illustres, passés ou actuels, leur a permis durant des siècles de jouir d’un statut d’exception. De se protéger des menaces auxquels leurs mœurs pouvaient les exposer. Et de vivre  bien au-dessus du sort réservé aux homosexuels issus du peuple et croupissant dans les bas-fonds de la société, sans cesse menacés de sanctions, d‘arrestations et d’humiliations diverses. Quand ils n’étaient pas traduits en justice ou conduits sur des bûchers publics par une société incapable d’admettre ses propres différences, ou des institutions incapables de reconnaître leurs propres ambiguïtés.

Servir d’exemple et promouvoir de vraies valeurs

Avant d’inventer les Gay Games, Tom Waddell, un jeune médecin homosexuel né en 1937 dans une famille catholique du New Jersey, a ainsi d’abord rejoint les rangs de l’armée américaine et servi en tant qu’officier parachutiste et médecin des armées.

Ce n’est que plus tard, après avoir concouru comme décathlonien et remporté une médaille d’or aux J.O. de Mexico, qu’il eut l’idée d’inventer des jeux olympiques d’un nouveau genre, ouverts à tous mais destinés avant tout à rehausser l’image négative dont souffraient les minorités sexuelles dans l’Amérique puritaine et figée des années d’Après-guerre, jusqu’aux années 1960 et 1970 où des revendications politiques ou catégorielles sont venu en bousculer les fondements.

C’est à cette époque qu’une jeunesse contestataire et hippy a initié de gigantesques rassemblements et défilés comme à Woodstock ou dans les grandes villes américaines, où contre-culture et slogans politiques se confondaient pour s’opposer à la Guerre du Vietnam, à la ségrégation dont étaient victimes les Noirs américains, les femmes, les minorités ethniques ou sexuelles.

Du poing levé des athlètes noirs sur les podiums olympiques en signe de protestation, aux harangues de Martin Luther King ou Malcom X, des représentants de minorités ont ainsi incité leurs semblables à prendre en mains leur destin pour forcer l’Amérique à leur octroyer des droits égaux.

C’est dans ce contexte que naquirent les Gay Games.

Un événement directement inspiré des Jeux Olympiques, mais décliné pour promouvoir les aspirations à une reconnaissance des LGBT.

Des jeux qui entendaient aussi revisiter et revitaliser les valeurs de fraternité, d’humanisme et d’universalisme, qui de la Grèce antique aux premiers J.O. de l’ère moderne imaginés par Pierre de Coubertin nourrissent la flamme de l’idéal olympique.

Selon la vision plus ou moins mythique accréditée par les spécialistes des gay studies, les émeutes de Stonewall avaient constitué un tournant majeur et l’événement fondateur propre à l’émergence d’une conscience politique et à l’engagement des minorités sexuelles dans une lutte pour être reconnues et accéder à de nouveaux droits. Une sorte de Bastille Day (14 Juillet) qui entendait substituer la révolte puis la fierté, le combat et la visibilité, à des années marquées par la honte, l’humiliation, la clandestinité, le silence, la soumission passive aux autorités, à l’opprobre et aux persécutions.

Initié à San Francisco en 1982, les Gay Games constituent une alternative positive sinon complémentaire à ces luttes et revendications politiques. En déplaçant la tension dynamique sur le terrain symbolique des arènes du sport.

Mais aussi par la promotion de valeurs d’engagement, d’exemplarité, de dépassement de soi, de participation, d’inclusion à l’égard de personnes plus limitées ou handicapées, notamment à l’époque où le sida faisait des ravages. Des valeurs propres à changer l’image du public sur les personnes LGBT, et de permettre une reconnaissance plus objective de leur contribution à l’édification d’une société plus juste, plus unie et plus fraternelle.

Au-delà de l’humanisme

Ces valeurs ne sont toutefois pas totalement nouvelles. Et ne constituent pas non plus un horizon inamovible et indépassable.

Elles existaient en germe et sous une autre forme dans les sociétés d’Ancien régime, bien avant  l’Idéal humaniste des Lumières et les révolutions démocratiques qui en portèrent le flambeau en renversant l’ordre établi. Même si celles-ci ont permis d’instaurer et continuent de promouvoir aujourd’hui partout dans le monde un modèle de société fondé sur les principes universels des Droits de l’Homme. Socle commun à l’édification d’une civilisation humaine vraiment juste, libre, égalitaire, unie et solidaire.

Philippe Auguste et Richard Cœur de Lion, rois de de France et d’Angleterre et amants

Depuis l’Antiquité et le haut Moyen-Âge, qu’il s’agisse de valeurs comme l’Amitié ou la Fraternité, les homosexuels puisqu’on les appellent ainsi depuis l’invention de ce concept au 19e siècle, ont toujours incarné et promu des formes de relations transversales qui contribuaient à souder les liens entre leurs partisans, tout en bousculant les usages, les modèles, les règles, les lois, la morale ou l’ordre établi.

Dans des sociétés très hiérarchisées, verticales et patriarcales, des hommes de haut rang et des femmes courageuses mus par leurs désirs et leurs affinités électives ont ainsi initié, inventé et cultivé des relations fondées sur des amitiés ou des amours autres que ce à quoi les conventions assignaient tout un chacun.

Ils ont ainsi jeté des ponts, scellé des alliances, briser des conformismes et bousculé les règles.

Quitte pour y parvenir à ouvertement se moquer de leurs détracteurs, à braver les interdits, transgresser les lois et prendre tous les risques pour s’exposer au grand jour.

Suscitant au passage l’opprobre et le scandale, ou forçant au contraire l’admiration de tous par leur caractère exemplaire et singulier, ils se firent une place souvent enviée en rejoignant les élites de leur temps, jusquà accéder enfin au rang qu’ils convoitaient.

Aujourd’hui encore, mêmes si les codes de la méritocratie républicaine et les voies d’accès au pouvoir ne sont plus les mêmes que sous l’Ancien régime ou dans la société bourgeoise des Lumières à la société industrielle, les mécanismes restent à peu près les mêmes.

Et les élites politiques, sociales, économiques, financières, culturelles, artistiques et autres comptent en leur sein beaucoup de brillants hommes et femmes homosexuels, bisexuels, sinon transgenres, déclarés ou non.

De l‘actuel Président de la République et de ministres de premier plan à l’ancien maire de Paris Bertrand Delanoë. En passant par tous les rouages de l’Etat, la gouvernance des grands groupes économiques, les institutions culturelles, médiatiques, artistiques ou intellectuelles, des secteurs de la création, de la mode, du spectacle ou des loisirs, on retrouve partout des gays et lesbiennes souvent issus des grandes écoles de la République, ou qui se sont hissés par eux-mêmes jusqu’au sommet à force de courage, de talent, d’opiniâtreté, d’engagement au service des autres, mais aussi grâce à leur entregent et leur aptitude à cultiver leurs réseaux.

Ceux qui crient au « complot », ou fustigent le « lobby gay » ignorent souvent les efforts et les sacrifices que ces personnes ont dû pour une large part consentir afin d’arriver là où ils sont et se faire accepter ; dans leurs écoles, leur milieu professionnel ou par leur hiérarchie.

On s’est tellement habitué, on a aussi tellement abusé des discours victimaires tissés autour de l’homosexualité et de l’homophobie, depuis les sodomites autrefois pourchassés par l’Eglise et la police des mœurs jusques aux gays, lesbiennes et transgenres caillassés par des extrémistes ou des caïds de banlieue, pourchassés ou persécutés dans certains régimes autoritaires à cause de leurs différences, qu’il paraît aujourd’hui difficile aux intéressés vivant dans les grandes cités les plus ouvertes et tolérantes à l’égard de l’homosexualité, notamment les plus jeunes, de prendre du recul et conscience des réalités actuelles.

Or c’est un fait attesté par bon nombre d’historiens LGBT : en dépit de périodes de réelle intolérance parfois dramatiques pour les minorités sexuelles, leurs membres ont toujours été très présents, en France comme dans l’ensemble du monde occidental, dans toutes les plus hautes sphères du pouvoir.

Qu’il s’agisse de l’aristocratie de robe ou d’épée sous l’ancien régime, de la chevalerie et de l’armée, de l’Eglise, des confréries artistiques, de métiers, des cercles intellectuels, politiques, philosophiques, économiques, notamment ceux qui ont porté les grands changements, les grandes innovations qui ont marqué l’Histoire et les idéaux les plus progressistes, ont toujours compté des hommes et femmes brillants, puissants et reconnus qui se singularisaient par leurs préférences ou leur orientation sexuelle.

L’étoffe des héros : promouvoir l’Homme ou le Surhomme ?

Pourquoi des tels jeux, porteurs de valeurs si exemplaires, sont-ils alors autant ignorés pour ce qu’ils étaient, ce qu’ils sont ou ce qu’ils devraient être ?

A force de trop rester centré sur des discours et revendications égalitaristes, de vouloir gommer les différences, par peur d’un retour de bâton et de voir ses droits grignotés, on en oublie les valeurs originales dont on est porteur.

Et puis, s’agissant des événements sportifs de haut niveau comme des J.O., les enjeux qui les sous-tendent et leur l’hypermédiatisation font que ceux qui les organisent comme ceux qui y participent privilégient bien plus souvent le spectacle et l’exhibition des performances par rapport aux principes éthiques.

Le public cherche à se projeter sur la figure de ces héros du stade plus proche du Surhomme quant à leurs capacités physiques que de l’Homme lui-même en tant que modèle de Citoyen porteur de valeurs universelles de dépassement de soi au bénéfice de tous et non juste de soi-même ou des couleurs qu’on porte, d’équité, de fraternité et de justice.

L’important c’est de créer l’événement, le buzz, en crevant le plafond. Quitte à fabriquer des gladiateurs modernes ou des monstres de foire totalement éloignés du commun des mortels, qui paieront ensuite très cher une fois retirés de la compétition cette course inhumaine et effrénée à la performance, à l’exploit et au succès.

La performance et la compétition n’étant pas le propos central des Gay Games, du moins pas selon les modèles du sport mainstream, il est normal que ceux-ci intéressent aujourd’hui peu de monde.

De fait le succès tant attendu en 2017 de la candidature de Paris pour les J.O. 2024, après des années d’efforts et 2 tentatives infructueuses, face à Pékin en 2008 et Londres en 2012, a aussitôt relégué les Gay Games au rang de « fétiche » destinés aux seuls intéressés.

Il faut dire que les enjeux politiques, économiques, urbanistiques et financiers ne sont absolument pas comparables.

Quant aux élus de la Mairie de Paris et de la Région Ile-de-France, les liens clientélistes qu’ils entretiennent avec la communauté LGBT auront sans doute facilité l’organisation de ces jeux gays, mais malgré les discours enthousiastes de façade le cap est désormais clairement fixé sur 2024.

Les Gays Games sont-ils devenus has been ?

Et puis n’en déplaise aux tenants du politiquement correct, le concept même des Gays Games a sans doute pas mal vieilli et mériterait d’être repensé.

Il n’est sans doute plus aussi adapté à la société d’aujourd’hui. Et accuse même un certain décalage par rapport à la réalité et aux enjeux de l’époque s’agissant de la situation des personnes LGBT.

Du moins sous nos latitudes.

Un décalage dont participants, organisateurs, partenaires et promoteurs n’ont sans doute pas eux-mêmes pris conscience.

Décalage culturel et historique d’abord.

Inventé sur le sol américain, les gays Games sont indissociables de la culture américaine.

A l’image des standards identitaires, politiques et culturels de la culture gay qui a essaimé des pays anglo-saxons à l’ensemble du monde démocratique en passant par la vieille Europe, faisant fi des particularismes régionaux.

Même si les personnes LGBT appartenant aux communautés locales tentent de cultiver leurs propres différences et spécificités, ces modèles entrent souvent en conflit avec la culture locale où leurs revendications tentent de s’exprimer. Leurs promoteurs se contentent de les reproduire en cherchant à imposer artificiellement des discours et des codes en décalage parfois complet avec la  culture locale. Nourrissant dans des sociétés réfractaires aux avancées progressistes des crispations et des rejets à l’opposé des buts affichés.

Le mythe du « Progrès » social et politique tend à occulter ces différences aux yeux des militants. Et tend à les enfermer dans une posture de lutte parfois préjudiciable aux intéressés.

Ainsi dans des pays d’Asie, d’Afrique ou du Moyen-Orient l’homosexualité et l’identité gay (ou queer) demeurent des concepts totalement étrangers à la culture locale. Ils sont plaqués du dehors par ceux qui entendent avec de louables intentions lutter contre les persécutions et stigmatisations dont sont victimes les personnes LGBT, faire avancer leurs droits, en surfant sur une mondialisation favorisant l’uniformisation des modèles culturels, idéologiques et politiques.

Comme s’il existait de facto une communauté LGBT mondiale constituée de toutes celles et ceux qui partagent le même désir pour le semblable, ont des pratiques similaires ou pourfendent les identités et modèles de genre établis comme légitimes dans leur société.

Rien n’est pourtant moins évident.

En France les choses peuvent paraître a priori plus simples qu’à Grozny, Riyad ou Kampala. Ou même Istanbul, Marrakech, Pékin ou Moscou.

Pays latin jaloux de ses particularismes, la France s’est en effet beaucoup rapproché au cours de ces dernières décennies du modèle américain et des standards culturels des pays anglo-saxons ou nord-européens.

Mais malgré le paravent trompeur des discours en vogue politiquement corrects, les mentalités ont parfois tendance, notamment en période de crise, à se rétracter sur des modèles plus traditionnels et moins tendance.

Ainsi la situation dans des grandes villes comme Paris, Lyon, Marseille ou Bordeaux, est sans commune mesure avec les mentalités dans des régions plus rurales, plus reculées, plus excentrées, où les identités locales sont plus affirmées, et plus réfractaires à l’uniformisation en marche.

Le clivage est aussi historique. Car ce qu’ignorent beaucoup de militants LGBT attachés aux mêmes discours, aux mêmes réflexes identitaires et aux mêmes méthodes, c’est que les temps changent.

En France les bouillonnants événements de mai 1968, dont on a discrètement fêté le cinquantenaire tout récemment, avaient marqué un tournant dans les luttes portées notamment par les féministes (dont un grand nombre étaient lesbiennes ou bisexuelles) pour l’émancipation des femmes.

D’autres revendications minoritaires et d’autres luttes se sont ainsi agrégées, jusqu’à former un front commun pour être entendues, visibles, et forcer politiques conservateurs et opinion publique frileuse à entendre leurs revendications, en précipitant le rapport de force et en mobilisant la parole dans la rue et les médias.

Importée des Etats-Unis, la Gay Pride a fini par s’imposer au fil du temps comme un rituel et une institution en France.

Elle est l’héritière directe de ces luttes des gays et lesbiennes, portées au départ par des groupuscules minoritaires proches de l’extrême gauche comme le FHAR.

A l’exemple des grandes marches américaines puis européennes et mondiales, elle est peu à peu devenue un carnaval gay, une fête de rue colorée, provocante, extravagante et festive, un rituel politique et communautaire, et une institution incontournable sinon attractive dans le paysage urbain.

Les Gay Games au contraire, offre un visage beaucoup plus clean, presque sage voire ascétique du gay qui par l’effort tente de se dépasser, de servir de modèle et de montrer l’exemple à des pairs moins courageux ou moins chanceux au sein d’une minorité stigmatisée.

Un idéal de héros plus proche du modèle de l’athlète grec que du « pervers dépravé », ou de ces forcenés du sexe adeptes des pratiques les plus marginales ou extrêmes.

Encore que l’extravagance y compris sur les stades ne soit pas absente de ces jeux. Mais elle offre une facette beaucoup plus ludique, bon enfant et très second degré, que les excès communs aux giga-fêtes gaies comme La Démence ou aux orgies communes aux backrooms du Marais.

Ce modèle est toujours intéressant à promouvoir. Mais à l’heure où tout le monde ou presque se désintéresse de l’image que peuvent donner d’elles-mêmes les personnes LGBT, ils n’intéressent en vérité que les LGBT eux-mêmes. Et ne constituent pas a priori un événement d’une originalité radicale ou d’une force admonitoire propre à attirer l’attention des médias et du grand public.

Tout au plus les Gay Games apparaissent comme un rassemblement communautaire de plus.

Et ceux qui gagneraient à être convaincus par les messages qui les avaient inspirés au départ se contrefichent de slogans à peine audibles mis en avant lors de ces jeux.

Tout au plus laisse-t-on les LGBT faire leurs petits J.O. entre eux, comme on laisse les enfants s’amuser dans leur bac à sable.

Il serait beaucoup plus intéressant et efficace de s’investir au sein des institutions et lors des grands événements sportifs internationaux, pour en révéler les défaillances, les ambiguïtés et les dérives.

Et autrement plus éloquent si des athlètes de haut niveau, LGBT ou pas, osaient plus souvent prendre la parole pour dénoncer les discriminations dans le sport dont eux-mêmes ou leurs collègues sont victimes.

Mais surtout pour promouvoir ces belles valeurs humanistes qui devraient toujours inspirer le sport et sont aujourd’hui dénaturées, trahies, souillées par les affaires de dopage, la corruption, la quête exclusive de la performance, de l’exhibition, de la compétition à outrance et de l’audimat.

Dérives qui résument le sport à une succession de spectacles à sensation, plus propices à occuper ou exciter les esprits qu’à les élever. Et remplir les caisses des sponsors qu’à faire oeuvre éthique.

Promouvoir un autre modèle d’humanité devrait être pourtant la motivation principale et l’objectif affiché de ces jeux.

Plutôt qu’une simple occasion de rassembler des LGBT de toutes les nations ou presque, juste pour singer les vrais J.O., pour faire la fête et s’amuser entre soi.

Enfin il serait temps de prendre conscience que les temps ont changé, que la situation des LGBT dans les grandes démocraties n’a plus de rien commun avec celle des décennies passées, et que le concept est aujourd’hui usé.

Force est de constater que depuis les premiers Gay Games de San Francisco en 1982, les personnes LGBT ne sont plus du tout confrontées aux mêmes difficultés que dans les années 1960 ou 1970. Du moins sous nos latitudes. Le Droit a évolué, la visibilité est désormais un fait indiscutable sinon acquis, la société a changé, le mariage se généralise, l’homophobie a reculé et l’homosexualité est quasiment devenue une norme sociétale à égalité avec l’hétérosexualité.

Dépénalisée en France par François Mitterrand en 1982, retirée de la liste des maladies mentales par l’OMS en 1993, l’homosexualité est en effet peu à peu devenue, notamment depuis le vote du pacs en 1999, puis du mariage pour tous en 2013, une nouvelle norme.

C’est du moins l’objectif poursuivi par les représentants de la communauté LGBT. Et quasiment atteint aujourd’hui, du moins du point de vue juridique et dans les discours, avec l’adoption du Pacs en 1999, puis du mariage pour tous et de l’adoption pour les couples de même sexe en 2013. La pénalisation des actes et propos homophobes constituent un rempart juridique et éthique, certes toujours fragile, pour garantir contre toute résurgence des discriminations et violences à l’égard des personnes concernées.

En Europe, les grandes métropoles comme Paris, Londres, Amsterdam, Barcelone ou Berlin ont vu se développer des communautés et une culture LGBT très influentes et très structurées. Ces grandes villes constituent de véritables eldorados pour les personnes LGBT, inimaginables il y a encore 40 ou 50 ans.

Même si violences et discriminations homophobes peuvent toujours resurgir ici ou là, notamment en temps de crise comme envers toute minorité, selon les mécanismes habituels de désignation de boucs émissaires.

Regarder vers l’avenir avec audace

On ne saurait comparer la situation des LGBT en France en 2018 avec celle des années 1960. Ni avec celle autrement plus dramatique des minorités sexuelles dans des pays comme la Tchétchènie, la Russie, l’Arabie Saoudite, le Yémen, l’Ouganda ou la Somalie.

Pour tout esprit sensé, véritablement pétri d’humanisme et de justice, il est en effet assez révoltant de constater les distorsions dans les discours et l’attention portée à des situations aussi objectivement critiques qui mériteraient de mobiliser de façon autrement plus responsable l’attention des élus, des institutions, des représentants LGBT, des médias et de l’opinion publique.

Certes on ne saurait mettre en concurrence les revendications. Mais n’y a-t-il pas un hiatus troublant entre la culture hédoniste du Marais et les geôles tchétchènes ?

L’accession aux PMA et à la GPA pour les couples homosexuels est sans doute une revendication utile à promouvoir sinon a priori légitime. Mais n’apparaît-elle pas un peu secondaire ou dérisoire face à l’urgence de répondre aux pendaisons, aux décapitations publiques d’homosexuels, aux tortures, aux viols, aux castrations, aux emprisonnements arbitraires et autres crimes dont sont victimes chaque jour les homosexuels dans certains régimes dictatoriaux ?

Autant de crimes sur lesquels nous préférons souvent fermer les yeux pour ne pas déranger notre confort, égratigner notre bonne conscience, ou nous confronter à nos propres lâchetés. Notamment quand un pays démocratique et fier de ses valeurs comme la France cherche à développer des liens avec des partenaires comme la Chine, la Russie ou les pays du Golfe, en mettant parfois un mouchoir sur ses principes.

Il serait temps de rectifier le tir. Et de redonner du sens et du souffle à ces grands événements comme la Marche annuelle des Fiertés. Ou les Gay Games qui n’ont lieu que tous les 4 ans dans une grande capitale du monde.

Plutôt que de chercher à se contenter ou créer un business gay concurrent des J.O., fût-ce au nom de généreux principes, la fédération organisatrice de ces jeux devrait réfléchir à sa mission, surtout dans les temps troublés que nous vivons. Et au message qu’entendent donner les LGBT les plus aisés à leurs frères, aux autres humains et au monde entier.

Il ne s’agit plus de se poser en victimes et de réclamer toujours plus d’égalité dans des démocraties où les différences sexuelles ne sont quasiment plus un problème. Ni de jouer la comédie de la « visibilité » en s’affichant lors de rassemblements sportifs organisés exclusivement dans des métropoles gaies où celle-ci est déjà acquise.

Le lobbying communautaire a ses limites. Il faut aller de l’avant, bousculer paresses et certitudes, faire preuve d’audace, de détermination et d’esprit d’innovation.

Les valeurs humanistes et universalistes d’unité, de fraternité, de solidarité et d’exemplarité, portées par tous, pour tous, et au nom de tous, ne peuvent plus être conçues selon les mêmes modèles éthiques, philosophiques, rhétoriques et politiques qui prévalaient au début du 20e siècle (pour les J.O modernes) ou à la fin de ce même 20e siècle (pour les gay Games).

Il faut donc repenser de fond en combles la philosophie de ces jeux.

Et soit en infléchir la forme et le fond en privilégiant un objectif de soutien actif et non juste symbolique aux minorités vraiment opprimées, dans des pays où ils sont condamnés à la mort, au silence et à l’oubli par des régimes fondamentalistes ou dictatoriaux. Et donc braver les peurs et mobiliser les énergies pour sortir ces personnes des prisons physiques, mentales ou spirituelles où on les enferme dans l’indifférence générale.

Soit consacrer les moyens et soutiens rassemblés autour de ces jeux pour travailler de l’intérieur comme de l’extérieur les instituions des J.O. et le milieu sportif en général.

Objectif ultra ambitieux, irréalistes diront certains. Mais qui constituent un défi propre à mobiliser bien au-delà des seules communautés LGBT, et qui honorerait grandement ceux qui s’y consacrent.

 

En mai, fais ce qu’il leur plaît ! – Macron, mai 68 et les bobos

Mis en avant

Etudiant lançant des pavés lors des manifestations étudiantes le 25 mai 1968 dans le Quartier latin à Paris

On fêtera bientôt les 50 ans de mai 68.

Vous vous rendez compte ?

Le Président Macron, c’est le moins que l’on puisse dire, a d’autres priorités à son agenda et semble peu pressé de fêter l’événement.

Plus à l’aise dans les salons parisiens qu’avec les symboles de la gauche populaire.

Plus en phase avec le très politiquement correct « esprit du 11 janvier » qui reflète bien l‘atmosphère anémiée du moment qu’avec la Grande Récré des enfants du baby-boom, le souffle révolutionnaire des barricades et ce genre de commémorations un peu casse-gueule.

Pas de risques, pas de vagues, et surtout pas question de donner une caution à la rue.

Et gare à ceux qui contreviendraient au devoir de réserve : ils seront sévèrement sanctionnés !

Après le temps des cerises, le temps des prunes.

Pas d’artistes du moment, de stars ni de people conviés pour scénariser ce Cinquantenaire. Comme au temps des grand-messes mitterrandiennes qui avaient élevé le fameux « Bicentenaire » au rang de rite planétaire.

Même pas un entrefilet dans la presse pour rappeler que cela fera 50 ans dans trois mois que quelques étudiants chevelus de la Sorbonne et de Nanterre emmenés par un rouquin très agité déclenchaient toute une série de grèves et de manifs qui allaient mettre la France cul par-dessus tête et faire chanceler le régime gaulliste.

Aurait-on à ce point changé d’époque ? Que plus personne ne semble s’en préoccuper ?

Certes, la Génération Macron ou celle d’En Marche ! n’a rien à voir avec celle des bobos (bourgeois bohêmes).

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Les jeunes quadras d’aujourd’hui, à peine dépucelés de leur virginité politique à la faveur d’un fin stratège qui a dynamité tout l’échiquier, n’ont ni les référents ni les aspirations de leurs aînés, abîmés dans le confort et « l’esprit Canal ».

Cette génération au seuil de la quarantaine à laquelle appartient Emmanuel Macron, et que les sociologues du marketing appellent les momos (mobiles moraux), ont grandi dans les années 1990 : ils n’ont connu que la crise, le chômage et un marché du travail tendu. Ils ont dû sacrifier à de longues études, apprendre à s’adapter aux contraintes économiques, accepter d’être hyper mobiles et réactifs pour changer souvent de métier, de secteur, voire de pays au cours de leur carrière.

Serge July, Emmanuel Macron et Mark Zuckerberg, icônes des générations « bobo », « momo » et « yoyo »

Ces braves petits soldats de la mondialisation obéissants et angoissés ne partagent absolument pas les rêves et les luttes rebelles de leurs parents les bobos.

Autant les bobos sont volontiers décalés, frondeurs, rebelles et contestataires – du moins dans la posture – autant leurs enfants les momos sont hypernormés, et à fond dans le Système !

Autant les baby-boomers ont rêvé d’un autre monde où la terre serait ronde, d’être réalistes en demandant l’impossible, de réinventer la société et de changer la vie, autant les momos sont de véritables gardiens zélés du Temple ultralibéral et « progressiste ». Prêts à dénoncer tout dérapage verbal, tout écart de comportement ou de langage qui risquerait d’écorner la Pensée unique et de dévier un tant soit peu de la ligne orthodoxe imposée par le politiquement correct.

Quant à la génération suivante, celle des yoyos (young yobs : jeunes loubards) qui composent une bonne partie de l’équipe Macron, ces trentenaires malins comme des bonobos et opportunistes comme par deux, ils n’en ont strictement rien à cirer des discours des élites et des politiques.

A eux on ne la fait plus ! On leur a tellement bourré le mou avec des discours moralisateurs, culpabilisateurs et anxiogènes, avec ces vieilles rengaines humanistes, droits-de-l’hommistes, libertaristes, égalitaristes, communautaristes ou féministes, qu’ils s’en moquent avec une effronterie aussi calculée que jubilatoire.

Ils se servent de tout, détournent tout, customisent tout, n’ont aucune morale, aucun scrupule et aucune préoccupation, sinon de saisir les opportunités à leur portée, et d’utiliser les failles du système à leur avantage. Pour s’en sortir, pour réussir, gagner de d’argent ou pour aider leurs potes.

Ils ne cherchent ni à flamber comme les bobos ni à placer leurs économies en s’angoissant à propos de l’avenir et de leurs gosses qu’ils n’ont pas encore comme les momos.

Eventuellement ils réalisent à l’occasion de juteux placements boursiers dans quelque startup, aussitôt réinvestis dans des achats dictés par leur fantaisie du moment.

Ce sont des jouisseurs, des opportunistes, des pragmatiques, qui n’en font toujours qu’à leur tête. Qui vivent l’instant présent et se moquent éperdument que le monde puisse s’écrouler autour d’eux, sinon pour kiffer sa race sur leur console de jeux.

Ils vivent en tribus, et en changent comme de paires de Nike.

Ils sont à fond dans les nouvelles technologies, car ils ont grandi avec une Gameboy entre les mains, surfent sur internet dès leur plus jeune âge, et en maîtrisent tous les rouages.

Ils anticipent sinon inventent eux-mêmes les modes et les nouveaux courants, plus pour s’amuser ou par opportunisme que par snobisme.

Ces yoyos ne sont pas ceux qu’on entend le plus dans le staff Macron. Sinon au travers de ce pragmatisme très réactif et sans réelles convictions sauf pour flatter la galerie. L‘esprit momo tient encore le haut du pavé, pour la vitrine du moins.

Ces deux générations sont les enfants de la mondialisation.

Mais ils ne fantasment pas comme leurs aînés sur un universalisme très idéaliste et politisé en prétendant bousculer l’ordre établi. L’ordre ou le désordre, ils s’en tapent.

L’ordre et les règles ils savent parfaitement les contourner. Et le désordre leur permet de tirer leurs biles au milieu de la confusion.

Si les momos sont à fond dans l’humanitaire, les yoyos s’en foutent royalement, sinon quand ça les touche directement ou pour faire mine de plaire à leurs grands-frères.

Pour les momos comme pour les yoyos, Mai 68 c’est comme la bataille de Marignan : un truc appris dans les livres d’Histoire.

Ou éventuellement un refrain barbant dont leurs parents les ont suffisamment bassinés pour qu’ils en ignorent la teneur.

Les momos regardent leurs vieux comme des pauvres ados rêveurs abîmés dans des glorioles pitoyables et leurs souvenirs de fac. En leur confiant à l’occasion la garde du petit dernier sagement endormi dans son landau connecté signé Stark ou Pinifarina.

Les yoyos quant à eux observent ces vieux darons avec amusement et respect, parce que quand même, Mai 68 ça devait être un sacré kif !

Mais ils en parlent comme d’un truc de ouf, exactement comme ils s’excitent sur le méga set de leur DJ favori dans le prochain festival électro.

Bobos et yoyos sont souvent potes.

Les premiers offrent aux seconds une conscience par procuration. Et les seconds permettent aux premiers de ne pas devenir gâteux en les initiant au vertige néo-psychédélique des réalités augmentées.

Globalement on est aujourd’hui en France aux antipodes des lendemains qui chantent.

Des couplets maoïstes, trotskistes ou castristes lancés depuis la tribune ou vomis sur les CRS-SS.

On est bien loin des expérimentations loufoques, de la révolution sexuelle, de la musique de Pink Floyd, des Doors, du pop art, des chemises à fleurs, des colliers hippies, de l’encens, de Woodstock, du LSD, des partouzes géantes et des slogans comme « Il est interdit d’interdire »…

Même si, la nostalgie aidant et la mode rétro 70s ou 90s des années 2010 faisant loi, on revisite ces icônes de la génération hippie.

Pour le reste, ça fait plusieurs décennies que c’est Back to reality!

Et pour les plus téméraires, un rail de coke, volume à fond, binge drinking et baise à tout va jusqu’au prochain after.

Mai 68, c’est au mieux un mythe sympa, au pire un truc ringard de musée.

Les bobos ont du mal à en démordre, mais on a changé de siècle.

Les crises économiques, la chute du Mur de Berlin, le 11 septembre, internet et Twitter sont passés par là.

Les idéologies qui ont bercé leur jeunesse ont été remisées sur les étagères de l’Histoire.


Leurs idoles, Marx, le Che ou Sartre, n’ont même pas leur statue au Musée Grévin.

Ceux qui ont portées ces années du Changement se sont recyclés pour les plus chanceux dans le journalisme ou la politique (mais ils ont été balayés par le tsunami En Marche ! ou sont devenus de sages courtisans du Prince…).

Ils bossent et parfois ont fait fortune dans l’écologie, l’économie verte ou le numérique, le multimédia, le marché de l’art moderne, le business du bio, du bien-être ou du développement personnel.

Et pour les plus largués, le Grand Soir se résume le plus souvent à croupir dans une ONG en attendant la ménopause du cadre, à tenter de reconstruire un château de sable en pleurant sur les ruines du PS, à publier des compiles rééditant les tubes de leurs groupes fétiches, ou bien à faire le guignol dans les talk-shows le samedi soir pour les nunuches engagées qui prétendent avoir une conscience et qui lisent Philo Magazine.

Quant aux plus endurcis, nombreux sont ceux ont pas finis fauchés par le sida, une overdose, un infarctus ou un cancer, ecstasiés et pesant 30 ans kilos sur une plage de Goa, ou carrément suicidés, soit à cause de leurs excès de sexe et de drogues qui leur ont ravagé la capsule, soit parce que leurs doux rêves se sont fracassés sur le roc des flamboyantes mais austères années 80.

Les rescapés ont quitté les radars et vivent planqués dans leur salon germanopratin, ou toujours scotchés dans leur ashram en Inde, une communauté new age ou une ferme dans les Cévennes.

Alors, faut-il ou non fêter Mai 68 ?

Si c’est pour ressortir les vieux gimmicks, sûrement pas !

Qui plus est, l’aspect politique et contestataire de cette ultime « révolution » n’est pas forcément bon à titiller.

Une bonne grève générale pour faire barrage à la Loi Travail est justement ce qu’a soigneusement voulu éviter le Président Macron, fort de son expérience d’éminence grise puis de ministre du quinquennat Hollande et des fameuses Nuits debout qui s’en suivirent.

Aujourd’hui tout le monde est rentré dans le rang. Et beaucoup s’extasient toujours devant ce jeune président si nouveau, si intelligent, si bien élevé, si propre sur lui, si posé, si courtois avec les femmes et si sympathique.

Les Français ont troqué un excité narcissique et corrompu, suivi d’un gros balourd qui les a roulés dans la farine sitôt élu en s’asseyant sur ses promesses socialistes, contre une sorte de Prime Minister brittanique, au style très monarchique, bon teint, sage et moderne. Et totalement à la solde des molochs américains et européens. Un peu comme Tony Blair.

Alors le Général à côté c’est Che Guevara !…

L’esprit et les valeurs libertaires de Mai 68 ont depuis l’ère Mitterrand totalement imprégné la société, ses modèles et ses discours.

Au point qu’on n’en a même plus conscience.

Même Sarko a été présenté récemment par certains commentateurs comme un héritier de l’Après-Mai 68. Qu’il avait pourtant combattu.

Sauf qu’aujourd’hui, voir des filles à poil à 18 heures à la télé comme au bon vieux temps des Coco girls du Collaro Show c’est totalement impensable !

De nos jours les normes sont bien verrouillées. Et quiconque s’en écarte risque le pilori médiatique dans la seconde qui suit, voire un procès ou le zonzon s’il refuse de faire repentance et continue d’alimenter le scandale.

On peut sacrifier à tous les écarts, toutes les perversions, toutes les outrances, tous les excès et tous les délires, du moment qu’ils sont soigneusement répertoriés et labélisés.

Pour le reste, si l’on s’écarte un tant soit peu de la Pensée unique, on est aussitôt taxé au mieux de « complotiste », au pire de « terroriste ».

Alors faire la révolution, vous n’y pensez pas !

Nos contemporains sont frileux, formatés, lobotomisés, partagent des indignations téléguidées et à géométrie variable.

L’indignation réflexe est une posture obligée si l’on veut s’afficher comme un bon citoyen équipé d’une conscience éthique.

Mais le libre arbitre et l’esprit critique – le vrai – ou la contestation de l’ordre établi au nom d’un Idéal ou d’un projet alternatif de société sont des crimes de lèse-conformisme inadmissibles en « démocrassie » !

Alors on se contente de faire semblant d’être un rebelle. On s’agite et l’on s’offusque aussitôt que son voisin fait un pet de travers. On monte des kabbales hystériques sur Facebook pour des boulettes. Et c’est ce cirque burlesque et grandiloquent qui constitue l’Alpha et l’Oméga des moutons de panurge.

Dont les neurones sont totalement grippés par leur flip incessant, soigneusement monté en neige par les médias à propos du terrorisme, de la vache folle ou de la bombinette nord-coréenne.

Pourtant, il serait urgent de réapprendre à rêver.

Urgent de s’enivrer.

Et de remettre l’imagination au pouvoir.

D’ouvrir les yeux sur l’avenir au lieu d’ânonner le même catéchisme. D’inventer le monde de demain. Un monde qui sera fraternel, universel, unifié et pacifié.

Ou ne sera pas.

Un monde qui verra toutes les consciences planétaires totalement interconnectées. Et en tout cas par autre chose que l’écran mensonger des logiques du Système.

Mais ça, soyons certain que les milices du Zeitgeist s’empressent de nous en dissuader.

Nous incitant au contraire à nous vautrer dans la fascination du Vide, le culte de l’Ephémère, de l’Insignifiant. A nous prosterner devant les idoles consuméristes de leur Panthéon des Vanités.

Plus qu’une nouvelle « révolution », politique, sociale ou institutionnelle, c’est un Grand Saut de la conscience qu’il convient pour nous tous ensemble d’opérer en ce siècle.

Un siècle qui verra s’accomplir les plus grands bouleversements que l’humanité ait jamais connus. Et qui l’obligera à faire face aux plus grands défis de son histoire.

Mais il faut plus que de la lucidité, de l’imagination ou de l’audace pour s’engouffrer dans la brèche de ce Changement radical qui nous aspire à lui.

Il faut accepter de mourir totalement à soi-même pour renaitre tout autre. De ne plus rien savoir ni connaître ni contrôler.

Et d’abdiquer son cher Ego au bénéfice du Bien commun.

Mais ce sacrifice, l’homo post-modernicus qui se vante pourtant d’être un rebelle et s’éprend de toutes les causes n’est pas prêt d’y consentir !

On peut se piquer d’avoir une conscience et rêver éventuellement de prolonger l’utopie matérialiste dans une fiction transhumaniste, mais de là à faire passer le sort des réfugiés climatiques avant sa tisane bio, NO WAY!

Alors oui, il serait temps de célébrer le joli mois de mai, avant que l’hiver ne s’abatte définitivement sur nos belles illusions.